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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Jo&#235;lle Gleize</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Joelle-Gleize-641.html</link>
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		<dc:date>2021-06-12T22:55:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Les G&#233;orgiques</dc:subject>
		<dc:subject>Gleize, Jo&#235;lle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Relecture des G&#233;orgiques, par temps de pand&#233;mie &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le sentiment de b&#233;n&#233;ficier d'un temps suppl&#233;mentaire exceptionnel, d'un temps offert &#8211; du moins pendant le premier confinement &#8211; j'ai lu ou relu, pour le plaisir, sans objectif d'&#233;tude : Kafka, Volodine, Jaume Cabr&#233;, et puis d'autres, dont Claude Simon et ses G&#233;orgiques. Et je n'ai pas &#233;t&#233; d&#233;&#231;ue. Bien s&#251;r, j'ai retrouv&#233; tout ce que j'aime dans les livres de Simon, le feuillet&#233; des temps, le montage des fragments et plus encore le rythme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Les-Georgiques-+.html" rel="tag"&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gleize-Joelle-+.html" rel="tag"&gt;Gleize, Jo&#235;lle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S11_bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/S11_bis.jpg?1623534156' width='500' height='301' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Relecture des &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, par temps de pand&#233;mie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le sentiment de b&#233;n&#233;ficier d'un temps suppl&#233;mentaire exceptionnel, d'un temps offert &#8211; du moins pendant le premier confinement &#8211; j'ai lu ou relu, pour le plaisir, sans objectif d'&#233;tude : Kafka, Volodine, Jaume Cabr&#233;, et puis d'autres, dont Claude Simon et ses &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt;. Et je n'ai pas &#233;t&#233; d&#233;&#231;ue. Bien s&#251;r, j'ai retrouv&#233; tout ce que j'aime dans les livres de Simon, le feuillet&#233; des temps, le montage des fragments et plus encore le rythme de la prose simonienne, avec cette souplesse fascinante qui va du staccato du d&#233;but &#224; l'ampleur dans la description du froid de la deuxi&#232;me partie ; et la profusion &#233;tourdissante de ce monde d'images et de sensations. Mais ce qui m'a frapp&#233;e cette fois dans ce livre, c'est l'abondance de personnages et d'histoires, son c&#244;t&#233; &#171; romanesque &#187;, comme un contrepied aux romans pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or pr&#233;cis&#233;ment, &#224; propos des archives retrouv&#233;es de son anc&#234;tre Lacombe Saint-Michel, Claude Simon en a soulign&#233; les potentialit&#233;s romanesques aupr&#232;s de John Fletcher : &#171; Il y a mati&#232;re &#224; dix romans &#187;, ajoutant : &#171; mais vous vous doutez bien que je ne me propose pas d'&#233;crire une saga historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la notice de l'&#233;dition de La Pl&#233;iade, &#338;uvres II, p. 1496.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, quelque chose de ces romans, de cette saga refus&#233;e, reste bien pr&#233;sent, mais &#224; l'arri&#232;re plan, sous forme de bribes, d'histoires seulement &#233;bauch&#233;es, ou &#224; l'inverse, r&#233;sum&#233;es. Cette densit&#233; de romans possibles forme comme une musique de fond qui a contribu&#233; au plaisir de ma relecture. Le lecteur est souverain, il peut s'arr&#234;ter quand il veut pour associer ou relier les esquisses d'histoires &#224; d'autres fragments, pour compl&#233;ter le non-dit, pour l'imaginer. Dans ce roman si somptueusement construit, c'est donc l'inachev&#233; - ou ce qui semble tel &#8211; qui m'a retenue, suivant l'exemple donn&#233;, dans le Prologue, par le dessin imit&#233; de Poussin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous ces fragments ont quelque chose de &#171; romanesque &#187;, notion pourtant &#233;minemment suspecte pour Simon, c'est parce qu'on peut les assembler autour d'un personnage, un personnage avec un ancrage historique document&#233;, m&#234;me si sa caract&#233;risation est parfois disparate voire contradictoire : traits physiques et psychologiques, fonction, et nom propre, du moins des initiales ou un surnom. Des personnages parfois m&#234;me dot&#233;s de portraits ; bref des personnages un peu balzaciens&#8230; Mais on est dans un livre de Claude Simon : ces micro-histoires sont discontinues et non chronologiques, faites de fragments dispers&#233;s qui reviennent &#224; des moments espac&#233;s du livre, en des termes semblables &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; diff&#233;rents, avec des d&#233;tails ou des d&#233;veloppements compl&#233;mentaires - comme pris dans une spirale qui les ram&#232;nerait &#224; la surface, bien plus loin et plus longuement ; des histoires reprises et r&#233;p&#233;t&#233;es, dont les &#233;l&#233;ments s'accumulent dans la m&#233;moire, mais sans jamais former une totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlerai tr&#232;s peu de la principale mati&#232;re &#224; roman (historique), celle qui concerne le g&#233;n&#233;ral LSM : Simon raconte &#224; sa fa&#231;on, par le montage de fragments, un morcellement parfois extr&#234;me ainsi que l'insertion de nombreux documents d'archives, (la correspondance de LSM surtout), son &#171; destin hors s&#233;rie, &#224; la fois violent, sacril&#232;ge, indocile, ou plut&#244;t indomptable &#187; (p. 753) : une histoire d'ascension et de d&#233;clin &#8211; qui serait l&#224; encore un peu balzacienne ? &#8211; mais discontinue et non chronologique. La narration en est dynamis&#233;e par le secret, annonc&#233; en III mais d&#233;voil&#233; tr&#232;s tardivement, de l'existence farouchement occult&#233;e du fr&#232;re royaliste, &#233;migr&#233;, proscrit et ex&#233;cut&#233; en application d'une loi vot&#233;e par LSM. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de cette histoire, on trouve donc ces r&#233;cits esquiss&#233;s ou condens&#233;s, repris de fa&#231;on r&#233;currente, qui accentuent pour moi le romanesque du livre tout entier ; je n'en donnerai que trois exemples, pris dans les parties I III et V&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit les parties consacr&#233;es &#224; LSM et &#224; sa descendance, la vieille dame, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout d'abord le roman de &#171; Marianne la hollandaise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l&#224; un titre attest&#233; dans les brouillons.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, la belle huguenote rencontr&#233;e &#224; l'op&#233;ra de Besan&#231;on, dont LSM s'&#233;prend et qu'il &#233;pouse. D'elle, on ne conna&#238;t gu&#232;re que sa disparition pr&#233;coce. Elle n'est pr&#233;sente que sous la forme d'un tombeau aust&#232;re vers lequel le narrateur-visiteur, guid&#233; par le dernier propri&#233;taire du ch&#226;teau en ruines, marche dans la boue, sous les carolins, pour en d&#233;chiffrer l'&#233;pitaphe (p. 749-751). Cependant la premi&#232;re partie se cl&#244;t sur une sorte de d&#233;claration d'amour &#233;ternel &#224; la d&#233;funte, dans une lettre de LSM : &#171; Que me font &#224; moi une fortune et des honneurs dont le plus grand prix e&#251;t &#233;t&#233; de les partager avec cette femme ador&#233;e ensevelie dans le n&#233;ant depuis si longtemps et dont le souvenir apr&#232;s vingt ans me d&#233;chire le c&#339;ur. &#187; (p. 692) Comme une sorte de roman &#233;l&#233;giaque &#224; peine esquiss&#233;, et d&#233;di&#233; &#224; un fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite l'histoire du second mariage de LSM le r&#233;gicide avec une fervente royaliste. &#201;voqu&#233;e au d&#233;tour d'une phrase au d&#233;but&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En pleine Terreur, il est &#233;lu secr&#233;taire de la Convention et sauve une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'histoire s'&#233;toffe un peu dans la derni&#232;re partie : &#171; cette Ad&#233;la&#239;de ou plut&#244;t cette Omphale sauv&#233;e par lui au plus fort de la Terreur, &#233;pous&#233;e trois jours apr&#232;s le 10-Thermidor &#187; ( p. 896). Puis un micro-roman se construit &#224; partir d'hypoth&#232;ses : &#171; cette future Omphale (rencontr&#233;e o&#249; ? quand ? comment ? : peut-&#234;tre entrevue ou reconnue entre deux gardes dans un corridor, dans l'antichambre d'un greffier, d'un de ces procureurs tremp&#233;s dans l'encre, p&#226;le, tremblante, implorant &#224; travers ses larmes le monumental guerrier, octroy&#233;e avec un haussement d'&#233;paules &#224; titre de faveur, de r&#233;compense de butin ?), costum&#233;e d&#233;j&#224; peut-&#234;tre sous son vaste et sombre manteau, le capuchon qui dissimulait son visage, en Julie, en Bris&#233;is, la poitrine soulign&#233;e d'un ruban, les cheveux coiff&#233;s &#224; la grecque&#8230; &#187; (p. 900-901). La figure d'Ad&#233;la&#239;de se pr&#233;cise ainsi de r&#233;f&#233;rences romanesques et mythiques et l'histoire se d&#233;veloppe avec le r&#233;cit de la premi&#232;re &#233;treinte dans un &#171; cabriolet &#224; la capote baiss&#233;e &#187; emport&#233; au galop &#8230; (p. 901-2) (on songe &#224; Mme Bovary). Dans les derni&#232;res pages, &#171; la captive, la plaintive et rapace Bris&#233;is &#187; (p. 902) n'a plus rien d'une victime : dot&#233;e de &#171; la m&#234;me imp&#233;tuosit&#233;, la m&#234;me hardiesse &#187; (p. 945) que les deux fr&#232;res Lacombe-St Michel, on l'entrevoit disputant &#226;prement une part d'h&#233;ritage au fils n&#233; du premier mariage de LSM, avant de renier la m&#233;moire de celui-ci pour obtenir les faveurs royales sous la Restauration. Par l'ancrage historique, la dimension proc&#233;duri&#232;re et juridique avec citations de pi&#232;ces de proc&#232;s, cette &#233;bauche de roman a quelque chose d'une &#171; sc&#232;ne de la vie politique &#187; balzacienne. Mais seulement en cela, ce mat&#233;riau narratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'histoire la plus romanesque et la plus sensiblement absente pour le lecteur, celle qui fait v&#233;ritablement d&#233;faut, est celle du fr&#232;re de Jean-Pierre LSM, Jean-Marie, &#171; comme un double en creux du premier &#187; (p. 929). Les derni&#232;res lignes de la troisi&#232;me partie en cr&#233;ent l'attente, comme dans un feuilleton-roman du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent : &#171; [&#8230;] et le gar&#231;on : &#8220;Alors il avait un fr&#232;re ? Mais pourquoi&#8230; &#8221;, et l'oncle Charles : &#8220; Tu veux dire : pourquoi est-ce qu'on n'en a jamais parl&#233; ? Eh bien voil&#224; : pr&#233;cis&#233;ment !&#8221; &#187; (p. 811). Une seule sc&#232;ne, hypoth&#233;tique et fictionnelle, de ce roman est d&#233;velopp&#233;e : la sc&#232;ne dramatique &#8211; mais sans pathos &#8211; de l'ultime rencontre nocturne des deux fr&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette rencontre, voir le bel article de David Zemmour : &#171; &#8220;Bref (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La vie de fugitif de Jean-Marie est, quant &#224; elle, &#233;voqu&#233;e par brefs fragments : c'est un animal traqu&#233;, un gibier. On ne saura pas pourquoi il est revenu d'exil en pleine Terreur, on n'aura pas le r&#233;cit de ses relations de jeunesse avec son a&#238;n&#233;, ni avec Batti aupr&#232;s de qui il se refugie dans sa fuite. Ce roman esquiss&#233; est un roman fant&#244;me, comme l'&#171; invisible et ricanant fant&#244;me au corps cribl&#233; de balles &#187; (p. 957) qui hante le g&#233;n&#233;ral &#224; la fin de sa vie et du livre, et la sensation de son absence est encore renforc&#233;e par l'insertion in extenso du jugement de condamnation du proscrit, factuel et lacunaire, forc&#233;ment d&#233;ceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie s'organise &#224; partir des principaux personnages de la saga de l'anc&#234;tre : scand&#233;e par plusieurs paragraphes commen&#231;ant par &#171; Et &#187; suivi d'un nom&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Et lui (lui, l'ancien capitaine de bombardier, l'ex-d&#233;put&#233; de la Montagne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle porte &#224; son comble la tension dramatique entre le romanesque d'une part, avec des expansions des &#233;bauches pr&#233;c&#233;dentes et le documentaire, d'autre part, avec les longues citations d'archives. Dans ce roman qui marque un seuil dans l'&#339;uvre de Simon, le jeu avec le romanesque du XIXe si&#232;cle (en particulier avec le roman balzacien &#8211; pastich&#233; au d&#233;but de la troisi&#232;me partie), donne paradoxalement &#224; son &#233;criture un nouvel &#233;lan ; et les donn&#233;es factuelles, la non fiction lui permettent ironiquement de d&#233;fier toute vraisemblance, autant que de se risquer sur les territoires du biographique et de l'affect, ce que reprend et d&#233;veloppe le roman suivant, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;voquer d'autres histoires &#233;bauch&#233;es, comme celle de l'ambassade de LSM &#224; Naples avec humiliations, expulsion, puis capture par des pirates et r&#233;tention douce par le bey de Tunis ; ou bien celle de l'imposant buste de marbre que recherche le narrateur et dont ne subsiste plus qu'une trace sur un tapis. Pour finir, je reviendrai &#224; l'histoire du fr&#232;re, si vivement manquante, pour pr&#233;ciser qu'elle hante &#233;galement les autres parties : surtout, en IV, le r&#233;cit de l'exp&#233;rience de O., gibier traqu&#233; en 1936, et m&#234;me, en II, celle du brigadier agress&#233; par le froid pendant l'hiver de 1939-40. Car l'Histoire, que Simon d&#233;crit comme un auteur &#224; la &#171; fac&#233;tieuse perversit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'aventure de O. est compar&#233;e &#224; un roman dont le narrateur serait le mort (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, fait se ressembler jusqu'&#224; se confondre les exp&#233;riences de ceux qu'elle &#233;crase, et quelle que soit l'&#233;poque ; telle l'exp&#233;rience de l'enlisement dans une fondri&#232;re&#8211; que le lecteur attribue d'abord &#224; Jean-Marie en raison du contexte, mais qui pourrait &#234;tre celle d'autres fugitifs et dont Simon a dit - hors roman - que c'&#233;tait son exp&#233;rience personnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'&#233;dition Pl&#233;iade, note 25, p. 1551.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8212; et une fois il s'engagea dans une fondri&#232;re, le sol d'une clairi&#232;re (ou plut&#244;t ce qu'il croyait &#234;tre une clairi&#232;re) de plus en plus spongieux sans qu'il y pr&#238;t garde (il avait d&#233;j&#224; travers&#233; des pr&#233;s, des bois d&#233;tremp&#233;s), le bruit de succion de l'eau sous les hautes herbes de plus en plus fort &#224; chaque pas, jusqu'&#224; ce qu'il d&#251;t faire un effort pour lever les pieds, les d&#233;coller du sol, les arracher &#224; ces sortes de ventouses qui semblaient retenir ses semelles, ne plus vouloir les l&#226;cher, puis soudain enfon&#231;ant jusqu'&#224; la cheville [&#8230;] et enfin, ext&#233;nu&#233;, long &#224; reprendre son souffle, &#224; l'abri de nouveau des hautes foug&#232;res, contemplant l'innocente et perfide clairi&#232;re sur laquelle les ombres des arbres commen&#231;aient &#224; s'allonger, les deux m&#234;mes papillons blancs qui continuaient &#224; monter et descendre dans le soleil et les libellules &#233;tincelantes, horizontales, suspendues immobiles sur leurs ailes de m&#233;tal, changeant subitement de palier, de nouveau immobiles dans l'air immobile, et lui sentant monter en lui une esp&#232;ce de joie sauvage, de triomphe, de paix &#8212; &#187; (&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, II, p. 923-924).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jo&#235;lle Gleize&lt;/strong&gt; est membre du conseil d'administration de l'Association des Lecteurs de Claude Simon. Elle a co-dirig&#233; les &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la notice de l'&#233;dition de La Pl&#233;iade, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt; II, p. 1496.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soit les parties consacr&#233;es &#224; LSM et &#224; sa descendance, la vieille dame, le narrateur. On rencontre beaucoup moins d'&#233;bauches d'histoires dans les parties II et IV, centr&#233;es l'une sur l'escadron puis le brigadier, l'autre sur le personnage de O. (Orwell).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est l&#224; un titre attest&#233; dans les brouillons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; En pleine Terreur, il est &#233;lu secr&#233;taire de la Convention et sauve une royaliste qu'il &#233;pousera en secondes noces. &#187; (p. 656).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette rencontre, voir le bel article de David Zemmour : &#171; &#8220;Bref carrefour nocturne&#8221; : Quand Jean-Pierre rencontre Jean-Marie ou l'entrevue des deux fr&#232;res dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, p. 23-31, dans &lt;i&gt;Claude Simon. Rencontres&lt;/i&gt;, Anne-Lise Blanc et Fran&#231;oise Mignon dir., Perpignan, &#233;ditions Trabucaire et Presses universitaires de Perpignan, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Et lui (lui, l'ancien capitaine de bombardier, l'ex-d&#233;put&#233; de la Montagne [&#8230;] &#187; (p. 885) ; &#171; Et cette morte, Marianne [&#8230;], (p. 895) ; &#171; Et l'autre, cette seconde femme, la royaliste, (cette Ad&#233;la&#239;de [&#8230;] (p. 896) ; &#171; Et ce fr&#232;re ! [&#8230;] (p. 911) ; &#171; &#192; Batti, &#224; elle [&#8230;] (p. 912) ; Elle donc (Batti) [&#8230;] (p. 949).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'aventure de O. est compar&#233;e &#224; un roman dont le narrateur serait le mort lui-m&#234;me, et l'auteur l'Histoire ; un auteur &#171; surpassant par sa fac&#233;tieuse perversit&#233; ces auteurs qui se divertissent &#224; plonger le lecteur dans la confusion en attribuant plusieurs noms au m&#234;me personnage ou, inversement, le m&#234;me nom &#224; des protagonistes divers, et comme toujours agissant (l'Histoire) avec sa terrifiante d&#233;mesure, son incr&#233;dible et pesant humour &#187; (p. 868-9).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'&#233;dition Pl&#233;iade, note 25, p. 1551.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gleize, Jo&#235;lle, &#171; La d&#233;taille et le d&#233;tail : sur L'Acacia &#187; (1999)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-La-detaille-et-le-detail-sur-L-Acacia-1999.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-La-detaille-et-le-detail-sur-L-Acacia-1999.html</guid>
		<dc:date>2017-11-11T21:45:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Gleize, Jo&#235;lle</dc:subject>
		<dc:subject>Composition</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Fragment</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; Jo&#235;lle Gleize. &#171; La d&#233;taille et le d&#233;tail : sur L'Acacia de Claude Simon &#187;. &#201;tude sur la po&#233;tique simonienne du d&#233;tail dans L'Acacia, parue pour la premi&#232;re fois en 1999, dans La Licorne : Le D&#233;tail. La Licorne. Hors s&#233;rie - Colloques VII. &#201;tudes r&#233;unies par Liliane Louvel. UFR Langues Litt&#233;ratures de Poitiers / MSHS, 1999, p. 205-216. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le dessin que Claude Simon place en ouverture d'Orion aveugle, il a repr&#233;sent&#233; sa table de travail, devant une fen&#234;tre, ouverte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-articles-.html" rel="directory"&gt;Articles &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gleize-Joelle-+.html" rel="tag"&gt;Gleize, Jo&#235;lle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Composition-+.html" rel="tag"&gt;Composition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Lecture-+.html" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Fragment-+.html" rel="tag"&gt;Fragment&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jo&#235;lle Gleize. &#171; La d&#233;taille et le d&#233;tail : sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;.&lt;br/&gt;
&#201;tude sur la po&#233;tique simonienne du d&#233;tail dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, parue pour la premi&#232;re fois en 1999, dans &lt;i&gt;La Licorne&lt;/i&gt; :&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Le D&#233;tail. La Licorne&lt;/i&gt;. Hors s&#233;rie - Colloques VII. &#201;tudes r&#233;unies par Liliane Louvel. UFR Langues Litt&#233;ratures de Poitiers / MSHS, 1999, p. 205-216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-Main-ecrivant-Paris.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dessin que Claude Simon place en ouverture d'&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, il a repr&#233;sent&#233; sa table de travail, devant une fen&#234;tre, ouverte sur une rue bord&#233;e d'immeubles. Sur cette table, des instruments de travail : aupr&#232;s d'une lampe, une boite d'allumettes, une coquille Saint-Jacques, un livre sur lequel est pos&#233;e une image, un paquet de cigarettes, un stylo, et au premier plan une main &#233;crivant. La pr&#233;cision est remarquable ; celle du dessin des briques sur le mur de la maison voisine, comme celle du paquet de cigarettes Players ; comme celle enfin de l'image, qui est le dessin d'un d&#233;tail, celui d'une &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Piero-della-Francesca-167.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fresque de Piero della Francesca&lt;/a&gt;, la &lt;i&gt;Victoire d'H&#233;raclius contre Chosro&#232;s&lt;/i&gt;, d&#233;tail souvent reproduit, et connu des lecteurs de Simon parce que d&#233;crit dans &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;. Tous ou presque tous les &#233;l&#233;ments d'une po&#233;tique du d&#233;tail sont l&#224; : le traitement &#233;galitaire des objets et du sujet humain, tenu hors champ : &#171; L'homme n'est plus le centre du monde mais parmi les choses &#187; dit volontiers C. Simon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'inlassable r&#233;a(e)ncrage du v&#233;cu &#187;. Entretien avec Claude Simon, Claude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui porte la m&#234;me attention minutieuse &#224; tout ce qui est, humain ou non, essentiel ou non ; le d&#233;tail pr&#233;lev&#233; sur l'ensemble auquel il appartient et qu'il &#233;voque ou dont il convoque le souvenir ; d&#233;tail singulier par l'impassibilit&#233; du trompette au milieu d'un corps &#224; corps dont certains &#233;l&#233;ments se devinent sur le dessin du romancier, d&#233;tail cit&#233; et transpos&#233; dans l'&#233;criture, le d&#233;tail pictural devenu d&#233;tail textuel, lu et r&#233;&#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La citation se redouble du fait que le d&#233;coupage de ce d&#233;tail est celui-l&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tour par ce dessin me permet de figurer mon propos ; plusieurs questions seront articul&#233;es qui pourraient se r&#233;duire &#224; celle-ci : il semble &#233;vident d'envisager l'&#233;criture de C. Simon comme une &#233;criture du d&#233;tail, ou qui d&#233;taille, mais aussi simultan&#233;ment, de se poser la question de ce que devient le d&#233;tail quand le d&#233;tail est partout, quand il n'y a que des d&#233;tails, depuis les foisonnantes narrations-descriptions de mati&#232;res, de lieux, d'objets ou de sensations jusqu'&#224; l'&#233;lection de tel &#233;pisode pr&#233;cis (la mort d'un officier par exemple ou l'an&#233;antissement d'un escadron) pour en faire le noyau d'une exp&#233;rience v&#233;cue de la seconde guerre mondiale et le centre organisateur d'un roman.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On parle souvent, &#224; propos de son &#339;uvre, d'&#233;criture fragmentaire, de fragment plut&#244;t que de d&#233;tail, et il faudra aussi interroger cet &#233;cart, sa pertinence. Je le ferai en me pla&#231;ant moins dans la perspective de l'&#233;criture que dans celle de la lecture. Dans une &#233;criture qui proc&#232;de par montage de fragments, quelles sont les fonctions du d&#233;tail, des d&#233;tails ? Quels sont les effets sur la lecture d'une &#233;criture qui d&#233;taille, qui d&#233;veloppe et pr&#233;cise ou qui isole et souligne un &#233;l&#233;ment sans souci d'une hi&#233;rarchie convenue ? Quelle est la lecture qui s'invente l&#224;, &#224; partir de ce bouleversement dans l'accentuation des &#233;l&#233;ments, dans leur scansion, leur rythme ? J'ai choisi de me poser ces questions &#224; propos de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, le dernier roman de Simon au moment o&#249; j'ai commenc&#233; ce travail. C'est qu'il me semble t&#233;moigner, apr&#232;s et dans la m&#234;me voie que &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, d'une relation sp&#233;cifique au d&#233;tail, et sp&#233;cifique d'une &#233;criture de la discontinuit&#233; et du montage.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;peindre&#034;&gt;Peindre le d&#233;tail&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le dessin d'&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; permet aussi d'interroger pour commencer, le parall&#233;lisme qu'&#233;tablit Simon entre peinture et litt&#233;rature, lui qui fait volontiers r&#233;f&#233;rence &#224; la peinture de la Renaissance flamande, allemande ou italienne, Bruegel, D&#252;rer, Uccello, Piero della Francesca, peinture qui ne souscrit pas &#224; une hi&#233;rarchie classique du d&#233;tail soumis aux imp&#233;ratifs du &#171; tout ensemble &#187;. Au cours du colloque consacr&#233; &#224; son &#339;uvre &#224; Cerisy en 1975, un lecteur interrogea C. Simon sur la signification de la description d'une porte de poulailler dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;. &#192; cette question de la place accord&#233;e &#224; un d&#233;tail, l'&#233;crivain r&#233;pondit par une double r&#233;f&#233;rence picturale : la premi&#232;re aux peintres de la Renaissance pour qui &#171; le &#8220;sujet&#8221; d'un tableau [...] ne sert que de pr&#233;texte &#224; la peinture de paysages ou d'architectures au milieu desquelles on distingue &#224; peine, minuscule, la sc&#232;ne qui donne son titre &#224; l'&#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Simon &#224; la question &#187;, dans Claude Simon, colloque de Cerisy, U.G.E. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On sait que C. Simon cite souvent &lt;i&gt;La Chute d'Icare&lt;/i&gt; de Bruegel, o&#249; le sens m&#234;me de l'&#339;uvre est de transformer en d&#233;tail marginal la figure mythique alors que le travail de la terre occupe le premier plan, jouant ainsi de la hi&#233;rarchie classique pour la contester. L'autre r&#233;f&#233;rence picturale faite alors par Simon et r&#233;currente dans ses entretiens, est une modernit&#233; qui commence avec C&#233;zanne on Van Gogh et se poursuit avec &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dubuffet-Jean.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dubuffet&lt;/a&gt; et qui prend pour sujet des &#233;l&#233;ments n&#233;gligeables de la r&#233;alit&#233;. Dubuffet &#233;crit : &#171; La chauss&#233;e la plus d&#233;nu&#233;e de tout accident et de toute particularit&#233;, n'importe quel plancher sale ou terre nue poussi&#233;reuse auquel nul n'aurait l'id&#233;e de porter son regard &#8211; d&#233;lib&#233;r&#233;ment du moins &#8211; (encore moins de les peindre) sont pour moi nappes d'ivresse et de jubilation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catalogue Jean Dubuffet 1942-1960, Mus&#233;e des Arts d&#233;coratifs, p. 50.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir d'un m&#234;me refus d'une hi&#233;rarchie pr&#233;-&#233;tablie entre des &#233;l&#233;ments du monde en m&#234;me temps qu'entre les &#233;l&#233;ments de l'&#339;uvre, les solutions esth&#233;tiques apport&#233;es sont &#233;videmment diff&#233;rentes, les uns donnant &#224; chaque &#233;l&#233;ment du tableau une importance &#233;gale, et construisant le sens sur cette atteinte &#224; la hi&#233;rarchie, les autres constituant plus radicalement l'inessentiel ou l'infra-ordinaire en &#171; sujet &#187;, et opposant &#224; la qu&#234;te de sens, le silence de la mati&#232;re ou de l'objet. Par cette double r&#233;f&#233;rence (pr&#233;-classique et moderne), C. Simon porte le refus de toute hi&#233;rarchie convenue &#224; son comble dans un accord violent avec l'&#234;tre-l&#224; du monde. Sa r&#233;flexion sur le d&#233;tail s'inscrit ainsi dans un vaste et obstin&#233; mouvement de revalorisation de ce qui &#233;tait tenu pour n&#233;gligeable, mouvement amorc&#233; par Balzac et Flaubert, et poursuivi, prolong&#233; par Proust ou par Perec, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;f&#233;rences cependant ne rendent compte que d'un aspect de sa po&#233;tique du d&#233;tail, la part critique en quelque sorte, contestation de la hi&#233;rarchie entre les divers &#233;l&#233;ments de l'&#339;uvre litt&#233;raire, que C. Simon radicalise significativement. C'est une autre s&#233;rie de r&#233;f&#233;rences picturales qui permet de mieux cerner la sp&#233;cificit&#233; de son apport, celle que d&#233;ploie &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; dont le texte se ponctue de reproductions d'&#339;uvres qui sont pour la plupart des montages, des collages (&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Rauschenberg-Robert.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Rauschenberg&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Nevelson-Louise.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Louise Nevelson&lt;/a&gt;, Arman) et o&#249; le traitement esth&#233;tique &#233;galitaire des d&#233;tails s'articule &#224; leur mise en &#233;chos r&#233;ciproques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dernier livre de C. Simon, Le Jardin des Plantes, rel&#232;ve, lui aussi, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En instaurant un r&#233;seau d'analogies, ou d'oppositions, en tissant des relations s&#233;mantiques et formelles &#233;troites entre les diverses parties de l'&#339;uvre, celle-ci se dote d'une unit&#233; fond&#233;e sur un ordre autre, et produit par l&#224; m&#234;me un bouleversement dans la lecture du ou des d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;ecrire&#034;&gt;&#201;crire le d&#233;tail&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;tique du d&#233;tail de C. Simon s'ancre donc dans une r&#233;flexion sur la peinture mais elle se fait dans la litt&#233;rature et l'&#339;uvre litt&#233;raire &#8211; son &#233;criture et bien plus encore sa lecture &#8211; a affaire au temps plus encore qu'&#224; l'espace. C. Simon d&#233;plore et combat cette obligation qu'a l'&#233;criture de se donner &#224; lire dans la successivit&#233; et non, comme la peinture, dans la simultan&#233;it&#233;. Si la s&#233;lection d'un d&#233;tail (petit pan de mur jaune ou page musicien) est facile et quasi licite dans le regard port&#233; sur l'&#339;uvre picturale, qui se rapproche ou s'&#233;loigne ais&#233;ment, la m&#234;me op&#233;ration appliqu&#233;e &#224; l'&#339;uvre litt&#233;raire devient probl&#233;matique. Ecrire mais aussi bien lire, c'est g&#233;rer et g&#233;rer dans le temps cette tension entre attention port&#233;e au d&#233;tail et &#171; vision &#187; (anticipation et rem&#233;moration tout &#224; la fois) de l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si lire, c'est lier, construire une coh&#233;rence, tout lecteur est amen&#233; &#224; faire des hypoth&#232;ses sur l'important et l'accessoire. Balzac, Flaubert, Stendhal lui-m&#234;me nous ont depuis longtemps appris que les d&#233;tails (narratifs ou descriptifs) avaient leur importance pour l'interpr&#233;tation et la compr&#233;hension d'une &#233;criture. Proust nous a &#233;galement enseign&#233; &#224; voir dans le d&#233;tail d'une impression la mati&#232;re m&#234;me de l'&#339;uvre, et les livres de C. Simon travaillent &#224; cette m&#234;me et toujours diff&#233;rente transformation des habitudes de lecture. En quoi l'activit&#233; de &#171; d&#233;taille &#187; intervient-elle dans la lecture ? Dans la lecture du sp&#233;cialiste, in&#233;vitablement, mais aussi et surtout dans la lecture ordinaire, la premi&#232;re lecture, ou plut&#244;t une reconstitution approximative de premi&#232;re lecture de ce texte qu'est &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, en m&#234;me temps que de la relecture ou des relectures fragmentaires qu'elle suppose. Il ne s'agit pas de rendre compte d'une fascination devant tel ou tel d&#233;tail, ce que Roland Barthes, retenant d'une photographie le ou les d&#233;tails qui le touchent, nomme &#171; punctum &#187;. Plus que les d&#233;tails poignants, ce sont les d&#233;tails saillants qui me retiendront, saillants en ce qu'ils sont soulign&#233;s par une disposition particuli&#232;re ou en ce que leur nombre conf&#232;re une place particuli&#232;re &#224; ce (objet, personnage ou action) qu'ils contribuent &#224; d&#233;crire. Est-ce &#224; dire qu'il y aurait un d&#233;tail &#171; objectif &#187; ? un d&#233;tail en dehors du regard ou de la lecture qui le d&#233;clare ou d&#233;montre tel ? La difficult&#233; peut &#234;tre lev&#233;e par l'hypoth&#232;se qu'existent dans le texte des d&#233;tails exhib&#233;s comme secondaires, et par-l&#224; m&#234;me &#233;videmment r&#233;cus&#233;s comme insignifiants.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La notion de d&#233;tail se pr&#234;te &#224; un double usage : d&#233;tail-&#233;l&#233;ment d'une &#339;uvre &#224; laquelle il s'int&#232;gre et dans laquelle il remplit certaines fonctions, accessoires ou essentielles ; et acte de d&#233;tailler, ou encore d&#233;taille, n&#233;ologisme qui veut rendre compte d'un geste, d'un faire, d'un processus de d&#233;pliement des composantes ou qualifications d'un objet au sens tr&#232;s g&#233;n&#233;ral du terme. Dans la perspective adopt&#233;e ici : l'&#233;tude des parcours de lecture inscrits dans l'&#339;uvre, des proc&#233;dures de liaison et de d&#233;liaison qu'un texte propose et am&#232;ne son lecteur &#224; adopter, il semble que l'une et l'autre acceptions ne produisent pas les m&#234;mes effets.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;d&#233;route&#034;&gt;D&#233;taille et d&#233;route du lecteur&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Devant cette &#233;criture qui d&#233;taille, pr&#233;cise, d&#233;veloppe, &#233;num&#232;re, corrige, il semble tout d'abord que la m&#233;morisation, la synth&#232;se et donc la progression dans la lecture soit d&#233;lib&#233;r&#233;ment entrav&#233;e. Mais ce que la poursuite de la lecture fait appara&#238;tre, c'est que le d&#233;tail peut aider la lecture autant que l'&#233;garer. Ce qui n'&#233;tonnera gu&#232;re dans une &#339;uvre tendue vers l'organisation toujours recommenc&#233;e d'un chaos initial aussi fascinant que mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Partons de l'impression premi&#232;re &#224; l'entr&#233;e de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, dans cette premi&#232;re lecture que je reconstruis. La profusion des d&#233;tails descriptifs associ&#233;e &#224; l'absence de toute donn&#233;e informative &#8211; non pas sur la datation, cette fois pr&#233;cis&#233;e en titre de chapitre &#8211; mais sur le lieu et les motivations des personnages qui y errent, ne peut appara&#238;tre d'abord que comme un facteur d'&#233;garement, un obstacle &#224; l'anticipation. L'errance des personnages, &#224; la recherche d'indices improbables dans le champ de ruines laiss&#233; par la guerre, guid&#233;s par quelques vagues indications donn&#233;es au dos de cartes postales, est m&#233;taphore de cette errance du lecteur plus encore que de celle de l'&#233;crivain dont on sait qu'il compare souvent son travail &#224; la marche t&#226;tonnante d'un Orion aveugle. Car ce n'est qu'au moment o&#249; cette errance prend fin, en m&#234;me temps que le chapitre, que le lecteur comprend l'objet de leur qu&#234;te : l'emplacement &#224; jamais incertain de la tombe de leur mari, fr&#232;re et p&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'errance est fr&#233;quemment th&#233;matis&#233;e au d&#233;but des romans de Simon, ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du fait de la composition fragmentaire du roman, montage de chapitres titr&#233;s d'une date, dans un ordre non chronologique qui fait alterner deux s&#233;ries qui se situent (pour le dire vite) l'une autour de la premi&#232;re, l'autre autour de la seconde guerre mondiale, cette errance initiale est &#224; recommencer au d&#233;but de l'autre s&#233;rie, et m&#234;me &#224; chaque d&#233;but de chapitre, puisque chacun forme une unit&#233; et semble se clore sur lui-m&#234;me. Pour chaque chapitre, et en particulier pour le chapitre onze, le plus h&#233;t&#233;rog&#232;ne, le lecteur doit r&#233;partir les fragments selon les espaces-temps dont ils rel&#232;vent. Le fragmentaire fait &#233;chec &#224; toute tentative pour pr&#233;voir, pour construire hypoth&#233;tiquement un futur de la lecture qui permettrait de juger de l'importance relative des &#233;l&#233;ments du texte. L'appr&#233;hension de l'ensemble est entrav&#233;e par la relative autonomie des chapitres, comme par la prolif&#233;ration des d&#233;tails &#224; l'int&#233;rieur de chacun, dont certains constituent de v&#233;ritables &#233;tudes de d&#233;tail, au sens o&#249; on l'entend en peinture. L'entrave &#224; la construction d'hypoth&#232;ses de lecture provient aussi de ce parti pris esth&#233;tique d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, ce parti pris du d&#233;tail qu'Elie Faure reproche &#224; D&#252;rer. Dans &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, ce reproche de l'historien d'art est qualifi&#233; d'&#171; incurable b&#234;tise fran&#231;aise &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tout pour l'artiste allemand est au m&#234;me plan dans la nature le d&#233;tail masque toujours l'ensemble leur univers n'est pas continu mais fait de fragments juxtapos&#233;s on les voit dans leurs tableaux donner autant d'importance &#224; une hallebarde qu'&#224; un visage humain &#224; une pierre inerte qu'&#224; un corps en mouvement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bataille de Pharsale, Editions de Minuit, p. 238. La seconde citation est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi sur les quatre pages consacr&#233;es &#224; l'&#233;vocation, par le r&#233;serviste mobilis&#233;, de son voyage en Espagne trois ans auparavant, la description d'un drapeau d&#233;tremp&#233; par la pluie aper&#231;u dans une gare occupe plus d'une demi-page, quand le jugement global port&#233; sur ce qu'il a vu &#224; Barcelone tient en quatre adjectifs d'une phrase parenth&#233;tique : &#171; (il n'avait fallu au voyageur muni d'un vrai faux laisser-passer que quelques jours pour voir ce qu'il voulait voir, savoir ce qu'il voulait savoir : c'&#233;tait &#224; la fois path&#233;tique, na&#239;f, furieux, navrant)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Acacia. Les &#201;ditions de Minuit, 1989, p. 193-194. La pagination des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La hi&#233;rarchie entre l'essentiel et l'accessoire se fait ici par l'extension donn&#233;e &#224; un d&#233;tail-embl&#234;me, qui vaut pour une description plus g&#233;n&#233;rale de la situation. Donner &#224; voir ou plut&#244;t &#224; se figurer le drapeau &#171; imbib&#233; d'eau et pendant lourdement mi-partie rouge et noir selon la diagonale du rectangle (le noir du deuil, du d&#233;sespoir, de la mort) &#187; (p. 194) suffit pour le donner &#224; comprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le passage se r&#233;f&#232;re &#233;galement au Palace, bien s&#251;r, faisant l'&#233;conomie de ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Comme la mort du colonel, faisant face, sabre au clair, au tireur embusqu&#233;, est embl&#233;matique de la d&#233;risoire confrontation des arm&#233;es fran&#231;aise et allemande en mai 1940. L'Histoire vue par un regard singulier, ac&#233;r&#233;, qui d&#233;coupe, d&#233;limite, puis m&#233;tamorphose ces fragments en en reprenant inlassablement la mise en mots. D&#233;tail r&#233;p&#233;t&#233; et g&#233;n&#233;rant lui-m&#234;me d'autres d&#233;tails, par la multiplication ou la d&#233;composition en ses diff&#233;rentes composantes d'une sensation, d'une action, d'un objet ou d'un corps. D&#233;tail devenu capital.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;tailler est &#224; l'&#233;vidence dans la logique m&#234;me de l'&#233;criture de C. Simon : parce qu'il pr&#233;f&#232;re d&#233;crire avant de d&#233;nommer, comme ce &#171; quelque chose tout entier en plans et en angles, grossi&#232;rement fait de t&#244;les rivet&#233;es, semblable &#224; une sorte de crustac&#233;, sauf que &#231;a a la taille d'un camion &#187; (p. 92), ce blind&#233; apparu au-dessus d'une haie ; parce qu'il pr&#233;f&#232;re des formules p&#233;riphrastiques aux noms propres, qui figent ou fixent la r&#233;f&#233;rence ; parce qu'il proc&#232;de constamment par analogie, pour assimiler ou diff&#233;rencier : &#171; cette fois sans n&#339;ud papillon ni veste de tweed mais v&#234;tu (ou plut&#244;t d&#233;guis&#233; &#224; l'aide) d'un vieux blouson &#187; (p. 191) ; parce que toute comparaison peut &#224; son tour &#234;tre d&#233;velopp&#233;e en description ou narration, parce que toute mise en mots d'une sensation, d'un souvenir, ne peut &#234;tre qu'approch&#233;e, par t&#226;tonnements, pas &#224; pas. Ce d&#233;pliement toujours possible de chaque action, ce d&#233;ploiement toujours possible de chaque mot, cette addition toujours possible d'une qualification, d'une incise, qui emporte le lecteur dans une d&#233;rive &#224; laquelle il peut s'abandonner avec le plaisir d'une attente toujours surprise, mais aussi o&#249; il peut perdre pied et &#234;tre contraint &#224; revenir &#224; une bifurcation pr&#233;c&#233;dente pour retrouver le fil, c'est sans doute cela qui frappe d'abord le lecteur de ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toute formulation est susceptible d'&#234;tre corrig&#233;e, nuanc&#233;e, pr&#233;cis&#233;e. L'&#233;criture de Simon, comme celle de Proust, proc&#232;de par addition, et int&#232;gre &#224; sa forme d&#233;finitive les efforts vers une formulation plus ad&#233;quate. Cette &#233;criture nous fait assister &#224; la gen&#232;se de ces d&#233;tails ; elle rend visible, lisible, l'engendrement de la pr&#233;cision, de la digression, la fabrique, non pas du d&#233;tail, mais de la d&#233;taille. En exemple, la fin du chapitre IX : une description de la jeune m&#232;re qui ne se sait pas encore veuve engendre une comparaison avec un buste de sainte enfermant une relique, ce qui par diff&#233;renciation m&#232;ne &#224; l'absence de tombe pour le p&#232;re et par diff&#233;rence encore au substitut de pierre tombale que constitue le faire-part de d&#233;c&#232;s, qui comporte une citation &#224; partir de laquelle le narrateur tente de reconstituer la sc&#232;ne o&#249; la m&#232;re re&#231;oit l'annonce de cette mort et crie peut-&#234;tre cette phrase. Dans un m&#234;me flux, se disent la douleur de l'attente, en anticipation, celle du deuil impossible, et enfin le d&#233;chirement supr&#234;me provoqu&#233; par l'annonce. Le lecteur, celui qui relit, peut avoir l'illusion de suivre le processus de la d&#233;taille : mais l'illusion seulement, car cette &#233;criture qui semble ne se corriger qu'en ajoutant, comme la parole, est la plus &#233;crite qui soit, et n'a &#233;videmment qu'un tr&#232;s lointain rapport avec la premi&#232;re venue du texte. La phrase simonienne donne au lecteur l'impression d'assister &#224; son d&#233;veloppement par approximations successives, par ajouts et incises, par rappels et anticipations ; elle lui offre g&#233;n&#233;reusement l'illusion d'accompagner sa mise en mots, sa mise en forme. Et l'errance du lecteur se justifie en quelque sorte de mimer celle de l'&#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;po&#233;tique&#034;&gt;Vers une po&#233;tique du d&#233;tail&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La critique a depuis longtemps soulign&#233; ce qu'avait de d&#233;sorganisateur pour tous les ordres romanesques &#233;tablis (spatial, temporel, g&#233;n&#233;alogique, etc) le texte simonien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Ricardou,&#171; Un ordre dans la d&#233;b&#226;cle &#187;, postface de l'&#233;dition de La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : on parle souvent &#224; son propos de d&#233;composition, de d&#233;sint&#233;gration, pour rendre compte de cet effet de dispersion produit par la prolif&#233;ration des d&#233;tails, la difficult&#233; &#224; ma&#238;triser cette profusion, &#224; comprendre sa logique. Il faut insister sur le versant compl&#233;mentaire et n&#233;cessairement compl&#233;mentaire de cette fragmentation et de cette dispersion : la structuration, la recomposition d'un ordre autre, diff&#233;rent. Et cette perspective formelle ne doit pas faire oublier l'enjeu de cette po&#233;tique de la d&#233;taille et du d&#233;tail : un certain regard sur le monde, tout &#224; la fois avide et d&#233;senchant&#233;, qui ne cherche pas &#224; lui donner un sens mais &#224; en faire &#339;uvre, ce qui est bien aussi instituer un sens, mais pluriel.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Faire &#339;uvre, c'est composer, inventer un ordre, et le donner &#224; lire. Outre les c&#233;l&#232;bres &#171; donc &#187;, ou les parenth&#232;ses pr&#233;cisant le r&#233;f&#233;rent d'un pronom qui ponctuent les phrases longues, le soutien majeur &#224; la ma&#238;trise des d&#233;tails prolif&#233;rants n'est pas d'ordre stylistique : il s'agit plut&#244;t de la perspective adopt&#233;e, de la focalisation interne de la narration-description. Perspective du personnage du r&#233;serviste-brigadier dans les chapitres concernant &#171; l'&#233;trange d&#233;faite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la formule par laquelle Marc Bloch titre son livre sur la d&#233;b&#226;cle.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et dans les autres, perspective d'un narrateur s'effor&#231;ant de reconstituer, de s'imaginer, &#224; partir de documents fragmentaires, de r&#233;cits lacunaires, de traces d&#233;risoires, des moments du pass&#233; de parents disparus. Ainsi associ&#233;e &#224; une focalisation interne, la description d&#233;taill&#233;e se voit motiv&#233;e par un &#233;tat psychologique particulier d'&#233;motion intense : la vision rapproch&#233;e, celle &#171; des triangles, des polygones, des cailloux, des menus brins d'herbe, l'empierrement du chemin o&#249; il se tient maintenant &#224; quatre pattes, comme un chien &#187; (p. 90) ou le regard en arr&#234;t sur un objet, comme ce couvercle de bo&#238;te de cirage que referme le brigadier au moment o&#249; arrive l'ordre d'alerte (p. 260).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'acuit&#233; perceptive visuelle ou auditive, multipli&#233;e par le danger, du brigadier devenu gibier et animal, s'oppose &#224; la vision floue de la femme (la m&#232;re) qui revient d'Afrique et sait ou pressent ce qui l'attend. &#171; Elle ne voit pas la foule. Elle voit un confus amas de particules multicolores, claires ou fonc&#233;es, agglutin&#233;es et mouvantes. &#187;(p. 149) C'est dans le monde de la fiction que se situe ici le regard qui d&#233;taille, ou d&#233;compose, avec avidit&#233; et pr&#233;cision ou &#224; l'inverse celui qui refuse de voir, de reconna&#238;tre le monde. La lecture, qui proc&#232;de par synth&#232;ses partielles successives, trouve ainsi un point d'o&#249; op&#233;rer cette synth&#232;se, r&#233;duire la dispersion, mettre en perspective. Parfois le texte lui-m&#234;me couronne une &#233;num&#233;ration d'une formulation synth&#233;tique, comme cet &#171; h&#233;t&#233;roclite butin arrach&#233; &#224; des mondes barbares &#187; (p. 83) qui somme la description des objets offerts par l'officier de marine &#224; ses deux s&#339;urs. Un battement, un rythme s'instaure pour le lecteur entre dispersion et concentration.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notons d'ailleurs que ce qui para&#238;t s'opposer &#224; cette vision rapproch&#233;e et que le texte nomme une &#171; perspective t&#233;lescopique &#187; (p. 165), va dans le sens de la dispersion et du multiple et non de la concentration. Il s'agit d'un &#233;l&#233;ment soudainement per&#231;u dans un ensemble o&#249; sa singularit&#233; s'annule en se multipliant : le r&#233;serviste mobilis&#233; &#171; pensant &#224; tous les trains qui roulaient en ce m&#234;me moment dans la nuit, acheminant leur cargaison de peur &#187;, &#171; comme si d'un bout &#224; l'autre de l'Europe la terre obscure &#233;tait en train de trembler sous les innombrables convois emport&#233;s dans la nuit, remplissant le silence d'un unique, inaudible et inqui&#233;tant tonnerre &#187; (p. 169 et 170). La vision t&#233;l&#233;scopique, loin de mener &#224; une synth&#232;se, provoque le vertige de celui qui per&#231;oit le multiple, et comme infime d&#233;tail ce qu'il envisageait comme unit&#233; singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce changement de perspective est proche du battement instaur&#233; entre le premier plan et la toile de fond, comparaison picturale souvent pr&#233;sente et dont l'effet le plus notable n'est pas de faire ressortir le ou les d&#233;tails sur le fond mais de les y noyer. La dissolution d'un objet ou personnage dans un arri&#232;re plan revient de fa&#231;on tout aussi r&#233;currente que le surgissement d'un objet ou d'un personnage se mat&#233;rialisant &#224; partir de rien, souvent comment&#233;. La mort est figur&#233;e comme engloutissement et disparition, exact envers de l'op&#233;ration de d&#233;taille qui fait exister par l'&#233;num&#233;ration : ainsi le texte d&#233;taille les diff&#233;rentes composantes de l'arm&#233;e avant qu'elles soient toutes unies dans un m&#234;me engloutissement : &#171; tous, les uns apr&#232;s les autres, d&#233;vers&#233;s, engloutis, disparus sans laisser de traces &#187; (p. 39). Ce battement constitue une variante stylistique du battement fr&#233;quemment th&#233;matis&#233; dans les romans de Simon de l'apparition / disparition, lui-m&#234;me variation sur le rythme essentiel de la vie et de la mort. Ce qui est d&#233;crit comme impression d'an&#233;antissement dans le monde de la fiction peut correspondre, dans l'exp&#233;rience du lecteur, &#224; un moment de ma&#238;trise de la multiplicit&#233; ou de la dispersion. Pour le lecteur qui relit cependant, le flux de la d&#233;taille peut faire retrouver un peu de la jouissance de voir et dire le monde qui est celle de l'&#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'engloutissement des d&#233;tails dans un arri&#232;re plan de pluie ou de nuit s'opposent, tr&#232;s rares, des moments o&#249; &#224; l'inverse, un &#233;quilibre s'instaure entre l'&#233;l&#233;ment singulier, le ou les d&#233;tails, et le fond, dans une sorte de mise en valeur r&#233;ciproque. Cela correspond dans le monde de la fiction &#224; de brefs instants de r&#233;pit, voire de revanche de la vie. Ainsi pour le brigadier momentan&#233;ment en s&#233;curit&#233; sous le couvert de la for&#234;t, le chant du coucou se d&#233;tache sur un fond de silence qu'il donne &#224; percevoir et &#224; d&#233;crire comme fait de &#171; menus bruits &#187;, et ce fond lui-m&#234;me laisse place &#224; quelque chose de plus primordial, de plus &#233;l&#233;mentaire que les bruits de la vie de la for&#234;t, le seul (bruit de) fond qui soit &#224; la fois multiple et continu, et qui s'oppose &#224; la discontinuit&#233; mortif&#232;re des bruits de la guerre, &#171; une vaste rumeur &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; continue, indiff&#233;rente, l'invisible et triomphale pouss&#233;e de la s&#232;ve, l'imperceptible et lent d&#233;pliement dans la lumi&#232;re des bourgeons, des corolles, des feuilles aux pliures compliqu&#233;es, s'ouvrant, se d&#233;froissant, s'&#233;panouissant, palpitant, fragiles, invincibles et vert tendre. &#187; (p. 98)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'effet de dispersion de l'attention produit par la d&#233;taille est ainsi contrebalanc&#233; par des mouvements de sommation, de concentration, selon un rythme proche de celui du regard (humain ou m&#233;canique) qui accommode sur le d&#233;tail ou sur l'ensemble, sur le premier ou sur l'arri&#232;re-plan. L'emportement d'un mouvement de pr&#233;cision, de variation, de diff&#233;renciation qui s'enfle puis se r&#233;duit et s'apaise dans le repos d'une totalisation partielle est essentiel au rythme de la lecture comme de l'&#233;criture simonienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;liaison&#034;&gt;Le d&#233;tail, la lecture et la liaison&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si nous envisageons maintenant non plus l'acte de d&#233;taille mais cet &#233;l&#233;ment plus ou moins isol&#233; ou int&#233;gr&#233; qu'est le d&#233;tail, le d&#233;tail (au) singulier, le d&#233;tail insolite parfois, celui que d&#233;coupe, met en relief l'&#233;criture et auquel s'accroche le regard du lecteur, c'est pour nous interroger sur ses fonctions dans l'avanc&#233;e de la lecture et dans les synth&#232;ses successives qu'elle &#233;labore par la m&#233;morisation de ce qui a &#233;t&#233; lu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans sa recherche de coh&#233;rence, le lecteur se trouve contraint &#224; des choix : d'abord celui de construire des coh&#233;rences partielles, ainsi pour &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, au niveau du chapitre ( au d&#233;but des &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt; et dans des romans comme &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, les unit&#233;s sont beaucoup plus courtes). Ensuite, il n'est pas besoin d'&#233;laborer des hypoth&#232;ses sur une issue possible &#224; telle ou telle suite d'actions, puisque le plus souvent c'est &#224; rebours que les &#233;v&#233;nements sont pr&#233;sent&#233;s. Inutile donc de distinguer l'essentiel de l'accessoire d'un point de vue di&#233;g&#233;tique. En revanche le lecteur doit, pour construire des coh&#233;rences, s'appuyer sur d'autres &#233;l&#233;ments que ceux auxquels il peut &#234;tre habitu&#233; (la r&#233;currence des noms propres des personnages, des indications sur le temps et la localisation de l'histoire). Ces &#233;l&#233;ments faisant le plus souvent d&#233;faut, il prend assez vite conscience de ce que le seul recours possible est de l'ordre de l'accessoire, de la digression apparente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par l&#224; comme par bien d'autres points, la parent&#233; avec l'&#233;criture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou du d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pour identifier un m&#234;me personnage sous divers costumes et dans des chapitres disjoints (telles les formules r&#233;currentes : &#224; la barbe carr&#233;e, au regard de fa&#239;ence) ; pour simplement percevoir les articulations de l'histoire d'un personnage (le mariage de l'ex-brigadier par exemple) ; pour lier en une m&#234;me s&#233;rie les chapitres ou fragments de chapitres ; pour &#233;tablir un lien chronologique entre les fragments ; pour &#233;tablir un lien d'analogie ou d'opposition entre des situations, des personnages (exemple de la plaque de laiton donn&#233;e au p&#232;re et au fils) et pour lier les deux s&#233;ries entre elles, c'est le d&#233;tail, per&#231;u r&#233;trospectivement, qui est essentiel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De nombreux d&#233;tails structurants ne sont perceptibles qu'&#224; la relecture, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les d&#233;tails prennent ainsi une fonction de liaison et de liaison r&#233;trospective qui est confort&#233;e, dans la seconde moiti&#233; du livre, par des rappels, des r&#233;sum&#233;s ; ceux-ci tressent un r&#233;seau de plus en plus dense de liens textuels, comme s'il &#233;tait tenu compte de la m&#233;moire de travail du lecteur, et de ses oublis possibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; ce qui a &#233;t&#233; dit ne dispara&#238;t cependant pas de notre m&#233;moire mais y (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;acacia&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, espace-d&#233;tail&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans doute peut-on consid&#233;rer &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; comme le lieu privil&#233;gi&#233; d'un questionnement sur le d&#233;tail : un des titres envisag&#233;s par Simon en &#233;tait &#171; Compl&#233;ments d'information &#187;. C'est le livre tout entier qu'on peut en effet lire comme une expansion d&#233;taill&#233;e de l'&#233;criture g&#233;n&#233;alogique entreprise dans les textes pr&#233;c&#233;dents (&lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et surtout &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;). Sans que pour autant les reconstitutions propos&#233;es ne se donnent jamais pour autre chose que pour des hypoth&#232;ses. Ainsi du r&#233;cit de la mort du p&#232;re : les d&#233;tails manquant, les t&#233;moins comblent ce manque par un recours &#224; des mod&#232;les st&#233;r&#233;otyp&#233;s et id&#233;alis&#233;s, la balle re&#231;ue en plein front, la mort le dos contre un arbre ; et le narrateur &#233;labore alors une autre hypoth&#232;se &#224; laquelle des d&#233;tails sordides conf&#232;reraient plus de vraisemblance. Mais pas plus d'authenticit&#233;. Le leitmotiv de la fin de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; &#233;tait : comment savoir ? La m&#234;me question se pose ici et &#224; propos de la mort du p&#232;re. Dans ce fragment plac&#233; au centre du chapitre XI qui met en abyme la composition du livre, le doute est la seule r&#233;ponse possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une autre caract&#233;ristique de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; est son titre, dont le lecteur ne trouve la justification que dans le d&#233;tail des derni&#232;res lignes du texte, &#224; l'exemple de &lt;i&gt;La Chute d'Icare&lt;/i&gt; &#233;voqu&#233;e plus haut. On a souvent comment&#233; le renvoi citationnel qu'op&#232;re cette fin au d&#233;but d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;. S'il y a compl&#233;ment d'information, c'est l&#224;, dans les variantes de ce d&#233;tail qui renvoie au titre, &#224; l'&#339;uvre toute enti&#232;re et &#224; l'&#233;criture prenant ainsi une fonction de structuration capitale : cette fois la polys&#233;mie du mot feuille est exhib&#233;e, l'arbre est nomm&#233;, identifi&#233;. Les variantes de d&#233;tails d&#233;signent la fonction d'&#233;crivain donn&#233;e au protagoniste, et nomment non pas la personne mais l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sont donc surtout des d&#233;tails qui &#233;tablissent des corr&#233;lations, des mises en &#233;chos entre les fragments de l'&#339;uvre. Alors que le mot-carrefour, le d&#233;tail textuel d'&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; par exemple, est surtout un facteur de disjonction, il prend ici une valeur essentiellement constructive. On per&#231;oit sans doute mieux alors la n&#233;cessit&#233; de distinguer fragment et d&#233;tail, le d&#233;tail permettant de construire des liens de toutes natures, esth&#233;tiques, th&#233;matiques, chronologiques, formels, entre les &#233;l&#233;ments. Cette &#233;criture du d&#233;tail ne rel&#232;ve pas cependant d'une esth&#233;tique de la totalit&#233;, comme la pratique Balzac qui postule une Totalit&#233; inaccessible et n&#233;anmoins r&#234;v&#233;e. Loin de s'opposer &#224; une &#233;criture fragmentaire, &#224; une esth&#233;tique de l'inach&#232;vement, elle en fait partie int&#233;grante. M&#234;me si le fragment comprend un essentiel inach&#232;vement, il est simultan&#233;ment clos sur lui-m&#234;me, non comme totalit&#233; mais comme construction, composition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fragment simonien, ou le texte simonien comme ensemble inachev&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me sans doute, l'exigence fragmentaire telle que l'entend Blanchot ruinerait l'&#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Qu'elle (l'exigence fragmentaire) traverse, renverse, ruine l'&#339;uvre parce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais ce n'est pas le cas chez Simon pour qui &#171; &#233;crire, c'est composer &#187; ou encore &#171; &#233;crire consistant &#224; apporter un ordre, des priorit&#233;s (celui et celles qui d&#233;coulent de l'ordre des mots dans la phrase), &#224; &#233;tablir des hi&#233;rarchies...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Album d'un amateur, Ed. Rommerskirches, coll. &#034;Signatur&#034;, 1988, p. 15 ; &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et l'exigence de composition est compl&#233;mentaire de l'exigence fragmentaire, constituant la base du rythme observ&#233; plus haut entre un d&#233;tail structurant et une d&#233;taille d&#233;brid&#233;e, entre un ordre et un d&#233;sordre. Si la d&#233;taille est du c&#244;t&#233; de l'effervescent, du primordial, de la vie, mais aussi du chaos possible, le d&#233;tail est du c&#244;t&#233; de la structuration, de l'effort de ma&#238;trise, mais aussi du risque de scl&#233;rose. Et la conjonction toujours possible de deux c&#244;t&#233;s disjoints ne peut qu'&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne familier au grand lecteur de Proust qu'est C. Simon. L'&#233;criture donne ainsi &#224; ressentir par le lecteur cette victoire toujours menac&#233;e, toujours &#224; recommencer, sur le d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le retour progressif &#224; la vie du prisonnier &#233;vad&#233; passe par diff&#233;rentes phases, il retrouve le d&#233;sir sexuel, et, avant le d&#233;sir de lire, celui de &#171; dessiner, copier avec le plus d'exactitude possible, les feuilles d'un rameau, un roseau, une touffe d'herbe, des cailloux, ne n&#233;gligeant aucun d&#233;tail, aucune nervure, aucune dentelure, aucune strie, aucune cassure &#187; (p. 376). Puis dans un second temps : &#171; Il dessina les mouchetures form&#233;es par les &#233;cailles d'&#233;corce &#233;clat&#233;e, d'un vert gris, aux formes sinueuses d'&#238;les creus&#233;es de golfes, de baies, d&#233;chiquet&#233;es, poussant des caps &#187; (p. 377). Dans ce passage d'un mim&#233;tisme scrupuleux &#224; une sorte d'abstraction m&#233;taphorique, on peut voir aussi bien l'image du r&#244;le historique qu'a jou&#233; l'&#233;tude de d&#233;tail dans la conqu&#234;te des moyens de la repr&#233;sentation picturale, que l'image d'un cheminement plus personnel, d'une recherche d'imitation &#224; une exploration des possibilit&#233;s analogiques ou m&#233;taphoriques du dessin ou du langage. La d&#233;taille est ainsi donn&#233;e comme &#224; la naissance de l'&#233;criture. Et de la lecture aussi bien. Lorsque le lecteur referme le livre, il peut voir dans ses derni&#232;res lignes l'image m&#234;me de sa lecture et de son rythme,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les folioles ovales (de l'acacia) teint&#233;es d'un vert cru par la lumi&#232;re &#233;lectrique remuant par moments comme des aigrettes, comme anim&#233;es soudain d'un mouvement propre, comme si l'arbre tout entier se r&#233;veillait, s'&#233;brouait, se secouait, apr&#232;s quoi tout s'apaisait et elles reprenaient leur immobilit&#233; &#187; (p. 380),&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;de ce battement entre la dispersion d'un d&#233;tail multiple prolong&#233;e par des comparaisons et les moments de concentration et de ma&#238;trise d'une unit&#233; toujours fragmentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jo&#235;lle Gleize&lt;br/&gt;
Universit&#233; de Provence &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'inlassable r&#233;a(e)ncrage du v&#233;cu &#187;. Entretien avec Claude Simon, &lt;i&gt;Claude Simon, Chemins de la m&#233;moire&lt;/i&gt;, Mireille Calle dir., Editions Le Griffon d'argile et PUG, Saint Foy Qu&#233;bec et Grenoble, 1993, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La citation se redouble du fait que le d&#233;coupage de ce d&#233;tail est celui-l&#224; m&#234;me que l'on trouve dans l'ouvrage consacr&#233; &#224; Piero della Francesca qu'&#233;dite Skira, l'&#233;diteur d'&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Simon &#224; la question &#187;, dans &lt;i&gt;Claude Simon&lt;/i&gt;, colloque de Cerisy, U.G.E. 10/18, 1975, p. 409.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catalogue &lt;i&gt;Jean Dubuffet&lt;/i&gt; 1942-1960, Mus&#233;e des Arts d&#233;coratifs, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le dernier livre de C. Simon, &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, rel&#232;ve, lui aussi, de cette esth&#233;tique du montage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'errance est fr&#233;quemment th&#233;matis&#233;e au d&#233;but des romans de Simon, ainsi dans &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt; : &#171; cette errance, nous-m&#234;mes ballott&#233;s de droite et de gauche, comme un bouchon &#224; la d&#233;rive &#187;, Les Editions de Minuit, 1957, p. 10 ; et celle du lecteur y est souvent programm&#233;e : l'exemple le plus net en est sans doute le premier chapitre des &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt; dans lequel la fragmentation est bien plus grande que dans la suite du livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, Editions de Minuit, p. 238. La seconde citation est un montage (sans ponctuation) de phrases concernant principalement Albert D&#252;rer dans l'&lt;i&gt;Histoire de l'Art&lt;/i&gt; d'Elie Faure, &lt;i&gt;L'Art renaissant&lt;/i&gt;, Le Livre de poche, p. 345-346, &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, p. 174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. Les &#201;ditions de Minuit, 1989, p. 193-194. La pagination des r&#233;f&#233;rences sera donn&#233;e &#224; la suite des citations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le passage se r&#233;f&#232;re &#233;galement au &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt;, bien s&#251;r, faisant l'&#233;conomie de ce qui y a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Ricardou,&#171; Un ordre dans la d&#233;b&#226;cle &#187;, postface de l'&#233;dition de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, U.G.E., 10/18, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon la formule par laquelle Marc Bloch titre son livre sur la d&#233;b&#226;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par l&#224; comme par bien d'autres points, la parent&#233; avec l'&#233;criture proustienne est &#233;vidente. Sur la digression proustienne, voir Pierre Bayard, &lt;i&gt;Le Hors-sujet&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De nombreux d&#233;tails structurants ne sont perceptibles qu'&#224; la relecture, telles les liaisons entre les chapitres successifs : la th&#233;matique de l'intervalle combl&#233; de la fin du chapitre V et du d&#233;but du chapitre VI (p. 150-153).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; ce qui a &#233;t&#233; dit ne dispara&#238;t cependant pas de notre m&#233;moire mais y demeure, m&#234;me confus&#233;ment, et outre que le d&#233;j&#224;-dit peut &#234;tre rappel&#233; plus ou moins fr&#233;quemment &#224; la m&#233;moire (m&#233;andres, serpents, boa), il en reste de toute fa&#231;on un souvenir ou une impression ... &#187; &#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, dans &lt;i&gt;Le Nouveau roman : hier, aujourd'hui&lt;/i&gt;, t. 2. &lt;i&gt;Pratiques&lt;/i&gt;, U.G.E. 10/18, 1972, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fragment simonien, ou le texte simonien comme ensemble inachev&#233; de fragments, est dans sa modernit&#233; m&#234;me proche de l'id&#233;al fragmentaire du premier romantisme allemand : &#171; Pareil &#224; une petite &#339;uvre d'art, un fragment doit &#234;tre totalement d&#233;tach&#233; du monde environnant, et clos sur lui-m&#234;me comme un h&#233;risson. &#187; &lt;i&gt;Fragments&lt;/i&gt; de l'&lt;i&gt;Athenaeum&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;L'Absolu litt&#233;raire. Th&#233;orie de la litt&#233;rature du romantisme allemand&lt;/i&gt;, de Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, Editions du Seuil, 1978, p. 126.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Qu'elle (l'exigence fragmentaire) traverse, renverse, ruine l'&#339;uvre parce que celle-ci, totalit&#233;, perfection, accomplissement, est l'unit&#233; qui se compla&#238;t en elle-m&#234;me, voil&#224; ce que pressent F. Schlegel, mais qui finalement lui &#233;chappe, sans qu'on puisse lui reprocher cette m&#233;connaissance qu'il nous a aid&#233;s, nous aide encore &#224; discerner dans le moment m&#234;me o&#249; nous la partageons avec lui. &#187; Maurice Blanchot, &lt;i&gt;L'&#201;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;, Gallimard, 1987, p. 98-99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Album d'un amateur&lt;/i&gt;, Ed. Rommerskirches, coll. &#034;Signatur&#034;, 1988, p. 15 ; &#171; Entretien de Claude Simon avec M. Calle &#187;, dans &lt;i&gt;Claude Simon, Chemins de la m&#233;moire&lt;/i&gt;, &#233;d. cit., p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gleize, Jo&#235;lle, &#171; Orion-Simon sur les sentiers de la cr&#233;ation &#187; (2010)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-Orion-Simon-sur-les-sentiers-de-la-creation-2010.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-Orion-Simon-sur-les-sentiers-de-la-creation-2010.html</guid>
		<dc:date>2013-02-24T20:36:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>Les Corps conducteurs</dc:subject>
		<dc:subject>Orion aveugle</dc:subject>
		<dc:subject>Poussin, Nicolas</dc:subject>
		<dc:subject>Rauschenberg, Robert</dc:subject>
		<dc:subject>Gleize, Jo&#235;lle</dc:subject>
		<dc:subject>Composition</dc:subject>
		<dc:subject>Image</dc:subject>
		<dc:subject>Collages</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Jo&#235;lle GLEIZE, &#171; Orion-Simon sur les sentiers de la cr&#233;ation &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Orion-aveugle-+.html" rel="tag"&gt;Orion aveugle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Composition-+.html" rel="tag"&gt;Composition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Image-+.html" rel="tag"&gt;Image&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Collages-+.html" rel="tag"&gt;Collages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Jo&#235;lle Geize. &#171; Orion-Simon sur les sentiers de la cr&#233;ation &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-6-2010-61.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt; 6, 2010&lt;/a&gt;, p. 71-85
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre de Claude Simon, le sort d'&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; para&#238;t singulier : souvent r&#233;duit &#224; sa c&#233;l&#232;bre pr&#233;face, ou au texte qui deviendra le d&#233;but des &lt;i&gt;Corps conducteurs&lt;/i&gt;, il semble vou&#233; &#224; dispara&#238;tre comme livre, et comme montage d'un texte et des illustrations qui en sont le compl&#233;ment. C'est ce livre qui nous retiendra, un livre dont la conception d&#233;pend aussi, quoique dans une moindre mesure, d'un &#233;diteur, Albert Skira et d'un directeur de collection, Ga&#235;tan Picon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'acc&#232;s &#224; la correspondance des &#233;diteurs avec Claude Simon nous &#233;tant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'il appartient &#224; une collection remarquable dont la caract&#233;ristique principale est d'associer texte et reproductions d'&#339;uvres d'art et autres documents visuels. La prise en compte des diff&#233;rentes composantes du livre trouve ici une justification particuli&#232;re dans la relation &#233;troite que Simon &#233;tablit entre litt&#233;rature et peinture (relations analogiques des deux arts qu'il conna&#238;t et pratique, ou a pratiqu&#233;s) et dans sa conscience aigu&#235; de la spatialit&#233; de l'&#233;criture et du livre : on sait que la contigu&#239;t&#233; spatiale des &#233;l&#233;ments picturaux lui sert volontiers de mod&#232;le pour son &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le projet &#233;ditorial des &#171; Sentiers de la cr&#233;ation &#187; s'est traduit par la commande aupr&#232;s de cr&#233;ateurs (&#233;crivains et artistes) d'un &#233;crit (essai ou autobiographie) sur leur travail, sur ce qui se passe dans l'atelier. La demande a &#233;t&#233; adress&#233;e &#224; des &#233;crivains po&#232;tes : Aragon, Bonnefoy, Ponge, Asturias, Pr&#233;vert ; romanciers ou prosateurs, Elsa Triolet, Butor, Simon ; essayistes : Starobinski, Barthes ; dramaturges : Ionesco, ou peintres : Picasso, Miro. La collection, commenc&#233;e en 1969 et arr&#234;t&#233;e en 1976, est dirig&#233;e par Ga&#235;tan Picon qui y participe lui-m&#234;me pour le volume &lt;i&gt;Admirable tremblement du temps&lt;/i&gt;, pour le texte de &lt;i&gt;La Chute d'Icare&lt;/i&gt; sur Picasso, et la pr&#233;sentation des &lt;i&gt;Carnets catalans&lt;/i&gt; de Miro, dernier volume de la collection. Conform&#233;ment &#224; la tradition de la maison Skira&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Skira est un des premiers &#233;diteurs utilisant les illustrations en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la maquette est luxueuse, comme la qualit&#233; du papier, un caract&#232;re est cr&#233;&#233; sp&#233;cialement pour l'occasion et tout est fait pour que l'association texte-image soit aussi soign&#233;e qu'originale.&lt;br&gt;
Le volume sign&#233; par Claude Simon porte le n&#176; 8 dans la collection. Cependant quatre publications &#233;tant programm&#233;es par an, quand le volume de Claude Simon para&#238;t en avril 1970, il succ&#232;de aux quatre premiers volumes parus en novembre 1969 : celui d'Elsa Triolet, &lt;i&gt;La mise en mots&lt;/i&gt;, d'Aragon, &lt;i&gt;Je n'ai jamais appris &#224; &#233;crire ou les incipit&lt;/i&gt;, de Ionesco, &lt;i&gt;D&#233;couvertes&lt;/i&gt;, et de Michel Butor, &lt;i&gt;Les mots dans la peinture&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; para&#238;t en m&#234;me temps que les quatre suivants : de Roland Barthes, &lt;i&gt;L'empire des signes&lt;/i&gt;, de Roger Caillois, &lt;i&gt;L'&#233;criture des pierres&lt;/i&gt; et de Jean Starobinski, &lt;i&gt;Portrait de l'artiste en saltimbanque&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;
Sous une m&#234;me maquette, &#224; l'identit&#233; graphique forte, la diversit&#233; des volumes de la collection est &#224; l'image de la diversit&#233; des d&#233;marches des cr&#233;ateurs sollicit&#233;s. Chacun interpr&#232;te &#224; sa mani&#232;re la demande de l'&#233;diteur et le titre de la collection : une demande fond&#233;e sur une attention passionn&#233;e &#224; la cr&#233;ation contemporaine et &#224; ses questionnements. La collection suscite en effet une r&#233;flexion sur l'&#233;criture en acte qui r&#233;trospectivement appara&#238;t comme pionni&#232;re : elle pr&#233;figure les &#233;tudes de gen&#232;se et instaure entre texte et image une relation nouvelle et d'une extr&#234;me richesse. Ce sont les deux points autour desquels j'organiserai mes remarques sur le volume &#8211;texte et images- con&#231;u par Claude Simon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;emotion&#034;&gt;&#171; De l'&#233;motion &#224; la cr&#233;ation &#187; ou la &#171; fabrique &#187;&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de l'&#233;diteur &#233;tait ambitieux : &#233;clairer ce qui reste enfoui, le secret de l'&#339;uvre, sinon le myst&#232;re de la cr&#233;ation : d'o&#249; est venu l'&#233;lan, l'id&#233;e, le noyau originel et comment cela est-il devenu &#339;uvre ? Il n'est plus question de recourir au mythe de l'inspiration, mais de retrouver les intentions premi&#232;res de l'auteur et de reconstruire leur devenir. Ga&#235;tan Picon, dans &lt;i&gt;La Chute d'Icare&lt;/i&gt;, raconte comment, pour Albert Skira, l'id&#233;e de cette collection &#171; a pris naissance ce jour o&#249;, marchant aux c&#244;t&#233;s de Picasso dans le parc de Boisgeloup , il vit son compagnon ramasser un fil de fer et un morceau de branche morte et les enfouir dans la poche de son imperm&#233;able. Quelques jours plus tard, il devait les retrouver dans l'atelier &#8211; devenus sculptures.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pablo Picasso, La Chute d'Icare, pr&#233;sent&#233; par Ga&#235;tan Picon, coll. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est la question du devenir-&#339;uvre que d&#233;sire poser l'&#233;diteur aux cr&#233;ateurs, et dans des termes &#233;troitement li&#233;s &#224; la question de la modernit&#233;. Albert Skira explique ainsi le choix de son titre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Pourquoi les sentiers de la cr&#233;ation ? De l'&#233;motion &#224; la cr&#233;ation, le po&#232;te, le peintre, l'&#233;crivain, le musicien, le savant, l'architecte ont parcouru de nombreux chemins o&#249; ils ont cherch&#233; avec inqui&#233;tude ce qui pourrait leur donner une raison de vivre. L'&#339;uvre achev&#233;e, il ne reste plus aux cr&#233;ateurs que le souvenir lointain qui les guettait.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La formulation m&#234;le des interrogations sur les intentions ou les mat&#233;riaux de d&#233;part, sur la vis&#233;e de l'&#339;uvre et sur le travail en cours. Et les &#233;crivains et artistes sollicit&#233;s r&#233;pondront en faisant porter leur regard sur tel ou tel moment du processus, constituant ainsi une r&#233;flexion sur la gen&#232;se &#233;labor&#233;e par les cr&#233;ateurs eux-m&#234;mes, avant toute th&#233;orisation ext&#233;rieure. L'introduction de Ga&#235;tan Picon aux &lt;i&gt;Carnets catalans&lt;/i&gt; de Miro, en 1976, va plus loin, porte plus nettement sur le processus d'&#233;laboration, et pr&#233;sente le livre comme t&#233;moignant de &#171; ce qui pr&#233;c&#232;de l'&#339;uvre, seule trop souvent &#224; appara&#238;tre et dont nous avons l'illusion qu'elle a jailli d'un seul coup&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joan Miro, Carnets et textes in&#233;dits, pr&#233;sent&#233;s par Ga&#235;tan Picon, coll. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La remise en cause d'une cr&#233;ation inspir&#233;e et jaillissante, celle de la primaut&#233; de l'&#339;uvre achev&#233;e ne seront pas les moindres des effets th&#233;oriques produits par cette collection. Elle expose au regard le processus et le travail d'&#233;laboration, en donne &#224; voir l'&#233;vidence dans les volumes des &#233;bauches des &#339;uvres de Picasso et Miro, mais tout aussi bien dans le volume de Francis Ponge, &lt;i&gt;La Fabrique du pr&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;produire&#034;&gt;Produire et non cr&#233;er&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le terme de &#171; cr&#233;ation &#187;, cependant, pouvait &#234;tre ambigu, et Claude Simon a formul&#233; des r&#233;serves au sujet de ce terme qui le g&#234;nait, de m&#234;me qu'il g&#234;nait Ponge, par ses pr&#233;suppos&#233;s id&#233;alistes peu compatibles avec un d&#233;voilement du &#171; faire &#187; de l'&#233;crivain :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je ne dirais pas la &#171; cr&#233;ation &#187;. Ce dernier mot postule en effet : &#171; ex nihilo &#187;. Or non seulement nous sommes les h&#233;ritiers de tous les &#233;crivains qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, mais encore tout &#233;crivain, loin de partir &#171; ex nihilo &#187;, use de ce mat&#233;riau (mais peut-on employer ce mot ?) qu'est la langue, cette langue qui, comme on l'a tr&#232;s justement dit, &#171; parle d&#233;j&#224; avant nous &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Mireille Calle, 1992-3, Claude Simon, Chemins de la m&#233;moire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En revanche, Simon reprend la m&#233;taphore des sentiers et du cheminement, faisant du personnage d'Orion, le g&#233;ant aveugle, une figure embl&#233;matique de l'&#233;crivain et de son travail, comme avanc&#233;e t&#226;tonnante sur un chemin de langage, le long duquel s'offrent &#224; lui sans cesse des carrefours possibles parmi les sens offerts. Il peut ainsi s'approprier le titre de la collection : la m&#233;taphore du cheminement h&#233;sitant met l'accent sur les tours, d&#233;tours et recoupements de ces sentiers et nourrit la r&#233;flexion th&#233;orique de la pr&#233;face. D'autre part, par la r&#233;f&#233;rence &#224; la toile de Poussin, il s'inscrit dans la culture tout &#224; la fois mythologique, astrologique et picturale du si&#232;cle classique, et met en pratique le refus d'envisager la cr&#233;ation comme &#171; ex nihilo &#187;, et comme ph&#233;nom&#232;ne relevant d'une nouveaut&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sa r&#233;ponse &#224; la question de l'&#233;diteur prend une double forme discursive : pr&#233;face-essai et fiction-&#233;criture en acte, celle-ci illustrant, exemplifiant le propos de celle-l&#224;. La description du processus d'&#233;criture dans l'essai se fait r&#233;troactivement et expose la po&#233;tique litt&#233;raire simonienne en soulignant le r&#244;le des images et de la polys&#233;mie des mots. La fiction, &#224; sa suite, donne &#224; lire le montage de fragments descriptifs-narratifs entrelac&#233;s qui composent une &#233;vocation de voyages en Am&#233;rique (Nord et Sud) et des images qu'en retient l'&#339;il qui voyage ; ainsi &#171; illustr&#233;e &#187;, la fiction donne &#224; voir le processus de cr&#233;ation, les &#171; stimuli &#187; ou les &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; du monde ou de l'art qui ont d&#233;clench&#233; ou orient&#233; l'&#233;criture en cours.&lt;br&gt; Dans &#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, Simon dit de ce livre qu'il est n&#233; de &#171; la consid&#233;ration des propri&#233;t&#233;s du grand tableau de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Rauschenberg-Robert.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Rauschenberg&lt;/a&gt; intitul&#233; &lt;i&gt;Charl&#232;ne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, Claude Simon, &#338;uvres, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ayant vu &#224; New York,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[c]ertaines boutiques dont les &#233;l&#233;ments [&#8230;] rappelaient &#233;trangement les &#233;l&#233;ments employ&#233;s par Rauschenberg ou d'autres peintres ou sculpteurs pratiquant comme lui l'art de l'&#171; assemblage &#187; ou du &#171; collage &#187;, ce tableau a eu la propri&#233;t&#233; d'appeler ou de faire surgir d'autres images, (d'autres figures) &#8211; de New York, puis du continent am&#233;ricain, d'ailleurs encore &#8211; qui sont venues, comme les propri&#233;t&#233;s du mot &#171; rideau &#187;, s'agglutiner autour de la figure consid&#233;r&#233;e au d&#233;part&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; reproduit un fragment de &lt;i&gt;Charl&#232;ne&lt;/i&gt;, la partie droite du tableau, celle qui assemble la plus grande diversit&#233; de mat&#233;riaux de nature visiblement disparate. Et Simon choisit apr&#232;s coup pour illustrations des &#339;uvres compos&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re, par assemblage et combinatoire de fragments, et construisant une unit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de laquelle ces &#233;l&#233;ments se r&#233;pondent. &lt;br&gt;
Simon livre ainsi &#224; &#233;galit&#233; pour le lecteur des images g&#233;n&#233;ratrices ou directrices et d'autres qui font &#233;cho &#224; son &#233;criture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un entretien publi&#233; par Substance n&#176; 8, hiver 1974, Claude Simon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il fabrique ainsi la coh&#233;sion du texte autant que celle du livre, et conduit le lecteur &#224; en inf&#233;rer que le travail en cours est tout aussi important que l'&#233;l&#233;ment initial, et que la th&#233;orisation de la pr&#233;face, d&#233;crivant les rencontres de mots et les bifurcations auxquelles elles se pr&#234;tent, correspond &#224; l'avanc&#233;e de la fiction qui suit. &lt;br&gt; Cette fa&#231;on duelle d'&#233;clairer la gen&#232;se &#8211; essai et fiction, &#171; stimuli &#187; initiaux et &#233;l&#233;ments harmoniques &#8211; distingue le livre de Simon de celui d'Aragon. &lt;i&gt;Je n'ai jamais appris &#224; &#233;crire ou les incipit &lt;/i&gt; m&#234;le dans une &#233;criture mi-autobiographique mi-fictionnelle le r&#233;cit de gen&#232;se de ses premiers livres rest&#233;s inachev&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi de son premier roman, Quelle &#226;me divine !, 1903-4, Aragon reproduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et celui du r&#244;le jou&#233; par les incipit dans ses livres. Certaines formules d'Aragon semblent proches de celles de Simon : &#171; On pense &#224; partir de ce qu'on &#233;crit et pas le contraire &#187; ; &#171; J'invente au fur et &#224; mesure des mots&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Aragon, Ibid, p. 13, p. 16.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais Aragon propose surtout une fiction th&#233;orique qui conserve &#224; la cr&#233;ation tout son myst&#232;re : celle d'un &#171; incipit &#187; inaugural brusquement surgi, comme donn&#233; et &#224; la venue duquel l'&#233;crivain ne prend aucune part. Et si on voulait, malgr&#233; le risque de sch&#233;matisme, classer les premiers volumes de la collection selon qu'ils manifestent la plus ou moins grande activit&#233; ou passivit&#233; du sujet cr&#233;ateur, une diff&#233;rence nette appara&#238;trait entre eux. Certains sont du c&#244;t&#233; de l'&#233;criture comme expression, accueil en soi d'une instance autre : la main, guid&#233;e par les fantasmes dans les peintures de Ionesco, une voix int&#233;rieure qui s'impose &#224; l'&#233;coute ou plut&#244;t &#224; la lecture pour Aragon, et d'autres, comme Simon et Ponge, du c&#244;t&#233; du travail et du ressassement, de la reprise infinie du texte. On pourrait m&#234;me se demander si le livre de Simon n'est pas une r&#233;ponse contradictoire &#224; celui d'Aragon, qui fait la part belle &#224; l'irruption inexpliqu&#233;e de tel incipit, &#224; la cr&#233;ation comme apparition d'un texte qu'il suffit de lire, ainsi qu'&#224; la reproduction du geste de son &#233;criture manuscrite. Simon, qui a souvent dit son d&#233;saccord avec la notion d'&#233;criture automatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme avec le mode d'&#233;criture programm&#233;e de Raymond Roussel.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, affiche la notion de travail au pr&#233;sent de l'&#233;criture, et la combinaison de fragments comme geste majeur de ce travail. Proche de Francis Ponge en cela, mais sans pour autant, comme lui, publier le dossier des &#233;tats successifs d'un texte avec l'&#233;tat final, comme traces d'une r&#233;&#233;criture continue. Le d&#233;sir de d&#233;voiler la gen&#232;se ou le cheminement de l'&#339;uvre varie ainsi d'un auteur &#224; l'autre et le projet de la collection est assez souple pour accueillir ces variations.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;illustration&#034;&gt;Une illustration d&#233;tourn&#233;e&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; se distingue moins par le soin apport&#233; &#224; l'illustration &#8211; constante de la collection &#8211; que par le r&#244;le tr&#232;s complexe que Simon pr&#234;te &#224; celle-ci ; l'illustration ne peut se contenter de donner &#224; voir ce que le texte d&#233;crit ou commente. C'est en revanche ce que fait l'essai de Michel Butor &lt;i&gt;Les Mots dans la peinture&lt;/i&gt;, puisque que sont reproduits les &#233;l&#233;ments graphiques de la peinture, investis d'une valeur propre et supports d'interpr&#233;tation. L'illustration est essentielle au propos de Butor comme elle l'est &#224; celui de Roger Caillois et &#224; ses r&#234;veries scientifiques sur les pierres, ou &#224; celui de Jean Starobinski sur les figures de clowns et de saltimbanques. Dans les deux cas, textes et images entretiennent des rapports de compl&#233;mentarit&#233; n&#233;cessaire, l'image montrant le r&#233;f&#233;rent du texte.&lt;br&gt;
La complexit&#233; du rapport texte-image dans &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; s'apparente davantage &#224; celle de &lt;i&gt;L'Empire des signes&lt;/i&gt; de Barthes, dans la mesure o&#249; celui-ci refuse lui aussi un simple rapport de commentaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le texte ne &#171; commente &#187; pas les images. Les images n' &#171; illustrent &#187; pas le texte ; chacune a &#233;t&#233; seulement pour moi le d&#233;part d'une sorte de vacillement visuel, analogue peut-&#234;tre &#224; cette perte de sens que le Zen appelle un satori ; texte et images, dans leur entrelacs, veulent assurer la circulation, l'&#233;change de ces signifiants : le corps, le visage, l'&#233;criture, et y lire le recul des signes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, L'Empire des signes, coll. Les Sentiers de la cr&#233;ation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec ce refus de la fonction d'illustration, une autre caract&#233;ristique propre &#224; &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; est la diversit&#233; des documents visuels. En effet, la plupart des volumes pr&#233;sentent une certaine unit&#233; dans l'iconographie : Aragon pr&#233;sente de nombreux documents autographes, Ionesco, ses propres dessins et peintures, qui constituent toute l'iconographie, Caillois, des photographies de pierres, Butor et Starobinski, des &#339;uvres picturales.&lt;br&gt; Dans &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;, on trouve des &#339;uvres picturales ou plastiques, mais aussi des photographies et tr&#232;s peu de documents manuscrits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment : trois documents anatomiques : un homme, une femme et une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'auteur est pr&#233;sent en tant que scripteur et dessinateur : le dessin repr&#233;sentant sa table de travail et sa main&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dessin qui illustre apr&#232;s coup deux passages de La Bataille de Pharsale, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Hors cette main et celle qui trace les lignes de la pr&#233;face et du titre int&#233;rieur, le corps de l'&#233;crivain n'est pas autrement pr&#233;sent &#8211; sinon dans la derni&#232;re page et sous une forme g&#233;n&#233;ralisante et figur&#233;e, l'&#339;il humain de la derni&#232;re planche anatomique r&#233;pondant sym&#233;triquement &#224; la main initiale, comme &lt;i&gt;l'autre&lt;/i&gt; instrument de l'&#233;criture. &lt;br&gt; Diversit&#233; donc de l'iconographie et pourtant forte unit&#233;, parce qu'&#233;troitement li&#233;e au texte avec lequel les &#233;chos sont constants et r&#233;p&#233;t&#233;s. Ainsi la photo du fleuve Amazone entre en r&#233;sonance non seulement avec la page qu'elle &#171; illustre &#187; mais aussi avec la page suivante qui reprend l'article encyclop&#233;dique Serpent et sa gravure, et avec toutes les occurrences de formes serpentines &#8211; fil du t&#233;l&#233;phone, lapin m&#233;canique, boa de la vieille dame. Les deux r&#233;f&#233;rences picturales plac&#233;es au premier plan dans le livre, Poussin et Rauschenberg, donnent un autre exemple de cette diversit&#233;-unit&#233; : ils sont l'un et l'autre des peintres qui composent &#8211; et de mani&#232;re tr&#232;s rigoureuse, mais c'est ici le r&#244;le jou&#233; dans l'&#233;criture qui les unit par-del&#224; les si&#232;cles qui les s&#233;parent et leurs diff&#233;rences patentes.&lt;br&gt; Les vingt et une &#171; illustrations &#187;, toutes &#233;troitement li&#233;es au texte, composent des s&#233;ries que l'on pourrait mettre en rapport avec les s&#233;ries narratives et/ou descriptives du texte, mais nous ne commenterons ici que leurs fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;illustrer&#034;&gt;Illustrer, malgr&#233; tout ?&lt;/div&gt;	&lt;div class='spip_document_219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L400xH254/poussin_paysage_avec_orion_aveugle-3-8bed9.jpg?1787688309' width='400' height='254' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certains illustrations, rares, repr&#233;sentent ou indexent le r&#233;f&#233;rent de l'&#233;criture. C'est le cas de la reproduction du tableau quasi &#233;ponyme de Poussin, d&#233;crit et analys&#233;, mais dont la fonction premi&#232;re est ailleurs ; on y reviendra. Peut-on consid&#233;rer la photo du t&#233;l&#233;phone mural comme &#171; illustrant &#187; la s&#233;rie des narrations descriptives du malaise du protagoniste dans une rue new-yorkaise ? Le choix de ce d&#233;tail m&#233;canique correspond mal &#224; la fonction d'illustration. De m&#234;me la s&#233;rie des descriptions narratives du voyage en avion pourrait &#234;tre &#171; illustr&#233;e &#187; par la photographie de l'Amazone. De fait l'emplacement de ces deux photographies correspond au d&#233;but de ces deux s&#233;ries, mais elles repr&#233;sentent bien moins ce que per&#231;oit le protagoniste qu'elles ne servent de &#171; carrefours &#187; visuels &#224; l'&#233;crivain et au lecteur pour toutes les formes sinueuses du texte.
&lt;br&gt;
La fonction d'illustration appara&#238;t le plus souvent d&#233;vi&#233;e, indexant une analogie (m&#233;taphore ou comparaison). Ainsi les personnages des bo&#238;tes &#224; cigares illustrent le comparant des &#233;crivains du congr&#232;s chilien ; la gravure de l'attentat de Vaillant figure un &#233;v&#233;nement analogue &#8211; mais dramatique et historique &#8211; &#224; celui, d&#233;risoire, qui se produit au cours de ce m&#234;me congr&#232;s ; et les planches anatomiques des troncs masculin et f&#233;minin illustrent les associations visuelles suscit&#233;es par l'angoisse du malade ou le regard du voyeur sur les amants. Les montages de George Brecht et Louise Nevelson donnent une image analogique et non repr&#233;sentative de l'int&#233;rieur des buildings de la rue new-yorkaise, transpos&#233;e dans l'art abstrait am&#233;ricain des ann&#233;es 50-60. L'illustration donne &#224; voir, mais &#224; voir la m&#233;taphore, l'&#233;criture, et devient figuration de la figure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute faut-il faire la diff&#233;rence entre l'illustration du comparant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;allegorie&#034;&gt;All&#233;gorie de l'&#233;criture&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Simon a pr&#233;sent&#233; la figure du g&#233;ant aveugle de Poussin comme &#171; une all&#233;gorie de l'&#233;crivain avan&#231;ant &#224; t&#226;tons dans la for&#234;t des signes vers &#8230; eh bien, justement le soleil levant ( c'est le titre entier du tableau). Or Orion est une constellation et quand le soleil sera lev&#233;, il sera, lui, effac&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un homme travers&#233; par le travail. Entretien avec Claude Simon &#187; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La r&#233;f&#233;rence au tableau de Poussin fait l'objet de plusieurs &#233;tudes approfondies de Brigitte Ferrato-Combe et de Mireille Calle-Gruber&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brigitte Ferrato-Combe, Ecrire en peintre Ellug, 1998, p. 89 et Mireille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui en soulignent le caract&#232;re g&#233;n&#233;rateur : amorce th&#233;matique pour les s&#233;quences descriptives-narratives du texte (disproportion du g&#233;ant aupr&#232;s de plus petits ; d&#233;marche h&#233;sitante des personnages affaiblis par la maladie ou l'&#226;ge) et &#171; &#233;l&#233;ment structurant essentiel &#187; puisqu'il ponctue le cheminement directeur de tout le livre. Je voudrais m'inscrire dans cette r&#233;flexion pour souligner quelques points caract&#233;ristiques de l'usage all&#233;gorique pluriel que fait Simon de cette illustration. &lt;br&gt;
All&#233;gorie de l'&#233;crivain, sans doute, mais aussi mati&#232;re &#224; r&#233;flexion sur la repr&#233;sentation. Car la repr&#233;sentation de l'espace est au c&#339;ur de l'analyse fictionnelle de la toile, avec celle de l'effet de profondeur produit, et Simon la compare &#224; un bas-relief, d'une certaine profondeur mais non r&#233;aliste. &#171; Il (le visiteur du mus&#233;e) ne contemple pas un spectacle &#224; trois dimensions. &#187; (p.129) Simon voit en Poussin un peintre figuratif qui refuse l'illusion repr&#233;sentative, et qui, tout en paraissant respecter les r&#232;gles de la perspective albertienne, les contredit dans sa mani&#232;re de mettre sur un m&#234;me plan la figure et le fond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mireille Calle-Gruber, Le Grand temps, ibid, p. 232.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette lecture du tableau de Poussin le rapproche aussi de la description &#233;crite, par l'attention au mat&#233;riau (peinture et langage) et &#224; la mati&#232;re. Adoptant la m&#234;me d&#233;marche que Poussin, Simon d&#233;fait l'illusion de volume donn&#233;e par la perspective : les nuages (du moins ceux qui portent la d&#233;esse narquoise) sont &#171; autour de la t&#234;te d'Orion (et non pas derri&#232;re) &#187; (p.129). Ce faisant, Simon s'&#233;carte de l'image de peintre classique de Poussin : le sujet mythologique (l'argument comme les personnages) est r&#233;duit &#224; cette marche vers le soleil ; la composition rigoureuse est n&#233;glig&#233;e, malgr&#233; l'attention que Simon lui accorde d'ordinaire. Il s'&#233;carte aussi d'une interpr&#233;tation romantique et met peu l'accent sur la place accord&#233;e &#224; la nature, qui occupe pourtant toute la moiti&#233; gauche du tableau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interpr&#233;tation dont l'&#233;tude de William Hazlitt, d&#232;s 1821, avait trac&#233; les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, il reprend, &#224; propos des &#233;tranges nuages qui masquent le soleil pour Orion, l'association inattendue de Poussin avec l'esth&#233;tique baroque, d&#233;j&#224; esquiss&#233;e dans &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, o&#249; l'analyse du tableau, en faisant allusion au sp&#233;cialiste de Poussin, Anthony Blunt, relevait le mouvement paradoxal de la figure d'Orion, &#171; immobile &#224; grands pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Simon compare, en d&#233;but de phrase, la profondeur de l'espace (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8230; chez Poussin il se trouve pour ainsi dire pr&#233;cipit&#233; Critique anglais qui d&#233;finit le baroque &lt;i&gt;movement into space&lt;/i&gt; malheureusement intraduisible le mot &lt;i&gt;into&lt;/i&gt; n'ayant en fran&#231;ais que des &#233;quivalents faibles comme &lt;i&gt;au-dedans de &lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de&lt;/i&gt;&lt;br&gt; [&#8230;] &lt;br&gt;
&lt;i&gt;into space&lt;/i&gt; au-dedans de ou &#224; l'int&#233;rieur de Par exemple l'extraordinaire &lt;i&gt;Orion aveugle marchant vers la lumi&#232;re du soleil&lt;/i&gt; s'enfon&#231;ant le spectateur s'enfon&#231;ant en m&#234;me temps gigantesque sa t&#234;te dominant la cime des arbres&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En mettant l'accent sur le mouvement et sur la r&#233;partition de la lumi&#232;re, en &#233;vitant toute notation de couleur, l'&lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt; accentue l'assimilation de la toile avec un bas-relief, ou encore avec les dessins pr&#233;paratoires de Poussin, que Simon pouvait conna&#238;tre et qui sont souvent compar&#233;s &#224; des dessins de bas-reliefs, par exemple ceux de &lt;i&gt;Mo&#239;se d&#233;fendant les filles de Jethro&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette toile de 1647 a n&#233;cessit&#233; sept &#233;tudes pr&#233;paratoires ombr&#233;es au lavis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; rh&#233;torique &#187; du peintre, pour Simon, le conduit &#224; repr&#233;senter l'arri&#232;re-plan comme tel selon les lois de la perspective, mais &#224; le projeter au premier plan par les jeux de la lumi&#232;re. Cependant il s'agit l&#224; d'un effet produit et la description se cl&#244;t sur le retour &#224; la mati&#232;re picturale, &#171; une mince pellicule de couleur &#187;. Voir le tableau comme un bas-relief et montrer Orion comme ne pouvant se d&#233;tacher du d&#233;cor, gangue dans laquelle il est pris, c'est enfin &#8211; et l&#224; est sans doute l'essentiel &#8211; int&#233;grer la description du tableau au texte, la rendre non d&#233;tachable : faire &#233;cho &#224; la description du couple d'amants d&#233;crits comme en train de se figer, de devenir marbre, ainsi qu'&#224; la m&#233;taphore du magma qui entrave la marche de l'homme malade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, la comparaison des nuages avec des &#171; circonvolutions intestinales &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt; est elle-m&#234;me prise dans la gangue de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La description d'Orion aveugle se fait sous forme fragmentaire et s&#233;rielle, avec reprises et variations dispos&#233;es dans la totalit&#233; du livre, mais surtout dans la seconde moiti&#233;. Son r&#244;le est &#233;videmment essentiel &#224; la coh&#233;sion du texte autant que du livre. Elle y intervient en proximit&#233; quasi syst&#233;matique de la s&#233;rie des narrations descriptives de l'homme malade dans une rue de New York et leurs diverses composantes (marche de la vieille dame, visite chez le m&#233;decin). Orion n'est pas seulement une all&#233;gorie mais un personnage de la fiction, et plac&#233; sur le m&#234;me plan textuel que les autres personnages : marche entrav&#233;e, but incertain. L'&#233;vocation d'Orion au d&#233;but et &#224; la fin du livre accentue en outre l'effet de cl&#244;ture et de bouclage. Le d&#233;but d&#233;veloppe le titre en une description de la toile de Poussin ; la fin annonce la disparition du g&#233;ant, effac&#233; par la lumi&#232;re du jour. Elle condense ainsi deux moments de la l&#233;gende : marche d'Orion &#171; vers la lumi&#232;re du soleil levant &#187; et son devenir constellation (qui provoque sa disparition quand arrive le soleil). Or la double nature d'Orion, personnage mythologique et constellation, appara&#238;t dans le texte de fa&#231;on disjointe et successive : le personnage puis la constellation, sans que jamais avant la derni&#232;re page, l'un ne soit li&#233; &#224; l'autre par un r&#233;cit, comme c'est le cas dans le r&#233;cit mythologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Orion retrouve la vue que lui rend Helios &#224; l'aube. Puis il est tu&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'apparition ultime d'Orion, fait face une repr&#233;sentation anatomique de l'&#339;il : l' &#171; explicit &#187; associe la r&#233;tine et les images du monde, et &#224; l'aveuglement du g&#233;ant succ&#232;de le glissement des images du monde qui viennent s'y plaquer. De l'aveuglement initial &#224; la vision finale, le livre, comme le texte, conna&#238;t le m&#234;me destin qu'Orion, qui retrouve la vue mais pour aussit&#244;t dispara&#238;tre.&lt;br&gt;
Malgr&#233; la pr&#233;cision des descriptions successives et r&#233;p&#233;t&#233;es du tableau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La s&#233;rie des occurrences de la figure d'Orion, dans la seconde moiti&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un personnage de la sc&#232;ne repr&#233;sent&#233;e par Poussin est oubli&#233;, alors que les nuages sur lesquels il est juch&#233; sont longuement d&#233;crits : la d&#233;esse Diane-Art&#233;mis, responsable de l'aveuglement et peut-&#234;tre de la mort d'Orion. Avec elle, c'est la mati&#232;re mythologique qui dispara&#238;t, plus encore que la nature qui l'entoure, mais aussi bien le r&#233;cit : comme si le tableau de Poussin ne racontait rien, mais saisissait et figeait un moment, un mouvement t&#226;tonnant vers un but inaccessible. La figure d'Orion, embl&#233;matique de la d&#233;marche incertaine de l'&#233;crivain, est comme prise elle-m&#234;me dans la mati&#232;re du texte qui la transforme et la plie &#224; sa logique et &#224; son esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;modeles&#034;&gt;Illustrations mod&#232;les&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon disait r&#234;ver un rapprochement entre litt&#233;rature et peinture qui transforme &#171; la multiplicit&#233; temporelle en une multiplicit&#233; spatiale &#187; pour reprendre les mots de Ga&#235;tan Picon cit&#233;s dans &#171; La fiction mot &#224; mot &#187;. Simon l'&#233;crivain envie au peintre - et &#224; Simon auteur de collages - &#171; ce surprenant pouvoir qu'a le peintre d'abstraire de diff&#233;rentes s&#233;ries des &#233;l&#233;ments qu'il assemble en une sorte de m&#233;canique optique. &#187; Ce &#171; besoin de simultan&#233;it&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, op. cit. p.1194 et 1197.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; que Simon dit avoir voulu satisfaire dans &lt;i&gt;Les Corps conducteurs&lt;/i&gt;, se satisfait d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;, et visiblement, par la contigu&#239;t&#233; texte-image et le mod&#232;le formel que constituent certains des &#233;l&#233;ments de l'iconographie : mod&#232;les de composition et de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et au premier plan, les &#171; Combines &#187; de Rauschenberg dont Claude Simon dit : &#171; j'y ai senti quelque chose d'analogue &#224; ce que j'ai essay&#233; de faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Lucien D&#228;llenbach, Claude Simon, coll. Les contemporains, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Collage, montage et composition d'une unit&#233; &#224; partir de cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; : il y a l&#224; de fait une grande proximit&#233;. Simon redouble la d&#233;marche de Rauschenberg quand il redonne &#224; certains &#233;l&#233;ments de &lt;i&gt;Charl&#232;ne&lt;/i&gt; leur statut initial d'&#233;l&#233;ments pr&#233;lev&#233;s sur le r&#233;el : les affiches d&#233;lav&#233;es qu'il d&#233;crit comme vues sur une palissade, sont de fait, dans &lt;i&gt;Charl&#232;ne&lt;/i&gt;, un collage de mat&#233;riaux pr&#233;lev&#233;s &#8211; des affiches &#8211; et int&#233;gr&#233;s &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre de Rauschenberg, l'image ne repose pas sur la transformation d'un objet, mais bien plut&#244;t sur son transfert. Tir&#233; de l'espace du monde, un objet est imbriqu&#233; dans la surface d'une peinture. Loin de perdre sa densit&#233; mat&#233;rielle dans cette op&#233;ration, il affirme au contraire et de mani&#232;re insistante que les images elles-m&#234;mes sont une sorte de mat&#233;riau.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rosalind Krauss, &#171; Rauschenberg et l'image mat&#233;rialis&#233;e &#187;, L'originalit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rosalind Kraus souligne ainsi la capacit&#233; qu'a l'&#339;uvre de Rauschenberg de conf&#233;rer &#224; l'image la densit&#233; mat&#233;rielle de l'objet pr&#233;lev&#233; et transf&#233;r&#233;. Claude Simon s'inscrit dans la continuit&#233; de ce geste, en transf&#233;rant l'objet d&#233;crit de la toile &#224; l'&#233;criture comme s'il s'agissait de la r&#233;alit&#233; vue par le protagoniste. Ce nouveau transfert permet de transformer les affiches, gr&#226;ce &#224; leurs inscriptions, en support d'interpr&#233;tation, et en un texte qui va consonner, dans la page suivante, avec la description du Congr&#232;s chilien d'&#233;crivains. Le m&#234;me geste est reproduit avec le condor, appartenant &#224; la r&#233;alit&#233; per&#231;ue dans la description du texte (p. 58), et &#233;l&#233;ment de r&#233;alit&#233; brute (mais empaill&#233;e) int&#233;gr&#233;e &#224; la composition de Rauschenberg intitul&#233;e &lt;i&gt;Canyon&lt;/i&gt; et reproduite dans le livre (p.59).&lt;br&gt;
Figures du mode de composition du texte, les illustrations sont aussi des figures du mode de lecture qui peut en actualiser le mieux les jeux de signification : leur mise en s&#233;rie joue sur la r&#233;p&#233;tition et la variation et invite &#224; des superpositions ou r&#233;surgences de pans ant&#233;rieurs du texte. Plus g&#233;n&#233;ralement le lecteur est incit&#233; &#224; une mise en &#233;cho g&#233;n&#233;ralis&#233;e du texte avec lui-m&#234;me et avec les illustrations. Ainsi le collage en avant-derni&#232;re illustration, sans doute de Claude Simon, juxtapose cinq s&#233;ries d'ic&#244;nes diff&#233;rentes : trois s&#233;ries de figures embl&#233;matiques du continent am&#233;ricain, Marylin Monroe, J.F. Kennedy et Che Guevara, toutes trois r&#233;cemment disparues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous trois sont morts de mort violente respectivement en 1962, 1963, 1967.&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, intercal&#233;es avec des marques de deux c&#233;l&#232;bres boissons am&#233;ricaines : whisky et coca-cola. Le jeu de tension entre diversit&#233; et unit&#233; y est aussi fortement embl&#233;matis&#233; que la fonction d'illustration analogique, et non repr&#233;sentative.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Introduction &#224; ses &lt;i&gt;Photographies&lt;/i&gt;, Simon reprend une opposition qui lui avait valu des reproches de la part de certains th&#233;oriciens, et notamment Jean Ricardou, entre les dimensions r&#233;f&#233;rentielle et litt&#233;rale de la litt&#233;rature, et explique que cette opposition n'a pas lieu d'&#234;tre : &#171; Il y a un point d'&#233;quilibre &#224; trouver. C'est &#224; sa recherche difficile que j'&#233;cris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Simon, Photographies 1937-1970, coll. Photo-Cin&#233;ma, Maeght &#233;diteur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est cet &#233;quilibre que manifeste la relation instaur&#233;e par &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; entre le texte et les illustrations choisies : r&#233;f&#233;rentielles si on peut parler de r&#233;f&#233;rent pour une m&#233;taphore ou pour une forme (celle du building, celle d'un S), g&#233;n&#233;ratrices de l'&#233;criture et de sa relance, et de la lecture, in&#233;vitablement. Leur dialogue avec le texte, le va-et-vient du regard du lecteur sont d'autant plus forts qu'elles ne proposent aucune r&#233;ponse simpliste &#224; la question du r&#233;f&#233;rent et la d&#233;tournent. Plus encore que l'&#233;criture, c'est ici le livre qui mat&#233;rialise cet &#233;quilibre en m&#234;me temps qu'il en montre la recherche en cours et par quels sentiers sinueux entrelac&#233;s elle avance - t&#226;tonnante- vers la lumi&#232;re et la fin de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'acc&#232;s &#224; la correspondance des &#233;diteurs avec Claude Simon nous &#233;tant actuellement impossible, cette &#233;tude se borne &#224; celle du livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Skira est un des premiers &#233;diteurs utilisant les illustrations en couleur et ses collections de livres d'art et de beaux livres sont c&#233;l&#232;bres pour la haute qualit&#233; technique des reproductions. Il avait fond&#233; sa maison d'&#233;dition de livres d'art en 1928, &#224; Lausanne et s'&#233;tait install&#233; &#224; Paris en 1930, o&#249; il &#233;tait tr&#232;s proche des avant-gardes artistiques : il a publi&#233; notamment la revue surr&#233;aliste &lt;i&gt;Minotaure&lt;/i&gt;, puis est retourn&#233; en Suisse &#224; partir de 1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pablo Picasso, &lt;i&gt;La Chute d'Icare&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; par Ga&#235;tan Picon, coll. Les sentiers de la cr&#233;ation, Skira, 1976, p.9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joan Miro, &lt;i&gt;Carnets et textes in&#233;dits&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233;s par Ga&#235;tan Picon, coll. Les sentiers de la cr&#233;ation, Skira, 1976, p.7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Mireille Calle, 1992-3, &lt;i&gt;Claude Simon, Chemins de la m&#233;moire&lt;/i&gt;, Le Griffon d'argile, PUG, 1993, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, Claude Simon, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, 2006, p.1195.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un entretien publi&#233; par &lt;i&gt;Substance&lt;/i&gt; n&#176; 8, hiver 1974, Claude Simon pr&#233;cise que seule la description de trois documents a contribu&#233; &#224; la r&#233;daction des &lt;i&gt;Corps conducteurs&lt;/i&gt; : le tableau de Poussin, le dessin de Picasso et la photo de l'Amazone. Les images g&#233;n&#233;ratrices varient ainsi selon la phase du travail envisag&#233;e par Simon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi de son premier roman, &lt;i&gt;Quelle &#226;me divine !&lt;/i&gt;, 1903-4, Aragon reproduit une double page manuscrite ; de &lt;i&gt;La D&#233;fense de l'infini&lt;/i&gt;, d&#233;truit en 1927, &#171; ne subsiste que le titre &#187;, &lt;i&gt;Je n'ai jamais appris &#224; &#233;crire ou les incipit &lt;/i&gt;, Skira, 1969, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Aragon, &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 13, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme avec le mode d'&#233;criture programm&#233;e de Raymond Roussel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &lt;i&gt;L'Empire des signes&lt;/i&gt;, coll. Les Sentiers de la cr&#233;ation, Skira, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment : trois documents anatomiques : un homme, une femme et une t&#234;te d'homme o&#249; l'&#339;il tient une place importante, dispos&#233;s aux d&#233;but, milieu et fin. Quatre gravures dont deux documents historiques : Christophe Colomb, Auguste Vaillant, les constellations et les personnages des bo&#238;tes &#224; cigares. Deux dessins : celui de Claude Simon &#224; l'ouverture et la gravure de Picasso, tous deux li&#233;s &#224; la figure du &#034;cr&#233;ateur&#034;. Deux photographies, celle de l'Amazone et celle du t&#233;l&#233;phone mural, li&#233;es &#224; la figure du S. Neuf reproductions d'&#339;uvres d'art qui sont toutes des collages ou des montages, &#224; l'exception du tableau de Poussin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dessin qui illustre apr&#232;s coup deux passages de &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 731 et 738.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans doute faut-il faire la diff&#233;rence entre l'illustration du comparant (bo&#238;tes &#224; cigares) et l'illustration m&#233;taphorique en elle-m&#234;me, celle de l'attentat de Vaillant qui donne une image analogue &#224; celle qui aurait pu &#234;tre donn&#233;e du congr&#232;s et dramatise l'incident.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un homme travers&#233; par le travail. Entretien avec Claude Simon &#187; par Jean-Paul Goux et Alain Poirson, &lt;i&gt;La Nouvelle Critique&lt;/i&gt; n&#176;105, juin-juillet 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brigitte Ferrato-Combe, &lt;i&gt;Ecrire en peintre&lt;/i&gt; Ellug, 1998, p. 89 et Mireille Calle-Gruber, &lt;i&gt;Le Grand Temps&lt;/i&gt;, Presses Universitaires du Septentrion, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mireille Calle-Gruber, &lt;i&gt;Le Grand temps&lt;/i&gt;, ibid, p. 232.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interpr&#233;tation dont l'&#233;tude de William Hazlitt, d&#232;s 1821, avait trac&#233; les grandes lignes, soulignant &#224; propos d'&lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;, combien Poussin s'y montre sensible &#224; la nature vue &#224; travers la vitre du temps : &#171; This great and learned man might be said to see nature through the glass of time. &#187;, cit&#233; par Keith Christiansen, &#034; The Critical Fortunes of Poussin's Landscapes&#034;, &lt;i&gt;Poussin and Nature, Arcadians Visions&lt;/i&gt;, ed. by Pierre Rosenberg and Keith Christiansen, The Metropolitan Museum of Art, New York, 2008, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Simon compare, en d&#233;but de phrase, la profondeur de l'espace repr&#233;sent&#233; chez Uccello et chez Poussin : &#171; [&#8230;] la profondeur chez Uccello ne d&#233;passant pas celle limit&#233;e d'une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre [...] le spectateur restant toujours en dehors de l'autre c&#244;t&#233; de la rampe alors que chez Poussin&#8230; &#187;, &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;., p. 667-668. Notons qu'Antony Blunt ne parle de baroque qu'&#224; propos de Pietro da Cortona et pour marquer sa diff&#233;rence avec Poussin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette toile de 1647 a n&#233;cessit&#233; sept &#233;tudes pr&#233;paratoires ombr&#233;es au lavis et reprises &#224; la pierre noire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me, la comparaison des nuages avec des &#171; circonvolutions intestinales &#187; (p. 129) est-elle &#224; rapprocher des dessins anatomiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Orion retrouve la vue que lui rend Helios &#224; l'aube. Puis il est tu&#233; par Art&#233;mis et transform&#233; en constellation par celle-ci qui regrette sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La s&#233;rie des occurrences de la figure d'Orion, dans la seconde moiti&#233; du livre pr&#233;sente d'abord la constellation (parmi d'autres, p. 94 puis seule et &#171; la plus belle de toutes &#187; p. 98). C'est ensuite seulement qu'Orion-personnage est introduit avec son guide. Puis resurgit la constellation parmi d'autres et au moment de leur effacement &#224; l'aube (p. 110). Dans les occurrences suivantes, il s'agit de la toile de Poussin, pr&#233;sent&#233;e dans un mus&#233;e (p.117) et d&#233;crite en termes techniques (p.127-9). La constellation, le personnage et le tableau tournent ainsi en se m&#233;tamorphosant devant le regard du lecteur et du &#171; visiteur du mus&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p.1194 et 1197.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Lucien D&#228;llenbach, &lt;i&gt;Claude Simon&lt;/i&gt;, coll. Les contemporains, Seuil, p. 180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosalind Krauss, &#171; Rauschenberg et l'image mat&#233;rialis&#233;e &#187;, &lt;i&gt;L'originalit&#233; de l'avant-garde et autres mythes modernistes&lt;/i&gt;, Macula, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tous trois sont morts de mort violente respectivement en 1962, 1963, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Simon, &lt;i&gt;Photographies 1937-1970&lt;/i&gt;, coll. Photo-Cin&#233;ma, Maeght &#233;diteur, 1992, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>S&#233;minaire 14 : Lectures d'Orion aveugle - 6 juin 2009</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Seminaire-14-Lectures-d-Orion-aveugle-6-juin-2009.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Seminaire-14-Lectures-d-Orion-aveugle-6-juin-2009.html</guid>
		<dc:date>2012-02-07T22:18:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Orion aveugle</dc:subject>
		<dc:subject>Gleize, Jo&#235;lle</dc:subject>
		<dc:subject>Daumard, Jean-Pierre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;S&#233;minaire 14 : Lectures d'Orion aveugle - 6 juin 2009 &lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;minaire : 9H 30 - 11h &lt;br class='autobr' /&gt;
9H 30 : Jean-Pierre Daumard, &#034;Le Choix d' Orion aveugle : mimesis et terreur&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
10h : Jo&#235;lle Gleize, &#034;Claude Simon et les Sentiers de la cr&#233;ation&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
10h 30 : Discussion&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-programmes-des-anciens-seminaires-.html" rel="directory"&gt;Les s&#233;minaires pass&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Orion-aveugle-+.html" rel="tag"&gt;Orion aveugle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gleize-Joelle-+.html" rel="tag"&gt;Gleize, Jo&#235;lle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Daumard-Jean-Pierre-+.html" rel="tag"&gt;Daumard, Jean-Pierre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;minaire 14 : Lectures &lt;i&gt;d'Orion aveugle &lt;/i&gt; - 6 juin 2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;minaire : 9H 30 - 11h&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9H 30 : Jean-Pierre Daumard, &#034;Le Choix d' &lt;i&gt;Orion aveugle &lt;/i&gt; : mimesis et terreur&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10h : Jo&#235;lle Gleize, &#034;Claude Simon et les Sentiers de la cr&#233;ation&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10h 30 : Discussion&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gleize, Jo&#235;lle</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-115.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-115.html</guid>
		<dc:date>2012-02-07T21:07:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>Gleize, Jo&#235;lle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jo&#235;lle Gleize &lt;br class='autobr' /&gt;
Poste : Professeur &#233;m&#233;rite &#224; Aix-Marseille Universit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Centres d'int&#233;r&#234;t actuels : Simon et l'art, Simon et l'&#233;dition. Balzac et l'&#233;dition. Antoine Volodine. Lecture et r&#233;ception. &lt;br class='autobr' /&gt;
joelle.gleize@associationclaudesimon.org&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-annuaire-.html" rel="directory"&gt;Annuaire des lecteurs&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gleize-Joelle-+.html" rel="tag"&gt;Gleize, Jo&#235;lle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jo&#235;lle Gleize&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poste : &lt;/strong&gt; Professeur &#233;m&#233;rite &#224; Aix-Marseille Universit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Centres d'int&#233;r&#234;t actuels : &lt;/strong&gt; Simon et l'art, Simon et l'&#233;dition. Balzac et l'&#233;dition. Antoine Volodine. Lecture et r&#233;ception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:joelle.gleize@associationclaudesimon.org&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;joelle.gleize@associationclaudesimon.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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