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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
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		<title>Gulliver (1952)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Gulliver-1952.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Gulliver</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gulliver (1952) &lt;br class='autobr' /&gt;
Notice par Michel Bertrand &lt;br class='autobr' /&gt;
Gulliver para&#238;t aux &#201;ditions Calmann-L&#233;vy en 1952. Ce m&#234;me &#233;diteur le publiera de nouveau en 1985 apr&#232;s l'obtention par l'&#233;crivain du prix Nobel de litt&#233;rature. Refusant de consid&#233;rer ce texte comme appartenant &#224; son &#339;uvre romanesque qu'il fait d&#233;buter par Le Vent (1957), Claude Simon protestera contre cette initiative &#233;ditoriale et refusera par la suite de l'inclure parmi les ouvrages publi&#233;s par la Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gulliver-+.html" rel="tag"&gt;Gulliver&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; (1952)
&lt;br&gt;Notice par Michel Bertrand&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/gulliver.jpg?1772637598' width='500' height='387' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; para&#238;t aux &#201;ditions Calmann-L&#233;vy en 1952. Ce m&#234;me &#233;diteur le publiera de nouveau en 1985 apr&#232;s l'obtention par l'&#233;crivain du prix Nobel de litt&#233;rature. Refusant de consid&#233;rer ce texte comme appartenant &#224; son &#339;uvre romanesque qu'il fait d&#233;buter par &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt; (1957), Claude Simon protestera contre cette initiative &#233;ditoriale et refusera par la suite de l'inclure parmi les ouvrages publi&#233;s par la Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une ville de province, Villeneuve. Trois journ&#233;es, du 18 au 20 d&#233;cembre 1944. Quelques mois donc apr&#232;s la Lib&#233;ration. Et, plus pr&#233;cis&#233;ment, apr&#232;s l'&#201;puration. Quatre parties, treize chapitres. Un r&#233;cit relat&#233; par un narrateur omniscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, il appara&#238;t clairement que la p&#233;riode de l'Occupation demeure pr&#233;gnante dans l'esprit de chacun. Une op&#233;ration punitive est organis&#233;e contre un milicien qui, apr&#232;s l'avoir fuie, est revenu dans la ville. Ce coup de main se soldera par un fiasco et ses ex&#233;cutants ne repara&#238;tront plus dans le r&#233;cit. L'action romanesque s'organise alors progressivement autour de la famille de Chavannes qui depuis toujours jouit d'un grand prestige dans la ville. Mais elle est d&#233;sargent&#233;e et le pouvoir &#233;conomique et financier est l'apanage de Max Verdier, propri&#233;taire des usines qui font vivre la ville. Durant ces trois journ&#233;es, tout va se jouer autour des deux jumeaux de Chavannes, Jo et Loulou, de leur s&#339;ur, &#201;liane et de Max Verdier. D'autres personnages apparaissent &#224; leur entour : Herzog, un universitaire juif dont la famille a &#233;t&#233; d&#233;port&#233;e et qui moyennant finance esp&#232;re obtenir de ses nouvelles gr&#226;ce &#224; Loulou, ancien milicien ; Bert, un jeune journaliste, amoureux d'&#201;liane et d&#233;tracteur de Max ; Bobby, un r&#233;sistant qui voue une haine f&#233;roce &#224; Loulou&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux protagonistes vont se retrouver au soir du 18 d&#233;cembre dans un relais de chasse. Cette nuit sera d&#233;cisive pour chacun : Loulou tuera Bobby, avant de s'enfuir en train vers Angoul&#234;me gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; de son fr&#232;re ; Verdier se suicidera. Quant aux personnages secondaires, ils seront renvoy&#233;s au vide de leur existence. Bert, supplant&#233; aupr&#232;s d'&#201;liane par un ami de Jo et d&#233;poss&#233;d&#233; de sa haine vengeresse envers Verdier par sa mort, errera sans but dans les t&#233;n&#232;bres de la ville. Herzog, en d&#233;pit de la g&#233;n&#233;rosit&#233; qu'il manifeste en faveur d'autrui, demeurera ostracis&#233; en raison de sa race.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un roman de facture traditionnelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon, en r&#233;ponse aux &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Entretien-avec-Ludovic-Janvier-1972.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; quelques questions &#233;crites de Ludovic Janvier &#187;&lt;/a&gt; manifeste le plus profond m&#233;pris envers cet &#233;crit de jeunesse qu'est selon lui &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;. Il &#233;voque avec d&#233;dain &#171; le hiatus que constitue &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; &#187; dans sa production romanesque, et pr&#233;cise : &#171; d&#233;sorient&#233; par les critiques qui avaient accueilli &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-1945-747.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, peu s&#251;r de moi, j'ai cherch&#233; &#224; prouver &#8211; entreprise absurde ! &#8211; que je pouvais &#233;crire un roman de facture traditionnelle. Excellente et fertile erreur au demeurant. Le r&#233;sultat &#233;tait &#233;difiant : je ne pouvais pas ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on souscrire au jugement exprim&#233; par l'auteur du texte et ranger &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; parmi les romans de &#171; facture traditionnelle &#187; ? De fait, un tel type de romans n'existe pas en soi, la tradition romanesque s'&#233;tant modifi&#233;e au fil des &#233;poques. Comme les autres &#233;crivains du Nouveau Roman, Claude Simon fait r&#233;f&#233;rence au roman r&#233;aliste, et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'esth&#233;tique balzacienne du roman. Colette Becker pr&#233;sente ainsi les principales composantes de cet art romanesque : &#171; Il synth&#233;tise les &#233;l&#233;ments &#233;pars du r&#233;el en fonction des n&#233;cessit&#233;s de sa fiction. Il arrive ainsi &#224; d&#233;crire avec r&#233;alisme m&#339;urs, habitudes de vivre, &#224; restituer un milieu, en s'appuyant sur quelques petits d&#233;tails vrais &#187;. &#192; premi&#232;re lecture, cette d&#233;finition correspond parfaitement au r&#233;cit que met en place Claude Simon. La p&#233;riode historique est clairement indiqu&#233;e. La localisation g&#233;ographique, sans &#234;tre aussi pr&#233;cise, renvoie n&#233;anmoins sans &#233;quivoque &#224; une commune de taille moyenne situ&#233;e dans le centre de la France. Le statut social, les principaux traits psychologiques des personnages sont expos&#233;s avec pr&#233;cision, et c'est en fonction de leurs sp&#233;cificit&#233;s que va se d&#233;ployer l'action romanesque. Colette Becker ajoute : &#171; Balzac ne cherche pas &#224; d&#233;crire avec exactitude personnages et lieux r&#233;els. Il veut surtout rendre une atmosph&#232;re, des fa&#231;ons de vivre, celles de la province, de telles classes sociales &#187;. Ainsi, le flou qui caract&#233;rise les protagonistes et leur ancrage g&#233;ographique participe lui aussi de cette conformit&#233; &#224; l'esth&#233;tique balzacienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon manifeste ici un int&#233;r&#234;t tout particulier pour cette p&#233;riode impr&#233;cise, interlope et, dans les faits, myst&#233;rieuse, qui succ&#233;da au bruit et &#224; la fureur de la Lib&#233;ration et de l'&#201;puration. Les joueurs de cartes du caf&#233; que met en sc&#232;ne le d&#233;but du r&#233;cit sont partag&#233;s sur le cours que prennent les &#233;v&#233;nements. L'un pense que l'heure des r&#232;glements de compte est pass&#233;e : &#171; Nous ne sommes plus en septembre, non ? C'est fini ces histoires-l&#224; : fusiller des types &#224; tort et &#224; travers, h&#233; l&#224; ! Tout de m&#234;me !... &#187;. Un autre est d'avis que l'on ne peut laisser impunis les crimes qui ont &#233;t&#233; commis : &#171; Tout de m&#234;me il &#233;tait de la Milice, il para&#238;t qu'il en a fait prendre des tas, que lui-m&#234;me&#8230; Enfin ils ont toujours dit qu'ils auraient sa peau, et maintenant qu'ils le tiennent&#8230; &#187;. De fait, un commando se forme, passe &#224; l'action, mais se trompe de cible et en est r&#233;duit &#224; se replier piteusement. Mais Loulou est bien pr&#233;sent &#224; Villeneuve, et il ne craint pas de se rendre dans l'auberge o&#249; se sont r&#233;unis plusieurs chasseurs. Inform&#233; de sa pr&#233;sence dans l'&#233;tablissement o&#249; il se trouve lui-m&#234;me, Bobby, qui fut actif dans la R&#233;sistance, cherche &#224; le tuer. N&#233;anmoins, Loulou sera le plus rapide et aura raison de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ce qui aurait pu &#234;tre le r&#233;cit d'une geste h&#233;ro&#239;que, mais qui s'av&#232;re n'&#234;tre que le compte-rendu de r&#232;glements de compte pitoyables, se dessine la chronique d'une ville de province rythm&#233;e, comme toutes les autres, par les m&#234;mes rituels : la boue du terrain de rugby, le bruit des automobiles dans les art&#232;res de la cit&#233;, la joie factice de la f&#234;te foraine, l'animation des bars du centre-ville&#8230; La vieille madame de Chavannes incarne la morale de cette bourgade apparemment paisible. Elle est bienveillante, se rend ponctuellement &#224; l'&#233;glise et manifeste une indulgence amus&#233;e &#224; l'&#233;gard des frasques que commettent ses petits-enfants. Ceux-ci sont des brutes qui ne r&#233;pugnent pas &#224; molester les syndicalistes et les militants de gauche. Max Verdier est le seul &#224; constituer une &#233;nigme pour ses concitoyens. H&#233;ritier d'une immense fortune, il a durant quelques ann&#233;es quitt&#233; la ville avant de revenir s'y &#233;tablir en manifestant le plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard de tout et de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effet &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur peut l&#233;gitimement s'interroger sur les raisons qui ont conduit Claude Simon &#224; choisir ce titre pour son roman. &#201;videmment, la r&#233;f&#233;rence swiftienne ne poss&#232;de pas un sens litt&#233;ral. La quatri&#232;me de couverture nous indique une piste : &#171; Chacun est g&#233;ant ou pygm&#233;e aux yeux d'autrui, suivant l'optique du voyageur &#187;. Ce voyageur c'est le narrateur omniscient en charge du r&#233;cit. Celui-ci poss&#232;de tous les attributs li&#233;s &#224; sa fonction : il se situe au plus pr&#232;s de l'action, p&#233;n&#232;tre au plus profond de la conscience de ses personnages, &#233;maille son r&#233;cit de ses propres commentaires&#8230; Pourtant, le romancier a conscience des limites de l'exercice. Il refuse que son narrateur, tel un g&#233;ant, se situe syst&#233;matiquement en surplomb des cr&#233;atures qu'il observe. Souvent, il se tient en retrait, interrompt &lt;i&gt;ex abrupto&lt;/i&gt; l'introspection qu'il &#233;tait en train d'effectuer, voire semble ignorer la suite ou la fin d'un r&#233;cit en cours. Lorsqu'il retrace la vie qui fut celle de Max, il recourt parfois &#224; des hypoth&#232;ses &#8211; &#171; Peut-&#234;tre n'en avait-il pas. [&#8230;] Peut-&#234;tre ne pouvait-il plus en avoir &#187;, ou s'en remet aux informations que lui transmet la &lt;i&gt;vox populi&lt;/i&gt; &#8211; &#171; Peu apr&#232;s cette &#233;poque, on apprit &#224; Villeneuve [&#8230;] &#187;. Il semble d'ailleurs ne porter qu'un int&#233;r&#234;t tout relatif &#224; l'histoire qu'il relate, proc&#233;dant par ellipses, ignorant les transitions, distendant la dur&#233;e de son r&#233;cit en exposant des faits somme toute mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le narrateur joue des effets de la perspective dans son r&#233;cit, il inscrit aussi celle-ci au centre de sa fiction. En effet, le r&#233;cit est domin&#233; par les fr&#232;res de Chavannes, deux &#171; g&#233;ants &#187; qui manifestent un souverain m&#233;pris &#224; l'encontre des &#171; lilliputiens &#187; constituant la commune humanit&#233; qu'ils sont amen&#233;s &#224; c&#244;toyer. Lorsqu'ils p&#233;n&#232;trent dans l'h&#244;tel en bordure de la for&#234;t, ils &#233;crasent de leur masse l'ensemble des &#234;tres et des choses qui les environnent : &#171; les deux gigantesques gabarits en v&#234;tements de trappeurs dont les lourdes chaussures raclaient bruyamment le plancher &#187;. L'un de leurs compagnons s'amuse de leur gigantisme qui leur &#244;te toute forme d'humanit&#233; : &#171; &#8220;Core une veine qu'il n'y en ait que deux [&#8230;]. Apr&#232;s tout, &#231;a aurait pu &#234;tre des quintupl&#233;s&#8221; [&#8230;] &#187;. Leur brutalit&#233;, leur absence de tout sens moral, et surtout leur stupidit&#233;, qui se concr&#233;tise par leur rire tonitruant s'apparentant &#224; un hennissement conf&#232;rent &#224; chacun de leurs actes un caract&#232;re mena&#231;ant. Leur grand-m&#232;re les consid&#232;re comme des chenapans turbulents. Dans les faits, ce sont des voleurs et des assassins. Loulou a &#339;uvr&#233; dans la milice, il gruge Herzog et il abat froidement Bobby. Jo a certes servi dans l'aviation durant la guerre, mais apr&#232;s un parachutage, il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; livrer l'ensemble d'un r&#233;seau de r&#233;sistants pour sauver sa peau. Le narrateur se refuse &#224; les appr&#233;hender comme des &#234;tres humains : il multiplie les m&#233;taphores animales voire min&#233;rales pour les d&#233;signer. Le &#171; visage caricatural &#187; de Jo lui para&#238;t r&#233;sulter &#171; du co&#239;t d'Alphonse XIII et d'une jument &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres protagonistes du r&#233;cit semblent, au-del&#224; de l'emprise qu'exercent sur eux les jumeaux mal&#233;fiques, &#234;tre accabl&#233;s par la pesanteur d'un monde qui les &#233;crase. Tous errent en qu&#234;te d'une solution aux questions qui les torturent. Herzog est dispos&#233; &#224; d&#233;penser une fortune pour obtenir de Loulou des nouvelles de sa femme et de sa fille ; Bobby d&#233;sire faire payer au m&#234;me Loulou les exactions qu'il a commises durant l'Occupation ; Bert souffre d'&#234;tre rejet&#233; par &#201;liane dont il est amoureux&#8230; Ils se battent pour parvenir &#224; leurs fins, ou plut&#244;t ils se d&#233;battent, &#233;tant aux prises avec un destin qui les a par avance condamn&#233;s. Herzog est pitoyable. Plus il s'efforce de se montrer attentif &#224; autrui, g&#233;n&#233;reux, secourable, plus il est maltrait&#233; : &#224; la fin du roman la m&#232;re de Bobby le traite de &#171; sale juif &#187;, de &#171; sale cochon de juif &#187;. Bobby n'est pas moins pitoyable. Il est ivre, malade et tient difficilement sur ses jambes lorsqu'il pourchasse Loulou. Logiquement, le justicier sera abattu par celui dont il voulait faire justice. Quant &#224; Bert, ayant re&#231;u une escarbille dans l'&#339;il, il m&#232;ne &#224; l'aveugle son enqu&#234;te sur le meurtre de Bobby et sa qu&#234;te d'&#201;liane : il &#233;chouera dans ces deux entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un univers uniform&#233;ment sombre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;, Louis, &#233;tendu au sol, constatait qu'&#171; il ne pouvait pas bouger &#187;, que &#171; son corps &#233;tait lourd, clou&#233; par terre, immense, Gulliver &#187;. G&#233;ants ou lilliputiens, les personnages du roman sont eux aussi tous prisonniers de leur corps dont ils &#233;prouvent douloureusement la pesanteur et qui m&#233;taphoriquement les cloue au sol. Comme le souligne &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Stuart Sykes&lt;/a&gt;, la description des joueurs de rugby, qui s'affrontent avec autant d'acharnement que d'impuissance &#224; triompher de leurs adversaires, embl&#233;matise la lutte aussi f&#233;roce que vaine que se livrent les hommes dans le champ clos qu'est la ville de Villeneuve comme sur la surface du vaste monde. L'&#233;chec de leurs entreprises, comme celui des &#171; brutes &#187; qui s'&#233;charpent sur un terrain boueux pour entrer en possession du ballon, conduit les uns comme les autres &#171; &#224; se croire les victimes d'une insultante machination de forces adverses et d&#233;loyales auxquelles il convenait d'opposer pareille d&#233;loyaut&#233; et pareille injustice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de la vie de Max que relatent les chapitres IX et X illustre l'ampleur que rev&#234;t l'absurdit&#233; de l'existence humaine. Max a refus&#233; de devenir l'h&#233;ritier de la fortune familiale, s'est rendu &#224; Paris o&#249; il a d'abord v&#233;cu chichement, a particip&#233; &#224; la guerre en se substituant &#224; un conscrit, puis, passant d'un extr&#234;me &#224; l'autre, a men&#233; une existence aussi luxueuse que scandaleuse &#224; travers le monde, avant de d&#233;couvrir chez lui le corps de sa compagne qui s'est donn&#233; la mort. Revenu &#224; Villeneuve, il s'&#233;prend d'&#201;liane qui bient&#244;t l'abandonne. Seul son suicide peut mettre un terme &#224; une existence qui ne valait pas la peine d'&#234;tre v&#233;cue. Les autres &#171; lilliputiens &#187; en arriveraient au m&#234;me constat s'ils prenaient le temps d'interroger le sens que poss&#232;de leur propre vie. Mais, l'&#233;pigraphe du roman a livr&#233; la r&#233;ponse avant m&#234;me que l'action romanesque ne d&#233;bute : &#171; &lt;i&gt;Non cogitant, ergo sunt&lt;/i&gt; &#187;. Parce que la notion m&#234;me de pens&#233;e leur est &#233;trang&#232;re, seuls les deux jumeaux parviennent &#224; triompher de l'adversit&#233;. Loulou r&#233;ussira &#224; quitter la ville sans encombre et Jo ne sera pas inqui&#233;t&#233;, car l'ensemble des membres du r&#233;seau qu'il a trahi a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roman amoral ? Roman immoral ? Qu'importe, car selon le romancier et son narrateur la notion de morale est, en l'occurrence, totalement hors-sujet. Roman noir, certes. L'action se d&#233;roule dans un univers constamment hostile domin&#233; par la pluie, le vent, le froid. La majeure partie des sc&#232;nes se situent la nuit. Celle-ci est inqui&#233;tante, car tout alors para&#238;t informe et, de ce fait, myst&#233;rieux. Les fant&#244;mes du pass&#233; reprennent possession de l'espace qu'ils abandonnent en apparence le jour. Ainsi, la restitution par le roman des &#234;tres et des choses ne peut &#234;tre que parcellaire. La perception sensorielle du r&#233;el que poss&#232;dent les personnages ; les sensations qu'ils &#233;prouvent le plus souvent de mani&#232;re confuse ; l'&#233;tat de conscience qui est le leur au moment o&#249; se d&#233;roulent les faits ; l'importance que rev&#234;t l'imagination dans leur compr&#233;hension tant des &#233;v&#233;nements que de leurs propres r&#233;actions face &#224; eux : tout cela prime sur la relation ordonn&#233;e, exacte et circonstanci&#233;e des p&#233;rip&#233;ties de l'action dramatique. La qu&#234;te vengeresse de Bobby est restitu&#233;e selon son point de vue, celui d'un homme malade dont la vision est alt&#233;r&#233;e. Bert, moderne &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Orion-aveugle-1970-744.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Orion aveugle&lt;/a&gt; errant dans la ville ne peut appr&#233;hender que partiellement les &#233;l&#233;ments sur lesquels il m&#232;ne son enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; poss&#232;de nombre de traits qu'il emprunte au &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Alexandre-Didier-Quelques-reflexions-sur-les-relations-de-Claude-Simon-a-Jean.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;roman ph&#233;nom&#233;nologique&lt;/a&gt;. Son &#233;criture le situerait finalement moins du c&#244;t&#233; de Balzac que de celui de &lt;a href=&#034;https://associationclaudesimon.org/+-Proust-Marcel-+.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Proust&lt;/a&gt; et de &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Faulkner-William.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Faulkner&lt;/a&gt; : deux des &#233;crivains que Claude Simon consid&#233;rait comme majeurs dans la sph&#232;re litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, Paris : Calmann-L&#233;vy, 1952, 1985 (r&#233;&#233;dition), 381 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Michel Bertrand, &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, l'intertexte swiftien &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-7-Les-Premiers-Livres-de-Claude-Simon-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Premiers livres de Claude Simon (1945-1954)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, &lt;i&gt;La Revue des Lettres modernes&lt;/i&gt;, sous la direction de Jean-Yves Laurichesse 2017, p. 57-76.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Michel Bertrand, &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; : de l'illusion de la facilit&#233; comme &#233;preuve de la difficult&#233; &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-une-experience-de-la-complexite-2020.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Claude Simon, une exp&#233;rience de la complexit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, sous la direction de Marie-Albane Watine, Ilias Yocaris, David Zemmour, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 207-220.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Jean H. Duffy, &#171; Les premiers romans de Simon : tradition, variation et &#233;volution &#187;, Guy Neumann (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-1990.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Revue des Sciences humaines&lt;/i&gt;, n&#176; 220, &lt;i&gt;&#171; Claude Simon &#187;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, p. 9-22.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Robin Lefere, Notice sur &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, T. 1, sous la direction de Michel Bertrand, Paris, Honor&#233; Champion, 2013, p. 443-446.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Catherine Rannoux, &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, chantier &#187;, Jean-Yves Laurichesse (dir.), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-7-Les-Premiers-Livres-de-Claude-Simon-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Premiers livres de Claude Simon (1945-1954)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, &lt;i&gt;La Revue des Lettres modernes&lt;/i&gt;, 2017, p. 77-92.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Stuart Sykes, &#171; 1945-1954. Prol&#233;gom&#232;nes pour &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Romans de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, Minuit, 1979, p. 15-24.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Claude Simon, 7 : Les Premiers Livres de Claude Simon (2017)</title>
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		<dc:date>2017-06-14T21:21:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>La Corde raide</dc:subject>
		<dc:subject>Le Tricheur</dc:subject>
		<dc:subject>Le Sacre du Printemps</dc:subject>
		<dc:subject>Gulliver</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Claude Simon, 7 : Les Premiers Livres de Claude Simon (1945-1954). Textes r&#233;unis par Jean-Yves Laurichesse. Paris : Classiques Garnier, 2017, 255 p. (Revue des Lettres modernes. S&#233;rie Claude Simon ; 7) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les quatre premiers livres publi&#233;s par Claude Simon de 1945 &#224; 1954 ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s de son &#339;uvre par l'&#233;crivain lui-m&#234;me, qui les jugeait avec s&#233;v&#233;rit&#233;. Ils sont pourtant loin d'&#234;tre sans int&#233;r&#234;t, non seulement comme t&#226;tonnements dans la qu&#234;te d'une &#233;criture personnelle, mais aussi comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-ouvrages-collectifs-.html" rel="directory"&gt;Ouvrages collectifs &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Corde-raide-+.html" rel="tag"&gt;La Corde raide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Tricheur-+.html" rel="tag"&gt;Le Tricheur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Sacre-du-Printemps-+.html" rel="tag"&gt;Le Sacre du Printemps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gulliver-+.html" rel="tag"&gt;Gulliver&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L264xH343/rlm_7_bis-f2fda.jpg?1787709317' width='264' height='343' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Claude Simon, 7 : Les Premiers Livres de Claude Simon&lt;br class='autobr' /&gt;
(1945-1954).&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
Textes r&#233;unis par Jean-Yves Laurichesse. &lt;br/&gt;
Paris : Classiques Garnier, 2017, 255 p. &lt;br/&gt;
(Revue des Lettres modernes. S&#233;rie Claude Simon ; 7) &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les quatre premiers livres publi&#233;s par Claude Simon de 1945 &#224; 1954 ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s de son &#339;uvre par l'&#233;crivain lui-m&#234;me, qui les jugeait avec s&#233;v&#233;rit&#233;. Ils sont pourtant loin d'&#234;tre sans int&#233;r&#234;t, non seulement comme t&#226;tonnements dans la qu&#234;te d'une &#233;criture personnelle, mais aussi comme &#339;uvres &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The first four books published by Claude Simon between 1945 and 1954 were excluded from his literary output by the author himself ; Simon judged them harshly. They are, however, far from uninteresting, not only as fumbling steps in the quest for a personal way to write, but&lt;br class='autobr' /&gt;
also as literary works in their own right.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Laurichesse. &#171; La S&#233;rie Claude Simon continue &#187;, p. 9&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#201;dit&#233;e de main de ma&#238;tre par Ralph Sarkonak de 1994 &#224; 2012, la S&#233;rie Claude Simon de &#171; La Revue des Lettres Modernes &#187; a vu para&#238;tre six volumes importants pour les &#233;tudes simoniennes. C'est ainsi qu'apr&#232;s avoir repris sur de nouvelles bases la question longtemps pol&#233;mique du &#171; r&#233;f&#233;rent &#187; (&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-1-A-la-recherche-du-referent-perdu-1994.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Claude Simon 1. &#192; la recherche du r&#233;f&#233;rent perdu&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 1994), la S&#233;rie devait ouvrir des pistes de recherche stimulantes sur la question du genre (&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-2-L-Ecriture-du-feminin-masculin-1997.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Claude Simon 2. L'&#233;criture du f&#233;minin/masculin&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 1997), de l'archive (&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-4-Le-de-gout-de-l-archive-2005.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Claude Simon 4. Le (d&#233;)go&#251;t de l'archive&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 2005), ou encore proposer des approches nouvelles d'&#339;uvres particuli&#232;rement marquantes (&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-3-lectures-de-Histoire-2000.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Claude Simon 3. Lectures de &#171; Histoire &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 2000 ; &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-5-Les-Georgiques-une-forme-un-monde-2008.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Claude Simon 5. &#171; Les G&#233;orgiques &#187; : une forme, un monde&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 2008), avant de conclure provisoirement sur le riche bilan de plus d'un demi-si&#232;cle de critique simonienne (&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-6-La-reception-critique-2012.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Claude Simon 6. La r&#233;ception critique&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, Ralph Sarkonak me faisait l'honneur de me transmettre la responsabilit&#233; &#233;ditoriale de la S&#233;rie Claude Simon, dont il m'avait d&#233;j&#224; confi&#233; un volume, consacr&#233; aux &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt;. Dans l'esprit de libert&#233; critique qu'il avait voulu d'embl&#233;e insuffler &#224; la S&#233;rie, je d&#233;cidais de consacrer mon premier volume comme directeur &#224; ces tout premiers livres que Simon a voulu &#233;carter de son &#339;uvre parce qu'il n'en &#233;tait pas satisfait, mais qui n'en pr&#233;sentent pas moins un int&#233;r&#234;t ind&#233;niable pour les lecteurs comme pour les chercheurs, en tant qu'ils t&#233;moignent de la naissance d'un grand &#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mai 2013, le d&#233;c&#232;s de Michel Minard privait les &#233;ditions Lettres Modernes-Minard de leur infatigable et exigeant fondateur-directeur. La p&#233;riode d&#233;licate qui s'ouvrait alors, et qui aurait pu &#234;tre fatale &#224; cette entreprise &#233;ditoriale exceptionnelle, s'est heureusement conclue, comme on le sait, par l'entr&#233;e de Lettres Modernes-Minard dans les &#233;ditions Classiques Garnier. Mais les incertitudes de cette transition ont retard&#233; la publication de ce &lt;i&gt;Claude Simon 7&lt;/i&gt; qui para&#238;t enfin aujourd'hui. J'esp&#232;re que pour avoir &#233;t&#233; longtemps attendu, il sera accueilli avec d'autant plus d'int&#233;r&#234;t. Je remercie contributeurs et lecteurs de leur patience et souhaite longue vie &#224; la S&#233;rie Claude Simon.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Laurichesse. &#171; Devenir Claude Simon &#187;, p. 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. LES PREMIERS LIVRES (1945-1954)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Schoentjes. &#171; Nature et mouvement dans &lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;. &#171; Il pouvait d&#233;j&#224; voir le petit pont de pierre sur lequel la route franchissait l'eau &#187; &#187;, p. 23-29&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Partant d'une lecture attentive de la mani&#232;re dont &lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt; fait surgir l'environnement naturel, cet article s'interroge sur les enjeux formels qu'implique la volont&#233; de saisir un paysage non seulement statique, mais aussi en mouvement. L'analyse s'arr&#234;te &#224; la mani&#232;re dont Simon s'efforce de montrer l'homme comme partie int&#233;grante du monde sensible. La nature appara&#238;t comme un &#171; jardin &#187; o&#249; il est possible de vivre une exp&#233;rience sensorielle que la vie quotidienne ne permet pas.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C&#233;cile Yapaudjian-Labat. &#171; De la trag&#233;die au tragique dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; &#187;, p. 41-56&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Le narrateur de &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; s'attache &#224; d&#233;crire les hommes comme de v&#233;ritables personnages de trag&#233;die &#8211; par leur maintien mais aussi leur d&#233;mesure. Mais leur jeu perp&#233;tuel trahit le tragique de l'existence, envisag&#233; sous ses diff&#233;rents aspects. Cette tentative de compr&#233;hension du tragique dans cet ouvrage de jeunesse fera l'objet d'un approfondissement constant dans les &#339;uvres qui vont suivre. C'est surtout le souci de lui donner une forme, dans l'&#233;criture romanesque, qui animera l'&#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Michel Bertrand. &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, l'intertexte swiftien &#187;, p. 57-76&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;riple initiatique relat&#233; dans &lt;i&gt;Les Voyages de Gulliver&lt;/i&gt; constitue pour le jeune romancier une incitation &#224; s'engager sur les chemins de sa propre cr&#233;ation. Les jeux de perspectives de l'hypotexte ouvrent la voie &#224; l'exp&#233;rimentation d'une &#233;criture susceptible de restituer les divers degr&#233;s d'appr&#233;hension d'un monde qui en soi s'av&#232;re illisible. Ainsi, r&#233;&#233;crire un roman de formation poss&#232;de pour lui les vertus de la formation d'un romancier.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Catherine Rannoux. &#171; &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, chantier &#187;, p. 77-92&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude montre comment ce roman pr&#233;sente d&#233;j&#224; des traits de l'&#233;criture qui nourriront la po&#233;tique simonienne de l'&#339;uvre &#224; venir, mettant en &#339;uvre un rapport distanci&#233; au monde, sensible notamment dans la question de la nomination. Au-del&#224;, l'&#233;tude analyse &#233;galement comment la qu&#234;te d'une ad&#233;quation de la fa&#231;on de dire entra&#238;ne des jeux d'amplification syntaxique o&#249; se per&#231;oivent d&#233;j&#224; les &#233;l&#233;ments de l'architecture de la phrase simonienne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ralph Sarkonak. &#171; &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, &#233;chec et mat &#187;, p. 93-132&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude porte sur le troisi&#232;me roman de Simon, qui th&#233;matise une s&#233;rie d'&#233;checs, dont la d&#233;fa&#238;te de la r&#233;volution espagnole mais aussi les d&#233;boires d'un adolescent id&#233;aliste qui se veut rationnel mais qui &#233;choue sur toute la ligne. Les rapports difficiles de Bernard avec son beau-p&#232;re illustrent une des nombreuses crises de succession qui jonchent le roman. La succession est &#233;tudi&#233;e aussi au niveau des allusions intertextuelles que le romancier fait &#224; d'autres &#233;crivains.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Anne-Lise Blanc. &#171; Discordes et concordances dans la partition simonienne du &lt;i&gt;Sacre du printemps&lt;/i&gt; &#187;, p. 133-160&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'article mesure l'attention manifeste que Claude Simon porte, d&#232;s &lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, &#224; l'irr&#233;ductible distance qui s&#233;pare les &#234;tres (si proches soient-ils) comme &#224; l'impossible co&#239;ncidence entre les mots et les choses, les paroles et les pens&#233;es. L'antagonisme des figures s'y exprime &#224; travers la discordance des voix et inspire une po&#233;tique de la diffraction. Cette po&#233;tique t&#233;moigne du pouvoir d'&#233;vocation in&#233;dit que poss&#232;de un langage romanesque accord&#233;, dans ce texte, &#224; se mati&#232;re dissonante.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. &#201;TUDE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Isolery. &#171; La fourmi, l'araign&#233;e et l'abeille. Sur &lt;i&gt;Quatre conf&#233;rences&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, p. 164-189&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir d'un m&#233;talogue de Francis Bacon, il s'agit d'examiner, en faisant dialoguer &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Quatre conf&#233;rences&lt;/i&gt;, comment et pourquoi la po&#233;tique simonienne, d&#233;passant &#224; la fois l'empirisme de la fourmi, qui atomise le r&#233;el per&#231;u, et le dogmatisme de l'araign&#233;e, qui en &#233;teint l'&#233;clat sous le poncif, privil&#233;gie la le&#231;on de l'abeille oscillant entre l'&#233;motion singuli&#232;re de la fleur et le syst&#232;me de pens&#233;e qui est la coh&#233;sion de l'&#339;uvre-ruche.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. COMPTES RENDUS &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilias Yocaris (dir.). &lt;i&gt;Sofistik&#234;&lt;/i&gt;, 1, &#171; Un monde &#224; d&#233;couvrir : le style de Claude Simon &#187; (Griet Theeten), p. 193&lt;br/&gt;
Laurence Cadet. &lt;i&gt;De Proust &#224; Simon : le miroitement des textes&lt;/i&gt;, &#171; Recherches proustiennes &#187; (Isabelle Ser&#231;a), p. 199&lt;br/&gt;
Mireille Calle-Gruber. &lt;i&gt;Claude Simon : une vie &#224; &#233;crire&lt;/i&gt; (Jean-Yves Laurichesse), p. 204&lt;br/&gt;
Paul Dirkx et Pascal Mougin (dir.). &lt;i&gt;Claude Simon : situations&lt;/i&gt; (Jean H. Duffy), p. 206&lt;br/&gt;
Julien Piat. &lt;i&gt;Exp&#233;rimentation syntaxique dans l'&#233;criture du Nouveau Roman (Beckett, Pinget, Simon) : contribution &#224; une histoire de la langue litt&#233;raire dans les ann&#233;es 1950&lt;/i&gt; (David Zemmour), p. 212&lt;br/&gt;
Claude Simon. &lt;i&gt;Quatre conf&#233;rences&lt;/i&gt;. Textes &#233;tablis et annot&#233;s par Patrick Longuet (Alina Cherry), p. 219&lt;br/&gt;
Jean-Yves Laurichesse (dir.). &lt;i&gt;Claude Simon g&#233;ographe&lt;/i&gt; (Jean H. Duffy), p. 225&lt;br/&gt;
Claude Simon, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, vol. II, &#233;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec B&#233;r&#233;nice Bonhomme et David Zemmour (Anne-Lise Blanc), p. 230&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie, p. 241 &lt;br/&gt;
Index, p. 245&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.classiques-garnier.com/editions/index.php?page=shop.product_details&amp;flypage=flypage_garnier.tpl&amp;product_id=2883&amp;category_id=105&amp;option=com_virtuemart&amp;Itemid=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de l'&#233;diteur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bon de commande :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_866 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/pdf/JlsMS03_publicite-1.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 158.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1787681797' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alexandre, Didier. &#171; Quelques r&#233;flexions sur les relations de Claude Simon &#224; Jean-Paul Sartre &#187; (2007) </title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Alexandre-Didier-Quelques-reflexions-sur-les-relations-de-Claude-Simon-a-Jean.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Alexandre-Didier-Quelques-reflexions-sur-les-relations-de-Claude-Simon-a-Jean.html</guid>
		<dc:date>2013-02-14T20:47:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>L'Invitation</dc:subject>
		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>
		<dc:subject>Gulliver</dc:subject>
		<dc:subject>Nouveau Roman</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire </dc:subject>
		<dc:subject>Sartre, Jean-Paul</dc:subject>
		<dc:subject>Alexandre, Didier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Alexandre, Didier. &#034;Quelques r&#233;flexions sur les relations de Claude Simon &#224; Jean-Paul Sartre&#034; (2007).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Nouveau-Roman-+.html" rel="tag"&gt;Nouveau Roman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Histoire-142-+.html" rel="tag"&gt;Histoire &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Sartre-Jean-Paul-+.html" rel="tag"&gt;Sartre, Jean-Paul&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Alexandre-Didier-+.html" rel="tag"&gt;Alexandre, Didier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Didier Alexandre. &#171; Quelques r&#233;flexions sur les relations &lt;br class='autobr' /&gt;
de Claude Simon &#224; Jean-Paul Sartre &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Simon-Claude-Quatre-conferences-2012.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 3&lt;/a&gt;, 2007, p. 87-104.
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La raret&#233; des jugements publi&#233;s de Claude Simon sur Jean-Paul Sartre jusqu'aux ann&#233;es soixante est &#233;vidente. Cette raret&#233; a pour corollaire la faible intervention de Claude Simon dans le champ litt&#233;raire jusqu'aux ann&#233;es soixante : c'est seulement de son entr&#233;e aux &#233;ditions de Minuit et donc de la publication du &lt;i&gt;Vent&lt;/i&gt; que semblent dater les premiers entretiens et les premiers textes critiques de Simon, par exemple pour r&#233;pondre &#224; l'enqu&#234;te des &lt;i&gt;Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; &#171; Qu'est-ce que l'avant-garde ? &#187; en novembre 1958&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Lettres fran&#231;aises, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; o&#249; il n'est nullement question de Jean-Paul Sartre, ni de positionner le Nouveau Roman par rapport &#224; cette notion d'avant-garde vis-&#224;-vis de laquelle Simon se montre prudent, sinon r&#233;ticent. Le d&#233;s&#233;quilibre est donc flagrant entre la pr&#233;sence envahissante de Sartre en philosophie, en politique, en litt&#233;rature et la quasi-absence de Simon. Quand Sartre semble tout ignorer de Claude Simon &#8211; il n'existe pas, &#224; ma connaissance de jugement de Sartre sur les romans de Claude Simon ou sur Claude Simon &#8211;, Simon doit consid&#233;rer Sartre et son &#339;uvre pour d&#233;finir sa position dans le champ litt&#233;raire, comme l'a montr&#233; la communication de Jean-Fran&#231;ois Louette. Le premier constat est donc celui-ci : c'est Claude Simon qui ressent le besoin de d&#233;finir sa pratique d'&#233;crivain par rapport aux interventions publiques de Sartre. Nous pouvons recenser ainsi trois situations o&#249; Claude Simon, en 1960, puis 1964 tient &#224; se diff&#233;rencier de l'&#233;crivain-philosophe. Il faut ensuite tenter de comprendre les raisons qui dictent ce positionnement, ce qui n'est pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re manifestation conflictuelle de Claude Simon &#224; l'&#233;gard de Jean-Paul Sartre intervient dans l'entretien accord&#233; &#224; Madeleine Chapsal le 10 novembre 1960 pour &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, un hebdomadaire qui d&#233;fend des valeurs de gauche et des valeurs litt&#233;raires nouvelles. On trouve dans cet entretien, comme dans le texte r&#233;dig&#233; des &lt;i&gt;Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; de 1958, l'admiration vou&#233;e &#224; Michel Leiris, &lt;i&gt;Fourbis&lt;/i&gt;, et &#224; Alain Robbe-Grillet, &#171; la seule tentative d'une litt&#233;rature purement mat&#233;rialiste &#187;, un &#171; effort prodigieux pour se d&#233;barrasser des miasmes, des mythes qui nous encombrent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, L'Express, 10 novembre 1960.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Claude Simon souscrit ainsi au projet de Robbe-Grillet d'un roman &#339;uvre d'art autosuffisante et donc purifi&#233;e : c'est bien ce qu'&#233;voquent les miasmes de toute signification ext&#233;rieure &#224; elle. Ce principe d'autosuffisance est affirm&#233; d&#232;s 1956 dans &#171; Sur quelques notions p&#233;rim&#233;es &#187; (1957), puis dans &#171; Nature, humanisme et trag&#233;die &#187; (1958)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman, Paris, Minuit, 1963 : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il trouve sa formulation dans le rejet du roman fond&#233; sur la philosophie, de Camus ou de Sartre : Claude Simon cite en 1958 dans &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; le jugement formul&#233; par Robbe-Grillet dans &#171; Une voie pour le roman futur &#187; de 1957 : &#171; Le monde n'est ni signifiant ni absurde. Il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;, tout simplement. [&#8230;] Autour de nous, d&#233;fiant la meute de nos adjectifs animistes, ou m&#233;nagers, les &lt;i&gt;choses sont l&#224;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 18.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Claude Simon r&#233;serve, de la m&#234;me mani&#232;re, les italiques ou les majuscules au verbe &#234;tre : &#171; L'artiste de 1958 r&#233;alise chaque jour un peu plus que le monde &#8220;EST ABSOLUMENT&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Lettres fran&#231;aises, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simon, sur les traces de Robbe-Grillet, &#233;carte donc toute intentionnalit&#233; de sens et toute interpr&#233;tation philosophique du monde : il ne retient de la ph&#233;nom&#233;nologie que l'&#234;tre-l&#224; du monde et la relation d'alt&#233;rit&#233; que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette m&#234;me d&#233;marche d'accord avec Robbe-Grillet et de prise de distance vis-&#224;-vis de Sartre que, dans &#171; Le jeune roman &#187; de Madeleine Chapsal, publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 12 janvier 1961, Claude Simon revient. Tr&#232;s direct, il insiste sur l'accord &#171; sur tous les points &#187; qui r&#232;gne entre lui et Robbe-Grillet. Et il construit son argumentation contre Jean-Paul Sartre. En effet, Simon a donn&#233; le 11 janvier 1961, en Sorbonne, &#171; une conf&#233;rence intitul&#233;e &lt;i&gt;Signification, roman et chronologie&lt;/i&gt; &#187; , dont on peut noter, d&#232;s le titre, les &#233;chos sartriens. Car la conf&#233;rence de Simon dialogue avec les essais de Sartre : &#171; Vous ne pouvez pas savoir le mal que &#231;a m'a donn&#233; de r&#233;fl&#233;chir &#224; ces choses, moi qui ne m'int&#233;resse pas aux id&#233;es, n'en ai jamais une en t&#234;te&#8230; &#187;. Madeleine Chapsal ajoute qu'&#171; il a relu &lt;i&gt;Mat&#233;rialisme et r&#233;volution&lt;/i&gt; de Jean-Paul Sartre (1946), &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; (1947), et d'autres textes du m&#234;me &#187;, citant de nouveau Simon : &#171; J'ai toute la collection des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; &#224; la maison, depuis le premier num&#233;ro. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, L'Express, 12 janvier 1961, p. 31.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les reproches adress&#233;s &#224; Sartre portent sur la signification, &#171; une interpr&#233;tation des choses qui tendrait &#224; prouver que le monde a un sens &#187; et donc sur l'id&#233;e sartrienne que le roman pr&#233;suppose une m&#233;taphysique. L'argumentaire de Simon reprend celui de Robbe-Grillet, puisqu'il cong&#233;die les croyants et les marxistes, et encore les romantiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 32.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme cela est fait dans &lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;. La conf&#233;rence donn&#233;e &#224; la Sorbonne annexe m&#234;me, au nombre des croyants, Jean Genet (&lt;i&gt;Notre-Dame des fleurs&lt;/i&gt;). Elle condamne, comme l'entretien de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, la finalit&#233; utilitaire et morale de la litt&#233;rature : &#171; Tous les mots d'ordre de la litt&#233;rature engag&#233;e [&#8230;] posent le probl&#232;me en termes de morale et consid&#232;rent qu'un &#233;crivain doit r&#233;pondre &#224; une certaine demande. &#187;. Simon d&#233;finit ainsi en creux, contre la position sartrienne, sa propre &#233;criture intransitive : &#171; La totale inefficacit&#233; dans le domaine de l'imm&#233;diat lui semble une n&#233;cessit&#233; pour l'&#233;crivain, c'est l'art pour l'art sans r&#233;serve &#8211; un art qui se doit de traduire et de ne traduire que &#8220;des r&#233;actions sensorielles&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tandis que l'utilit&#233; condamne tout roman, de Vercors ou de Richard Wright, &#224; n'&#234;tre rapidement plus lu, le roman d'art continue de toucher les lecteurs des autres g&#233;n&#233;rations : au crit&#232;re de l'utilit&#233;, Simon oppose celui du jugement de go&#251;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, art. cit., p. 32, et Janine Parot, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il dit, du reste, trouver dans les d&#233;clarations de Sartre &#224; Claude Sarraute, faites dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; au moment de la mise en sc&#232;ne des &lt;i&gt;S&#233;questr&#233;s d'Altona&lt;/i&gt;, et dans la Pr&#233;face &#233;crite en 1960 &#224; &lt;i&gt;Aden-Arabie&lt;/i&gt; de Paul Nizan, son constat de l'impuissance de la litt&#233;rature qui &#171; aboutit finalement &#224; l'&#233;chec &#187;, &#224; ce &#171; n&#233;ant o&#249; nous a fait &#233;merger la litt&#233;rature du XIXe si&#232;cle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le dialogue n'est donc pas st&#233;rile : il reconstruit une histoire litt&#233;raire qui fait de Sartre l'h&#233;ritier d'un romantisme transitif, messianique, ouvert sur l'histoire, dont la Seconde Guerre mondiale marque la fin catastrophique, un h&#233;ritier qui ne peut se satisfaire de l'esth&#233;tisme litt&#233;raire du nouveau roman en demeurant conscient de l'&#233;chec de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux types de textes de Sartre sont convoqu&#233;s : le premier est &#233;videmment &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; publi&#233; dans &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt; de f&#233;vrier &#224; juillet 1947 et repris dans &lt;i&gt;Situations II&lt;/i&gt; en 1948 ; le second type de texte consiste en des &#233;crits plus ponctuels, de circonstance, par exemple la pr&#233;face &#233;crite pour la r&#233;&#233;dition d'&lt;i&gt;Aden-Arabie&lt;/i&gt; de Paul Nizan, qui s'inscrit parmi un ensemble simultan&#233; d'oraisons fun&#232;bres, &#224; Camus, &#224; Merleau-Ponty, &#224; Frantz Fanon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ferai quelques commentaires sur &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;. Il est vrai que dans &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'&#233;crire ?&lt;/i&gt; Sartre, en opposant prose et po&#233;sie, d&#233;finit la prose &#171; utilitaire par essence &#187;, le prosateur &#171; comme un homme qui &lt;i&gt;se sert&lt;/i&gt; des mots &#187;, sa mati&#232;re comme &#171; naturellement signifiante &#187;, et exclut le crit&#232;re de go&#251;t, puisqu'&#171; il ne s'agit pas de savoir si [les mots] plaisent ou d&#233;plaisent en eux-m&#234;mes &#187;, au profit d'une fonction, tr&#232;s husserlienne, d'indication, &#224; la fois didactique et d&#233;&#239;ctique : &#171; [il s'agit de savoir si les mots] indiquent correctement une certaine chose du monde ou une certaine notion. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Situations II, Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?, Paris, Gallimard, 1948, coll. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien ce texte que Claude Simon cite dans le &lt;i&gt;Discours de Stockholm&lt;/i&gt;, pour d&#233;finir son roman en s'opposant &#224; Sartre qui demeure vingt ans apr&#232;s une r&#233;f&#233;rence incontournable &#8211; ce qui, dans l'enceinte m&#234;me du Nobel, est pour le moins singulier. Le gauchissement de la pens&#233;e de Sartre est manifeste, puisque la th&#233;orie de la prose est d&#233;plac&#233;e sur le roman &#8211; on passe d'une forme &#224; un genre &#8211; et que la nature m&#234;me du sens que doit v&#233;hiculer l'&#339;uvre en prose selon Sartre est comprise comme un savoir et non plus comme la parole d'un homme en situation dans le monde et donc comme une &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; au sens sartrien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 286-287.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ainsi comparer ces deux citations :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;N'a-t-on pas coutume de poser &#224; tous les jeunes gens qui se proposent d'&#233;crire cette question de principe : &#171; Avez-vous quelque chose &#224; dire ? &#187; Par quoi il faut entendre : quelque chose qui vaille la peine d'&#234;tre communiqu&#233;. Mais comment comprendre ce qui en &#171; vaut la peine &#187; si ce n'est par un recours &#224; un syst&#232;me de valeurs transcendant ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 28.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre en prose est donc transitive, et elle n'est pas d&#233;nu&#233;e de style : au contraire, selon Sartre, le prosateur cherche les moyens de communiquer, ce qui implique pour le moins une rh&#233;torique (redoutable chez Sartre). Simon donne un sens restrictif au verbe avoir, lui &#244;tant tout sens de n&#233;cessit&#233; ou d'obligation morale, ins&#233;parable de la responsabilit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;D&#233;positaire ou d&#233;tenteur privil&#233;gi&#233; par l'effet de cette gr&#226;ce d'un savoir (&#171; Qu'&lt;i&gt;avez&lt;/i&gt;-vous &#224; dire ? &#187; demandait Sartre &#8211; en d'autres termes : &#171; Quel savoir &lt;i&gt;poss&#233;dez&lt;/i&gt;-vous ? &#187;), d&#233;positaire donc avant m&#234;me d'&#233;crire d'une connaissance refus&#233;e au commun des mortels, l'&#233;crivain se voit assigner la mission de les en instruire, et le roman va tout naturellement prendre la forme imag&#233;e sous laquelle est d&#233;livr&#233; l'enseignement religieux, celle de la parabole, de la fable. (&lt;i&gt;DS&lt;/i&gt;, 891-2)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en construisant une histoire du roman qui met en perspective le roman du XIXe si&#232;cle, Malraux et Sartre, Simon oppose un r&#233;alisme qui perdurerait jusqu'au second conflit mondial et s'&#233;puiserait dans la prose selon Sartre &#224; un roman qui suit &#171; d'autres voies &#187;. Dans &#171; les biblioth&#232;ques de gares ou ailleurs &#187;, o&#249; &#171; on continue, et on continuera encore longtemps, &#224; vendre et &#224; acheter par milliers d'aimables ou de terrifiants r&#233;cits d'aventures &#224; conclusions optimistes ou d&#233;sesp&#233;r&#233;es, et aux titres annonceurs de v&#233;rit&#233;s r&#233;v&#233;l&#233;es comme par exemple &lt;i&gt;La Condition humaine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Espoir&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les Chemins de la libert&#233;&lt;/i&gt;&#8230; &#187; (&lt;i&gt;DS&lt;/i&gt;, 892), on peut &#233;videmment ranger les romans &#233;voqu&#233;s dans la s&#233;quence de la lecture que fait une voyageuse dans le train de &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bataille de Pharsale, p. 675 et p. 678. Sartre rejette la litt&#233;rature de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, si Jean-Paul Sartre, dans le texte de Pr&#233;sentation des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, rejette &#171; l'art pour l'art &#187; auquel, pr&#233;cis&#233;ment, se r&#233;f&#232;re Simon, nous l'avons vu, il rejette aussi le r&#233;alisme et le d&#233;terminisme qui le sous-tend, ce qu'il reprend dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; o&#249; Flaubert est pr&#233;sent&#233; comme un styliste &#171; amant pur de la forme et p&#232;re du naturalisme &#187;. Tout se passe comme si Claude Simon accablait Sartre de ce dont Sartre veut constamment se diff&#233;rencier dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; par une approche historique et sociologique de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le second type de textes cit&#233;s par Claude Simon est la cons&#233;quence m&#234;me de la fonction donn&#233;e &#224; la litt&#233;rature par Sartre. Dans l'entretien avec Madeleine Chapsal de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 12 janvier 1960, Simon rappelle que Sartre a d&#233;clar&#233; &#224; Claude Sarraute pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; renoncer &#224; l'&#233;criture des romans au moment de la mise en sc&#232;ne des &lt;i&gt;S&#233;questr&#233;s d'Altona&lt;/i&gt;, et &#224; Madeleine Chapsal elle-m&#234;me l'exp&#233;rience de totalit&#233; que doit &#234;tre la litt&#233;rature : &#171; Si la litt&#233;rature n'est pas &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;, elle ne vaut pas une heure de peine. C'est cela que je veux dire par engagement. Elle s&#232;che sur pieds si vous la r&#233;duisez &#224; l'innocence, &#224; des chansons. Si chaque phrase &#233;crite ne r&#233;sonne pas &#224; tous les niveaux de l'homme et de la soci&#233;t&#233;, elle ne signifie rien. La litt&#233;rature d'une &#233;poque, c'est l'&#233;poque dig&#233;r&#233;e par la litt&#233;rature. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, Les &#233;crivains en personne, Julliard, 1960, p. 211. Sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pens&#233;e comme &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme &#171; action dans l'histoire et sur l'histoire &#187;, comme volont&#233; de &#171; &lt;i&gt;faire l'histoire&lt;/i&gt; &#187;, &#171; comme synth&#232;se de la relativit&#233; historique et de l'absolu moral et m&#233;taphysique, avec ce monde hostile et amical, terrible et d&#233;risoire qu'elle nous r&#233;v&#232;le &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?, op. cit., p. 287-288.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce que l'on pourrait opposer &#224; l'&#233;pigraphe que choisit Claude Simon pour &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;, l'&#233;criture sartrienne est soumise au devenir historique. Ancr&#233;e dans l'apr&#232;s-guerre, l'ann&#233;e 1947, la premi&#232;re d&#233;finition donn&#233;e est soumise &#224; l'h&#233;ritage dramatique de la Seconde Guerre mondiale : la r&#233;f&#233;rence &#224; Auschwitz est aussi celle de Sartre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 262.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La notion de Mal n'est pas tant morale, chez Sartre, qu'historique, et doit &#234;tre comprise comme ce qui est oppression faite &#224; l'humain libre : &#171; Mais d'autre part, battus, br&#251;l&#233;s, aveugl&#233;s, rompus, la plupart des r&#233;sistants n'ont pas parl&#233; ; ils ont bris&#233; le cercle du Mal et r&#233;affirm&#233; l'humain, pour eux, pour nous, pour leurs tortionnaires m&#234;mes. Ils l'ont fait sans t&#233;moins, sans recours, sans espoir, souvent m&#234;me sans foi . &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 265.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se fait donc jour, chez Sartre, la tentation du r&#233;cit t&#233;moignage dans le pr&#233;sent historique, qui appelle l'invention de nouvelles formes d'&#233;criture narrative, et que r&#233;alisera la revue des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; en ins&#233;rant des r&#233;cits de vie, en particulier des t&#233;moignages de guerre. On peut du reste se demander si Claude Simon, lorsqu'il &#233;crit &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, n'opte pas pour cette forme de r&#233;cit t&#233;moignage, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s que l'individu &#233;crivain de Simon ne s'affirme pas comme &#171; action constructrice, cr&#233;atrice &#187; niant l'ali&#233;nation de l'homme par les mouvements de l'histoire et faisant l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 283.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette dialectique est absente de la posture simonienne. &#192; travers la r&#233;f&#233;rence &#224; C&#233;zanne et au corps de C&#233;zanne, sa main et son &#339;il, l'art est pr&#233;sent&#233; en rupture avec l'histoire pr&#233;sente et comme fin en soi. En cons&#233;quence, et ce serait &#233;videmment une voie &#224; explorer, le dialogue Sartre-Simon commencerait d&#232;s les ann&#233;es imm&#233;diatement post&#233;rieures &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale. Chez Sartre, l'&#233;thique humaine &#8211; l'humanisme tragique que d&#233;nonce chez Sartre Alain Robbe-Grillet dans &lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un nouveau roman, op. cit., p. 56 sv&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; pr&#233;c&#232;de l'&#233;criture : le prototype de l'oppression l'emporte. L'acte d'&#233;crire est constamment ins&#233;parable de la d&#233;fense des opprim&#233;s, en 1947 (relation bourreau-victime) ou dans les ann&#233;es soixante, et son efficacit&#233; dans l'histoire en est la meilleure mesure &#8211; et donc la pire. Le renoncement au roman de Sartre correspond autant &#224; l'&#233;puisement du genre romanesque qu'&#224; une r&#233;flexion lucide sur la possibilit&#233; d'un art engag&#233;, c'est-&#224;-dire confront&#233; aux r&#233;alit&#233;s de l'histoire sociale et &#233;conomique, &#224; l'&#233;chelle locale et mondiale. Sartre n'est plus alors un &#233;crivain : il met au service d'un combat contre l'oppression le capital acquis par la litt&#233;rature, ce qu'a parfaitement vu Maurice Blanchot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les intellectuels en question &#187;, Le D&#233;bat, novembre 1984, p. 27.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La question de l'engagement est &#233;videmment au centre du d&#233;bat, surtout en ces ann&#233;es soixante o&#249; Sartre et Simon sont parmi les signataires du manifeste des 121&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le 4 septembre 1960 que Le Monde annonce que &#171; cent vingt et un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'entretien avec Madeleine Chapsal publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 10 novembre 1960, Claude Simon commente sa signature, en r&#233;ponse &#224; cette question : &#171; Vous repoussez les id&#233;es, mais n'&#234;tes-vous pas signataire d'un certain manifeste ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner la r&#233;ponse de Simon, il faut rappeler que le proc&#232;s Jeanson concernait un collaborateur des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, commentateur de Sartre, auteur en 1955 d'&lt;i&gt;Alg&#233;rie hors la loi&lt;/i&gt;, qui, brouill&#233; avec Sartre apr&#232;s la condamnation par le philosophe de l'intervention sovi&#233;tique en Hongrie en 1956, fait cependant appel &#224; lui en 1959 pour obtenir son soutien en faveur du peuple alg&#233;rien. Jean-Paul Sartre est absent de France lors du proc&#232;s : il est au Br&#233;sil o&#249; il ne manque pas de plaider pour l'anti-colonialisme et pour le combat du F.L.N., et envoie le 16 septembre 1960 un t&#233;l&#233;gramme pour excuser son absence, et dire sa solidarit&#233; avec les accus&#233;s, tandis que Roland Dumas lit une lettre de lui de soutien aux accus&#233;s, qui provoque un immense toll&#233; : &#171; Une bombe &#187;, titre &lt;i&gt;L'Aurore&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir Annie Cohen-Solal, Sartre, 1905-1980, Gallimard, 1985, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sartre se trouve donc au c&#339;ur du proc&#232;s, du manifeste et des troubles qui s'ensuivirent, tel le saccage des vitrines de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; le 3 octobre 1960. On sait aussi que les &#233;ditions de Minuit, qui avaient publi&#233; &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt; de Henri Alleg, furent tr&#232;s s&#233;rieusement menac&#233;es. L'attribution du Prix de l'Express &#224; Claude Simon pour &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; en 1961 doit &#234;tre replac&#233;e dans ce contexte : elle signifie aussi le lien &#233;tabli entre le manifeste, le proc&#232;s Jeanson, l'hebdomadaire, la maison d'&#233;dition, &#224; travers une &#339;uvre qui fait une place discr&#232;te, mais r&#233;elle aux combattants venus du Nord de l'Afrique, rappelant et la part qu'ils ont prise en 1940 dans la lutte contre l'arm&#233;e allemande et l'hostilit&#233; raciste dont ils sont l'objet de la part de certains combattants fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le maquereau d'Alger, juif, &#171; le roi venu tout droit de la Bible &#187; qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;criture allusive de Simon, en fait indirecte dans la mesure o&#249; le proc&#232;s men&#233; contre l'institution militaire dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; peut renvoyer &#224; l'actualit&#233; alg&#233;rienne, diverge donc de celle de Sartre qui multiplie les textes qui apostrophent les Fran&#231;ais sur la question du colonialisme et du tiers monde, par exemple, la Pr&#233;face aux &lt;i&gt;Damn&#233;s de la terre&lt;/i&gt; de Frantz Fanon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Cahiers libres, n&#176; 27-28, Maspero, 1961. Voici deux citations : &#171; Nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, imm&#233;diatement contemporaine de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse que Simon fait &#224; Madeleine Chapsal vise &#224; r&#233;concilier l'&#233;criture simonienne et la signature du manifeste des 121. L'auteur de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; attribue dans un premier temps son geste &#224; &#171; des mouvements du c&#339;ur &#187; : &#171; Je n'ai jamais pu supporter l'injustice, qu'on batte quelqu'un, qu'on humilie ou que l'on fasse souffrir&#8230; J'ai sign&#233; ce manifeste, je suis inculp&#233;, je continuerai. &#187;. C'est ce pouvoir d'indignation qui, lors du proc&#232;s Jeanson, a dict&#233; son t&#233;moignage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour, au proc&#232;s Jeanson o&#249; je t&#233;moignais, le pr&#233;sident du tribunal m'a menac&#233; d'expulsion parce que, para&#238;t-il, j'insultais l'Arm&#233;e fran&#231;aise en disant que nous poursuivions en Alg&#233;rie une guerre injuste avec des moyens indignes d'une nation civilis&#233;e. C'est suffocant. J'ai &#233;t&#233; tent&#233; de lui r&#233;pondre qu'en somme, il avait raison d'interdire que l'on appel&#226;t cela une &#8220;guerre&#8221;. Parce que cinq cent mille hommes pourvus d'avions, de canons, de tanks, contre cinq mille malheureux arm&#233;s de fusils de chasse ou m&#234;me de fusils mitrailleurs, effectivement, ce n'est pas de la guerre mais de l'assassinat.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, L'Express, 10 novembre 1960&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi fait suite une critique de l'arm&#233;e et des officiers fran&#231;ais. Mais dans un second temps, il avance la th&#232;se suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'incessante remise en question, l'incessante contestation de ce qui est tenu pour acquis. Signer la D&#233;claration des 121, c'&#233;tait contester la l&#233;gitimit&#233; de certains actes : tuer dans une guerre injuste, torturer. De la m&#234;me fa&#231;on, &#233;crire (bien entendu dans la mesure o&#249; l'on parvient &#224; faire &#339;uvre d'art) c'est contester les formes et les rapports &#233;tablis, reconnus, consacr&#233;s&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon s'&#233;carte donc de la signification que Sartre donne &#224; l'engagement par l'&#233;criture :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je dirai qu'un &#233;crivain est engag&#233; lorsqu'il t&#226;che &#224; prendre la conscience la plus lucide et la plus enti&#232;re d'&#234;tre embarqu&#233;, c'est-&#224;-dire lorsqu'il fait passer pour lui et pour les autres l'engagement de la spontan&#233;it&#233; imm&#233;diate au r&#233;fl&#233;chi. L'&#233;crivain est m&#233;diateur par excellence et son engagement est la m&#233;diation. Seulement s'il est vrai qu'il faut demander des comptes &#224; son &#339;uvre &#224; partir de sa condition, il faut se rappeler aussi que sa condition n'est pas seulement celle d'un homme en g&#233;n&#233;ral mais pr&#233;cis&#233;ment aussi d'un &#233;crivain. [&#8230;] nul n'est oblig&#233; de se choisir &#233;crivain.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?, op. cit., p. 98-99.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsque ce choix est fait, l'&#233;crivain, qui a une fonction sociale, est donc tenu de r&#233;pondre &#224; une attente et une demande des hommes. Dans une approche sociocritique, Sartre noue ensemble l'&#233;crivain et l'homme, tandis que Simon les dissocie. L'homme, fort &#233;ventuellement du capital acquis par l'&#233;crivain, peut intervenir et s'engager dans des entretiens qui d&#233;fient la censure : mais l'&#233;crivain s'engage dans un autre espace, discursif, supposant une anthropologie o&#249; l'homme est constitu&#233; des langages multiples qu'il tient. Les r&#233;f&#233;rences faites par Claude Simon &#224; Roland Barthes ne sont donc pas insignifiantes : elles font sens en fonction de cette s&#233;miologie et de cette conception structuraliste de l'humain, telle que l'&#233;criture est d&#233;finie en termes de r&#233;volution. La subversion des discours qui pr&#233;tendent &#224; la l&#233;gitimit&#233; &#8211; et on notera aussi combien le terme anticipe la pens&#233;e sur les discours de Lyotard &#8211; est r&#233;volutionnaire et tend &#224; red&#233;finir l'humain. Sur ce point, Simon est proche de l'engagement tel que le d&#233;finit Alain Robbe-Grillet qui renvoie dos &#224; dos l'engagement en faveur de valeurs religieuses et l'engagement en faveur de valeurs sociales, Mauriac et Jdanov, et qui mesure les limites de l'engagement sartrien fond&#233; sur la double libert&#233; de l'&#233;crivain et du lecteur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Redonnons donc &#224; la notion d'engagement le seul sens qu'elle peut avoir pour nous. Au lieu d'&#234;tre de nature politique, l'engagement c'est, pour l'&#233;crivain, la pleine conscience des probl&#232;mes actuels de son propre langage, la conviction de leur extr&#234;me importance, la volont&#233; de les r&#233;soudre de l'int&#233;rieur. C'est l&#224;, pour lui, la seule chance de demeurer un artiste, et, sans doute aussi, par voie de cons&#233;quence obscure et lointaine, de servir un jour peut-&#234;tre &#224; quelque chose &#8211; peut-&#234;tre m&#234;me &#224; la r&#233;volution.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un nouveau roman, Sur quelques notions p&#233;rim&#233;es, p. 39. Voir aussi le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la r&#233;volution dans l'histoire, qui demeure l'horizon lointain de Sartre, s'oppose la r&#233;volution du langage, qui deviendra un des arguments de &lt;i&gt;Tel quel&lt;/i&gt;. C'est bien cette th&#232;se que d&#233;veloppe Claude Simon lors du Congr&#232;s de Vienne d'avril 1967 qui avait pour sujet &#171; Litt&#233;rature : tradition et r&#233;volution &#187;, dans un texte publi&#233; dans &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt; (1-15 mai 1967). L'ombre de Sartre demeure pr&#233;sente derri&#232;re les formulations de Simon :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il convient de mettre fin &#224; une l&#233;gende : jamais aucune &#339;uvre d'art, aucune &#339;uvre litt&#233;raire n'a eu, &lt;i&gt;dans l'imm&#233;diat&lt;/i&gt;, un poids quelconque sur le cours de l'Histoire. [&#8230;] En revanche, au sein de l'immense et incessante gestation du monde, et dans l'ensemble des activit&#233;s de l'esprit, toute production de celui-ci, &#224; condition d'apporter quelque chose de neuf, joue son r&#244;le, le plus souvent de fa&#231;on invisible, souterraine, mais cependant capitale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut, en cons&#233;quence, relire &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, contemporain de ce texte, comme la d&#233;rision d'une &#233;criture engag&#233;e, en l'occurrence celle de John Reed, &lt;i&gt;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde&lt;/i&gt;, qui conduit le narrateur, jeune, &#224; Barcelone, ou qui s'&#233;puise dans la figure de compromission qu'est le personnage de Lambert, et comme une r&#233;volution en acte des langages. Le dialogue avec Sartre, en ces ann&#233;es, ne cesse donc pas : si les deux &#233;crivains se rencontrent sur la fin des voyages et du tourisme, leur approche du colonialisme et du tiers-monde diverge radicalement, Sartre la faisant en termes &#233;conomiques, politiques, culturels (valeurs, arts), Claude Simon la faisant &#224; travers les symboles que sont les cartes postales et les textes dont elles sont le support. L'Aden d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; est par nature diff&#233;rent de l'Aden d'&lt;i&gt;Aden-Arabie&lt;/i&gt;. De m&#234;me, dans &lt;i&gt;Les Corps conducteurs&lt;/i&gt;, le r&#233;cit de la conf&#233;rence d'&#233;crivains &#224; laquelle assiste le personnage reprend, de mani&#232;re d&#233;risoire, les d&#233;bats sur la litt&#233;rature et la r&#233;volution, la nationalit&#233; litt&#233;raire, sur fond de colonialisme et de luttes issues du colonialisme : l'&#233;puisement des intervenants r&#233;sume assez bien le jugement de Simon sur ces questions, comme la naus&#233;e du personnage, clin d'&#339;il possible &#224; Sartre. Enfin, le r&#233;cit &lt;i&gt;L'Invitation&lt;/i&gt; doit &#234;tre rang&#233; dans la s&#233;rie des nombreux retours d'U.R.S.S., ceux de Barbusse, Aragon, Malraux, Bloch et Sartre, qui dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, du 15 au 20 juillet 1954, livre les impressions euphoriques faites par son s&#233;jour en U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La posture simonienne consiste en une &#233;criture sur l'histoire &#224; distance de l'histoire. Et ceci est bien inscrit dans l'&#339;uvre. Dans &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, Claude Simon repr&#233;sente S. pr&#233;sent, &#224; distance des f&#234;tes organis&#233;es par Leiris. Dans la mise en sc&#232;ne le 16 juin 1944 de la pi&#232;ce de Picasso, &lt;i&gt;Le d&#233;sir attrap&#233; par la queue&lt;/i&gt;, mise en sc&#232;ne r&#233;alis&#233;e par Albert Camus, Sartre joue le r&#244;le du &#171; Bout rond &#187; et Simone de Beauvoir de &#171; La Cousine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question, voir Annie Cohen-Solal, Sartre, 1905-1980, op. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simon est donc en marge, dans une spatialit&#233; r&#233;f&#233;rentielle et symbolique, des milieux surr&#233;alistes &#8211; ce qui appara&#238;t ailleurs dans l'&#339;uvre, que ce soit dans &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; o&#249; le personnage Max a un moment fr&#233;quent&#233; ces milieux parisiens avant de c&#233;der &#224; son homosexualit&#233; qui le m&#232;ne au suicide &#8211; faut-il voir en Max une allusion &#224; Cocteau, qui sera mentionn&#233; dans &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, ou un retour sur la question de l'homosexualit&#233; et de l'art pos&#233;e par Sartre dans le &lt;i&gt;Saint Genet com&#233;dien et martyr&lt;/i&gt; publi&#233; en 1952, l'ann&#233;e de publication de &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gulliver, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1952, p. 120-121, p. 258-262. Sartre, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, ou que ce soit dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, &#224; travers l'exemple de l'oncle Charles, dont l'aventure parisienne en milieux artistiques s'ach&#232;ve de nouveau par un suicide, cette fois celui de l'&#233;pouse. Litt&#233;ralement, la litt&#233;rature, pos&#233;e comme absolu, ne conduit qu'&#224; la mort et &#224; la fin de la litt&#233;rature. Le d&#233;part pour la province originaire marque ainsi, dans l'&#339;uvre, le refus des milieux litt&#233;raires festifs et mondains et la recherche d'une voie solitaire, aust&#232;re, laborieuse, sans plaisir r&#233;el. Au brillant sartrien et parisien s'oppose le s&#233;rieux simonien, provincial.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces mises en fiction de l'avant-garde &#8211; qui apportent une r&#233;ponse &#224; l'enqu&#234;te faite par &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; en 1958 &#8211; montrent aussi l'extr&#234;me m&#233;fiance, pr&#233;coce, de Simon &#224; l'&#233;gard des mouvements et des groupements litt&#233;raires. Litt&#233;ralement, l'avant-garde s'&#233;puise dans le spectacle, n'offrant d'issue que dans le suicide, la mort de l'&#233;crivain. Les avant-gardes construisent une histoire litt&#233;raire faite de revirements ponctuels, comme en t&#233;moigne la relecture faite de Paul Claudel dans les milieux surr&#233;alistes selon Claude Simon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Jardin des Plantes, p. 1146. Jean-Louis Barrault avait mis en sc&#232;ne Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui se dit ainsi, dans les romans eux-m&#234;mes, c'est le passage d'une histoire litt&#233;raire fond&#233;e sur des mouvements et des critiques d'auteurs &#8211; ce qui est parfaitement int&#233;gr&#233; par Sartre dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; &#8211; &#224; une pens&#233;e du litt&#233;raire fond&#233; sur une critique d'auteurs qui annexe le discours d'une critique savante. C'est ce qu'illustre le second d&#233;bat important qui oppose Sartre et Simon &#224; la fin de l'ann&#233;e 1964. Dans un interview accord&#233; &#224; Jacqueline Piatier et publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 18 avril 1964, Sartre donne sa conception de la litt&#233;rature en 1964. Il constate : &#171; On n'est pas plus sauv&#233; par la politique que par la litt&#233;rature. &#187; Son engagement dans le tiers-mondisme impose des constats : &#171; L'univers reste noir. Nous sommes des animaux sinistr&#233;s&#8230; Mais j'ai d&#233;couvert brusquement que l'ali&#233;nation, l'exploitation de l'homme par l'homme, la sous-alimentation, rel&#233;guaient au second plan le mal m&#233;taphysique, qui est un luxe. La faim, elle, est un mal tout court. &#187;. C'est fort de cette question qu'il se demande s'il est possible de &#171; lire Robbe-Grillet dans un pays sous-d&#233;velopp&#233; &#187; et affirme : &#171; En face d'un enfant qui meurt, La Naus&#233;e ne fait pas le poids.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Jean-Paul Sartre s'explique sur Les Mots &#187;, Le Monde, 18 avril 1964. &#187;&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . La logique sartrienne est donc radicale et sans appel : l'&#233;crivain &#171; doit donc se ranger au c&#244;t&#233; du plus grand nombre, des deux milliards d'affam&#233;s, s'il veut pouvoir s'adresser &#224; tous et &#234;tre lu par tous. Faute de quoi, il est au service d'une classe privil&#233;gi&#233;e et exploiteur comme elle&#8230; &#187;. C'est &#224; cette d&#233;claration, qui fait scandale dans les milieux litt&#233;raires, que r&#233;pondent Yves Berger et Claude Simon dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 28 mai 1964. L'argumentation de Claude Simon se fonde sur son v&#233;cu (la faim n'emp&#234;chait pas les prisonniers dans le camp en 1940 de lire) et son exp&#233;rience de l'&#233;criture, th&#233;oris&#233;e par la distinction que fait Barthes dans &lt;i&gt;Le Degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain est celui dont l'action s'exerce sur son propre instrument, le langage : il travaille sa parole (j'ajouterais qu'il est aussi travaill&#233; par elle), absorbant le pourquoi du monde dans un comment &#233;crire. L'&#233;crivant est celui qui s'approprie le langage de l'&#233;crivain &#224; des fins politiques.&lt;br/&gt;
Pour lui la parole n'est qu'un moyen : elle supporte un faire, elle ne le constitue pas.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Deux &#233;crivains r&#233;pondent &#224; Jean-Paul Sartre &#187;, &#171; Pour qui donc &#233;crit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Simon d&#233;finit donc son &#233;criture dans un rapport &#224; la langue comme aventure et d&#233;couverte, que m&#233;taphorise la r&#233;f&#233;rence au topos litt&#233;raire de Colomb, dont on sait quelle importance il prendra dans &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;. Simon revient ainsi sur la question des significations, &#171; floues, impr&#233;cises, vacillantes &#187;, pour se demander &#171; comment imaginer que, par le fonctionnement de ce m&#233;canisme structural par lequel se fait l'&#339;uvre de l'&#233;crivain [&#8230;] pourraient se d&#233;gager des significations utilitaires imm&#233;diatement consommables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette argumentation permet donc de r&#233;pondre aux reproches adress&#233;s par Sartre &#224; Robbe-Grillet, qui cherche &#224; &#171; &lt;i&gt;d&#233;couvrir&lt;/i&gt; (dans le sens litt&#233;ral du mot) un univers tangible, mesurable, lav&#233;, nettoy&#233; des vieux mythes qui chloroforment l'humanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, Simon associe l'&#233;chec de la litt&#233;rature selon Sartre &#224; une morale de d&#233;vots et au projet r&#233;volutionnaire marxiste, semblant ignorer que Sartre a depuis longtemps pris ses distances par rapport au mod&#232;le sovi&#233;tique. L'art, selon Simon, demeure n&#233;cessaire &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233; dont le paradigme demeure &#233;tonnamment l'univers concentrationnaire : les &#171; ouvertures sur les espaces toujours libres et inali&#233;nables de l'imaginaire, du merveilleux et du songe &#187; rendent impossible une soci&#233;t&#233; &#171; aussi cauchemardesque qu'un immense camp de concentration fonctionnel et bien organis&#233; o&#249; la nourriture serait abondante, le travail peu p&#233;nible, les couvertures chaudes, les toits des baraques &#233;tanches, et o&#249; croupiraient non plus des hommes mais des b&#234;tes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 33.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce d&#233;bat laisse des traces dans l'&#339;uvre, puisque Claude Simon revient sur la question du Mus&#233;e dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Les Corps conducteurs&lt;/i&gt;. Fid&#232;le &#224; sa d&#233;finition de la r&#233;volution du langage op&#233;r&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la tradition, il ajoute cet autre &#233;l&#233;ment, la n&#233;cessit&#233; de l'art &#224; l'homme comme &#233;l&#233;ment qui le diff&#233;rencie de l'animalit&#233;. C'est donc bien une anthropologie, o&#249; la fonction symbolique constitue l'humanit&#233; et son devenir, que construit Simon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On sait que cette pol&#233;mique, dont on ne doit pas minimiser la virulence, eut pour &#233;pilogue, le 9 d&#233;cembre 1964 &#224; la Mutualit&#233;, un d&#233;bat organis&#233; autour de la question &#171; Que peut la litt&#233;rature ? &#187; par le journal &lt;i&gt;Clart&#233;&lt;/i&gt;, organe de l'Union des &#233;tudiants communistes . Claude Simon, invit&#233;, d&#233;clina l'invitation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et non en 1965 comme l'&#233;crit Francine Dugast-Portes dans Le Nouveau Roman, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sartre, dont l'autobiographie &lt;i&gt;Les Mots&lt;/i&gt; &#233;tait un succ&#232;s litt&#233;raire incontestable, &#233;tait alors aur&#233;ol&#233; et stigmatis&#233; pour le refus du Prix Nobel qui lui avait &#233;t&#233; attribu&#233; en octobre 1964. Le d&#233;bat m&#233;riterait &#224; lui seul une &#233;tude, car il marque une r&#233;elle fracture dans le champ litt&#233;raire romanesque. On notera simplement que Jean Ricardou reprit l'argumentation d&#233;velopp&#233;e par Claude Simon dans son article de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. Jean-Pierre Faye, quant &#224; lui, s'attacha &#224; distinguer l'&#233;crivain du militant, et &#224; donner pour fonction &#224; l'&#233;criture r&#233;volutionnaire d'assurer une meilleure communication sociale &#8211; ce qui, soit dit en passant, ne diverge que bien peu des objectifs sartriens. Aux &#233;tudiants de &lt;i&gt;Clart&#233; &lt;/i&gt; qui r&#233;cusaient les th&#232;ses de Jdanov et confondaient r&#233;volutionnaire et &#233;crivain, dans un combat pour &#171; transformer &#187; la r&#233;alit&#233;, &#171; l&#224; o&#249; l'histoire se fait &#187;, Semprun r&#233;pond par la r&#233;f&#233;rence &#224; l'autot&#233;lisme de Robbe-Grillet et l'intransitivit&#233; de l'&#233;criture. Le d&#233;bat consacre donc le recul d'une conception marxiste de l'&#233;criture romanesque en prise sur l'histoire pr&#233;sente. Au contraire, il t&#233;moigne de l'&#233;mergence d'un discours critique fond&#233; sur une critique savante et sur une nouvelle anthropologie &#224; laquelle se rallie Claude Simon. Sartre le sait, puisque dans l'ann&#233;e 1966, &#224; la suite de la publication de &lt;i&gt;Les Mots et les choses&lt;/i&gt; de Foucault, il revient sur le structuralisme pour rejeter le refus de l'histoire et du marxisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Jean-Paul Sartre r&#233;pond &#187;, entretien avec Bernard Pingaud, L'Arc, n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux oppositions fortes se d&#233;gagent : la premi&#232;re porte sur la n&#233;cessaire dialectique selon Sartre de la structure et de l'histoire ; la seconde porte sur l'identification, ou son rejet, de la pens&#233;e au langage et donc sur le fait que la modernit&#233;, comme l'affirme Foucault, r&#233;side dans la rupture des mots et de la r&#233;alit&#233; et le quadrillage spontan&#233; par les mots de la connaissance des choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Les Mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966, p. 315. Sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'ann&#233;e 1964, Claude Simon ach&#232;ve de se positionner dans le champ litt&#233;raire. Sa position, fond&#233;e sur une proximit&#233; &#224; Robbe-Grillet et donc &#224; Barthes, est proche du structuralisme, et de l'anthropologie discursive et symbolique que fonde cette pens&#233;e. Ceci conditionne constamment le dialogue avec Sartre, dont on peut dire qu'il est permanent d&#232;s &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;. Sartre, il est vrai, nous l'avons constat&#233;, sait occuper le champ litt&#233;raire, par ses constants d&#233;gagements et ses revirements paradoxaux, par un art de la provocation o&#249; l'on doit faire la part &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; romantique. Sur le terrain politique et &#233;thique, tous deux parlent d'un universel : mais l'homme de Sartre demeure soumis &#224; l'histoire pr&#233;sente, &#233;conomique, sociale, politique, culturelle, tandis que celui de Simon ne saurait &#234;tre l'homme de l'histoire pr&#233;sente. C'est non pas le faire sartrien, mais le dire du structuralisme qui conditionnent la d&#233;finition de l'&#233;crivain et de l'art, dans leur fonction arch&#233;ologique soup&#231;onneuse et donc r&#233;volutionnaire. En ce sens, &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, qui tourne en d&#233;rision la r&#233;volution, et donc l'impuissance du faire humain, et qui fait la r&#233;volution du langage romanesque, est aussi un r&#233;cit anti-sartrien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 10 novembre 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Alain Robbe-Grillet, &lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1963 : &#171; L'existence d'une &#339;uvre d'art, son poids, ne sont pas &#224; la merci de grilles d'interpr&#233;tation qui co&#239;ncideraient, ou non, avec ses contours. L'&#339;uvre d'art, comme le monde, est une forme vivante : elle est, elle n'a pas besoin de justification. Le z&#232;bre est r&#233;el, le nier ne serait pas raisonnable, bien que ses rayures soient sans doute d&#233;pourvues de sens. Il en va de m&#234;me pour une symphonie, une peinture, un roman : c'est dans leur forme que r&#233;side leur r&#233;alit&#233;. &#187; (p. 41) ; &#171; Le crime, c'est d'affirmer qu'il existe quelque chose, dans le monde, qui n'est pas l'homme, qui ne lui adresse aucun signe, qui n'a rien de commun avec lui. &#187; (p. 47), etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 12 janvier 1961, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la signification &#187;, &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;, n&#176; 859, 19-25 janvier 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, art. cit., p. 32, et Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la signification &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la signification &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Situations II&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1948, coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1976, p. 26. On ne saurait confondre utilit&#233; et utilitarisme bourgeois chez Sartre (p. 147).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 286-287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, p. 675 et p. 678. Sartre rejette la litt&#233;rature de consommation au profit d'une litt&#233;rature de production qu'il qualifie de &#171; litt&#233;rature totale &#187; (&lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 288-289)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &lt;i&gt;Les &#233;crivains en personne&lt;/i&gt;, Julliard, 1960, p. 211. Sur cette litt&#233;rature totale, synth&#232;se du faire, de l'avoir, de l'&#234;tre, voir &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 289.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 265.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, op. cit., p. 56 sv&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les intellectuels en question &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, novembre 1984, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le 4 septembre 1960 que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; annonce que &#171; cent vingt et un &#233;crivains et artistes ont sign&#233; une d&#233;claration sur le &#8220;droit &#224; l'insoumission dans la guerre d'Alg&#233;rie&#8221; &#187;. Maurice Blanchot, Jean Schuster, Dionys Mascolo, Maurice Nadeau, Jean Pouillon sont &#224; l'origine du projet. Mascolo et Schuster, puis Blanchot le r&#233;dig&#232;rent. Or, c'est le 6 septembre 1960 que s'ouvrait le proc&#232;s Jeanson, c'est-&#224;-dire des r&#233;seaux de soutien au F.L.N. Le manifeste r&#233;unissait des signataires venus d'horizons tr&#232;s divers : milieux surr&#233;alistes, &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lettres nouvelles&lt;/i&gt;, anciens communistes, Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir Annie Cohen-Solal, &lt;i&gt;Sartre, 1905-1980&lt;/i&gt;, Gallimard, 1985, p. 537-547.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le maquereau d'Alger, juif, &#171; le roi venu tout droit de la Bible &#187; qui d&#233;fie le pouvoir allemand dans le camp le jour du Yom Kippour (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, 344-5).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Cahiers libres&lt;/i&gt;, n&#176; 27-28, Maspero, 1961. Voici deux citations : &#171; Nos ch&#232;res valeurs perdent leurs ailes ; &#224; les regarder de pr&#232;s, on n'en trouvera pas une qui ne soit tach&#233;e de sang. S'il vous faut un exemple, rappelez-vous ces grands mots : Que c'est g&#233;n&#233;reux la France ! G&#233;n&#233;reux, nous ? Et S&#233;tif ? Et ces huit ann&#233;es de guerre f&#233;roce qui ont co&#251;t&#233; la vie &#224; plus d'un million d'Alg&#233;riens ? Et la g&#233;g&#232;ne ? &#187; (&lt;i&gt;Situations V&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1965, p. 188) ; &#171; Les marques de la violence, nul ne les effacera : c'est la violence seule qui peut les d&#233;truire. Et le colonis&#233; se gu&#233;rit de la n&#233;vrose coloniale en chassant le colon par les armes&#8230; &#187; (ibid., p. 167).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 10 novembre 1960&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 98-99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sur quelques notions p&#233;rim&#233;es,&lt;/i&gt; p. 39. Voir aussi le texte de &lt;i&gt;Alain Robbe-Grillet le voyageur&lt;/i&gt;, Christian Bourgois &#233;diteur, 2001, Litt&#233;rature et politique (1963), p. 65 sv (publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la question, voir Annie Cohen-Solal, &lt;i&gt;Sartre, 1905-1980&lt;/i&gt;, op. cit., p. 278-280. &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, p. 1146-1147, 1152-1154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1952, p. 120-121, p. 258-262. Sartre, dans son &lt;i&gt;Explication de L'&#201;tranger&lt;/i&gt;, &#233;crit : &#171; Le r&#233;cit de M. Camus est analytique et humoristique. [&#8230;] Qu'il nous suffise de marquer que l'univers de l'homme absurde est le monde analytique des n&#233;o-r&#233;alistes. Litt&#233;rairement le proc&#233;d&#233; a fait ses preuves : c'est celui de &lt;i&gt;L'Ing&#233;nu&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Microm&#233;gas&lt;/i&gt; ; c'est celui de &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;. Car le XVIIIe si&#232;cle a eu aussi ses &#233;trangers, &#8211; en g&#233;n&#233;ral de &#8220;bons sauvages&#8221; qui, transport&#233;s dans une civilisation inconnue, percevaient les faits avant d'en saisir le sens. L'effet de ce d&#233;calage n'&#233;tait-il pas pr&#233;cis&#233;ment de provoquer chez le lecteur le sentiment de l'absurde ? M. Camus semble s'en souvenir &#224; plusieurs reprises, en particulier quand il nous montre son h&#233;ros r&#233;fl&#233;chissant sur les raisons de son emprisonnement. &#187; (&lt;i&gt;Situations I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1947, p. 116-117). Gulliver, c'est le personnage de Max, qu'il faudrait en cons&#233;quence situer par rapport &#224; l'&#233;tranger, &#224; la question de l'absurde et la lecture sartrienne de &lt;i&gt;L'&#201;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, p. 1146. Jean-Louis Barrault avait mis en sc&#232;ne &lt;i&gt;Le Soulier de satin&lt;/i&gt; &#224; la Com&#233;die fran&#231;aise en 1943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Jean-Paul Sartre s'explique sur &lt;i&gt;Les Mots&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 18 avril 1964. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Deux &#233;crivains r&#233;pondent &#224; Jean-Paul Sartre &#187;, &#171; Pour qui donc &#233;crit Sartre ? &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 28 mai 1964, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et non en 1965 comme l'&#233;crit Francine Dugast-Portes dans &lt;i&gt;Le Nouveau Roman, une c&#233;sure dans l'histoire du r&#233;cit&lt;/i&gt;, Nathan Universit&#233;, 2001, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; Jean-Paul Sartre r&#233;pond &#187;, entretien avec Bernard Pingaud, &lt;i&gt;L'Arc&lt;/i&gt;, n&#176; 30, num&#233;ro sp&#233;cial &#171; Sartre aujourd'hui &#187;, octobre 1966, p. 87-96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Les Mots et les choses&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, p. 315. Sur ces points, voir, outre l'entretien publi&#233; dans&lt;i&gt; L'Arc&lt;/i&gt;, le texte de Sartre &#171; L'anthropologie &#187; (&lt;i&gt;Situations IX&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1972).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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