<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.associationclaudesimon.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.associationclaudesimon.org/spip.php?id_rubrique=61&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>La Bataille de Pharsale (1969)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/La-Bataille-de-Pharsale-1989.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/La-Bataille-de-Pharsale-1989.html</guid>
		<dc:date>2026-03-25T20:41:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>La Bataille de Pharsale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Bataille de Pharsale (1969). Notice par Michel Bertrand &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une lettre en date du 29 juillet 1973 adress&#233;e &#224; Stuart Sykes, Claude Simon pr&#233;cise qu'il a &#171; cherch&#233; &#224; composer ce roman &#224; la fa&#231;on de certaines &#339;uvres musicales, en trois parties &#187;. Celles-ci sont intitul&#233;es respectivement &#171; Achille &#224; grands pas &#187;, &#171; Lexique &#187; et &#171; Chronologie des &#233;v&#233;nements &#187;. Dans la premi&#232;re partie, il proc&#232;de &#224; une &#171; exposition des th&#232;mes (ce qui signifie aussi leur invention), t&#226;tonnements &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Bataille-de-Pharsale-+.html" rel="tag"&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt; (1969). Notice&lt;br class='autobr' /&gt;
par Michel Bertrand&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L474xH650/bp_2707303542-78f77.jpg?1787934830' width='474' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre en date du 29 juillet 1973 adress&#233;e &#224; Stuart Sykes, Claude Simon pr&#233;cise qu'il a &#171; cherch&#233; &#224; composer ce roman &#224; la fa&#231;on de certaines &#339;uvres musicales, en trois parties &#187;. Celles-ci sont intitul&#233;es respectivement &#171; Achille &#224; grands pas &#187;, &#171; Lexique &#187; et &#171; Chronologie des &#233;v&#233;nements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re partie, il proc&#232;de &#224; une &#171; exposition des th&#232;mes (ce qui signifie aussi leur invention), t&#226;tonnements &#187;. L'&#233;crivain regarde de chez lui par la fen&#234;tre : un pigeon traverse son champ de vision. L'oiseau-fl&#232;che lui rappelle un tableau repr&#233;sentant une bataille navale, puis la Sainte Trinit&#233;, puis&#8230; Jouant des analogies que sa m&#233;moire ou son imagination suscite entre les images, les formes, les couleurs, le romancier d&#233;ploie un texte qui juxtapose, entrem&#234;le des fragments de r&#233;cits, de descriptions picturales, de textes provenant de ses lectures. Au sein de ce magma en apparence confus, en r&#233;alit&#233; parfaitement organis&#233;, il d&#233;gage plusieurs strates textuelles. En premier lieu, le spectacle qu'il observe de sa fen&#234;tre : la terrasse anim&#233;e d'un caf&#233;, la sortie d'une &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Place-Monge-Paris.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;bouche de m&#233;tro&lt;/a&gt;, des passants dans la rue. Mais aussi le souvenir des versions latines du &lt;a href=&#034;https://bcs.fltr.ucl.ac.be/CAES/BCI.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bellum civile&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de C&#233;sar qu'il b&#226;clait, enfant, et que son oncle corrigeait sans &#234;tre dupe de sa fain&#233;antise. Ce souvenir le conduit &#224; relater deux &#233;v&#233;nements qui lui sont rattach&#233;s : l'un directement, sa recherche en Thessalie du lieu o&#249; se d&#233;roula la bataille de Pharsale, l'autre indirectement, son exp&#233;rience de la guerre en 1939-1940. Enfin, rapprochant les pulsions de mort et de vie, et les mots homophones &#171; &lt;i&gt;pilum&lt;/i&gt; &#187; et &#171; pilon &#187;, il associe les corps-&#224;-corps guerriers et &#233;rotiques. Et, sans cesse il en revient &#224; la dimension la plus douloureuse de la passion amoureuse qu'est la jalousie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me partie, il effectue une &#171; exploration plus pouss&#233;e et [un] d&#233;veloppement de certains de ces th&#232;mes &#187;. Son &#171; Lexique &#187; comprend sept entr&#233;es. La premi&#232;re, &#171; Bataille &#187;, entrelace des &#233;vocations de sc&#232;nes de bataille picturales, des extraits de textes ayant trait &#224; la bataille de Pharsale (de C&#233;sar, Lucain et Plutarque) et des bribes de r&#233;cit de sa propre exp&#233;rience de la guerre. Cette partie s'ach&#232;ve sur un cri d'extase ou de souffrance guerri&#232;re. Sous le titre &#171; C&#233;sar &#187;, le narrateur relate un &#233;pisode de l'enfance : &#224; Lourdes, en compagnie de sa m&#232;re et de sa grand-m&#232;re, il d&#233;couvre dans le filigrane des billets de banque une effigie de Jules C&#233;sar, p&#226;le &#233;vocation du h&#233;ros de Pharsale. &#171; Conversation &#187; relate l'embarras d'un jeune homme, venu rendre visite &#224; un peintre. Le peintre &#233;tant absent, c'est son avenante &#233;pouse qui re&#231;oit le visiteur. &#171; Guerrier &#187; &#233;voque un soldat nu et ivre qui s&#232;me le d&#233;sordre dans une chambr&#233;e avant d'&#234;tre conduit en cellule. &#171; Machine &#187; d&#233;crit une machine agricole abandonn&#233;e dans un champ. &#171; Voyage &#187; retrace un p&#233;riple ferroviaire m&#234;lant les perceptions du voyageur qui regarde par la fen&#234;tre, ses observations sur ses compagnons de voyage et des extraits de livres et de magazines qu'il est en train de lire. &#171; O &#187; conclue cette partie tout en ouvrant vers la suivante par une d&#233;monstration g&#233;om&#233;trique o&#249; &#171; O &#187;, &#224; la fois lettre et chiffre (z&#233;ro), est un point. Le texte remet alors en ordre la mati&#232;re diss&#233;min&#233;e : &#171; Reprendre, ordonner. Premi&#232;rement, deuxi&#232;mement, troisi&#232;mement &#187;. Ainsi, il justifie clairement que Pharsale figure &#171; &#233;galement dans un recueil scolaire de textes latins et sur un panneau indicateur au bord d'une route de Thessalie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me partie, est une &#171; reprise et [une] synth&#232;se de tous ces th&#232;mes dans une structure diff&#233;rente et un &#034;tempo&#034; plus rapide &#187;. Le h&#233;ros-narrateur est devenu le point O en charge de l'organisation de son r&#233;cit. Le texte s'encha&#238;ne au pr&#233;sent, juxtaposant des &#233;l&#233;ments rapproch&#233;s par des analogies. Les th&#232;mes pr&#233;c&#233;dents : la bataille de Pharsale relat&#233;e par les auteurs latins, la version latine, le voyage en Thessalie, les repr&#233;sentations picturales de combats, le voyage ferroviaire, la visite &#224; l'atelier du peintre, les p&#233;rip&#233;ties guerri&#232;res du protagoniste, sont repris, d&#233;velopp&#233;s voire modifi&#233;s. S'y ajoutent des citations de &lt;a href=&#034;https://associationclaudesimon.org/+-Proust-Marcel-+.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marcel Proust&lt;/a&gt; et d'&#201;lie Faure. L'&#233;crivain r&#233;v&#232;le alors les &#171; stimuli &#187; qui ont suscit&#233; sa cr&#233;ation. Puis il ach&#232;ve son texte par la phrase qui l'avait ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un livre &#171; plus ou moins &#224; base de v&#233;cu &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un &lt;a href=&#034;https://christinegenin.fr/blog/2011/05/attaques-et-stimuli-1987/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien avec Lucien D&#228;llenbach&lt;/a&gt;, Claude Simon pr&#233;sente ainsi l'impulsion du roman : &#171; J'&#233;tais assis sur mon divan, la fen&#234;tre ouverte, un pigeon est pass&#233; entre le soleil et moi. J'ai &#233;crit &#231;a en me disant : on va voir ce qui va venir&#8230; &#187;. C'est en effet sur cette image qu'ouvre le roman qui se ferme sur l'acte de transcription de cette m&#234;me image. La reprise de la formulation &#171; Jaune et puis noir temps d'un battement de paupi&#232;res et puis jaune de nouveau &#187; montre comment le v&#233;cu devient &#233;criture. Et lorsque le v&#233;cu est d&#233;j&#224; devenu &#233;criture, il peut &#171; grossir &#187; et devenir r&#233;&#233;criture. La version latine b&#226;cl&#233;e par le cancre demeur&#233; jusqu'&#224; une heure indue &#224; la f&#234;te foraine &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et dans un court texte, &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/999&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Sous le kimono &#187;&lt;/a&gt;, publi&#233; en janvier 1961 dans &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Claude Simon, l'esprit n'&#233;tablit aucune hi&#233;rarchie entre perceptions, sensations et souvenirs, mais les restitue p&#234;le-m&#234;le. Seule l'&#233;criture peut les organiser, les d&#233;velopper et les assembler dans le texte. Ainsi, &#171; Sous le kimono &#187; privil&#233;giait l'attrait et le caract&#232;re transgressif de la f&#234;te foraine et n'&#233;voquait qu'en contrepoint le pensum de la version latine, tandis que &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt; ne retient que le &lt;i&gt;pensum&lt;/i&gt;, pour lui octroyer un r&#244;le productif : l'&#233;vocation de la version latine ouvre sur celle de la recherche du site de la bataille en Thessalie (recherche &#224; laquelle se sont effectivement livr&#233;s Claude Simon et &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Rea-Simon.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;R&#233;a Karavas&lt;/a&gt;, en 1967).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieu, Pharsale, s'av&#232;re aussi producteur que le th&#232;me, la bataille. Cette bataille caract&#233;ris&#233;e par l'engagement total de deux arm&#233;es dans un combat aussi violent que meurtrier rappelle au h&#233;ros-narrateur les toiles des grands ma&#238;tres italiens qui repr&#233;sentent des batailles de l'antiquit&#233; : &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Uccello-Paolo.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La Bataille de San Romano&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Paolo Uccello, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Piero-della-Francesca-167.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La D&#233;faite de Chosro&#232;s&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/comme-une-sorte-de-masque.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Piero della Francesca&lt;/a&gt;, des &#339;uvres de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Poussin-Nicolas.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Poussin&lt;/a&gt; et de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Brueghel-Pieter.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Brueghel&lt;/a&gt; sur le m&#234;me th&#232;me. Elle lui rappelle aussi et surtout son propre engagement dans le conflit qui en 1940 opposa la France &#224; l'Allemagne. Les &#233;v&#233;nements relat&#233;s &#8211; la chute de cheval, la course sur le ballast sous les tirs ennemis, la chevauch&#233;e sous la conduite de Reixach &#8211; sont, eux, d&#233;j&#224; connus du lecteur simonien, car ils ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;s dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/La-Corde-raide-1947-763.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, et de fa&#231;on plus approfondie dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;. Ici le texte place en regard deux &#226;ges de la vie et deux exp&#233;riences : d'une part un coll&#233;gien r&#233;tif qui trouve bien loin du r&#233;el un r&#233;cit guerrier qu'il peine &#224; traduire ; de l'autre, un jeune homme engag&#233; dans la guerre qui s'avise du caract&#232;re pr&#233;monitoire du r&#233;cit de C&#233;sar : &#171; &lt;i&gt;je ne savais pas encore&lt;/i&gt; &#187;, &#171; je ne savais pas encore que la mort &#187;, &#171; &lt;i&gt;je ne savais pas que la guerre &#233;tait si sale&lt;/i&gt; &#187;. Ces formules trahissent le d&#233;sarroi r&#233;manent d'un homme que les textes latins n'ont pas pr&#233;par&#233; &#224; la guerre et qui se sent brutalement plong&#233; dans un univers infernal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Die Eifersucht &#8210; Envy &#8210; La Jalousie &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du motif guerrier, Claude Simon explore plus largement le th&#232;me de la souffrance. &#171; Guerrier &#187; d&#233;joue l'attente du lecteur, car le texte est consacr&#233; &#224; la pantomime grotesque d'un g&#233;ant ivre dans une chambr&#233;e. Ce guerrier nu et mena&#231;ant faisant virevolter un sabre au-dessus de sa t&#234;te repr&#233;sente &#171; une d&#233;risoire r&#233;plique de tous les Pers&#233;e, les Goliath, les L&#233;onidas &#187;. En contexte, il &#233;voque sur le mode bouffon l'ardeur guerri&#232;re de Crastinus qui engagea le combat &#224; Pharsale mais aussi le geste path&#233;tique de Reixach brandissant son sabre devant le feu ennemi. L'histrion du roman est n&#233;anmoins trait&#233; avec d&#233;f&#233;rence par le mar&#233;chal des logis venu l'arr&#234;ter en raison de sa &#171; capacit&#233; de souffrance &#187; acquise durant son parcours militaire. Le narrateur associe cette souffrance feinte ou r&#233;elle &#224; l'&#233;rotisme. Elle lui rem&#233;more des spectacles qui l'ont durablement impressionn&#233; : l'odalisque perc&#233;e par des sabres lors d'un num&#233;ro de prestidigitation, les catcheurs multipliant les prises douloureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, les guerres de l'antiquit&#233; o&#249; se m&#234;lent la menace de la mort et l'&#233;lan vital des combattants s'apparentent pour lui au co&#239;t qui sollicite l'ardeur des amants et s'ach&#232;ve par leur petite mort. Les relations amoureuses, destructrices, s'av&#232;rent m&#234;me plus complexes que les al&#233;as de la guerre. Rappelant maintes fois ses lectures de Proust, le h&#233;ros-narrateur dissimule sa propre histoire derri&#232;re celle du narrateur proustien, de Swann ou de Charlus. Mais il exprime &#224; de multiples reprises la douleur lancinante que suscite en lui la jalousie : &#171; &lt;i&gt;je souffrais comme&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de &#171; Bataille &#187;, il &#233;voque un d&#233;tail du tableau de Cranach, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cranach-Lucas.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;L'&#194;ge d'argent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, aussi connu sous le titre &lt;i&gt;Les effets de la jalousie&lt;/i&gt;, qui repr&#233;sente une action particuli&#232;rement violente et dont il d&#233;veloppera la description dans la troisi&#232;me partie du texte. C'est apr&#232;s avoir longtemps observ&#233; la reproduction du tableau qu'il parvient, apr&#232;s deux tentatives infructueuses, &#224; &#233;crire &#224; Mademoiselle Odette Pa... : &#171; Je me suis conduit comme un idiot. Je t'aime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, o&#249;, comment s'est-il comport&#233; de la sorte ? D&#232;s le d&#233;but du roman, il scrute avec anxi&#233;t&#233; la fen&#234;tre de l'appartement o&#249; se trouve peut-&#234;tre sa ma&#238;tresse. Il s'&#233;tait auparavant ru&#233; dans l'escalier de l'immeuble du peintre Van Velden, avait frapp&#233; &#224; coups redoubl&#233;s &#224; sa porte, attendu en &#233;coutant le silence et r&#233;it&#233;r&#233; son geste en se blessant la main, avant de descendre piteusement l'escalier et de se poster en contrebas de l'immeuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc le r&#233;cit, restitu&#233; par bribes, d'une violente crise de jalousie ou plut&#244;t des ravages de cette passion sur celui qui en est victime que restitue le roman. Confront&#233; au silence, l'amant jaloux voit litt&#233;ralement ce qu'il ne peut entendre : une sc&#232;ne qui s'est fig&#233;e derri&#232;re la porte close. &#171; Oreille qui peut voir &#187;, telle est la situation du jaloux qui en est r&#233;duit &#224; imaginer le spectacle qui lui est refus&#233;. Dans le silence, seule une goutte d'eau, qui tombe d'un robinet dans le couloir, rythme le passage du temps. Sur le lit les corps se sont immobilis&#233;s, et de l'atelier ne provient aucun son. Mais, le jaloux &#171; voit &#187; le couple aux gestes suspendus. &#192; deux reprises dans le texte, le narrateur s'emploie &#224; la relation d&#233;taill&#233;e de cette sc&#232;ne traumatique qui l'obs&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Repartir, reprendre &#224; z&#233;ro &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s sa publication, une &#233;tude du roman par &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Ricardou-Jean.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jean Ricardou&lt;/a&gt; intitul&#233;e &#171; La Bataille de la phrase &#187; pr&#233;sente un guide de lecture pour ce texte souvent jug&#233; obscur. Le critique place en &#233;pigraphe une citation de Jean Paul, &#171; La position seule d&#233;cide de la victoire, qu'il s'agisse de guerriers ou de phrase &#187;, exploite la ressemblance entre &#171; phrase &#187; et &#171; Pharsale &#187; et d&#233;montre que le r&#233;cit simonien s'attache &#224; des &#233;l&#233;ments de la bataille antique qui lui inspirent un texte tout en ruptures et en conflits internes. Dans sa premi&#232;re partie, le roman juxtapose des fragments d'in&#233;gales longueurs qui ne forment pas un tout unifi&#233; ni coh&#233;rent. Leur classification dans &#171; Lexique &#187;, loin de dissiper le flou fictionnel, le renforce. &#171; C&#233;sar &#187; ne d&#233;signe pas le g&#233;n&#233;ral vainqueur de la bataille de Pharsale, ni l'auteur de l'ouvrage qui en rend compte, mais un portrait sur un billet de banque ; &#171; Guerrier &#187; est un soldat ivre multipliant les rodomontades dans une caserne ; &#171; Conversation &#187; n'en est pas une et elle ne met pas en pr&#233;sence les interlocuteurs attendus&#8230; C'est pourquoi, dans le dernier chapitre de la partie, le narrateur d&#233;cide de proc&#233;der &#224; une chronologie des &#233;v&#233;nements en repartant de z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on de g&#233;om&#233;trie qu'il d&#233;livre replace en perspective les &#233;l&#233;ments jusqu'&#224; pr&#233;sent diss&#233;min&#233;s. Tout dans un texte est fonction du point de vue adopt&#233;, celui-ci prenant en compte non seulement ce que l'on regarde, mais aussi ce que l'on voit, qui exc&#232;de le simple champ du regard. Celui qui observe une fen&#234;tre situ&#233;e au cinqui&#232;me &#233;tage d'un immeuble int&#232;gre dans son champ de vision le ciel, le soleil et les pigeons : &#171; on doit se figurer l'ensemble du syst&#232;me comme un mobile se d&#233;formant sans cesse autour de quelques rares points fixes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces indications conf&#232;rent un axe de lecture pour l'ensemble de l'ouvrage dont le dispositif repose sur le souvenir que garde l'&#233;crivain d'un cours de math&#233;matiques sup&#233;rieures intitul&#233; &#171; arrangements, permutations combinaisons &#187;. Jean Ricardou a &#233;tabli l'inventaire des m&#233;taphores, calembours, transitions, mises en abyme&#8230; et a d&#233;montr&#233; le r&#244;le qu'exerce chacune de ces figures dans le texte. Comme Simon l'&#233;crit un an plus tard, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Avant-que-je-me-mette-a-tracer-des-signes-sur-le-papier-il-n-y-a-rien.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;en introduction d'&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; : &#171; Chaque mot en suscite (ou en commande) plusieurs autres, non seulement par la force des images qu'il attire &#224; lui comme un aimant, mais parfois aussi par sa seule morphologie, de simples assonances qui, de m&#234;me que les n&#233;cessit&#233;s formelles de la syntaxe, du rythme et de la composition, se r&#233;v&#232;lent souvent aussi f&#233;condes que ses multiples significations [&#8230;] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les renvois s'effectuent d'une s&#233;quence &#224; une autre ou &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la s&#233;quence. Ainsi, lisant &#171; LES COUPS ONT NORMALEMENT REPRIS &#192; LA FACULT&#201; DE NANTERRE &#187;, le jeune homme post&#233; sur la place se rem&#233;more les coups furieux qu'il vient d'assener sur la porte de l'atelier. Le lapsus &#233;vocateur &#8211; &#171; coups &#187; s'&#233;tant substitu&#233; &#224; &#171; cours &#187; &#8211; r&#233;v&#232;le que l'observateur dissimul&#233; sur la place derri&#232;re son journal est aussi le jaloux furieux. Parfois un terme seul conduit &#224; de multiples suggestions : &#171; Libidineux &#187; exprime litt&#233;ralement ce qu'il d&#233;signe, du fait de &#171; sa consonance un peu rose, un peu molle &#187;, de &#171; la r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes syllabes &#187; et des sons que produit l'assemblage de ses syllabes &#171; (lit-bite-n&#339;ud) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du roman, le narrateur d&#233;crivait l'effet produit sur sa r&#233;tine par le passage d'un pigeon s'interposant bri&#232;vement entre le soleil et lui. &#192; la fin, il &#233;crit qu'il &#233;crit cette m&#234;me phrase. Auparavant, il a proc&#233;d&#233; &#224; un &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-Main-ecrivant-Paris.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;inventaire des objets&lt;/a&gt; pos&#233;s sur &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-en-1969.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;son bureau&lt;/a&gt;. En soi, des objets ordinaires, insignifiants : un dictionnaire, un paquet de cigarettes, une coquille Saint-Jacques faisant office de cendrier&#8230; Mais dans les faits, ces objets sont investis d'une importance primordiale, car comme le pr&#233;cise le narrateur, ce sont eux qui ont g&#233;n&#233;r&#233; la fiction de l'ouvrage. Ainsi, sur l'enveloppe d'un paquet de gauloises le dessin d'un &#171; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/la-fenetre-est-ouverte.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;casque pourvu d'ailes&lt;/a&gt; [&#8230;] fait penser &#224; des bruits de m&#233;tal entrechoqu&#233;, de batailles, &#224; Vercing&#233;torix, &#224; de longues moustaches pendantes, &#224; Jules C&#233;sar. Les ailes &#233;voquent des images d'oiseaux, de plumes, de fl&#232;ches empenn&#233;es &#187;. C'est de ce support que sont issues aussi bien les &#233;vocations guerri&#232;res que la description des pigeons. On retrouve la trace de tous les autres objets mentionn&#233;s (dictionnaire, coquille Saint-Jacques&#8230;) dans cette fiction o&#249; l'&#233;crivain s'est avant tout attach&#233; &#224; organiser les constituants du texte et la mati&#232;re du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Bataille_de_Pharsale-1857-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris : Minuit, 1969, 271 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans les &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-1-Bibliotheque-de-La-Pleiade-2006.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, 1&lt;/a&gt;. &#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec la collaboration de Jean H. Duffy. Paris : Gallimard, f&#233;vrier 2006. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 522), p. 565-740. Notices de Jean H. Duffy et notes p. 1379-1419.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Michel Bertrand, &#171; De la lecture de C&#233;sar &#224; l'&#233;criture textuelle &#187;, dans C&#233;cile Yapaudjian-Labat (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Tangence-112-mai-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les trajets de la lecture. Autour de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Rimouski, &lt;i&gt;Tangence&lt;/i&gt;, n&#176; 112, 2016, p. 79-95.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Jean Ricardou, &#171; La Bataille de la phrase &#187;. Dans &lt;i&gt;Pour une th&#233;orie du Nouveau Roman&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, coll. &#171; Tel Quel &#187;, 1971, p. 118-158.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Stuart Sykes, &#171; 1969. &#171; &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, voyage fictif, voyage textuel : roman et baroque &#187;, dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les romans de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, Minuit, 1979, p. 126-146.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Metka Zupan&#269;i&#269;, Notice sur &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, dans Michel Bertrand (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome 2, Paris, Honor&#233; Champion, 2013, p. 546-551.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage collectif &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/3205&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Relire &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176;16, Pascal Mougin et C&#233;cile Yapaudjian-Labat (dir.), &lt;i&gt;Guerres et batailles&lt;/i&gt;, Rennes, PUR, 2021, p. 13-119.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gulliver (1952)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Gulliver-1952.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Gulliver-1952.html</guid>
		<dc:date>2026-03-04T22:13:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Gulliver</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gulliver (1952) &lt;br class='autobr' /&gt;
Notice par Michel Bertrand &lt;br class='autobr' /&gt;
Gulliver para&#238;t aux &#201;ditions Calmann-L&#233;vy en 1952. Ce m&#234;me &#233;diteur le publiera de nouveau en 1985 apr&#232;s l'obtention par l'&#233;crivain du prix Nobel de litt&#233;rature. Refusant de consid&#233;rer ce texte comme appartenant &#224; son &#339;uvre romanesque qu'il fait d&#233;buter par Le Vent (1957), Claude Simon protestera contre cette initiative &#233;ditoriale et refusera par la suite de l'inclure parmi les ouvrages publi&#233;s par la Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gulliver-+.html" rel="tag"&gt;Gulliver&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; (1952)
&lt;br&gt;Notice par Michel Bertrand&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/gulliver.jpg?1772637598' width='500' height='387' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; para&#238;t aux &#201;ditions Calmann-L&#233;vy en 1952. Ce m&#234;me &#233;diteur le publiera de nouveau en 1985 apr&#232;s l'obtention par l'&#233;crivain du prix Nobel de litt&#233;rature. Refusant de consid&#233;rer ce texte comme appartenant &#224; son &#339;uvre romanesque qu'il fait d&#233;buter par &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt; (1957), Claude Simon protestera contre cette initiative &#233;ditoriale et refusera par la suite de l'inclure parmi les ouvrages publi&#233;s par la Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une ville de province, Villeneuve. Trois journ&#233;es, du 18 au 20 d&#233;cembre 1944. Quelques mois donc apr&#232;s la Lib&#233;ration. Et, plus pr&#233;cis&#233;ment, apr&#232;s l'&#201;puration. Quatre parties, treize chapitres. Un r&#233;cit relat&#233; par un narrateur omniscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, il appara&#238;t clairement que la p&#233;riode de l'Occupation demeure pr&#233;gnante dans l'esprit de chacun. Une op&#233;ration punitive est organis&#233;e contre un milicien qui, apr&#232;s l'avoir fuie, est revenu dans la ville. Ce coup de main se soldera par un fiasco et ses ex&#233;cutants ne repara&#238;tront plus dans le r&#233;cit. L'action romanesque s'organise alors progressivement autour de la famille de Chavannes qui depuis toujours jouit d'un grand prestige dans la ville. Mais elle est d&#233;sargent&#233;e et le pouvoir &#233;conomique et financier est l'apanage de Max Verdier, propri&#233;taire des usines qui font vivre la ville. Durant ces trois journ&#233;es, tout va se jouer autour des deux jumeaux de Chavannes, Jo et Loulou, de leur s&#339;ur, &#201;liane et de Max Verdier. D'autres personnages apparaissent &#224; leur entour : Herzog, un universitaire juif dont la famille a &#233;t&#233; d&#233;port&#233;e et qui moyennant finance esp&#232;re obtenir de ses nouvelles gr&#226;ce &#224; Loulou, ancien milicien ; Bert, un jeune journaliste, amoureux d'&#201;liane et d&#233;tracteur de Max ; Bobby, un r&#233;sistant qui voue une haine f&#233;roce &#224; Loulou&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux protagonistes vont se retrouver au soir du 18 d&#233;cembre dans un relais de chasse. Cette nuit sera d&#233;cisive pour chacun : Loulou tuera Bobby, avant de s'enfuir en train vers Angoul&#234;me gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; de son fr&#232;re ; Verdier se suicidera. Quant aux personnages secondaires, ils seront renvoy&#233;s au vide de leur existence. Bert, supplant&#233; aupr&#232;s d'&#201;liane par un ami de Jo et d&#233;poss&#233;d&#233; de sa haine vengeresse envers Verdier par sa mort, errera sans but dans les t&#233;n&#232;bres de la ville. Herzog, en d&#233;pit de la g&#233;n&#233;rosit&#233; qu'il manifeste en faveur d'autrui, demeurera ostracis&#233; en raison de sa race.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un roman de facture traditionnelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon, en r&#233;ponse aux &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Entretien-avec-Ludovic-Janvier-1972.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; quelques questions &#233;crites de Ludovic Janvier &#187;&lt;/a&gt; manifeste le plus profond m&#233;pris envers cet &#233;crit de jeunesse qu'est selon lui &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;. Il &#233;voque avec d&#233;dain &#171; le hiatus que constitue &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; &#187; dans sa production romanesque, et pr&#233;cise : &#171; d&#233;sorient&#233; par les critiques qui avaient accueilli &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-1945-747.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, peu s&#251;r de moi, j'ai cherch&#233; &#224; prouver &#8211; entreprise absurde ! &#8211; que je pouvais &#233;crire un roman de facture traditionnelle. Excellente et fertile erreur au demeurant. Le r&#233;sultat &#233;tait &#233;difiant : je ne pouvais pas ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on souscrire au jugement exprim&#233; par l'auteur du texte et ranger &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; parmi les romans de &#171; facture traditionnelle &#187; ? De fait, un tel type de romans n'existe pas en soi, la tradition romanesque s'&#233;tant modifi&#233;e au fil des &#233;poques. Comme les autres &#233;crivains du Nouveau Roman, Claude Simon fait r&#233;f&#233;rence au roman r&#233;aliste, et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'esth&#233;tique balzacienne du roman. Colette Becker pr&#233;sente ainsi les principales composantes de cet art romanesque : &#171; Il synth&#233;tise les &#233;l&#233;ments &#233;pars du r&#233;el en fonction des n&#233;cessit&#233;s de sa fiction. Il arrive ainsi &#224; d&#233;crire avec r&#233;alisme m&#339;urs, habitudes de vivre, &#224; restituer un milieu, en s'appuyant sur quelques petits d&#233;tails vrais &#187;. &#192; premi&#232;re lecture, cette d&#233;finition correspond parfaitement au r&#233;cit que met en place Claude Simon. La p&#233;riode historique est clairement indiqu&#233;e. La localisation g&#233;ographique, sans &#234;tre aussi pr&#233;cise, renvoie n&#233;anmoins sans &#233;quivoque &#224; une commune de taille moyenne situ&#233;e dans le centre de la France. Le statut social, les principaux traits psychologiques des personnages sont expos&#233;s avec pr&#233;cision, et c'est en fonction de leurs sp&#233;cificit&#233;s que va se d&#233;ployer l'action romanesque. Colette Becker ajoute : &#171; Balzac ne cherche pas &#224; d&#233;crire avec exactitude personnages et lieux r&#233;els. Il veut surtout rendre une atmosph&#232;re, des fa&#231;ons de vivre, celles de la province, de telles classes sociales &#187;. Ainsi, le flou qui caract&#233;rise les protagonistes et leur ancrage g&#233;ographique participe lui aussi de cette conformit&#233; &#224; l'esth&#233;tique balzacienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon manifeste ici un int&#233;r&#234;t tout particulier pour cette p&#233;riode impr&#233;cise, interlope et, dans les faits, myst&#233;rieuse, qui succ&#233;da au bruit et &#224; la fureur de la Lib&#233;ration et de l'&#201;puration. Les joueurs de cartes du caf&#233; que met en sc&#232;ne le d&#233;but du r&#233;cit sont partag&#233;s sur le cours que prennent les &#233;v&#233;nements. L'un pense que l'heure des r&#232;glements de compte est pass&#233;e : &#171; Nous ne sommes plus en septembre, non ? C'est fini ces histoires-l&#224; : fusiller des types &#224; tort et &#224; travers, h&#233; l&#224; ! Tout de m&#234;me !... &#187;. Un autre est d'avis que l'on ne peut laisser impunis les crimes qui ont &#233;t&#233; commis : &#171; Tout de m&#234;me il &#233;tait de la Milice, il para&#238;t qu'il en a fait prendre des tas, que lui-m&#234;me&#8230; Enfin ils ont toujours dit qu'ils auraient sa peau, et maintenant qu'ils le tiennent&#8230; &#187;. De fait, un commando se forme, passe &#224; l'action, mais se trompe de cible et en est r&#233;duit &#224; se replier piteusement. Mais Loulou est bien pr&#233;sent &#224; Villeneuve, et il ne craint pas de se rendre dans l'auberge o&#249; se sont r&#233;unis plusieurs chasseurs. Inform&#233; de sa pr&#233;sence dans l'&#233;tablissement o&#249; il se trouve lui-m&#234;me, Bobby, qui fut actif dans la R&#233;sistance, cherche &#224; le tuer. N&#233;anmoins, Loulou sera le plus rapide et aura raison de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ce qui aurait pu &#234;tre le r&#233;cit d'une geste h&#233;ro&#239;que, mais qui s'av&#232;re n'&#234;tre que le compte-rendu de r&#232;glements de compte pitoyables, se dessine la chronique d'une ville de province rythm&#233;e, comme toutes les autres, par les m&#234;mes rituels : la boue du terrain de rugby, le bruit des automobiles dans les art&#232;res de la cit&#233;, la joie factice de la f&#234;te foraine, l'animation des bars du centre-ville&#8230; La vieille madame de Chavannes incarne la morale de cette bourgade apparemment paisible. Elle est bienveillante, se rend ponctuellement &#224; l'&#233;glise et manifeste une indulgence amus&#233;e &#224; l'&#233;gard des frasques que commettent ses petits-enfants. Ceux-ci sont des brutes qui ne r&#233;pugnent pas &#224; molester les syndicalistes et les militants de gauche. Max Verdier est le seul &#224; constituer une &#233;nigme pour ses concitoyens. H&#233;ritier d'une immense fortune, il a durant quelques ann&#233;es quitt&#233; la ville avant de revenir s'y &#233;tablir en manifestant le plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard de tout et de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effet &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur peut l&#233;gitimement s'interroger sur les raisons qui ont conduit Claude Simon &#224; choisir ce titre pour son roman. &#201;videmment, la r&#233;f&#233;rence swiftienne ne poss&#232;de pas un sens litt&#233;ral. La quatri&#232;me de couverture nous indique une piste : &#171; Chacun est g&#233;ant ou pygm&#233;e aux yeux d'autrui, suivant l'optique du voyageur &#187;. Ce voyageur c'est le narrateur omniscient en charge du r&#233;cit. Celui-ci poss&#232;de tous les attributs li&#233;s &#224; sa fonction : il se situe au plus pr&#232;s de l'action, p&#233;n&#232;tre au plus profond de la conscience de ses personnages, &#233;maille son r&#233;cit de ses propres commentaires&#8230; Pourtant, le romancier a conscience des limites de l'exercice. Il refuse que son narrateur, tel un g&#233;ant, se situe syst&#233;matiquement en surplomb des cr&#233;atures qu'il observe. Souvent, il se tient en retrait, interrompt &lt;i&gt;ex abrupto&lt;/i&gt; l'introspection qu'il &#233;tait en train d'effectuer, voire semble ignorer la suite ou la fin d'un r&#233;cit en cours. Lorsqu'il retrace la vie qui fut celle de Max, il recourt parfois &#224; des hypoth&#232;ses &#8211; &#171; Peut-&#234;tre n'en avait-il pas. [&#8230;] Peut-&#234;tre ne pouvait-il plus en avoir &#187;, ou s'en remet aux informations que lui transmet la &lt;i&gt;vox populi&lt;/i&gt; &#8211; &#171; Peu apr&#232;s cette &#233;poque, on apprit &#224; Villeneuve [&#8230;] &#187;. Il semble d'ailleurs ne porter qu'un int&#233;r&#234;t tout relatif &#224; l'histoire qu'il relate, proc&#233;dant par ellipses, ignorant les transitions, distendant la dur&#233;e de son r&#233;cit en exposant des faits somme toute mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le narrateur joue des effets de la perspective dans son r&#233;cit, il inscrit aussi celle-ci au centre de sa fiction. En effet, le r&#233;cit est domin&#233; par les fr&#232;res de Chavannes, deux &#171; g&#233;ants &#187; qui manifestent un souverain m&#233;pris &#224; l'encontre des &#171; lilliputiens &#187; constituant la commune humanit&#233; qu'ils sont amen&#233;s &#224; c&#244;toyer. Lorsqu'ils p&#233;n&#232;trent dans l'h&#244;tel en bordure de la for&#234;t, ils &#233;crasent de leur masse l'ensemble des &#234;tres et des choses qui les environnent : &#171; les deux gigantesques gabarits en v&#234;tements de trappeurs dont les lourdes chaussures raclaient bruyamment le plancher &#187;. L'un de leurs compagnons s'amuse de leur gigantisme qui leur &#244;te toute forme d'humanit&#233; : &#171; &#8220;Core une veine qu'il n'y en ait que deux [&#8230;]. Apr&#232;s tout, &#231;a aurait pu &#234;tre des quintupl&#233;s&#8221; [&#8230;] &#187;. Leur brutalit&#233;, leur absence de tout sens moral, et surtout leur stupidit&#233;, qui se concr&#233;tise par leur rire tonitruant s'apparentant &#224; un hennissement conf&#232;rent &#224; chacun de leurs actes un caract&#232;re mena&#231;ant. Leur grand-m&#232;re les consid&#232;re comme des chenapans turbulents. Dans les faits, ce sont des voleurs et des assassins. Loulou a &#339;uvr&#233; dans la milice, il gruge Herzog et il abat froidement Bobby. Jo a certes servi dans l'aviation durant la guerre, mais apr&#232;s un parachutage, il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; livrer l'ensemble d'un r&#233;seau de r&#233;sistants pour sauver sa peau. Le narrateur se refuse &#224; les appr&#233;hender comme des &#234;tres humains : il multiplie les m&#233;taphores animales voire min&#233;rales pour les d&#233;signer. Le &#171; visage caricatural &#187; de Jo lui para&#238;t r&#233;sulter &#171; du co&#239;t d'Alphonse XIII et d'une jument &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres protagonistes du r&#233;cit semblent, au-del&#224; de l'emprise qu'exercent sur eux les jumeaux mal&#233;fiques, &#234;tre accabl&#233;s par la pesanteur d'un monde qui les &#233;crase. Tous errent en qu&#234;te d'une solution aux questions qui les torturent. Herzog est dispos&#233; &#224; d&#233;penser une fortune pour obtenir de Loulou des nouvelles de sa femme et de sa fille ; Bobby d&#233;sire faire payer au m&#234;me Loulou les exactions qu'il a commises durant l'Occupation ; Bert souffre d'&#234;tre rejet&#233; par &#201;liane dont il est amoureux&#8230; Ils se battent pour parvenir &#224; leurs fins, ou plut&#244;t ils se d&#233;battent, &#233;tant aux prises avec un destin qui les a par avance condamn&#233;s. Herzog est pitoyable. Plus il s'efforce de se montrer attentif &#224; autrui, g&#233;n&#233;reux, secourable, plus il est maltrait&#233; : &#224; la fin du roman la m&#232;re de Bobby le traite de &#171; sale juif &#187;, de &#171; sale cochon de juif &#187;. Bobby n'est pas moins pitoyable. Il est ivre, malade et tient difficilement sur ses jambes lorsqu'il pourchasse Loulou. Logiquement, le justicier sera abattu par celui dont il voulait faire justice. Quant &#224; Bert, ayant re&#231;u une escarbille dans l'&#339;il, il m&#232;ne &#224; l'aveugle son enqu&#234;te sur le meurtre de Bobby et sa qu&#234;te d'&#201;liane : il &#233;chouera dans ces deux entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un univers uniform&#233;ment sombre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;, Louis, &#233;tendu au sol, constatait qu'&#171; il ne pouvait pas bouger &#187;, que &#171; son corps &#233;tait lourd, clou&#233; par terre, immense, Gulliver &#187;. G&#233;ants ou lilliputiens, les personnages du roman sont eux aussi tous prisonniers de leur corps dont ils &#233;prouvent douloureusement la pesanteur et qui m&#233;taphoriquement les cloue au sol. Comme le souligne &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Stuart Sykes&lt;/a&gt;, la description des joueurs de rugby, qui s'affrontent avec autant d'acharnement que d'impuissance &#224; triompher de leurs adversaires, embl&#233;matise la lutte aussi f&#233;roce que vaine que se livrent les hommes dans le champ clos qu'est la ville de Villeneuve comme sur la surface du vaste monde. L'&#233;chec de leurs entreprises, comme celui des &#171; brutes &#187; qui s'&#233;charpent sur un terrain boueux pour entrer en possession du ballon, conduit les uns comme les autres &#171; &#224; se croire les victimes d'une insultante machination de forces adverses et d&#233;loyales auxquelles il convenait d'opposer pareille d&#233;loyaut&#233; et pareille injustice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de la vie de Max que relatent les chapitres IX et X illustre l'ampleur que rev&#234;t l'absurdit&#233; de l'existence humaine. Max a refus&#233; de devenir l'h&#233;ritier de la fortune familiale, s'est rendu &#224; Paris o&#249; il a d'abord v&#233;cu chichement, a particip&#233; &#224; la guerre en se substituant &#224; un conscrit, puis, passant d'un extr&#234;me &#224; l'autre, a men&#233; une existence aussi luxueuse que scandaleuse &#224; travers le monde, avant de d&#233;couvrir chez lui le corps de sa compagne qui s'est donn&#233; la mort. Revenu &#224; Villeneuve, il s'&#233;prend d'&#201;liane qui bient&#244;t l'abandonne. Seul son suicide peut mettre un terme &#224; une existence qui ne valait pas la peine d'&#234;tre v&#233;cue. Les autres &#171; lilliputiens &#187; en arriveraient au m&#234;me constat s'ils prenaient le temps d'interroger le sens que poss&#232;de leur propre vie. Mais, l'&#233;pigraphe du roman a livr&#233; la r&#233;ponse avant m&#234;me que l'action romanesque ne d&#233;bute : &#171; &lt;i&gt;Non cogitant, ergo sunt&lt;/i&gt; &#187;. Parce que la notion m&#234;me de pens&#233;e leur est &#233;trang&#232;re, seuls les deux jumeaux parviennent &#224; triompher de l'adversit&#233;. Loulou r&#233;ussira &#224; quitter la ville sans encombre et Jo ne sera pas inqui&#233;t&#233;, car l'ensemble des membres du r&#233;seau qu'il a trahi a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roman amoral ? Roman immoral ? Qu'importe, car selon le romancier et son narrateur la notion de morale est, en l'occurrence, totalement hors-sujet. Roman noir, certes. L'action se d&#233;roule dans un univers constamment hostile domin&#233; par la pluie, le vent, le froid. La majeure partie des sc&#232;nes se situent la nuit. Celle-ci est inqui&#233;tante, car tout alors para&#238;t informe et, de ce fait, myst&#233;rieux. Les fant&#244;mes du pass&#233; reprennent possession de l'espace qu'ils abandonnent en apparence le jour. Ainsi, la restitution par le roman des &#234;tres et des choses ne peut &#234;tre que parcellaire. La perception sensorielle du r&#233;el que poss&#232;dent les personnages ; les sensations qu'ils &#233;prouvent le plus souvent de mani&#232;re confuse ; l'&#233;tat de conscience qui est le leur au moment o&#249; se d&#233;roulent les faits ; l'importance que rev&#234;t l'imagination dans leur compr&#233;hension tant des &#233;v&#233;nements que de leurs propres r&#233;actions face &#224; eux : tout cela prime sur la relation ordonn&#233;e, exacte et circonstanci&#233;e des p&#233;rip&#233;ties de l'action dramatique. La qu&#234;te vengeresse de Bobby est restitu&#233;e selon son point de vue, celui d'un homme malade dont la vision est alt&#233;r&#233;e. Bert, moderne &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Orion-aveugle-1970-744.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Orion aveugle&lt;/a&gt; errant dans la ville ne peut appr&#233;hender que partiellement les &#233;l&#233;ments sur lesquels il m&#232;ne son enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; poss&#232;de nombre de traits qu'il emprunte au &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Alexandre-Didier-Quelques-reflexions-sur-les-relations-de-Claude-Simon-a-Jean.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;roman ph&#233;nom&#233;nologique&lt;/a&gt;. Son &#233;criture le situerait finalement moins du c&#244;t&#233; de Balzac que de celui de &lt;a href=&#034;https://associationclaudesimon.org/+-Proust-Marcel-+.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Proust&lt;/a&gt; et de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Faulkner-William.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Faulkner&lt;/a&gt; : deux des &#233;crivains que Claude Simon consid&#233;rait comme majeurs dans la sph&#232;re litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, Paris : Calmann-L&#233;vy, 1952, 1985 (r&#233;&#233;dition), 381 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Michel Bertrand, &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, l'intertexte swiftien &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-7-Les-Premiers-Livres-de-Claude-Simon-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Premiers livres de Claude Simon (1945-1954)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, &lt;i&gt;La Revue des Lettres modernes&lt;/i&gt;, sous la direction de Jean-Yves Laurichesse 2017, p. 57-76.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Michel Bertrand, &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; : de l'illusion de la facilit&#233; comme &#233;preuve de la difficult&#233; &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-une-experience-de-la-complexite-2020.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Claude Simon, une exp&#233;rience de la complexit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, sous la direction de Marie-Albane Watine, Ilias Yocaris, David Zemmour, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 207-220.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Jean H. Duffy, &#171; Les premiers romans de Simon : tradition, variation et &#233;volution &#187;, Guy Neumann (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-1990.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Revue des Sciences humaines&lt;/i&gt;, n&#176; 220, &lt;i&gt;&#171; Claude Simon &#187;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, p. 9-22.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Robin Lefere, Notice sur &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, T. 1, sous la direction de Michel Bertrand, Paris, Honor&#233; Champion, 2013, p. 443-446.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Catherine Rannoux, &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, chantier &#187;, Jean-Yves Laurichesse (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-7-Les-Premiers-Livres-de-Claude-Simon-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Premiers livres de Claude Simon (1945-1954)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, &lt;i&gt;La Revue des Lettres modernes&lt;/i&gt;, 2017, p. 77-92.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Stuart Sykes, &#171; 1945-1954. Prol&#233;gom&#232;nes pour &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Romans de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, Minuit, 1979, p. 15-24.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Archipel et Nord (2009)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Archipel-et-Nord-2009.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Archipel-et-Nord-2009.html</guid>
		<dc:date>2026-01-28T22:33:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Archipel et Nord</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;ographie</dc:subject>
		<dc:subject>Fragment</dc:subject>
		<dc:subject>Fronti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Archipel &#187; et Nord (2009). Notice &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Patrick SUTER &lt;br class='autobr' /&gt;
Archipel et Nord, paru en 2009, est le seul livre in&#233;dit de Claude Simon publi&#233; par les &#233;ditions de Minuit apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de son auteur. Ce volume r&#233;unit deux textes courts consacr&#233;s aux espaces nordiques, le premier comptant neuf pages et le second quinze. &#201;crits &#224; l'invitation de l'&#233;diteur danois Anders Nyborg, ils ont &#233;t&#233; publi&#233;s en 1973, respectivement dans les revues nordiques &#197;land 74 et Finland 74. Archipel a paru alors non en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Archipel-et-Nord-+.html" rel="tag"&gt;Archipel et Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Geographie-+.html" rel="tag"&gt;G&#233;ographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Fragment-+.html" rel="tag"&gt;Fragment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Frontiere-+.html" rel="tag"&gt;Fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Poesie-+.html" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &#171; &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; &#187; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; (2009). Notice&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Par Patrick SUTER&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1626 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L329xH452/archipel_nord-623e8.jpg?1787938933' width='329' height='452' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt;, paru en 2009, est le seul livre in&#233;dit de Claude Simon publi&#233; par les &#233;ditions de Minuit apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de son auteur. Ce volume r&#233;unit deux textes courts consacr&#233;s aux &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Scandinavie.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;espaces nordiques&lt;/a&gt;, le premier comptant neuf pages et le second quinze. &#201;crits &#224; l'invitation de l'&#233;diteur danois Anders Nyborg, ils ont &#233;t&#233; publi&#233;s en 1973, respectivement dans les revues nordiques &lt;i&gt;&#197;land 74&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Finland 74&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; a paru alors non en fran&#231;ais mais dans des traductions en anglais, en su&#233;dois, en finnois et en allemand, alors que &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; en fran&#231;ais, ainsi que dans des traductions en anglais et en allemand.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; &#233;voque un voyage en avion &#8211; plus pr&#233;cis&#233;ment en hydravion &#8211; dans lequel est progressivement d&#233;couvert l'archipel, que l'on peut reconna&#238;tre comme celui d'&#197;land, compos&#233; de plus de six mille &#238;les dans le nord de la Baltique. L'archipel n'est cependant pas nomm&#233;, la seule indication g&#233;ographique locale &#233;tant &#171; fin-land, suo-mi : terre des marais &#187;. Au cours du trajet, il est fait allusion, de fa&#231;on tr&#232;s elliptique, et l&#224; aussi sans les d&#233;signer explicitement, &#224; certains &#233;l&#233;ments de l'histoire de l'archipel : &#224; la fondation d'un monast&#232;re franciscain par des moines fanatiques, &#224; des combats navals ayant impliqu&#233; diff&#233;rentes puissances pour la ma&#238;trise d'un d&#233;troit (Anglais, Fran&#231;ais, Su&#233;dois, Russes). De nombreux &#233;l&#233;ments de description &#233;voquent l'espace aper&#231;u depuis une perspective a&#233;rienne : la terre ferme, les for&#234;ts, les champs formant de petits rectangles, la terre de plus en plus d&#233;coup&#233;e avant d'&#234;tre transform&#233;e en &#171; haillon perc&#233; de mille d&#233;chirures &#187;, et enfin les &#238;lots de taille, de forme et de couleur diverses. Les lieux ne sont &#233;voqu&#233;s que de fa&#231;on allusive ou minimale, laissant place aux &#233;vocations, aux images ou aux souvenirs qu'ils d&#233;clenchent. Ils rappellent en particulier un monde l&#233;gendaire qui compte, parmi d'autres figures mythologiques, des &#171; hommes-poissons [&#8230;] aux femelles &#224; t&#233;tines dessin&#233;es en rose saumon sur le blanc du silence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; a pour substrat un voyage au-del&#224; du cercle polaire, &#224; partir d'Helsinki, dont le nom est inscrit en lettres majuscules &#224; la premi&#232;re page. L'itin&#233;raire (ou plut&#244;t sa r&#234;verie) passe par diff&#233;rents lieux, Sevettij&#228;rvi, Kandalachka, Arkhangelsk, Vorkouta, Igarka, Salekhad, les montagnes de Verkhoiansk, celles de Tcherskii, l'Anadyrle Ba&#239;kal, la mer des Tchoukches. Certains de ces lieux se trouvent en Finlande, d'autres en Russie toute proche, alors que d'autres encore sont situ&#233;s tr&#232;s loin, mais eux aussi &#224; proximit&#233; du cercle polaire. En revanche, si &#171; Anadyrle &#187; constitue sans doute une variante d'Anadyr, ville de l'extr&#233;mit&#233; Nord-Est de la Russie construite sur le permafrost, le Ba&#239;kal, qui lui est associ&#233;, en est extr&#234;mement &#233;loign&#233; et se trouve &#224; plus de 4'000 kilom&#232;tres, et &#224; environ 53&#176; de latitude. En dehors de cette r&#234;verie, le voyage m&#232;ne vers des lieux du Grand Nord, abandonn&#233;s, o&#249; apparaissent de tr&#232;s anciennes et &#224; la fois tr&#232;s jeunes for&#234;ts ainsi que diff&#233;rents animaux. Le narrateur entend parler d'un tr&#232;s vieil homme ayant connu ces territoires avant l'arriv&#233;e de la modernit&#233;, qui pourrait lui raconter les usages du pass&#233;, mais il renonce &#224; le rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du genre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les contextes de parution dans des revues touristiques rapprochent &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; du genre des notes de voyage, et s'il est possible de les relier (au moins en partie) &#224; des lieux d&#233;couverts au cours de trajets r&#233;ellement accomplis par un voyageur, il serait r&#233;ducteur de s'en tenir &#224; cette dimension. L'on manquerait ainsi l'extraordinaire dimension lyrique de ces deux textes, peut-&#234;tre in&#233;gal&#233;e dans l'&#339;uvre de Claude Simon, et que renforce encore leur mise en rapport dans le m&#234;me volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan formel, &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; se situent dans la ligne d'autres textes de Claude Simon de la fin des ann&#233;es soixante et des ann&#233;es soixante-dix : &lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt;, paru en 1966 aux &#233;ditions Maeght avant d'&#234;tre republi&#233; en volume avec un nouveau titre (&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/La-Chevelure-de-Berenice-1984.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La Chevelure de B&#233;r&#233;nice&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 1983) ; &#171; Essai de mise en ordre de notes prises au cours d'un voyage en Zeeland (1962) et compl&#233;t&#233;es &#187;, paru en 1973 dans la revue &lt;i&gt;Minuit&lt;/i&gt;, et republi&#233; en 2005 dans le premier des &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/442&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Ces divers textes ont pour particularit&#233; de se pr&#233;senter comme des suites de paragraphes de longueur variable, mais souvent brefs (allant d'un seul mot &#224; une trentaine de lignes), commen&#231;ant presque toujours par une minuscule et se terminant sans point &#8211; le blanc qui les s&#233;pare soulignant leur aspect fragmentaire. Souvent, ces paragraphes sont organis&#233;s autour de l'expansion d'un nom ou d'une expression nominale, d'autres fois ils pr&#233;sentent des actions, mais le plus souvent au participe pr&#233;sent, dans lequel r&#233;cit et description sont confondus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur disposition graphique rapproche &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; des recherches sur la spatialisation de la po&#233;sie ou sur la po&#233;sie visuelle. L'abondance des comparaisons ou des m&#233;taphores associ&#233;es aux &#233;l&#233;ments d&#233;crits les situe dans l'&#233;cho de po&#232;mes en prose construits sur des s&#233;ries d'images, en particulier chez Rimbaud &#8211; dont le po&#232;me &#171; &#212; saisons, &#244; ch&#226;teaux &#187; est &#233;voqu&#233; dans un paragraphe d'&lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt;. L'importance des images associ&#233;es aux &#233;l&#233;ments d&#233;crits souligne le surgissement de l'imaginaire au plus intime d'un sujet &#8211; qui, &lt;i&gt;dans le langage&lt;/i&gt;, devient &lt;i&gt;un autre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une esth&#233;tique du discontinu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a soulign&#233; Michel Collot, la mise en page d'&lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; repose sur une disposition typographique particuli&#232;rement adapt&#233;e &#224; celle d'un espace archip&#233;lique, esquiss&#233; par des fragments nombreux de longueurs diverses, si bien que le texte se fait litt&#233;ralement &lt;i&gt;g&#233;o-graphie&lt;/i&gt;. Il faut ajouter que la succession des fragments s&#233;par&#233;s par des blancs fait &#233;cho aux discontinuit&#233;s que peuvent repr&#233;senter des interruptions et des fronti&#232;res. Celles-ci sont soulign&#233;es par le franchissement du cercle polaire, sugg&#233;r&#233; comme une extr&#233;mit&#233; particuli&#232;rement lointaine dans une phrase isol&#233;e et bris&#233;e (&#171; mais jamais encore je n'avais p&#233;n&#233;tr&#233; dans &#187;). La syntaxe disloqu&#233;e mime cette discontinuit&#233;, et cette phrase, qui commence &#224; la premi&#232;re page de &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt;, n'est pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on compl&#232;te que deux pages plus loin : &#171; mais je n'avais [&#8230;] pas encore p&#233;n&#233;tr&#233; dans cette jeunesse cette vieillesse je croyais &#187;. Et encore : le d&#233;but et la fin sont entrecoup&#233;s par un paragraphe intercalaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une exp&#233;rience des limites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En franchissant le cercle polaire, le sujet entre dans une r&#233;gion recul&#233;e o&#249; le monde s'inverse, la pleine mer, que signifie en grec &#171; &#913;&#929;&#935;&#921;-&#928;&#917;&#923;&#913;&#915;&#927; &#187; (ce mot apparaissant en capitales dans le texte), se renversant en une myriade d'&#238;les ou d'&#238;lots, le drapeau bleu et blanc de la Gr&#232;ce se muant en son &#171; n&#233;gatif &#187; pour former celui de la Finlande. &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; &#233;voquent une exp&#233;rience de la fronti&#232;re semblable &#224; celles des Grecs confront&#233;s au territoire des Scythes, telle que l'a d&#233;crite Fran&#231;ois Hartog dans &lt;i&gt;Le Miroir d'H&#233;rodote&lt;/i&gt;. Allant vers le nord, le sujet aborde un espace de mythes, &#224; la fois cimeti&#232;re et matrice du monde. Il &#233;chappe aux structures auxquelles il est habitu&#233;, entre dans une r&#233;gion o&#249; la pr&#233;sence du jour ou de la nuit ne d&#233;termine plus l'alternance entre veille et sommeil. La progression &#171; loin tr&#232;s loin plus loin qu'un homme ne pourrait aller en marchant toute une vie &#187; entra&#238;ne le sujet dans un monde non-humain, un &#171; cimeti&#232;re o&#249; depuis toujours aucun b&#251;cheron &#187;, et les rencontres, d&#233;cisives quoique br&#232;ves, ont lieu d&#233;sormais avec de &#171; fantastiques racines &#187; ou des &#171; animaux gigantesques &#187; sortis &#171; de quelque l&#233;gende nordique &#187;. Le p&#233;riple devient initiatique, le voyageur en venant &#224; entendre parler d'un &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/blanc-presque-bleuatre.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; vieil homme &#187;&lt;/a&gt; qui appara&#238;t &#224; la fois comme tout autre et comme son semblable : un autre de lui-m&#234;me. Ce &#171; vieil homme &#187;, dont le sujet d&#233;cide de s'&#233;loigner, rappelle la transformation que peut subir un individu dans des &#233;tats liminaux, au cours desquels le sujet abandonne un &#233;tat ancien et accomplit une mue, comme en rend compte l'anthropologue Victor Turner dans &lt;i&gt;Le Ph&#233;nom&#232;ne rituel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;tat, les contraires se m&#234;lent. Derri&#232;re une &#171; barri&#232;re &#187; par laquelle &#171; le Grand Nord &#187; semble se prot&#233;ger, le soleil est d&#233;sormais &#171; sans chaleur &#187;, le jour ne laisse pas place &#224; la nuit, l'activit&#233; mentale diurne et le r&#234;ve se confondent, les compagnons de pens&#233;e deviennent des animaux. Divers oxymores soulignent l'attrait comme &#233;rotique du paysage du Nord, o&#249; le sujet est entra&#238;n&#233; dans une fusion des oppos&#233;s, une mort et une renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://leseditionsdeminuit.fr/livre-Archipel_%3Ci%3Eet%3C_i%3E_Nord-2599-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, Minuit, 2009.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-2-Bibliotheque-de-la-Pleiade-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres 2&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec la collaboration de B&#233;r&#233;nice Bonhomme et David Zemmour. Paris : Gallimard, 2013. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 586). p. 1319-1336. Notice et notes p. 1616-1620.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles critiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; BERTRAND (Michel), &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/4367&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Du r&#233;cit en pointill&#233; au r&#233;cit en archipel : des cartes postales d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; aux images du Grand Nord &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 18 | 2023, p. 137-148.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; COLLOT (Michel), &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/820&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; G&#233;o-graphie du Grand Nord. Sur &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 7 | 2011, p. 95-112.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; COLLOT (Michel), &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/carnets/1380&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pour une g&#233;ographie litt&#233;raire : une lecture d'&lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt;, 3 | 2015.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; DE VRIESE (Hannes), &#171; Dans les pas du voyageur : le Grand Nord comme espace touristique et imaginaire dans &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-geographe-Textes-reunis-par-Jean-Yves-Laurichesse-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Claude Simon g&#233;ographe&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Jean-Yves LAURICHESSE (dir.), Classiques Garnier, coll. &#171; Rencontres &#187;, n&#176;53, 2013.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; DE VRIESE (Hannes), Notice sur &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nord&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Textes r&#233;unis par Michel Bertrand. Paris : Honor&#233; Champion, 2013. 2 vols. t. 1, p. 61-64&lt;/li&gt;&lt;li&gt; SUTER (Patrick), &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/4177&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Relations bris&#233;es. Claude Simon et la fronti&#232;re &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 18 | 2023, p. 67-80.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Herbe (1958)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/L-Herbe-1958.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/L-Herbe-1958.html</guid>
		<dc:date>2026-01-03T21:37:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Herbe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Herbe (1958). Notice par Jo&#235;lle GLEIZE &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une vieille femme agonise lentement, entour&#233;e de sa famille. Marie n'est plus &#171; rien &#187; mais elle est au centre de tout : si mince que son corps soul&#232;ve &#224; peine le drap, mais son souffle est un r&#226;le formidable qui envahit la maison. Durant les dix jours de son agonie, autour d'elle, le temps s'&#233;tire et les gestes se r&#233;p&#232;tent : les plaintes de sa belle-s&#339;ur Sabine sur son &#226;ge et les suppos&#233;es trahisons de Pierre (son mari), les tentatives de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Herbe-+.html" rel="tag"&gt;L'Herbe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Herbe (1958). Notice&lt;br class='autobr' /&gt;
par Jo&#235;lle GLEIZE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/herbe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/herbe.jpg?1767208919' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une vieille femme agonise lentement, entour&#233;e de sa famille. Marie n'est plus &#171; rien &#187; mais elle est au centre de tout : si mince que son corps soul&#232;ve &#224; peine le drap, mais son souffle est un r&#226;le formidable qui envahit la maison. Durant les dix jours de son agonie, autour d'elle, le temps s'&#233;tire et les gestes se r&#233;p&#232;tent : les plaintes de sa belle-s&#339;ur Sabine sur son &#226;ge et les suppos&#233;es trahisons de Pierre (son mari), les tentatives de Louise pour quitter Georges (le neveu de Marie), et s'enfuir avec son amant (mais ses trois rendez-vous avec celui-ci sont plus tendus qu'aimants), les querelles des deux couples, le surgissement d'un chat roux aupr&#232;s des amants. Et toujours, dehors, l'odeur des poires pourrissantes, les orages lourds, la v&#233;g&#233;tation luxuriante du fond du jardin. De longs dialogues viennent ponctuer les tableaux descriptifs qui se juxtaposent sans transition, et ce huis-clos familial semble osciller entre trag&#233;die et com&#233;die de boulevard. Il ne s'agit pourtant pas de th&#233;&#226;tre : pour l'auteur, comme pour Louise, seule compte la r&#233;alit&#233; concr&#232;te et intens&#233;ment vivante du monde autour de cette agonie. Une r&#233;alit&#233; per&#231;ue &#8211; le plus souvent &#8211; &#224; travers les impressions de la jeune femme. C'est par son regard &#8211; pourtant ext&#233;rieur (&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/mais-elle-ne-t-est-rien.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; elle ne t'est rien &#187;&lt;/a&gt;) &#8211;, ses souvenirs des r&#233;cits familiaux, que des sc&#232;nes du pass&#233; reviennent : l'arriv&#233;e, dix ans plus t&#244;t, de Marie, &#226;g&#233;e d&#233;j&#224;, chass&#233;e de chez elle par la guerre, son courage et son calme, son refus d&#233;termin&#233; de toute croyance face &#224; une Sabine soucieuse des convenances, et son indiff&#233;rence aux biens mat&#233;riels. Louise, de plus en plus fascin&#233;e par la vie d'abn&#233;gation de Marie, s'irrite cependant de la d&#233;termination de la mourante &#224; faire d'elle sa l&#233;gataire, contrariant son d&#233;sir d'&#233;chapper &#224; l'emprise de cette famille. Cet h&#233;ritage est &#224; la fois d&#233;risoire et monumental : une bo&#238;te de m&#233;tal rouill&#233; contenant quelques humbles bijoux et des carnets manuscrits. Dans ces carnets, Louise ne trouve rien d'autre que les comptes tenus par Marie tout au long de sa vie. Mais ils disent avec une force inou&#239;e le pouvoir du travail quotidien et celui du sacrifice discret et aimant. Louise peine &#224; accepter cet h&#233;ritage dont elle mesure le poids : m&#234;me au-del&#224; de la mort de Marie, il compromet sa fuite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une fiction familiale &#171; &#224; base de v&#233;cu &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt; est le sixi&#232;me livre de Claude Simon et c'est, apr&#232;s &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Vent-1957.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, le second de ceux qu'il a souhait&#233; r&#233;&#233;diter. Ce roman est &#171; &#224; base de v&#233;cu &#187;, mais il comporte une part importante de fiction. Quand Claude Simon, en 1989, reconna&#238;t la pr&#233;sence constante dans son &#339;uvre d'une part variable de v&#233;cu, il fait alors de ce roman un point d'origine. Son &#233;criture est n&#233;e d'une &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Famille-paternelle.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;donn&#233;e biographique&lt;/a&gt; : la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Les-tantes-Simon.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mort d'une tante&lt;/a&gt; qu'il aimait &#171; comme sa m&#232;re &#187;, lui qui avait perdu la sienne &#224; onze ans. &#192; partir de cette perte douloureuse, l'&#233;crivain &#233;difie une sorte de tombeau, en hommage &#224; cette vieille femme dont il admirait l'humilit&#233;. Il cr&#233;e autour d'elle quelques personnages fictionnels et une intrigue minimaliste : une famille &#8211; qui ne ressemble gu&#232;re &#224; celle de Claude Simon &#8211; form&#233;e de deux couples : Pierre, professeur d'universit&#233; et son &#233;pouse Sabine ; leur fils Georges et sa jeune &#233;pouse Louise. Le jeune couple est en crise et Louise songe &#224; fuir avec son amant. R&#233;volt&#233; contre son p&#232;re et sa culture livresque, Georges tente, sans succ&#232;s, de devenir paysan comme son grand-p&#232;re, mais ses plantations de poiriers p&#233;riclitent. Les personnages sont fortement dessin&#233;s et contrast&#233;s : Sabine, avec son visage peint et ses tenues flamboyantes, lutte vainement contre le vieillissement et rejoue &#224; l'infini une sc&#232;ne de jalousie plus ou moins fond&#233;e ; Louise, jeune et s&#233;duisante, se r&#233;volte contre toute emprise, mais elle est captiv&#233;e &#8211; presque malgr&#233; elle &#8211; par Marie. L'ob&#233;sit&#233; de Pierre, l'intellectuel prisonnier de sa propre chair, s'oppose &#224; la maigreur br&#251;l&#233;e de soleil de Georges. Si le roman proc&#232;de surtout par tableaux et descriptions qui glissent les uns sur les autres, il prend aussi une dimension th&#233;&#226;trale &#224; travers dialogues et confrontations, qu'ils mettent en sc&#232;ne : l'incompr&#233;hension entre Sabine et Marie, la querelle conjugale entre Louise et Georges, celle entre Sabine et son mari&#8211; ces dialogues sont alors souvent monologu&#233;s &#8211;, ou la longue lutte du vieux couple, path&#233;tique et grotesque, marqu&#233;e par trois chutes successives et que Louise per&#231;oit &#224; travers la paroi s&#233;parant leurs salles de bain respectives. Claude Simon r&#233;digera &#224; partir de ces th&#232;mes, une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/La-Separation-Chemin-de-fer-2019.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La S&#233;paration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, qui sera jou&#233;e en 1963, et &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/La-separation-mise-en-scene-2024.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;reprise en 2025&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette s&#233;rie de confrontations, le c&#339;ur du livre oppose une autre lutte qui se distingue par sa lenteur, son immobilit&#233;, sa simplicit&#233; d'&#233;pure : Marie m&#232;ne avec la mort un &#171; corps &#224; corps ext&#233;nuant qui tir[e] de cette fragile carcasse ce r&#226;le de g&#233;ante, formidable, ind&#233;cent &#187;. La mort s'incarne dans le personnage quasi mythologique d'une &#171; petite bossue &#187;, &#171; sans &#226;ge &#187;, m&#233;diatrice charg&#233;e de veiller la mourante dont elle seule comprend le langage muet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le foyer narratif se confond le plus souvent avec le point de vue de Louise. Impressionn&#233;e par la lente agonie de Marie, elle tisse avec elle un lien de plus en plus fort, fascin&#233;e par la force d'abn&#233;gation et de courage que l'humble institutrice a d&#233;ploy&#233;e pour faire de son jeune fr&#232;re, fils de paysan analphab&#232;te, un professeur d'universit&#233;. Marie est donc bien au centre du roman, mais comme un centre vide, car elle est d&#233;j&#224; presque absente, sinon par le &#171; bruit monumental et cyclop&#233;en de ce r&#226;le &#187; et par les quelques traces qu'elle laisse de sa vie. Dans les humbles carnets de compte qu'elle l&#232;gue &#224; Louise, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Les-comptes-du-temps-carnets-de-tante-Mie-2020.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s'inscrit la totalit&#233; de son existence&lt;/a&gt;. Le roman en consigne les dates et les listes minutieuses et d&#233;risoires. Il en restitue m&#234;me parfois la mise en page. En enregistrant le temps v&#233;cu, le temps ordinaire et l'exactitude biographique, il pr&#233;sente un contrepoint formidable &#224; la fiction. Les deux photographies que retrouve Louise (celle du mariage de Pierre et Sabine et celle d'un groupe o&#249; figurent Marie jeune et un jeune botaniste) jouent un r&#244;le similaire. Louise &#233;prouve une fascination m&#233;lancolique &#224; la vue de ces jeunes gens qui vont mourir &#224; la guerre, et &#224; l'id&#233;e de l'avenir qu'aurait pu conna&#238;tre Marie aupr&#232;s du jeune homme. Elle &#233;labore une fiction &#224; partir de ces photographies, comme le romancier &#224; partir d'un noyau biographique : les tantes paternelles de l'&#233;crivain ont de fait permis &#224; leur jeune fr&#232;re, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Antoine-Louis-Eugene-Simon.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Louis Simon&lt;/a&gt;, de sortir de sa condition de fils de paysan pour devenir officier, capitaine de cavalerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le temps romanesque : &#171; une dur&#233;e vague, hachur&#233;e &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps du roman est &#224; la fois mesur&#233; et sans bords. Il correspond aux dix jours de l'agonie de Marie, dont l'issue est pr&#233;visible mais reste hors champ. Cependant des modulations importantes se greffent sur ce temps de trag&#233;die qui s'&#233;coule interminablement. Les retours en arri&#232;re sont fr&#233;quents, avec des tableaux du pass&#233; dont beaucoup anticipent ce dont Louise se souviendra. Il y a aussi des fluctuations constantes qui tiennent aux perceptions variables du temps v&#233;cu. Quand l'une des belles-s&#339;urs m&#232;ne une lutte acharn&#233;e et vaine contre le temps qui passe, l'autre, &#224; quatre-vingt-un ans, envisage la mort sans crainte ni regret. Tout au long de l'agonie de Marie, figur&#233;e par son r&#226;le interminable et omnipr&#233;sent, le temps, tant&#244;t stagnant, tant&#244;t pr&#233;cipit&#233;, ne s'&#233;coule pas de fa&#231;on uniforme, il avance parfois par brusques saccades. Deux pendules, d&#233;crites minutieusement, ne font que t&#233;moigner d'un autre si&#232;cle et d'un pass&#233; r&#233;volu ; le temps des horloges est sans importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul importe l'&#233;coulement du temps, terrifiant, rendu visible dans l'espace par la lente progression du T de soleil sur les murs, &#171; comme l'initiale m&#234;me du mot Temps &#187; ; rythm&#233; au dehors par le passage du train de sept heures, le rassemblement des moineaux le soir dans le bosquet de bambous, les rendez-vous des amants &#224; la tomb&#233;e de la nuit. La chronologie se dissout dans les descriptions. La dur&#233;e est exprim&#233;e en termes d'espace, comme plus tard, dans la m&#233;moire de Louise : &#171; vague, hachur&#233;e, faite d'une succession, d'une alternance de trous, de sombres et de clairs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le temps de toute une vie, les travaux et les jours, sont consign&#233;s sur les feuillets quadrill&#233;s des carnets de Marie, &#171; le retour p&#233;riodique et saisonnier des diff&#233;rentes esp&#232;ces de fruits &#187;, &#171; les justifications pudiques, impassibles : &#8220;Frais docteur... Transport cimeti&#232;re...&#8221; &#187;. L'important et l'insignifiant se suivent et s'&#233;quivalent, et l'inscription scrupuleuse du &#171; tout-venant &#187; tout au long des ann&#233;es &#233;rige ces pauvres carnets en &#171; un fabuleux mausol&#233;e fait de temps amoncel&#233; sur un peu de cendre &#187;. Ce temps des minuscules &#233;v&#233;nements n'est plus orient&#233;, c'est un temps cyclique, comme celui qui rythme les saisons et les travaux agricoles, comme celui des guerres dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; (1960) et dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Les-Georgiques-1981.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1981).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire n'est pas ce qu'en disent les manuels, explique Pierre, elle est &#171; sans limite &#187; et la &#171; terne existence d'une vieille dame, c'est l'Histoire elle-m&#234;me, la mati&#232;re m&#234;me de l'Histoire &#187;. L'&#233;v&#233;nement historique est bien mentionn&#233;, mais il est tenu &#224; distance : c'est pendant l'exode en 1939, que Marie s'est r&#233;fugi&#233;e dans la famille de son fr&#232;re ; c'est en raison de cette m&#234;me guerre que Georges a abandonn&#233; ses &#233;tudes ; c'est d'elle sans doute que vient son violent rejet des mots et des livres, devenus vains, mais ce lien ne s'explicitera que dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; (o&#249; l'on retrouve le personnage de Georges). Louise voit aussi planer, sur les personnages des photographies de famille, l'ombre de la Grande Guerre qui les d&#233;cimera. Le travail de l'&#233;criture, lui, dit &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/le-propre-de-la-realite.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la r&#233;alit&#233; de l'Histoire v&#233;cue&lt;/a&gt;, celle que la vie, la mort, la souffrance chargent d'une mati&#232;re sensible dont seul il peut se saisir. Il dit aussi la fa&#231;on qu'elle a de se faire &#171; sans direction fix&#233;e d'avance, sans ordre apparent, sans r&#233;pit &#187;. Comme l'indique l'exergue du roman emprunt&#233; &#224; Boris Pasternak, &#171; [p]ersonne ne fait l'histoire, on ne la voit pas, pas plus qu'on ne voit l'herbe pousser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'Odeur de l'herbe &#187; : l'&#233;criture des sensations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la conscience de &#171; l'&#233;coulement du temps noir &#187; et la pr&#233;sence obs&#233;dante du r&#226;le de Marie, la mort plane sur tout le roman. C'est autour de l'agonisante que Louise tourne, &#224; son corps d&#233;fendant, &#224; la fois effray&#233;e et aimant&#233;e. Cependant l'ambivalence r&#232;gne, et la vie, la force de la vie simple, &#233;l&#233;mentaire, entre en tension constante avec la mort. Chez Louise, la proximit&#233; de cette mort d&#233;clenche un furieux d&#233;sir de vivre. Telle sera &#233;galement, dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, l'exp&#233;rience de Georges confront&#233; &#224; un danger de mort imminente. C'est ce que, dans &lt;i&gt;Le Jardin des plantes&lt;/i&gt; (1997), S. (l'avatar de l'auteur) appellera &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Jean-Marie-Barnaud-L-ecriture-et-la-survie-Sur-une-melancolie-2006.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; m&#233;lancolie &#187;&lt;/a&gt;. Dans &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;, la pulsion vitale se manifeste dans les sc&#232;nes de rencontre amoureuse entre Louise et son amant comme dans le foisonnement de la vie v&#233;g&#233;tale. Contrairement &#224; nombre de romans ult&#233;rieurs, la relation sexuelle est tr&#232;s peu d&#233;crite, sinon en termes de fusion avec la terre et la v&#233;g&#233;tation. Apr&#232;s l'amour, Louise rena&#238;t au contact &#233;troit de l'herbe qui sollicite tous ses sens : elle &#233;coute &#171; la menue, l'imperceptible rumeur de l'herbe &#187;, elle la respire, &#171; s'emplissant tout enti&#232;re de l'odeur v&#233;g&#233;tale et pure &#187;, le visage enfoui dans l'herbe fra&#238;che, &#171; pouvant maintenant sentir s'imprimer dans sa joue les croisillons d'herbe &#233;cras&#233;e &#187;. Elle &#233;prouve ainsi le pouvoir r&#233;g&#233;n&#233;rant du contact avec l'herbe et la terre, cette terre qui accueille les morts et cette herbe qui rena&#238;t &#224; chaque printemps, incarnant ainsi &#171; les v&#233;rit&#233;s simples de la vie et de la mort &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'herbe, c'est aussi le retour &#171; au primordial, &#224; l'&#233;l&#233;mentaire, &#224; la mati&#232;re, aux choses &#187; dont Simon a ressenti le besoin en 1941, apr&#232;s son &#233;vasion, quand &#8211; il le raconte &#224; la fin de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/L-Acacia-1989.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1989) &#8211; il dessinait &#171; les feuilles d'un rameau, un roseau, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Durer-Albrecht.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;une touffe d'herbe&lt;/a&gt;, des cailloux, ne n&#233;gligeant aucun d&#233;tail &#187;. Quand le manuscrit arrive aux &#201;ditions de Minuit, en 1958, il a pour titre un de ceux qu'avait envisag&#233;s l'auteur, &#171; L'Odeur de l'herbe &#187;. L'herbe, v&#233;g&#233;tation minimale, est associ&#233;e &#224; une odeur, sensation difficile &#224; d&#233;crire. Dans ces ann&#233;es o&#249; la litt&#233;rature engag&#233;e et celle de l'absurde dominent le champ litt&#233;raire, Simon souligne volontiers combien lui importe l'expression des &#233;motions et des sensations plut&#244;t que des id&#233;es : c'est pour lui une t&#226;che primordiale, dont la difficult&#233; tient &#224; l'&#233;cart entre les mots et les choses. L'&#233;criture de la sensation repr&#233;sente un d&#233;fi, mais elle deviendra au fil des livres un des marqueurs essentiels de la prose simonienne. Dans &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;, elle dit les odeurs, telle celle de la chambre de Marie, &#171; cet ent&#234;tant et sans doute imaginaire parfum de fra&#238;cheur, de virginit&#233; et de temps accumul&#233; &#187; ou celle, &#171; cadav&#233;rique et ferment&#233;e des milliers de poires en train de pourrir &#187; ; les sons : le p&#233;piement des moineaux ou &#171; l'indistincte et paisible rumeur de l'eau &#187; qui emplit les derni&#232;res pages. Mais la vie v&#233;g&#233;tale est surtout un spectacle et Simon &#171; &#233;crit en peintre &#187; lorsqu'il &#233;voque &#171; la folle v&#233;g&#233;tation envahissante &#187;, les petites feuilles &#171; indiff&#233;rentes, lointaines, oscillant dans la lumi&#232;re d&#233;clinante &#187;, la vision d'un &#171; nuage suspendu d'insectes &#187; ou celle de la vie &#171; sauvage &#187; incarn&#233;e par le chat tigr&#233; &#171; se tenant dans cette posture semblable &#224; une foudroyante condensation de la vitesse &#187;. Le souci d'une composition sp&#233;cifique est aussi manifeste. Sans chapitre, d'une seule coul&#233;e, le roman prend &#171; rien &#187; pour point de d&#233;part et pour point d'arriv&#233;e. Entre le d&#233;but (&#171; Mais elle n'a rien &#187;) et la fin (&#171; puis plus rien &#187;), une construction en spirale fait revenir des sc&#232;nes qui se font &#233;cho autour du centre &#8211; &#233;vid&#233; plus encore que vide &#8211; qu'est la lente disparition de Marie. La combinaison de descriptions et de sc&#232;nes qui s'enchev&#234;trent brouille la chronologie. Les phrases se ramifient : relanc&#233;es par des participes pr&#233;sents, des incises, des parenth&#232;ses, elles emportent le lecteur dans un flux de sensations ou d'impressions. S'affirment alors les caract&#233;ristiques formelles de la construction et du phras&#233; de Claude Simon : &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt; appara&#238;t bien comme un r&#233;el tournant dans son &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-L%E2%80%99Herbe-1851-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1958.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-L%E2%80%99Herbe%C2%A0-1852-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;&#233;dit&#233; en collection &#171; Double&lt;/a&gt; &#187; (n&#176;9), 1986. Postface d'Alastair B. DUNCAN : &#171; Lire L'Herbe &#187;, p. 217-236.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans les &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-2-Bibliotheque-de-la-Pleiade-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, 2&lt;/a&gt;. &#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec la collaboration de B&#233;r&#233;nice Bonhomme et David Zemmour. Paris : Gallimard, 2013. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 586). p. 1-144. Notice et notes p. 1381-1395&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; BERTRAND (Michel), Notice sur &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, Michel BERTRAND, dir., Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 531-536.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; BERTRAND (Michel), &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/854&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Trois femmes : &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;, un roman f&#233;minin &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 8, 2013, p. 37-52.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; BLANC (Anne-Lise), &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/178662?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Des propri&#233;t&#233;s plastiques de quelques figures sensibles dans &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le r&#234;ve plastique des &#233;crivains&lt;/i&gt;, dir. Mireille RAYNAL-ZOUGARI, &lt;i&gt;La Licorne&lt;/i&gt;, 125, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 87-100.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre d'ouvrage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; SYKES (Stuart), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Romans de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, ch. III &#171; 1958. &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt; : d&#233;buts de la composition sym&#233;trique, le livre sur rien &#187;, Paris : &#201;ditions de Minuit, 1979, p. 42 &#224; 60.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; ROUBICHOU (G&#233;rard), &lt;i&gt;Lecture de &lt;/i&gt; L'Herbe &lt;i&gt;de Claude Simon&lt;/i&gt;, Lausanne : L'&#194;ge d'homme, 1976.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage collectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-4-2008-20.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Lectures de L'Herbe. Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176;4&lt;/a&gt;, Sous la direction de Jean-Yves LAURICHESSE, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 75-139.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Corde raide (1947)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/La-Corde-raide-1947-763.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/La-Corde-raide-1947-763.html</guid>
		<dc:date>2025-12-29T15:25:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>La Corde raide</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Corde raide (1947) Notice par Jean-Yves Laurichesse &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
La Corde raide n'est pas un roman. C'est un texte en prose &#224; la premi&#232;re personne, compos&#233; de quatorze sections de longueur variable, sans titres, dont les encha&#238;nements sont tr&#232;s libres. L'auteur y glisse constamment d'un sujet &#224; l'autre. D'abord il se revoit allong&#233; dans sa chambre &#224; Perpignan, regardant par la fen&#234;tre la branche d'un acacia dont les petites feuilles se refl&#232;tent dans une glace. Sa r&#234;verie se d&#233;veloppe (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Corde-raide-+.html" rel="tag"&gt;La Corde raide&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; (1947)&lt;br class='autobr' /&gt;
Notice par Jean-Yves Laurichesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/corde_raide_ter.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/corde_raide_ter.jpg?1766865860' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; n'est pas un roman. C'est un texte en prose &#224; la premi&#232;re personne, compos&#233; de quatorze sections de longueur variable, sans titres, dont les encha&#238;nements sont tr&#232;s libres. L'auteur y glisse constamment d'un sujet &#224; l'autre. D'abord il se revoit allong&#233; dans sa chambre &#224; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Perpignan.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Perpignan&lt;/a&gt;, regardant par la fen&#234;tre la branche d'un acacia dont les petites feuilles se refl&#232;tent dans une glace. Sa r&#234;verie se d&#233;veloppe ensuite sur le th&#232;me des voyages &#224; l'&#233;tranger, et en particulier d'une aventure amoureuse v&#233;cue &#224; Odessa avec une jeune fille pr&#233;nomm&#233;e V&#233;ra, suivie d'une s&#233;paration douloureuse. L'amour, qui est avec l'art l'une des rares possibilit&#233;s offertes &#224; l'homme de &#171; sortir de soi &#187;, le conduit &#224; une r&#233;flexion sur la solitude face &#224; la mort, qu'illustre le souvenir terrible d'un parent condamn&#233; &#224; court terme par un cancer de la gorge, cet ancien militaire ne trouvant un ultime &#171; secours &#187; que dans son &#171; maintien ext&#233;rieur &#187;, d'une &#171; raideur d&#233;fensive &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la solitude, li&#233;e &#224; la pens&#233;e individuelle, vaut mieux que les socialisations qui, toutes, emp&#234;chent de &#171; se diff&#233;rencier &#187; et m&#232;nent au conformisme. Ainsi, la &#171; Municipalit&#233; &#187; d'une &#171; ville du Midi &#187; a r&#233;cemment fait d&#233;molir les anciens remparts pour &#234;tre enfin &#171; une ville comme les autres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur se souvient aussi de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Barcelone.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Barcelone&lt;/a&gt; pendant la r&#233;volution anarchiste de 1936, qu'il interpr&#232;te comme une tentative &#224; la fois h&#233;ro&#239;que et d&#233;risoire de &#171; d&#233;passer [&#8230;] les limites de l'insupportable vie quotidienne &#187;. Puis il se rappelle avoir fr&#244;l&#233; la mort, cavalier d&#233;mont&#233; courant sur une voie de chemin de fer sous le feu de l'ennemi, s'attendant d'une minute &#224; l'autre &#224; recevoir une balle dans le dos. Et ce qu'il a ressenti alors, c'est &#171; comme une bouff&#233;e, un parfum de regrets &#187; : le regret de la vie dans ce qu'elle a de plus simple et de plus trivial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souvenir poignant des cris d'une femme accouchant dans la nuit, quelque part dans la ville, suscite ensuite une m&#233;ditation sur la condition humaine, compar&#233;e &#224; celle d'un funambule sur la &#171; corde raide &#187;. L'auteur a v&#233;cu un drame que l'on devine &#234;tre la perte d'une femme aim&#233;e. Il se pr&#233;sente comme un homme confront&#233; &#224; la &#171; difficult&#233; de vivre &#187; et qui cherche &#171; ce qui peut [l'] aider &#224; continuer &#187;. Il refuse de juger les divers moyens qu'emploient les autres, toutes les passions &#233;tant &#171; respectables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il raconte une histoire v&#233;cue pendant la guerre, dont il ne veut tirer aucune &#171; morale &#187;. Quatre cavaliers battent en retraite, l'un d'eux est bless&#233;. Ils sont rejoints par des v&#233;hicules dont les occupants refusent de prendre le bless&#233; et se moquent d'eux. Quand ils parviennent &#224; la Meuse, l'officier de sant&#233; refuse aussi de s'occuper du bless&#233;, parce qu'il n'appartient pas &#224; sa division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'art, il est bien au-dessus de la beaut&#233;, trop souvent rapport&#233;e &#224; des canons, qui ne vaudrait pas mieux qu'&#171; une poule entretenue qui n'a rien d'autre &#224; faire qu'&#224; bien s'habiller &#187;. L'auteur rejette les &#171; merveilleuses illusions &#187; et veut &#171; garder les yeux ouverts &#187;. Son mod&#232;le, c'est C&#233;zanne, dont il fait le portrait, m&#234;lant admiration et humour : un &#171; type maussade et r&#233;barbatif &#187; qui ressemble &#224; &#171; un antiquaire juif &#187;, et dont se moquent les bourgeois, qui le prennent pour un peintre rat&#233;, ou que sa peinture choque, parce qu'il a cr&#233;&#233; un &#171; univers pour la premi&#232;re fois d&#233;muni de poteaux indicateurs &#187;. Mais une voix int&#233;rieure exhorte le peintre &#224; aller encore plus loin dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur poursuit sa critique virulente des dogmes et des id&#233;aux invent&#233;s par &#171; une humanit&#233; en mal d'&#233;vasion &#187;, comme si le r&#233;el, en d&#233;pit de son in&#233;puisable foisonnement, &#233;tait &#171; insuffisant &#187;. Il leur oppose &#171; cette irraisonnable force &#187; qu'est &#171; la vie &#187;. Les souvenirs d'un camp de prisonniers en 1940 viennent &#233;tayer cette r&#233;flexion, montrant une foule de vaincus humili&#233;s, contraints de coexister dans un espace restreint et des conditions mat&#233;rielles d&#233;plorables. S'y r&#233;v&#232;lent les &#233;ternels ressorts de toute soci&#233;t&#233; humaine : &#171; int&#233;r&#234;t et passions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre exp&#233;rience marquante est celle du d&#233;part en train pour la guerre. M&#234;me dans ces moments o&#249; le monde vacille, certains s'accrochent &#224; des privil&#232;ges d&#233;risoires, comme cet officier furieux qui exige que le mobilis&#233; et son camarade sortent d'un wagon de 1&#232;re classe. Allong&#233; les yeux ouverts dans la nuit, l'auteur laisse affluer des souvenirs d'autres trains et d'autres gares, en Pologne ou en Allemagne. Par analogie, il glisse vers le souvenir ult&#233;rieur d'un wagon &#224; bestiaux transportant des prisonniers entass&#233;s, qui s'apostrophent dans le noir, &#171; hargneux et plaintifs &#187;. Puis, embo&#238;t&#233; dans celui-ci, appara&#238;t le souvenir d'un colonel &#224; cheval, suivi de deux cavaliers, avan&#231;ant &#171; entre les ruines poussi&#233;reuses des maisons &#233;croul&#233;es &#187;, &#171; impassible &#187; sous la menace de parachutistes allemands embusqu&#233;s, jusqu'&#224; la rafale qui l'abat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin, l'auteur marche dans les rues, se demandant qui il est. Non pas &#171; un autre &#187;, comme Rimbaud, mais &#171; d'autres. D'autres choses, d'autres odeurs, d'autres sons, d'autres personnes, d'autres lieux, d'autres temps &#187;. Il est interrompu par un &#171; math&#233;maticien &#187; avec lequel s'engage un dialogue dans lequel il r&#233;affirme, contre le conformisme rationnel de son interlocuteur, sa conception de l'art, dont il attend non pas qu'il offre des &#171; tours de singes &#187;, mais qu'il s'ouvre sur &#171; l'inattendu &#187;. Puis, apr&#232;s avoir repris sa course &#224; travers la ville, il s'immobilise, bient&#244;t apais&#233; par l'arriv&#233;e du printemps, qui fait pousser en lui un arbre dont la s&#232;ve, telle sa m&#233;moire, le &#171; submerg[e] de la paisible gratitude du sommeil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un essai autobiographique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, Simon d&#233;veloppe une pens&#233;e tr&#232;s libre sur divers sujets, tout en introduisant des passages narratifs inspir&#233;s par des souvenirs personnels. On sait que, selon sa volont&#233;, ce livre n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; de son vivant. Il ne figurait m&#234;me pas dans la liste des titres &#171; du m&#234;me auteur &#187;. Cela ne signifie pas qu'il soit d&#233;pourvu d'int&#233;r&#234;t, mais plut&#244;t que son auteur n'y reconnaissait pas, en particulier dans sa forme, la conception de la litt&#233;rature qu'il s'&#233;tait progressivement forg&#233;e. Sa r&#233;cente &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-et-La-Corde-raide-reeedition-2025.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;&#233;dition par Minuit&lt;/a&gt;, associ&#233;e &#224; celle du &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-1945-747.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Tricheur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, a donc valeur de document plus que de compl&#233;ment &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon s'est exprim&#233; sur &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, en des termes assez durs, dans ses &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Entretien-avec-Ludovic-Janvier-1972.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; r&#233;ponses &#233;crites &#187; &#224; Ludovic Janvier (1972)&lt;/a&gt; : &#171; Quant &#224; ce que je pense de ce texte en soi, voici : il m'agace par un ton d'assurance et de provocation qui tient aux circonstances dans lesquelles il a &#233;t&#233; &#233;crit et &#224; l'&#226;ge que j'avais alors. Lorsque l'on est jeune, on n'est pas tr&#232;s s&#251;r de soi ni des choses, et l'on &#233;prouve le besoin de se rassurer en affirmant. Plus tard on est encore moins s&#251;r, mais on a appris &#224; endurer cette incertitude et &#224; l'assumer &#187;. Le livre ne manque pas en effet d'affirmations p&#233;remptoires et provocatrices, s'en prenant en particulier, avec une verve pamphl&#233;taire, &#224; toute forme d'autorit&#233;. On y lit par exemple, au sujet de la libert&#233;, th&#232;me &#224; la mode au temps de l'existentialisme : &#171; Je ne sais pas au juste ce que les philosophes sp&#233;cialis&#233;s entendent par ce mot. Quelque chose de tr&#232;s abstrait probablement et d'une perfection dans le genre de la machine &#224; vapeur &#224; 100% de rendement ou encore de ces jouets si merveilleux que l'on donne aux enfants et dont on peut tout faire, sauf s'en servir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon a trente-trois ans lorsqu'il publie &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;. Il sort d'une double &#233;preuve, la guerre et le suicide de sa premi&#232;re femme, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Renee-Clog.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ren&#233;e Clog&lt;/a&gt;, en 1944. Il cherche encore sa voie, s'&#233;loignant de la &lt;a href=&#034;https://associationclaudesimon.org/+-Peinture-+.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;peinture&lt;/a&gt; (&#171; [&#8230;] plus personne ne peut &#234;tre peintre sans ridicule &#224; cause de Picasso &#187;). D'o&#249; ce p&#233;nible sentiment d'&#234;tre sur une &#171; corde raide &#187;, risquant de &#171; [se] casser la gueule &#224; chaque pas &#187;, et le besoin qu'il &#233;prouve de faire le point aussi bien sur sa vie que sur ses id&#233;es. Mais le livre, par son caract&#232;re &#233;clat&#233; et fragmentaire, manifeste d&#233;j&#224; l'impossibilit&#233; de rendre compte d'un sujet unifi&#233; (&#171; je ne suis pas moi &#187;), ce que toute l'&#339;uvre &#224; venir confirmera, se confrontant par l'&#233;criture &#224; &#171; l'ind&#233;cise confusion des figures, lumi&#232;res, ombres, fuyant comme des poissons dans les mains pour les saisir, glissant entre les lignes de la m&#233;moire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;flexion sur la vie et sur l'art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'adh&#232;re ni &#224; l'existentialisme de &lt;a href=&#034;https://associationclaudesimon.org/+-Sartre-Jean-Paul-+.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sartre&lt;/a&gt;, ni &#224; l'absurde de Camus (qui pr&#233;suppose encore une raison), Simon se pose de mani&#232;re aigu&#235; la question du sens de la vie. Mais il n'a qu'ironie pour les donneurs de le&#231;ons : &#171; On trouve dans toutes les bonnes librairies, &#224; profusion, toutes les lois, recettes et dogmes infaillibles pour se bien conduire dans la vie [&#8230;] &#187;. C'est pourquoi il se situe sur un plan qui n'est ni th&#233;orique, ni moral, mais pratique : &#171; [&#8230;] il faut que je trouve du solide sur quoi on peut compter &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est d'abord sur ce qu'il voit qu'il compte, cette &#171; somptueuse magnificence du monde &#187; o&#249; &#171; tout [est] &#224; prendre &#187;. D'o&#249; la fen&#234;tre &#224; l'ouverture du livre, th&#232;me repris plus loin : &#171; Je ne ferme jamais les rideaux de mes &lt;a href=&#034;https://associationclaudesimon.org/+-Fenetre-+.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fen&#234;tres&lt;/a&gt;, m&#234;me la nuit [&#8230;] &#187;. C'est aussi sous cet angle qu'il appr&#233;hende les &#233;v&#233;nements dramatiques qu'il a v&#233;cus, comme la guerre, qui l'a &#171; [int&#233;ress&#233;], parce que c'est le seul endroit o&#249; l'on puisse bien voir certaines choses &#187;. Il arrive cependant qu'il soit envahi par le monde ext&#233;rieur qu'il scrute, au point d'y perdre son identit&#233;, dans une fusion proche de l'an&#233;antissement : &#171; En m'appliquant encore, je parviens &#224; n'&#234;tre plus que cet ensemble de murs, de silhouettes, de feuillages, se chevauchant, ondulant &#224; la cadence de mon pas [&#8230;] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la valeur essentielle sur laquelle s'appuyer est l'art, &#224; condition de le comprendre pour ce qu'il doit &#234;tre. Tout au long du livre, l'auteur ferraille contre des conceptions fausses, mais dominantes. L'art n'est pas affaire de technique : &#171; Je pense que la technique, le culte de la technique, le perfectionnement de la technique, m&#232;nent tout droit &#224; des &#339;uvres vides et acad&#233;miques &#187;. Il n'est pas davantage affaire de morale ou de politique : &#171; J'&#233;prouve un d&#233;go&#251;t maladif chaque fois que j'entends parler de mission, de r&#244;le de la peinture, et en g&#233;n&#233;ral, de toutes ces histoires apostoliques &#187;. Dans les mus&#233;es, il cherche d'abord son &#171; plaisir &#187;, qui n&#233;cessite d'&#171; [&#234;tre] sensible aux &#233;motions par l'interm&#233;diaire des formes et des couleurs &#187;. Ce n'est pas le sujet qui compte, mais la mani&#232;re, de sorte que &#171; [t]oute la souffrance du monde, ou toute sa joie peuvent &#234;tre dites dans la fa&#231;on dont sont peintes une cruche ou une fourchette &#187;. Quant &#224; l'artiste, il ne doit ob&#233;ir qu'&#224; son &#171; besoin de peindre &#187;, c'est-&#224;-dire de &#171; donner une forme &#224; l'informul&#233; &#187;, de &#171; rendre sensible une v&#233;rit&#233; &#187;, tel C&#233;zanne qui, loin des &#171; truquages &#187; auxquels se sont livr&#233;s m&#234;me les plus grands peintres, a su atteindre &#171; une connaissance substantielle, dans le m&#234;me moment d&#233;senchant&#233;e et &#233;blouie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des th&#232;mes pour l'&#339;uvre &#224; venir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son entretien avec Ludovic Janvier, Simon reconna&#238;t que, &#171; [d']une certaine fa&#231;on, bien s&#251;r, &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; annonce &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Palace-1962.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et m&#234;me &lt;i&gt;Pharsale&lt;/i&gt;, mais plut&#244;t &#224; la fa&#231;on d'un r&#233;pertoire, d'un inventaire des th&#232;mes (je dis bien th&#232;mes et non pas sujets) dans lequel j'ai ensuite puis&#233; &#187;. Sans doute est-ce l&#224; ce qui peut toucher le plus le lecteur d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res lignes, le motif de &#171; l'acacia multiple &#187; vu par la fen&#234;tre d'une chambre annonce le d&#233;but d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; (1967), repris &#224; la fin de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/L-Acacia-1989.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1989). L'&#233;vocation &#224; la fois fascin&#233;e et d&#233;senchant&#233;e de Barcelone en 1936 se d&#233;veloppera dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Sacre-du-printemps-1954.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1954) et &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; (1962). Mais surtout, l'exp&#233;rience proche de la guerre occupe une place importante dans le livre, avec des &#233;pisodes qui seront souvent repris et d&#233;velopp&#233;s, de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; (1960) au &lt;i&gt;Jardin des Plantes&lt;/i&gt; (1997) : la course sur la voie ferr&#233;e sous les balles allemandes, la marche derri&#232;re le colonel abattu par un tireur embusqu&#233;, le wagon et le camp de prisonniers. Certains &#233;pisodes ne repara&#238;tront que tardivement, attestant la f&#233;condit&#233; &#224; longue port&#233;e de &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, comme le souvenir du voyage en train vers le centre de mobilisation (dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;) ou le poignant regret de la vie au moment de mourir (le th&#232;me de la &#171; m&#233;lancolie &#187; dans &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;). Enfin, le suicide de Ren&#233;e ne sera &#233;voqu&#233; &#224; nouveau que dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; (1967), mais comme un th&#232;me majeur, bien que dissimul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la forme (construction et phras&#233;) qui portera cette m&#233;moire du &#171; v&#233;cu &#187; n'a pas encore &#233;t&#233; trouv&#233;e, si ces th&#232;mes demanderont &#224; &#234;tre retravaill&#233;s de toutes sortes de mani&#232;res, la dimension fragmentaire est d&#233;j&#224; bien pr&#233;sente dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, avec ses glissements spatio-temporels, et le style est loin d'&#234;tre convenu, avec dans certains passages une forte charge de sensations et d'&#233;motions. Et la ligne d'&#233;criture est trac&#233;e. &#192; l'in&#233;vitable question du &#171; [p]ourquoi &#233;crivez-vous ? &#187;, l'auteur de &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; r&#233;pond : &#171; Pour essayer de me rappeler ce qui s'est pass&#233; pendant le moment o&#249; j'&#233;crivais. &#187; C'est d&#233;j&#224; le &#171; pr&#233;sent de l'&#233;criture &#187; du &lt;i&gt;Discours de Stockholm&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;ditions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/La-Corde-raide-1947.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris : Les &#233;ditions du Sagittaire, 1947.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; R&#233;&#233;dition sous le titre &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-et-La-Corde-raide-reeedition-2025.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Tricheur et La Corde raide. Premi&#232;res &#338;uvres 1945-1947&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Pr&#233;sentation de Mireille Calle-Gruber. Paris : &#233;ditions de Minuit, 2025.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; DUNCAN (Alastair B.), &#171; &#192; propos de &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; &#187; [1975], &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Lire-Claude-Simon-Cerisy-1975.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Lire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, textes r&#233;unis par Jean RICARDOU, Paris : Les Impressions Nouvelles, 1986.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; MIGUET-OLLANIER (Marie), Notice sur &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, sous la direction de Michel BERTRAND, Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 554-557.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; YAPAUDJIAN-LABAT (C&#233;cile), &#171; De la trag&#233;die au tragique dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-7-Les-Premiers-Livres-de-Claude-Simon-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Premiers Livres de Claude Simon (1945-1954), Claude Simon&lt;/i&gt; 7&lt;/a&gt;, sous la direction de Jean-Yves LAURICHESSE, La Revue des Lettres modernes, Paris : Lettres Modernes Minard-Classique Garnier, 2017.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Acacia (1989)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/L-Acacia-1989.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/L-Acacia-1989.html</guid>
		<dc:date>2025-12-21T19:21:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Acacia (1989). Notice &lt;br class='autobr' /&gt;
par Nathalie BARBERGER &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Chass&#233;-crois&#233; entre deux &#233;poques, deux histoires (celle des futurs parents et de leur fils), deux g&#233;n&#233;rations (celle qui naquit vers 1880, celle qui naquit vers 1910), L'Acacia appara&#238;t comme un livre somme, ce qui ne signifie pas totalisation et cl&#244;ture. Somme car il &#171; somme &#187; le XXe si&#232;cle de compara&#238;tre : de 1880 &#224; 1982, telles sont les bornes du roman. Un si&#232;cle est parcouru, avec une insistance sur ses deux blessures majeures (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; (1989). Notice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Nathalie BARBERGER&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/acacia.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/acacia.jpg?1766341796' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chass&#233;-crois&#233; entre deux &#233;poques, deux histoires (celle des futurs parents et de leur fils), deux g&#233;n&#233;rations (celle qui naquit vers 1880, celle qui naquit vers 1910), &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; appara&#238;t comme un livre somme, ce qui ne signifie pas totalisation et cl&#244;ture. Somme car il &#171; somme &#187; le XXe si&#232;cle de compara&#238;tre : de 1880 &#224; 1982, telles sont les bornes du roman. Un si&#232;cle est parcouru, avec une insistance sur ses deux blessures majeures que sont les deux guerres, auxquelles ces deux g&#233;n&#233;rations ont &#233;t&#233; confront&#233;es. Dans son &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Discours-de-Stockholm-audio.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;discours de r&#233;ception au prix Nobel&lt;/a&gt;, quatre ans avant la parution de son roman en 1989, Claude Simon disait : &#171; Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d'habitants de notre vieille Europe, la premi&#232;re partie de ma vie a &#233;t&#233; assez mouvement&#233;e : j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin d'une r&#233;volution, j'ai fait la guerre dans des conditions particuli&#232;rement meurtri&#232;res [&#8230;], j'ai &#233;t&#233; fait prisonnier, j'ai connu la faim, le travail physique jusqu'&#224; l'&#233;puisement, je me suis &#233;vad&#233;, j'ai &#233;t&#233; gravement malade [&#8230;] enfin j'ai voyag&#233; un peu partout dans le monde... et cependant, je n'ai jamais encore, &#224; soixante-douze ans, d&#233;couvert aucun sens &#224; tout cela [&#8230;] &#187;. &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; d&#233;ploie la d&#233;ambulation m&#233;morielle, &#224; la fois rigoureuse et r&#234;veuse (la fid&#233;lit&#233; aux faits, t&#233;moignages et archives, n'emp&#234;che nullement l'&#233;chapp&#233;e imaginaire) de ce &#171; vieil homme &#187; qui appara&#238;t soudain au chapitre VII (&#171; et &#224; pr&#233;sent il &#233;tait &#224; son tour un vieil homme &#187;). Revenu dans la maison familiale, il interroge ses deux cousines, devenues vieilles elles aussi, deux veuves (cette figure du veuvage hante le livre) sur le mois d'ao&#251;t 1919. &#192; d&#233;faut de tout regard surplombant qui permettrait d'encha&#238;ner chronologiquement et causalement les &#233;v&#233;nements (toute tentative de rationalisation est impossible), c'est peut-&#234;tre cette &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Perpignan-hotel-de-la-Cloche-d-Or.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;maison familiale&lt;/a&gt; qui est le centre invisible du roman. Elle est le lieu o&#249; tout commence, finit et recommence. C'est de cette maison qu'un jeune homme aux yeux couleur de fa&#239;ence part pour la guerre un jour d'ao&#251;t 1914, c'est l&#224; que l'enfant grandit apr&#232;s &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Vernet-les-Bains-Hotel-Ibrahim-Pacha.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la mort de son p&#232;re&lt;/a&gt; ; c'est de l&#224; qu'il part lui aussi, vingt-cinq ans plus tard, lorsqu'il est mobilis&#233; en 1939. C'est aussi l&#224; qu'un anc&#234;tre s'est suicid&#233; apr&#232;s une bataille perdue, et que le fils revient apr&#232;s son &#233;vasion du &lt;i&gt;stalag&lt;/i&gt;, l&#224; qu'au printemps, telle est la derni&#232;re page du roman, il s'assied &#224; sa table un soir, tandis que fr&#233;missent &#224; sa fen&#234;tre &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/un-soir-il-s-assit-a-sa-table.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les feuilles du grand acacia&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux c&#244;t&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, en ses douze chapitres num&#233;rot&#233;s, alterne deux s&#233;ries temporelles. Chaque chapitre est une date, ou une s&#233;quence dat&#233;e : 1919, 17 mai 1940, 27 ao&#251;t 1914, 17 mai 1940, 1880-1914, 27 ao&#251;t 1939, 1982-1914, 1939-1940, 1914, 1940, 1910-1914-1940&#8230;, 1940. Deux chapitres (II et IV) sont intitul&#233;s 17 mai 1940, jour de la grande d&#233;route de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Au 27 ao&#251;t 1919 du chapitre III succ&#232;de le 27 ao&#251;t 1939 du chapitre VI. Ces s&#233;ries temporelles sont aussi deux s&#233;ries narratives, avec cet &#233;cho essentiel : &#224; la mort du p&#232;re, le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/27-aout-1914.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;27 ao&#251;t 1914&lt;/a&gt;, r&#233;pond jour pour jour, la mobilisation du fils. Leurs deux destins semblent en miroir : &#171; Et maintenant il allait mourir &#187; (chapitre VI). Pour le dire vite, les chapitres impairs sont le temps du p&#232;re ; les pairs, le temps du fils. Mieux : du c&#244;t&#233; impair, le p&#232;re (c'est sur lui, ou plut&#244;t sur son absence que s'ouvre le livre, ce p&#232;re &#224; peine connu dont le fant&#244;me domine le livre et &#224; qui le narrateur donne un visage, des yeux, une histoire, un pass&#233;), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Suzanne-Denamiel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la m&#232;re&lt;/a&gt;, leur rencontre (l'intensit&#233; vivante de leur d&#233;sir est violemment interrompue par la guerre), la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Famille-paternelle.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;branche paternelle&lt;/a&gt; et la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Famille-maternelle.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;branche maternelle&lt;/a&gt;. D'un c&#244;t&#233;, une famille de paysans pauvres du Jura, r&#233;publicains, ath&#233;es et un anc&#234;tre d&#233;serteur des arm&#233;es napol&#233;oniennes, de l'autre, une famille perpignanaise bourgeoise et catholique, o&#249;, &#224; l'anc&#234;tre &#171; insoumis &#187; du p&#232;re, r&#233;pond par contraste le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/le-General-Lacombe-Saint-Michel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;g&#233;n&#233;ral d'Empire&lt;/a&gt; dont la m&#232;re est l'arri&#232;re-petite-fille. Et du c&#244;t&#233; pair, le fils dispers&#233; en ses figures : l'enfant de 1919 du premier chapitre devenu le vieil homme de 1982, l'enfant d&#233;j&#224; sans p&#232;re que sa nourrice prom&#232;ne dans un landau, l'apprenti peintre cubiste, l'&#233;tudiant voyageur en URSS, le r&#233;serviste rappel&#233; &#224; son r&#233;giment, le brigadier de 1940, le prisonnier de guerre qui s'&#233;vade et rejoint ses vieilles tantes dans la maison familiale, jusqu'&#224; l'ultime figure de l'homme assis face &#224; une page blanche. Donc, c&#244;t&#233; impair (1880-1919) la biographie et la g&#233;n&#233;alogie parentale et c&#244;t&#233; pair (principalement 1939-1940) une fa&#231;on d'autobiographie. Sauf que ce n'est pas si simple. Ni biographie : pas de noms propres (&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Antoine-Louis-Eugene-Simon.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le p&#232;re, Louis Simon&lt;/a&gt;, n'est pas nomm&#233;), ni autobiographie : nul &#171; je &#187;, mais une troisi&#232;me personne anonyme. Pas de &#171; pacte &#187; ici (ce fameux pacte autobiographique th&#233;oris&#233; autrefois par Philippe Lejeune) : libert&#233; est laiss&#233;e au lecteur d'enqu&#234;ter et d'imaginer &#224; son tour, &#224; partir des indices textuels, l'histoire, trou&#233;e, du sujet-narrateur et de ses a&#239;eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Livre du deuil, livre du seuil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'ouvre non sur le champ de bataille o&#249; mourut le p&#232;re (cette sc&#232;ne-l&#224; manquera toujours) mais sur la marche de femmes endeuill&#233;es, ce &#171; elles &#187; &#233;nigmatique de la premi&#232;re phrase : &#171; Elles allaient d'un village &#224; l'autre &#187;. On identifiera ensuite les deux s&#339;urs du p&#232;re, que pr&#233;c&#232;de la veuve parmi &#171; les champs que depuis cinq ans aucune charrue n'avait retourn&#233;s &#187;. Paysage d&#233;vast&#233; et st&#233;rile de l'apr&#232;s, et, pour le roman, apr&#232;s-coup de la m&#233;moire. La veuve tra&#238;ne derri&#232;re elle l'enfant. Le chapitre s'arr&#234;te abruptement sur la vanit&#233; de cette qu&#234;te : &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/les-trois-femmes-et-l-enfant.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la veuve fait s'agenouiller l'enfant&lt;/a&gt; devant une tombe sur laquelle en allemand et en fran&#231;ais il est &#233;crit que sont enterr&#233;s l&#224; deux officiers fran&#231;ais non identifi&#233;s. Non identifi&#233;s : ce qui s'&#233;nonce ici, de fa&#231;on poignante et t&#233;nue, c'est bien l'immense traumatisme de la disparition des corps et des noms dans les guerres du XXe si&#232;cle (cette non identification est reconduite dans tout le roman, elle vaut m&#234;me pour les personnages historiques). Nulle inscription grav&#233;e du nom du p&#232;re : ces morts, ces &#171; sacrifi&#233;s &#187;, ce deuil intime et collectif sollicite une autre m&#233;moire, une autre &#233;criture que celle de la comm&#233;moration ou du tombeau. &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; est le premier roman o&#249; Simon affronte longuement la mort du p&#232;re. Au chapitre III, celui-ci appara&#238;t statufi&#233; &#224; l'instant de sa mort au champ d'honneur. Bien plus tard, cette figure est reprise au chapitre XI o&#249; l'image h&#233;ro&#239;s&#233;e de la mort au combat est d&#233;construite (&#171; Rien d'autre que de vagues r&#233;cits &#187;). Et si le premier chapitre, dans sa beaut&#233; et sa solennit&#233;, &#233;veille le souvenir de la trag&#233;die antique et celui d'Antigone, le texte r&#233;siste cependant &#224; tout embaumement du pass&#233; (cette m&#233;moire dont la m&#232;re est la d&#233;positaire mortifi&#233;e), &#224; toute narrativisation ou po&#233;tisation cod&#233;e. Roman du fils endeuill&#233;, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; est aussi roman du seuil. L'enfant sans p&#232;re du premier chapitre est, dans le dernier, assis &#224; sa table devant une feuille blanche. &#201;critoire ? Commencement de l'&#233;criture ? Celle du &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-1945-747.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Tricheur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (publi&#233; en 1945) ? En fait &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; n'est en rien le r&#233;cit d'une vocation d'&#233;crivain (ou alors elle est encore plus invisible que chez Proust). Seulement ceci : &#224; la sc&#232;ne it&#233;rative du premier chapitre (&#171; Elles allaient &#187;) se superpose cette sc&#232;ne singulative, qui est &#224; la fois la fin du livre et un d&#233;but : &#171; Un soir il s'assit &#224; sa table devant une feuille de papier blanc &#187;. Au p&#232;re se substitue le fils, ce &#171; il &#187; saisi dans l'imminence d'un geste, et &#224; l'arbre suppos&#233; du glorieux champ d'honneur, l'acacia fr&#233;missant du jardin : &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/un-soir-il-s-assit-a-sa-table.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; C'&#233;tait le printemps maintenant &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pr&#233;sent hant&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En exergue de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; figurent les trois premiers vers de &#171; Burnt Norton &#187;, le po&#232;me inaugural du recueil &lt;i&gt;Four Quartets&lt;/i&gt; (1936-1942) de T.S. Eliot :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Time present and time past&lt;br class='autobr' /&gt;
Are both present in time further&lt;br class='autobr' /&gt;
And time further contained in time past.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le temps pr&#233;sent et le temps pass&#233; sont tous deux pr&#233;sents, &#224; la fois incorpor&#233;s et signifi&#233;s, dans le temps &#224; venir qui est lui-m&#234;me contenu dans le temps pass&#233;. R&#233;p&#233;tition, mal&#233;diction (d'une guerre l'autre, d'un train l'autre, de l'officier au brigadier). Ce que nous dit &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, c'est bien s&#251;r la folie belliciste du si&#232;cle, la force : &#171; La force qui est mani&#233;e par les hommes, la force qui soumet les hommes, la force devant quoi la chair des hommes se r&#233;tracte &#187; (tels sont les mots de Simone Weil, en 1939, dans &lt;i&gt;L'Iliade ou le po&#232;me de la force&lt;/i&gt;). Mais ce que le roman nous dit aussi, ce &#224; quoi il nous invite, c'est &#224; penser le pr&#233;sent, penser &#224; partir du pr&#233;sent, le pr&#233;sent d'un &#233;trange h&#233;ritier, un vieil orphelin qui m&#233;dite sur ce legs confus : enqu&#234;te et &#233;chapp&#233;e imaginaire, rigueur documentaire et intensit&#233; subjective sont ici indissociables. Ou encore le pr&#233;sent, contre toute r&#233;duction au pr&#233;sent de l'actuel, que l'on pourrait &#233;puiser en le racontant, est constitu&#233; de multiples strates, mouvantes, que l'&#233;criture explore, des strates qui, malgr&#233; les d&#233;sastres, sont travers&#233;es d'une intense pulsion de vie, celle-l&#224; m&#234;me qui anime les feuilles de l'acacia. Et si le roman alterne les s&#233;ries parall&#232;les, il faut noter qu'elles se rencontrent dans plusieurs chapitres : elles s'entrecroisent au chapitre VII, elles se m&#234;lent &#224; travers les fragments du chapitre XI. Encore une fois, il ne s'agit pas d'exhumer le pass&#233; pour le mus&#233;ifier et s'en d&#233;faire (on pense &#224; la comm&#233;moration &#224; Valmy) mais de le laisser advenir, de lui donner un devenir gr&#226;ce au &#171; temps &#224; venir &#187; de l'&#233;criture. Ainsi le magnifique chapitre XI, fragment par fragment, court-circuite les temps. Ce qui importe dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; n'est pas tant la r&#233;p&#233;tition que le montage, voire le t&#233;lescopage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture est sans cesse travaill&#233;e par l'&#233;motion singuli&#232;re de celui qui se souvient, pense, imagine, &#233;crit, dans un pr&#233;sent hant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-L_Acacia-1865-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : Minuit, 1989. 394 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; R&#233;&#233;edition &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Acacia_(L_)-1866-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paris : Minuit, 2004 (Double ; 26)&lt;/a&gt;. 400 p. Postface de Patrick Longuet&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans les &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-2-Bibliotheque-de-la-Pleiade-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, 2.&lt;/a&gt; &#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec la collaboration de B&#233;r&#233;nice Bonhomme et David Zemmour. Paris : Gallimard, 2013. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 586). p. 1009-1249. Notice et notes p. 1570-1596.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; BROWN (Llewellyn), &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_2001_num_123_3_1718&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Nom et tressage : &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt;, n&#176;123, sept. 2001, p. 35-43.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; DUNCAN (Alastair B.), &#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon : roman de deux guerres &#187;, dans Pierre Schoentjes (dir.), &lt;a href=&#034;https://classiques-garnier.com/fictions-de-la-grande-guerre-variations-litteraires-sur-14-18.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Fictions de la Grande Guerre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, Classiques Garnier, &#171; &#201;tudes de litt&#233;rature des XXe et XXIe si&#232;cles &#187;, 2008, p. 277-289.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; GLEIZE (Jo&#235;lle), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-La-detaille-et-le-detail-sur-L-Acacia-1999.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La d&#233;taille et le d&#233;tail : sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, Poitiers, &lt;i&gt;La Licorne&lt;/i&gt;, 1999.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; HARTMANN (Marie), Notice sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, sous la direction de Michel BERTRAND. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 521-526.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; LAURICHESSE (Jean-Yves), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Laurichesse-Jean-Yves-Voyages-en-chemin-de-fer-et-nouveau-roman-d-apprentissage.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#8220;Tout autour d'un continent trop vieux&#8221;. Voyages en chemin de fer et nouveau roman d'apprentissage dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, dans &lt;i&gt;Bouleversants Voyages : Itin&#233;raires et Transformations&lt;/i&gt;. Textes r&#233;unis par Paul Carmignani, Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2000, p. 377-395.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ROSSUM-GUYON Van (Fran&#231;oise), &#171; Un regard d&#233;chirant. &#192; propos de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; &#187;, dans &lt;i&gt;Claude Simon. Chemins de la m&#233;moire&lt;/i&gt;, Textes, entretiens, manuscrits r&#233;unis par Mireille Calle, Grenoble, PUG, Coll. &#171; Trait d'union &#187;, 1993, p. 119-130.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; MOUGIN (Pascal), &lt;a href=&#034;https://www.pascalmougin.com/archives/telechargements/A02.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lecture de L'Acacia, l'imaginaire biographique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Minard, Archives des Lettres modernes, 1996, r&#233;&#233;dit&#233; en 2022.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-11-2016-518.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176;11, &lt;i&gt;Relire L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Sous la direction de Jo&#235;lle Gleize et David Zemmour, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, juin 2016.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Sacre du printemps (1954)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Le-Sacre-du-printemps-1954.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Le-Sacre-du-printemps-1954.html</guid>
		<dc:date>2025-12-21T18:09:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Le Sacre du Printemps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Sacre du printemps (1954). Notice Par Diane de Camproger &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Sacre du printemps para&#238;t aux &#201;ditions Calmann-L&#233;vy en 1954. Apr&#232;s Le Tricheur (1945), La Corde raide (1947) et Gulliver (1952), c'est le quatri&#232;me livre de Claude Simon, et c'est la derni&#232;re de ses &#339;uvres de jeunesse que Claude Simon refusera de voir para&#238;tre dans ses &#339;uvres compl&#232;tes. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard, un jeune adulte solitaire, &#233;tudiant &#224; Paris, se retrouve, plus ou moins volontairement, m&#234;l&#233; au m&#233;lodrame d'une jeune fille (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Sacre-du-Printemps-+.html" rel="tag"&gt;Le Sacre du Printemps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt; (1954). Notice&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Diane de Camproger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/sacre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/sacre.jpg?1766339823' width='500' height='236' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt; para&#238;t aux &#201;ditions Calmann-L&#233;vy en 1954. Apr&#232;s &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-1945-747.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1945), &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; (1947) et &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; (1952), c'est le quatri&#232;me livre de Claude Simon, et c'est la derni&#232;re de ses &#339;uvres de jeunesse que Claude Simon refusera de voir para&#238;tre dans ses &#339;uvres compl&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bernard, un jeune adulte solitaire, &#233;tudiant &#224; Paris, se retrouve, plus ou moins volontairement, m&#234;l&#233; au m&#233;lodrame d'une jeune fille qu'il n'a pourtant qu'aper&#231;ue lors d'un cours particulier qu'il donnait au jeune fr&#232;re de celle-ci. Dans cette circonstance, il essaie, sans succ&#232;s, de jouer les h&#233;ros. Son attitude au cours de trois journ&#233;es de d&#233;cembre 1952, racont&#233;e tour &#224; tour &#224; la premi&#232;re et &#224; la troisi&#232;me personne du singulier, s'apparente &#224; celle qu'a eue son beau-p&#232;re, pour lequel il ressent pourtant une forte animosit&#233; : celui-ci avait essay&#233;, seize ans plus t&#244;t, de participer &#224; un &#233;v&#233;nement, historique, cette fois, la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Barcelone.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;guerre d'Espagne&lt;/a&gt;, qui s'&#233;tait clos par la mort de l'un de ses compagnons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation de leurs deux m&#233;moires, l'une pass&#233;e, l'autre en train de se faire, en r&#233;cits altern&#233;s, permet aux deux hommes que vingt ans s&#233;parent de finalement r&#233;ussir &#224; communiquer. Elle se conclut, non sans humour, sur un ultime retournement de situation, qui permet de mettre en lumi&#232;re une bienveillance ironique du jeune auteur pour ses personnages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Dosto&#239;evski &#224; Stravinski, une double r&#233;&#233;criture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon ne s'est pas cach&#233; d'avoir, avec &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, essay&#233; de &#171; refaire &lt;i&gt;L'Adolescent&lt;/i&gt; de Dostoi&#776;evski &#187;, tout comme il essaiera ensuite, avec &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Vent-1957.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, de r&#233;&#233;crire &lt;i&gt;L'Idiot&lt;/i&gt;. L'auteur russe n'appara&#238;t qu'une fois dans le roman et comme une r&#233;f&#233;rence mise &#224; distance dans la bouche du beau-p&#232;re de Bernard, lors de la discussion finale entre les deux protagonistes : &#171; Pourvu seulement que tout ne soit pas comme dans Dosto&#239;evski &#187;. Mais &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/res/4795&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Karen Haddad&lt;/a&gt; a bien montr&#233; les r&#233;sonances entre les deux r&#233;cits : l'intrigue principale met en sc&#232;ne, dans les deux textes, un adolescent soucieux de s'&#233;manciper, m&#234;l&#233; &#224; des histoires de m&#339;urs compliqu&#233;es (dont l'une concerne une jeune femme accidentellement tomb&#233;e enceinte), et entretenant une relation conflictuelle teint&#233;e de rivalit&#233; avec une figure paternelle. Dans &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, Bernard a pour mission de vendre une bague pour permettre &#224; une jeune fille de bonne famille, &#201;dith, d'avorter &#224; une &#233;poque o&#249; l'avortement est encore ill&#233;gal. En faisant cela, il se trouve &#224; la merci du couple de receleurs (eux aussi adolescents), cens&#233;s lui acheter l'objet. Il se voit forc&#233; alors de tout r&#233;v&#233;ler &#224; son beau-p&#232;re (qu'il a pourtant soup&#231;onn&#233; de courtiser la jeune fille), dans le temps m&#234;me o&#249; un malencontreux accident de voiture qui envoie &#201;dith &#224; l'h&#244;pital, permet la r&#233;solution de l'intrigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des personnages, de l'intrigue et d'emprunts faits &#224; la mati&#232;re descriptive du r&#233;cit de Dostoi&#776;evski, Claude Simon adopte &#233;galement la vision misogyne &#224; l'&#339;uvre dans le roman russe. Il fait &#233;prouver alternativement &#224; son personnage fascination et r&#233;pulsion pour les femmes, dans un jeu qui culmine avec la r&#233;p&#233;tition du substantif &#171; putains &#187; par Bernard en fin de deuxi&#232;me partie. L'auteur joue aussi avec la temporalit&#233; du r&#233;cit &#224; la mani&#232;re de l'auteur russe, commen&#231;ant par les deux premi&#232;res journ&#233;es v&#233;cues par Bernard, les 10 et 11 d&#233;cembre 1952, avant de revenir en arri&#232;re, &#233;pousant cette fois le point de vue de son beau-p&#232;re, au cours des trois journ&#233;es des 10, 11 et 12 d&#233;cembre 1936. Puis il conclut par la journ&#233;e du 12 d&#233;cembre 1952, qui finit, comme la derni&#232;re journ&#233;e de 1936, par une mort, celle du f&#339;tus que portait &#201;dith.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les emprunts &#224; Stravinski, qui ne se cantonnent pas au titre du roman, ont &#233;t&#233; moins comment&#233;s. Il s'agit bien, en effet, d'un &#171; tableau [pa&#239;en] en deux parties &#187;, r&#233;pondant au sous-titre du ballet : &lt;i&gt;Tableaux de la Russie pa&#239;enne en deux parties&lt;/i&gt;. Au-del&#224; de la forme binaire, l'id&#233;e semblant guider le r&#233;cit pourrait s'inspirer des d&#233;clarations du compositeur, qui &#233;voquait : &#171; un grand rite sacral pa&#239;en : les vieux sages assis en cercle et observant la danse &#224; la mort d'une jeune fille qu'ils sacrifient pour [se] rendre propice le dieu du printemps &#187;. N'est-ce pas &#224; un rite similaire que se livrent Bernard et son beau-p&#232;re ? Ce dernier incarnant une figure de vieux sage, le plus souvent assis, fumant et observant la danse &#224; la mort de Bernard autour de jeunes filles que le texte pr&#233;sente &#171; titubantes, aveugl&#233;es &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;regardant avec h&#233;b&#233;tude leur propre chair leur r&#233;v&#233;ler avec une brutalit&#233; sanglante une r&#233;alit&#233; qui les apparente aux sources, &#224; l'herbe, &#224; la terre odorante et molle : dans la lumi&#232;re d&#233;chiquet&#233;e et verte du printemps, quelque chose de faunesque, de pa&#239;en [&#8230;].&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On retrouve les &#171; danses des adolescentes &#187;, les &#171; rondes printani&#232;res &#187;, ou les &#171; cercles myst&#233;rieux des adolescentes &#187; qui donnent leurs titres aux danses de Stravinski, en premi&#232;re et deuxi&#232;me partie. On retrouve aussi, au-del&#224; des personnages (la jeune fille sacrifi&#233;e, le vieux sage) l'allusion &#224; une nature pastorale, &#233;d&#233;nique, luxuriante et renaissante qu'&#233;voque le substantif &#171; printemps &#187; et les adolescents &#224; l'aube de leur vie (&#171; en fleurs &#187;) : Claude Simon met, lui aussi, la r&#233;volution au centre de son roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des protagonistes &#171; rat&#233;s &#187;, &#233;chouant &#224; se mettre en sc&#232;ne comme h&#233;ros d'une histoire fantasm&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement l'&#339;uvre de Stravinski a &#233;t&#233; per&#231;ue comme r&#233;volutionnaire &#224; sa cr&#233;ation, aux Champs-Elys&#233;es, le 29 mai 1913, mais c'est &#224; des r&#233;volutions &#8211; ou des r&#233;voltes &#8211; qu'ont affaire les deux protagonistes du &lt;i&gt;Sacre du printemps&lt;/i&gt;. Le plus &#226;g&#233; des deux a pris part &#224; la guerre d'Espagne en chargeant, sur un bateau, des armes destin&#233;es aux r&#233;publicains qui r&#233;sistent &#224; Barcelone. Pourtant, comme le lui rappelle Bernard, il a &#171; &#233;chou&#233; &#187;, non seulement, parce que le soul&#232;vement de juillet 1936 d&#233;boucha sur une guerre civile de trois ans, mais aussi parce qu'il n'a pas emp&#234;ch&#233; que s'installe la dictature franquiste. Le beau-p&#232;re de Bernard reconna&#238;t avoir &#233;t&#233; pris d'un enthousiasme trompeur g&#233;n&#233;r&#233; par ses lectures : &#171; un beau jour, j'ai d&#233;couvert [&#8230;] que je m'&#233;tais offert d'&#234;tre un r&#233;volutionnaire de luxe [&#8230;]. Peut-&#234;tre avais-je trop lu Nietzsche &#187;. Il rejoint alors la vision qu'a Bernard de lui, le comparant &#224; un &#171; Don Quichotte d&#233;charn&#233; &#187; comme celui-ci se parodie d'ailleurs lui-m&#234;me, en &#171; chevalier &#187; ou en &#171; Saint Georges [&#8230;] pourfendeur de dragons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une m&#234;me volont&#233; de se r&#233;volter qui engage Bernard &#224; s'inventer un double fictif, un personnage qui deviendrait le h&#233;ros de sa propre vie. Aussi Bernard finit-il par reconna&#238;tre sa ressemblance avec ce beau-p&#232;re d&#233;test&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait comme si un autre, un double, s'&#233;tait soudain d&#233;clar&#233; en lui et s'acharnait avec une joie orgueilleuse &#224; une sorte de revanche, &#224; dilapider, ridiculiser &#8211; et avec la m&#234;me passion, le m&#234;me fanatisme, la m&#234;me furieuse et farouche d&#233;termination &#8211; l'argent difficilement gagn&#233;, le travail, et plus que l'argent, plus que le travail, les id&#233;es, les convictions, les ambitieuses et rigides th&#233;ories du puritain.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier substantif, qui fait &#233;cho au substantif homophone &#171; putain &#187; r&#233;p&#233;t&#233; par la suite, montre alors le dilemme moral du personnage, divis&#233; entre deux &#233;thiques, entre le bien et le mal, comme si le monde se r&#233;duisait &#224; ce calcul binaire. Ainsi, Bernard en veut &#224; Jacky et &#224; Josie (le couple de receleurs), de l'avoir renvoy&#233; &#224; sa faiblesse et &#224; son incapacit&#233; alors qu'il avait cr&#233;&#233; une illusion h&#233;ro&#239;que de lui-m&#234;me en &#171; boy-scout &#187;, en chevalier volant sur sa moto et venant au secours de la jeune fille opprim&#233;e (par la soci&#233;t&#233; et par les hommes). Ils ont, croit-il, vol&#233; l'objet qu'il &#233;tait cens&#233; vendre et transform&#233; le conte de f&#233;es en un r&#233;cit picaresque. Ainsi, le h&#233;ros autoproclam&#233; finit par &#234;tre ridiculis&#233; par les autres personnages. Il l'est aussi par l'auteur lui-m&#234;me, qui lui fait retrouver l'objet du conflit (la bague) dans sa poche de chemise, &#224; la derni&#232;re ligne du r&#233;cit. Le vol lui-m&#234;me semble alors avoir &#233;t&#233; une fiction de plus, cr&#233;&#233;e par l'esprit du jeune homme comme une fausse p&#233;rip&#233;tie dans la qu&#234;te h&#233;ro&#239;que qu'il a imagin&#233;e. Le r&#233;cit semble un hommage &#224; un autre auteur russe, Vladimir Propp, auteur d'une &lt;i&gt;Morphologie du conte&lt;/i&gt; (1928) qui a th&#233;oris&#233; diff&#233;rentes fonctions applicables &#224; des contes merveilleux de la litt&#233;rature russe que le r&#233;cit simonien s'amuse &#224; d&#233;tourner. Le h&#233;ros devient en effet la victime d'une blague narrative, la princesse en danger voit son probl&#232;me r&#233;solu, non gr&#226;ce aux actions du prince mais par le hasard, et l'adversaire imagin&#233; par le h&#233;ros, son beau-p&#232;re, devient en r&#233;alit&#233; son auxiliaire, dans la conclusion du m&#233;lodrame, prenant cong&#233; de la jeune fille en lieu et place du h&#233;ros, et cherchant &#224; cr&#233;er, &#224; mots choisis, une &#171; histoire pour gens bien &#233;lev&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Sacre du printemps, un sacre de l'&#233;criture ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En livrant un tableau de deux r&#233;voltes adolescentes s&#233;par&#233;es de presque vingt ans, Claude Simon semble, lui aussi, atteindre peu &#224; peu la maturit&#233; de l'&#233;crivain. En ce sens, &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt; marque un tournant de sa jeune carri&#232;re, en permettant de voir &#233;clore de nombreux traits qui fourniront &#224; l'&#233;crivain sa marque de fabrique : la diffraction de la temporalit&#233; narrative, sortant du cadre narratif chronologique lin&#233;aire auquel le lecteur est habitu&#233; ; le chevauchement des voix narratives, racontant tour &#224; tour le r&#233;cit en alternant diff&#233;rents types d'&#233;nonciation, mais aussi diff&#233;rents points de vue &#8211; le r&#233;cit de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; n'&#233;pouse-t-il pas, successivement, les points de vue de Georges, de Maurice, mais aussi d'Igl&#233;sia, de Reixach ? &#8211; pour tenter de recr&#233;er un fil narratif polyphonique duquel &#233;merge, enfin, une id&#233;e d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt; : &#233;crire le jeu des impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par la voix de son beau-p&#232;re que Bernard re&#231;oit finalement la r&#233;v&#233;lation finale, qui pourrait &#234;tre &#233;galement adress&#233;e au lecteur ; l'art est en soi une r&#233;volution &#224; condition qu'il soit port&#233; par &#171; les sentiments &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] jusqu'&#224; ce que j'aie compris qu'une pens&#233;e, un tableau, une &#233;quation, pouvaient &#234;tre en eux-m&#234;mes une r&#233;volution mais que les grandes choses, les grands bouleversements, se font non avec les id&#233;es, les th&#233;ories, les mots, mais avec les sentiments, les passions &#233;l&#233;mentaires, simples, toujours et partout les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En concluant le r&#233;cit par une double r&#233;v&#233;lation, celle de l'intrigue, et celle du r&#233;cit qui livre une conception de l'art comme &#233;criture du sensible, le narrateur permet au lecteur d'assister non pas seulement au sacre du printemps, mais au printemps de l'&#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, Paris : Calmann-L&#233;vy, 1954, 276 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, Paris : Le Livre de Poche, 1974. 315 p. (Le Livre de poche ; 4001)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; BLANC (Anne-Lise), &#171; Discordes et concordances dans la partition simonienne du &lt;i&gt;Sacre du printemps&lt;/i&gt; &#187;, Jean-Yves LAURICHESSE (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-7-Les-Premiers-Livres-de-Claude-Simon-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Premiers livres de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, La Revue des Lettres modernes, 2017, p. 133-160.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;HADDAD (Karen), &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/res/4795&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une lecture &#171; Adolescente &#187; de Claude Simon. Comment &#8220;refaire l'Adolescent de Dosto&#239;evski&#8221; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Revue des &#233;tudes slaves&lt;/i&gt;, XCII-3-4 | 2021.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;SARKONAK (Ralph), Notice sur &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, sous la direction de Michel BERTRAND. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 593-596.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;SARKONAK (Ralph), &#171; &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt; : &#8220;&#233;chec et mat&#8221; &#187;, Jean-Yves LAURICHESSE (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Prevot-Michel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Premiers livres de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, La Revue des Lettres modernes, 2017, p. 93-132.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les G&#233;orgiques (1981)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Les-Georgiques-1981.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Les-Georgiques-1981.html</guid>
		<dc:date>2025-12-21T17:30:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Les G&#233;orgiques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les G&#233;orgiques (1981). Notice &lt;br class='autobr' /&gt;
par Jean-Yves LAURICHESSE &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les G&#233;orgiques est un ample roman &#224; la composition tr&#232;s travaill&#233;e. Il s'ouvre sur un prologue d&#233;crivant un dessin imaginaire, partiellement peint, dans le style n&#233;o-classique de David. Cette esquisse repr&#233;sente un homme &#171; d'un certain &#226;ge &#187; assis derri&#232;re un bureau, une feuille de papier dans la main, pendant qu'un second personnage, &#171; plus jeune &#187;, se tient debout devant lui. La lecture qui en est faite oriente celle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Les-Georgiques-+.html" rel="tag"&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; (1981). Notice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Jean-Yves LAURICHESSE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1599 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/georgiques.jpg?1766338234' width='500' height='367' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; est un ample roman &#224; la composition tr&#232;s travaill&#233;e. Il s'ouvre sur un prologue d&#233;crivant un dessin imaginaire, partiellement peint, dans le style n&#233;o-classique de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/David-Jacques-Louis.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;David&lt;/a&gt;. Cette esquisse repr&#233;sente un homme &#171; d'un certain &#226;ge &#187; assis derri&#232;re un bureau, une feuille de papier dans la main, pendant qu'un second personnage, &#171; plus jeune &#187;, se tient debout devant lui. La lecture qui en est faite oriente celle du lecteur pour la suite du roman, qui va se d&#233;rouler en cinq parties num&#233;rot&#233;es en chiffres romains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie I, tr&#232;s fragment&#233;e, met en sc&#232;ne les trois personnages principaux du roman, tous d&#233;sign&#233;s par le pronom &#171; il &#187;. C'est d'abord un conventionnel et g&#233;n&#233;ral d'artillerie de la R&#233;volution fran&#231;aise et de l'Empire (&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/le-General-Lacombe-Saint-Michel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jean-Pierre L.S.M.&lt;/a&gt;), dont la vie mouvement&#233;e est &#233;voqu&#233;e dans le d&#233;sordre par de br&#232;ves phrases au pr&#233;sent, et par des citations de ses lettres et rapports. Mais tr&#232;s vite appara&#238;t, dans des fragments en italiques, un deuxi&#232;me personnage, dans le contexte de la d&#233;b&#226;cle de mai-juin 1940, ou d'un op&#233;ra auquel il assistait enfant avec sa grand-m&#232;re, ou encore assis &#224; son bureau, feuilletant de vieux documents (on comprendra qu'il s'agit de l'&#233;crivain). Enfin, un troisi&#232;me personnage (O.) est traqu&#233; dans une grande ville au bord de la mer, en proie &#224; la guerre civile, dans laquelle on peut reconna&#238;tre Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie II est enti&#232;rement centr&#233;e sur le deuxi&#232;me personnage, d&#233;sign&#233; comme &#171; le cavalier &#187;, et se situe dans le nord de la France pendant l'hiver 1939-1940 (mais sans indications de lieux ni de dates). Des soldats d&#233;barquent d'un train de wagons &#224; bestiaux et commencent &#224; cheminer &#224; cheval dans la nuit et la neige qui se met &#224; tomber, de sorte que leur r&#233;giment semble se d&#233;sagr&#233;ger. Puis c'est le r&#233;cit d'un cantonnement hivernal pendant &#171; la dr&#244;le de guerre &#187;, dans l'attente de l'attaque allemande qui surviendra au printemps : un temps suspendu dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Progression-dans-un-paysage-enneige-1976.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un paysage que le froid transfigure&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie III s'organise autour de deux r&#233;cits : d'une part, proche du pr&#233;sent de l'&#233;criture, une visite de l'&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Saint-Michel-de-Vax-Tarn.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ancien ch&#226;teau du g&#233;n&#233;ral, dans le Tarn&lt;/a&gt;, qui n'est plus qu'une ferme, avec la d&#233;couverte d'une tombe perdue en pleine nature, celle de sa jeune &#233;pouse Marianne ; d'autre part le temps de l'enfance, dans une ville du Midi (on reconna&#238;t &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Perpignan.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Perpignan&lt;/a&gt;), avec la forte pr&#233;sence d'une vieille dame, grand-m&#232;re du gar&#231;on et descendante du g&#233;n&#233;ral, dont le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-buste-de-Lacombe-Saint-Michel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;buste en marbre&lt;/a&gt; tr&#244;ne dans le salon de la grande maison. Divers souvenirs sont &#233;voqu&#233;s, et l'oncle Charles commence &#224; r&#233;v&#233;ler au gar&#231;on un secret de famille concernant un fr&#232;re du g&#233;n&#233;ral. Des fragments &#233;voquant aussi la guerre de 1940 sont interpol&#233;s en italiques dans cette partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie IV se d&#233;roule enti&#232;rement pendant la guerre d'Espagne, &#224; travers le personnage de O. (Claude Simon s'inspire du livre &lt;i&gt;Hommage &#224; la Catalogne&lt;/i&gt; de George Orwell). Sont racont&#233;s, sans souci de la chronologie, sa traque dans Barcelone par la police du gouvernement et les communistes, ses combats sur le front d'Aragon avec un armement d&#233;risoire, ou la d&#233;fense d'un cin&#233;ma dans lequel des anarchistes se sont retranch&#233;s, puis, de retour en Angleterre, sa tentative de raconter ce qu'il a v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie V, tr&#232;s composite, est cependant centr&#233;e sur le personnage du g&#233;n&#233;ral, vieillissant, malade, retir&#233; dans son ch&#226;teau, passant de longues heures sur sa terrasse &#224; lire, &#233;crire ou contempler m&#233;lancoliquement le paysage. Elle reproduit des fragments de ses &#233;crits, &#233;voque aussi sa seconde &#233;pouse, Ad&#233;la&#239;de, sauv&#233;e par lui des prisons de la Terreur, et le proc&#232;s qu'apr&#232;s sa mort elle fit &#224; son fils. Mais surtout, elle r&#233;v&#232;le le secret du fr&#232;re du g&#233;n&#233;ral (Jean-Marie), &#233;migr&#233; pendant la R&#233;volution, puis arr&#234;t&#233; lors de son retour en France, condamn&#233; &#224; mort et ex&#233;cut&#233;, en application d'une loi vot&#233;e par son propre fr&#232;re. Simon imagine la derni&#232;re rencontre, nocturne, des deux fr&#232;res ennemis pr&#232;s du ch&#226;teau, sous le regard de leur vieille nourrice Batti. Telle est l'origine de la r&#233;putation sulfureuse de L.S.M., &#224; la fois r&#233;gicide et fratricide, dans sa descendance catholique et conservatrice, qui avait cru devoir dissimuler ses archives dans un &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Perpignan-hotel-de-la-Cloche-d-Or.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;placard recouvert de tapisserie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La terre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre du roman fait explicitement r&#233;f&#233;rence au grand po&#232;me didactique de Virgile, compos&#233; pendant une p&#233;riode troubl&#233;e de l'histoire romaine (les guerres civiles), et qui est &#224; la fois un trait&#233; d'agriculture et une m&#233;ditation sur la guerre et la paix. &#201;tymologiquement, il vient du grec &lt;i&gt;ge&#244;rgik&#243;s&lt;/i&gt;, qui signifie &#171; le travail de la terre &#187;. Toute une part de la correspondance du g&#233;n&#233;ral Lacombe Saint-Michel (le nom complet de l'anc&#234;tre de Simon) est adress&#233;e &#224; sa gouvernante Batti, pour lui donner ses instructions sur l'entretien de son domaine agricole du Tarn, et Simon en cite de nombreux extraits &#233;voquant les labours, les semailles, les r&#233;coltes, la plantation et la taille des arbres fruitiers, l'&#233;levage des chevaux&#8230; Ces lettres constituant &#171; un v&#233;ritable pr&#233;cis d'agriculture &#187; font dire &#224; l'oncle Charles qu'&#171; au fond, comme toute cette petite noblesse et en d&#233;pit de ses connaissances en math&#233;matiques, c'&#233;tait un paysan &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Simon a des raisons plus personnelles de s'int&#233;resser au travail de la terre. Du c&#244;t&#233; de sa m&#232;re, sa famille poss&#233;dait des domaines viticoles en Roussillon, dont on trouve l'&#233;cho quand l'oncle Charles re&#231;oit son neveu pendant les vendanges, dans la p&#233;nombre satur&#233;e d'odeurs du petit bureau o&#249; il &#171; p&#232;se les mo&#251;ts &#187;. Du c&#244;t&#233; de son p&#232;re, l'ascendance est celle d'une paysannerie pauvre du Jura, qui sera longuement &#233;voqu&#233;e dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/L-Acacia-1989.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1989). Et Simon, h&#233;ritier d'une partie des vignes familiales, sera &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/3764&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;souvent pr&#233;sent&#233; par la presse comme &#171; viticulteur &#187;&lt;/a&gt;, bien qu'il n'ait jamais cultiv&#233; lui-m&#234;me ses vignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces faits biographiques, le th&#232;me de la terre se rattache &#224; la fascination qu'&#233;prouve l'&#233;crivain pour tout ce qui rel&#232;ve de l'&#233;l&#233;mentaire, du primordial, le travail agricole reliant l'homme au v&#233;g&#233;tal et &#224; l'animal, aux processus naturels, &#224; la m&#233;t&#233;orologie, &#224; &#171; l'immuable alternance des immuables saisons &#187;. Il fait aussi &#233;cho &#224; un autre grand th&#232;me du roman, celui de la guerre, qui &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'arri&#232;re-plan des &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt; de Virgile. C'est par la voix de l'oncle Charles que l'agriculture et la guerre sont rapproch&#233;es, participant l'une et l'autre de &#171; cet &#233;ternel recommencement, cette inlassable patience ou sans doute passion qui rend capable de revenir p&#233;riodiquement aux m&#234;mes endroits pour accomplir les m&#234;mes travaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman entrelace l'&#233;vocation de trois &#233;poques marqu&#233;es par des guerres qui ont toutes concern&#233; l'&#233;crivain &#224; des degr&#233;s divers : celles de la R&#233;volution et de l'Empire, &#224; travers son anc&#234;tre ; la guerre d'Espagne, &#224; laquelle il s'est int&#233;ress&#233; comme t&#233;moin sympathisant et auxiliaire occasionnel ; enfin, la guerre de 1939-1940, dont il a eu l'exp&#233;rience directe et traumatisante. &#192; cet &#233;gard, &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; est un grand roman historique, mais dans une forme enti&#232;rement nouvelle et moderne, chaque p&#233;riode &#233;tant trait&#233;e d'une mani&#232;re particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vocation de la plus ancienne est nourrie des &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/le-General-Lacombe-Saint-Michel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;archives de L.S.M.&lt;/a&gt; Simon est manifestement fascin&#233; par ce personnage d'exception, sa force physique et morale, sa capacit&#233; d'action et d'organisation, mais aussi sa sensibilit&#233;, dont t&#233;moigne le deuil inconsolable de sa jeune &#233;pouse hollandaise, exprim&#233; dans ses vers. Il est le personnage qui se rapproche le plus du mod&#232;le &#233;pique, comme h&#233;ros d'une &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Louis-Hincker-Claude-Simon-et-la-Revolution-2021.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt; qui accomplit &#171; l'exploit titanesque d'accoucher un monde et de tuer un roi &#187;. Cependant, l'&#233;crivain entretient un rapport ambivalent &#224; l'&#233;pop&#233;e. La vie de LS.M., &#233;voqu&#233;e dans le d&#233;sordre, n'a pas la trajectoire lin&#233;aire et orient&#233;e du h&#233;ros classique. Et surtout, il est &#224; la fin un h&#233;ros d&#233;chu, contraint de se retirer malade dans son ch&#226;teau de province, et auquel l'Empire ne rendra pas les honneurs apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon avait d&#233;j&#224; montr&#233; dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Palace-1962.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1962), &#224; partir de ses souvenirs personnels, les insuffisances et les divisions fatales du camp r&#233;publicain pendant la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Barcelone.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;guerre d'Espagne&lt;/a&gt;. Dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, il utilise le t&#233;moignage d'Orwell pour raconter ce qu'il n'a pas v&#233;cu lui-m&#234;me : les combats &#233;prouvants et vains du front, la terrible d&#233;sillusion de O., engag&#233; volontaire dans les milices du P.O.U.M. (anti-stalinien) et menac&#233; de mort par ceux qui combattent pour la m&#234;me cause (ce qui fait &#233;cho &#224; la Terreur qu'a travers&#233;e L.S.M., quand la R&#233;volution d&#233;vorait ses propres enfants). Mais Simon critique aussi &#224; travers lui une certaine forme de r&#233;cit historique, contre-mod&#232;le de sa propre entreprise, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/un-sens-coherent.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ironisant (parfois injustement) sur les efforts na&#239;fs de l'&#233;crivain anglais&lt;/a&gt; pour donner un ordre et un sens &#224; ce qui ne rel&#232;ve selon lui que de la confusion et de l'absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; son exp&#233;rience v&#233;cue de la guerre, qui &#233;tait d&#233;j&#224; la mati&#232;re principale de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; (1960), elle est l'envers d&#233;risoire des guerres victorieuses de L.S.M. Le &#171; cavalier &#187; y fait l'exp&#233;rience du chaos, d&#232;s cette hallucinante marche de nuit au cours de laquelle se produit une &#171; d&#233;bandade [&#8230;] pr&#233;figurant la d&#233;sagr&#233;gation ult&#233;rieure et d&#233;finitive au contact du feu &#187;. La d&#233;b&#226;cle de mai-juin 1940 est racont&#233;e au plus pr&#232;s des sensations, l'explosion d'une bombe &#233;tant par exemple per&#231;ue comme &#171; quelque chose d'obscur, marron, se fracassant, une d&#233;gringolade de triangles, comme les innombrables fragments d'une vitre volant en &#233;clats &#187;. Tout cela pour finir dans l'humiliation d'un camp de prisonniers, couvert de poux, &#171; comme si l'&#233;t&#233;, le temps, l'Histoire, pourrissaient eux-m&#234;mes, se d&#233;composaient &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette Histoire v&#233;cue par lui ou travers&#233;e par d'autres, Simon pourra dire quatre ans plus tard dans son &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Discours-de-Stockholm-audio.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Discours de Stockholm&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#224; rebours des id&#233;ologies du progr&#232;s ou du &#171; sens de l'Histoire &#187;, si influentes depuis les Lumi&#232;res jusqu'au marxisme, qu'il n'y a &#171; d&#233;couvert aucun sens &#187;, et la forme &#233;clat&#233;e de son roman en est la fascinante expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;moire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette vaste fresque historique est aussi un grand roman de la m&#233;moire, ce qui justifie sa composition, &#224; l'image du &#171; foisonnant et rigoureux d&#233;sordre de la m&#233;moire &#187; &#233;voqu&#233; dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;. Un sujet central est constamment pr&#233;sent, m&#234;me s'il est parfois cach&#233;, tout au long du livre, qui n'est autre que l'auteur lui-m&#234;me, dans son travail de m&#233;moire, qui ne concerne pas seulement ses souvenirs de guerre. C'est cet homme que l'on voit &#224; son bureau manipuler les pr&#233;cieuses archives familiales dont les fragments feront du roman un vaste collage : &#171; Il cesse de feuilleter les cahiers et regarde sa main dans le soleil [&#8230;] &#187;. C'est ce m&#234;me homme qui va visiter ce qu'il reste du ch&#226;teau de L.S.M., s'impr&#233;gnant de &#171; l'esprit des lieux &#187;, ou qui cherche &#224; retrouver la trace du buste disparu de son anc&#234;tre. C'est lui encore qui, plus jeune, interroge son oncle, dans sa fonction d'initiateur, pour essayer de comprendre le lourd secret de famille qui entoure la figure de L.S.M. Et surtout, c'est lui qui, enfant, vit des exp&#233;riences fondatrices dans la ville du Midi, Simon faisant aussi de son roman un r&#233;cit d'enfance fragmentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;moire d'enfance, particuli&#232;rement pr&#233;sente dans la troisi&#232;me partie, s'organise, de mani&#232;re tr&#232;s proustienne, autour de lieux qui cristallisent les d&#233;sirs et les hantises de l'enfant ou de l'adolescent. C'est d'abord &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Perpignan-hotel-de-la-Cloche-d-Or.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; la trop vaste maison &#187;&lt;/a&gt; dans laquelle il a grandi, domin&#233;e par la figure de &#171; la vieille dame toujours habill&#233;e de noir &#187; qui r&#233;unit chaque mois parents et amis pour de &#171; c&#233;r&#233;monieux d&#238;ners &#187;, dans &#171; un subtil et faible parfum de choses fan&#233;es &#187;. Non loin de l&#224;, c'est le th&#233;&#226;tre o&#249; est repr&#233;sent&#233; un op&#233;ra devant &#171; un parterre de vieilles reines &#187;, ou encore la cath&#233;drale, avec son &#171; vieil &#233;v&#234;que couvert d'or &#187;. Mais ces fastes biens&#233;ants et d&#233;suets ont leur envers interlope et transgressif, auquel le gar&#231;on acc&#232;de clandestinement, dans ce cin&#233;ma dont les places &#171; populaires &#187; sont occup&#233;es par des gitans qui r&#233;v&#232;lent au jeune bourgeois &#171; quelque chose comme la perp&#233;tuation, la d&#233;l&#233;gation vivante de l'humanit&#233; originelle &#187;. Et quand la vieille dame dispara&#238;tra, l'enfant conna&#238;tra devant son corps expos&#233; sa premi&#232;re confrontation avec la mort, en m&#234;me temps que dispara&#238;tra avec elle &#171; tout ce qui subsistait encore d'un pass&#233; confus, d'une tranche d'Histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Les_G%C3%A9orgiques%C2%A0-2324-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : Minuit, 1981&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Les_G%C3%A9orgiques%C2%A0-2324-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;&#233;dition Paris : Minuit (Double ; 35)&lt;/a&gt;, 2006&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-2-Bibliotheque-de-la-Pleiade-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;. tome II&lt;/a&gt;. &#201;dit&#233;es par Alastair B. DUNCAN, avec la collaboration de David ZEMMOUR et B&#233;r&#233;nice BONHOMME. Paris : Gallimard, f&#233;vrier 2013, p. 647-959. Notice p. 1494-1554. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 586)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D&#196;LLENBACH (Lucien), &#171; Les G&#233;orgiques ou la totalisation accomplie &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/La-Terre-et-la-guerre-dans-l-oeuvre-de-Claude-Simon-1981.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, n&#176; 414, 1981, repris dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dallenbach-Lucien-Claude-Simon-1988.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris : Seuil, &#171; Les contemporains &#187;, 1988.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ZUPAN&#268;I&#268; (Metka), Notice sur &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, sous la direction de Michel BERTRAND, Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 634-639&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; PI&#201;GAY-GROS (Nathalie), &lt;i&gt;Claude Simon, Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, Paris : Presses Universitaires de France, &#171; &#201;tudes litt&#233;raires &#187;, 1996.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages collectifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-5-Les-Georgiques-une-forme-un-monde-2008.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques : une forme, un monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, textes r&#233;unis et pr&#233;sent&#233;s par Jean-Yves LAURICHESSE, &lt;i&gt;La Revue des Lettres modernes, Claude Simon&lt;/i&gt; 5, Paris : Lettres Modernes Minard-Classiques Garnier, 2008.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/889&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176; 9&lt;/a&gt;, sous la direction d'Anne-Yvonne JULIEN, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2014&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/litteratures/405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Figure historique et personnage romanesque. Le g&#233;n&#233;ral L.S.M. dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; de Claude Simon, Litt&#233;ratures&lt;/i&gt;, n&#176; 73&lt;/a&gt;, sous la direction de Jean-Yves LAURICHESSE, Toulouse : Presses Universitaires du Midi, 2015&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Palace (1962)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Le-Palace-1962.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Le-Palace-1962.html</guid>
		<dc:date>2025-11-11T18:40:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Palace (1962). Notice par Emelyn LIH &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Palace est &#224; la fois un roman proche de La Route des Flandres, publi&#233; deux ans plus t&#244;t, et un roman &#224; part, empreint d'une d&#233;sillusion plus compl&#232;te et plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Il se d&#233;marque d'abord par son cadre spatio-temporel. Bien que les noms de lieux et les dates y soient absents, le lecteur peut voir dans Le Palace le traitement romanesque des exp&#233;riences v&#233;cues par Claude Simon &#224; Barcelone en 1936 lors du premier automne de la guerre civile (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Palace-+.html" rel="tag"&gt;Le Palace&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; (1962). Notice&lt;br class='autobr' /&gt;
par Emelyn LIH &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est &#224; la fois un roman proche de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, publi&#233; deux ans plus t&#244;t, et un roman &#224; part, empreint d'une d&#233;sillusion plus compl&#232;te et plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Il se d&#233;marque d'abord par son cadre spatio-temporel. Bien que les noms de lieux et les dates y soient absents, le lecteur peut voir dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; le traitement romanesque des exp&#233;riences v&#233;cues par Claude Simon &#224; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Barcelone.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Barcelone&lt;/a&gt; en 1936 lors du premier automne de la guerre civile espagnole et au moment des grands soul&#232;vements r&#233;volutionnaires en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le protagoniste du roman, souvent appel&#233; &#171; l'&#233;tudiant &#187; ou &#171; celui qui avait &#233;t&#233; l'&#233;tudiant &#187;, est un jeune homme attir&#233; par la cause r&#233;publicaine et qui passe la fronti&#232;re franco-espagnole pour se joindre &#224; un groupe d'hommes dans une ville qui se situe pr&#232;s de la mer et o&#249; l'on parle espagnol et catalan. Par moments, le personnage se divise, et l'on assiste aux d&#233;ambulations d'un homme plus &#226;g&#233; d'une quinzaine d'ann&#233;es, que d&#233;concerte cette m&#234;me ville maintenant d&#233;pourvue de l'atmosph&#232;re de violence et de lib&#233;ration qui l'enveloppait dans la p&#233;riode o&#249; l'&#233;tudiant la d&#233;couvrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; commence &lt;i&gt;in medias res&lt;/i&gt; avec l'arriv&#233;e d'un pigeon sur le rebord d'une fen&#234;tre. Peu &#224; peu nous sont pr&#233;sent&#233;s les occupants d'une salle : l'&#233;tudiant fran&#231;ais, le &#171; ma&#238;tre d'&#233;cole &#187; (un fonctionnaire d'un des partis qui se disputent le contr&#244;le de la ville alors que tous sont &#233;galement mobilis&#233;s par la lutte contre les forces franquistes), un homme arm&#233; (&#171; officier &#187; ou &#171; policier &#187;) qui suit les directives du ma&#238;tre d'&#233;cole, et deux &#233;trangers : un Italien et un Am&#233;ricain. L'Italien, un militant anarchiste qui ne se s&#233;pare jamais de son fusil, occupe de son r&#233;cit la deuxi&#232;me partie du roman. C'est lors d'un voyage en train puis dans la voiture qui leur fait traverser &#224; vive allure la ville aux &#233;glises ravag&#233;es et &#224; l'atmosph&#232;re &#233;lectrique que cet &#171; homme-fusil &#187;, qui aide &#224; pr&#233;sent &#224; faire passer des volontaires en Espagne depuis la France, raconte &#224; l'&#233;tudiant comment il a assassin&#233; un chef fasciste dans un restaurant parisien, plusieurs ann&#233;es auparavant. Dans la troisi&#232;me partie, le lecteur d&#233;couvre la suite de la sc&#232;ne de l'incipit. Les m&#234;mes personnages sont maintenant pench&#233;s &#224; la fen&#234;tre, absorb&#233;s par le spectacle du cort&#232;ge fun&#232;bre d'un chef r&#233;volutionnaire assassin&#233;. Les tensions entre l'Am&#233;ricain et les r&#233;volutionnaires espagnols sont de plus en plus visibles aux yeux de l'&#233;tudiant, qui per&#231;oit aussi dans la foule qui d&#233;file un sentiment d'&#233;puisement et de m&#233;fiance. L'&#233;tudiant se souvient d'une conversation ant&#233;rieure avec l'Am&#233;ricain. Celui-ci est un volontaire, partisan de la r&#233;volution, tout &#224; la fois romantique et cynique. Il critique les hypocrisies de ses propres camarades avec une telle v&#233;h&#233;mence &#8211; c'est l'enjeu de la quatri&#232;me partie &#8211; que ce sont peut-&#234;tre ces m&#234;mes camarades qui ont secr&#232;tement foment&#233; de le faire dispara&#238;tre. C'est du moins ce que semble craindre l'&#233;tudiant. Le lendemain de la procession fun&#233;raire, l'&#233;tudiant repense avec un malaise croissant aux paroles qu'ont &#233;chang&#233;es l'Am&#233;ricain et &#171; le chauve &#187; et aux menaces voil&#233;es qu'elles contenaient. Que s'est-il pass&#233; dans cette chaude nuit de septembre ? Est-ce que l'Am&#233;ricain, jug&#233; suspect, a &#233;t&#233; enlev&#233; ? C'est cette peur qui anime l'&#233;tudiant dans la derni&#232;re partie du roman, quand il cherche &#224; en savoir plus sur son ami et qu'il interroge les autres membres du petit groupe sans succ&#232;s. Les &#233;vocations de la place situ&#233;e au centre de la ville &#224; deux &#233;poques diff&#233;rentes (celle de la jeunesse de l'&#233;tudiant et celle de son avatar plus &#226;g&#233;) se superposent une derni&#232;re fois, et &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/devant-la-facade-du-palace.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le roman se cl&#244;t&lt;/a&gt; sur l'image inqui&#233;tante et ambigu&#235; d'une mort violente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouvement et immobilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps et l'histoire sont, dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, des forces omnipr&#233;sentes mais musel&#233;es, comme la ville, en plein bouleversement r&#233;volutionnaire, est &#224; la fois sujette &#224; de prodigieuses transformations et prise dans une impasse qui provoque une violence autodestructrice. Cette contradiction influence la perception du personnage, et la narration donne le sentiment d'une histoire dont la rythmique est insolite, &#224; la fois effr&#233;n&#233;e et fig&#233;e : l'Italien racontant son entr&#233;e dans le restaurant o&#249; il doit assassiner un homme parle de &#171; cette progression bizarre et saccad&#233;e, discontinue, du temps, fait apparemment d'une succession de (comment les appeler ?) fragments solidifi&#233;s &#187; ; lorsque les personnages assembl&#233;s regardent passer le cort&#232;ge fun&#232;bre, la procession, &#171; quoiqu'elle par&#251;t toujours immobile, s'&#233;tait rapproch&#233;e &#187; ; et dans la d&#233;tresse d&#233;vorante de la cinqui&#232;me partie, tous sont compar&#233;s &#224; des &#171; automates condamn&#233;s &#224; r&#233;p&#233;ter sans fin les m&#234;mes mouvements ou reparcourir le m&#234;me itin&#233;raire sans espoir de changement ni d'&#233;vasion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambivalence de l'&#233;tudiant devenu un homme envers le projet r&#233;volutionnaire et ses co&#251;ts ne d&#233;bouche pas sur le choix d'une doctrine contraire, ce qui aurait &#233;t&#233; une forme d'issue, mais sur un doute qui vient tout corroder, emp&#234;chant toute progression ainsi que le souligne l'&#233;pigraphe qui a beaucoup attir&#233; les commentaires des premiers critiques du roman : &#171; R&#233;volution : mouvement d'un mobile qui, parcourant une courbe ferm&#233;e, repasse successivement par les m&#234;mes points &#187;. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; n'est cependant pas compl&#232;tement d&#233;faitiste : certes l'&#233;tudiant fait le deuil de l'&#233;clatante possibilit&#233; de la r&#233;volution et pleure sa perte tout autant qu'il d&#233;nonce ses exc&#232;s. La r&#233;volution &#233;choue. Mais la narration ne r&#233;serve pas moins de m&#233;pris pour la domination monarchique et religieuse qui la pr&#233;c&#233;dait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re de guerre civile et de d&#233;sastre qui d&#233;finit &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; doit peut-&#234;tre une partie de son intensit&#233; aux circonstances politiques de la p&#233;riode de la r&#233;daction du roman. La guerre d'Alg&#233;rie fait rage (le roman para&#238;t en mars 1962, le m&#234;me mois que la signature des accords d'&#201;vian qui mettent un terme au conflit officiel et reconnaissent l'&#201;tat alg&#233;rien). De surcro&#238;t, la maison d'&#233;dition qui publie Simon, les &#201;ditions de Minuit, joue un r&#244;le central dans le d&#233;bat autour de la libert&#233; d'expression, et en particulier du droit d'exprimer son soutien &#224; la cause de l'ind&#233;pendance alg&#233;rienne et de la n&#233;cessit&#233; de d&#233;noncer la torture et la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mati&#232;re d'Espagne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on excepte quelques paragraphes dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; et les r&#233;miniscences d'un personnage du &lt;i&gt;Sacre du printemps&lt;/i&gt; li&#233;es &#224; une tentative de transbordement d'armes destin&#233;es &#224; la R&#233;publique espagnole en guerre, &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; marque l'entr&#233;e dans l'univers simonien de la th&#233;matique espagnole, qui prendra plusieurs formes dans l'&#339;uvre. Son intrigue reprend de nombreux &#233;l&#233;ments biographiques de la vie de Simon, ce que l'&#233;crivain reconna&#238;t dans un entretien : &#171; [&#8230;] je ne refuse nullement au &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; une valeur de t&#233;moignage, pourvu que l'on ne perde pas de vue non plus ce qu'a de fragile, de douteux et de contestable tout t&#233;moignage individuel &#187;. Cet &#233;pisode d&#233;terminant dans la vie de Simon est en quelque sorte une initiation &#224; l'&#233;chec historique. Il pr&#233;c&#232;de le choc de la d&#233;b&#226;cle de 1940, et pr&#233;sage de la victoire in&#233;vitable des forces impersonnelles du temps, de la nature et de la r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de l'Espagne se fait aussi sentir d'autres mani&#232;res, dans d'autres romans o&#249; l'Espagne est un lieu essentialis&#233;, peupl&#233; d'&#233;ventails et de madones (associ&#233; &#224; la jeunesse de la figure maternelle dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;) ; cependant c'est aussi le lieu de la pauvret&#233;, de la barbarie rejet&#233;e mais invincible et de la d&#233;ception politique. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; a &#233;galement une position particuli&#232;re dans le paysage plus vaste de la litt&#233;rature consacr&#233;e &#224; la r&#233;volution et &#224; la guerre civile espagnole, qu'elle soit de fiction ou de t&#233;moignage. Il vient apr&#232;s de grands textes classiques consacr&#233;s au conflit (Malraux, Orwell, Bernanos, Hemingway), se situe consciemment dans la lign&#233;e de ceux-ci, et s'&#233;rige en quelque sorte contre eux. Ainsi &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est une sorte de r&#233;plique en sourdine &#224; &lt;i&gt;L'Espoir&lt;/i&gt; d'Andr&#233; Malraux (qui para&#238;t en 1937, avant la fin de la guerre) : chez Simon, le personnage n'a aucune chance d'&#171; arriver au socialiste parfait et enthousiaste &#224; la six cent vingt-troisi&#232;me page &#187; &#233;voqu&#233; dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;. Mais Simon n'a pas que des cibles. Il a aussi des sources : il a pu voir la photographie des fun&#233;railles de Durruti, qui est l'un des r&#233;f&#233;rents pour la description du cort&#232;ge, dans le c&#233;l&#232;bre livre d'histoire &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-R%C3%A9volution_et_la_guerre_d%E2%80%99Espagne_(La)-1972-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution et la Guerre d'Espagne&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par Pierre Brou&#233; et &#201;mile T&#233;mime (paru en 1961, chez Minuit), et Simon a vraiment rencontr&#233; et &#233;cout&#233; l'anarchiste italien qui deviendra &#171; l'homme-fusil &#187; dans son livre. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, malgr&#233; ses allures apocalyptiques et antihistoriques, prend ainsi place tout &#224; fait consciemment dans une riche lign&#233;e de tentatives pour comprendre un &#233;v&#233;nement charni&#232;re dans l'histoire du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;flexion sur la repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Sollers, rendant compte du &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; en 1962, le d&#233;finit ainsi : &#171; Ce n'est pas un roman sur la R&#233;volution, c'est une r&#233;volution &#187;. Et Doris Kadish rench&#233;rit avec un article intitul&#233; &#171; From the Narration of Crime to the Crime of Narration &#187;. La forme tortueuse du &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; a &#233;videmment partie li&#233;e avec sa r&#233;flexion morale et politique tortur&#233;e, et les premiers commentateurs se sont pench&#233;s sur plusieurs singularit&#233;s du roman : l'incipit, les formes de d&#233;signation, la variation des techniques narratives, la repr&#233;sentation de la perception&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en demeurant th&#233;matiquement tr&#232;s unifi&#233;, le roman propose en effet une multiplicit&#233; de formes. Les cinq parties du r&#233;cit font usage d'autant de modes sur lesquels la mati&#232;re d'Espagne sera trait&#233;e dans toute l'&#339;uvre : &#171; Inventaire &#187; d&#233;veloppe une description &#224; la fois maniaque et digressive ; &#171; R&#233;cit de l'homme-fusil &#187; une interrogation tr&#232;s pouss&#233;e sur la repr&#233;sentation langagi&#232;re et sur ses limites ; &#171; Les Fun&#233;railles de Patrocle &#187; correspond &#224; la r&#233;&#233;criture corrosive d'une &#233;pop&#233;e ; &#171; Dans la nuit &#187; est la mise en texte de la peur de la mort et de la trahison politique ; &#171; Le bureau des objets perdus &#187; exp&#233;rimente l'expression de la vitesse et de l'immobilit&#233; : la r&#233;volution mort-n&#233;e &#233;tant figurable &#224; la fois comme une course haletante et comme un arr&#234;t total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; r&#233;cit de l'homme-fusil &#187; fournit notamment l'occasion d'un questionnement sur les motifs et les espoirs de toute narration : l'&#233;tudiant, tandis qu'il &#233;coute l'Italien parlant interminablement, &#171; se demandant qu'est-ce qui pousse un homme &#224; raconter (&#8220;Ou &#224; se raconter &#224; lui-m&#234;me [&#8230;] : la seule diff&#233;rence c'est qu'il le fait maintenant &#224; voix haute&#8221;), c'est-&#224;-dire &#224; reconstituer, &#224; reconstruire au moyen d'&#233;quivalents verbaux quelque chose qu'il a fait ou vu, comme s'il ne pouvait pas admettre que ce qu'il a fait ou vu n'ait pas laiss&#233; plus de traces qu'un r&#234;ve &#187;. Faisant abstraction pendant un moment du contexte, ce passage interroge toute tentative de traduire en r&#233;cit l'exp&#233;rience, sp&#233;cifiquement l'exp&#233;rience personnelle, et plus sp&#233;cifiquement encore, l'exp&#233;rience qui porte la trace d'une transformation, d'une rencontre avec l'histoire : le sujet, ne pouvant ni vivre avec cette trace, ni s'en d&#233;faire, s'essaye du moins &#224; une communication cathartique. Cette question est centrale pour l'&#339;uvre de 1962 et pour celles &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est un roman d&#233;concertant : on y chercherait en vain de l'amour, de l'h&#233;ro&#239;sme ou de la r&#233;demption ; mais on y trouve, dans un style baroque et satirique, la peinture de la peur, de l'incertitude et de la qu&#234;te d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'une v&#233;rit&#233;. Ce r&#233;cit foisonnant offre un plaisir de lecture que n'entame pas la ruine de tout espoir de progr&#232;s exprim&#233;e par la narration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Le_Palace-1855-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : Minuit, 1962, 232 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans les &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-1-Bibliotheque-de-La-Pleiade-2006.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, 1&lt;/a&gt;. &#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec la collaboration de Jean H. Duffy. Paris : Gallimard, f&#233;vrier 2006. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 522), p. 413-550.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; BERTRAND (Michel), &#171; Repr&#233;sentations de la Barcelone r&#233;volutionnaire dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; (1962) et &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; (1981) de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;ADEN : Paul Nizan et les ann&#233;es trente&lt;/i&gt;, n&#176; 5, octobre 2006, p. 333-351.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; BLANC (Anne-Lise), &lt;a href=&#034;https://hal.science/hal-04148310&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'&#233;ventail &#224; feuille pliss&#233;e des imaginaires de l'Espagne dans les romans de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;. Dans &lt;i&gt;Intertextualit&#233; : quand les textes voyagent&lt;/i&gt;. &#201;tudes r&#233;unies par Jean-Yves Laurichesse. Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2007, p. 195-214.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; DEGUY (Michel), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Deguy-Michel-Claude-Simon-et-la-representation-1962.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, vol. 18, n&#176; 187, d&#233;c. 1962, p. 1009-1032.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; KADISH (Doris), &#171; From the Narration of Crime to the Crime of Narration &#187;, &lt;i&gt;The International Fiction Review&lt;/i&gt;, n&#176; 4 (1977), p. 128-136.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; PIQUER DESVAUX (Alicia), Notice sur &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, sous la direction de Michel BERTRAND. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 588-592.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; RENAUD (Aur&#233;lie), &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/1099&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le cloaque espagnol : la l&#233;gende noire dans les romans de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Corps et mati&#232;re. Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 12, 2017, p. 161-174.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; SYKES (Stuart), &#171; 1962. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, ou la ronde de l'&#233;criture &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Romans de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : &#201;ditions de Minuit, 1979, p. 86 &#224; 101.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; TOST PLANET (Manuel Antonio), &lt;i&gt;Claude Simon : Novelas &#171; espa&#241;olas &#187; de la guerra y la revoluci&#243;n&lt;/i&gt;, Ediciones Pen&#237;nsula, Barcelona, coll. &#171; Nexos &#187;, 1989.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le&#231;on de choses (1975)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Lecon-de-choses-1975.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Lecon-de-choses-1975.html</guid>
		<dc:date>2025-11-10T16:03:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Le&#231;on de choses</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le&#231;on de choses (1975). Notice par Sjef Houppermans &lt;br class='autobr' /&gt;
Gen&#232;se et contexte &lt;br class='autobr' /&gt;
Le&#231;on de choses fait partie d'une s&#233;rie de quatre romans publi&#233;s pendant la p&#233;riode dite formaliste quand Simon, ainsi que d'autres auteurs du Nouveau Roman, privil&#233;gient dans leur &#233;criture le travail sur des formes th&#233;matiques et langagi&#232;res pr&#233;cises qui prennent le pas sur la repr&#233;sentation d'un r&#233;f&#233;rent r&#233;aliste. Les colloques de Cerisy sur le Nouveau Roman (1971) et sur l'&#339;uvre de Simon (1974) tracent un cadre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Lecon-de-choses-+.html" rel="tag"&gt;Le&#231;on de choses&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; (1975). Notice&lt;br class='autobr' /&gt;
par Sjef Houppermans&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1574 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L474xH650/lecon_de_choses_2707300640-8ecc3.jpg?1787935604' width='474' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gen&#232;se et contexte &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; fait partie d'une s&#233;rie de quatre romans publi&#233;s pendant la p&#233;riode dite formaliste quand Simon, ainsi que d'autres auteurs du Nouveau Roman, privil&#233;gient dans leur &#233;criture le travail sur des formes th&#233;matiques et langagi&#232;res pr&#233;cises qui prennent le pas sur la repr&#233;sentation d'un r&#233;f&#233;rent r&#233;aliste. Les colloques de Cerisy sur le Nouveau Roman (1971) et &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Colloque-de-Cerisy-1974.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sur l'&#339;uvre de Simon (1974)&lt;/a&gt; tracent un cadre th&#233;orique &#224; l'instigation de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Ricardou-Jean.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jean Ricardou&lt;/a&gt;. Apr&#232;s &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Les-Corps-conducteurs-1971.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Corps Conducteurs&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Triptyque-1973.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le point culminant de cette orientation. Pourtant, si le jeu des formes et des structures pr&#233;domine, il s'agit n&#233;anmoins d'un roman o&#249; la voix de Simon conserve son originalit&#233;, notamment par l'importance que prennent la guerre, les r&#233;flexions sur le temps, et les descriptions imag&#233;es. Dans diff&#233;rents entretiens, l'auteur a expliqu&#233; que le point de d&#233;part du texte &#233;tait fourni par une commande de la maison Maeght : quelques pages permettant au peintre &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Alechinsky-Pierre.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pierre Alechinsky&lt;/a&gt; de compl&#233;ter ce &#171; Placard &#187; par une image. Concr&#232;tement, le contenu de ces paragraphes &#233;tait inspir&#233; par des travaux de ma&#231;onnerie dans la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Salses-Pyrenees-Orientales.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;maison de Simon&lt;/a&gt;. Ces lignes initiales, par leur nature ouverte, incitaient Simon &#224; &#233;crire la suite dans &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le roman se compose de sept parties. Apr&#232;s &#171; G&#233;n&#233;rique &#187;, qui reprend grosso modo le texte de la commande Maeght, ces chapitres s'intitulent successivement &#171; Expansion &#187;, &#171; Divertissement I &#187;, &#171; Le&#231;on de choses &#187;, &#171; Divertissement II &#187;, &#171; La charge de Reichshoffen &#187; et &#171; Courts-circuits &#187;. M&#234;me si dans une certaine mesure ces titres correspondent avec un contenu dominant, on trouve dans l'ensemble un enchev&#234;trement et une alternance r&#233;p&#233;titive de trois fils narratifs : deux ma&#231;ons travaillent dans une maison o&#249;, pendant la journ&#233;e d&#233;crite, ils abattent les murs et les cloisons, avant une possible reconstruction esquiss&#233;e dans la derni&#232;re section. Le second r&#233;seau concerne un groupe de soldats qui, encercl&#233;s dans une maison en ruine, tentent d'organiser une ultime r&#233;sistance. Si Reichshoffen r&#233;f&#232;re &#224; la guerre franco-prussienne de 1870, d'autres &#233;l&#233;ments rappellent la Grande Guerre ou encore la Seconde Guerre mondiale quand Simon lui-m&#234;me &#233;tait impliqu&#233;. Dans le troisi&#232;me, un groupe de trois dames, un monsieur et un enfant se prom&#232;nent dans les champs puis au bord de la mer. L'une de ces dames et l'homme ont plus tard un rendez-vous nocturne aboutissant &#224; une sc&#232;ne sexuelle intense. L'&#233;chafaudage textuel situe les sc&#232;nes de ce troisi&#232;me groupe, qui ont un d&#233;cor 19e si&#232;cle, &#224; une strate secondaire puisqu'elles constituent les illustrations d'un calendrier des postes suspendu dans la baraque des soldats. En fait &#171; Le&#231;on de choses &#187; se glisse pareillement dans le roman sous la forme d'un livre portant ce m&#234;me titre (mais au pluriel) que feuillette l'un des soldats. C'est le &lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4225173m&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;manuel p&#233;dagogique de Gaston Bonnier&lt;/a&gt; qui en est la source. Ainsi on peut y lire des passages sur la construction des b&#226;timents, mais aussi sur la formation des falaises par exemple. Quant aux deux &lt;i&gt;Divertissements&lt;/i&gt;, ils se composent surtout de monologues substantiels du soldat qui a le r&#244;le de pourvoyeur et qui se lamente longuement sur leur situation p&#233;nible, dans un langage fort color&#233; o&#249; le parler familier prend des allures vulgaires et argotiques. Ironie et sarcasme vont de pair avec des n&#233;ologismes divertissants. Le chass&#233;-crois&#233; des niveaux narratifs se signale encore quand le vieux ma&#231;on d&#233;bite lui aussi ses souvenirs de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;construction et construction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;construction est &#233;troitement li&#233;e &#224; la chute. D'ailleurs, Simon avait d'abord pr&#233;vu &#171; Chutes &#187; comme titre du roman. Le verbe tomber est omnipr&#233;sent dans le texte avec ses quasi-synonymes : s'effondrer, s'&#233;crouler, s'affaisser ou encore d&#233;gringoler. La premi&#232;re phrase du texte donne le ton : &#171; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/a-peu-pres-indefiniment.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les langues pendantes du papier d&#233;coll&#233;&lt;/a&gt; laissent appara&#238;tre le pl&#226;tre humide et gris qui s'effrite, tombe par plaques dont les d&#233;bris sont &#233;parpill&#233;s sur le carrelage devant la plinthe marron, la tranche sup&#233;rieure de celle-ci recouverte d'une impalpable poussi&#232;re blanch&#226;tre &#187;. La ma&#231;onnerie se d&#233;sagr&#232;ge alors que la lecture se voit invit&#233;e &#224; rafistoler les liens entre les unit&#233;s textuelles dispers&#233;es. &#171; Les langues pendantes &#187; correspondent aux fragments d'une &#233;criture en perp&#233;tuel suspens o&#249; les mots se cherchent et s'associent. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/l-impalpable-et-protecteur-brouillard-de-la-memoire.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'impalpable poussi&#232;re blanch&#226;tre&lt;/a&gt; &#187; se retrouvera d'ailleurs en conclusion de l'ultime roman de Simon. Dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-4-Le-de-gout-de-l-archive-2005.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, cette poussi&#232;re est li&#233;e alors &#224; la m&#233;moire qui parcourt aussi &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La destruction r&#232;gne &#233;galement dans l'univers des soldats : la maison qu'ils occupent est toute trou&#233;e, une grenade explose qui touche l'un d'entre eux et la campagne alentour est sem&#233;e d'&#233;paves parmi lesquelles une vache morte &#233;voque &lt;i&gt;Guernica&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les sc&#232;nes o&#249; figurent les promeneurs plane une violence sourde dans la menace de la chute du haut de la falaise que risque l'enfant et ensuite, pr&#233;c&#233;d&#233; d'un verre qui se brise et qui blesse la jeune femme, dans le r&#233;cit d'un co&#239;t brutal. Parall&#232;lement, c'est la tomb&#233;e de la nuit avec l'obscurit&#233; qui inqui&#232;te et la chouette qui r&#244;de. Le tintamarre des grenouilles et des criquets accentue cette violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman refl&#232;te et inscrit ces tendances dans son dynamisme : disloqu&#233; et reb&#226;ti, patchwork arachn&#233;en, cherchant et manquant la torsion dans tous ses d&#233;veloppements. Le roman expose de cette fa&#231;on sa libert&#233;, le jeu des virtualit&#233;s qui d&#233;finit la fiction. &lt;i&gt;G&#233;n&#233;rique&lt;/i&gt; se termine sur des pr&#233;cisions &#224; cet &#233;gard : &#171; La description (la composition) peut se continuer (ou &#234;tre compl&#233;t&#233;e) &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/a-peu-pres-indefiniment.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#224; peu pr&#232;s ind&#233;finiment&lt;/a&gt; selon la minutie apport&#233;e &#224; son ex&#233;cution, l'entra&#238;nement des m&#233;taphores propos&#233;es [&#8230;] sans compter les diverses hypoth&#232;ses que peut susciter le spectacle &#187;. Et ces pratiques narratives seront syst&#233;matiquement exploit&#233;es par la suite. La construction par la voie des descriptions s'amplifie et se diversifie de deux mani&#232;res principales : la plong&#233;e dans les profondeurs de l'espace o&#249; les objets miniaturis&#233;s se profilent (c'est la mani&#232;re de Raymond Roussel, dont le texte intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k108427z&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Vue&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; est exemplaire pour les nouveaux romanciers) ; la dynamisation des figures, d'abord fig&#233;es sur les images, qui se fraient ainsi un passage vers le niveau sup&#233;rieur de la fiction. L'opposition entre immobilit&#233; et mouvement est couramment soulign&#233;e et culmine dans une image particuli&#232;rement prenante : les soldats semblent composer &#171; un de ces groupes grossi&#232;rement moul&#233;s sur nature dans le pl&#226;tre liquide et qui, dans les mus&#233;es ou sur les monuments aux morts sont fig&#233;s dans une terrifiante immobilit&#233;, comme non seulement la n&#233;gation du mouvement et de la vie, mais une perp&#233;tuation macabre, fantomatique, de l'instantan&#233; et du p&#233;rissable &#187;. C'est l'impact de l'&lt;i&gt;Unheimliche&lt;/i&gt; &#8211; l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#8211; tr&#232;s pr&#233;sent chez Simon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois un travail d'homog&#233;n&#233;isation lutte continuellement avec les forces diss&#233;minatrices. Un mot comme &#171; mortier &#187; illustre ce processus : d'une part, c'est l'&#233;l&#233;ment qui permet de souder les briques ; de l'autre, c'est l'arme qui d&#233;chire. Galon, boudin, museau-musette, scabieuse-scabreux en sont d'autres exemples. Dans &#171; Divertissement I &#187; et &#171; Divertissement II &#187;, le vocabulaire du pourvoyeur &#8211; soldat &#224; fonction fort symbolique &#8211; divertit somptueusement : c'est la langue qu'il &#171; divertit &#187; &#224; la mani&#232;re d'un Rabelais et d'un C&#233;line. Le terme qui cl&#244;t le livre (et qui signale concr&#232;tement un danger dans la reconstruction) met lui aussi en abyme l'allure du r&#233;cit : l'ensemble se propulse et se g&#233;n&#232;re par court-circuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interf&#233;rences esth&#233;tiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;seau interne des associations et des transitions entre les diff&#233;rents niveaux se compl&#232;te d'une relation complexe avec d'autres textes et d'autres arts. Outre Roussel, Bonnier et C&#233;line d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, les r&#233;f&#233;rences &#224; Flaubert jouent un r&#244;le structurel surtout dans les marges de la sc&#232;ne qui rapporte les &#233;bats sexuels des deux promeneurs. Cette sc&#232;ne reprend &#224; sa mani&#232;re la rencontre entre Emma et Rodolphe dans &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; avec la bonne dose de cynisme et de sarcasme qu'on trouve chez Flaubert, alors que Charles Bovary en mari tromp&#233; surgit dans les coulisses et que les vaches assistent bovaresquement aux activit&#233;s &#233;rotiques. Proust est une autre source fid&#232;le de Simon. Les noms des principaux acteurs de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; sont int&#233;gr&#233;s au r&#233;cit. Leurs pr&#233;noms s'affichent entre autres dans l'&#233;num&#233;ration r&#233;currente des saints sur le calendrier, v&#233;ritable r&#233;seau de litanies qui, &#224; sa fa&#231;on, met en abyme l'organisation du roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part les correspondances avec certaines &#339;uvres picturales sont importantes pour saisir le jeu des sources et leur application. Notamment la peinture des promenades nous rappelle spontan&#233;ment, par les d&#233;tails d&#233;crits, les tableaux correspondants de Monet (dont la l&#233;g&#232;ret&#233; contraste avec la sc&#232;ne pornographique qui suit). Pourtant des regards critiques ont su d&#233;couvrir que Simon se pla&#238;t &#224; cr&#233;er une certaine confusion entre diff&#233;rentes toiles de Monet, et que Renoir peut &#233;galement faire partie de ses r&#233;f&#233;rences. Les choses se compliquent encore avec le renvoi possible &#224; Eug&#232;ne Boudin pour la description de la falaise. La toile que mentionne le texte de Simon s'av&#232;re &#234;tre une invention de l'auteur, signe de ses intentions ludiques (que renforce le jeu de mots sur &#171; boudin &#187;). Au contraire, les sc&#232;nes concernant les militaires sont sans doute inspir&#233;es de la toile &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Neuville-Alphonse-de.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Combat &#224; Balan ou la derni&#232;re cartouche&lt;/i&gt; d'Alphonse de Neuville&lt;/a&gt; montrant une sc&#232;ne de la guerre de 1870 &#224; laquelle renvoie aussi la section &#171; La Bataille de Reichshoffen &#187; (d&#233;faite de l'arm&#233;e de Napol&#233;on III entra&#238;nant la perte de l'Alsace). Ainsi l'Histoire s'int&#232;gre au r&#233;cit et fait &#233;cho aux autres textes de Simon qui &#233;voquent les diff&#233;rentes guerres impliquant sa personne, sa famille ou encore ses anc&#234;tres. &#192; l'arri&#232;re-plan, il est sans doute pertinent de discerner la figure de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Rauschenberg-Robert.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Robert Rauschenberg&lt;/a&gt; et le mod&#232;le des assemblages du peintre am&#233;ricain dont le collage &lt;i&gt;Charlene&lt;/i&gt; a particuli&#232;rement fascin&#233; Simon. Christine Genin donne dans le &lt;i&gt;Dictionnaire Simon&lt;/i&gt; un beau r&#233;sum&#233; de cette parent&#233; en &#233;crivant : &#171; De fait, &#224; l'origine des montages de Rauschenberg comme des romans de Simon, se trouve une volont&#233; de recomposition et de reconstruction du r&#233;el, le d&#233;sir de rendre compte de l'incoh&#233;rence et de la fragmentation du monde et du sujet, tout en inventant &#8211; selon des crit&#232;res subjectifs de forme, de couleur ou de signification &#8211; une coh&#233;rence nouvelle. &#187; Cette d&#233;finition convient parfaitement &#224; &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;taphores et images&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images, comparaisons et m&#233;taphores procurent une autre expansion aux donn&#233;es &#233;l&#233;mentaires du texte. Comme Proust, Simon consid&#232;re la m&#233;taphore (ou encore les images qu'il range sous cette appellation) comme un aspect essentiel de la fiction. La comparaison parfois introduite par la formule &#171; comme si &#187; est aussi tr&#232;s pr&#233;sente dans &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;. La comparaison centrale de &lt;i&gt;G&#233;n&#233;rique&lt;/i&gt; assure le transfert d'un fil narratif &#224; l'autre : les morceaux de pl&#226;tre sont compar&#233;s aux &#171; pans d&#233;tach&#233;s d'une falaise &#187; et &#224; des &#171; tables rocheuses &#187; (qu'on trouve aussi dans les pages du manuel de Bonnier consult&#233;es par le soldat). On retrouve l'importance de la comparaison dans la section suivante : &#171; Expansion &#187; s'ouvre sur une description de la peinture qui repr&#233;sente &#171; les flots verd&#226;tres, les rochers violets &#187; et dont les milliers de touches &#171; semblent voltiger, comme ces temp&#234;tes chatoyantes m&#234;l&#233;es de duvet en suspension dans un poulailler apr&#232;s une bataille de coqs &#187;. La violence qui caract&#233;rise une bonne partie du livre se concentre ici, mais on y per&#231;oit aussi une certaine ironie. Ce changement de registre dans les comparaisons rejoint le grotesque qui oppose souvent le bas et le haut, et s'accorde ainsi avec la vision de Simon qui met en question les pr&#233;tentions id&#233;alistes et les esth&#233;tisations fauss&#233;es. Ailleurs, les galets sur la plage sont compar&#233;s &#224; &#171; un long cimeti&#232;re de carcasses et de squelettes concass&#233;s &#187;. C'est aussi un &#233;cho au paysage que les soldats ont sous les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Charge de Reichshoffen&lt;/i&gt;, la lumi&#232;re d'un phare donne lieu &#224; un long d&#233;ferlement de la phrase simonienne rejoignant le rythme de la mer qui s'enfonce dans la nuit en &#171; une incessante mouvance, confus&#233;ment per&#231;ue, de noires et statiques ondulations, comme celles d'une chevelure liquide reptilienne et visqueuse &#187;. Puis lui succ&#232;de sans transition le couple des promeneurs : &#171; Elle jette soudain ses bras autour des &#233;paules de l'homme et se serre convulsivement contre lui. Il dit voyons allons et lui caresse les cheveux &#187;. D&#233;calage du discours o&#249; la po&#233;sie se perd, aboutissant &#224; la platitude compl&#232;te de la remarque de l'homme sans &#233;gards pour sa compagne : &#171; Vous allez me tacher &#187;. Charge et d&#233;b&#226;cle s'encha&#238;nent grotesquement. Pourtant c'est bien la &#171; mouvance &#187; qui se d&#233;gage comme principale force motrice de &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Le%C3%A7on_de_choses-1860-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris : &#201;ditions de Minuit, 1975.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;, dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-2-Bibliotheque-de-la-Pleiade-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres II&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, 2013 (&#233;dition &#233;tablie par Alastair Duncan, B&#233;r&#233;nice Bonhomme et David Zemmour) &#8211; notice et notes d'Alastair Duncan.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles et chapitres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; DUNCAN (Alastair B.), &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1980_num_38_2_2126&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La description dans &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt;, n&#176;38, 1980, p. 95-105.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; FERRATO-COMBE (Brigitte), &#171; &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; &#187;, dans &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Ferrato-Combe-Brigitte-Ecrire-en-peintre-Claude-Simon-et-la-peinture-1998.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#201;crire en peintre : Claude Simon et la peinture&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Grenoble : ELLUG, 1998, p. 217-228.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; GRODEK (Elzbieta), Notice sur &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, direction Michel Bertrand, Paris, Champion, 2013, vol. 2, p. 611-621.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; HAMON (Philippe), &lt;a href=&#034;https://www.jstor.org/stable/26284771&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#192; propos du &#8220;G&#233;n&#233;rique&#8221; de &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;L'Esprit Cr&#233;ateur&lt;/i&gt;, n&#176;27, 4, 1987, p. 89-102.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; SYKES (Stuart), &#171; 1973-1975. &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; : cons&#233;cration de l'espace romanesque &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Romans de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : &#201;ditions de Minuit, 1979, p. 167-186.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; NEUMANN (Guy A.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Guy-Neumann-Echos-et-correspondances-1983.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#201;chos et correspondances dans &lt;/i&gt; Triptyque &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Le&#231;on de choses &lt;i&gt;de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Gen&#232;ve : L'&#194;ge d'homme, 1983.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-19-2025.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176;19, &lt;i&gt;Relire Triptyque et Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, sous la direction de Pascal Mougin et C&#233;cile Yapaudjian-Labat, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, juin 2025.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
