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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
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	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
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		<title>Jean Rouaud. &#171; Le dernier cavalier &#187; (2009)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Jean-Rouaud-Le-dernier-cavalier-2009.html</link>
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		<dc:date>2016-05-29T00:10:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Rouaud, Jean</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Le dernier cavalier &#187; par Jean Rouaud &lt;br class='autobr' /&gt;
Sous couvert d'inventorier l'univers po&#233;tique du prix Nobel fran&#231;ais de litt&#233;rature, on devinait un soup&#231;on d'agacement dans la remarque du journaliste. Qu'un &#233;crivain de cette importance puisse reprendre ainsi pour la troisi&#232;me fois la m&#234;me histoire, ne serait-ce pas la preuve d'un manque d'imagination, voire la d&#233;monstration que le nouveau roman a si peu &#224; dire qu'il se condamne au ressassement ? Et apr&#232;s, que comptait-il faire ? Il n'allait pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Rouaud-Jean-+.html" rel="tag"&gt;Rouaud, Jean&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le dernier cavalier &#187;&lt;br/&gt;
par Jean Rouaud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous couvert d'inventorier l'univers po&#233;tique du prix Nobel fran&#231;ais de litt&#233;rature, on devinait un soup&#231;on d'agacement dans la remarque du journaliste. Qu'un &#233;crivain de cette importance puisse reprendre ainsi pour la troisi&#232;me fois la m&#234;me histoire, ne serait-ce pas la preuve d'un manque d'imagination, voire la d&#233;monstration que le nouveau roman a si peu &#224; dire qu'il se condamne au ressassement ? Et apr&#232;s, que comptait-il faire ? Il n'allait pas remettre &#231;a, tout de m&#234;me ? On conna&#238;t la r&#233;ponse laconique de Claude Simon au journaliste : &#171; Apr&#232;s l'&#233;criture, il y a encore de l'&#233;criture &#187;, et il remit &#231;a, une quatri&#232;me fois, dans &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;. &#199;a ? La sc&#232;ne originelle de son &#339;uvre, celle qui le fait passer du c&#244;t&#233; de Chateaubriand et de Saint-Simon, ces marqueurs d'&#233;poque qui prennent sur eux d'enregistrer sur la ligne de cr&#234;te de leur vie, &#224; son point de bascule, l'acte de d&#233;c&#232;s d'un monde ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a ? Nous sommes au printemps de l'an quarante, et contrairement &#224; l'expression courante, &#231;a ne repartira plus. C'est un pays &#233;puis&#233;, au bout de son histoire, drap&#233; comme un vieil acteur dans les d&#233;froques de sa gloire pass&#233;e, qui a d&#233;clar&#233; la guerre &#224; l'Allemagne quelques mois plus t&#244;t. Et pas vraiment pour des raisons morales et id&#233;ologiques, m&#234;me si pour une fois la cause pouvait sembler juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus t&#244;t, &#224; Munich, le pays ne s'&#233;tait pas montr&#233; aussi sourcilleux sur les principes, demandant comme J&#233;sus &#224; son P&#232;re c&#233;leste, au jardin des Oliviers, sentant soudain son enthousiasme faiblir &#224; la perspective de ce qui l'attend le lendemain : s'il est possible que cette coupe passe loin de lui. Autrement dit, maintenant que &#231;a se pr&#233;cise, pas chaud pour affronter la terrible &#233;preuve. Et &#224; Munich, on avait repouss&#233; la coupe aussi, non, merci, oui, faites comme chez vous, emparez-vous des Sud&#232;tes, nous fermons les yeux pourvu que les probl&#232;mes soient remis &#224; plus tard. Et plus tard, nous y sommes. Cette fois, plus moyen d'y couper. Alors, de guerre lasse, on d&#233;clare la guerre. Vieux r&#233;flexe pavlovien du vieux pays. La guerre comme r&#233;ponse &#224; tout, comme style de vie, comme exercice sanitaire. Et comme il faut &#234;tre plusieurs &#224; ce jeu, on peut compter sur l'Allemagne qui n'attend que &#231;a. Et l'Angleterre suivra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si habitu&#233;s &#224; en d&#233;coudre, les peuples d'Europe, qu'il avait suffi de l'assassinat d'un archiduc obscur dans une ville obscure pour qu'aussit&#244;t chacun adopte la position du boxeur pr&#234;t &#224; engager le combat, inventant par la m&#234;me occasion l'id&#233;e d'une guerre fra&#238;che et joyeuse, tellement &#231;a manquait. Plus de quarante ans &#224; se croiser les bras, &#224; se faire la main sur le Maroc et Madagascar, l'Indochine et les m&#233;contents alg&#233;riens. Mais la guerre enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quatre ans, le bilan est moins dr&#244;le. Plusieurs millions de morts, et pour les survivants, l'exp&#233;rience de la souffrance, du chagrin et du deuil. Ainsi ce gar&#231;on de onze ans accompagnant la femme en noir sur les champs de bataille &#224; la recherche du non-revenu d'entre les morts, la femme en noir qui ne s'en remet pas et m&#232;ne la guerre &#224; son propre corps pour rejoindre son &#233;poux tomb&#233; au cours de ce mois d'ao&#251;t meurtrier qui inaugura le conflit. &#192; cette issue tragique, l'&#233;pouse du militaire de carri&#232;re Antoine Simon &#233;tait pr&#233;par&#233;e, cela faisait partie du cahier des charges de sa caste, qui remontait &#224; ce g&#233;n&#233;ral d'Empire, conventionnel et r&#233;gicide. Mais dix ans, c'est le temps qu'il faut &#224; un cancer pour se d&#233;velopper apr&#232;s une &#233;motion violente, c'est le temps qu'il faudra &#224; l'&#233;pouse d'Antoine Simon, pour succomber &#224; son tour. Claude Simon, chiot de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe, on l'a oubli&#233;, maintenant qu'elle ne sait plus que tendre la joue et adresser au monde des messages de conciliation et de concorde, mais l'Europe, ce &#171; continent coutur&#233; de cicatrices, cousu et recousu tant bien que mal comme on recoud tant bien que mal le ventre ou le poitrail des chevaux d&#233;chir&#233;s par les cornes du taureau pour les lui pr&#233;senter &#224; nouveau &#187;, l'Europe, c'est la guerre. Depuis combien de temps ? Depuis toujours, depuis qu'on y dresse des bornes de pierre. Je r&#232;gne sur cet espace, dit la pierre lev&#233;e. Non seulement sur cet espace au sol dont je suis le centre, le gnomon, mais &#233;galement sur cet espace compris entre la terre et le ciel. Cet air est &#224; moi. Comment &#231;a, &#224; toi ? Manquerait plus que &#231;a. &#199;a d&#233;j&#224;, &#231;a toujours. Les envahisseurs arrivant par vagues, affrontant les autochtones, s'amalgamant, entrant en conflit avec les nouveaux arrivants. Jamais de paix sur ce continent, et m&#234;me pas romaine. Et l'h&#233;morragie s'&#233;tendant au monde entier. Crois&#233;s, conquistadors, r&#233;volutionnaires. L'Europe imposant sa terrible loi aux peuples soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; pr&#233;sent que les grandes migrations avaient cess&#233;, que le monde lui-m&#234;me commen&#231;ait &#224; saturer de ces peuples belliqueux qui s'&#233;taient entendus pour faire main basse sur les cinq continents, les combattants s'&#233;tripaient comme des boxeurs coinc&#233;s dans les cordes sur ce bout de terre, &#224; l'ouest du plateau eurasiatique. Premier round gagn&#233; par la France avec l'aide du vieil ennemi anglais et de la toute jeune Am&#233;rique. Mais quand on s'avisa de lever le bras du vainqueur, on s'aper&#231;ut qu'il ne tenait m&#234;me plus debout, compl&#232;tement groggy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine un seau d'eau froide plus tard jet&#233; au visage, et il faut &#224; nouveau se mettre en garde, regagner le centre du ring. Il faut remettre &#231;a. Mais &#231;a n'amuse plus autant. Et m&#234;me plus du tout. Alors, apr&#232;s la guerre fra&#238;che et joyeuse de quatorze, on invente la &#171; dr&#244;le de guerre &#187;, comme si c'&#233;tait une guerre pour de rire. Quelques mois pour s'en convaincre, qui sait si la coupe ne passera pas cette fois loin de nous, mais tr&#232;s vite, en une nuit tout bascule. Parce que de l'autre c&#244;t&#233;, le ton n'a jamais &#233;t&#233; &#224; la plaisanterie. On s'est pr&#233;par&#233; avec tout le s&#233;rieux de la Ruhr et de ses gifles de fonte rouge. On s'est blind&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce c&#244;t&#233;-ci, on r&#234;ve encore &#224; la gloire pass&#233;e, &#224; cette figure du chevalier conqu&#233;rant le monde, d&#233;barquant son animal fabuleux des caravelles espagnoles, et haut perch&#233; mettant &#224; genoux des empires. Nostalgie encore au sein des &#233;tats-majors des grandes charges &#224; cheval, sabre au clair, qui faisaient dire &#224; Murat que celle de Prentzlow &#233;tait la plus belle qu'il e&#251;t jamais vue, et &#224; Zola, oui, au scientifique Zola, qu'en d&#233;pit d'un revers cinglant &#224; Reichshoffen, cette charge des cuirass&#233;s, &#171; n'emp&#234;che, c'&#233;tait cr&#226;ne, &#231;a r&#233;chauffait le c&#339;ur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La source du gimmick simonien, de cette figure du dragon fauch&#233; &#224; quatre reprises par la mitraille, est l&#224;, du c&#244;t&#233; de ces charges &#224; cheval qu'on reproduit pour la beaut&#233; du geste, en d&#233;pit du fait qu'elles tournent &#224; la catastrophe. Il suffit d'une volte, d'un regard en arri&#232;re pour comprendre le m&#233;canisme it&#233;ratif. Cr&#233;cy, Azincourt, Reichshoffen, juin quarante, quatre versions d'un m&#234;me &#233;v&#233;nement, d'une m&#234;me inad&#233;quation r&#234;veuse aux temps, le compte simonien est bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous Cr&#233;cy et Azincourt, la fine fleur de la chevalerie fran&#231;aise, autrement dit des soudards &#224; cheval, hommes de fer n'h&#233;sitant pas &#224; pi&#233;tiner leurs propres troupes de coupe-jarrets, tant ils se montrent empress&#233;s d'en d&#233;coudre avec l'ennemi, de le bousculer comme dans un tournoi. Et en face une autre id&#233;e de la guerre, qui n'emprunte plus &#224; ces joutes princi&#232;res. &#192; quoi bon chercher l'affrontement direct, risquer le coup de lance, d'&#233;p&#233;e ou de masse d'arme, quand les archers anglais peuvent stopper sous une vol&#233;e de fl&#232;ches cette muraille &#233;tincelante, font s'affaisser les chevaux, chuter les hommes de fer aussi vuln&#233;rables &#224; terre que des scarab&#233;es couch&#233;s sur le dos. &#192; Azincourt, ce sont les couleuvrines qui entrent en action, affolant les coursiers, d&#233;cha&#238;nant un feu d'orage qui foudroie les derniers cavaliers. Azincourt, c'est la fin de la chevalerie et le d&#233;but de la guerre moderne. Mais on ne veut pas y croire. D'o&#249;, cette persistance r&#233;tinienne, aveuglante. On s'accroche &#224; cette figure aristocratique du chevalier, distinctive, &#233;lective, depuis longtemps pass&#233;e, n'ayant pas r&#233;sist&#233; aux assauts de la bourgeoisie commer&#231;ante, mais tellement d'allure. On continue d'&#233;lever les statues &#233;questres. Le Bernin et Louis XIV, David faisant franchir le Saint-Gothard &#224; Bonaparte sur un farouche destrier quand en r&#233;alit&#233; ce fut &#224; dos de mulet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourvu que &#231;a dure, soupirait la m&#232;re du m&#234;me. Continuons de faire comme si de rien - les archers, les couleuvrines, les tanks - n'&#233;tait. R&#234;vons encore au monde ancien. De sorte que pour contenir l'avanc&#233;e des blind&#233;s allemands qui ont travers&#233; comme par enchantement l'&#233;paisse for&#234;t de l'Ardenne, l'arm&#233;e fran&#231;aise envoie des r&#233;giments de dragons. Non qu'&#224; l'&#233;tat-major on ait cru &#224; la sup&#233;riorit&#233; du sabre sur les mitrailleuses, et qu'un cheval p&#251;t stopper une masse d'acier de plusieurs tonnes, mais comment renoncer &#224; cette ivresse qui forgea jadis les destins glorieux, &#224; cette lumi&#232;re d'&#233;toile morte qui avait fait de la France un phare de la civilisation, comment remiser d&#233;finitivement sa vieille panoplie galonn&#233;e d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'uniforme justement. Quelle piti&#233; de devoir se confondre aujourd'hui avec la terre et les broussailles, d'&#234;tre pris pour un arbuste, de faire corps avec un sous-bois. Les Allemands, d&#232;s quatorze, s'&#233;taient fait une raison pratique. Le vert-de-gris devenu la couleur Pantone de la guerre, l'&#233;tat-major fran&#231;ais, apr&#232;s un premier mois d'ao&#251;t meurtrier, le plus meurtrier du conflit, renon&#231;ait la mort dans l'&#226;me, au k&#233;pi et au pantalon garance. C'&#233;tait pourtant si beau, ces soldats-coquelicots dans les bl&#233;s, &#171; si cr&#226;ne &#187;. Pour prot&#233;ger le cr&#226;ne, on a pens&#233; un moment &#224; glisser une kipa d'acier sous le k&#233;pi. Mais bien vite - trop tard pour beaucoup - on se r&#233;sout au port du casque. Quant &#224; se confondre avec la terre, c'est une attitude, cet homme couch&#233;, enlis&#233;, qui ne va pas avec notre code d'honneur. Un pleutre se couche, un brave meurt debout. Alors on lui taillera, au brave, comme &#224; Peau d'&#194;ne, un uniforme couleur de ciel pour qu'il se fonde, quand il avance vers l'ennemi, dans les nu&#233;es. La couleur lui indique m&#234;me la marche &#224; suivre : ce sera un Bleu horizon. De sorte encore que ce sont des morceaux de ciel juch&#233;s sur des chevaux &#233;puis&#233;s qui s'avancent en mai quarante face aux blind&#233;s allemands. Comprenons par ces corps fauch&#233;s que c'est le ciel qui nous tombe sur la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce que va enregistrer Claude Simon, &#224; travers cette image r&#233;currente du capitaine de Reixach, portant la main &#224; la poign&#233;e de son sabre et tombant sous les balles des parachutistes allemands comme autrefois ses pairs sous la f&#233;lonie des archers anglais, c'est bien l'effondrement d'un firmament, une chute des corps c&#233;lestes, la fin d'un monde, et plus pr&#233;cis&#233;ment la fin de la France, c'est-&#224;-dire de sa fiction fondatrice, autant dire la fin du chevaleresque, la fin des romans de chevalerie, et par la m&#234;me occasion la fin du roman, car c'est la m&#234;me chose, les romans ayant &#233;t&#233; &#233;crits en langue romane pour les rustres &#224; cheval qui n'entendaient rien au latin. Reixach (d&#233;clinaison s&#233;mantique de Reichshoffen) est un petit cousin de Don Quichotte. En ce sens que c'est bien la litt&#233;rature qui a invent&#233; cet univers chevaleresque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#231;a, ce cavalier portant la main &#224; son sabre, ce qui a priori peut se concevoir, peut m&#234;me ne pas manquer d'allure, sauf que nous sommes ici au mois de mai mil neuf cent quarante face &#224; l'arm&#233;e la plus m&#233;canis&#233;e du moment, qui d'une rafale abattra le cavalier et sa monture, &#171; homme, cheval et sabre s'&#233;croulant d'une pi&#232;ce sur le c&#244;t&#233; &#187;. Et donc parfois, de telles images il n'est pas mauvais de se les passer, repasser, tellement l'esprit engourdi peine &#224; int&#233;grer cette actualit&#233; brutale. Car cette statue &#233;questre qui n'en finit pas de tomber dans les romans de Claude Simon, c'est comme l'effondrement des tours du World Trade Center. On a besoin de revoir les images pour se convaincre de l'impensable, encore, et encore, repassez-nous &#231;a, &#231;a qui est toujours une pr&#233;figuration de l'Apocalypse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de la France, on nous l'avait habilement cach&#233;e dans la fantasmagorie ressass&#233;e de la mort du Roman. Laquelle aura servi de leurre pour nous divertir, d'&#233;cran pour ne pas voir. Ce qui aurait pu se dire autrement. Par exemple : le roman est mort, vive la France. Mais ce qui ne colle pas, bien s&#251;r, et met imm&#233;diatement la puce &#224; l'oreille. Car si on retire &#224; un peuple la possibilit&#233; de raconter des histoires, c'est qu'il n'en a plus &#224; raconter, c'est qu'il est sorti de l'histoire justement. &#192; dire vrai, juste avant la sortie, il y en avait encore une, d'histoire, &#224; d&#233;voiler. Mais comme celle-l&#224; personne n'a envie de l'entendre, feignons que la mort d&#233;clar&#233;e du roman nous prive du moyen de rappeler l'ignominie, ces quatre ann&#233;es pendant lesquelles la presque totalit&#233; des &#233;lites et une grande partie de la population se sont offertes de collaborer avec l'ennemi allemand, faisant preuve d'un z&#232;le fervent quand il s'est agi de mettre en &#339;uvre le plan industriel sorti des cerveaux du troisi&#232;me Reich pour faire de l'Europe un lieu Judenfrei, libre de Juifs, en envoyant dans les centres de mort des millions d'hommes, de femmes et d'enfants, coupables d'&#234;tre n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman est mort, le r&#233;cit retir&#233; comme un tapis sous nos pieds. Donc il n'est plus possible de dire. Donc on ne dit rien. Et comme deux pr&#233;cautions valent mieux qu'une, ceinture et bretelle, annon&#231;ons dans la foul&#233;e la mort de l'auteur. Et puis tiens, comme reste encore la langue, des fois qu'elle se mettrait &#224; parler toute seule, d&#233;construisons-l&#224;, pilons-la, transformons-la en cobaye de laboratoire. Et pour d&#233;finitivement lui tordre le cou, solennellement nous d&#233;clarons que &#171; la syntaxe est fasciste &#187; comme on place un panneau champ de mines pour interdire l'usage d'un territoire. Mais l'assertion de trop, bien s&#251;r. Et litt&#233;ralement parlante. Qu'est-ce qu'on ne voulait pas entendre ? De fait, quand on remonte le fil de la langue on arrive &#224; ces mots d'ordre fascistes, comme cette recommandation &#224; ne pas oublier les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'apr&#232;s l'&#233;criture il y e&#251;t encore de l'&#233;criture, c'&#233;tait pour ces pires aveugles qui ne voulaient pas voir. Comme si derri&#232;re toute bataille de Pharsale ou de n'importe o&#249;, se dissimulait la seule bataille recevable par les esprits du temps, la bataille de la phrase. Oublions que la guerre ne se paie pas de mots et que celui-l&#224; qui t&#233;moigne chevauchait sur la route des Flandres au milieu des cadavres des hommes et des b&#234;tes, de la d&#233;bandade des corps et des esprits. Face &#224; l'insoutenable, il &#233;tait plus commode de faire de Claude Simon un forgeron de la langue, se pr&#233;occupant de disposer sur la page ses longues p&#233;riodes, selon le canevas qu'il avait lui-m&#234;me compos&#233; avec ses crayons de couleur, chaque couleur renvoyant &#224; un th&#232;me, de sorte que ce n'&#233;tait pas l'histoire qui imposait un type de narration, mais une impression panoptique. Ouf, le r&#233;cit &#233;tait bien mort. On ne l'entendrait plus radoter comme une vieille personne. Pour le sens, voir la forme. Seulement ? Et ce que raconte le texte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un Claude Simon goguenard, ragaillardi par son prix Nobel, qui glisse dans &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, son testament litt&#233;raire, un &#233;change du colloque de Cerisy consacr&#233; &#224; son &#339;uvre, au plus fort de la vague formaliste. Bien que pr&#233;venue comme de juste contre l'illusion repr&#233;sentative, une participante ne peut s'emp&#234;cher de faire part de ses doutes. Claude Simon aurait re&#231;u la lettre d'un vieil officier de cavalerie dans laquelle celui-ci attestait avoir v&#233;cu un &#233;pisode semblable &#224; celui racont&#233; dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;. Frisson dans l'assistance. Claude Simon aurait-il succomb&#233; &#224; la tentation r&#233;aliste ? Pis encore : aurait-il racont&#233; un &#233;pisode av&#233;r&#233; de sa vie ? Aussit&#244;t le ma&#238;tre de c&#233;r&#233;monie, avec des arguments de censeur politique, met les rieurs de son c&#244;t&#233; : on ne va quand m&#234;me pas recevoir des le&#231;ons de th&#233;orie litt&#233;raire d'un officier de cavalerie. Comme dans une mauvaise s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, on entend les rires pr&#233;enregistr&#233;s du public. Mais tout de m&#234;me, c'est troublant, non ? Et si malgr&#233; tout ? On sent que les esprits ont besoin d'&#234;tre &#233;tay&#233;s, qu'ils sont pr&#234;ts &#224; c&#233;der au canard du doute. D'o&#249; la conclusion embarrass&#233;e de Robbe-Grillet lequel se demande, apr&#232;s qu'on a apport&#233; les preuves historiques des r&#233;cits simoniens, si celui-l&#224; est bien des n&#244;tres : &#171; Donc il faut bien croire que Simon accorde aux r&#233;f&#233;rents une importance sup&#233;rieure &#224; celle que font les autres romanciers de cette r&#233;union. &#187; Les r&#233;f&#233;rents ? Vous savez, ce qui se rapporte au r&#233;el. Ce que traduit sobrement Claude Simon : &#171; Des romans &#224; base de v&#233;cu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; en 2009 dans la rubrique &#171; Paroles d'&#233;crivain &#187; du &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-5-2009-65.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;num&#233;ro 5 des &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, p. 147-153&lt;/a&gt;. Nous remercions vivement Jean Rouaud de nous autoriser &#224; le reprendre aujourd'hui en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.jean-rouaud.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site Jean Rouaud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Parent, Sabrina. Po&#233;tiques de l'&#233;v&#233;nement (2011)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Parent-Sabrina-Poetiques-de-l-evenement-2011.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Parent-Sabrina-Poetiques-de-l-evenement-2011.html</guid>
		<dc:date>2012-02-08T21:39:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Rouaud, Jean</dc:subject>
		<dc:subject>Savitzkaya, Eug&#232;ne</dc:subject>
		<dc:subject>Follain, Jean</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;da, Jacques</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;v&#233;nement</dc:subject>

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&lt;p&gt;Sabrina Parent. Po&#233;tiques de l'&#233;v&#233;nement &#8211; Claude Simon, Jean Rouaud, Eug&#232;ne Savitzkaya, Jean Follain, Jacques R&#233;da. Paris : &#233;d. Classiques-Garnier, coll. &#8220;&#201;tudes de litt&#233;rature des XXe et XXIe si&#232;cles&#8221;, 2011. 496 p. &lt;br class='autobr' /&gt; Cette &#233;tude examine les traits stylistiques et textuels d&#233;ploy&#233;s par des auteurs fran&#231;ais (Claude Simon, Jean Rouaud, Jean Follain, Jacques R&#233;da) et belge (Eug&#232;ne Savitzkaya) contemporains pour transcrire des &#233;v&#233;nements de type historique, naturel et quotidien. Dans un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-livres-.html" rel="directory"&gt;Livres &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Rouaud-Jean-+.html" rel="tag"&gt;Rouaud, Jean&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Savitzkaya-Eugene-+.html" rel="tag"&gt;Savitzkaya, Eug&#232;ne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Follain-Jean-+.html" rel="tag"&gt;Follain, Jean&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Reda-Jacques-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;da, Jacques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Evenement-+.html" rel="tag"&gt;&#201;v&#233;nement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_38 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L200xH299/parent-f5b40.png?1787937848' width='200' height='299' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sabrina Parent.&lt;i&gt; Po&#233;tiques de l'&#233;v&#233;nement &#8211; Claude Simon, Jean Rouaud, Eug&#232;ne Savitzkaya, Jean Follain, Jacques R&#233;da&lt;/i&gt;. Paris : &#233;d. Classiques-Garnier, coll. &#8220;&#201;tudes de litt&#233;rature des XXe et XXIe si&#232;cles&#8221;, 2011. 496 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Cette &#233;tude examine les traits stylistiques et textuels d&#233;ploy&#233;s par des auteurs fran&#231;ais (Claude Simon, Jean Rouaud, Jean Follain, Jacques R&#233;da) et belge (Eug&#232;ne Savitzkaya) contemporains pour transcrire des &#233;v&#233;nements de type historique, naturel et quotidien. Dans un premier temps, nous d&#233;montrons comment et pourquoi, d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, les romanciers fran&#231;ais d&#233;-construisent (Simon) et re-construisent (Rouaud) le sens d'&#233;v&#233;nements aussi d&#233;terminants que les grands conflits du XXe si&#232;cle. Dans un second temps, nous nous sommes int&#233;ress&#233;e &#224; la fa&#231;on dont la po&#233;sie contemporaine dite &#171; du quotidien &#187; transforme des ph&#233;nom&#232;nes aussi banals que le lait qui bout (Follain), une averse de pluie (R&#233;da), les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res quotidiennes (Savitzkaya) en &#233;v&#233;nements significatifs, soit porteurs de sens. Enfin, notre &#233;tude explore les effets &#233;thiques des textes analys&#233;s, leur po&#233;thique, un terme invent&#233; par le po&#232;te fran&#231;ais Michel Deguy et popularis&#233; par l'essayiste Jean-Claude Pinson. Nous avan&#231;ons que les auteurs du corpus ont renonc&#233; &#224; toute &#171; &#233;thique de la conviction &#187;, pour laquelle les actions doivent &#234;tre conformes &#224; un principe, de type religieux ou politique, pour promouvoir d'autres types d'&#233;thique : totale libert&#233; chez Simon, humilit&#233; chez Rouaud et Savitzkaya, compassion chez Follain et R&#233;da.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Po&#233;tiques de l'&#233;v&#233;nement dans les &#339;uvres de Claude Simon, Jean Rouaud, Eug&#232;ne Savitzkaya, Jean Follain et Jacques R&#233;da&lt;/i&gt; is concerned, originally, with the dichotomy between Poetry and &#171; Narrativity &#187;. At a theoretical level, the notion of event is central to re-think this opposition and to better understand the porosity of the border between poetical and narrative writing. More specifically, I examine stylistic and textual devices used by contemporary French and Belgian writers to describe salient historical events, as well as natural and quotidian ones. My research first demonstrates how and why, from one generation to another, French novelists de-construct (Claude Simon's &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;) and then re-construct (Jean Rouaud's &lt;i&gt;Les Champs d'honneur&lt;/i&gt;) the meaning of major events such as WWI and WWII. This study also explores how poetry can transform phenomena as banal as milk boiling (Jean Follain), a shower of rain (Jacques R&#233;da), or the daily household chores (Eug&#232;ne Savistzkaya's En vie) into significant events. Finally, I explore the ethical effects of the literary works I have analyzed &#8211;namely their &#171; po&#233;thique &#187;, a term coined by French poet Michel Deguy and made popular by French essayist Jean-Claude Pinson. I argue that all the authors of the corpus renounce an &#171; ethics of conviction &#187; (for which actions must be conformed to a principle, whether it be religious or political), promoting other types of ethics : total freedom (for Simon), humility (for Rouaud and Savitzkaya) and compassion (for Follain and R&#233;da).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.classiques-garnier.com/editions/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le site de l'&#233;diteur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Compte-rendu : &lt;a href=&#034;http://www.fabula.org/revue/document7835.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manon Delcour, &#171; La question de l'&#233;v&#233;nement dans cinq &#233;critures contemporaines &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Fabula&lt;/i&gt;, 30 mai 2013&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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