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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Le Palace (1962)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Le-Palace-1962.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Palace (1962). Notice par Emelyn LIH &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Palace est &#224; la fois un roman proche de La Route des Flandres, publi&#233; deux ans plus t&#244;t, et un roman &#224; part, empreint d'une d&#233;sillusion plus compl&#232;te et plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Il se d&#233;marque d'abord par son cadre spatio-temporel. Bien que les noms de lieux et les dates y soient absents, le lecteur peut voir dans Le Palace le traitement romanesque des exp&#233;riences v&#233;cues par Claude Simon &#224; Barcelone en 1936 lors du premier automne de la guerre civile (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Palace-+.html" rel="tag"&gt;Le Palace&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; (1962). Notice&lt;br class='autobr' /&gt;
par Emelyn LIH &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est &#224; la fois un roman proche de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, publi&#233; deux ans plus t&#244;t, et un roman &#224; part, empreint d'une d&#233;sillusion plus compl&#232;te et plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Il se d&#233;marque d'abord par son cadre spatio-temporel. Bien que les noms de lieux et les dates y soient absents, le lecteur peut voir dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; le traitement romanesque des exp&#233;riences v&#233;cues par Claude Simon &#224; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Barcelone.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Barcelone&lt;/a&gt; en 1936 lors du premier automne de la guerre civile espagnole et au moment des grands soul&#232;vements r&#233;volutionnaires en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le protagoniste du roman, souvent appel&#233; &#171; l'&#233;tudiant &#187; ou &#171; celui qui avait &#233;t&#233; l'&#233;tudiant &#187;, est un jeune homme attir&#233; par la cause r&#233;publicaine et qui passe la fronti&#232;re franco-espagnole pour se joindre &#224; un groupe d'hommes dans une ville qui se situe pr&#232;s de la mer et o&#249; l'on parle espagnol et catalan. Par moments, le personnage se divise, et l'on assiste aux d&#233;ambulations d'un homme plus &#226;g&#233; d'une quinzaine d'ann&#233;es, que d&#233;concerte cette m&#234;me ville maintenant d&#233;pourvue de l'atmosph&#232;re de violence et de lib&#233;ration qui l'enveloppait dans la p&#233;riode o&#249; l'&#233;tudiant la d&#233;couvrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; commence &lt;i&gt;in medias res&lt;/i&gt; avec l'arriv&#233;e d'un pigeon sur le rebord d'une fen&#234;tre. Peu &#224; peu nous sont pr&#233;sent&#233;s les occupants d'une salle : l'&#233;tudiant fran&#231;ais, le &#171; ma&#238;tre d'&#233;cole &#187; (un fonctionnaire d'un des partis qui se disputent le contr&#244;le de la ville alors que tous sont &#233;galement mobilis&#233;s par la lutte contre les forces franquistes), un homme arm&#233; (&#171; officier &#187; ou &#171; policier &#187;) qui suit les directives du ma&#238;tre d'&#233;cole, et deux &#233;trangers : un Italien et un Am&#233;ricain. L'Italien, un militant anarchiste qui ne se s&#233;pare jamais de son fusil, occupe de son r&#233;cit la deuxi&#232;me partie du roman. C'est lors d'un voyage en train puis dans la voiture qui leur fait traverser &#224; vive allure la ville aux &#233;glises ravag&#233;es et &#224; l'atmosph&#232;re &#233;lectrique que cet &#171; homme-fusil &#187;, qui aide &#224; pr&#233;sent &#224; faire passer des volontaires en Espagne depuis la France, raconte &#224; l'&#233;tudiant comment il a assassin&#233; un chef fasciste dans un restaurant parisien, plusieurs ann&#233;es auparavant. Dans la troisi&#232;me partie, le lecteur d&#233;couvre la suite de la sc&#232;ne de l'incipit. Les m&#234;mes personnages sont maintenant pench&#233;s &#224; la fen&#234;tre, absorb&#233;s par le spectacle du cort&#232;ge fun&#232;bre d'un chef r&#233;volutionnaire assassin&#233;. Les tensions entre l'Am&#233;ricain et les r&#233;volutionnaires espagnols sont de plus en plus visibles aux yeux de l'&#233;tudiant, qui per&#231;oit aussi dans la foule qui d&#233;file un sentiment d'&#233;puisement et de m&#233;fiance. L'&#233;tudiant se souvient d'une conversation ant&#233;rieure avec l'Am&#233;ricain. Celui-ci est un volontaire, partisan de la r&#233;volution, tout &#224; la fois romantique et cynique. Il critique les hypocrisies de ses propres camarades avec une telle v&#233;h&#233;mence &#8211; c'est l'enjeu de la quatri&#232;me partie &#8211; que ce sont peut-&#234;tre ces m&#234;mes camarades qui ont secr&#232;tement foment&#233; de le faire dispara&#238;tre. C'est du moins ce que semble craindre l'&#233;tudiant. Le lendemain de la procession fun&#233;raire, l'&#233;tudiant repense avec un malaise croissant aux paroles qu'ont &#233;chang&#233;es l'Am&#233;ricain et &#171; le chauve &#187; et aux menaces voil&#233;es qu'elles contenaient. Que s'est-il pass&#233; dans cette chaude nuit de septembre ? Est-ce que l'Am&#233;ricain, jug&#233; suspect, a &#233;t&#233; enlev&#233; ? C'est cette peur qui anime l'&#233;tudiant dans la derni&#232;re partie du roman, quand il cherche &#224; en savoir plus sur son ami et qu'il interroge les autres membres du petit groupe sans succ&#232;s. Les &#233;vocations de la place situ&#233;e au centre de la ville &#224; deux &#233;poques diff&#233;rentes (celle de la jeunesse de l'&#233;tudiant et celle de son avatar plus &#226;g&#233;) se superposent une derni&#232;re fois, et &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/devant-la-facade-du-palace.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le roman se cl&#244;t&lt;/a&gt; sur l'image inqui&#233;tante et ambigu&#235; d'une mort violente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouvement et immobilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps et l'histoire sont, dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, des forces omnipr&#233;sentes mais musel&#233;es, comme la ville, en plein bouleversement r&#233;volutionnaire, est &#224; la fois sujette &#224; de prodigieuses transformations et prise dans une impasse qui provoque une violence autodestructrice. Cette contradiction influence la perception du personnage, et la narration donne le sentiment d'une histoire dont la rythmique est insolite, &#224; la fois effr&#233;n&#233;e et fig&#233;e : l'Italien racontant son entr&#233;e dans le restaurant o&#249; il doit assassiner un homme parle de &#171; cette progression bizarre et saccad&#233;e, discontinue, du temps, fait apparemment d'une succession de (comment les appeler ?) fragments solidifi&#233;s &#187; ; lorsque les personnages assembl&#233;s regardent passer le cort&#232;ge fun&#232;bre, la procession, &#171; quoiqu'elle par&#251;t toujours immobile, s'&#233;tait rapproch&#233;e &#187; ; et dans la d&#233;tresse d&#233;vorante de la cinqui&#232;me partie, tous sont compar&#233;s &#224; des &#171; automates condamn&#233;s &#224; r&#233;p&#233;ter sans fin les m&#234;mes mouvements ou reparcourir le m&#234;me itin&#233;raire sans espoir de changement ni d'&#233;vasion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambivalence de l'&#233;tudiant devenu un homme envers le projet r&#233;volutionnaire et ses co&#251;ts ne d&#233;bouche pas sur le choix d'une doctrine contraire, ce qui aurait &#233;t&#233; une forme d'issue, mais sur un doute qui vient tout corroder, emp&#234;chant toute progression ainsi que le souligne l'&#233;pigraphe qui a beaucoup attir&#233; les commentaires des premiers critiques du roman : &#171; R&#233;volution : mouvement d'un mobile qui, parcourant une courbe ferm&#233;e, repasse successivement par les m&#234;mes points &#187;. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; n'est cependant pas compl&#232;tement d&#233;faitiste : certes l'&#233;tudiant fait le deuil de l'&#233;clatante possibilit&#233; de la r&#233;volution et pleure sa perte tout autant qu'il d&#233;nonce ses exc&#232;s. La r&#233;volution &#233;choue. Mais la narration ne r&#233;serve pas moins de m&#233;pris pour la domination monarchique et religieuse qui la pr&#233;c&#233;dait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re de guerre civile et de d&#233;sastre qui d&#233;finit &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; doit peut-&#234;tre une partie de son intensit&#233; aux circonstances politiques de la p&#233;riode de la r&#233;daction du roman. La guerre d'Alg&#233;rie fait rage (le roman para&#238;t en mars 1962, le m&#234;me mois que la signature des accords d'&#201;vian qui mettent un terme au conflit officiel et reconnaissent l'&#201;tat alg&#233;rien). De surcro&#238;t, la maison d'&#233;dition qui publie Simon, les &#201;ditions de Minuit, joue un r&#244;le central dans le d&#233;bat autour de la libert&#233; d'expression, et en particulier du droit d'exprimer son soutien &#224; la cause de l'ind&#233;pendance alg&#233;rienne et de la n&#233;cessit&#233; de d&#233;noncer la torture et la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mati&#232;re d'Espagne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on excepte quelques paragraphes dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt; et les r&#233;miniscences d'un personnage du &lt;i&gt;Sacre du printemps&lt;/i&gt; li&#233;es &#224; une tentative de transbordement d'armes destin&#233;es &#224; la R&#233;publique espagnole en guerre, &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; marque l'entr&#233;e dans l'univers simonien de la th&#233;matique espagnole, qui prendra plusieurs formes dans l'&#339;uvre. Son intrigue reprend de nombreux &#233;l&#233;ments biographiques de la vie de Simon, ce que l'&#233;crivain reconna&#238;t dans un entretien : &#171; [&#8230;] je ne refuse nullement au &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; une valeur de t&#233;moignage, pourvu que l'on ne perde pas de vue non plus ce qu'a de fragile, de douteux et de contestable tout t&#233;moignage individuel &#187;. Cet &#233;pisode d&#233;terminant dans la vie de Simon est en quelque sorte une initiation &#224; l'&#233;chec historique. Il pr&#233;c&#232;de le choc de la d&#233;b&#226;cle de 1940, et pr&#233;sage de la victoire in&#233;vitable des forces impersonnelles du temps, de la nature et de la r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de l'Espagne se fait aussi sentir d'autres mani&#232;res, dans d'autres romans o&#249; l'Espagne est un lieu essentialis&#233;, peupl&#233; d'&#233;ventails et de madones (associ&#233; &#224; la jeunesse de la figure maternelle dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;) ; cependant c'est aussi le lieu de la pauvret&#233;, de la barbarie rejet&#233;e mais invincible et de la d&#233;ception politique. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; a &#233;galement une position particuli&#232;re dans le paysage plus vaste de la litt&#233;rature consacr&#233;e &#224; la r&#233;volution et &#224; la guerre civile espagnole, qu'elle soit de fiction ou de t&#233;moignage. Il vient apr&#232;s de grands textes classiques consacr&#233;s au conflit (Malraux, Orwell, Bernanos, Hemingway), se situe consciemment dans la lign&#233;e de ceux-ci, et s'&#233;rige en quelque sorte contre eux. Ainsi &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est une sorte de r&#233;plique en sourdine &#224; &lt;i&gt;L'Espoir&lt;/i&gt; d'Andr&#233; Malraux (qui para&#238;t en 1937, avant la fin de la guerre) : chez Simon, le personnage n'a aucune chance d'&#171; arriver au socialiste parfait et enthousiaste &#224; la six cent vingt-troisi&#232;me page &#187; &#233;voqu&#233; dans &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;. Mais Simon n'a pas que des cibles. Il a aussi des sources : il a pu voir la photographie des fun&#233;railles de Durruti, qui est l'un des r&#233;f&#233;rents pour la description du cort&#232;ge, dans le c&#233;l&#232;bre livre d'histoire &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-R%C3%A9volution_et_la_guerre_d%E2%80%99Espagne_(La)-1972-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution et la Guerre d'Espagne&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par Pierre Brou&#233; et &#201;mile T&#233;mime (paru en 1961, chez Minuit), et Simon a vraiment rencontr&#233; et &#233;cout&#233; l'anarchiste italien qui deviendra &#171; l'homme-fusil &#187; dans son livre. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, malgr&#233; ses allures apocalyptiques et antihistoriques, prend ainsi place tout &#224; fait consciemment dans une riche lign&#233;e de tentatives pour comprendre un &#233;v&#233;nement charni&#232;re dans l'histoire du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;flexion sur la repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Sollers, rendant compte du &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; en 1962, le d&#233;finit ainsi : &#171; Ce n'est pas un roman sur la R&#233;volution, c'est une r&#233;volution &#187;. Et Doris Kadish rench&#233;rit avec un article intitul&#233; &#171; From the Narration of Crime to the Crime of Narration &#187;. La forme tortueuse du &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; a &#233;videmment partie li&#233;e avec sa r&#233;flexion morale et politique tortur&#233;e, et les premiers commentateurs se sont pench&#233;s sur plusieurs singularit&#233;s du roman : l'incipit, les formes de d&#233;signation, la variation des techniques narratives, la repr&#233;sentation de la perception&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en demeurant th&#233;matiquement tr&#232;s unifi&#233;, le roman propose en effet une multiplicit&#233; de formes. Les cinq parties du r&#233;cit font usage d'autant de modes sur lesquels la mati&#232;re d'Espagne sera trait&#233;e dans toute l'&#339;uvre : &#171; Inventaire &#187; d&#233;veloppe une description &#224; la fois maniaque et digressive ; &#171; R&#233;cit de l'homme-fusil &#187; une interrogation tr&#232;s pouss&#233;e sur la repr&#233;sentation langagi&#232;re et sur ses limites ; &#171; Les Fun&#233;railles de Patrocle &#187; correspond &#224; la r&#233;&#233;criture corrosive d'une &#233;pop&#233;e ; &#171; Dans la nuit &#187; est la mise en texte de la peur de la mort et de la trahison politique ; &#171; Le bureau des objets perdus &#187; exp&#233;rimente l'expression de la vitesse et de l'immobilit&#233; : la r&#233;volution mort-n&#233;e &#233;tant figurable &#224; la fois comme une course haletante et comme un arr&#234;t total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; r&#233;cit de l'homme-fusil &#187; fournit notamment l'occasion d'un questionnement sur les motifs et les espoirs de toute narration : l'&#233;tudiant, tandis qu'il &#233;coute l'Italien parlant interminablement, &#171; se demandant qu'est-ce qui pousse un homme &#224; raconter (&#8220;Ou &#224; se raconter &#224; lui-m&#234;me [&#8230;] : la seule diff&#233;rence c'est qu'il le fait maintenant &#224; voix haute&#8221;), c'est-&#224;-dire &#224; reconstituer, &#224; reconstruire au moyen d'&#233;quivalents verbaux quelque chose qu'il a fait ou vu, comme s'il ne pouvait pas admettre que ce qu'il a fait ou vu n'ait pas laiss&#233; plus de traces qu'un r&#234;ve &#187;. Faisant abstraction pendant un moment du contexte, ce passage interroge toute tentative de traduire en r&#233;cit l'exp&#233;rience, sp&#233;cifiquement l'exp&#233;rience personnelle, et plus sp&#233;cifiquement encore, l'exp&#233;rience qui porte la trace d'une transformation, d'une rencontre avec l'histoire : le sujet, ne pouvant ni vivre avec cette trace, ni s'en d&#233;faire, s'essaye du moins &#224; une communication cathartique. Cette question est centrale pour l'&#339;uvre de 1962 et pour celles &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est un roman d&#233;concertant : on y chercherait en vain de l'amour, de l'h&#233;ro&#239;sme ou de la r&#233;demption ; mais on y trouve, dans un style baroque et satirique, la peinture de la peur, de l'incertitude et de la qu&#234;te d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'une v&#233;rit&#233;. Ce r&#233;cit foisonnant offre un plaisir de lecture que n'entame pas la ruine de tout espoir de progr&#232;s exprim&#233;e par la narration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Le_Palace-1855-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : Minuit, 1962, 232 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans les &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-1-Bibliotheque-de-La-Pleiade-2006.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, 1&lt;/a&gt;. &#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec la collaboration de Jean H. Duffy. Paris : Gallimard, f&#233;vrier 2006. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 522), p. 413-550.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; BERTRAND (Michel), &#171; Repr&#233;sentations de la Barcelone r&#233;volutionnaire dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; (1962) et &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; (1981) de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;ADEN : Paul Nizan et les ann&#233;es trente&lt;/i&gt;, n&#176; 5, octobre 2006, p. 333-351.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; BLANC (Anne-Lise), &lt;a href=&#034;https://hal.science/hal-04148310&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'&#233;ventail &#224; feuille pliss&#233;e des imaginaires de l'Espagne dans les romans de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;. Dans &lt;i&gt;Intertextualit&#233; : quand les textes voyagent&lt;/i&gt;. &#201;tudes r&#233;unies par Jean-Yves Laurichesse. Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2007, p. 195-214.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; DEGUY (Michel), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Deguy-Michel-Claude-Simon-et-la-representation-1962.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, vol. 18, n&#176; 187, d&#233;c. 1962, p. 1009-1032.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; KADISH (Doris), &#171; From the Narration of Crime to the Crime of Narration &#187;, &lt;i&gt;The International Fiction Review&lt;/i&gt;, n&#176; 4 (1977), p. 128-136.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; PIQUER DESVAUX (Alicia), Notice sur &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, sous la direction de Michel BERTRAND. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 588-592.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; RENAUD (Aur&#233;lie), &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/1099&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le cloaque espagnol : la l&#233;gende noire dans les romans de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Corps et mati&#232;re. Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 12, 2017, p. 161-174.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; SYKES (Stuart), &#171; 1962. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, ou la ronde de l'&#233;criture &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Stuart-Sykes-Les-Romans-de-Claude-Simon-1979.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Romans de Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : &#201;ditions de Minuit, 1979, p. 86 &#224; 101.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; TOST PLANET (Manuel Antonio), &lt;i&gt;Claude Simon : Novelas &#171; espa&#241;olas &#187; de la guerra y la revoluci&#243;n&lt;/i&gt;, Ediciones Pen&#237;nsula, Barcelona, coll. &#171; Nexos &#187;, 1989.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#338;uvres, tome 1 (Biblioth&#232;que de La Pl&#233;iade, 2006) </title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-1-Bibliotheque-de-La-Pleiade-2006.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-1-Bibliotheque-de-La-Pleiade-2006.html</guid>
		<dc:date>2013-12-09T21:01:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>La Route des Flandres</dc:subject>
		<dc:subject>Triptyque</dc:subject>
		<dc:subject>La Bataille de Pharsale</dc:subject>
		<dc:subject>Le Vent</dc:subject>
		<dc:subject>Le Jardin des Plantes</dc:subject>
		<dc:subject>Duncan, Alastair B.</dc:subject>
		<dc:subject>La Chevelure de B&#233;r&#233;nice</dc:subject>
		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>
		<dc:subject>Discours de Stockholm</dc:subject>
		<dc:subject>Duffy, Jean H.</dc:subject>
		<dc:subject>Pl&#233;iade</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Claude Simon, &#338;uvres, tome I. Gallimard, 2006. 1664 p. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 522) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan et Jean H. Duffy &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce premier volume contient : Le Vent. Tentative de restitution d'un retable baroque - La Route des Flandres - Le Palace - La Chevelure de B&#233;r&#233;nice [Femmes] - La Bataille de Pharsale - Triptyque - Discours de Stockholm - Le Jardin des Plantes . Appendices : Deux &#233;crits de Claude Simon sur le roman - Textes, plans et sch&#233;mas de Claude Simon, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Route-des-Flandres-+.html" rel="tag"&gt;La Route des Flandres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Triptyque-+.html" rel="tag"&gt;Triptyque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Bataille-de-Pharsale-+.html" rel="tag"&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Vent-+.html" rel="tag"&gt;Le Vent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Jardin-des-Plantes-+.html" rel="tag"&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Duncan-Alastair-B-45-+.html" rel="tag"&gt;Duncan, Alastair B.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Chevelure-de-Berenice-+.html" rel="tag"&gt;La Chevelure de B&#233;r&#233;nice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Palace-+.html" rel="tag"&gt;Le Palace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Discours-de-Stockholm-+.html" rel="tag"&gt;Discours de Stockholm&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Duffy-Jean-H-+.html" rel="tag"&gt;Duffy, Jean H.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Pleiade-+.html" rel="tag"&gt;Pl&#233;iade&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/affiche_pleiade_1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L500xH861/affiche_pleiade_1-2-0d452.jpg?1787934587' width='500' height='861' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claude Simon, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, tome I. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gallimard, 2006. 1664 p. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 522)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan et Jean H. Duffy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier volume contient :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le Vent. Tentative de restitution d'un retable baroque&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;La Chevelure de B&#233;r&#233;nice&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt;] - &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;Discours de Stockholm&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt; . Appendices : Deux &#233;crits de Claude Simon sur le roman - Textes, plans et sch&#233;mas de Claude Simon, relatifs &#224; ses romans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L180xH293/pleiade1-2-a232c.jpg?1787934587' width='180' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Claude Simon trouve l'un de ses ancrages dans l'histoire du XXe si&#232;cle, telle qu'il l'a v&#233;cue. La Grande Guerre, la mort d&#232;s 1914 d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#232;re qu'il n'a pas connu, le deuil d'une m&#232;re inconsolable puis sa disparition, la r&#233;volution dont il fut t&#233;moin, &#224; Barcelone, en 1936, la d&#233;b&#226;cle de juin 1940, l'an&#233;antissement de son escadron de cavalerie sur une route des Flandres, dont il sortit vivant, par hasard &#8211; ces exp&#233;riences, les siennes, des centaines de milliers d'autres hommes les ont faites, y ont surv&#233;cu, en sont rest&#233;s marqu&#233;s, ont voulu leur donner un sens et ont essay&#233; de les faire partager, en vain : entre &#171; voir &#233;crit le mot obus &#187; et se trouver au point de chute de l'objet, il y a, comme le fait observer Simon, une diff&#233;rence assez nette. On a beau se livrer &#224; toutes les &#171; tentatives de restitution &#187; qu'on voudra, impossible de restituer ce qui fut tel que cela fut. Mais cet impossible est en soi un sujet. &#171; Que savoir, comment savoir ? &#187; Comment rendre compte du &#171; luxuriant, anarchique et imp&#233;tueux d&#233;sordre de la vie &#187; ? Quelle forme et quel sens donner &#224; ce qui semble n'&#234;tre que chaos et absurdit&#233; ? De la guerre l'exp&#233;rience n'est pas transmissible, et ses acteurs eux-m&#234;mes n'en conservent qu'une perception fragmentaire. Alors que raconter, comment, et &#224; qui ? Qu'y a-t-il &#224; tirer du magma des &#233;motions et des souvenirs ? Comment reproduire ? qu'exprimer ? pour d&#233;montrer quoi ? &#171; Non plus d&#233;montrer &#187;, r&#233;pond Claude Simon, &#171; mais montrer, non plus reproduire mais produire, non plus exprimer mais d&#233;couvrir &#187;. &#201;crire. Se livrer aux mots, eux-m&#234;mes cr&#233;ateurs de r&#233;alit&#233;. Ne pas laisser l'&#233;criture s'effacer &#171; derri&#232;re un r&#233;cit et des &#233;v&#233;nements qui n'existent que par elle &#187;. S'&#233;manciper de toute ambition r&#233;aliste, pour explorer librement des contr&#233;es inconnues. Les livres de Claude Simon ne reconstituent pas le r&#233;el : ils le constituent dans et par l'&#233;criture. Leur forme se renouvelle de roman en roman, avec toutefois une constante : aucun de ces livres n'est un pur &#171; tour de force &#187;, dans chacun d'eux la vie passe, et l'&#339;uvre de Claude Simon est l'une des plus &#233;mouvantes de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.la-pleiade.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-de-la-Pleiade/OEuvres83&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le site des &#201;ditions Gallimard&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-2-Bibliotheque-de-la-Pleiade-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le deuxi&#232;me tome&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alexandre, Didier. &#171; Quelques r&#233;flexions sur les relations de Claude Simon &#224; Jean-Paul Sartre &#187; (2007) </title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Alexandre-Didier-Quelques-reflexions-sur-les-relations-de-Claude-Simon-a-Jean.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Alexandre-Didier-Quelques-reflexions-sur-les-relations-de-Claude-Simon-a-Jean.html</guid>
		<dc:date>2013-02-14T20:47:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>L'Invitation</dc:subject>
		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>
		<dc:subject>Gulliver</dc:subject>
		<dc:subject>Nouveau Roman</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire </dc:subject>
		<dc:subject>Sartre, Jean-Paul</dc:subject>
		<dc:subject>Alexandre, Didier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Alexandre, Didier. &#034;Quelques r&#233;flexions sur les relations de Claude Simon &#224; Jean-Paul Sartre&#034; (2007).&lt;/p&gt;

-
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/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Invitation-+.html" rel="tag"&gt;L'Invitation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Palace-+.html" rel="tag"&gt;Le Palace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gulliver-+.html" rel="tag"&gt;Gulliver&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Nouveau-Roman-+.html" rel="tag"&gt;Nouveau Roman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Histoire-142-+.html" rel="tag"&gt;Histoire &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Sartre-Jean-Paul-+.html" rel="tag"&gt;Sartre, Jean-Paul&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Alexandre-Didier-+.html" rel="tag"&gt;Alexandre, Didier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Didier Alexandre. &#171; Quelques r&#233;flexions sur les relations &lt;br class='autobr' /&gt;
de Claude Simon &#224; Jean-Paul Sartre &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Simon-Claude-Quatre-conferences-2012.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 3&lt;/a&gt;, 2007, p. 87-104.
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La raret&#233; des jugements publi&#233;s de Claude Simon sur Jean-Paul Sartre jusqu'aux ann&#233;es soixante est &#233;vidente. Cette raret&#233; a pour corollaire la faible intervention de Claude Simon dans le champ litt&#233;raire jusqu'aux ann&#233;es soixante : c'est seulement de son entr&#233;e aux &#233;ditions de Minuit et donc de la publication du &lt;i&gt;Vent&lt;/i&gt; que semblent dater les premiers entretiens et les premiers textes critiques de Simon, par exemple pour r&#233;pondre &#224; l'enqu&#234;te des &lt;i&gt;Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; &#171; Qu'est-ce que l'avant-garde ? &#187; en novembre 1958&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Lettres fran&#231;aises, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; o&#249; il n'est nullement question de Jean-Paul Sartre, ni de positionner le Nouveau Roman par rapport &#224; cette notion d'avant-garde vis-&#224;-vis de laquelle Simon se montre prudent, sinon r&#233;ticent. Le d&#233;s&#233;quilibre est donc flagrant entre la pr&#233;sence envahissante de Sartre en philosophie, en politique, en litt&#233;rature et la quasi-absence de Simon. Quand Sartre semble tout ignorer de Claude Simon &#8211; il n'existe pas, &#224; ma connaissance de jugement de Sartre sur les romans de Claude Simon ou sur Claude Simon &#8211;, Simon doit consid&#233;rer Sartre et son &#339;uvre pour d&#233;finir sa position dans le champ litt&#233;raire, comme l'a montr&#233; la communication de Jean-Fran&#231;ois Louette. Le premier constat est donc celui-ci : c'est Claude Simon qui ressent le besoin de d&#233;finir sa pratique d'&#233;crivain par rapport aux interventions publiques de Sartre. Nous pouvons recenser ainsi trois situations o&#249; Claude Simon, en 1960, puis 1964 tient &#224; se diff&#233;rencier de l'&#233;crivain-philosophe. Il faut ensuite tenter de comprendre les raisons qui dictent ce positionnement, ce qui n'est pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re manifestation conflictuelle de Claude Simon &#224; l'&#233;gard de Jean-Paul Sartre intervient dans l'entretien accord&#233; &#224; Madeleine Chapsal le 10 novembre 1960 pour &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, un hebdomadaire qui d&#233;fend des valeurs de gauche et des valeurs litt&#233;raires nouvelles. On trouve dans cet entretien, comme dans le texte r&#233;dig&#233; des &lt;i&gt;Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; de 1958, l'admiration vou&#233;e &#224; Michel Leiris, &lt;i&gt;Fourbis&lt;/i&gt;, et &#224; Alain Robbe-Grillet, &#171; la seule tentative d'une litt&#233;rature purement mat&#233;rialiste &#187;, un &#171; effort prodigieux pour se d&#233;barrasser des miasmes, des mythes qui nous encombrent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, L'Express, 10 novembre 1960.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Claude Simon souscrit ainsi au projet de Robbe-Grillet d'un roman &#339;uvre d'art autosuffisante et donc purifi&#233;e : c'est bien ce qu'&#233;voquent les miasmes de toute signification ext&#233;rieure &#224; elle. Ce principe d'autosuffisance est affirm&#233; d&#232;s 1956 dans &#171; Sur quelques notions p&#233;rim&#233;es &#187; (1957), puis dans &#171; Nature, humanisme et trag&#233;die &#187; (1958)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman, Paris, Minuit, 1963 : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il trouve sa formulation dans le rejet du roman fond&#233; sur la philosophie, de Camus ou de Sartre : Claude Simon cite en 1958 dans &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; le jugement formul&#233; par Robbe-Grillet dans &#171; Une voie pour le roman futur &#187; de 1957 : &#171; Le monde n'est ni signifiant ni absurde. Il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;, tout simplement. [&#8230;] Autour de nous, d&#233;fiant la meute de nos adjectifs animistes, ou m&#233;nagers, les &lt;i&gt;choses sont l&#224;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 18.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Claude Simon r&#233;serve, de la m&#234;me mani&#232;re, les italiques ou les majuscules au verbe &#234;tre : &#171; L'artiste de 1958 r&#233;alise chaque jour un peu plus que le monde &#8220;EST ABSOLUMENT&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Lettres fran&#231;aises, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simon, sur les traces de Robbe-Grillet, &#233;carte donc toute intentionnalit&#233; de sens et toute interpr&#233;tation philosophique du monde : il ne retient de la ph&#233;nom&#233;nologie que l'&#234;tre-l&#224; du monde et la relation d'alt&#233;rit&#233; que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette m&#234;me d&#233;marche d'accord avec Robbe-Grillet et de prise de distance vis-&#224;-vis de Sartre que, dans &#171; Le jeune roman &#187; de Madeleine Chapsal, publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 12 janvier 1961, Claude Simon revient. Tr&#232;s direct, il insiste sur l'accord &#171; sur tous les points &#187; qui r&#232;gne entre lui et Robbe-Grillet. Et il construit son argumentation contre Jean-Paul Sartre. En effet, Simon a donn&#233; le 11 janvier 1961, en Sorbonne, &#171; une conf&#233;rence intitul&#233;e &lt;i&gt;Signification, roman et chronologie&lt;/i&gt; &#187; , dont on peut noter, d&#232;s le titre, les &#233;chos sartriens. Car la conf&#233;rence de Simon dialogue avec les essais de Sartre : &#171; Vous ne pouvez pas savoir le mal que &#231;a m'a donn&#233; de r&#233;fl&#233;chir &#224; ces choses, moi qui ne m'int&#233;resse pas aux id&#233;es, n'en ai jamais une en t&#234;te&#8230; &#187;. Madeleine Chapsal ajoute qu'&#171; il a relu &lt;i&gt;Mat&#233;rialisme et r&#233;volution&lt;/i&gt; de Jean-Paul Sartre (1946), &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; (1947), et d'autres textes du m&#234;me &#187;, citant de nouveau Simon : &#171; J'ai toute la collection des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; &#224; la maison, depuis le premier num&#233;ro. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, L'Express, 12 janvier 1961, p. 31.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les reproches adress&#233;s &#224; Sartre portent sur la signification, &#171; une interpr&#233;tation des choses qui tendrait &#224; prouver que le monde a un sens &#187; et donc sur l'id&#233;e sartrienne que le roman pr&#233;suppose une m&#233;taphysique. L'argumentaire de Simon reprend celui de Robbe-Grillet, puisqu'il cong&#233;die les croyants et les marxistes, et encore les romantiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 32.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme cela est fait dans &lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;. La conf&#233;rence donn&#233;e &#224; la Sorbonne annexe m&#234;me, au nombre des croyants, Jean Genet (&lt;i&gt;Notre-Dame des fleurs&lt;/i&gt;). Elle condamne, comme l'entretien de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, la finalit&#233; utilitaire et morale de la litt&#233;rature : &#171; Tous les mots d'ordre de la litt&#233;rature engag&#233;e [&#8230;] posent le probl&#232;me en termes de morale et consid&#232;rent qu'un &#233;crivain doit r&#233;pondre &#224; une certaine demande. &#187;. Simon d&#233;finit ainsi en creux, contre la position sartrienne, sa propre &#233;criture intransitive : &#171; La totale inefficacit&#233; dans le domaine de l'imm&#233;diat lui semble une n&#233;cessit&#233; pour l'&#233;crivain, c'est l'art pour l'art sans r&#233;serve &#8211; un art qui se doit de traduire et de ne traduire que &#8220;des r&#233;actions sensorielles&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tandis que l'utilit&#233; condamne tout roman, de Vercors ou de Richard Wright, &#224; n'&#234;tre rapidement plus lu, le roman d'art continue de toucher les lecteurs des autres g&#233;n&#233;rations : au crit&#232;re de l'utilit&#233;, Simon oppose celui du jugement de go&#251;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, art. cit., p. 32, et Janine Parot, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il dit, du reste, trouver dans les d&#233;clarations de Sartre &#224; Claude Sarraute, faites dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; au moment de la mise en sc&#232;ne des &lt;i&gt;S&#233;questr&#233;s d'Altona&lt;/i&gt;, et dans la Pr&#233;face &#233;crite en 1960 &#224; &lt;i&gt;Aden-Arabie&lt;/i&gt; de Paul Nizan, son constat de l'impuissance de la litt&#233;rature qui &#171; aboutit finalement &#224; l'&#233;chec &#187;, &#224; ce &#171; n&#233;ant o&#249; nous a fait &#233;merger la litt&#233;rature du XIXe si&#232;cle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le dialogue n'est donc pas st&#233;rile : il reconstruit une histoire litt&#233;raire qui fait de Sartre l'h&#233;ritier d'un romantisme transitif, messianique, ouvert sur l'histoire, dont la Seconde Guerre mondiale marque la fin catastrophique, un h&#233;ritier qui ne peut se satisfaire de l'esth&#233;tisme litt&#233;raire du nouveau roman en demeurant conscient de l'&#233;chec de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux types de textes de Sartre sont convoqu&#233;s : le premier est &#233;videmment &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; publi&#233; dans &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt; de f&#233;vrier &#224; juillet 1947 et repris dans &lt;i&gt;Situations II&lt;/i&gt; en 1948 ; le second type de texte consiste en des &#233;crits plus ponctuels, de circonstance, par exemple la pr&#233;face &#233;crite pour la r&#233;&#233;dition d'&lt;i&gt;Aden-Arabie&lt;/i&gt; de Paul Nizan, qui s'inscrit parmi un ensemble simultan&#233; d'oraisons fun&#232;bres, &#224; Camus, &#224; Merleau-Ponty, &#224; Frantz Fanon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ferai quelques commentaires sur &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;. Il est vrai que dans &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'&#233;crire ?&lt;/i&gt; Sartre, en opposant prose et po&#233;sie, d&#233;finit la prose &#171; utilitaire par essence &#187;, le prosateur &#171; comme un homme qui &lt;i&gt;se sert&lt;/i&gt; des mots &#187;, sa mati&#232;re comme &#171; naturellement signifiante &#187;, et exclut le crit&#232;re de go&#251;t, puisqu'&#171; il ne s'agit pas de savoir si [les mots] plaisent ou d&#233;plaisent en eux-m&#234;mes &#187;, au profit d'une fonction, tr&#232;s husserlienne, d'indication, &#224; la fois didactique et d&#233;&#239;ctique : &#171; [il s'agit de savoir si les mots] indiquent correctement une certaine chose du monde ou une certaine notion. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Situations II, Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?, Paris, Gallimard, 1948, coll. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien ce texte que Claude Simon cite dans le &lt;i&gt;Discours de Stockholm&lt;/i&gt;, pour d&#233;finir son roman en s'opposant &#224; Sartre qui demeure vingt ans apr&#232;s une r&#233;f&#233;rence incontournable &#8211; ce qui, dans l'enceinte m&#234;me du Nobel, est pour le moins singulier. Le gauchissement de la pens&#233;e de Sartre est manifeste, puisque la th&#233;orie de la prose est d&#233;plac&#233;e sur le roman &#8211; on passe d'une forme &#224; un genre &#8211; et que la nature m&#234;me du sens que doit v&#233;hiculer l'&#339;uvre en prose selon Sartre est comprise comme un savoir et non plus comme la parole d'un homme en situation dans le monde et donc comme une &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; au sens sartrien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 286-287.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ainsi comparer ces deux citations :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;N'a-t-on pas coutume de poser &#224; tous les jeunes gens qui se proposent d'&#233;crire cette question de principe : &#171; Avez-vous quelque chose &#224; dire ? &#187; Par quoi il faut entendre : quelque chose qui vaille la peine d'&#234;tre communiqu&#233;. Mais comment comprendre ce qui en &#171; vaut la peine &#187; si ce n'est par un recours &#224; un syst&#232;me de valeurs transcendant ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 28.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre en prose est donc transitive, et elle n'est pas d&#233;nu&#233;e de style : au contraire, selon Sartre, le prosateur cherche les moyens de communiquer, ce qui implique pour le moins une rh&#233;torique (redoutable chez Sartre). Simon donne un sens restrictif au verbe avoir, lui &#244;tant tout sens de n&#233;cessit&#233; ou d'obligation morale, ins&#233;parable de la responsabilit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;D&#233;positaire ou d&#233;tenteur privil&#233;gi&#233; par l'effet de cette gr&#226;ce d'un savoir (&#171; Qu'&lt;i&gt;avez&lt;/i&gt;-vous &#224; dire ? &#187; demandait Sartre &#8211; en d'autres termes : &#171; Quel savoir &lt;i&gt;poss&#233;dez&lt;/i&gt;-vous ? &#187;), d&#233;positaire donc avant m&#234;me d'&#233;crire d'une connaissance refus&#233;e au commun des mortels, l'&#233;crivain se voit assigner la mission de les en instruire, et le roman va tout naturellement prendre la forme imag&#233;e sous laquelle est d&#233;livr&#233; l'enseignement religieux, celle de la parabole, de la fable. (&lt;i&gt;DS&lt;/i&gt;, 891-2)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en construisant une histoire du roman qui met en perspective le roman du XIXe si&#232;cle, Malraux et Sartre, Simon oppose un r&#233;alisme qui perdurerait jusqu'au second conflit mondial et s'&#233;puiserait dans la prose selon Sartre &#224; un roman qui suit &#171; d'autres voies &#187;. Dans &#171; les biblioth&#232;ques de gares ou ailleurs &#187;, o&#249; &#171; on continue, et on continuera encore longtemps, &#224; vendre et &#224; acheter par milliers d'aimables ou de terrifiants r&#233;cits d'aventures &#224; conclusions optimistes ou d&#233;sesp&#233;r&#233;es, et aux titres annonceurs de v&#233;rit&#233;s r&#233;v&#233;l&#233;es comme par exemple &lt;i&gt;La Condition humaine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Espoir&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les Chemins de la libert&#233;&lt;/i&gt;&#8230; &#187; (&lt;i&gt;DS&lt;/i&gt;, 892), on peut &#233;videmment ranger les romans &#233;voqu&#233;s dans la s&#233;quence de la lecture que fait une voyageuse dans le train de &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bataille de Pharsale, p. 675 et p. 678. Sartre rejette la litt&#233;rature de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, si Jean-Paul Sartre, dans le texte de Pr&#233;sentation des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, rejette &#171; l'art pour l'art &#187; auquel, pr&#233;cis&#233;ment, se r&#233;f&#232;re Simon, nous l'avons vu, il rejette aussi le r&#233;alisme et le d&#233;terminisme qui le sous-tend, ce qu'il reprend dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; o&#249; Flaubert est pr&#233;sent&#233; comme un styliste &#171; amant pur de la forme et p&#232;re du naturalisme &#187;. Tout se passe comme si Claude Simon accablait Sartre de ce dont Sartre veut constamment se diff&#233;rencier dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; par une approche historique et sociologique de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le second type de textes cit&#233;s par Claude Simon est la cons&#233;quence m&#234;me de la fonction donn&#233;e &#224; la litt&#233;rature par Sartre. Dans l'entretien avec Madeleine Chapsal de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 12 janvier 1960, Simon rappelle que Sartre a d&#233;clar&#233; &#224; Claude Sarraute pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; renoncer &#224; l'&#233;criture des romans au moment de la mise en sc&#232;ne des &lt;i&gt;S&#233;questr&#233;s d'Altona&lt;/i&gt;, et &#224; Madeleine Chapsal elle-m&#234;me l'exp&#233;rience de totalit&#233; que doit &#234;tre la litt&#233;rature : &#171; Si la litt&#233;rature n'est pas &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;, elle ne vaut pas une heure de peine. C'est cela que je veux dire par engagement. Elle s&#232;che sur pieds si vous la r&#233;duisez &#224; l'innocence, &#224; des chansons. Si chaque phrase &#233;crite ne r&#233;sonne pas &#224; tous les niveaux de l'homme et de la soci&#233;t&#233;, elle ne signifie rien. La litt&#233;rature d'une &#233;poque, c'est l'&#233;poque dig&#233;r&#233;e par la litt&#233;rature. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, Les &#233;crivains en personne, Julliard, 1960, p. 211. Sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pens&#233;e comme &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme &#171; action dans l'histoire et sur l'histoire &#187;, comme volont&#233; de &#171; &lt;i&gt;faire l'histoire&lt;/i&gt; &#187;, &#171; comme synth&#232;se de la relativit&#233; historique et de l'absolu moral et m&#233;taphysique, avec ce monde hostile et amical, terrible et d&#233;risoire qu'elle nous r&#233;v&#232;le &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?, op. cit., p. 287-288.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce que l'on pourrait opposer &#224; l'&#233;pigraphe que choisit Claude Simon pour &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;, l'&#233;criture sartrienne est soumise au devenir historique. Ancr&#233;e dans l'apr&#232;s-guerre, l'ann&#233;e 1947, la premi&#232;re d&#233;finition donn&#233;e est soumise &#224; l'h&#233;ritage dramatique de la Seconde Guerre mondiale : la r&#233;f&#233;rence &#224; Auschwitz est aussi celle de Sartre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 262.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La notion de Mal n'est pas tant morale, chez Sartre, qu'historique, et doit &#234;tre comprise comme ce qui est oppression faite &#224; l'humain libre : &#171; Mais d'autre part, battus, br&#251;l&#233;s, aveugl&#233;s, rompus, la plupart des r&#233;sistants n'ont pas parl&#233; ; ils ont bris&#233; le cercle du Mal et r&#233;affirm&#233; l'humain, pour eux, pour nous, pour leurs tortionnaires m&#234;mes. Ils l'ont fait sans t&#233;moins, sans recours, sans espoir, souvent m&#234;me sans foi . &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 265.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se fait donc jour, chez Sartre, la tentation du r&#233;cit t&#233;moignage dans le pr&#233;sent historique, qui appelle l'invention de nouvelles formes d'&#233;criture narrative, et que r&#233;alisera la revue des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; en ins&#233;rant des r&#233;cits de vie, en particulier des t&#233;moignages de guerre. On peut du reste se demander si Claude Simon, lorsqu'il &#233;crit &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, n'opte pas pour cette forme de r&#233;cit t&#233;moignage, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s que l'individu &#233;crivain de Simon ne s'affirme pas comme &#171; action constructrice, cr&#233;atrice &#187; niant l'ali&#233;nation de l'homme par les mouvements de l'histoire et faisant l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 283.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette dialectique est absente de la posture simonienne. &#192; travers la r&#233;f&#233;rence &#224; C&#233;zanne et au corps de C&#233;zanne, sa main et son &#339;il, l'art est pr&#233;sent&#233; en rupture avec l'histoire pr&#233;sente et comme fin en soi. En cons&#233;quence, et ce serait &#233;videmment une voie &#224; explorer, le dialogue Sartre-Simon commencerait d&#232;s les ann&#233;es imm&#233;diatement post&#233;rieures &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale. Chez Sartre, l'&#233;thique humaine &#8211; l'humanisme tragique que d&#233;nonce chez Sartre Alain Robbe-Grillet dans &lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un nouveau roman, op. cit., p. 56 sv&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; pr&#233;c&#232;de l'&#233;criture : le prototype de l'oppression l'emporte. L'acte d'&#233;crire est constamment ins&#233;parable de la d&#233;fense des opprim&#233;s, en 1947 (relation bourreau-victime) ou dans les ann&#233;es soixante, et son efficacit&#233; dans l'histoire en est la meilleure mesure &#8211; et donc la pire. Le renoncement au roman de Sartre correspond autant &#224; l'&#233;puisement du genre romanesque qu'&#224; une r&#233;flexion lucide sur la possibilit&#233; d'un art engag&#233;, c'est-&#224;-dire confront&#233; aux r&#233;alit&#233;s de l'histoire sociale et &#233;conomique, &#224; l'&#233;chelle locale et mondiale. Sartre n'est plus alors un &#233;crivain : il met au service d'un combat contre l'oppression le capital acquis par la litt&#233;rature, ce qu'a parfaitement vu Maurice Blanchot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les intellectuels en question &#187;, Le D&#233;bat, novembre 1984, p. 27.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La question de l'engagement est &#233;videmment au centre du d&#233;bat, surtout en ces ann&#233;es soixante o&#249; Sartre et Simon sont parmi les signataires du manifeste des 121&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le 4 septembre 1960 que Le Monde annonce que &#171; cent vingt et un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'entretien avec Madeleine Chapsal publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 10 novembre 1960, Claude Simon commente sa signature, en r&#233;ponse &#224; cette question : &#171; Vous repoussez les id&#233;es, mais n'&#234;tes-vous pas signataire d'un certain manifeste ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner la r&#233;ponse de Simon, il faut rappeler que le proc&#232;s Jeanson concernait un collaborateur des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, commentateur de Sartre, auteur en 1955 d'&lt;i&gt;Alg&#233;rie hors la loi&lt;/i&gt;, qui, brouill&#233; avec Sartre apr&#232;s la condamnation par le philosophe de l'intervention sovi&#233;tique en Hongrie en 1956, fait cependant appel &#224; lui en 1959 pour obtenir son soutien en faveur du peuple alg&#233;rien. Jean-Paul Sartre est absent de France lors du proc&#232;s : il est au Br&#233;sil o&#249; il ne manque pas de plaider pour l'anti-colonialisme et pour le combat du F.L.N., et envoie le 16 septembre 1960 un t&#233;l&#233;gramme pour excuser son absence, et dire sa solidarit&#233; avec les accus&#233;s, tandis que Roland Dumas lit une lettre de lui de soutien aux accus&#233;s, qui provoque un immense toll&#233; : &#171; Une bombe &#187;, titre &lt;i&gt;L'Aurore&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir Annie Cohen-Solal, Sartre, 1905-1980, Gallimard, 1985, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sartre se trouve donc au c&#339;ur du proc&#232;s, du manifeste et des troubles qui s'ensuivirent, tel le saccage des vitrines de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; le 3 octobre 1960. On sait aussi que les &#233;ditions de Minuit, qui avaient publi&#233; &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt; de Henri Alleg, furent tr&#232;s s&#233;rieusement menac&#233;es. L'attribution du Prix de l'Express &#224; Claude Simon pour &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; en 1961 doit &#234;tre replac&#233;e dans ce contexte : elle signifie aussi le lien &#233;tabli entre le manifeste, le proc&#232;s Jeanson, l'hebdomadaire, la maison d'&#233;dition, &#224; travers une &#339;uvre qui fait une place discr&#232;te, mais r&#233;elle aux combattants venus du Nord de l'Afrique, rappelant et la part qu'ils ont prise en 1940 dans la lutte contre l'arm&#233;e allemande et l'hostilit&#233; raciste dont ils sont l'objet de la part de certains combattants fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le maquereau d'Alger, juif, &#171; le roi venu tout droit de la Bible &#187; qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;criture allusive de Simon, en fait indirecte dans la mesure o&#249; le proc&#232;s men&#233; contre l'institution militaire dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; peut renvoyer &#224; l'actualit&#233; alg&#233;rienne, diverge donc de celle de Sartre qui multiplie les textes qui apostrophent les Fran&#231;ais sur la question du colonialisme et du tiers monde, par exemple, la Pr&#233;face aux &lt;i&gt;Damn&#233;s de la terre&lt;/i&gt; de Frantz Fanon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Cahiers libres, n&#176; 27-28, Maspero, 1961. Voici deux citations : &#171; Nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, imm&#233;diatement contemporaine de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse que Simon fait &#224; Madeleine Chapsal vise &#224; r&#233;concilier l'&#233;criture simonienne et la signature du manifeste des 121. L'auteur de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; attribue dans un premier temps son geste &#224; &#171; des mouvements du c&#339;ur &#187; : &#171; Je n'ai jamais pu supporter l'injustice, qu'on batte quelqu'un, qu'on humilie ou que l'on fasse souffrir&#8230; J'ai sign&#233; ce manifeste, je suis inculp&#233;, je continuerai. &#187;. C'est ce pouvoir d'indignation qui, lors du proc&#232;s Jeanson, a dict&#233; son t&#233;moignage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour, au proc&#232;s Jeanson o&#249; je t&#233;moignais, le pr&#233;sident du tribunal m'a menac&#233; d'expulsion parce que, para&#238;t-il, j'insultais l'Arm&#233;e fran&#231;aise en disant que nous poursuivions en Alg&#233;rie une guerre injuste avec des moyens indignes d'une nation civilis&#233;e. C'est suffocant. J'ai &#233;t&#233; tent&#233; de lui r&#233;pondre qu'en somme, il avait raison d'interdire que l'on appel&#226;t cela une &#8220;guerre&#8221;. Parce que cinq cent mille hommes pourvus d'avions, de canons, de tanks, contre cinq mille malheureux arm&#233;s de fusils de chasse ou m&#234;me de fusils mitrailleurs, effectivement, ce n'est pas de la guerre mais de l'assassinat.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, L'Express, 10 novembre 1960&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi fait suite une critique de l'arm&#233;e et des officiers fran&#231;ais. Mais dans un second temps, il avance la th&#232;se suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'incessante remise en question, l'incessante contestation de ce qui est tenu pour acquis. Signer la D&#233;claration des 121, c'&#233;tait contester la l&#233;gitimit&#233; de certains actes : tuer dans une guerre injuste, torturer. De la m&#234;me fa&#231;on, &#233;crire (bien entendu dans la mesure o&#249; l'on parvient &#224; faire &#339;uvre d'art) c'est contester les formes et les rapports &#233;tablis, reconnus, consacr&#233;s&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon s'&#233;carte donc de la signification que Sartre donne &#224; l'engagement par l'&#233;criture :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je dirai qu'un &#233;crivain est engag&#233; lorsqu'il t&#226;che &#224; prendre la conscience la plus lucide et la plus enti&#232;re d'&#234;tre embarqu&#233;, c'est-&#224;-dire lorsqu'il fait passer pour lui et pour les autres l'engagement de la spontan&#233;it&#233; imm&#233;diate au r&#233;fl&#233;chi. L'&#233;crivain est m&#233;diateur par excellence et son engagement est la m&#233;diation. Seulement s'il est vrai qu'il faut demander des comptes &#224; son &#339;uvre &#224; partir de sa condition, il faut se rappeler aussi que sa condition n'est pas seulement celle d'un homme en g&#233;n&#233;ral mais pr&#233;cis&#233;ment aussi d'un &#233;crivain. [&#8230;] nul n'est oblig&#233; de se choisir &#233;crivain.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?, op. cit., p. 98-99.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsque ce choix est fait, l'&#233;crivain, qui a une fonction sociale, est donc tenu de r&#233;pondre &#224; une attente et une demande des hommes. Dans une approche sociocritique, Sartre noue ensemble l'&#233;crivain et l'homme, tandis que Simon les dissocie. L'homme, fort &#233;ventuellement du capital acquis par l'&#233;crivain, peut intervenir et s'engager dans des entretiens qui d&#233;fient la censure : mais l'&#233;crivain s'engage dans un autre espace, discursif, supposant une anthropologie o&#249; l'homme est constitu&#233; des langages multiples qu'il tient. Les r&#233;f&#233;rences faites par Claude Simon &#224; Roland Barthes ne sont donc pas insignifiantes : elles font sens en fonction de cette s&#233;miologie et de cette conception structuraliste de l'humain, telle que l'&#233;criture est d&#233;finie en termes de r&#233;volution. La subversion des discours qui pr&#233;tendent &#224; la l&#233;gitimit&#233; &#8211; et on notera aussi combien le terme anticipe la pens&#233;e sur les discours de Lyotard &#8211; est r&#233;volutionnaire et tend &#224; red&#233;finir l'humain. Sur ce point, Simon est proche de l'engagement tel que le d&#233;finit Alain Robbe-Grillet qui renvoie dos &#224; dos l'engagement en faveur de valeurs religieuses et l'engagement en faveur de valeurs sociales, Mauriac et Jdanov, et qui mesure les limites de l'engagement sartrien fond&#233; sur la double libert&#233; de l'&#233;crivain et du lecteur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Redonnons donc &#224; la notion d'engagement le seul sens qu'elle peut avoir pour nous. Au lieu d'&#234;tre de nature politique, l'engagement c'est, pour l'&#233;crivain, la pleine conscience des probl&#232;mes actuels de son propre langage, la conviction de leur extr&#234;me importance, la volont&#233; de les r&#233;soudre de l'int&#233;rieur. C'est l&#224;, pour lui, la seule chance de demeurer un artiste, et, sans doute aussi, par voie de cons&#233;quence obscure et lointaine, de servir un jour peut-&#234;tre &#224; quelque chose &#8211; peut-&#234;tre m&#234;me &#224; la r&#233;volution.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un nouveau roman, Sur quelques notions p&#233;rim&#233;es, p. 39. Voir aussi le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la r&#233;volution dans l'histoire, qui demeure l'horizon lointain de Sartre, s'oppose la r&#233;volution du langage, qui deviendra un des arguments de &lt;i&gt;Tel quel&lt;/i&gt;. C'est bien cette th&#232;se que d&#233;veloppe Claude Simon lors du Congr&#232;s de Vienne d'avril 1967 qui avait pour sujet &#171; Litt&#233;rature : tradition et r&#233;volution &#187;, dans un texte publi&#233; dans &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt; (1-15 mai 1967). L'ombre de Sartre demeure pr&#233;sente derri&#232;re les formulations de Simon :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il convient de mettre fin &#224; une l&#233;gende : jamais aucune &#339;uvre d'art, aucune &#339;uvre litt&#233;raire n'a eu, &lt;i&gt;dans l'imm&#233;diat&lt;/i&gt;, un poids quelconque sur le cours de l'Histoire. [&#8230;] En revanche, au sein de l'immense et incessante gestation du monde, et dans l'ensemble des activit&#233;s de l'esprit, toute production de celui-ci, &#224; condition d'apporter quelque chose de neuf, joue son r&#244;le, le plus souvent de fa&#231;on invisible, souterraine, mais cependant capitale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut, en cons&#233;quence, relire &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, contemporain de ce texte, comme la d&#233;rision d'une &#233;criture engag&#233;e, en l'occurrence celle de John Reed, &lt;i&gt;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde&lt;/i&gt;, qui conduit le narrateur, jeune, &#224; Barcelone, ou qui s'&#233;puise dans la figure de compromission qu'est le personnage de Lambert, et comme une r&#233;volution en acte des langages. Le dialogue avec Sartre, en ces ann&#233;es, ne cesse donc pas : si les deux &#233;crivains se rencontrent sur la fin des voyages et du tourisme, leur approche du colonialisme et du tiers-monde diverge radicalement, Sartre la faisant en termes &#233;conomiques, politiques, culturels (valeurs, arts), Claude Simon la faisant &#224; travers les symboles que sont les cartes postales et les textes dont elles sont le support. L'Aden d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; est par nature diff&#233;rent de l'Aden d'&lt;i&gt;Aden-Arabie&lt;/i&gt;. De m&#234;me, dans &lt;i&gt;Les Corps conducteurs&lt;/i&gt;, le r&#233;cit de la conf&#233;rence d'&#233;crivains &#224; laquelle assiste le personnage reprend, de mani&#232;re d&#233;risoire, les d&#233;bats sur la litt&#233;rature et la r&#233;volution, la nationalit&#233; litt&#233;raire, sur fond de colonialisme et de luttes issues du colonialisme : l'&#233;puisement des intervenants r&#233;sume assez bien le jugement de Simon sur ces questions, comme la naus&#233;e du personnage, clin d'&#339;il possible &#224; Sartre. Enfin, le r&#233;cit &lt;i&gt;L'Invitation&lt;/i&gt; doit &#234;tre rang&#233; dans la s&#233;rie des nombreux retours d'U.R.S.S., ceux de Barbusse, Aragon, Malraux, Bloch et Sartre, qui dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, du 15 au 20 juillet 1954, livre les impressions euphoriques faites par son s&#233;jour en U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La posture simonienne consiste en une &#233;criture sur l'histoire &#224; distance de l'histoire. Et ceci est bien inscrit dans l'&#339;uvre. Dans &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, Claude Simon repr&#233;sente S. pr&#233;sent, &#224; distance des f&#234;tes organis&#233;es par Leiris. Dans la mise en sc&#232;ne le 16 juin 1944 de la pi&#232;ce de Picasso, &lt;i&gt;Le d&#233;sir attrap&#233; par la queue&lt;/i&gt;, mise en sc&#232;ne r&#233;alis&#233;e par Albert Camus, Sartre joue le r&#244;le du &#171; Bout rond &#187; et Simone de Beauvoir de &#171; La Cousine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question, voir Annie Cohen-Solal, Sartre, 1905-1980, op. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simon est donc en marge, dans une spatialit&#233; r&#233;f&#233;rentielle et symbolique, des milieux surr&#233;alistes &#8211; ce qui appara&#238;t ailleurs dans l'&#339;uvre, que ce soit dans &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt; o&#249; le personnage Max a un moment fr&#233;quent&#233; ces milieux parisiens avant de c&#233;der &#224; son homosexualit&#233; qui le m&#232;ne au suicide &#8211; faut-il voir en Max une allusion &#224; Cocteau, qui sera mentionn&#233; dans &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, ou un retour sur la question de l'homosexualit&#233; et de l'art pos&#233;e par Sartre dans le &lt;i&gt;Saint Genet com&#233;dien et martyr&lt;/i&gt; publi&#233; en 1952, l'ann&#233;e de publication de &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gulliver, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1952, p. 120-121, p. 258-262. Sartre, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, ou que ce soit dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, &#224; travers l'exemple de l'oncle Charles, dont l'aventure parisienne en milieux artistiques s'ach&#232;ve de nouveau par un suicide, cette fois celui de l'&#233;pouse. Litt&#233;ralement, la litt&#233;rature, pos&#233;e comme absolu, ne conduit qu'&#224; la mort et &#224; la fin de la litt&#233;rature. Le d&#233;part pour la province originaire marque ainsi, dans l'&#339;uvre, le refus des milieux litt&#233;raires festifs et mondains et la recherche d'une voie solitaire, aust&#232;re, laborieuse, sans plaisir r&#233;el. Au brillant sartrien et parisien s'oppose le s&#233;rieux simonien, provincial.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces mises en fiction de l'avant-garde &#8211; qui apportent une r&#233;ponse &#224; l'enqu&#234;te faite par &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; en 1958 &#8211; montrent aussi l'extr&#234;me m&#233;fiance, pr&#233;coce, de Simon &#224; l'&#233;gard des mouvements et des groupements litt&#233;raires. Litt&#233;ralement, l'avant-garde s'&#233;puise dans le spectacle, n'offrant d'issue que dans le suicide, la mort de l'&#233;crivain. Les avant-gardes construisent une histoire litt&#233;raire faite de revirements ponctuels, comme en t&#233;moigne la relecture faite de Paul Claudel dans les milieux surr&#233;alistes selon Claude Simon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Jardin des Plantes, p. 1146. Jean-Louis Barrault avait mis en sc&#232;ne Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui se dit ainsi, dans les romans eux-m&#234;mes, c'est le passage d'une histoire litt&#233;raire fond&#233;e sur des mouvements et des critiques d'auteurs &#8211; ce qui est parfaitement int&#233;gr&#233; par Sartre dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt; &#8211; &#224; une pens&#233;e du litt&#233;raire fond&#233; sur une critique d'auteurs qui annexe le discours d'une critique savante. C'est ce qu'illustre le second d&#233;bat important qui oppose Sartre et Simon &#224; la fin de l'ann&#233;e 1964. Dans un interview accord&#233; &#224; Jacqueline Piatier et publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 18 avril 1964, Sartre donne sa conception de la litt&#233;rature en 1964. Il constate : &#171; On n'est pas plus sauv&#233; par la politique que par la litt&#233;rature. &#187; Son engagement dans le tiers-mondisme impose des constats : &#171; L'univers reste noir. Nous sommes des animaux sinistr&#233;s&#8230; Mais j'ai d&#233;couvert brusquement que l'ali&#233;nation, l'exploitation de l'homme par l'homme, la sous-alimentation, rel&#233;guaient au second plan le mal m&#233;taphysique, qui est un luxe. La faim, elle, est un mal tout court. &#187;. C'est fort de cette question qu'il se demande s'il est possible de &#171; lire Robbe-Grillet dans un pays sous-d&#233;velopp&#233; &#187; et affirme : &#171; En face d'un enfant qui meurt, La Naus&#233;e ne fait pas le poids.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Jean-Paul Sartre s'explique sur Les Mots &#187;, Le Monde, 18 avril 1964. &#187;&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . La logique sartrienne est donc radicale et sans appel : l'&#233;crivain &#171; doit donc se ranger au c&#244;t&#233; du plus grand nombre, des deux milliards d'affam&#233;s, s'il veut pouvoir s'adresser &#224; tous et &#234;tre lu par tous. Faute de quoi, il est au service d'une classe privil&#233;gi&#233;e et exploiteur comme elle&#8230; &#187;. C'est &#224; cette d&#233;claration, qui fait scandale dans les milieux litt&#233;raires, que r&#233;pondent Yves Berger et Claude Simon dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 28 mai 1964. L'argumentation de Claude Simon se fonde sur son v&#233;cu (la faim n'emp&#234;chait pas les prisonniers dans le camp en 1940 de lire) et son exp&#233;rience de l'&#233;criture, th&#233;oris&#233;e par la distinction que fait Barthes dans &lt;i&gt;Le Degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain est celui dont l'action s'exerce sur son propre instrument, le langage : il travaille sa parole (j'ajouterais qu'il est aussi travaill&#233; par elle), absorbant le pourquoi du monde dans un comment &#233;crire. L'&#233;crivant est celui qui s'approprie le langage de l'&#233;crivain &#224; des fins politiques.&lt;br/&gt;
Pour lui la parole n'est qu'un moyen : elle supporte un faire, elle ne le constitue pas.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Deux &#233;crivains r&#233;pondent &#224; Jean-Paul Sartre &#187;, &#171; Pour qui donc &#233;crit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Simon d&#233;finit donc son &#233;criture dans un rapport &#224; la langue comme aventure et d&#233;couverte, que m&#233;taphorise la r&#233;f&#233;rence au topos litt&#233;raire de Colomb, dont on sait quelle importance il prendra dans &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;. Simon revient ainsi sur la question des significations, &#171; floues, impr&#233;cises, vacillantes &#187;, pour se demander &#171; comment imaginer que, par le fonctionnement de ce m&#233;canisme structural par lequel se fait l'&#339;uvre de l'&#233;crivain [&#8230;] pourraient se d&#233;gager des significations utilitaires imm&#233;diatement consommables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette argumentation permet donc de r&#233;pondre aux reproches adress&#233;s par Sartre &#224; Robbe-Grillet, qui cherche &#224; &#171; &lt;i&gt;d&#233;couvrir&lt;/i&gt; (dans le sens litt&#233;ral du mot) un univers tangible, mesurable, lav&#233;, nettoy&#233; des vieux mythes qui chloroforment l'humanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, Simon associe l'&#233;chec de la litt&#233;rature selon Sartre &#224; une morale de d&#233;vots et au projet r&#233;volutionnaire marxiste, semblant ignorer que Sartre a depuis longtemps pris ses distances par rapport au mod&#232;le sovi&#233;tique. L'art, selon Simon, demeure n&#233;cessaire &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233; dont le paradigme demeure &#233;tonnamment l'univers concentrationnaire : les &#171; ouvertures sur les espaces toujours libres et inali&#233;nables de l'imaginaire, du merveilleux et du songe &#187; rendent impossible une soci&#233;t&#233; &#171; aussi cauchemardesque qu'un immense camp de concentration fonctionnel et bien organis&#233; o&#249; la nourriture serait abondante, le travail peu p&#233;nible, les couvertures chaudes, les toits des baraques &#233;tanches, et o&#249; croupiraient non plus des hommes mais des b&#234;tes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 33.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce d&#233;bat laisse des traces dans l'&#339;uvre, puisque Claude Simon revient sur la question du Mus&#233;e dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Les Corps conducteurs&lt;/i&gt;. Fid&#232;le &#224; sa d&#233;finition de la r&#233;volution du langage op&#233;r&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la tradition, il ajoute cet autre &#233;l&#233;ment, la n&#233;cessit&#233; de l'art &#224; l'homme comme &#233;l&#233;ment qui le diff&#233;rencie de l'animalit&#233;. C'est donc bien une anthropologie, o&#249; la fonction symbolique constitue l'humanit&#233; et son devenir, que construit Simon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On sait que cette pol&#233;mique, dont on ne doit pas minimiser la virulence, eut pour &#233;pilogue, le 9 d&#233;cembre 1964 &#224; la Mutualit&#233;, un d&#233;bat organis&#233; autour de la question &#171; Que peut la litt&#233;rature ? &#187; par le journal &lt;i&gt;Clart&#233;&lt;/i&gt;, organe de l'Union des &#233;tudiants communistes . Claude Simon, invit&#233;, d&#233;clina l'invitation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et non en 1965 comme l'&#233;crit Francine Dugast-Portes dans Le Nouveau Roman, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sartre, dont l'autobiographie &lt;i&gt;Les Mots&lt;/i&gt; &#233;tait un succ&#232;s litt&#233;raire incontestable, &#233;tait alors aur&#233;ol&#233; et stigmatis&#233; pour le refus du Prix Nobel qui lui avait &#233;t&#233; attribu&#233; en octobre 1964. Le d&#233;bat m&#233;riterait &#224; lui seul une &#233;tude, car il marque une r&#233;elle fracture dans le champ litt&#233;raire romanesque. On notera simplement que Jean Ricardou reprit l'argumentation d&#233;velopp&#233;e par Claude Simon dans son article de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. Jean-Pierre Faye, quant &#224; lui, s'attacha &#224; distinguer l'&#233;crivain du militant, et &#224; donner pour fonction &#224; l'&#233;criture r&#233;volutionnaire d'assurer une meilleure communication sociale &#8211; ce qui, soit dit en passant, ne diverge que bien peu des objectifs sartriens. Aux &#233;tudiants de &lt;i&gt;Clart&#233; &lt;/i&gt; qui r&#233;cusaient les th&#232;ses de Jdanov et confondaient r&#233;volutionnaire et &#233;crivain, dans un combat pour &#171; transformer &#187; la r&#233;alit&#233;, &#171; l&#224; o&#249; l'histoire se fait &#187;, Semprun r&#233;pond par la r&#233;f&#233;rence &#224; l'autot&#233;lisme de Robbe-Grillet et l'intransitivit&#233; de l'&#233;criture. Le d&#233;bat consacre donc le recul d'une conception marxiste de l'&#233;criture romanesque en prise sur l'histoire pr&#233;sente. Au contraire, il t&#233;moigne de l'&#233;mergence d'un discours critique fond&#233; sur une critique savante et sur une nouvelle anthropologie &#224; laquelle se rallie Claude Simon. Sartre le sait, puisque dans l'ann&#233;e 1966, &#224; la suite de la publication de &lt;i&gt;Les Mots et les choses&lt;/i&gt; de Foucault, il revient sur le structuralisme pour rejeter le refus de l'histoire et du marxisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Jean-Paul Sartre r&#233;pond &#187;, entretien avec Bernard Pingaud, L'Arc, n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux oppositions fortes se d&#233;gagent : la premi&#232;re porte sur la n&#233;cessaire dialectique selon Sartre de la structure et de l'histoire ; la seconde porte sur l'identification, ou son rejet, de la pens&#233;e au langage et donc sur le fait que la modernit&#233;, comme l'affirme Foucault, r&#233;side dans la rupture des mots et de la r&#233;alit&#233; et le quadrillage spontan&#233; par les mots de la connaissance des choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Les Mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966, p. 315. Sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'ann&#233;e 1964, Claude Simon ach&#232;ve de se positionner dans le champ litt&#233;raire. Sa position, fond&#233;e sur une proximit&#233; &#224; Robbe-Grillet et donc &#224; Barthes, est proche du structuralisme, et de l'anthropologie discursive et symbolique que fonde cette pens&#233;e. Ceci conditionne constamment le dialogue avec Sartre, dont on peut dire qu'il est permanent d&#232;s &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;. Sartre, il est vrai, nous l'avons constat&#233;, sait occuper le champ litt&#233;raire, par ses constants d&#233;gagements et ses revirements paradoxaux, par un art de la provocation o&#249; l'on doit faire la part &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; romantique. Sur le terrain politique et &#233;thique, tous deux parlent d'un universel : mais l'homme de Sartre demeure soumis &#224; l'histoire pr&#233;sente, &#233;conomique, sociale, politique, culturelle, tandis que celui de Simon ne saurait &#234;tre l'homme de l'histoire pr&#233;sente. C'est non pas le faire sartrien, mais le dire du structuralisme qui conditionnent la d&#233;finition de l'&#233;crivain et de l'art, dans leur fonction arch&#233;ologique soup&#231;onneuse et donc r&#233;volutionnaire. En ce sens, &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, qui tourne en d&#233;rision la r&#233;volution, et donc l'impuissance du faire humain, et qui fait la r&#233;volution du langage romanesque, est aussi un r&#233;cit anti-sartrien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 10 novembre 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Alain Robbe-Grillet, &lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1963 : &#171; L'existence d'une &#339;uvre d'art, son poids, ne sont pas &#224; la merci de grilles d'interpr&#233;tation qui co&#239;ncideraient, ou non, avec ses contours. L'&#339;uvre d'art, comme le monde, est une forme vivante : elle est, elle n'a pas besoin de justification. Le z&#232;bre est r&#233;el, le nier ne serait pas raisonnable, bien que ses rayures soient sans doute d&#233;pourvues de sens. Il en va de m&#234;me pour une symphonie, une peinture, un roman : c'est dans leur forme que r&#233;side leur r&#233;alit&#233;. &#187; (p. 41) ; &#171; Le crime, c'est d'affirmer qu'il existe quelque chose, dans le monde, qui n'est pas l'homme, qui ne lui adresse aucun signe, qui n'a rien de commun avec lui. &#187; (p. 47), etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;, n&#176; 717, 24-30 avril 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 12 janvier 1961, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la signification &#187;, &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt;, n&#176; 859, 19-25 janvier 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Le jeune roman &#187;, art. cit., p. 32, et Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la signification &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janine Parot, &#171; &#192; la Sorbonne, Claude Simon part en guerre contre la signification &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Situations II&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1948, coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1976, p. 26. On ne saurait confondre utilit&#233; et utilitarisme bourgeois chez Sartre (p. 147).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 286-287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, p. 675 et p. 678. Sartre rejette la litt&#233;rature de consommation au profit d'une litt&#233;rature de production qu'il qualifie de &#171; litt&#233;rature totale &#187; (&lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 288-289)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &lt;i&gt;Les &#233;crivains en personne&lt;/i&gt;, Julliard, 1960, p. 211. Sur cette litt&#233;rature totale, synth&#232;se du faire, de l'avoir, de l'&#234;tre, voir &lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 289.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 265.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, op. cit., p. 56 sv&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les intellectuels en question &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, novembre 1984, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le 4 septembre 1960 que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; annonce que &#171; cent vingt et un &#233;crivains et artistes ont sign&#233; une d&#233;claration sur le &#8220;droit &#224; l'insoumission dans la guerre d'Alg&#233;rie&#8221; &#187;. Maurice Blanchot, Jean Schuster, Dionys Mascolo, Maurice Nadeau, Jean Pouillon sont &#224; l'origine du projet. Mascolo et Schuster, puis Blanchot le r&#233;dig&#232;rent. Or, c'est le 6 septembre 1960 que s'ouvrait le proc&#232;s Jeanson, c'est-&#224;-dire des r&#233;seaux de soutien au F.L.N. Le manifeste r&#233;unissait des signataires venus d'horizons tr&#232;s divers : milieux surr&#233;alistes, &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lettres nouvelles&lt;/i&gt;, anciens communistes, Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir Annie Cohen-Solal, &lt;i&gt;Sartre, 1905-1980&lt;/i&gt;, Gallimard, 1985, p. 537-547.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le maquereau d'Alger, juif, &#171; le roi venu tout droit de la Bible &#187; qui d&#233;fie le pouvoir allemand dans le camp le jour du Yom Kippour (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, 344-5).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Cahiers libres&lt;/i&gt;, n&#176; 27-28, Maspero, 1961. Voici deux citations : &#171; Nos ch&#232;res valeurs perdent leurs ailes ; &#224; les regarder de pr&#232;s, on n'en trouvera pas une qui ne soit tach&#233;e de sang. S'il vous faut un exemple, rappelez-vous ces grands mots : Que c'est g&#233;n&#233;reux la France ! G&#233;n&#233;reux, nous ? Et S&#233;tif ? Et ces huit ann&#233;es de guerre f&#233;roce qui ont co&#251;t&#233; la vie &#224; plus d'un million d'Alg&#233;riens ? Et la g&#233;g&#232;ne ? &#187; (&lt;i&gt;Situations V&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1965, p. 188) ; &#171; Les marques de la violence, nul ne les effacera : c'est la violence seule qui peut les d&#233;truire. Et le colonis&#233; se gu&#233;rit de la n&#233;vrose coloniale en chassant le colon par les armes&#8230; &#187; (ibid., p. 167).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madeleine Chapsal, &#171; Entretien avec Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 10 novembre 1960&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que la litt&#233;rature ?&lt;/i&gt;, op. cit., p. 98-99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sur quelques notions p&#233;rim&#233;es,&lt;/i&gt; p. 39. Voir aussi le texte de &lt;i&gt;Alain Robbe-Grillet le voyageur&lt;/i&gt;, Christian Bourgois &#233;diteur, 2001, Litt&#233;rature et politique (1963), p. 65 sv (publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la question, voir Annie Cohen-Solal, &lt;i&gt;Sartre, 1905-1980&lt;/i&gt;, op. cit., p. 278-280. &lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, p. 1146-1147, 1152-1154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1952, p. 120-121, p. 258-262. Sartre, dans son &lt;i&gt;Explication de L'&#201;tranger&lt;/i&gt;, &#233;crit : &#171; Le r&#233;cit de M. Camus est analytique et humoristique. [&#8230;] Qu'il nous suffise de marquer que l'univers de l'homme absurde est le monde analytique des n&#233;o-r&#233;alistes. Litt&#233;rairement le proc&#233;d&#233; a fait ses preuves : c'est celui de &lt;i&gt;L'Ing&#233;nu&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Microm&#233;gas&lt;/i&gt; ; c'est celui de &lt;i&gt;Gulliver&lt;/i&gt;. Car le XVIIIe si&#232;cle a eu aussi ses &#233;trangers, &#8211; en g&#233;n&#233;ral de &#8220;bons sauvages&#8221; qui, transport&#233;s dans une civilisation inconnue, percevaient les faits avant d'en saisir le sens. L'effet de ce d&#233;calage n'&#233;tait-il pas pr&#233;cis&#233;ment de provoquer chez le lecteur le sentiment de l'absurde ? M. Camus semble s'en souvenir &#224; plusieurs reprises, en particulier quand il nous montre son h&#233;ros r&#233;fl&#233;chissant sur les raisons de son emprisonnement. &#187; (&lt;i&gt;Situations I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1947, p. 116-117). Gulliver, c'est le personnage de Max, qu'il faudrait en cons&#233;quence situer par rapport &#224; l'&#233;tranger, &#224; la question de l'absurde et la lecture sartrienne de &lt;i&gt;L'&#201;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, p. 1146. Jean-Louis Barrault avait mis en sc&#232;ne &lt;i&gt;Le Soulier de satin&lt;/i&gt; &#224; la Com&#233;die fran&#231;aise en 1943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Jean-Paul Sartre s'explique sur &lt;i&gt;Les Mots&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 18 avril 1964. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Deux &#233;crivains r&#233;pondent &#224; Jean-Paul Sartre &#187;, &#171; Pour qui donc &#233;crit Sartre ? &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 28 mai 1964, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et non en 1965 comme l'&#233;crit Francine Dugast-Portes dans &lt;i&gt;Le Nouveau Roman, une c&#233;sure dans l'histoire du r&#233;cit&lt;/i&gt;, Nathan Universit&#233;, 2001, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; Jean-Paul Sartre r&#233;pond &#187;, entretien avec Bernard Pingaud, &lt;i&gt;L'Arc&lt;/i&gt;, n&#176; 30, num&#233;ro sp&#233;cial &#171; Sartre aujourd'hui &#187;, octobre 1966, p. 87-96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Les Mots et les choses&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, p. 315. Sur ces points, voir, outre l'entretien publi&#233; dans&lt;i&gt; L'Arc&lt;/i&gt;, le texte de Sartre &#171; L'anthropologie &#187; (&lt;i&gt;Situations IX&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1972).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>devant la fa&#231;ade du palace</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/devant-la-facade-du-palace.html</link>
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		<dc:date>2012-05-29T21:45:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;le bruissant vol de pigeons repassant pour la seconde fois en tournoyant et applaudissant devant la fa&#231;ade du palace, ses baies aux glaces &#233;toil&#233;es par les balles, ses quatre-vingts fen&#234;tres, ses d&#244;mes roses, sa dentelle de paratonnerres, puis le vol de pigeons surgit dans le soleil, au-dessus des toits (c'est-&#224;-dire qu'ils viennent de franchir l'invisible s&#233;paration entre l'ombre port&#233;e du palace (presque aussi haute que lui maintenant, les rayons du couchant presque horizontaux) pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;le bruissant vol de pigeons repassant pour la seconde fois en tournoyant et applaudissant devant la fa&#231;ade du palace, ses baies aux glaces &#233;toil&#233;es par les balles, ses quatre-vingts fen&#234;tres, ses d&#244;mes roses, sa dentelle de paratonnerres, puis le vol de pigeons surgit dans le soleil, au-dessus des toits (c'est-&#224;-dire qu'ils viennent de franchir l'invisible s&#233;paration entre l'ombre port&#233;e du palace (presque aussi haute que lui maintenant, les rayons du couchant presque horizontaux) pour &#233;merger dans l'invisible nappe de lumi&#232;re o&#249; ils apparaissent d'abord &#224; contre-jour, d'un gris mauve sur le ciel jaune, puis, tandis qu'ils obliquent, reviennent en sens inverse, dor&#233;s, m&#233;talliques, s'&#233;levant toujours, la ville au-dessous d'eux confuse et agonisante dans l'&#233;touffante soir&#233;e de septembre : ce n'est pas encore le cr&#233;puscule, mais bient&#244;t : &#224; pr&#233;sent, et encore pour quelques instants, son carroyage de rues et d'avenues est sculpt&#233; en noir par la lumi&#232;re frisante qui c&#232;de pied &#224; pied devant la mont&#233;e de brume marron s'&#233;levant du port, remplissant les profondes et suintantes tranch&#233;es de pierre jusqu'&#224; ce que brusquement le soleil disparaisse derri&#232;re la ligne des collines, &#224; l'ouest, derri&#232;re les carcasses d&#233;charn&#233;es des tours et des grandes roues du parc d'attraction abandonn&#233; sous le ciel couler saumon maintenant, la ville elle aussi &#224; l'abandon, solitaire, sous l'invariable lumi&#232;re vert-&#233;lectrique des globes de ses lampadaires compliqu&#233;s qui s'allument les uns apr&#232;s les autres, comme les rampes d'un th&#233;&#226;tre, semblable &#224; une de ces reines en g&#233;sine laiss&#233;e seule dans son palais parce que personne ne doit la voir dans ce moment, enfantant, expulsant de ses flancs tremp&#233;s de sueur ce qui devait &#234;tre enfant&#233;, expuls&#233;, quelque petit monstre macroc&#233;phale (dit l'Am&#233;ricain), invivable et d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, &#8212; et &#224; la fin tout s'immobilise, retombe, et elle reste l&#224;, gisant &#233;puis&#233;e, expirante, sans espoir que cela finisse jamais, se vidant dans une infime, incessante et vaine h&#233;morragie : m&#234;me pas &#233;ventr&#233;e, poignard&#233;e, rien qu'un peu de sang suintant, s'&#233;coulant sans tr&#234;ve par une mince, une invisible fissure au centre m&#234;me de son corps, une flaque, une petite mare bient&#244;t, s'&#233;tendant, s'&#233;largissant lentement sur le carrelage de l'urinoir souterrain dans le couloir duquel se tient toujours, au sein de l'odeur suffocante, le dos contre le mur de briques verniss&#233;es, la c&#233;r&#233;monieuse rang&#233;e de cireurs &#224; la chevelure aile de corbeau, tout entiers v&#234;tus (chemise et pantalon) de noir, align&#233;s, patients, disponibles, terribles et fam&#233;liques derri&#232;re leurs petites bo&#238;tes clout&#233;es semblables &#224; d'antiques et myst&#233;rieux petits coffres, de minuscules et d&#233;risoires cercueils d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; (Minuit, 1962, p. 229-230)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Deguy, Michel. &#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187; (1962)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Deguy-Michel-Claude-Simon-et-la-representation-1962.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Deguy-Michel-Claude-Simon-et-la-representation-1962.html</guid>
		<dc:date>2012-04-21T13:40:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>
		<dc:subject>Image</dc:subject>
		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Repr&#233;sentation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Michel DEGUY, &#034;Claude Simon et la repr&#233;sentation&#034; (1962).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Representation-+.html" rel="tag"&gt;Repr&#233;sentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Michel Deguy. &#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187; (Sur &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;). &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, 187, d&#233;cembre 1962, p. 1009-1032
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les critiques parlent volontiers d'un auteur contemporain comme s'il avait invent&#233; quelque &#171; truc &#187; qui plairait ou non ; comme s'il &#233;tait &#171; libre &#187; &#224; l'&#233;gard de son temps et de son art, et que ses &#171; proc&#233;d&#233;s &#187;, plus ou moins habiles, indiquassent le degr&#233; de richesse de cette libert&#233;. Pourtant, malgr&#233; la saison des prix, on aurait tort d'assimiler la litt&#233;rature au concours L&#233;pine : il ne s'y agit pas principalement d'une comp&#233;tition d' &#171; astuces &#187; de description. Car un auteur n'&#233;tant pas &#171; libre &#187; au sens o&#249; on l'entend d'ordinaire, ne peut parler qu'&#224; partir de l'&#233;motion fondamentale qui &#233;branle en lui la parole. Cette premi&#232;re parole est &#171; intuition &#187;, si l'on veut ; le monde s'annonce en elle tel qu'il est, et l'acte d'&#233;crire cherche &#224; ressaisir et &#224; d&#233;ployer cette premi&#232;re parole.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant le critique compte les adjectifs et reproche &#224; Claude Simon de les faire avancer trop souvent trois de front ; il s'&#233;tonne que le jeu de la conjugaison soit d&#233;s&#233;quilibr&#233; au profit du participe pr&#233;sent ; ou bien il proteste que le talent de Joyce, de Proust ou de Faulkner &#233;tait bien sup&#233;rieur, comme l'instituteur d&#233;plore les ann&#233;es d'autrefois quand les copies &#233;taient meilleures !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un &lt;i&gt;&#233;crivain&lt;/i&gt; n'use pas de &lt;i&gt;proc&#233;d&#233;s&lt;/i&gt;, si par l&#224; on entend qu'il aurait pu &#171; dire les choses autrement &#187;. Le monde inspire, c'est-&#224;-dire aspire en l'&#233;crivain ce d&#233;sir de le dire &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; il est - de d&#233;crire ; l'&#233;crivain n'est pas &#171; libre &#187;, il est pythie de son temps. La critique aime &#224; parler du style du romancier comme de &#171; performance &#187; dans la description. Pourtant le roman ne cherche &#224; dire rien d'autre qu'une mani&#232;re de dire les choses comme elles sont, c'est-&#224;-dire comme elles apparaissent. Pour l'&#233;crivain, l'homme est celui qui est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; celui qu'il est. Si une bo&#238;te de cigares occupe tout &#224; coup le roman pendant cinq pages (page 163 &#224; 168), ce n'est peut-&#234;tre pas parce que l'auteur tente de battre le record de la description, comme un danseur celui de la danse, mais parce que cette chose occupe la vision comme un gouffre o&#249; la vue s'engouffre, vertigineuse distance, ab&#238;me o&#249; s'enfonce le regard versatile vers aucun fond des choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est pas la seule fois que nous aurons l'occasion de remarquer le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme si l'&#339;il &#233;tait devenu ce t&#233;lescope invers&#233; qui par son &#171; petit bout &#187; maintient &#224; distance irr&#233;parable les moindres choses qu'il d&#233;sire approcher - tandis que le temps est devenu d&#233;cr&#233;ation continu&#233;e, cette interminable discontinuit&#233;, interminable insomnie, seconde par seconde comme si tout se passait dans la nuit o&#249; le regard cherche en vain son correspondant... Mais le regard a lui-m&#234;me perdu sa mesure, le sens de sa propre mesure, et jamais le &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt; ne peut venir le combler ; il est regard insatiable qui a perdu le monde et veut s'y &#233;craser sans pouvoir s'y fixer, priv&#233; de l'invisible o&#249; il pourrait s'ancrer, regard sans pause parce que sans pose, car tout est &#233;tal&#233; dans l'insondable multiplicit&#233; juxtapos&#233;e de l'apparence. Il est pareil &#224; un avion r&#244;deur qui cherche l'atterrissage, tant&#244;t rasant de trop pr&#232;s le chaos du champ inabordable, tant&#244;t remont&#233; trop haut, perdant le terrain de vue ; ainsi le regard qui ne peut plus, ne sait plus &lt;i&gt;accommoder&lt;/i&gt; ...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or le roman de Claude Simon ne se tait pas sur ses principes ; bien plut&#244;t expose-t-il th&#233;matiquement dans son discours tout ce qui le fonde et lui donne ce style ; il dit ce qui le justifie, le fait comprendre ; document de sa propre m&#233;thodologie, de son propre art po&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quant au sentiment du temps, par exemple, ci-dessus esquiss&#233;, il s'expose (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , il ne cesse, en m&#234;me temps que court son propos narratif, d'&#234;tre persuasif, p&#233;dagogique, toujours en train d'&#233;duquer chez le lecteur un regard identique &#224; celui pour qui le monde se montre tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi il semble possible d'en proposer une premi&#232;re analyse sans faire appel &#224; d'autres rep&#232;res que ceux qui balisent et articulent le livre en lui-m&#234;me. Il ne s'agit presque que d'organiser quelques citations.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;grossissement&#034;&gt;Le grossissement et le recul&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Proche, trop proche, &#233;loign&#233;, trop &#233;loign&#233;, le regard va et vient, le regard est l'incessant va-et-vient de l'impossible accommodation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (un pigeon) vint s'abattre sur l'appui de la pierre, &#233;norme (sans doute parce qu'on les voit toujours de loin), &#233;trangement lourd ( ... ) &#187; (p. 9). L'&#339;il est rapproch&#233;, le regard est charg&#233; d'une &#233;tale curiosit&#233;. Mais tout de suite : &#171; (...) il s'envola &#187; (p. 10) ; c'est le regard qui s'envole ; il quitte le ici-maintenant, le fascinant d&#233;tail, pour le terrible recul o&#249; se d&#233;couvre la multiplicit&#233; qui s'ab&#238;me dans la morne r&#233;p&#233;tition. &#171; Et ceci : la pi&#232;ce ( ... ) la pi&#232;ce, donc (... ) comme si &lt;i&gt;les&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rien n'est soulign&#233; dans le texte.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; grands h&#244;tels (... ) &#187; (p. 11). D'un coup d'aile l'esprit qui voit a pris recul, et ce recul est synopsis plan&#233;taire : le pluriel appara&#238;t, c'est-&#224;-dire la r&#233;p&#233;tition, la morne identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le passage du d&#233;tail &#224; l'ensemble est identiquement passage du vide instant, du pr&#233;sent ponctuel, &#224; la r&#233;trospection qui n'&#233;treint rien de trop embrasser, rem&#233;moration vide. Le recul est m&#233;moire. Dans la m&#234;me phrase, la seconde du livre en somme, c'est-&#224;-dire d&#232;s la page 12, nous lisons : &#171; (&#8230;) la mati&#232;re attendant &lt;i&gt;depuis la nuit des temps&lt;/i&gt;, dans le sein t&#233;n&#233;breux de la terre ( ... ). &#187; Ou, &#224; la fin du livre : &#171; Puis ceci : lui (l'&#233;tudiant, l'homoncule, le jeune &#233;tourneau, &lt;i&gt;le double microscopique et lointain&lt;/i&gt; (...) &#187; ; l'&#233;crasement de l'&#339;il sur l'infime est r&#233;tr&#233;cissement du champ du regard, et ainsi mani&#232;re d'isoler une chose de l'entourage, des relations qui pourraient la rendre signifiante ; c'est mani&#232;re de perdre le sens. Mais le regard arri&#232;re vertigineux est aussi r&#233;tr&#233;cissant pour les choses qui, soudain, &#224; altitude d&#233;mesur&#233;e. s'&#233;galisent, se confondent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; le petit bout de la lorgnette &#187;, p. 20, p. 221, etc.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Est-ce perte de sens ? A moins que, peut-&#234;tre (nous le verrons), &#224; la faveur de ce recul, de nouvelles relations apparaissent dans l'enchev&#234;trement, et que se lib&#232;re une sorte de discours po&#233;tique qui, au lieu des relations habituelles de cause &#224; effet, r&#233;v&#232;le des communications d&#233;concertantes, une &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; d&#233;sesp&#233;r&#233;e : des chemins plus courts d'un point &#224; un autre &#233;closent au discours, manifestant une v&#233;rit&#233; plus vraie que celle qui ronronne sur les rails de la discursivit&#233; d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ces longs inventaires du regard circonspect ou &#233;gar&#233;, attentif ou d&#233;sempar&#233;, avide ou d&#233;tach&#233; &#8211; &#171; (&#8230;) devinant les formes floues de gar&#231;ons, de ma&#238;tres d'h&#244;tel, de femmes aux &#233;paules nues, et tout autour de lui, dans le froid brutal, le monde clinquant et brutal de la ville, les queues de neuf heures du soir devant les fa&#231;ades de cin&#233;ma o&#249; des princesses hindoues, des tigres, des soldats de carton macul&#233;s de boue peinte ou des beaut&#233;s aux visages de deux m&#232;tres de haut, sauvagement colori&#233;es et passionn&#233;es, annon&#231;aient des aventures ou des conflits psychologiques pour cr&#233;tins, les violentes lueurs d'&#233;talages de chaussures (... etc.) &#187; (p. 54 et &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;) -, ne les trouve-t-on pas chez les romanciers classiques ? Assur&#233;ment ; il suffit d'ouvrir Flaubert, Huysmans, Thomas Mann, etc. Mais ils sont ici aggrav&#233;s parce que les choses se sont aggrav&#233;es. Ils ressemblent &#224; ces lendemains de d&#233;sastre o&#249; l'&#339;il sinistr&#233; cherche ce qui lui reste encore, et rel&#232;ve, dans la juxtaposition non signifiante o&#249; elles se trouvent dispers&#233;es, les choses r&#233;chapp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;oeil&#034;&gt;Le d&#233;tachement de l'&#339;il exorbit&#233;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le recul, le lien avec la terre, et d'abord ce premier lien avec elle qui est l'union de l'&#226;me et du corps, est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; coup&#233;. Quelque chose se passe qui est pareil &#224; une s&#233;paration, &#224; une d&#233;connection. Le r&#233;sultat du sinistre qui vient d'avoir lieu, mais comme depuis toujours, et auquel le ton h&#233;b&#233;t&#233; fait &#233;cho dans son froid constat des alentours &#233;tranges, appara&#238;t comme une perte de la libert&#233; : non par enlisement, mais au contraire par arrachement &#224; la pesanteur, bizarre sublimation, stupeur a&#233;rienne. Un divorce a eu lieu ; la catastrophe ne cesse de se reproduire dans une subite rupture subie, correspondant au moment o&#249; le regard trop &#233;tir&#233; de son point d'attache dans son recul, quitte son corps, et o&#249; le monde lui arrive alors soudain comme une hallucination. La libert&#233; n'est plus &lt;i&gt;en prise&lt;/i&gt; ; il n'y a plus de libert&#233;. Et n&#233;anmoins comme tout &#171; fonctionne &#187; &#224; la mani&#232;re habituelle, les sph&#232;res divorc&#233;es continuent de se correspondre comme en r&#233;gime d'harmonie pr&#233;&#233;tablie, dont la conscience voyante ne cesse de s'aviser avec un l&#233;ger retard : &#171; (&#8230;) de sorte que tandis que (l'esprit) en &#233;tait encore &#224; se demander comment il allait s'y prendre, il &#233;tait d&#233;j&#224; en train de se regarder franchir le seuil, passer devant le type en manches de chemise et s'avancer dans la pi&#232;ce d'un pas nonchalant, en m&#234;me temps qu'il pouvait entendre sa propre voix, nonchalante, d&#233;sinvolte elle aussi, parlant pour dire &#224; l'ext&#233;rieur de lui, autonome, impossible &#224; arr&#234;ter ( ... etc.) &#187; (p. 201). L'esprit inocul&#233;, le regard, se surprend &#224; &#234;tre coup&#233; de l'action qui se d&#233;roule, s&#233;par&#233; de son corps ; il se surprend &#224; &#234;tre devenu cet &#339;il &#233;norme, monstre martien sur la terre, ce regard d'anticipation, d&#233;mesur&#233;, port&#233; sur un corps &#233;tranger dans un monde qu'il ne reconna&#238;t plus, et pourtant reconna&#238;t, mais comme le fant&#244;me solide de son ancien monde, Pompe&#239; impalpablement incin&#233;r&#233;e : Barcelone &#224; la seconde qui a suivi la violence r&#233;volutionnaire, et le Palace en son centre, ruin&#233;, charbonneux, inchang&#233;, squelette. &#171; ( ... ) et quoiqu'il - c'est-&#224;-dire son corps - se t&#238;nt toujours immobile devant la crois&#233;e ouverte, ce quelque chose en lui qui n'avait pas besoin d'un corps, de membres pour se mouvoir, retraversant la chambre, sortant (&#8230; etc.). &#187; Regard, oiseau captif du monde &#224; se cogner contre perceptions et souvenirs, identiques comme &lt;i&gt;repr&#233;sentations&lt;/i&gt;, plus v&#233;loce que le corps lourd qui continue automatiquement sur sa lanc&#233;e, depuis sa naissance en somme, mais astreint &#224; cet unique espace morne du visible. Les deux se superposent, se fr&#244;lent : corps qui per&#231;oit le moment, et regard d&#233;j&#224; m&#233;moire, pour qui tout est d&#233;j&#224; pass&#233;, c'est-&#224;-dire m&#233;morable et perdu ; libert&#233; relative du regard surmontant le corps et voyant d&#233;j&#224; comme perdu le pass&#233; imm&#233;diat qui est le pr&#233;sent, et de proche en proche tout le pass&#233; ; regard &#224; qui ne cesse de revenir, d'appartenir de plein droit tout le pass&#233; contin&#251;ment, c'est-&#224;-dire son propre pass&#233; jusqu'&#224; la &#171; nuit des temps &#187; ; regard cependant astreint &#224; l'espace des corps, en contrainte par corps - un corps de vieillard (&#171; tout son corps douloureux et perclus, craquant aurait-on dit comme ceux de ces vieillards que l'on voit se concentrer longuement avant d'entreprendre le moindre mouvement, puis, lorsqu'ils s'y r&#233;solvent, le d&#233;composer pour ainsi dire ( ... etc.) &#187;, (p. 184) ; de sorte que le l&#233;ger exhaussement qui fait le privil&#232;ge du regard, sa relative libert&#233; d'inspection, le voue &#224; retomber au sol, comme s'il ne s'&#233;tait lib&#233;r&#233; que juste assez pour apercevoir, en avant, des &lt;i&gt;issues bouch&#233;es&lt;/i&gt;, des choses non ductibles, mais r&#233;p&#233;t&#233;es, fig&#233;es - un cimeti&#232;re (Il faut lire ici tout le chapitre du meurtre, figuratif du destin de &#171; somnambule au labyrinthe &#187; qui est celui du regard.) - un monde qui est le contraire de celui que pouvait d&#233;couvrir le regard surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bergson comparait la conscience &#224; un jet d'eau dont le faisceau se scinderait par le haut en un flux &lt;i&gt;protensif&lt;/i&gt;, qui s'incline vers l'imminent futur, et un flux &lt;i&gt;r&#233;tensif&lt;/i&gt; qui retombe sur le pass&#233; ; que celui-l&#224; vienne &#224; tarir et voici la conscience port&#233;e par la seule courbe r&#233;tensive, autrement dit n'atteignant le pr&#233;sent que &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; le pass&#233;, c'est-&#224;-dire comme pass&#233;, &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;d&#233;j&#224;-v&#233;cu&lt;/i&gt; ; ainsi expliquait-il la &#171; fausse reconnaissance &#187;. Tel le romancier ici, ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, le narrateur qui parle dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; : un perp&#233;tuel &lt;i&gt;paramn&#233;sique&lt;/i&gt;. On dirait que le site d'o&#249; il parle en voyant est ce point de s&#233;paration dont parlait Bergson : tout est d&#233;j&#224; au pass&#233;, tout est comme d&#233;j&#224; vu. &#171; (&#8230;) comme s'il se produisait une sorte de partage (de m&#234;me qu'au commencement du monde entre la terre et l'eau) ( ... ) &#187; (p. 206).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;cinema&#034;&gt;La repr&#233;sentation et le cin&#233;ma, ou l'homme spectateur&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;placements du regard composent un &#233;difice de lignes dont les phrases sont comme les traces &#233;crites, l'ombre projet&#233;e sur le papier, lignes de force du discours, architecture &#224; plat. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est &lt;i&gt;weltanschaung&lt;/i&gt; au sens litt&#233;ral. Il n'y a pas plus dans la &lt;i&gt;weltanschaung&lt;/i&gt; du romancier-&#233;tudiant que dans le sens propre de cette fameuse expression allemande ; l'inspection du monde est identiquement discours, r&#233;flexion, syst&#232;me, id&#233;ologie et art po&#233;tique romanesque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mouvements du regard, indiqu&#233;s ou implicites, conscients pour le narrateur ou sugg&#233;r&#233;s au lecteur, sont d'une perception qui atteint le r&#233;el &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; illustration ou dessin ; et parfois ceux-l&#224; m&#234;mes de la cam&#233;ra telle que la manie un cin&#233;aste aujourd'hui. Au regard qui parle ici s'appliquerait litt&#233;ralement la formule de &#171; cam&#233;ra-stylo &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) et le serveur qui, pensa-t-il, ( ... ) aurait l'air, &lt;i&gt;en n&#233;gatif&lt;/i&gt;, d'&#234;tre ( ... ) en v&#234;tements de deuil ( ... etc.) &#187; (p. 27). &#171; (&#8230;) de sorte que plus tard il devait se rappeler le tout (images et paroles) courant en quelque sorte parall&#232;lement, comme dans les films o&#249; une voix invisible dit un texte sans rapport avec la suite des images qui d&#233;filent &#187; (p. 84).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;recul&lt;/i&gt; est &#171; travelling-arri&#232;re &#187; ; ailleurs &#171; panoramique &#187;. Ici le ton est celui du sc&#233;nario, comme pour indication de mise en sc&#232;ne. Partout des &#171; gros plans &#187; ; l&#224; un ralenti de perceptions comme un long travelling : ou bien la posture est identifi&#233;e &#224; celle d'un tableau (p. 126) ; page 174, un &lt;i&gt;nu&lt;/i&gt; est compos&#233; ... etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce ton romanesque nous donne &#224; m&#233;diter ceci : l'homme est devenu spectateur. Le pouvoir de voir de &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; mani&#232;re que le cin&#233;ma favorise, exerce, exploite, accro&#238;t, confirme, cultive exclusivement et &#224; son tour fait voir, c'est-&#224;-dire donne &#224; r&#233;fl&#233;chir comme tel, constitue son essence d'homme-au-spectacle et qui se comprend lui-m&#234;me comme au spectacle. L'homme ici est devenu tel que tout ce qu'il est maintenant semble homog&#232;ne &#224; l'art de montrer et montr&#233; par cet art. Tout est transparence &#224; cet art ; il a r&#233;duit l'&#234;tre de ce qui est et de ce qu'il est &#224; cette transparence &#224; la repr&#233;sentation, &#224; cette &#171; repr&#233;sentabilit&#233; &#187; ; on dirait que rien n'&#233;chappe plus &#224; un art du voir apte &#224; faire voir en lui cette nature du regard : &#339;il savant qui ne serait que cela, qui n'aurait plus affaire qu'&#224; des repr&#233;sentations, tandis que du m&#234;me coup l'&#234;tre vid&#233; en &#171; repr&#233;sentable &#187; a perdu sa r&#233;alit&#233;, sa substance, et se d&#233;couvre au regard comme image, fant&#244;me ; &#339;il vivant qui soudain se d&#233;couvre identiquement &#339;il mort dans une transparence bient&#244;t &#233;gale &#224; l'opacit&#233;, et qui se fait renvoyer &#224; lui-m&#234;me par une &lt;i&gt;indiff&#233;renciation &lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;e aussi insondable, dans son &#233;talement, que le myst&#232;re de l'int&#233;riorit&#233; ; &#339;il se faisant annoncer par l'&#234;tre devenu d&#233;cor le vide de son regard ... Ce qu'est devenu l'homme ici est tel que cela &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; se r&#233;v&#233;ler dans un art, qui se conforme &#224;, se mod&#232;le sur, l'art cin&#233;matographique ; lequel consiste dans l'exhibition de ce qui est. comme image. La nature de l'instrument photographique se procure, attire &#224; soi peu &#224; peu, un homme au monde comme pur regard fascin&#233; par images.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le roman emprunte au style du film, c'est parce que nous existons &#224; ce r&#233;gime : notre voir est devenu &lt;i&gt;esth&#233;tique&lt;/i&gt; de part en part ; ce que nous voyons, le ci-devant visible de la perception, l'&lt;i&gt;ex-chose&lt;/i&gt;, nous le voyons par &lt;i&gt;image&lt;/i&gt; de cette chose interpos&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette marche banale en campagne, par exemple, telle qu'&#224; la vivre en fait je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . L'invivable, l'insupportable au sens moderne de l'&lt;i&gt;ennuyeux&lt;/i&gt;, c'est cela m&#234;me qui peut par la technique de la repr&#233;sentation (gros plan, encha&#238;n&#233;s, zooms... etc) fournir le sujet moderne par excellence, le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; le plus &#171; int&#233;ressant &#187;. Au reste il est remarquable que ce soit par la repr&#233;sentation au sens de l'image que s'indiff&#233;rencient l'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;, au point que le langage parle indiff&#233;remment d'objet ou de sujet du film. Tout l'&#233;cart entre le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; se rabat dans le gouffre irr&#233;el de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le roman expose comment la vie est v&#233;cue &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; au cin&#233;ma, o&#249; l'ordinaire est isol&#233;, cadr&#233;, et ainsi repr&#233;sent&#233;. Le quotidien, transmut&#233; en image, est ainsi assimilable et an&#233;anti. Atteint seulement dans le moment o&#249; il est re-donn&#233; &#224; voir (repr&#233;sent&#233;), le r&#233;el quotidien est alors &#224; la fois visible et irr&#233;alis&#233;. Ici encore nous remarquons que nous sommes dans le domaine prospect&#233; par la &lt;i&gt;ph&#233;nom&#233;nologie&lt;/i&gt;, et en particulier, au plus pr&#232;s des analyses de Sartre sur l'&lt;i&gt;Imaginaire&lt;/i&gt;. Si la philosophie s'est mise &#224; investiguer le statut de la conscience et de l'Imaginaire, c'est que la mont&#233;e de quelque chose d'&#233;norme avec l'imaginaire se pr&#233;parait, et alertait ses antennes plus fines. Ce que la ph&#233;nom&#233;nologie prospectait avec froideur, comme c'&#233;tait sa t&#226;che, allait &#234;tre, &#233;tait en train, d'&#234;tre v&#233;cu comme destin par l'homme contemporain ; il &#233;tait en proie &#224; ce regard, &#224; cette n&#233;antisation ; il &#233;tait existentiellement, tragiquement, cette conscience imageant, irr&#233;alisant et ainsi repr&#233;sentant. Le roman est de la ph&#233;nom&#233;nologie br&#251;lante, lyrique, &#171; embarqu&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce regard, cette conscience qui se re-pr&#233;sente pour voir et ainsi frappe d'abord d'irr&#233;alit&#233; ce qu'elle verra mieux, fascin&#233;e donc et frustr&#233;e &#224; la fois, et de telle sorte que la fascination et la frustration s'exasp&#232;rent r&#233;ciproquement, ce regard, tout le favorise aujourd'hui : le cin&#233;ma, le train, l'avion, la &lt;i&gt;vitrine&lt;/i&gt; en g&#233;n&#233;ral, la mince glace, effective ou figur&#233;e, mais toujours l&#224; qui, sectionnant le rapport de l'&#339;il au visible, restitue le r&#233;el comme image &lt;i&gt;expos&#233;e&lt;/i&gt;, r&#233;el devenu essentiellement imaginaire pour un regard qui ne peut plus percevoir que par transparence ; l'&lt;i&gt;&#233;cran&lt;/i&gt; n'est plus ce qui masque, mais le temple o&#249; se re-pr&#233;sente, irr&#233;alis&#233;, le r&#233;el comme image. Toute posture que l'homme peut prendre aujourd'hui &#224; partir des objets techniques de son s&#233;jour industriel ne cesse de l'installer comme spectateur au spectacle ; la civilisation industrielle est le metteur-en-sc&#232;ne du r&#233;el, organisant toute situation dans la forme du spectacle ; autrement dit elle &lt;i&gt;an&#233;antit&lt;/i&gt; tout au sens d&#233;velopp&#233; par Sartre, de l'interposition de l'imaginaire. Chacun se trouve ainsi dans sa propre vie m&#233;diatis&#233;-ali&#233;n&#233; par la repr&#233;sentation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple dans le rassemblement et l'entretien des contemporains entre eux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ne cesse de se muer pour soi-m&#234;me en metteur en sc&#232;ne de sa propre vie de spectateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De cette m&#233;diation de l'image cin&#233;matographique dans ma propre vie comme ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et peut-&#234;tre ici les &#171; &lt;i&gt;il se voyait&lt;/i&gt; &#171; , &#171; &lt;i&gt;il se revoyait regardant&lt;/i&gt; (... etc.) &#187; de Claude Simon r&#233;pondent-ils, en en d&#233;pla&#231;ant le sens apr&#232;s un demi-si&#232;cle d'&#233;volution, au fameux : &#171; il se voyait se voir &#187; du &lt;i&gt;Teste&lt;/i&gt; de Val&#233;ry.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue d'o&#249; le romancier pr&#234;te sa voix &#224; l'&#233;tudiant, ne cesse d'&#234;tre indiqu&#233; dans les membres de phrases qui commencent par &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;. La situation de l'homme-spectateur qui parle ici dans le roman comme celui qui se souvient, est celle de l'assis au cin&#233;ma ; position de la fixit&#233; dans la vitesse. La voici indiqu&#233;e : &#171; (... ) le crissement des roues &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; tr&#232;s fort, &#224; peu pr&#232;s, semblait-il, &lt;i&gt;dans l'effroyable silence comme un roulement de tonnerre&lt;/i&gt; ( ... ) &#187; (p. 116). Ou ici &#171; ( ... ) les deux files de palmiers et de lampadaires altern&#233;s &lt;i&gt;se ruant en s'&#233;cartant de chaque c&#244;t&#233; de la voiture&lt;/i&gt; puis (l'&#233;tudiant se retournant, regardant par la vitre arri&#232;re) s'enfuyant, verticaux, fig&#233;s et vertigineux, &lt;i&gt;rapetissant &#224; toute vitesse&lt;/i&gt; ( ... etc.) &#187; (p. 80). Le point de l'observation est, d'une certaine mani&#232;re, fixe, ou plut&#244;t sur l'axe de la maturation insensible de ma propre mort ; fixe comme le si&#232;ge du spectateur de film, ou comme la place du voyageur dans un &lt;i&gt;rapide&lt;/i&gt;, qui ne cesse de vieillir lentement. D'une part, l'axe interne, &#171; vertical &#187;, si on veut, de la futurition de sa mort ; et d'autre part l'axe horizontal qui le perce comme une fl&#232;che, axe de r&#233;f&#233;rence du mouvement acc&#233;l&#233;r&#233; autour. La posture principale de la voyance est donc elle-m&#234;me figur&#233;e par la situation de l'amateur de film ou du passager de train ; les choses se ruent en fuyant, dans la seule alternative de leur fr&#244;lement inoffensif quoique terrifiant ou du choc mortel ; &lt;i&gt;ou bien&lt;/i&gt; il ne se passe &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; dans le vacarme acc&#233;l&#233;r&#233; &lt;i&gt;ou bien&lt;/i&gt; il se passe l'explosion de ma &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;. Le spectateur est ce mort en sursis emport&#233; dans la folle voiture (cf. p. 80-81 sq.). Le monde laisse transpara&#238;tre son essence dans l'exp&#233;rience de la course en voiture ou en train ; il est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; on le d&#233;couvre dans la vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou bien encore, la vie ressemble &#224; la couverture de &lt;i&gt;Radar&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hebdomadaire disparu, mais multipli&#233;, dont la premi&#232;re page consistait en un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Et alors cela fut l&#224;, se mat&#233;rialisa violemment sous forme d'une de ces images grossi&#232;rement dessin&#233;es et colori&#233;es qui illustrent les couvertures &#224; sensation des magazines bon march&#233; ( ... ), la sc&#232;ne camp&#233;e par un de ces dessinateurs sp&#233;cialis&#233;s dans les faits divers, &lt;i&gt;l'immobilisation&lt;/i&gt;, la perp&#233;tuation du tumulte, les faci&#232;s tordus d'effroi ( ... etc.) &#187; (p. 93)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le trait foncier qui transit toute situation est ainsi identiquement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je (= l'&#233;tudiant) ne peux vivre ma propre vie qu'en la voyant et par l'interm&#233;diaire du&#183; dessinateur, de la repr&#233;sentation-Radar. La vie est ce r&#234;ve ; et le &#171; il semblait &#187; incessant dit aussi bien la m&#233;moire que le pr&#233;sent repr&#233;sent&#233; qui est d&#233;j&#224; travers&#233; du n&#233;ant, &lt;i&gt;imaginaire&lt;/i&gt; ; la diff&#233;rence entre perception au pr&#233;sent et image souvenir est estomp&#233;e dans la vie-r&#234;v&#233;e ; les &#171; pouvant s'imaginer &#187;, les &#171; pouvant voir &#187; et les &#171; pouvant revoir &#187; sont sur le m&#234;me plan. Dans le d&#233;ploiement de l'imaginaire transissant tout r&#233;el, la diff&#233;rence entre le pr&#233;sent et le pass&#233; est secondaire ; la rem&#233;moration et la perception sont homog&#232;nes sous le r&#232;gne du caract&#232;re de &lt;i&gt;repr&#233;sentabilit&#233; &lt;/i&gt; du r&#233;el. Et c'est pourquoi &lt;i&gt;le Palace&lt;/i&gt; est fait &#233;quivalemment, je veux dire dans leur indiff&#233;renciation &#171; fondue encha&#238;n&#233;e &#187;, des perceptions, des souvenirs de perceptions et des souvenirs de souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pr&#233;sent que per&#231;u ; per&#231;u que comme spectacle au sens de la repr&#233;sentation ; il n'y a spectacle que dans et par l'&#233;vocation, la rem&#233;moration-discours ; la voix est devenue voix hors-champ, voix qui fait lever notre histoire en spectacle, lever le para&#238;tre sur le mode de l'image, tout per&#231;u se donnant &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; reproduction de l'image typique de la sc&#232;ne &#224; quoi il ressemble. Y a-t-il un roman qui soit davantage &#171; de son temps &#187;, et, en ce sens, plus &#171; naturel &#187;, comme on dit ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;moment&#034;&gt;Le moment - le n&#233;ant - le multiple et l'un - la r&#233;p&#233;tition&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puis il se vit (...) &#187; (p. 20 et &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;). &#171; ( ... ) il lui semblait le voir &#187; ou &#171; se voir &#187; (etc. &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;). Cela renvoie &#224; ce moment-l&#224; : le moment o&#249; &#231;&#224; s'arr&#234;te, s'&#233;ternise, le pr&#233;lude &#224; l'orage, quand tout s'agrandit, mena&#231;ant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;rythme&lt;/i&gt; du r&#233;cit repose dans l'alternance des &#171; gros plans &#187; et des &#171; reculs &#187; pareils au moment o&#249; l'&#233;cran s'&#233;largit pour mieux montrer une bataille, un exode, un camp, un tumulte ; mouvement de remonter l&#224; d'o&#249; les choses se d&#233;couvrent au sens o&#249; on dit &#171; il d&#233;couvrit la plaine &#224; ses pieds &#187;. Le rythme repose dans le passage de la visibilit&#233; (mais on dirait aussi bien : l'invisibilit&#233;) par &#233;troitesse d'ouverture, &#224; la visibilit&#233; (invisibilit&#233;) par l'exc&#232;s du recul ; passage du trop vaste au trop proche combin&#233; avec le passage du calme &#224; la tornade soudaine, et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le moment de visibilit&#233; capt&#233; par le regard et rem&#233;mor&#233; par la voix est celui o&#249; l'&#233;tant surgit du n&#233;ant, d&#233;j&#224; menac&#233; de retour au n&#233;ant dans l'oubli ; peut-&#234;tre, plus pr&#233;cis&#233;ment encore, surgissement du n&#233;ant au quasi-n&#233;ant de l'image, du non-&#234;tre au moins-&#234;tre. La voix ressaisit l'&#234;tre au moment o&#249; il surgit de ce n&#233;ant, et lui conf&#232;re l&#224;, un moment, le demi-&#234;tre de l'image. La qu&#234;te d'&#234;tre par la voix ne cesse donc de demander &#171; comment &lt;i&gt;&#233;tait-ce&lt;/i&gt; ? &#187; L'&#234;tre est au pass&#233;, &#224; l&lt;i&gt;'imparfait&lt;/i&gt;, comme image insaisissable &#224; la poursuite de qui &lt;i&gt;s'&#233;ternise&lt;/i&gt; le discours.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et eux (les quatre hommes - ce qui, avec lui, faisait cinq) se tenant l&#224;, surgis de ce n&#233;ant o&#249; ils devaient retourner presque aussit&#244;t apr&#232;s une br&#232;ve, violente et m&#233;t&#233;orique existence ( ... ) se tenant donc l&#224;, insolites, et m&#234;me l&#233;g&#232;rement incroyables, l&#233;g&#232;rement irr&#233;els, l&#233;g&#232;rement d&#233;suets ( ... etc.) &#187; &#171; (&#8230;) Cette odeur de nuit, de chair entr'ouverte, path&#233;tique, entrevue, elle aussi sortie du n&#233;ant, et retourn&#233;e &#224; jamais l'instant d'apr&#232;s au n&#233;ant, tandis qu'il enregistrait maintenant passivement la suite d'images simples ( ... etc.) &#187; (p. 175).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sent per&#231;u est en perspective, c'est-&#224;-dire que les choses se montrent en se cachant chacune elle-m&#234;me et les unes les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. MERLEAU-PONTY, Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception (p. 88 sq.).&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais tout se passe maintenant comme si la disparition momentan&#233;e dont s'affectent les choses entre elles dans la perception, se changeait en an&#233;antissement, et le monde des images est un d&#233;cor o&#249; l'on &lt;i&gt;sait&lt;/i&gt; que derri&#232;re la face que me tourne l'objet de carton aucun &lt;i&gt;plein&lt;/i&gt; ne vient me garantir la possibilit&#233; de d&#233;couvrir l'objet sous une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; face. L'esprit cart&#233;sien dont &#171; l'inspection &#187; maintenait l'&lt;i&gt;identit&#233; &lt;/i&gt; de la cire avec elle-m&#234;me sous les changements, mais aussi la conscience ph&#233;nom&#233;nologique aupr&#232;s d'un monde &lt;i&gt;plein&lt;/i&gt; d&#233;couvert par &lt;i&gt;profils&lt;/i&gt;, sont quasi d&#233;funts.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instant, saisi dans l'instantan&#233; du regard-souvenir que le discours ressaisit, est explosion de &lt;i&gt;l'un&lt;/i&gt;, d&#233;sint&#233;gration. Surgie du n&#233;ant, la fragile crispation de visibilit&#233; y retourne ; ce retour est retour &#224; la multiplicit&#233;, d&#233;composition, dissipation, &#233;parpillement. La description en forme d'inventaire &#233;quivaut d&#232;s lors au geste d&#233;sesp&#233;r&#233; de retenir encore ce qui fuit, d'enrayer, ou plut&#244;t d'escorter le plus loin possible la d&#233;faite de l'unit&#233;, le retour au chaos ; &lt;i&gt;l'unit&#233;&lt;/i&gt; est ressaisie pr&#233;cairement dans la re-vision, perception ou rem&#233;moration. Le mouvement de r&#233;pertorier est celui d'accompagner un moment la multiplicit&#233;, fugitivement conjur&#233;e, dans la description ; photographie de l'explosion qui est image fixe &#224; jamais mais en pellicule, en moins-&#234;tre, &lt;i&gt;priv&#233;e&lt;/i&gt; de r&#233;alit&#233;, comme ce qui &lt;i&gt;&#233;tait&lt;/i&gt;. Les br&#232;ves concentrations d'unit&#233; pour la repr&#233;sentation qui les ruine par sa propre mobilit&#233;, sont &#224; la fois sauv&#233;es (fix&#233;es) et an&#233;anties (irr&#233;alis&#233;es). La n&#233;cessit&#233; de la &lt;i&gt;description&lt;/i&gt; proc&#232;de de cette existence en r&#233;gime de repr&#233;sentation. L'&#233;clair de la vision est l'&#233;clair m&#234;me de la d&#233;flagration ; la pr&#233;sence est perdue dans la curiosit&#233; de la repr&#233;sentation assoiff&#233;e de la sauver. De grandes fresques immobiles consignent le monde dans sa perte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;p&#233;tition est aussi peu arbitraire que possible : le spectateur est en effet &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; un homme condamn&#233; &#224; assister &#224; la &#171; r&#233;p&#233;tition &#187; de sa propre fin : &#171; Mais peut-&#234;tre &#233;tait-ce des ann&#233;es plus tard : c'&#233;taient pourtant les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; enfants, les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; vieillards, le &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; mouvant tapis de pigeons se d&#233;pla&#231;ant par saccades, le &lt;i&gt;m&#234;me &lt;/i&gt; carrousel de tramways ( &#8230; etc.) &#187; (p. 120). Le spectacle comme &lt;i&gt;imaginaire&lt;/i&gt; est aussi bien &lt;i&gt;anticip&#233;&lt;/i&gt; que rem&#233;mor&#233; ; spectacle d'une fin qui ne cesse d'arriver, sans &#234;tre jamais la fin, puisque la seule vraie fin, r&#233;elle et non imaginaire, diff&#233;rente du n&#233;ant de la repr&#233;sentation et pourtant an&#233;antissement proprement dit, sera la &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;, qui coupera la parole, et qui, en attendant, doue de parole cet &#234;tre pour la mort, cet homme qui ne fait qu'assister &#224; ces pr&#233;mices de mort, &#224; la r&#233;p&#233;tition de sa mort, &#224; l'image de la mort qui se monnaie par avance en toute image.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;comparaisons&#034;&gt;Les comparaisons&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; ( ... ) exactement comme une bo&#238;te &#224; cigares ( ... ) &#187; (p. 170). &#171; Comme le pot &#224; confitures sur lequel commence &#224; se tisser une petite couche (... etc.) &#187; (p. 139), etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le membre de phrase introduit par le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;, l'&#233;l&#233;ment comparant, est l'un de ces d&#233;risoires et incessants &#233;v&#233;nements ou choses de la quotidiennet&#233;, auxquels inlassablement toute &lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt;, en d&#233;finitive, en tant que &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; (cf. la d&#233;finition du Larousse mise en exergue au livre : &lt;i&gt;R&#233;volution, mouvement d'un mobile qui, parcourant une courbe ferm&#233;e, repasse successivement par les m&#234;mes points&lt;/i&gt;) se trouve ramen&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; introduit la comparaison avec les exp&#233;riences quotidiennes bien connues, fondatrices du sens, mais jamais assez dites et maintenant dites, &#224; usage de r&#233;f&#233;rences, ramenant la nouveaut&#233; &#224; l'&#233;chelle du grouillement &#224; ras de terre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou bien le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; inaugure une vaste correspondance, une grande ressemblance : les choses grossies ou rapetiss&#233;es s'alt&#232;rent en se confondant, &#224; la mani&#232;re dont on ne &#171; reconna&#238;t plus &#187; une portion d'objet grossie mille fois : ainsi toute chose se trouve ramen&#233;e &#224; un m&#234;me &#171; grain &#187; sous le regard alternativement, grossissant et rapetissant ; les visages se d&#233;composent ; tout s'apparente dans le &#171; toutes choses &#233;gales &#187; obtenues par le survol ou la stupeur, et la nature du &lt;i&gt;grain&lt;/i&gt; qui para&#238;t alors comme esp&#232;ce de d&#233;nominateur commun, d'&#233;toffe commune de la r&#233;alit&#233;, c'est le pullulement de la vie &#233;l&#233;mentaire, procr&#233;ation, corruption, excr&#233;ment - le lieu commun o&#249; s'ab&#238;ment les diff&#233;rences est le niveau de la putr&#233;faction et de la sexualit&#233;. La r&#233;alit&#233; pue (&lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;dialogue&#034;&gt;Le dialogue&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux personnages parlent dans ce livre, ou plut&#244;t &#233;bauchent un &#233;change, qui ne parvient jamais au dialogue. Dans un livre de Claude Simon il y a deux types de discoureurs : d'un c&#244;t&#233; le discours (l'&#233;bauche de discours) de l'intellectuel - et dans le &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; il s'agit du discours de l'Am&#233;ricain, ou de l'&#233;tudiant : le point de vue d'o&#249; parle l'intellectuel est d'une l&#233;g&#232;re d&#233;nivellation dans l'&#234;tre, d'un l&#233;ger surhaussement, d'o&#249; la parole, emport&#233;e, intarissable, lyrique, ne cesse de couler. Ce l&#233;ger mais d&#233;cisif &lt;i&gt;recul&lt;/i&gt; qui doue l'intellectuel de logorrh&#233;e, le situe presque par rapport &#224; l'humanit&#233; ordinaire comme l'homme par rapport &#224; l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me type de discours est celui de l'homme emport&#233; silencieusement dans le fleuve du temps. D'un c&#244;t&#233; le pensant, de l'autre le silencieux, tous deux : &#233;galement emport&#233;s et impuissants. Du l&#233;ger surhaussement d'o&#249; sa vue s'&#233;tend un peu plus loin, l'intellectuel, &#171; passion inutile &#187;, conscience comme &lt;i&gt;&#233;c&#339;ur&#233;e&lt;/i&gt; par sa position, bavarde cyniquement ; il d&#233;bride la plaie, il dit tout ; de l'autre, antitype compl&#233;mentaire, le silencieux homme du peuple, &#171; sans col&#232;re &#187;, &#171; sans impatience &#187; (&lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;) cherche &#224; l'interrompre de temps &#224; autre par un &#171; ferme &#231;&#224; &#187; (&lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;). Calme accord&#233; au non sens, ou &#233;loquence cynique, de toute mani&#232;re nul dialogue, mais silence bruissant de paroles vaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Route des Flandres donnait beaucoup plus que le Palace directement parole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) c'est &#231;&#224; qui pue tellement : pas les choux-fleurs ou les poireaux dans les escaliers des taudis, ni les chiottes bouch&#233;es : rien qu'une charogne, un f&#339;tus &#224; grosse t&#234;te lang&#233; dans du papier imprim&#233;, rien qu'un petit macroc&#233;phale d&#233;c&#233;d&#233; avant terme parce que les docteurs n'&#233;taient pas du m&#234;me avis et jet&#233; aux &#233;gouts dans un linceul de mots... &#171; oh, arr&#234;te &#187; ... une puante momie envelopp&#233;e et &#233;trangl&#233;e par le cordon ombilical de kilom&#232;tres de phrases enthousiastes tap&#233;es sur ruban &#224; machines par l'enthousiaste arm&#233;e des correspondants &#233;trangers de la presse lib&#233;rale. Victime de la maladie pr&#233;-infantile de la r&#233;volution... &#171; oh, ferme &#231;&#224; &#187; (... ) &#187; (p.16 et 17).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pr&#234;tons un moment attention au discours de l'intellectuel (ici l'Am&#233;ricain). Que s'y passe-t-il ? Une sorte de brouillage des cons&#233;cutions logiques habituelles, une agression par contaminations, amplifications, coqs &#224; l'&#226;ne, calembours, raccourcis, etc., contre le discours causal ; un parasitage des d&#233;ductions r&#233;guli&#232;res le long desquelles l'explication ordinaire chemine rationnellement ; une sorte de t&#226;tonnement f&#233;brile pour d&#233;busquer une nouvelle v&#233;rit&#233; dans les &#224;-peu-pr&#232;s de rapprochements impr&#233;vus, d&#233;concertants, pour amener au jour du langage une v&#233;rit&#233; plus vraie, un meilleur compte de ce qui est en fait &#224; chaque instant l'aspect de notre destin et que la p&#233;nible ratiocination s'&#233;puisait &#224; ramener vainement apr&#232;s coup &#224; la normalit&#233; de l'ordre d&#233;terministe ; une agression d&#233;lib&#233;r&#233;e et d&#233;sesp&#233;r&#233;e contre le principe de raison, parce qu'on dirait que la raison n'est plus le principe de ce qui arrive en ce monde. Les &#233;tincelles de cette brillante plaidoirie contre le sens usuel cherchent &#224; provoquer une lumi&#232;re plus vive gr&#226;ce &#224; laquelle on verrait mieux, mais dans la bri&#232;vet&#233; de l'&#233;clair, ce qui se passe, c'est-&#224;-dire ce qu'un philosophe appelle &#171; le mouvement en profondeur de l'&#233;branlement mondial que nous vivons heure par heure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heidegger.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'obscurcit plut&#244;t le rassurant et inoffensif discours de la raison analytique et dialectique. Ici un nouveau discours cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment le sens par d&#233;rivations, courts-circuits, branchements impr&#233;vus, parce que la discursivit&#233; d&#233;ductive-inductive, trop in&#233;gale au non-sens manifeste, est devenue le langage de l'imposture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tels apparaissent au cours du livre les fragments de journaux entrelus ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le discours de l'intellectuel est cette parole qui cherche &#224; orienter malgr&#233; tout dans l'action assur&#233;e de son &#233;chec son &#233;c&#339;urement de somnambule d&#233;sabus&#233; de l'illusion rationaliste - comme si cette esp&#232;ce de d&#233;lire inspir&#233; de suggestions d&#233;sordonn&#233;es esp&#233;rait, avec col&#232;re et g&#233;n&#233;rosit&#233;, rendre plus manifeste l'essence de ce qui se passe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'analyse, dans la description qui s'&#233;tire en phrases interminables, correspond &#224; cette vision &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt;, pour qui &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; sens possible est circonscrit aux limites de l'instant, pour qui tout ce qu'on peut trouver en fait de sens est contenu dans cet instant qui n'est rien. &#171; Tout &#187; par exemple est dans le geste d'un type sale qui allume son cigare (p. 140-141) tandis qu'un enterrement passe sous son balcon. L'instant est &#224; la fois nul et infini ; le sens ne s'&#233;tire pas dans une suite telle que l'encha&#238;nement sens&#233; qui le retracerait parviendrait &#224; le saisir ; mais plut&#244;t dans cette monade explosive de l'instant, irr&#233;el mais seul r&#233;el, tout le sens passe, bref rayonnement, br&#232;ve centrifugation jusqu'&#224; la limite o&#249; il s'an&#233;antit et o&#249; rena&#238;t un autre moment. Pour &#233;puiser la signification insens&#233;e de cette monade qui &#171; contient tout &#187;, qui symbolise avec la totalit&#233;, imm&#233;diatement d&#233;truite et renaissante, il ne faut pas moins que &lt;i&gt;l'analyse infinie&lt;/i&gt; de la rem&#233;moration qui s'y perd : en droit les pages, &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; phrase de Claude Simon ne sont &lt;i&gt;jamais assez&lt;/i&gt; minutieusement longues, ne devraient jamais s'arr&#234;ter. Le discours est &lt;i&gt;sans fin&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire interminable parce que le v&#233;cu est sans finalit&#233; ; le sans fin au sens de &lt;i&gt;l'interminable&lt;/i&gt; provient du sans fin comme &lt;i&gt;absence de sens&lt;/i&gt;, de but. Le discours est sans fin comme le r&#233;el est sans fin. &#171; (.. ) peut-&#234;tre tournaient-ils en rond dans la ville &#224; la recherche de l'introuvable ennemi, de cette chose qui n'avait pas de nom, pas de visage, pas d'apparence, condamn&#233;s &#224; errer sans fin comme ce Juif de la l&#233;gende qui ne pouvait trouver le repos, semblables &#224; ces bandes d'oiseaux inquiets, plaintifs et sauvages qu'on voit voleter interminablement en g&#233;missant au-dessus de quelque chose d'invisible, quelque charogne (... etc.) &#187; (p. 225).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;morale&#034;&gt;La morale de l'histoire ou l'&#339;il agrandi d'horreur&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un livre de Claude Simon est une &#233;pop&#233;e ; dans la &lt;i&gt;Route&lt;/i&gt; comme dans le &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; il s'agit de l'Histoire ; la litanie d&#233;sabus&#233;e correspond &#224; l'histoire des hommes comme fleuve de pus, oc&#233;an charnier, putr&#233;faction sans commencement ni fin, que contemple un instant de son balcon l'Am&#233;ricain triste. On dirait une anti-L&#233;gende des si&#232;cles, une apocalypse qui d&#233;voile la d&#233;b&#226;cle essentielle par un style. &#171; (&#8230;) un lugubre inventaire, la lugubre litanie d'une impitoyable religion, de l'impitoyable, arrogante et myst&#233;rieuse Histoire couverte de pus, d'infects et ingu&#233;rissables stigmates (&#8230;) des g&#233;n&#233;rations de reines idiotes couronn&#233;es de diad&#232;mes et de rois aux moustaches en crocs, aux mentons d&#233;mesur&#233;s, et derri&#232;re eux un grouillement de gouverneurs, de vice-rois et de g&#233;n&#233;raux &#224; casques &#224; pointe et &#224; t&#234;tes de bandit (etc ...) &#187; (p. 19).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue d'o&#249; le regard d&#233;couvre l'Histoire comme ce fleuve monstrueux est, identiquement, invincible pr&#233;-jug&#233; moral : un traumatisme &lt;i&gt;moral&lt;/i&gt; a cristallis&#233; une fois pour toutes cet &#339;il noir et bleu qui regarde, lui donnant le pouvoir de voir les choses de cette mani&#232;re, le dotant de l'acuit&#233; d&#233;termin&#233;e qui est la sienne pour toujours ; ce traumatisme, cette secousse qui &#233;branle l'&#234;tre en formant en lui cette vision morale est dite par exemple ici : &#171; ( ... ) mais d&#233;sormais et pour toujours, l'air lui-m&#234;me &#233;pouvant&#233;, chang&#233; en plomb par &lt;i&gt;l'imm&#233;moriale horreur, l'imm&#233;moriale mal&#233;diction qui p&#233;trifia le monde &#224; l'instant du premier meurtre&lt;/i&gt; (... etc.) &#187; (p. 97). L'&#339;il qui regarde est un &#339;il agrandi d'horreur depuis l'origine, l'origine criminelle d'o&#249; ne cesse de couler le fleuve sanglant de l'Histoire ; &#339;il vid&#233; par et pour l'horreur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement provoquant le recul originel au sens o&#249; l'expression commune dit : &#171; Il recula d'horreur &#187; a projet&#233; le regard en arri&#232;re une fois pour toutes &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt; d'o&#249; l'&#234;tre va se d&#233;couvrir &#224; lui &lt;i&gt;tel&lt;/i&gt; qu'il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;. Cet &#233;v&#233;nement inaugural est dit ici &#171; Peut-&#234;tre parce qu'il &#233;tait au del&#224; du scandale et de la col&#232;re, que le scandale l'avait saisi, agress&#233; une fois pour toutes des ann&#233;es auparavant (si longtemps auparavant m&#234;me que cela avait cess&#233; d'&#234;tre du scandale ou de la col&#232;re), &#224; partir de quoi tout avait &#233;t&#233; r&#233;solu - comme d'autres r&#233;solvent tout &#224; partir de l'id&#233;e de r&#233;demption, de salut &#233;ternel ou de lois organiques -, peut-&#234;tre aussi parce qu'il poss&#233;dait sans doute cette facult&#233; de ceux pour qui le monde est partout et toujours le m&#234;me (c'est-&#224;-dire une fois pour toutes aussi, f&#233;roce, inhospitalier), et qui est comme le contraire de la facult&#233; d'&#233;tonnement (&#8230;etc.) &#187; le contraire peut-&#234;tre, mais dans une profonde parent&#233; : &#224; la profondeur o&#249; l'&lt;i&gt;h&#233;b&#233;tude&lt;/i&gt;, poste m&#233;taphysique comme l'&#233;tonnement, est cette fausse-position dans l'&#234;tre d'o&#249; l'&#234;tre est vu &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'o&#249; la parole sur l'&#234;tre tire sa possibilit&#233; et son &#233;lan.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Exorbit&#233; &#171; une fois pour toutes &#187; de l'orbite de l'Histoire, mais comme un satellite arrach&#233; et attach&#233; in&#233;luctablement &#224; sa plan&#232;te, ce regard de d&#233;racin&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l'instituteur de P&#233;guy, mais d&#233;boussol&#233;, avec des racines mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; essentiellement moral d&#233;couvre au del&#224; de toute col&#232;re le cancer de l'injustice : &#171; Il parlait avec une sorte d'indignation paisible, comme si, arriv&#233;s &#224; ce stade, le scandale, l'injustice, n'&#233;taient plus que des sortes d'entit&#233;s abstraites, &#233;chappant &#224; toute notion de bien ou de mal, comme le cancer ou la tuberculose, et comme eux seulement justifiables d'op&#233;rations de d&#233;sinfection (&#8230; etc.) &#187; (p. 48).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons sur l'expression &#171; entit&#233;s abstraites &#187; (p. 48) ; elle est importante. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; une certaine esth&#233;tique romanesque qui aurait le go&#251;t des &#171; instantan&#233;s &#187;, et de l'autre une certaine &#233;thique qui aurait le penchant pour des all&#233;gories, les deux co&#239;ncidant par un heureux hasard ; quant &#224; l'esth&#233;tique, nous croyons d'abord, contrairement &#224; certains critiques, que &lt;i&gt;l'optique&lt;/i&gt; de Claude Simon entra&#238;nant la mise en sc&#232;ne romanesque des repr&#233;sentations de la mani&#232;re d&#233;termin&#233;e que nous avons vue, ne change pas d'un roman &#224; l'autre, de la &lt;i&gt;Route&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; par exemple, et que l'interm&#233;diaire suppl&#233;mentaire de l'&#233;tudiant cherchant &#224; &#233;voquer le pass&#233; ne modifie pas essentiellement la nature de la repr&#233;sentation, et par cons&#233;quent, pas davantage l'esth&#233;tique romanesque ; et nous croyons ensuite que cette mani&#232;re de voir qui commande cette mani&#232;re de faire voir, est command&#233;e tr&#232;s profond&#233;ment par l'intuition &#233;thique, qui vient elle-m&#234;me de l'exp&#233;rience ; ou plut&#244;t les deux ici ne font qu'un : &lt;i&gt;weltanschaung&lt;/i&gt; et description de l'apparence ne font qu'un, comme le dit dans son ambigu&#239;t&#233; la commune expression &#171; mani&#232;re de voir les choses &#187;. Les &#171; clich&#233;s &#187; du regard sont des &#171; clich&#233;s &#187; moraux. Ce qui s'offre &#224; nos yeux (aux yeux du personnage, du romancier, du lecteur) ce sont des sc&#232;nes fugitives, un instant suspendues sur l'ab&#238;me, qui est ab&#238;me de l'oubli et ab&#238;me de non-sens, &#233;ph&#233;m&#232;rement stables comme des apparitions fantomatiques, &#171; tableaux-vivants &#187; muets, &#171; entit&#233;s &#187;, &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; l'Histoire et ses acteurs-spectateurs-patients &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; grand guignol, grande charade anim&#233;e, op&#233;ra et op&#233;rette ...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;( ... ) le sombre, bref et pestilentiel nuage de fum&#233;e qui dissimule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Ce qui est vu, c'est &#171; la morale de l'Histoire &#187;, &#233;pop&#233;e de &#171; fugitives apparitions &#187; (p. 98). L'&#233;vanouissement de la libert&#233;, &#224; la fois par l'incessante exp&#233;rience de la non-responsabilit&#233; dans la forme o&#249; les enfants disent quand ils cassent un vase : &#171; C'est pas moi, c'est mon coude &#187;, et par le retour incessant de la n&#233;cessit&#233; semblable &#224; une &#233;pave que le flux ram&#232;ne au pied de la falaise (&#171; pas une croyance, une foi, ni m&#234;me une conviction, encore moins la certitude d'avoir raison : sachant simplement que, bien ou mal, les choses ne pouvaient &#234;tre autrement &#187;) (p. 227) ; le traumatisme qui affecte depuis toujours la conscience morale frappant l'&#339;il de la fixit&#233; des grandes douleurs muettes, fixit&#233; accord&#233;e &#224; la nature profonde du r&#233;el resaisissable seulement comme r&#233;el-irr&#233;el par la repr&#233;sentation imageante, comme image hallucin&#233;e hallucinante pour le regard essentiellement r&#233;trospectif ; enfin la nature fondamentalement r&#233;p&#233;titive de l'Histoire, tous ces &#233;l&#233;ments, homog&#232;nes et qui se commandent les uns les autres sans que l'un ait le pas comme cause, ont pour r&#233;sultante dans le roman les &#171; entit&#233;s abstraites &#187;, les images du sempiternel, tel, par exemple, le portrait, entre dix, du porte-glaive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. aussi, par exemple, p. 114 sq. (nous ne pouvons tout citer) la Fable de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; (&#8230;) l'Italien s'agitant encore, changeant son fusil de c&#244;t&#233; (ou plut&#244;t changeant de position par rapport &#224; son fusil, comme s'il avait fini par n'&#234;tre plus qu'une arme, et m&#234;me l'accompagnement d'une arme, comme ces comment appelait-on autrefois donc (est-ce que ce n'&#233;tait pas porte-glaive ?) dont l'unique fonction consistait &#224; &#234;tre les serviteurs, ou en quelque sorte les porteurs de la violence, de la mort) (... etc.) &#187; (p. 155). L'Image du sempiternel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. encore la Fable du Drapeau.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est pas le &lt;i&gt;type&lt;/i&gt; atteint par la r&#233;flexion, mais le concret dans sa pauvret&#233;, sa morne ressemblance, l'homme &#224; tout instant dans toutes ses postures saisi comme esp&#232;ce, frapp&#233; de sp&#233;cificit&#233; anonyme. De sorte que le moment de la compr&#233;hension, de la r&#233;v&#233;lation, du &#171; c'&#233;tait-donc-&#231;&#224; &#187;, pour l'&#233;tudiant-romancier, c'est le moment o&#249; appara&#238;t le mouvement de masse, o&#249; le particulier se voit remis &#224; sa place dans la multiplication inutile : &#171; (... ) bulletins, notes de service, direction (... ) comme se croient absolument oblig&#233;s d'en secr&#233;ter et d'en faire afficher toute collectivit&#233; humaine (... ), secou&#233; maintenant par quelque chose qui n'&#233;tait pas exactement du rire ( ... ) tandis qu'il pensait &#171; c'&#233;tait donc pour &#231;&#224; qu'ils en avaient besoin ( ... etc.) &#187; (p. 196).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;clairage&lt;/i&gt; projet&#233; sur l'Histoire, ou plut&#244;t dans lequel l'Histoire surgit, visible &#8211; &#171; ( ... ) fugitive apparition : extrait pour de brefs instants des t&#233;n&#232;bres par le passage des lumi&#232;res qui le sculptaient, livide mal foutu (... etc.) &#187; (p. 99) -, est de type hugolesque, l&#233;gende des si&#232;cles, mais entropique, non-progressiste, horde de chevaux fous s'enlisant dans un gouffre de bitume. Les rapports entre choses et &#234;tres sont mis en lumi&#232;re et prennent sens comme d&#233;pourvus de tout autre sens que celui d'&#234;tre r&#233;gis par une n&#233;cessit&#233; qui &#233;chappe aux &lt;i&gt;acteurs&lt;/i&gt;, dans la forme de &lt;i&gt;visions&lt;/i&gt; violentes, heurt&#233;es ; le sens du non-sens surgit comme vision, et la vision m&#234;me est une parabole figurative du non-sens. Le pessimisme foncier, si l'on veut, pulv&#233;rise le r&#233;alisme traditionnel, le r&#233;alisme romanesque qui, traquant une action psychologique, reposait sur des sch&#232;mes causals. Le roman, avec un Flaubert, sans doute, commen&#231;ait &#224; fissurer le r&#233;el, et, par les fissures, voyait secr&#233;ter, et secr&#233;tait, l'ennui ; mais la banalit&#233; &#233;tait encore confi&#233;e &#224; la causalit&#233;, aux cons&#233;cutions dont la navette romanesque filait la trame. Ici l'insupportable, plut&#244;t que l'ennui, est manifest&#233; par de nouvelles relations, po&#233;tiques, &#233;piphanies du stup&#233;fiant. Plus d'action, plus de r&#233;alisme. Le regard surplombe les causalit&#233;s, les traverse lat&#233;ralement ; le monde appara&#238;t non comme grand jeu des causes, mais comme grande chose monstrueuse, a-signifiante plut&#244;t qu'insignifiante : grand-guignol non ind&#233;chiffrable comme tel mais ind&#233;cryptable. L'&#339;il agrandi d'horreur d&#233;couvre un monde &#224; la fois pulv&#233;ris&#233; et r&#233;p&#233;t&#233;, multipli&#233; et mornement identique, &#233;clat&#233; en mondes prodigieusement &#233;trangers o&#249; des sujets diff&#233;rents vivent parmi une &lt;i&gt;objectivit&#233;&lt;/i&gt; d&#233;serte, c'est-&#224;-dire quelque chose de conquis et de d&#233;sol&#233;, comme un palace mais o&#249; l'on campe, comme un grand h&#244;tel &#224; la fois d&#233;sert&#233; et habit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;politique&#034;&gt;Politique&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On comprend que la position politique de Claude Simon, position &lt;i&gt;paralys&#233;e&lt;/i&gt; plus r&#233;pandue qu'on pourrait croire, a des chances d'&#234;tre inconfortable, et qu'il compte assur&#233;ment des ennemis de tous les bords : n'&#233;tant ni &#171; &#224; droite &#187; par la d&#233;mystification, comme on dit, et le cynisme ; ni &#171; &#224; gauche &#187; par l'absence de tout progressisme. Ici nous lisons que la r&#233;volution est vaine : &#171; Comme s'ils cherchaient quelque chose, pensait-il. Quelque chose dont ils auraient peur, qui serait cach&#233; dans la ville et dont ils ignoreraient la nature et m&#234;me le nom ( ... ) sauf que c'est l&#224;, que &#231;&#224; continuera &#224; &#234;tre l&#224;, m&#234;me s'ils arrivaient &#224; tuer tous les g&#233;n&#233;raux et tous les bedeaux, et que c'est effroyablement dangereux et qu'ils ne le trouveront jamais &#8230; &#187; p. 129). A chaque instant, de tous les prestiges auxquels la droite est attach&#233;e comme &#224; l'ordre, il ne reste pour la vision que des pantins d&#233;sarticul&#233;s. Bref, plus persuad&#233; qu'un autre de la n&#233;cessit&#233; historique, mais irr&#233;v&#233;rencieux &#224; l'&#233;gard du &#171; sens de la marche &#187; jusqu'&#224; la comparer &#224; un compartiment de premi&#232;re classe. &#171; Mais comment &#233;tait-ce, comment &#233;tait-ce ? &#187; (question ambigu&#235; qui dit et l'effort de la rem&#233;moration et l'effort de la compr&#233;hension) &#171; sans doute y avait-il quelque chose qu'il n'avait su voir ( ... ) et peut-&#234;tre alors pourrait-il s'introduire ( ... ) dans cette d&#233;riv&#233;e tangentielle, comestible et optimiste de la m&#233;taphysique baptis&#233;e carpe ou Histoire (&#8230;). Il devait bien y avoir un truc. A condition de savoir choisir le bon moment et de faire vite, en montant bien entendu dans le sens de la marche ( ... etc.) &#187; (p. 135).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre n'y a-t-il pas de pire ennemi de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire, m&#234;me si les intellectuels de Claude Simon continuent &#224; voter &#224; gauche par haussement d'&#233;paules devant la n&#233;cessit&#233;, que cette pens&#233;e &#171; revenue de tout &#187;, d&#233;sabus&#233;e m&#234;me du sens de l'Histoire et de cette &#171; d&#233;riv&#233;e excr&#233;mentielle de la raison baptis&#233;e rh&#233;torique &#187; (p. 155). La saisie de la totalit&#233; n'appara&#238;t pas ici comme t&#226;che s&#233;rieuse, effort en cours d'accomplissement dans la dialectique ... etc., mais plut&#244;t comme imm&#233;diate et vaine. Le livre ne collabore pas &#224; la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, n'est pas moment actif de saisie de la &#171; totalit&#233; &#187; en voie d'av&#232;nement et de r&#233;alisation &#8211; comme la pens&#233;e marxiste estime qu'un livre peut et doit l'&#234;tre. Le &#171; tout &#187; se donne comme l'&#233;quivalence de toute chose, et le mouvement (la r&#233;volution) comme r&#233;p&#233;tition ; la totalit&#233; qui fulgure comme vision, c'est-&#224;-dire comme r&#233;alit&#233; qui en devenant &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt; - et pour le devenir - s'est an&#233;antie sur le mode de l'image, cette totalit&#233;, &#233;chappante, d&#233;j&#224; perdue, est un bref mirage pour le Tantale d&#233;tromp&#233; qu'est le romancier, dont la soif de r&#233;alit&#233; ne s'est pas &#233;teinte mais qui sait que tout geste pour la saisir la dissipe en fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le style de Claude Simon n'est pas arbitraire, mais en correspondance avec ce point de vue sur le monde. Seule la vue r&#233;trospective peut &#234;tre englobante ; la rem&#233;moration est par essence d&#233;tach&#233;e ; la &lt;i&gt;d&#233;ception&lt;/i&gt; ne peut parler que romanesquement ; le roman ici, qui parle au pass&#233; par nature, s'offre comme la langue m&#234;me, l'organe m&#234;me de cette vue qui est toujours d&#233;j&#224; en train de se retourner sur ce qui s'offre en disparaissant. Le romancier ne &#171; choisit &#187; pas de &#171; nous offrir cette fois &#187; une succession de tableautins statiques, par artifice d&#233;lib&#233;r&#233; ; mais. nous l'avons vu, l'instantan&#233;it&#233; est un trait essentiel de l'apparence en r&#233;gime d'apocalypse, en relation d'une part avec la capacit&#233; propre de l'&lt;i&gt;imagination&lt;/i&gt;, au sens g&#233;n&#233;ral qui enveloppe celui de &#171; m&#233;moire &#187; et de &#171; mise en image &#187; d'autre part avec le saisissement initial de la conscience morale frapp&#233;e de lucidit&#233; (&#224; la mani&#232;re des &#171; soudain je compris tout &#187;) dans le temps m&#234;me qu'elle est d&#233;poss&#233;d&#233;e pour toujours, qu'elle renonce pour toujours, qu'elle d&#233;sesp&#232;re pour toujours d'une histoire o&#249; la n&#233;cessit&#233; n'aurait pas toute la part. L'&#234;tre est au pass&#233; comme image rem&#233;morable et &#233;vanescente (&#171; comment &#233;tait-ce &#187;). L'&#234;tre est l'interminable s&#233;quence des images fugitives sur le mode desquelles se donne ce qui est. De sorte que l'encha&#238;nement des &lt;i&gt;participes pr&#233;sents&lt;/i&gt; chez Claude Simon n'est pas une plaisanterie douteuse de romancier en mal d'innovation, mais plut&#244;t, si l'expression &#171; s'an&#233;antissant &#187; constitue bien la formule ontologique de la r&#233;alit&#233; repr&#233;sent&#233;e et &#224; repr&#233;senter telle quelle, on dirait que ce participe pr&#233;sent, comme une cl&#233; musicale, donne le ton fondamental, se communique &#224; tous les autres, tous les verbes s'alignant sur lui. Pas davantage l'ordre paratactique en g&#233;n&#233;ral n'est-il arbitraire ; il correspond &#224; la r&#233;p&#233;tition fig&#233;e qui se d&#233;couvre dans le jour qui suit l'aube de la &#171; r&#233;volution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je songe &#224; ces fameux negro-spirituals qui sont eux aussi, dans leur rythme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; parle le personnage qui passe la parole au romancier (ex. p., 128 et &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;) ou inversement ? D'un lieu qui n'est aucunement &lt;i&gt;humble&lt;/i&gt;, car il n'est pas pr&#232;s du sol, mais plut&#244;t pour lequel tout est apparence. Le romancier a comme depuis toujours quitt&#233; le sol terrestre, la &#171; nature &#187;, et le point d'o&#249; il d&#233;couvre le monde est hors du monde, qui d&#232;s lors lui appara&#238;t comme une sc&#232;ne, jeu des ombres dans la caverne pour un encha&#238;n&#233; qui tout &#224; coup se serait avis&#233; qu'il ne pouvait s'agir que d'ombres (ou comme si Descartes n'avait pas triomph&#233; du Malin G&#233;nie) ; et m&#234;me s'il est sans cha&#238;nes, il ne peut s'orienter vers aucune issue solaire. Le romancier parle du lieu d'o&#249; tout &#233;gale rien, &#171; n&#233;antis&#233; &#187; comme repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre le moment est-il venu de prendre quelque distance par rapport &#224; Claude Simon, de marquer, &#224; notre tour, un l&#233;ger recul devant son roman, comme un peintre s'&#233;loigne de la toile pour en saisir l'ensemble et la saisir dans l'ensemble. Dire en effet que ce roman refl&#232;te bien son &#233;poque ne veut en aucun cas dire qu'il n'y a rien d'autre dans l'&#233;poque et qu'il ne peut y avoir d'autre roman ! Bien plut&#244;t l'intuition romanesque propre &#224; Claude Simon op&#232;re-t-elle une &lt;i&gt;r&#233;duction&lt;/i&gt;, qui isole un visage caract&#233;ristique de ce temps pour nous en donner &#224; d&#233;couvrir l'essence. Mais il nous est loisible &#224; notre tour et pour un instant d'isoler cette vision, en marquant par exemple ce qui la s&#233;pare d'une certaine po&#233;sie contemporaine ; diff&#233;rence qui va m&#234;me jusqu'&#224; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans maints po&#232;mes aujourd'hui - et nous songerions volontiers &#224; Yves Bonnefoy dans la mesure o&#249;, au moins pour nous, il est le po&#232;te d'une sto&#239;cienne endurance du cr&#233;puscule -, &lt;i&gt;l'image&lt;/i&gt;, prise maintenant dans l'acception de la rh&#233;torique habituelle, est &lt;i&gt;rare&lt;/i&gt;, mais au sens o&#249; la moindre nourriture est richesse dans le d&#233;nuement, au sens o&#249; la pierre est pr&#233;cieuse, l'&#233;clat rare dans le soir ; et le symbole &lt;i&gt;pauvre&lt;/i&gt;, au sens o&#249; le gris est pr&#233;cieux dans le noir, o&#249; dans le monde d&#233;sol&#233; de la banlieue un oiseau rarement est audible ; on dirait un je&#251;ne fraternel de lumi&#232;re, une pauvret&#233; partag&#233;e ; laborieux, pareil &#224; un enfant maigre qui capture un papillon, &#224; l'affam&#233; qui d&#233;couvre un pain inesp&#233;r&#233;, tel po&#232;me &lt;i&gt;gagne&lt;/i&gt; une image faible, qui n&#233;anmoins par sa propre lumi&#232;re illumine un instant tout l'alentour : l'&lt;i&gt;image&lt;/i&gt; po&#233;tique est ce qui &lt;i&gt;rend visible&lt;/i&gt; pr&#233;cairement notre s&#233;jour, qui r&#233;pand une lumi&#232;re, &#224; la lueur de laquelle notre vie terrestre d'aujourd'hui peut &#234;tre vue dans sa v&#233;rit&#233; ; po&#232;me m&#233;lancolique o&#249; l'image est luciole sertie ; po&#232;me qui entretient la br&#232;ve lumi&#232;re o&#249; nous allons pouvoir d&#233;chiffrer faiblement le site et l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez Claude Simon il nous semble que le mouvement et la port&#233;e de l'image, le r&#233;gime d'&#233;clairement r&#233;ciproque ou &#171; rapprochement &#187; sont tr&#232;s diff&#233;rents. L'image &#171; &lt;i&gt;&#233;claire&lt;/i&gt; &#187; d'une toute autre mani&#232;re, voire d'inverse mani&#232;re. La lumi&#232;re est la riche phosphorescence de la d&#233;composition ; lumi&#232;re de la catastrophe ; grouillement, aussi oppos&#233; que possible &#224; celui d'un sacre du printemps o&#249; toute chose incendi&#233;e se pr&#233;cipite avec toute autre dans le feu que leur commune destruction entretient les unes pour les autres, et le flamboiement de leur combustion se multiplie des reflets que chacune projette sur toute autre ...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La gen&#232;se et l'agonie y sont le plus rapproch&#233;es possible ; le circuit du n&#233;ant au n&#233;ant le plus court.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est pas la seule fois que nous aurons l'occasion de remarquer le parall&#233;lisme du discours romanesque ici avec le discours ph&#233;nom&#233;nologique de Merleau-Ponty &#8211; lequel, on le sait, par le n&#176;7 de &lt;i&gt;M&#233;diations&lt;/i&gt;, qui publie des fragments de ses carnets, s'est vivement int&#233;ress&#233; &#224; l'art de Claude Simon. Ici on &#233;voquera les pages sur la perspective de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception &lt;/i&gt; : &#171; &#8230; J'appuie mon regard sur un &#233;l&#233;ment du paysage, &lt;i&gt;il s'anime et se d&#233;ploie&lt;/i&gt;, les autres objets reculent en marge et entrent en sommeil, mais ils ne cessent pas d'&#234;tre l&#224; &#187; (p. 82). Peut-on parler, &#224; propos du discours romanesque, d'une ph&#233;nom&#233;nologie de la perception spontan&#233;e, sauvage et tragique ? Car nous verrons qu'elle ne travaille pas sur le filet de la raison, et le sens ne cesse de retomber au non-sens qui l'investit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quant au sentiment du &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt;, par exemple, ci-dessus esquiss&#233;, il s'expose lui-m&#234;me, entre autres, en ce passage (*) &#171; ( ... ) prenant conscience du temps qui s'&#233;tait &#233;coul&#233; depuis qu'il &#233;tait l&#224;, c'est-&#224;-dire de cette progression bizarre et saccad&#233;e, discontinue, du temps fait apparemment d'une succession de (comment les appeler ?) fragments solidifi&#233;s (&#8230;) &#187; (p. 53).&lt;br class='autobr' /&gt;
(*) Une citation de Claude Simon est in&#233;vitablement tronqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rien n'est soulign&#233; dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#171; le &lt;i&gt;petit bout de la lorgnette&lt;/i&gt; &#187;, p. 20, p. 221, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette marche banale en campagne, par exemple, telle qu'&#224; la vivre en fait je m'ennuie, qu'on me la montre, qu'on montre cette simple &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu'on en fasse une sc&#232;ne par les moyens requis, qu'on la mette-en-sc&#232;ne au cin&#233;ma, ou, analogiquement, dans ce roman, et voici la foule des &lt;i&gt;spectateurs&lt;/i&gt;, et moi-m&#234;me, fascin&#233;e. Autre exemple : le moderne r&#233;pugne &#224; la c&#233;r&#233;monie religieuse, et l'enfant d'aujourd'hui trouve une messe toujours trop &lt;i&gt;longue&lt;/i&gt;. Mais qu'on la montre &#224; la &lt;i&gt;t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, et les m&#234;mes fid&#232;les impatients assisteront paisiblement &#224; son d&#233;roulement de spectacle &lt;i&gt;d&#233;coup&#233; par la technique du cin&#233;ma&lt;/i&gt;. Avec un cin&#233;aste comme Antonioni, il est clair que plus le plomb du repr&#233;sentable est vil (i.e. &lt;i&gt;banal&lt;/i&gt;), plus il peut fournir l'or pr&#233;cieux &#224; la repr&#233;sentation qui transmute. Qu'est-ce que nous perdons en cette &#232;re de repr&#233;sentation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, c'est ce que nous ne savons peut-&#234;tre pas encore. Nous sommes aux prises avec l'image : la sociologie, par exemple, le sait bien (cf. les travaux de Barthes et de Morin) : il est significatif que le livre attendu de R. Munier porte le titre de &#171; Contre l'image &#187; (cf. extraits dans &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, n&#176; 11).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple dans le rassemblement et l'entretien des contemporains entre eux en &lt;i&gt;congr&#232;s&lt;/i&gt;, o&#249; toute relation est m&#233;diatis&#233;e par la technique audio-visuelle (&#233;couteurs, projections lumineuses ..., etc,).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De cette m&#233;diation de l'image cin&#233;matographique dans ma propre vie comme ce qui l'informe en donnant un sens &#224; l'instant, nous trouvons une br&#232;ve illustration par exemple &#224; la page 66 du &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; : &#171; ( .. .) et de nouveau la locomotive fit entendre son sifflet, plaintif, lugubre dans la nuit - comme si elle essayait de disperser (de s'ouvrir un chemin dans) un t&#233;n&#233;breux troupeau de buffles sauvages, et le train d&#233;marra ( ... etc.) &#187;. Ici le souvenir d'une s&#233;quence de &lt;i&gt;western&lt;/i&gt;, int&#233;gr&#233; &#224; ma m&#233;moire &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; qu'un souvenir de ma vie active, confondu avec tous mes souvenirs, me sert de comparant pour vivre mon pr&#233;sent de moderne dans un train.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hebdomadaire disparu, mais multipli&#233;, dont la premi&#232;re page consistait en un dessin r&#233;aliste en perspective exag&#233;r&#233;e, &lt;i&gt;instantan&#233;&lt;/i&gt; d'une situation &lt;i&gt;explosive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le trait foncier qui transit toute situation est ainsi identiquement &lt;i&gt;violence&lt;/i&gt; : le &lt;i&gt;moment&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233; est &lt;i&gt;l'instantan&#233;&lt;/i&gt; de l'explosion saisie-fig&#233;e en image (&#171; immobilisation &#187;) ; et le temps ( &#171; perp&#233;tuation &#187;) est la suite discontinue, heurt&#233;e, de tels moments de d&#233;sint&#233;gration imm&#233;diatement p&#233;trifi&#233;e-repr&#233;sent&#233;e, Tel est le &#171; fait-divers &#187;, et tout fait est devenu &#171; fait divers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. MERLEAU-PONTY, &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt; (p. 88 sq.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; donnait beaucoup plus que le &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; directement parole aux personnages, et les deux discours s'encha&#238;naient sur de longues pages, contrepoint de lucidit&#233; et de r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tels apparaissent au cours du livre les fragments de journaux entrelus ; messagers vains, signifiants vides, lettre morte, aur&#233;ol&#233;s vaguement d'un sens tremblotant, incertaine fum&#233;e vite dissip&#233;e, comme quand on ne parvient plus &#224; &#171; accommoder &#187; sur une page, ou quand on ne s'est pas encore reconnu, une demi-seconde, dans un miroir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est l'instituteur de P&#233;guy, mais d&#233;boussol&#233;, avec des racines mais d&#233;racin&#233;es, moins fort que la machine r&#233;volutionnaire qu'il esp&#233;rait conduire ; et il continue &#224; tenir ses propos et ses gestes d'instituteur en vain : d'o&#249; quelque chose par moment dans le style de Claude Simon, l'obstination, la r&#233;p&#233;tition, c'est-&#224;-dire la progression par corrections (&#171; plut&#244;t... ou plut&#244;t &#187;), qui rappelle P&#233;guy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;( ... ) le sombre, bref et pestilentiel nuage de fum&#233;e qui dissimule traditionnellement sur les poussi&#233;reuses sc&#232;nes d'&lt;i&gt;Op&#233;ra&lt;/i&gt; l'escamotage de &lt;i&gt;M&#233;phisto&lt;/i&gt; et qui aurait emport&#233; avec lui l'esp&#232;ce tout enti&#232;re des diacres, des chanoines ( .... etc.) &#187; (p. 91). &#171; ( ... ) imaginant en m&#234;me temps les banquiers &#224; favoris sortis d'une &lt;i&gt;op&#233;rette d'Offenbach&lt;/i&gt; qui aurait eu l'id&#233;e de ce chemin de fer ( ... etc.) &#187; (p. 68).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. aussi, par exemple, p. 114 sq. (nous ne pouvons tout citer) la Fable de l'humanit&#233; aveugle, de la Peste : &#171; une &#233;pid&#233;mie, une de ces terrifiantes, meurtri&#232;res et r&#233;pugnantes maladies ( ... etc) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. encore la Fable du Drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je songe &#224; ces fameux &lt;i&gt;negro-spirituals&lt;/i&gt; qui sont eux aussi, dans leur rythme et leurs paroles, lancinante r&#233;p&#233;tition. Le temps y est chant&#233; comme temps d'esclavage ; le chant endure le temps, quand la vie a pris la forme pure de l'exil, la forme pure de l'esclavage, la pleine unit&#233; du malheur. Quand le &lt;i&gt;destin&lt;/i&gt; rassemble un peuple, comme le peut un destin de malheur sans injustice commise, alors le chant s'&#233;l&#232;ve, figure de la longue marche du peuple accabl&#233;, figure du chemin o&#249; passe le temps. L'unit&#233; de style correspond &#224; la pleine unit&#233; de malheur innocent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>S&#233;minaire 2 : Le Palace - 17 mai 2003</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Seminaire-2-Le-Palace-17-mai-2003.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Seminaire-2-Le-Palace-17-mai-2003.html</guid>
		<dc:date>2012-03-04T09:42:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Yapaudjian-Labat</dc:creator>


		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;S&#233;minaire 2 - Le Palace - 17 mai 2003 &lt;br class='autobr' /&gt;
9h. 30-12h. &lt;br class='autobr' /&gt;
Francine DUGAST (Rennes 2), &#034;Le Palace et la &#034;mati&#232;re d'Espagne&#034; dans l'&#339;uvre de Claude Simon (Le Sacre du printemps, Le Palace, Les G&#233;orgiques)&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mireille CALLE-GRUBER (Paris 8), &#034;Le corps typographique : effets de spatialisation de l'&#233;criture&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
13h. 30-14h. 30 &lt;br class='autobr' /&gt;
Didier ALEXANDRE (Toulouse-le Mirail), &#034;Le Palace et l'&#233;criture de l'&#233;v&#233;nement&#034;&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-programmes-des-anciens-seminaires-.html" rel="directory"&gt;Les s&#233;minaires pass&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Palace-+.html" rel="tag"&gt;Le Palace&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;minaire 2 - &lt;i&gt;Le Palace &lt;/i&gt; - 17 mai 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9h. 30-12h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francine DUGAST (Rennes 2), &#034;&lt;i&gt;Le Palace &lt;/i&gt; et la &#034;mati&#232;re d'Espagne&#034; dans l'&#339;uvre de Claude Simon (&lt;i&gt;Le Sacre du printemps&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;)&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mireille CALLE-GRUBER (Paris 8), &#034;Le corps typographique : effets de spatialisation de l'&#233;criture&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13h. 30-14h. 30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Didier ALEXANDRE (Toulouse-le Mirail), &#034;&lt;i&gt;Le Palace &lt;/i&gt; et l'&#233;criture de l'&#233;v&#233;nement&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Barcelone</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Barcelone.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Barcelone.html</guid>
		<dc:date>2012-02-27T22:58:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Le Jardin des Plantes</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>
		<dc:subject>Barcelone</dc:subject>
		<dc:subject>Gaud&#237;, Antoni</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec un ami communiste, Louis Montarg&#232;s, Simon passe la derni&#232;re quinzaine de septembre 1936 &#224; Barcelone. Pour faciliter ce voyage, il s'&#233;tait fait faire une carte de membre du parti communiste. Il observe la r&#233;volution espagnole. En octobre-novembre, Simon participe &#224; l'achat, &#224; Marseille, et ensuite au transbordement dans le port de S&#232;te, d'une cargaison d'armes destin&#233;es au gouvernement r&#233;publicain d'Espagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
En septembre 1936, il se fait &#233;tablir par un ami une carte du parti (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lieux-de-memoire-.html" rel="directory"&gt;Lieux de m&#233;moire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Histoire-+.html" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Jardin-des-Plantes-+.html" rel="tag"&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Guerre-+.html" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Le-Palace-+.html" rel="tag"&gt;Le Palace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Barcelone-155-+.html" rel="tag"&gt;Barcelone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Gaudi-Antoni-+.html" rel="tag"&gt;Gaud&#237;, Antoni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_205 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/Barcelone_1936-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/Barcelone_1936-2.jpg?1360454103' width='500' height='770' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec un ami communiste, Louis Montarg&#232;s, Simon passe la derni&#232;re quinzaine de septembre 1936 &#224; Barcelone. Pour faciliter ce voyage, il s'&#233;tait fait faire une carte de membre du parti communiste. Il observe la r&#233;volution espagnole.&lt;br/&gt;
En octobre-novembre, Simon participe &#224; l'achat, &#224; Marseille, et ensuite au transbordement dans le port de S&#232;te, d'une cargaison d'armes destin&#233;es au gouvernement r&#233;publicain d'Espagne.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1936, il se fait &#233;tablir par un ami une carte du parti communiste et se rend &#224; Barcelone alors aux mains des anarchistes. Premier contact avec la violence pure, l'odeur de mort. Il se per&#231;oit confus&#233;ment comme un imposteur et rentre en France apr&#232;s deux semaines. Rest&#233; en relations avec des membres de la C.N.T., il aide (ou se figure qu'il aide) &#224; faire passer clandestinement en Espagne une cargaison d'armes, entrevoit alors le monde des trafiquants et des hors-la-loi. Int&#233;ressante exp&#233;rience que son dilettantisme, son manque de v&#233;ritables convictions et, partant, d'efficacit&#233;, ne lui font pas renouveler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon, &#171; Notice (auto)biographique &#187;. &lt;i&gt;Dictionnaire : Litt&#233;rature fran&#231;aise contemporaine&lt;/i&gt; (Fran&#231;ois Bourin, 1989)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le lieu central, dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; et les autres romans de Claude Simon est la Place de Catalogne ou se trouve l'H&#244;tel Colon, r&#233;quisitionn&#233; comme quartier g&#233;n&#233;ral par le PSUC :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/hotel_colon_site.jpg?1407622101' width='500' height='341' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vieille photo d'archives montrant la fa&#231;ade de l'H&#244;tel Colon orgueilleux palace orgueilleusement r&#233;quisitionn&#233; quartier g&#233;n&#233;ral (traces &#233;toil&#233;es de balles encore aux glaces du rez-de-chauss&#233;e) par le PSUC (Partido Socialiste Unificat de Catalunya) comme le fait savoir une banderole d'&#233;tamine tendue d'un balcon &#224; l'autre du troisi&#232;me &#233;tage entre deux portraits g&#233;ants l'un de L&#233;nine barbichette cr&#226;ne poli luisant astiqu&#233; limpia bottas l'autre de je ne sais qui Staline peut-&#234;tre moustaches mais maigre ou alors comment s'appelait le L&#233;nine espagnol d'alors un nom comme un nom d'oiseau quelque chose comme cormoran non Comorera je crois De l'un des balcons o&#249; &#233;tait accroch&#233;e la bande d'&#233;tamine j'ai vu passer l'enterrement d'un chef de la police dont les extr&#233;mistes se rejetaient dans leurs journaux l'assassinat ou plus commode arrangeant tout le monde la fameuse Cinqui&#232;me colonne Montagne de fleurs rouges Le pr&#233;sident de la Generalitat marchait en t&#234;te du cort&#232;ge le visage blafard Ce qui frappait du haut du balcon c'&#233;tait sur l'esplanade la foule des hommes la plupart t&#234;te nue chevelures noires gomin&#233;es brillantes ailes de corbeau Plus sur la gauche mais on ne le voit pas sur la photographie il y avait un caf&#233; &#224; l'enseigne BAR DE LA LUNA &#192; la fin le palace a br&#251;l&#233; bombe ou plus probablement incendi&#233; archives &#224; faire dispara&#238;tre &#192; la place s'&#233;l&#232;ve aujourd'hui au coin du Paseo de Gracia une banque fa&#231;ade de marbre poli Loin tout &#231;a maintenant (&lt;i&gt;Le Jardin des Plantes&lt;/i&gt;, p. 29-30)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autres lieux sont aussi &#233;voqu&#233;s, la partie haute des Ramblas, la place et h&#244;tel Saint-Augustin, le Monument &#224; Christophe Colomb et l'&#233;glise de B&#233;tlem, l'une des plus belles &#233;glises baroques de Barcelone, qui se trouve au coin de la Rambla et du carrer del Carme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;derri&#232;re le furieux d&#233;fil&#233; des troncs de platanes : une apparition, un instant, aussi furieusement emport&#233;e dans le n&#233;ant qu'apparue : quelque chose d'ouvrag&#233;, paradoxal, futile : le mur aveugle et pr&#233;cieux aux pierres taill&#233;es en pointes de diamant, les deux niches sym&#233;triques des saints d&#233;capit&#233;s, le portail encadr&#233; de colonnes torses, b&#233;ant, et qui avait vomi (et, plut&#244;t qu'un portail d'&#233;glise, la gueule m&#234;me de l'enfer) feu et fum&#233;e, c'est-&#224;-dire maintenant une haute tra&#238;n&#233;e noire, comme la langue de quelque monstre vorace, repu et charbonneux (&lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;, p. 88-89)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/eglise_de_betlem_barcelone.jpg?1407622499' width='500' height='354' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, Simon d&#233;crit une aquatinte qui se trouve dans le bureau de l'Oncle Charles :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/Vue_generale_de_Barcelone_site.jpg?1407621888' width='500' height='297' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;une aquatinte dont le titre VUE G&#201;N&#201;RALE DE BARCELONE en caract&#232;res romantiques &#233;pais dessin&#233;s en trompe-l'oeil de fa&#231;on &#224; imiter le relief pouvait se lire sur la marge inf&#233;rieure constell&#233;e de taches de rousseur au-dessous de la ville jaun&#226;tre &#233;tal&#233;e entre une mer p&#226;le et sa ceinture de collines, semblable &#224; ces panoramas que l'on peut voir sur les couvercles des bo&#238;tes de dattes ou de fruits confits, vaguement exotique, avec son port, les bateaux rang&#233;s dans la rade, leurs chemin&#233;es, leurs mats, les vergues entrecrois&#233;es, ses docks, les fum&#233;es de ses usines inclin&#233;es dans le m&#234;me sens par le vent marin se d&#233;roulant au-dessus des opulents immeubles de pierre ocre, ses clochers gothiques, ses d&#244;mes, ses alignements d'arcades, tout dessin&#233; minutieusement (&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, p. 160-161)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://commons.wikimedia.org/wiki/File:L%27Illustration_1862_gravure_Vue_g%C3%A9n%C3%A9rale_de_Barcelone.jpg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vue g&#233;n&#233;rale de Barcelone, gravure d'Adolphe Rouargue publi&#233;e dans &lt;i&gt;L'Illustration&lt;/i&gt;, 1862&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et une carte postale envoy&#233;e &#224; sa m&#232;re par son amie Ninita :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_564 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/barcelona_vista_general_des_puerto.jpg?1407621868' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;carte postale VISTA GENERAL prise d'en dehors du port gris&#226;tre Te espero el sabado a las cinco de la tarde Un abrazo tu amiga Ni&#241;ita On pouvait distinguer la citadelle les clochers aigus de la cath&#233;drale le monument de Colomb le bateau qui part le soir pour Palma, mais rien qui bouge, le tout gris fusain uniforme estomp&#233; (&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, p. 366)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce que retient enfin Claude Simon de Barcelone, c'est le modernisme, qui s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; avec une extraordinaire vitalit&#233; en Catalogne du Sud : il admire on le sait &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoni_Gaudi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antoni Gaud&#237;&lt;/a&gt;, figure majeure de ce mouvement, qui est pour lui une r&#233;f&#233;rence fr&#233;quente concernant la question de la composition en art comme en litt&#233;rature, en particulier par l'exemple du c&#233;l&#232;bre parapet d&#233;cor&#233; de fragments de c&#233;ramiques du &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_G%C3%BCell&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parc G&#252;ell&lt;/a&gt;, &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/Trencadis-Gaudi-1195.jpg?1407626346' width='500' height='307' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Si vous allez &#224; Barcelone, vous aimerez les vieux monuments qui par leur tragique nudit&#233; ou leur exub&#233;rante luxuriance vous sembleront d'accord avec l'aust&#232;re ou brillante id&#233;e que les &#233;crivains et les op&#233;ras vous ont donn&#233; de ce pays. Vous appr&#233;cierez moins, et probablement pas du tout, les monuments modernes, parce qu'il vous semblera les avoir d&#233;j&#224; vus dans les grandes villes de votre propre pays. Mais si vous regardez mieux ou si vous restez plus longtemps, vous verrez que les maisons qui longent les avenues au quadrillage r&#233;gulier des nouveaux quartiers ne sont pas plus semblables aux immeubles &#224; six &#233;tages de chez vous que le catalan que vous entendez parler n'est semblable &#224; votre langue.&lt;br&gt;
On a dit que 1900 &#233;tait une esth&#233;tique de l'extase. Mais cette p&#233;trification avort&#233;e d'un r&#234;ve &#233;vanescent qui a abouti aux architectures de Gaudi, a donn&#233; l&#224; sa plus extraordinaire repr&#233;sentation. Comme si l'univers exsangue, libellules, poissons, plantes aquatiques, femmes fleurs qui, un peu partout dans le monde, multiplia &#224; cette &#233;poque ses v&#233;g&#233;tales cristallisations, verts d'eau, mauves diaphanes, avait trouv&#233; sous ce ciel son v&#233;ritable climat. Et en fait, les po&#232;mes de saint Jean de la Croix, les extatiques nymphomanes aux graniteuses chevelures de Gaudi, sont de la m&#234;me essence. La m&#234;me furieuse insurrection, le m&#234;me d&#233;sir d'un impossible d&#233;passement, la m&#234;me r&#233;volte contre la fragilit&#233; des plus p&#233;rissables incarnations. Peut-&#234;tre est-ce l&#224;, r&#233;alis&#233;e, cette perp&#233;tuation du momentan&#233;, dont parle Unamuno. En tout cas, tout aussi logiquement illogique, tout aussi r&#233;elle que cette n&#233;gative raison que soulignait L&#233;nine, lorsque, errant dans les caf&#233;s d'Europe aux d&#233;liquescentes d&#233;corations, il annotait Hegel.&lt;br&gt;
Et si, en regardant les maisons en forme de vagues solidifi&#233;es, les gonflements de pierre du Paseo de Gracia, les replis des balustrades du parc G&#252;ell, vous vous souvenez des cur&#233;s ventrus et bagu&#233;s, des arides faubourgs grouillants (murs nus, poussi&#232;re grise), des palmiers, des bo&#238;tes &#224; cigares aux dorures colori&#233;es, des d&#244;mes de p&#226;tisserie, des carcasses attractives du Tibidabo du haut duquel les gr&#233;vistes lan&#231;aient des tramways en flammes, tous freins desserr&#233;s sur la ville, vous commencerez &#224; sentir que, sous son ciel bleu, ce grand rassemblement de maisons qui descend, blanc et ocre, jusqu'&#224; la mer, avec les taches sombres des jardins, ses villas &#224; roseraies, son port immense et charbonneux, rec&#232;le quelque chose d'insolite que vous n'avez trouv&#233; encore nulle part ailleurs. Une ville creuse et d&#233;sol&#233;e, un d&#233;cor boursoufl&#233;, foisonnant ; le cons&#233;quent et cahotique visage d'une impudique, parce qu'inapaisable, d&#233;tresse. (&lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;, p. 42-44)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=z0VXV0ljLS1A.kQOwLkLcu4F4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;localiser sur la carte des lieux de m&#233;moire simoniens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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