<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.associationclaudesimon.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.associationclaudesimon.org/spip.php?id_rubrique=90&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Wolfram Nitsch</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Wolfram-Nitsch.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Wolfram-Nitsch.html</guid>
		<dc:date>2021-06-12T23:33:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Nitsch, Wolfram</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une carte postale de Cologne. Lire Claude Simon en temps de pand&#233;mie &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme sans doute beaucoup d'entre vous, j'ai essay&#233; de combattre l'ennui du confinement par une exploration du proche. J'ai relu les deux romans de Claude Simon par lesquels j'avais d&#233;couvert son &#339;uvre en 1984 et que je croyais m'&#234;tre devenus particuli&#232;rement familiers, &#224; savoir La route des Flandres et Histoire. Et j'ai beaucoup march&#233; dans les environs imm&#233;diats de Cologne, la ville que j'habite depuis vingt ans. De (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Histoire-+.html" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Nitsch-Wolfram-+.html" rel="tag"&gt;Nitsch, Wolfram&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/carte_postale_wahn.jpg?1623539627' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une carte postale de Cologne. Lire Claude Simon en temps de pand&#233;mie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme sans doute beaucoup d'entre vous, j'ai essay&#233; de combattre l'ennui du confinement par une exploration du proche. J'ai relu les deux romans de Claude Simon par lesquels j'avais d&#233;couvert son &#339;uvre en 1984 et que je croyais m'&#234;tre devenus particuli&#232;rement familiers, &#224; savoir &lt;i&gt;La route des Flandres&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;. Et j'ai beaucoup march&#233; dans les environs imm&#233;diats de Cologne, la ville que j'habite depuis vingt ans. De l'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, j'ai fait des d&#233;couvertes notables qui une fois ont m&#234;me converg&#233; d'une mani&#232;re &#233;tonnante. Sans la pand&#233;mie, je ne serais peut-&#234;tre jamais entr&#233; dans la Wahner Heide, une r&#233;serve naturelle limitrophe de l&#700;a&#233;roport de Cologne. Sous des conditions normales, ce beau paysage de lande est domin&#233; par le fracas des avions, de sorte qu'on pr&#233;f&#232;re le regarder furtivement depuis un hublot en d&#233;collant vers des lieux plus lointains ; apr&#232;s la suspension presque totale du trafic a&#233;rien, on pouvait soudain contempler la flore et la faune locale en silence. En se promenant sur les anciens chemins de bergers, on d&#233;couvre en outre les traces d'un ancien usage militaire de la lande de Wahn. Les d&#233;bris d'une station de lavage pour les chars, qu'on pourrait prendre pour une sculpture de land art, rappellent la pr&#233;sence de l'arm&#233;e belge en Rh&#233;nanie apr&#232;s la Seconde Guerre Mondiale ; l'a&#233;roport adjacent remonte &#224; une base a&#233;rienne construite sous le r&#233;gime nazi ; et les ruines de plusieurs positions d'artillerie indiquent qu&#700;auparavant la lande avait &#233;t&#233; l'un des plus grands champs de tir de l'arm&#233;e prussienne. Avant et pendant la Grande Guerre, cette zone militaire &#233;tait si c&#233;l&#232;bre qu'elle figurait sur des centaines de cartes postales. Sur ces images, le plus souvent accompagn&#233;es de la l&#233;gende &#171; Gru&#223; vom Schie&#223;platz Wahn &#187; (&#171; Salutations du champ de tir &#187;), on peut voir des soldats qui transportent des canons, les mettent en position ou tirent un coup ; dans la derni&#232;re variante, les salutations deviennent parfois m&#234;me &#171; tonitruantes &#187; : &#171; Donnernde Gr&#252;&#223;e vom Schie&#223;platz Wahn &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en relisant &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, j'ai d&#233;couvert qu'une carte postale de ce genre y est l'objet d'une description d&#233;taill&#233;e. Elle fait partie des documents que le narrateur et protagoniste du roman trouve dans la commode de sa m&#232;re disparue, tout en pr&#233;parant la mise en vente de la maison familiale. Comme il n'est pas question d&#700;un message personnel transmis sur le verso de l&#700;image photographique, on ne peut que sp&#233;culer sur la provenance de cette carte : sans doute avait-elle &#233;t&#233; exp&#233;di&#233;e par un oncle du narrateur, ce Charles dont la signature appara&#238;t sur une autre carte qui montre aussi un site d&#700;outre-Rhin, dans ce cas-l&#224; une place &#224; Elberfeld d&#233;cor&#233;e d&#700;une statue &#233;questre de Guillaume Ier et entour&#233;e par les rails de la fameuse Schwebebahn, le premier train a&#233;rien du monde. Voici la carte postale de Cologne qu&#700;on trouve aussi parmi &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Les-cartes-postales-d-Histoire.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;celles que Claude Simon a h&#233;rit&#233;es de sa m&#232;re&lt;/a&gt; et qui fait aujourd&#700;hui partie d&#700;une collection particuli&#232;re. Vous pouvez la regarder avec le plus grand calme pendant que je vous lise, avec la lourdeur caract&#233;ristique d&#700;un bavarois qui a pass&#233; presque une ann&#233;e enti&#232;re en Bourgogne, la description qu&#700;en fait le narrateur d&#700;&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; (Pl&#233;iade, t. 2, p. 317&#8211;318 ; Minuit, 1967, p. 258-259) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;un jour froid brumeux gris sur un terrain en bordure d&#700;un bois brumeux en grisaille lui aussi et au premier plan un tube de m&#233;tal poli court massif l&#233;g&#232;rement conique luisant mont&#233; sur un socle trapu massif lui-m&#234;me pourvu de petites roues massives l&#700;ensemble (avec cet aspect &#224; la fois terrible borgne turgescent furibond et perp&#233;tuellement frustr&#233; stupide de ces organes) commes les parties viriles (membre et testicules) fa&#231;onn&#233;es sommairement coul&#233;es en bronze et tomb&#233;es sur la terre d&#700;entre les jambes d&#700;un robot g&#233;ant un soldat aux yeux clairs coiff&#233; d&#700;un b&#233;ret plat accoud&#233; sur l&#700;&#233;norme tube la main frisant sa moustache une paire de jumelles pendant sur sa poitrine un de ses pieds pos&#233; sur le talus de terre pellet&#233;e le genou repli&#233; et derri&#232;re lui deux autres soldats &#224; casquettes plates le col de leur veste bord&#233; d&#700;un galon d&#700;argent plant&#233;s sur leurs jambes &#233;cart&#233;es et plus loin un autre de ces appareils sexuels sch&#233;matis&#233;s et g&#233;om&#233;triques rigide rogue courtaud aupr&#232;s duquel se tient une silhouette sombre dans une capote qui tombe jusqu&#700;&#224; terre surmont&#233;e d&#700;un visage de dogue aux bajoues pendantes sous le casque &#233;tincelant et plus loin un autre tube luisant et encore un autre et un autre tous rang&#233;es sur la m&#234;me ligne Gruss vom Schiessplatz WAHN un poteau supportant une pancarte plant&#233; dans le sol pellevers&#233; devant la premi&#232;re pi&#232;ce avec &#233;crit &#224; la craie sur fond noir :&lt;br/&gt;
Gesch&#252;tzstellung N&#176; 3&lt;br/&gt;
4 &#8212; BRONZE M&#214;RSER&lt;br/&gt;
Verwaltet durch 3 / 0&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La note &#233;crite sur le poteau indicateur, que Claude Simon a transcrite correctement et qui m'a donn&#233; la chance de compenser d&#700;&#233;ventuelles fautes de prononciation en fran&#231;ais par ma comp&#233;tence de germanophone, pr&#233;cise l&#700;emplacement de la pi&#232;ce d&#700;artillerie ainsi que ses propri&#233;t&#233;s techniques (&#171; mortier de bronze &#187;) et l&#700;unit&#233; par laquelle elle est administr&#233;e. Elle annonce donc un haut degr&#233; d&#700;organisation qui se manifeste aussi dans l&#700;alignement exact de canons du m&#234;me type. Ainsi, la description met en relief le diagnostic de Val&#233;ry qui, dans son essai &#171; Une conqu&#234;te m&#233;thodique &#187; de 1897, avait d&#233;j&#224; caract&#233;ris&#233; l&#700;Allemagne industrielle et militaire comme un &#171; m&#233;canisme efficace &#187;, comme une grande &#171; machine produisant de l&#700;&#233;nergie militaire &#187;. &#192; cela correspond encore la m&#233;taphore du &#171; robot g&#233;ant &#187; dont les mortiers &#233;normes semblent faire partie. Cependant, le texte simonien pr&#233;sente cette gigantesque machine de guerre sous le trouble jour de l&#700;&#233;rotisme, en comparant les tubes mont&#233;s sur un socle roulant aux &#171; appareils sexuels sch&#233;matis&#233;s et g&#233;om&#233;triques &#187; qu&#700;on peut voir dans les graffitis obsc&#232;nes. Sous la plume du romancier fascin&#233; par les photographies de Brassa&#239; et sans doute aussi par l&#700;anthropologie de Bataille, la carte postale empreinte de propagande patriotique se transforme en image pornographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si mes promenades dans la lande de Wahn m'ont conduit sur le terrain repr&#233;sent&#233; ici. Mais il est certain que deux activit&#233;s que j&#700;ai cultiv&#233;es en temps de pand&#233;mie, mes d&#233;marches parall&#232;les de r&#244;deur suburbain et de lecteur &#224; nouveau plong&#233; dans l&#700;univers simonien, m&#700;ont appris que chacune des nombreuses cartes postales d&#233;crites dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; peut toujours en cacher une autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S20_bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S20_bis.jpg?1623539636' width='500' height='298' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Wolfram Nitsch est professeur de litt&#233;rature fran&#231;aise et hispanique &#224; l'Universit&#233; de Cologne. Ses principaux champs de recherche sont la prose fran&#231;aise du XXe et XXIe si&#232;cle, la litt&#233;rature espagnole du si&#232;cle d'or et la litt&#233;rature argentine moderne, ainsi que la m&#233;diologie, l'anthropologie litt&#233;raire et la th&#233;orie de l&#700;espace. Sur Claude Simon, il a &#233;crit le livre &lt;i&gt;Sprache und Gewalt bei Claude Simon&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Langage et violence chez Claude Simon&lt;/i&gt;, 1992) et dirig&#233;, avec Irene Albers, les volumes &lt;i&gt;Transports : les m&#233;taphores de Claude Simon&lt;/i&gt; (2006) et &lt;i&gt;Lectures allemandes de Claude Simon&lt;/i&gt; (2013). Il est membre du conseil d'administration et tr&#233;sorier adjoint de l'ALCS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les images :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1129 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/pdf/Cartes_postales_Seminaire_2021_V.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.3 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1787934106' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rom&#233;o Koffi</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Romeo-Koffi.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Romeo-Koffi.html</guid>
		<dc:date>2021-06-12T22:55:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>La Route des Flandres</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Koffi, Rom&#233;o</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De l'&#233;vasion &#224; l'invasion : une lecture &#224; la lumi&#232;re de La Route des Flandres et Histoire de Claude Simon &lt;br class='autobr' /&gt;
Le titre de ma communication m'invite en me mettant &#224; la place d'un lecteur incomp&#233;tent, c'est le premier titre que j'ai d'ailleurs propos&#233; &#224; cette aventure avec Simon, c'est-&#224;-dire &#171; le lecteur incomp&#233;tent &#187;, un lecteur qui ne veut pas lire Simon ou un lecteur mis en d&#233;route par le texte simonien. Finalement, j'ai c&#233;d&#233; &#224; la tentation d'une &#233;vasion, c'est justement ce qui a motiv&#233; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Route-des-Flandres-+.html" rel="tag"&gt;La Route des Flandres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Histoire-+.html" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Koffi-Romeo-+.html" rel="tag"&gt;Koffi, Rom&#233;o&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/romeo_koffi.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/romeo_koffi.jpg?1732652525' width='500' height='425' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'&#233;vasion &#224; l'invasion : une lecture &#224; la lumi&#232;re de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; de Claude Simon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre de ma communication m'invite en me mettant &#224; la place d'un lecteur incomp&#233;tent, c'est le premier titre que j'ai d'ailleurs propos&#233; &#224; cette aventure avec Simon, c'est-&#224;-dire &#171; le lecteur incomp&#233;tent &#187;, un lecteur qui ne veut pas lire Simon ou un lecteur mis en d&#233;route par le texte simonien. Finalement, j'ai c&#233;d&#233; &#224; la tentation d'une &#233;vasion, c'est justement ce qui a motiv&#233; la formulation du titre suivant &#171; la lecture de Claude Simon : de l'&#233;vasion &#224; l'invasion &#187; Qu'est-ce qui est &#233;vasif chez Simon ? Qu'est-ce qui captive et &#224; quelle fin ? Que peut-on ou que doit-on retenir &#224; la fin ? Ce sont ces questions qui ont trottin&#233;es, comme si j'&#233;tais &#224; cheval, ma r&#233;flexion. Ce titre rel&#232;ve du simple fait qu'en parcourant le texte de Simon dans un esprit ludique, je suis tomb&#233; dans la captation. Comme le narrateur simonien hant&#233; par les images, j'ai &#233;t&#233; hant&#233;, colonis&#233; par les flux de mots. Comment cela s'est-il pass&#233; ? Je pr&#233;cise dor&#233;navant que j'ai lu &lt;i&gt;Eug&#233;nie Grandet&lt;/i&gt; de Honor&#233; de Balzac, j'ai lu &lt;i&gt;Germinal&lt;/i&gt; de Zola, lors de la pr&#233;paration de mon Master, j'ai lu &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;. Tous ces romans ont laiss&#233; des traces ind&#233;l&#233;biles &#224; travers la vie des diff&#233;rents personnages en particulier celle de &#201;tienne Lantier, Madame Bovary (dont j'ai &#233;tudi&#233; le personnage), Charles Bovary, m&#233;decin de campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant grande fut ma surprise en parcourant pour la premi&#232;re fois les textes de Claude Simon, en l'occurrence &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;. L'&#339;uvre en main, j'ai d&#233;cid&#233;, comme un lecteur traditionnel, de passer rapidement en revue quelques pages pour voir l'intrigue de l'histoire. Ayant ainsi tourn&#233; quelques dizaines de pages, je ne voyais qu'un bloc, des fragments, des mots tronqu&#233;s, parfois troqu&#233;s au b&#233;n&#233;fice d'autres ; tous ces &#233;l&#233;ments se suivent et s'encha&#238;nement sans ordre apparent. Comme le narrateur simonien, j'avais &#171; la t&#234;te d'un voyageur &#187; (&lt;i&gt;Hist.&lt;/i&gt;, 34), &#171; respirant et expirant [&#8230;] comme si mes oreilles [mes yeux] se bouchaient et s'ouvraient tour &#224; tour &#187; (&lt;i&gt;Hist.&lt;/i&gt;, 39), le &#171; visage [&#8230;] ennuy&#233; [&#8230;] impatient [&#8230;] attendant &#187; (&lt;i&gt;RF.&lt;/i&gt;,15) ou qu&#234;tant le d&#233;nouement d'une action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette attente incertaine face &#224; &#171; la temp&#234;te de mots [&#8230;] comme d'emphatiques avertisseurs ou de path&#233;tiques appels au secours &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante, histoire de l'art et temps des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les maux, (oubli, plainte, angoisse, doute, h&#233;sitation, t&#226;tonnement, etc.) ont commenc&#233; surgir en moi, confirmant ainsi, ces propos de Roland Barthes : le texte simonien dans sa configuration pourrait communiquer &#224; &#171; son lecteur un &#233;tat bizarre : &#224; la fois exclu et paisible.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, Le plaisir du texte, Paris, Seuil, Coll &#171; Tel Quel &#187;, 1973, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Dans cet &#233;lan, ces questions ont commenc&#233; &#224; surgir de ma m&#233;moire &#224; l'&#339;uvre dans l'&#339;uvre simonienne : o&#249; la phrase a commenc&#233; et o&#249; va-t-elle s'achever ? Que signifie le r&#233;cit simonien ? Alors en tant que lecteur distrait, je me suis laiss&#233; emporter par les al&#233;as du texte en suivant &#224; la mani&#232;re d'un arch&#233;ologue ou d'un &#171; historien du regard, de la contemplation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante, op.cit., p.109.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les flots, les flux de mots et des images qui me conduisaient comme cet esprit &#171; mouvant qui planait sur les eaux au d&#233;but de la cr&#233;ation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gen&#232;se, chapitre 1, Verset 3.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car je ne savais pas o&#249; cette lecture allait me conduire, je ne savais pas o&#249; j'allais atterrir mais j'&#233;tais heureux de me laisser bercer par les vagues de mots. D&#232;s lors, face &#224; ce &#171; bloc textuel qui suspens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascale Mounier, &#171; Structures &#233;num&#233;ratives et description utopique : La &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tout id&#233;e de lin&#233;arit&#233; et m&#233;tamorphose le lecteur en &#171; un t&#233;moin de la rencontre de l'impr&#233;sentable qui d&#233;sempare toute pens&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, Le partage du sensible : esth&#233;tique et politique, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai commenc&#233; alors &#224; ramer &#224; contre-courant tombant dans &#171; les gouffres parce que des s&#233;ismes ont lieu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante, op. cit., p.164.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en parcourant le texte pour le simple plaisir de voir les mots se r&#233;p&#233;ter, s'entrelacer, se superposer. Ainsi, &#171; un espace de jouissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, Le plaisir du texte, op. cit., p.11.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; venait de na&#238;tre. Pour mieux appr&#233;hender &#171; l'ordre r&#233;el et l'ordre textuel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascale Mounier, &#171; Structures &#233;num&#233;ratives et description utopique : La &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je me suis mis &#224; r&#233;pertorier &#231;&#224; et l&#224; les images, les objets, les mots, les jeux de r&#233;p&#233;tition, etc. En parcourant, l'&#339;uvre un peu plus loin, j'ai fait le constat suivant, d'une lecture distractive, comme par un jeu de &#171; glissement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Brunel, Glissements du roman fran&#231;ais au XXe si&#232;cle, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le lecteur, que je suis, va se trouver dans la captation, il se trouve imbib&#233;, phagocyt&#233; par le texte : difficile de s'en d&#233;tacher. Le texte, les mots, les images, comme au cin&#233;ma, il n'a plus de choix car le seul qui lui reste, c'est d'avoir les yeux riv&#233;s sur le lieu de la projection, le lieu de l'action, chez Simon, c'est le texte. Ce texte simonien se d&#233;ploie comme &#171; un fossile &#8211; [&#8230;] qui se r&#233;veille contre toute attente, bouge, s'agite, se d&#233;m&#232;ne et brise le cours normal des choses [&#8230;] en tant qu'&#233;l&#233;ment disjoint de son terreau. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante, op. cit., p. 338-339.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon attention s'est fig&#233; sur deux fragments qui se manifeste comme des &#171; digues &#187; dans le texte. &#171; [&#8230;] Et de nouveau il me semblait voir cela : se d&#233;tachant sur le mur vert inimitable des opulents marronniers, presque noir, [&#8230;] &#8211; le mur vert noir des marronniers &#8211; Marron cercl&#233; bleu ciel, toque noir &#8230; &#187; (&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, pp. 22-23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&#8230;] la lumi&#232;re livide qui tombe des mille ou deux mille verri&#232;res montmartroises [&#8230;] ou les for&#234;ts du Parnasse mais par les galopades matinales dans les corridors et l'urinale odeur des souterrains aux parois &#233;tincelantes et c&#233;ramiqu&#233;es du m&#233;tropolitain &#187; (&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, p. 270)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Claude Simon, comme nous pouvons le constater l'&#233;criture &#171; ne fait que tendre la main [au lecteur]. [&#8230;] puis nous attire, nous aspire, nous d&#233;vore &#8211; tout entiers dans le mouvement [&#8230;] la puissance des images est une puissance de comp&#233;n&#233;tration de l'objet dans le sujet et, pire du sujet dans l'objet.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante, op. cit., p. 411.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Cette &#233;criture qui nous tend la main comme pour nous emmailloter, nous entrelacer est palpable dans les textes de Simon : &#171; la lecture est r&#233;guli&#232;rement entrav&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Jeandillou, &#171; Listomania Nodieriana &#187;, dans Michelle Lecolle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#171; propose fr&#233;quemment au lecteur des passages constitu&#233;s, sur plusieurs pages &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Wulf, &#171; &#034;D&#233;nombrement titanique&#034; : l'effet dans Quatrevingt &#8211; treize (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je m'amusais &#224; chercher, &#224; lister d'abord les signes visible et invisible, en l'occurrence les ponctuations. Alors, je me disais en moi-m&#234;me : Je vois - je ne vois - il a oubli&#233; - il devait mettre - il va mettre - il n'a pas mis. C'est en effet dans le tumulte de ces observations que je suivais sans trop d'int&#233;r&#234;t le texte de Simon. Dans le premier fragment, Il y a une insistance sur le mot &#171; mur &#187; r&#233;p&#233;t&#233; (11 fois) dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; (p. 22 &#8211; 23), dans Histoire (pp. 270 &#8211; 271) par contre il y un &#233;tirement du mot &#171; m&#234;me - s &#187; (r&#233;p&#233;t&#233; 13 fois) avec une alternance du singulier et du pluriel comme par un jeu de refrain. Cette extension, comme une &#171; ficelle en n&#339;uds &#187; (&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, p. 248) cr&#233;e une forme de labyrinthe (au sens o&#249; l'entend Gilles Deleuze) dans le r&#233;cit. Ainsi, comme nous pouvons l'observer, pour le scripteur simonien, le r&#233;cit comme ce labyrinthe dont parle Deleuze, &#171; n'est ni un cercle ni une spirale, mais un fil, une pure ligne droite, d'autant plus myst&#233;rieuse qu'elle est simple, inexorable, terrible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Critique et clinique, Paris, Minuit, 1993, p. 41.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . De m&#234;me, Selon Georges Didi-Huberman, le r&#233;cit simonien par le jeu de la liste allie &#171; les formes, les forces et les significations &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante, op. cit., p.413.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et manifeste un arr&#234;t sur l'image. Quels effets ces listes cr&#233;ent-elles dans le texte et chez le lecteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de ce fragment met en relief ce que Jean-Marie Kouakou nomme &#171; un r&#233;servoir duquel peuvent se pr&#233;lever les s&#233;ries &#224; mettre en r&#233;seau. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Marie Kouakou, La chose litt&#233;raire : objet/objets, Abidjan, EDUCI, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est justement dans un jeu de mise en r&#233;seau que je vais commencer &#224; lister un ensemble d'&#233;l&#233;ments caract&#233;ristique. Si dans La &lt;i&gt;Route des Flandres&lt;/i&gt;, l'image du &#171; mur &#187; qui revient &#224; maintes reprises avec une variation de couleurs ou encore ce &#171; tiroir rempli de l'h&#233;t&#233;roclite &#187; ( &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, pp.248) objets avec diff&#233;rentes couleurs pourraient certainement s'apparenter &#224; un &#233;cran de cin&#233;ma qui multiplie les actions dans un geste de suspens comme un prestidigitateur qui &#224; travers un seul objet varie les jeux de d&#233;doublement, il y a l&#224;, ce que Jean-Marie Kouakou pourrait appeler &#171; une capitalisation des formes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem., p. 85.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui conduit peut-&#234;tre &#224; une capitulation de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second mouvement, il s'agit de cr&#233;er chez le lecteur un jeu d'&#233;cho dans l'optique de rendre l'objet pr&#233;sent dans la pens&#233;e de celui-ci. Le lecteur pourrait certainement oublier les actons, le lieu mais l'image ou l'objet reste dans sa m&#233;moire comme un &#171; fant&#244;me &#187; qui va continuellement hanter sa lecture. Le texte se pr&#233;sente comme une invitation au lecteur &#224; travers les formes d'insistances et de r&#233;p&#233;tition. Cependant, &#171; la lecture de ces [textes] reste fort d&#233;cevant pour quiconque y chercherait &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante, op. cit., p. 465.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; une fable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, le lecteur qu&#234;teur qui s'amusait &#224; lire Claude Simon comme une &#339;uvre de &#171; l'aventure, comme cette aventure de l'&#233;criture &#187; se trouve submerg&#233; par le texte, l'&#233;criture, le style. Il se trouve imbib&#233; par les objets, les images, les lieux. Ce qu'il retient apr&#232;s cette aventure, ce n'est pas tant l'histoire, ni les lieux, ni les personnages, mais ce d&#233;p&#244;t, ce &#171; magma textuel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapha&#235;l Cappelen, &#171; Rabelais et la biblioth&#232;que imaginaire : liste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; informe qui reste en lui apr&#232;s, au fond de lui dans sa m&#233;moire au terme de cette aventure. Ce magma est comparable &#224; une &#171; boue invisible &#187; (&lt;i&gt;RF.&lt;/i&gt;, 127), ou encore &#224; des &#171; fant&#244;mes &#187; (&lt;i&gt;Hist.&lt;/i&gt;, 10), il ne fait que trainer ces mots comme une coquille d'escargot sur son dos. Le lecteur qui lisait le texte de Simon dans un &#233;lan de distraction va finalement de retrouver face &#224; un texte qui l'engloutit, le colonise. Chez Simon, ce n'est pas ce que le lecteur retient qui est primordiale, c'est ce d&#233;p&#244;t informe, &#171; c'est-&#224;-dire invisible immat&#233;riel sans commencement ni fin ni rep&#232;re, et au sein duquel il [le lecteur] avait la sensation de se tenir [&#8230;] comme au th&#233;&#226;tre ces personnages immobiles dont les jambes imitent sur place le mouvement de la marche &#187; (&lt;i&gt;RF.&lt;/i&gt;, 30) qui reste lorsqu'il semble avoir tout oubli&#233;. Difficile d'&#233;chapper au joug des images qui le colonisent finalement. Pour le scripteur simonien, Il n'y a pas de parole vaine car toute parole manifeste la pr&#233;sence palpable d'un sujet, d'un objet : il a fait les &#234;tres, les objets, les images, la terre et les cieux par la parole, &#171; il parla, et ce qu'il dit exista ;/ il commanda, et ce qu'il dit survint. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bible, Psaume 33.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour tout dire, l'art de l'&#233;crit chez Claude Simon, &#171; &#224; force de d&#233;rives, de d&#233;viations, de d&#233;taxes ou de surtaxes [&#8230;] introduit un peu de psychose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Critique et clinique, op. cit., p. 93.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; chez son lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie sommaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon, &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1960. / Histoire, Paris, Minuit, 1967.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Brunel, &lt;i&gt;Glissements du roman fran&#231;ais au XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, KlincKsieck, 2001.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 2002. &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Critique et clinique&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1993.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Marie Kouakou, &lt;i&gt;La chose litt&#233;raire : objet/objets&lt;/i&gt;, Abidjan, EDUCI, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Rom&#233;o Koffi Konan&lt;/strong&gt; est doctorant &#224; l'Universit&#233; F&#233;lix Houphou&#235;t Boigny de Cocody &#8211; Abidjan &#8211; C&#244;te d'Ivoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il travaille &#224; une th&#232;se dont le sujet est : &#171; Le supens narratif chez Claude Simon &#187;. Th&#232;se de doctorat dirig&#233;e par Jean-Marie Kouakou, Professeur des Universit&#233;s, Directeur de l'&#233;cole doctorale SCALL &#224; l'UFHB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est membre du conseil d'administration de l'ALCS depuis 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante, histoire de l'art et temps des fant&#244;mes selon Aby Warburg&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 2002, p.372.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &lt;i&gt;Le plaisir du texte&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, Coll &#171; Tel Quel &#187;, 1973, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p.109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gen&#232;se&lt;/i&gt;, chapitre 1, Verset 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pascale Mounier, &#171; Structures &#233;num&#233;ratives et description utopique : La &#171; Corographie &#187; de la ville d'Orbe &#187; dans Michelle Lecolle, Raymond Michel et Sophie Milcent-Lawson (dir.), &lt;i&gt;Liste et effet liste en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris, Classiques Garnier, 2013, p. 176&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le partage du sensible : esth&#233;tique et politique&lt;/i&gt;, Paris, La Frabrique-&#233;dition, 2000, p.9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &lt;i&gt;Le plaisir du texte&lt;/i&gt;, op. cit., p.11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pascale Mounier, &#171; Structures &#233;num&#233;ratives et description utopique : La &#171; Corographie &#187; de la ville d'Orbe &#187; dans Michelle Lecolle, Raymond Michel et Sophie Milcent-Lawson (dir.), &lt;i&gt;Liste et effet liste en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Brunel, &lt;i&gt;Glissements du roman fran&#231;ais au XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, KlincKsieck, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante&lt;/i&gt;, op. cit., p. 338-339.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante&lt;/i&gt;, op. cit., p. 411.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Jeandillou, &#171; Listomania Nodieriana &#187;, dans Michelle Lecolle, Raymond Michel et Sophie Milcent-Lawson (dir.), &lt;i&gt;Liste et effet liste en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 260.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Wulf, &#171; &#034;D&#233;nombrement titanique&#034; : l'effet dans Quatrevingt &#8211; treize &#187;, dans Michelle Lecolle, Raymond Michel et Sophie Milcent-Lawson (dir.), &lt;i&gt;Liste et effet liste en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 261.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Critique et clinique&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1993, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Marie Kouakou, &lt;i&gt;La chose litt&#233;raire : objet/objets&lt;/i&gt;, Abidjan, EDUCI, 2005, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem.&lt;/i&gt;, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 465.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapha&#235;l Cappelen, &#171; Rabelais et la biblioth&#232;que imaginaire : liste &#233;nigmatique et cr&#233;ation g&#233;n&#233;rique &#187; dans Michelle Lecolle, Raymond Michel et Sophie Milcent-Lawson (dir.), &lt;i&gt;Liste et effet liste en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 168.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Bible&lt;/i&gt;, Psaume 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Critique et clinique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pascal Mesthi</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Pascal-Mesthi.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Pascal-Mesthi.html</guid>
		<dc:date>2021-06-12T22:55:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Mesthi, Pascal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Explosion du port de Beyrouth, 4 ao&#251;t 2020 L'Acacia, au risque de la sociocritique. Gen&#232;se d'un article et contextes belliqueux. Depuis mars 2020, l'humanit&#233; enti&#232;re est en guerre contre un virus &#171; capable d'enrichir en un jour l'Ach&#233;ron &#187;, pour citer &#171; Les Animaux malades de la peste &#187;. L'ami, le parent, l'autre deviennent des ennemis potentiels. Afin de ne pas se laisser (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Mesthi-Pascal-+.html" rel="tag"&gt;Mesthi, Pascal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/Beyrouth.jpg?1623535025' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;p style=&#034;text-align:center&#034;&gt;&lt;a https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/liban/explosions-a-beyrouth/&gt;Explosion du port de Beyrouth, 4 ao&#251;t 2020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, au risque de la sociocritique. Gen&#232;se d'un article et contextes belliqueux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mars 2020, l'humanit&#233; enti&#232;re est en guerre contre un virus &#171; capable d'enrichir en un jour l'Ach&#233;ron &#187;, pour citer &#171; Les Animaux malades de la peste &#187;. L'ami, le parent, l'autre deviennent des ennemis potentiels. Afin de ne pas se laisser terrasser par eux, on s'arme de masque, de gel hydroalcoolique et de patience. On se replie dans des cellules domestiques aux allures de bunkers. Sur la ligne de front, le corps m&#233;dical livre sa plus &#226;pre bataille. Les entreprises luttent pour leur survie, livrant l'aspect &#233;conomique de cette guerre sans merci. Les plus d&#233;munis, interdits de profiter de leur seule force de travail et priv&#233;s, dans les pays en voie de d&#233;veloppement, de toute source de revenue affrontent la faim &#8211; la fin ! &#8211; en silence. Coup&#233;s de nos proches et de nos amis, notre instinct gr&#233;gaire se mue en morne et froide solitude. Le distanciel concurrence d&#233;sormais le pr&#233;sentiel au point o&#249; nous ne savons plus si nous vivons dans une r&#233;alit&#233; tragique ou dans une fiction dystopique. L'on se demande alors si nous avons tant maltrait&#233; la nature et tant jou&#233; aux apprentis sorciers que la terre a finalement trouv&#233; le moyen de nous le rendre au centuple. Aux guerres m&#233;diatiques o&#249; certains pays occidentaux accusent la Chine d'avoir fabriqu&#233; le virus afin d'asseoir sa supr&#233;matie, s'ajoutent d'autres combats qui ne font pas moins de ravage. Au Liban, mon pays d'origine et de c&#339;ur, cela co&#239;ncide avec l'&#233;croulement des secteurs bancaire et financier. Les Libanais voient s'&#233;vaporer les &#233;pargnes de toute une vie et craignent m&#234;me de n'avoir toujours pas touch&#233; le fond de la crise. Soudain, 55% de la population se retrouve sous le seuil de pauvret&#233;. La d&#233;valuation de la livre est telle que l'on appr&#233;hende le moment o&#249; l'on ne pourra plus faire bouillir la marmite. Le peuple, bravant les restrictions sanitaires, descend dans la rue pour r&#233;clamer le d&#233;part d'une classe dirigeante corrompue, amalgame absurde de princes de guerre et hommes d'affaires mafieux. L'explosion sanglante du port de Beyrouth, le 4 ao&#251;t 2020, soufflant une grande partie de la capitale, ach&#232;ve de conf&#233;rer une image apocalyptique &#224; la situation. Incapables de d&#233;tr&#244;ner une classe politique enracin&#233;e au sein du paysage communautaire apr&#232;s plusieurs mois de contestation, les Libanais d&#233;&#231;us dont je fais partie, amorcent, dans un ultime geste de d&#233;sespoir, des proc&#233;dures d'immigration vers des pays o&#249; leur dignit&#233;, leurs droits et leur vie seraient pr&#233;serv&#233;s. Cette h&#233;morragie massive laisserait le pays &#224; ceux qui applaudissent et m&#233;ritent ainsi de pareils gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de guerre sanitaire, m&#233;diatique, &#233;conomique, financi&#232;re, dans cette lutte entre assassins-voleurs accroch&#233;s au pouvoir et peuple assoiff&#233; de justice qui cherche &#224; prendre en main son destin, comme une invite &#224; &#233;chapper &#224; la r&#233;alit&#233;, je tombe sur une annonce sur le site fabula : &#171; Quatri&#232;me &#233;dition du Prix Claude et R&#233;a Simon destin&#233; aux jeunes chercheurs : La date limite d'envoi des propositions est fix&#233;e au 1er d&#233;cembre 2020. &#187; Et si la lecture de Claude Simon et la r&#233;daction d'un article venaient donner du sens &#224; un monde en d&#233;route ? Je cherche sur les rayons de ma biblioth&#232;que un roman qui semble attendre le moment propice pour m'interpeller : &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. J'esp&#232;re d'abord, en m'y plongeant, meubler des jours ayant perdu leur lien avec le temps. Je souhaite, en outre, &#224; travers la besogne &#224; laquelle je cherche &#224; m'atteler, pouvoir fuir le contexte belliqueux qui me ronge de toutes parts. Se retirer dans sa bulle par r&#233;signation mais surtout pour retrouver le sens de la beaut&#233;, pour se sentir acteur, pour agir, pour retrouver les mots cultiv&#233;s et arros&#233;s telles des plantes et des fleurs dans un jardin qui n'a jamais cess&#233; de me fasciner, celui de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le premier v&#339;u, celui de fuir la guerre, ne s'est pas vite exauc&#233;. Je tombe, d&#232;s les premi&#232;res pages du roman, dans les chemins boueux et les tranch&#233;es sinistres de la 1re Guerre Mondiale. Trois figures f&#233;minines toutes de noires v&#234;tues, sillonnent les villages d&#233;labr&#233;s &#224; la recherche de la tombe d'un capitaine - &#171; Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse &#187;, dirait notre cher Baudelaire &#224; propos de la jeune veuve. Les deux s&#339;urs et la &#171; sultane &#187; (p. 113, 137) sont accompagn&#233;es d'un enfant qui, une fois grandi, sera enr&#244;l&#233;, &#224; son tour, dans un nouveau conflit mondial. D&#233;cid&#233;ment, fuir un contexte belliqueux pour tomber dans un autre, cela ne r&#233;pond point &#224; mon attente. Mais je suis vite emport&#233; par le torrent et ce courant o&#249; j'&#233;prouve de moins en moins de r&#233;sistance me m&#232;ne vers des contr&#233;es improbables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerres coloniales engag&#233;es au Sud, conflits mondiaux et d&#233;p&#234;chement des arm&#233;es vers le Nord, soldats, chair &#224; canon, recrut&#233;s dans les classes paysannes d&#233;favoris&#233;es, g&#233;n&#233;raux &#224; l'abri, li&#233;s &#224; une bourgeoisie, elle-m&#234;me h&#233;riti&#232;re de la noblesse de l'Ancien R&#233;gime, vous propulsent d'embl&#233;e dans un monde ayant toujours brandi les armes. Les b&#226;timents de guerre traversant les mers du globe et les trains &#171; &#224; bestiaux &#187; (p. 342) regorgeant de soldats parcourant les terres, le trac&#233; reproduit la ligne du temps r&#233;p&#233;tant &#224; l'envi h&#233;catombe et d&#233;solation. L'Histoire compar&#233;e par Claude Simon &#224; un monstre anthropophage refl&#232;te &#233;galement les traits d'une &#171; charogne d&#233;j&#224; puante &#187; (p. 242). Me voici bien loin de la bouff&#233;e d'oxyg&#232;ne et du d&#233;paysement recherch&#233;s par la lecture !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La danse engag&#233;e par le p&#232;re avec la guerre comme partenaire se m&#233;tamorphose en danse macabre. Mais celle du fils, dessinant d'abord les m&#234;mes pas, offre ensuite une toute autre esquisse. Les luttes entre classes sociales, les frictions entre catholicisme et protestantisme, les animosit&#233;s entre colons et autochtones, se taisent toutes, sous le grade du capitaine. En ressort la dominance du sociolecte militariste qui tente de r&#233;concilier, par la force, des &#233;l&#233;ments antagonistes. Or, le retour de l'identique, &#224; des ann&#233;es d'intervalle, atteste de l'incapacit&#233; de pacifier un monde qui d&#233;rive vers le tragique &#224; cause, justement, de ce sociolecte militariste. Le fils-brigadier, engag&#233; dans le 2e conflit mondial mais fuyant le front &#224; quatre pattes puis passant de longues heures dans un lupanar, ne correspond plus &#224; la figure paternelle du h&#233;ros mort au champ d'honneur. Le portrait du brigadier sauv&#233; des griffes de la guerre offre un nouveau sociolecte qui destitue l'ancien. Les dessins grivois, les croquis de feuilles, de plantes, d'arbres, de fleurs, combin&#233;s &#224; l'acte de lire permettent de triompher de la guerre d&#233;gradant les hommes. S'en d&#233;gage un sociolecte esth&#233;tique o&#249; le dessin repr&#233;sente une m&#233;taphore de l'&#233;criture capable, elle aussi, de d&#233;tacher les &#234;tres &#224; leur &#171; profonde tranch&#233;e &#187; (p. 150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la charogne de l'Histoire, r&#233;pond ainsi en &#233;cho, une charogne baudelairienne que Claude Simon reprend &#224; son compte pour d&#233;limiter les contours de son esth&#233;tique scripturale. L'alchimie simonienne tend un dessin qui offre un voyage o&#249; la pulsion sexuelle &#233;voque une revanche sur la guerre. M&#234;me si l'&#233;criture reproduit des tableaux belliqueux, elle demeure &#233;galement une tentative d'y voir plus clair. Elle d&#233;peint le monde comme un &#233;norme bagne o&#249; sont s&#233;questr&#233;s, maltrait&#233;s et saign&#233;s des innocents. Elle rapporte une descente aux enfers et cherche &#224; traduire des &#233;l&#233;ments dantesques mythifi&#233;s par l'acte m&#234;me d'&#233;crire. Loin de constituer une d&#233;marche amn&#233;sique, elle grave, noir sur blanc, un v&#233;cu traumatisant et ind&#233;l&#233;bile. Elle rassemble des bribes pour &#233;viter qu'elles se dispersent. Dans cette perspective, les tirets, les parenth&#232;ses, les innombrables &#171; peut-&#234;tre &#187; (p. 325, 326 (2 fois), 333 (2 fois), 344 (3 fois)) au sein d'interminables phrases, peuvent &#234;tre per&#231;us telle une tentative non pas de reproduire simplement les barbel&#233;s qui s&#233;parent mais de relier ce qui pourrait &#234;tre s&#233;par&#233;. Le passage que je choisis de lire incarne, en une seule tr&#232;s longue phrase, ce mouvement de rapprochement et de s&#233;paration. Il lie, rassemble et fige, pour l'&#233;ternit&#233; d'un instant, deux amants que la guerre d&#233;sunit, sur le quai d'une gare. L'&#233;criture, reconstituant l'instant de fusion, &#233;rige, quoique de mani&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re, le mythe de l'androgyne. Cette esth&#233;tique, prenant ici appui sur une hypotypose fascinante, permet, &#224; elle seule, d'&#233;chapper au contexte belliqueux que nous traversons. L'&#233;criture de la guerre parvient &#224; nous rattacher &#224; la guerre mais elle r&#233;ussit &#233;galement &#224; nous en d&#233;livrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons de la place &#224; Claude Simon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je lis les pages 157-158, des &#201;ditions de Minuit, 1989, r&#233;&#233;dition de 2006 : union et s&#233;paration des amants sur le quai d'une gare :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; De sorte que pendant un moment il (le train) parut ne pas pouvoir se d&#233;gager [&#8230;] d&#233;croissant lui aussi de plus en plus vite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_1124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L282xH158/S16_pascal_mesthi-de290.jpg?1787936970' width='282' height='158' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Pascal Mesthi&lt;/strong&gt; travaille depuis 25 ans dans le milieu scolaire. Enseignant des classes primaires, puis compl&#233;mentaires puis secondaires (cursus libanais et fran&#231;ais), il est depuis treize ans membre du conseil de direction d'un &#233;tablissement libanais homologu&#233; par le Minist&#232;re fran&#231;ais de l'&#201;ducation Nationale. Il a soutenu, en d&#233;cembre 2019, &#224; l'Universit&#233; Libanaise, sa th&#232;se en langue et litt&#233;rature fran&#231;aises intitul&#233;e &#171; La qu&#234;te de la pl&#233;nitude dans quatre romans &#034;m&#233;diterran&#233;ens&#034; : &lt;i&gt;Villa Amalia&lt;/i&gt; de P. Quignard, &lt;i&gt;Malicroix&lt;/i&gt; de H. Bosco, &lt;i&gt;Partir&lt;/i&gt; de T. Ben Jelloun, &lt;i&gt;La Voyeuse interdite&lt;/i&gt; de N. Bouraoui &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Joanna Kotowska-Miziniak</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Joanna-Kotowska-Miziniak.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Joanna-Kotowska-Miziniak.html</guid>
		<dc:date>2021-06-12T22:55:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Kotowska, Joanna</dc:subject>
		<dc:subject>La S&#233;paration</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La S&#233;paration &#8211; une lecture de crise (pand&#233;mique) &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'appelle Joanna Kotowska-Miziniak, je suis enseignante &#224; l'universit&#233; de Wroclaw en Pologne, passionn&#233;e par le Nouveau Roman et surtout par Claude Simon, ainsi que par Gaston Bachelard et ses quatre &#233;l&#233;ments de la nature. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cette p&#233;riode difficile du (ou plut&#244;t des) confinement(s), j'ai choisi l'unique pi&#232;ce th&#233;&#226;trale de Simon, La S&#233;paration, dont le titre m&#234;me &#233;voque la situation dans laquelle nous &#233;tions contraints &#224; vivre dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Kotowska-Joanna-+.html" rel="tag"&gt;Kotowska, Joanna&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Separation-+.html" rel="tag"&gt;La S&#233;paration&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S10_ter-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S10_ter-2.jpg?1623534493' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La S&#233;paration &#8211; une lecture de crise (pand&#233;mique)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'appelle Joanna Kotowska-Miziniak, je suis enseignante &#224; l'universit&#233; de Wroclaw en Pologne, passionn&#233;e par le Nouveau Roman et surtout par Claude Simon, ainsi que par Gaston Bachelard et ses quatre &#233;l&#233;ments de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette p&#233;riode difficile du (ou plut&#244;t des) confinement(s), j'ai choisi l'unique pi&#232;ce th&#233;&#226;trale de Simon, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/La-Separation-Chemin-de-fer-2019.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La S&#233;paration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, dont le titre m&#234;me &#233;voque la situation dans laquelle nous &#233;tions contraints &#224; vivre dans la pand&#233;mie du COVID : &#224; distance, s&#233;par&#233;s l'un de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis, d'ailleurs, en train de traduire &lt;i&gt;La S&#233;paration&lt;/i&gt;, vu qu'il n'a que deux traductions de Simon accessibles en langue polonaise (&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, datant d'il y a 40 ans et dont le langage &#224; l'ancien se lit plut&#244;t mal, et &lt;i&gt;L'Invitation&lt;/i&gt;, tomb&#233;e dans l'oubli depuis une trentaine d'ann&#233;es), ce que je trouve tr&#232;s dommage et, du coup, ce manque m'interpelle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction est une de plus profondes analyses du texte qui puisse &#234;tre, parce qu'elle cherche &#224; comprendre ce qui est bien au-del&#224; des mots, afin de rendre la r&#233;alit&#233; par une autre r&#233;alit&#233; et pas les mots par d'autres mots. Et donc je me suis mis &#224; une lecture attentive de cet ouvrage longtemps oubli&#233; &#8211; depuis 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La S&#233;paration&lt;/i&gt; se voit refuser par J&#233;r&#244;me Lindon &#224; cause de sa forme plut&#244;t classique (elle est conforme au mod&#232;le de la trag&#233;die grecque, comme le note Mireille Calle-Gruber) et donc trop &#233;loign&#233;e des tendances avant-gardistes du Nouveau Roman. Elle ne figure m&#234;me pas dans les deux volumes de la Pl&#233;iade. Mais, r&#233;&#233;dit&#233; en 2019, &lt;i&gt;La S&#233;paration&lt;/i&gt; a la chance d'&#234;tre red&#233;couverte et finalement appr&#233;ci&#233;e &#8211; pourquoi pas de nouveau sur une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de partager ma lecture avec vous, rappelons-nous bri&#232;vement l'intrigue de la pi&#232;ce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage est un drame bourgeois qui reprend les motifs du roman &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;. L'action se passe dans une maison &#224; la campagne, maison tout envahie par la mort : d'un c&#244;t&#233; il s'agit d'une odeur &#226;cre de la pourriture des hectares des poires mures tomb&#233;es par terre et de l'autre, par l'agonie de Marie, la vieille tante du protagoniste. Le titre m&#234;me &#233;voque le dispositif th&#233;&#226;tral qu'est une cloison s&#233;parant deux cabinets de toilette, dispos&#233;s en sym&#233;trie miroir, l'un appartenant &#224; Georges, universitaire rat&#233; reconverti dans l'agriculture, et sa femme Louise, pr&#234;te &#224; quitter son &#233;poux pour un amant ; et le deuxi&#232;me cabinet o&#249; vivent (ou plut&#244;t v&#233;g&#232;tent) les parents de Georges, Pierre, ob&#232;se, immobile et lass&#233; de tout, et Sabine, d&#233;crite comme une &#171; pie jacassante &#187;. Grace &#224; cette mince cloison, on observe les deux couples de mani&#232;re quasi simultan&#233;e vivre un drame de leurs vies malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit est &#233;crit dans le style rhizomique, propre &#224; Simon, il se ramifie dans plusieurs directions, il multiplie des souvenirs et des r&#233;alit&#233;s hypoth&#233;tiques superpos&#233;es sur la r&#233;alit&#233;, m&#234;le les axes temporels et les personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous propose d'&#233;couter un petit fragment s'&#233;talant sur les pages 22-26 (les &#233;ditions du Chemin de fer de 2019). L'extrait est &lt;a href=&#034;https://fr.calameo.com/read/003989320ffb0dc1e1c98&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;accessible sur le site de l'&#233;diteur&lt;/a&gt; (la num&#233;rotation est cependant diff&#233;rente : p. 24-28). &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci de votre attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traductrice en herbe&#8230; &lt;strong&gt;Joanna Kotowska-Miziniak&lt;/strong&gt; a publi&#233; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Joanna-Kotowska-L-eau-et-la-terre-dans-l-univers-romanesque-de-Claude-Simon.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;L'eau et la terre dans l'univers romanesque de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; en 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jo&#235;lle Gleize</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Joelle-Gleize-641.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Joelle-Gleize-641.html</guid>
		<dc:date>2021-06-12T22:55:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Les G&#233;orgiques</dc:subject>
		<dc:subject>Gleize, Jo&#235;lle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Relecture des G&#233;orgiques, par temps de pand&#233;mie &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le sentiment de b&#233;n&#233;ficier d'un temps suppl&#233;mentaire exceptionnel, d'un temps offert &#8211; du moins pendant le premier confinement &#8211; j'ai lu ou relu, pour le plaisir, sans objectif d'&#233;tude : Kafka, Volodine, Jaume Cabr&#233;, et puis d'autres, dont Claude Simon et ses G&#233;orgiques. Et je n'ai pas &#233;t&#233; d&#233;&#231;ue. Bien s&#251;r, j'ai retrouv&#233; tout ce que j'aime dans les livres de Simon, le feuillet&#233; des temps, le montage des fragments et plus encore le rythme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Les-Georgiques-+.html" rel="tag"&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gleize-Joelle-+.html" rel="tag"&gt;Gleize, Jo&#235;lle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S11_bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S11_bis.jpg?1623534156' width='500' height='301' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Relecture des &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, par temps de pand&#233;mie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le sentiment de b&#233;n&#233;ficier d'un temps suppl&#233;mentaire exceptionnel, d'un temps offert &#8211; du moins pendant le premier confinement &#8211; j'ai lu ou relu, pour le plaisir, sans objectif d'&#233;tude : Kafka, Volodine, Jaume Cabr&#233;, et puis d'autres, dont Claude Simon et ses &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt;. Et je n'ai pas &#233;t&#233; d&#233;&#231;ue. Bien s&#251;r, j'ai retrouv&#233; tout ce que j'aime dans les livres de Simon, le feuillet&#233; des temps, le montage des fragments et plus encore le rythme de la prose simonienne, avec cette souplesse fascinante qui va du staccato du d&#233;but &#224; l'ampleur dans la description du froid de la deuxi&#232;me partie ; et la profusion &#233;tourdissante de ce monde d'images et de sensations. Mais ce qui m'a frapp&#233;e cette fois dans ce livre, c'est l'abondance de personnages et d'histoires, son c&#244;t&#233; &#171; romanesque &#187;, comme un contrepied aux romans pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or pr&#233;cis&#233;ment, &#224; propos des archives retrouv&#233;es de son anc&#234;tre Lacombe Saint-Michel, Claude Simon en a soulign&#233; les potentialit&#233;s romanesques aupr&#232;s de John Fletcher : &#171; Il y a mati&#232;re &#224; dix romans &#187;, ajoutant : &#171; mais vous vous doutez bien que je ne me propose pas d'&#233;crire une saga historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la notice de l'&#233;dition de La Pl&#233;iade, &#338;uvres II, p. 1496.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, quelque chose de ces romans, de cette saga refus&#233;e, reste bien pr&#233;sent, mais &#224; l'arri&#232;re plan, sous forme de bribes, d'histoires seulement &#233;bauch&#233;es, ou &#224; l'inverse, r&#233;sum&#233;es. Cette densit&#233; de romans possibles forme comme une musique de fond qui a contribu&#233; au plaisir de ma relecture. Le lecteur est souverain, il peut s'arr&#234;ter quand il veut pour associer ou relier les esquisses d'histoires &#224; d'autres fragments, pour compl&#233;ter le non-dit, pour l'imaginer. Dans ce roman si somptueusement construit, c'est donc l'inachev&#233; - ou ce qui semble tel &#8211; qui m'a retenue, suivant l'exemple donn&#233;, dans le Prologue, par le dessin imit&#233; de Poussin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous ces fragments ont quelque chose de &#171; romanesque &#187;, notion pourtant &#233;minemment suspecte pour Simon, c'est parce qu'on peut les assembler autour d'un personnage, un personnage avec un ancrage historique document&#233;, m&#234;me si sa caract&#233;risation est parfois disparate voire contradictoire : traits physiques et psychologiques, fonction, et nom propre, du moins des initiales ou un surnom. Des personnages parfois m&#234;me dot&#233;s de portraits ; bref des personnages un peu balzaciens&#8230; Mais on est dans un livre de Claude Simon : ces micro-histoires sont discontinues et non chronologiques, faites de fragments dispers&#233;s qui reviennent &#224; des moments espac&#233;s du livre, en des termes semblables &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; diff&#233;rents, avec des d&#233;tails ou des d&#233;veloppements compl&#233;mentaires - comme pris dans une spirale qui les ram&#232;nerait &#224; la surface, bien plus loin et plus longuement ; des histoires reprises et r&#233;p&#233;t&#233;es, dont les &#233;l&#233;ments s'accumulent dans la m&#233;moire, mais sans jamais former une totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlerai tr&#232;s peu de la principale mati&#232;re &#224; roman (historique), celle qui concerne le g&#233;n&#233;ral LSM : Simon raconte &#224; sa fa&#231;on, par le montage de fragments, un morcellement parfois extr&#234;me ainsi que l'insertion de nombreux documents d'archives, (la correspondance de LSM surtout), son &#171; destin hors s&#233;rie, &#224; la fois violent, sacril&#232;ge, indocile, ou plut&#244;t indomptable &#187; (p. 753) : une histoire d'ascension et de d&#233;clin &#8211; qui serait l&#224; encore un peu balzacienne ? &#8211; mais discontinue et non chronologique. La narration en est dynamis&#233;e par le secret, annonc&#233; en III mais d&#233;voil&#233; tr&#232;s tardivement, de l'existence farouchement occult&#233;e du fr&#232;re royaliste, &#233;migr&#233;, proscrit et ex&#233;cut&#233; en application d'une loi vot&#233;e par LSM. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de cette histoire, on trouve donc ces r&#233;cits esquiss&#233;s ou condens&#233;s, repris de fa&#231;on r&#233;currente, qui accentuent pour moi le romanesque du livre tout entier ; je n'en donnerai que trois exemples, pris dans les parties I III et V&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit les parties consacr&#233;es &#224; LSM et &#224; sa descendance, la vieille dame, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout d'abord le roman de &#171; Marianne la hollandaise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l&#224; un titre attest&#233; dans les brouillons.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, la belle huguenote rencontr&#233;e &#224; l'op&#233;ra de Besan&#231;on, dont LSM s'&#233;prend et qu'il &#233;pouse. D'elle, on ne conna&#238;t gu&#232;re que sa disparition pr&#233;coce. Elle n'est pr&#233;sente que sous la forme d'un tombeau aust&#232;re vers lequel le narrateur-visiteur, guid&#233; par le dernier propri&#233;taire du ch&#226;teau en ruines, marche dans la boue, sous les carolins, pour en d&#233;chiffrer l'&#233;pitaphe (p. 749-751). Cependant la premi&#232;re partie se cl&#244;t sur une sorte de d&#233;claration d'amour &#233;ternel &#224; la d&#233;funte, dans une lettre de LSM : &#171; Que me font &#224; moi une fortune et des honneurs dont le plus grand prix e&#251;t &#233;t&#233; de les partager avec cette femme ador&#233;e ensevelie dans le n&#233;ant depuis si longtemps et dont le souvenir apr&#232;s vingt ans me d&#233;chire le c&#339;ur. &#187; (p. 692) Comme une sorte de roman &#233;l&#233;giaque &#224; peine esquiss&#233;, et d&#233;di&#233; &#224; un fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite l'histoire du second mariage de LSM le r&#233;gicide avec une fervente royaliste. &#201;voqu&#233;e au d&#233;tour d'une phrase au d&#233;but&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En pleine Terreur, il est &#233;lu secr&#233;taire de la Convention et sauve une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'histoire s'&#233;toffe un peu dans la derni&#232;re partie : &#171; cette Ad&#233;la&#239;de ou plut&#244;t cette Omphale sauv&#233;e par lui au plus fort de la Terreur, &#233;pous&#233;e trois jours apr&#232;s le 10-Thermidor &#187; ( p. 896). Puis un micro-roman se construit &#224; partir d'hypoth&#232;ses : &#171; cette future Omphale (rencontr&#233;e o&#249; ? quand ? comment ? : peut-&#234;tre entrevue ou reconnue entre deux gardes dans un corridor, dans l'antichambre d'un greffier, d'un de ces procureurs tremp&#233;s dans l'encre, p&#226;le, tremblante, implorant &#224; travers ses larmes le monumental guerrier, octroy&#233;e avec un haussement d'&#233;paules &#224; titre de faveur, de r&#233;compense de butin ?), costum&#233;e d&#233;j&#224; peut-&#234;tre sous son vaste et sombre manteau, le capuchon qui dissimulait son visage, en Julie, en Bris&#233;is, la poitrine soulign&#233;e d'un ruban, les cheveux coiff&#233;s &#224; la grecque&#8230; &#187; (p. 900-901). La figure d'Ad&#233;la&#239;de se pr&#233;cise ainsi de r&#233;f&#233;rences romanesques et mythiques et l'histoire se d&#233;veloppe avec le r&#233;cit de la premi&#232;re &#233;treinte dans un &#171; cabriolet &#224; la capote baiss&#233;e &#187; emport&#233; au galop &#8230; (p. 901-2) (on songe &#224; Mme Bovary). Dans les derni&#232;res pages, &#171; la captive, la plaintive et rapace Bris&#233;is &#187; (p. 902) n'a plus rien d'une victime : dot&#233;e de &#171; la m&#234;me imp&#233;tuosit&#233;, la m&#234;me hardiesse &#187; (p. 945) que les deux fr&#232;res Lacombe-St Michel, on l'entrevoit disputant &#226;prement une part d'h&#233;ritage au fils n&#233; du premier mariage de LSM, avant de renier la m&#233;moire de celui-ci pour obtenir les faveurs royales sous la Restauration. Par l'ancrage historique, la dimension proc&#233;duri&#232;re et juridique avec citations de pi&#232;ces de proc&#232;s, cette &#233;bauche de roman a quelque chose d'une &#171; sc&#232;ne de la vie politique &#187; balzacienne. Mais seulement en cela, ce mat&#233;riau narratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'histoire la plus romanesque et la plus sensiblement absente pour le lecteur, celle qui fait v&#233;ritablement d&#233;faut, est celle du fr&#232;re de Jean-Pierre LSM, Jean-Marie, &#171; comme un double en creux du premier &#187; (p. 929). Les derni&#232;res lignes de la troisi&#232;me partie en cr&#233;ent l'attente, comme dans un feuilleton-roman du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent : &#171; [&#8230;] et le gar&#231;on : &#8220;Alors il avait un fr&#232;re ? Mais pourquoi&#8230; &#8221;, et l'oncle Charles : &#8220; Tu veux dire : pourquoi est-ce qu'on n'en a jamais parl&#233; ? Eh bien voil&#224; : pr&#233;cis&#233;ment !&#8221; &#187; (p. 811). Une seule sc&#232;ne, hypoth&#233;tique et fictionnelle, de ce roman est d&#233;velopp&#233;e : la sc&#232;ne dramatique &#8211; mais sans pathos &#8211; de l'ultime rencontre nocturne des deux fr&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette rencontre, voir le bel article de David Zemmour : &#171; &#8220;Bref (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La vie de fugitif de Jean-Marie est, quant &#224; elle, &#233;voqu&#233;e par brefs fragments : c'est un animal traqu&#233;, un gibier. On ne saura pas pourquoi il est revenu d'exil en pleine Terreur, on n'aura pas le r&#233;cit de ses relations de jeunesse avec son a&#238;n&#233;, ni avec Batti aupr&#232;s de qui il se refugie dans sa fuite. Ce roman esquiss&#233; est un roman fant&#244;me, comme l'&#171; invisible et ricanant fant&#244;me au corps cribl&#233; de balles &#187; (p. 957) qui hante le g&#233;n&#233;ral &#224; la fin de sa vie et du livre, et la sensation de son absence est encore renforc&#233;e par l'insertion in extenso du jugement de condamnation du proscrit, factuel et lacunaire, forc&#233;ment d&#233;ceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie s'organise &#224; partir des principaux personnages de la saga de l'anc&#234;tre : scand&#233;e par plusieurs paragraphes commen&#231;ant par &#171; Et &#187; suivi d'un nom&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Et lui (lui, l'ancien capitaine de bombardier, l'ex-d&#233;put&#233; de la Montagne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle porte &#224; son comble la tension dramatique entre le romanesque d'une part, avec des expansions des &#233;bauches pr&#233;c&#233;dentes et le documentaire, d'autre part, avec les longues citations d'archives. Dans ce roman qui marque un seuil dans l'&#339;uvre de Simon, le jeu avec le romanesque du XIXe si&#232;cle (en particulier avec le roman balzacien &#8211; pastich&#233; au d&#233;but de la troisi&#232;me partie), donne paradoxalement &#224; son &#233;criture un nouvel &#233;lan ; et les donn&#233;es factuelles, la non fiction lui permettent ironiquement de d&#233;fier toute vraisemblance, autant que de se risquer sur les territoires du biographique et de l'affect, ce que reprend et d&#233;veloppe le roman suivant, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;voquer d'autres histoires &#233;bauch&#233;es, comme celle de l'ambassade de LSM &#224; Naples avec humiliations, expulsion, puis capture par des pirates et r&#233;tention douce par le bey de Tunis ; ou bien celle de l'imposant buste de marbre que recherche le narrateur et dont ne subsiste plus qu'une trace sur un tapis. Pour finir, je reviendrai &#224; l'histoire du fr&#232;re, si vivement manquante, pour pr&#233;ciser qu'elle hante &#233;galement les autres parties : surtout, en IV, le r&#233;cit de l'exp&#233;rience de O., gibier traqu&#233; en 1936, et m&#234;me, en II, celle du brigadier agress&#233; par le froid pendant l'hiver de 1939-40. Car l'Histoire, que Simon d&#233;crit comme un auteur &#224; la &#171; fac&#233;tieuse perversit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'aventure de O. est compar&#233;e &#224; un roman dont le narrateur serait le mort (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, fait se ressembler jusqu'&#224; se confondre les exp&#233;riences de ceux qu'elle &#233;crase, et quelle que soit l'&#233;poque ; telle l'exp&#233;rience de l'enlisement dans une fondri&#232;re&#8211; que le lecteur attribue d'abord &#224; Jean-Marie en raison du contexte, mais qui pourrait &#234;tre celle d'autres fugitifs et dont Simon a dit - hors roman - que c'&#233;tait son exp&#233;rience personnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'&#233;dition Pl&#233;iade, note 25, p. 1551.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8212; et une fois il s'engagea dans une fondri&#232;re, le sol d'une clairi&#232;re (ou plut&#244;t ce qu'il croyait &#234;tre une clairi&#232;re) de plus en plus spongieux sans qu'il y pr&#238;t garde (il avait d&#233;j&#224; travers&#233; des pr&#233;s, des bois d&#233;tremp&#233;s), le bruit de succion de l'eau sous les hautes herbes de plus en plus fort &#224; chaque pas, jusqu'&#224; ce qu'il d&#251;t faire un effort pour lever les pieds, les d&#233;coller du sol, les arracher &#224; ces sortes de ventouses qui semblaient retenir ses semelles, ne plus vouloir les l&#226;cher, puis soudain enfon&#231;ant jusqu'&#224; la cheville [&#8230;] et enfin, ext&#233;nu&#233;, long &#224; reprendre son souffle, &#224; l'abri de nouveau des hautes foug&#232;res, contemplant l'innocente et perfide clairi&#232;re sur laquelle les ombres des arbres commen&#231;aient &#224; s'allonger, les deux m&#234;mes papillons blancs qui continuaient &#224; monter et descendre dans le soleil et les libellules &#233;tincelantes, horizontales, suspendues immobiles sur leurs ailes de m&#233;tal, changeant subitement de palier, de nouveau immobiles dans l'air immobile, et lui sentant monter en lui une esp&#232;ce de joie sauvage, de triomphe, de paix &#8212; &#187; (&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, II, p. 923-924).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jo&#235;lle Gleize&lt;/strong&gt; est membre du conseil d'administration de l'Association des Lecteurs de Claude Simon. Elle a co-dirig&#233; les &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la notice de l'&#233;dition de La Pl&#233;iade, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt; II, p. 1496.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soit les parties consacr&#233;es &#224; LSM et &#224; sa descendance, la vieille dame, le narrateur. On rencontre beaucoup moins d'&#233;bauches d'histoires dans les parties II et IV, centr&#233;es l'une sur l'escadron puis le brigadier, l'autre sur le personnage de O. (Orwell).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est l&#224; un titre attest&#233; dans les brouillons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; En pleine Terreur, il est &#233;lu secr&#233;taire de la Convention et sauve une royaliste qu'il &#233;pousera en secondes noces. &#187; (p. 656).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette rencontre, voir le bel article de David Zemmour : &#171; &#8220;Bref carrefour nocturne&#8221; : Quand Jean-Pierre rencontre Jean-Marie ou l'entrevue des deux fr&#232;res dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, p. 23-31, dans &lt;i&gt;Claude Simon. Rencontres&lt;/i&gt;, Anne-Lise Blanc et Fran&#231;oise Mignon dir., Perpignan, &#233;ditions Trabucaire et Presses universitaires de Perpignan, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Et lui (lui, l'ancien capitaine de bombardier, l'ex-d&#233;put&#233; de la Montagne [&#8230;] &#187; (p. 885) ; &#171; Et cette morte, Marianne [&#8230;], (p. 895) ; &#171; Et l'autre, cette seconde femme, la royaliste, (cette Ad&#233;la&#239;de [&#8230;] (p. 896) ; &#171; Et ce fr&#232;re ! [&#8230;] (p. 911) ; &#171; &#192; Batti, &#224; elle [&#8230;] (p. 912) ; Elle donc (Batti) [&#8230;] (p. 949).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'aventure de O. est compar&#233;e &#224; un roman dont le narrateur serait le mort lui-m&#234;me, et l'auteur l'Histoire ; un auteur &#171; surpassant par sa fac&#233;tieuse perversit&#233; ces auteurs qui se divertissent &#224; plonger le lecteur dans la confusion en attribuant plusieurs noms au m&#234;me personnage ou, inversement, le m&#234;me nom &#224; des protagonistes divers, et comme toujours agissant (l'Histoire) avec sa terrifiante d&#233;mesure, son incr&#233;dible et pesant humour &#187; (p. 868-9).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'&#233;dition Pl&#233;iade, note 25, p. 1551.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilles Bellec</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Gilles-Bellec.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Gilles-Bellec.html</guid>
		<dc:date>2021-06-12T22:55:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>La Route des Flandres</dc:subject>
		<dc:subject>Bellec, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Merci Alastair et &#224; l'Association (ALCS) de m'avoir incit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ma pratique de lecteur de Claude Simon et aux raisons de mon admiration. Ensuite je lirai le d&#233;but de la course de chevaux de la Route des Flandres. &lt;br class='autobr' /&gt;
1) (Ing&#233;nieur, sans formation litt&#233;raire, je n'ai pas de r&#233;els souvenirs de mes lectures d'enfance. &#192; 15 ans, Jean Christophe de Romain Rolland, lu au fin fond d'un internat de j&#233;suites en Allemagne, a &#233;t&#233; ma premi&#232;re lecture marquante, puis, vers mes 20 ans, Proust, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Route-des-Flandres-+.html" rel="tag"&gt;La Route des Flandres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Bellec-Gilles-349-+.html" rel="tag"&gt;Bellec, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S2_bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S2_bis.jpg?1623532082' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Merci Alastair et &#224; l'Association (ALCS) de m'avoir incit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ma pratique de lecteur de Claude Simon et aux raisons de mon admiration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite je lirai le d&#233;but de la course de chevaux de &lt;i&gt;la Route des Flandres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) (Ing&#233;nieur, sans formation litt&#233;raire, je n'ai pas de r&#233;els souvenirs de mes lectures d'enfance. &#192; 15 ans, &lt;i&gt;Jean Christophe&lt;/i&gt; de Romain Rolland, lu au fin fond d'un internat de j&#233;suites en Allemagne, a &#233;t&#233; ma premi&#232;re lecture marquante, puis, vers mes 20 ans, Proust, au moment de passer les concours scientifiques.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une vingtaine d'ann&#233;es, bien apr&#232;s l'attribution du prix Nobel et sans aucun pr&#233;jug&#233;, j'ai lu &lt;i&gt;la Route des Flandres&lt;/i&gt;. Lecture exigeante. On perd pied, on avance, on se raccroche au fil du texte. On s'accroche gr&#226;ce &#224; la force du style mais surtout au fond. La guerre, les chevaux. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, un peu au hasard, j'ai fini par presque tout lire. Sans m&#233;thode. De fa&#231;on cursive ou en pointill&#233;, parfois la nuit au cours d'une insomnie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis, Claude Simon et Proust sont les deux seuls auteurs qu'il m'arrive de lire en ouvrant une page au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le confinement, j'ai encha&#238;n&#233; des lectures du XIXeme si&#232;cle mais Claude Simon n'est jamais loin et j'ai relu &lt;i&gt;la Route des Flandres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Claude Simon, comme dans Tintin, on croit retrouver les m&#234;mes personnages d'un livre &#224; l'autre. Mais, en fait, les configurations changent, ce sont les situations qui ont valeur g&#233;n&#233;rale : la guerre, la faim, le froid, la fatigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon n'accroche pas son lecteur en immergeant des personnages dans un milieu social ou familial comme le sont le p&#232;re Goriot, ou la duchesse de Guermantes. Les personnages de Claude Simon sont &#224; la fois intemporels et plong&#233;s dans l' Histoire, souvent la guerre celle de 14/18 , de 39/45, ou l'&#233;pop&#233;e Napol&#233;onienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fois, ces arch&#233;types, comme la m&#232;re, les tantes, l'oncle, le soldat mobilis&#233;, le prisonnier dans un camp, sont pilot&#233;s dans leur for int&#233;rieur par des tensions cr&#233;&#233;es par des p&#244;les, l'Honneur, l'argent, le sexe ; et ils rencontrent les circonstances : la nature, le froid, le vent et bien s&#251;r la guerre, la mort. Ces personnages-situations nous touchent alors directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Pour moi, dans Claude Simon, tout n'est pas &#233;gal. J'y vois parfois des exercices de style litt&#233;raire, un peu comme des gammes de musiciens ou des &#171; &#233;tudes &#187; de compositeurs (par exemple &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Car l'essentiel repose sur les exp&#233;riences v&#233;cues par l'&#233;crivain et qui r&#233;sonnent avec l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la puissance d'&#233;vocation co&#239;ncide avec le fond, Claude Simon fait remonter chez moi des souvenirs fond&#233;s sur des exp&#233;riences personnelles, comme la m&#233;moire de la guerre, l'absence de p&#232;re et les chevaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre. Comme pour Claude Simon et des millions de fran&#231;ais, les guerres du XXeme si&#232;cle retentissent dans mon histoire familiale, avec un grand-p&#232;re mort en 1916 dans la Somme et une maison familiale bombard&#233;e en Normandie en 1944. La recherche des traces du p&#232;re sur le champ de bataille par la m&#232;re et les tantes en1918 m'a beaucoup touch&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'absence du p&#232;re, h&#233;ros d&#233;c&#233;d&#233;, cr&#233;e un vide dans la construction des valeurs chez CS. J'y vois l'origine d'un caract&#232;re plus orient&#233; par les valeurs de l'honneur que celles de l'argent. C'est une hypoth&#232;se qui me parle. Myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les chevaux me rappellent de nombreux souvenirs d'enfance et de jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En homme de cheval, Claude Simon ma&#238;trise tous les codes, celui des jockeys, des propri&#233;taires ou des entra&#238;neurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le cheval, Claude Simon retrouve l'univers du p&#232;re par la guerre et celui de la m&#232;re par l'honneur aristocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) J'introduis maintenant le passage de l&lt;i&gt;a Route des Flandres&lt;/i&gt; que je lirai ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la course de chevaux, la puissance d'&#233;vocation s'appuie sur une prose &#233;blouissante, qui immerge le lecteur dans les situations. On y trouve tout, la beaut&#233; du spectacle, la pr&#233;cision du geste du cavalier et aussi un creuset des tensions entre l'honneur, l'argent et le sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le wagon des prisonniers ou la chambr&#233;e, le vocabulaire est cru. &#171; garce &#187; ou jument se confondent et les expressions &#224; connotation sexuelle abondent dans le discours d'Iglesia &#224; la fois jockey/aide de camp de Reixach/ amant occasionnel de Corinne. On dit souvent que le cavalier fait corps avec sa monture. Pourquoi ne pas penser qu'ici faire gagner la garce, c'est faire jouir la femme ? La question de l'argent du pari, jou&#233; gagnant ou plac&#233;, renforce cette interpr&#233;tation. De Reixach exerce son droit, prend la place du jockey Iglesia et d&#233;cide au dernier moment de participer &#224; une course dangereuse en montant son propre cheval en qualit&#233; de gentleman rider, seul amateur en comp&#233;tition avec des cavaliers professionnels. Il met sa vie en jeu pour r&#233;cup&#233;rer la premi&#232;re place aupr&#232;s de Corinne. Plus tard, le capitaine que l'on imagine &#171; en avant, calme et droit &#187; selon l'&#233;tiquette du cavalier, marchera sabre au clair face au tireur embusqu&#233;. La recherche de l'honneur se fracasse sur la r&#233;alit&#233;, celle de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture du d&#233;but de la course dans &lt;i&gt;la Route des Flandres&lt;/i&gt; (Minuit, 1960, p. 163-166)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Igl&#233;sia (maintenant il &#233;tait lanc&#233;, parlait sans s'arr&#234;ter, lentement, mais d'une fa&#231;on continue, patiente, et, semblait-il, comme pour lui-m&#234;me, non pour eux [...] Corinne continuant un moment encore &#224; le d&#233;visager, toujours sans rien dire, avec ce m&#234;me implacable m&#233;pris, et &#224; la fin haussant brusquement les &#233;paules, ses deux seins bougeants, fr&#233;missants, sous le l&#233;ger tissu de la robe, toute sa jeune, dure et insolente chair exhalant quelque chose d'impitoyable, de violent et aussi d'enfantin, c'est-&#224;-dire cette totale absence de sens moral ou de charit&#233; dont sont seulement capables les enfants, cette candide cruaut&#233; inh&#233;rente &#224; la nature m&#234;me de l'enfance (l'orgueilleux, l'imp&#233;tueux et irresponsable bouillonnement de la vie), disant froidement : &#171; S'il est aussi capable de la faire gagner que vous, je me demande pourquoi on vous paie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Gilles Bellec&lt;/strong&gt; est membre du conseil d'administration de l'Association des Lecteurs de Claude Simon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
