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Renée Clog
lundi 29 décembre 2025, par
Renée Clog (1914-1944)
Rencontrée en 1932, Renée Lucie Clog, née à Strasbourg le 6 décembre 1914 d’un père artiste peintre et musicien, Adolf Clog, fut la compagne puis l’épouse de Claude Simon pendant douze ans, avant de se donner la mort à Paris le 7 octobre 1944.
Au printemps 1932, Claude Simon s’inscrit aux Beaux-Arts, où il rencontre Alfred Cassou et Renée Clog. Claude et Renée louent un atelier près de la porte de Champerret, fréquentent l’académie Julian et l’atelier du photographe Philip Halsmann, pour lequel Renée pose. En 1933-1934, ils fréquentent l’atelier d’André Lhote où ils s’initient au cubisme, s’enthousiasment pour Picasso ; ils vivent une partie de l’année à Collioure ; styliste, Renée travaille à des créations de haute couture. Renée est le sujet principal des photographies de Claude.
De mai à août 1937, Claude Simon et Alfred Cassou voyagent à travers l’Europe, visitent notamment l’URSS. Renée les rejoint à Athènes et termine avec Claude le périple à travers la Grèce, puis l’Italie. En 1937, Claude et Renée installent leur atelier au 148 boulevard de Montparnasse. Ils fréquentent l’atelier de François Desnoyer, nouent une amitié avec Marc et Yvonne Saint-Saëns, tous deux peintres.
Le 27 août 1939 Claude reçoit l’ordre de mobilisation alors qu’il est à Collioure, et part de la gare de Perpignan pour les Flandres. Il rédige alors un testament qu’il donnera à Renée, avec la bague de sa mère, le 2 janvier 1940, jour de leur mariage civil à Perpignan, lors d’une permission :
« Ceci est mon testament :
Je lègue la totalité de mes biens mobiliers et immobiliers à Mademoiselle Lucie Renée Clog, née à Strasbourg, le 6 décembre 1914, domiciliée chez moi à Paris, 148 boulevard Montparnasse.
Je prie ma famille et en particulier Henriette Carcassonne et Paul Codet de faire, en souvenir de l’affection qu’ils ont eue pour ma mère et pour moi-même, tout leur possible pour faciliter les formalités de succession à celle qui fut pendant près de huit ans la compagne admirable de ma vie.
Si quelque chose de mes écrits peut être publié, tous les droits d’auteur iront à Mademoiselle Lucie Renée Clog qui a soutenu et aidé mes efforts. Pour certaines parties aux corrections inachevées, je désirerais que mon ami Marc Saint-Saëns ou André Mengus aidât à les mettre au point. »
Fait à Collioure, le vingt-six août 1939 à vingt-deux heures.
Le 13 janvier 1940, « Aux Armées », il rédige un second testament qui la désigne légataire universelle. Au verso du premier, Renée rédigera en juin 1943 une sorte de contre-testament : « Je lègue à Monsieur Claude Simon mon mari tout ce qu’il m’a donné lors de mon mariage, c’est-à-dire les meubles 148 boulevard Montparnasse, les bijoux ainsi que les fourrures et les robes. Fait à Perpignan, le vingt juin mille neuf cent quarante-trois. »
Durant sa captivité, à partir du 17 mai 1940, ils échangent une abondante correspondance et Renée assure l’envoi quotidien des colis de nourriture et de première nécessité. Pas très bien accueillie rue de la Cloche d’or, Renée repart début octobre à Paris pour ses travaux de création de mode. Fin octobre, Claude Simon s’évade et vit entre Perpignan et Collioure. Il regagne Paris en février 1944 en apprenant qu’il risque d’être arrêté pour ses activités dans la Résistance. Il reprend les séances de peinture chez Desnoyer, où il a une liaison avec une jeune modèle, Janine.
Le 7 octobre 1944, Renée se jette par la fenêtre dans leur appartement. Claude, effondré, part pour Perpignan auprès de ses tantes, puis chez Marc et Yvonne Saint-Saëns à Toulouse.
Sans jamais être nommée, Renée est très présente dans toute l’œuvre de Claude Simon. Le personnage de Belle, dans Le Tricheur, est déjà nourri par les souvenirs d’enfance de Renée. La Corde raide, écrit après la mort de Renée, dit le bouleversement de l’absence et la culpabilisation :
« Marchant comme un boiteux dans les rues, tout un côté arraché, et dire son nom et plus rien ne répond au nom, écoutant la voix qui ne vient pas, qui ne viendra plus, sentant l’odeur de ses cheveux, le cimetière, les fleurs, l’odeur morte des glaïeuls flottant dans la chambre, l’odeur pourrissante et terreuse, elle étendue silencieuse et impénétrable, lointaine, et moi écoutant les murs et la voix qui ne vient pas, marchant à mon côté comme un trou » (p. 62) ; « J’ignore quelle sorte d’énigme il y a là, résolue ou à résoudre, mais à force de me demander pourquoi il fallait que je sois vivant, et elle plus, j’ai fini par comprendre que si l’on s’obstinait à regarder de ce côté-là, il n’y avait rien, rien qu’un charabia incohérent et décousu, sans consistance, encore plus dépourvu d’épaisseur qu’une couche de vernis, recouvrant quelque chose de ténèbres et de viscosité, sans fond » (p. 105)
Vingt ans plus tard, Renée occupe dans Histoire (1967), que Mireille Calle-Gruber qualifie de « livre-tombeau de la suicidée » (Claude Simon. Une vie à écrire, p. 286), une place cryptique mais néanmoins centrale : elle habite le personnage d’Hélène, la querelle des amants et la scène de leur dernière nuit (où elle déjà présentée comme une gisante), l’adultère avec une jeune modèle et la culpabilité « prêtés » à l’oncle Charles, le leitmotiv du titre de journal « elle se jette du quatrième étage », la description de sa tombe.
Dans Les Géorgiques (1981), l’image de Renée se surimpose à celle de Marie Anne Haesler, « jeune morte » et « fragile étrangère » hollandaise, épouse de Lacombe Saint Michel. Dans L’Acacia (1989), revient sans être nommée la « tendre chair respirante » de celle qui pose pour lui, dactylographie son roman, qu’il épouse lors d’une permission et retrouve après son évasion. Enfin dans son dernier livre, Le Tramway (2001), elle est comme une icône, une jeune morte entrevue, « encore rose et fraîche, entourée d’une chevelure blonde aux ondulations aussi impeccables que si elle sortait de chez le coiffeur », qu’accompagne le leitmotiv « si belle au milieu de toutes ces fleurs ».
à lire aussi
– Mireille Calle-Gruber. Claude Simon. Une vie à écrire. Paris : Seuil, 2011, p. 72-90 et p. 162-167
– et « Renée. Mises en scènes de la beauté » dans Claude Simon : être peintre. Paris : Hermann, 2021, p. 113-135. (les illustrations ci-dessus se trouvent p. 49 et p. 116)
