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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
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		<title>Philippe Forest. &#171; De la phrase et d'un certain usage du participe pr&#233;sent &#187; (2011)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Philippe-Forest-De-la-phrase-et-d-un-certain-usage-du-participe-present-2011.html</link>
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		<dc:date>2017-01-23T00:19:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Forest, Philippe</dc:subject>

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&lt;p&gt;Philippe Forest &#171; De la phrase et d'un certain usage du participe pr&#233;sent propre aux romans de Claude Simon &#187; Cahiers Claude Simon, 7, 2011, p. 229-237 &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Est-ce qu'on sait jamais d'o&#249; viennent les livres, ses livres ? On le d&#233;couvre un peu une fois qu'on les a &#233;crits, que l'on se retourne sur ce que l'on a fait et dont, jusque-l&#224;, on ignorait encore tout. Ou du moins l'essentiel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant, une vague intention guide sans doute l'auteur mais la direction qu'elle lui indique est tellement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Forest-Philippe-+.html" rel="tag"&gt;Forest, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Forest&lt;br/&gt;
&#171; De la phrase et d'un certain usage du participe pr&#233;sent propre aux romans de Claude Simon &#187;&lt;br/&gt;
&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-7-2011-85.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 7, 2011&lt;/a&gt;, p. 229-237&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Est-ce qu'on sait jamais d'o&#249; viennent les livres, ses livres ? On le d&#233;couvre un peu une fois qu'on les a &#233;crits, que l'on se retourne sur ce que l'on a fait et dont, jusque-l&#224;, on ignorait encore tout. Ou du moins l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant, une vague intention guide sans doute l'auteur mais la direction qu'elle lui indique est tellement incertaine que chaque page s'ajoutant &#224; celles qui la pr&#233;c&#232;dent, vient corriger l'ensemble et en modifier compl&#232;tement la physionomie provisoirement informe. Il faut du temps pour que tout cela acqui&#232;re une apparence plus ou moins acceptable. Et puis un moment arrive o&#249;, devant soi, l'espace du livre se mat&#233;rialise mentalement dans son enti&#232;ret&#233; de telle sorte que les mots se disposent d'eux-m&#234;mes en phrases qui, &#224; leur tour, s&#233;cr&#232;tent autour d'elles les blocs des paragraphes se distribuant presque spontan&#233;ment selon l'architecture subitement rendue visible des chapitres, ceux-ci s'encha&#238;nant les uns aux autres jusqu'&#224; ce que toute la place se trouve remplie et que, le sens port&#233; &#224; son seuil de saturation, il n'y ait plus rien qu'on soit en mesure d'ajouter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman est encore &#224; &#233;crire. Mais c'est comme s'il existait d&#233;j&#224;. Qu'il se trouvait d'ores et d&#233;j&#224; fini. Beaucoup d'autres en ont certainement fait la remarque avant moi : tout se passe comme si, depuis toujours, il avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par quelqu'un &#224; l'encre dite &#171; sympathique &#187;, celle de ces jeux d&#233;sormais d&#233;suets auxquels se livraient les enfants d'autrefois. Ecrire revient alors &#224; exposer la page apparemment blanche au r&#233;v&#233;lateur du feu ou de l'acide. Un petit tour de prestidigitation pu&#233;rile, un exercice de magie minuscule mais qui produit son effet, faisant surgir depuis l'&#233;paisseur m&#234;me du papier, &#224; partir de la profondeur de la page, un message myst&#233;rieux dont, m&#234;me si l'on en fut soi-m&#234;me l'auteur, on devient un instant comme le lecteur incr&#233;dule et &#233;merveill&#233;, d&#233;couvrant les mots que l'on a &#233;crits comme s'ils avaient &#233;t&#233; trac&#233;s par la main d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'image que j'emploie peut para&#238;tre indiquer le contraire (sugg&#233;rant qu'un texte est d&#233;j&#224; &#233;crit qu'il ne reste plus qu'&#224; faire appara&#238;tre), c'est &#224; peu pr&#232;s ce que Claude Simon veut dire, je crois, lorsqu'il d&#233;clare : &#171; Avant que je me mettre &#224; tracer des signes sur le papier il n'y a rien, sauf un magma informe de sensations plus ou moins confuses, de souvenirs plus ou moins pr&#233;cis accumul&#233;s, et un vague &#8211; tr&#232;s vague &#8211; projet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis : &#171; C'est seulement en &#233;crivant que quelque chose se produit, dans tous les sens du terme. Ce qu'il y a pour moi de fascinant, c'est que ce quelque chose est toujours infiniment plus riche que ce que je me proposais de faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#201;crivant &lt;i&gt;Le Si&#232;cle des Nuages&lt;/i&gt;, j'avais un tr&#232;s vague projet, celui de faire rentrer dans ce roman toute l'&#233;paisseur du pass&#233;, tressant l'histoire de tous avec la mienne, avec pour fil directeur le destin d'un homme (mon p&#232;re) lui-m&#234;me li&#233; &#224; l'une des principales utopies de l'&#232;re moderne (l'a&#233;ronautique). C'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ligne par ligne, je pourrais expliquer comment, d&#232;s le prologue de l'ouvrage, j'ai progressivement compris que le roman trouverait sa forme &#224; la stricte condition de ne pas renoncer &#224; ce projet tout en manifestant la perp&#233;tuelle impossibilit&#233; de celui-ci, construisant et d&#233;construisant un r&#233;cit qui signifierait ainsi que toute histoire n'existe jamais qu'&#224; la fa&#231;on d'une fiction inqui&#232;te o&#249;, au pr&#233;sent, celui qui &#233;crit doit prendre acte de son incapacit&#233; &#224; dire ce que fut le pass&#233; et s'emploie malgr&#233; tout &#224; rendre celui-ci en laissant sa pens&#233;e errer parmi tout un d&#233;dale d'hypoth&#232;ses, de certitudes, de faits et d'&#233;nigmes mais en se refusant toujours, autant que faire se peut, &#224; occuper cette position de surplomb (ce que je nomme : &#171; le confort de l'impensable futur &#187;) d'o&#249; tout appara&#238;t selon la perspective falsificatrice d'une vision d'apr&#232;s-coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception du temps (au demeurant assez banale et ais&#233;ment transposable dans le langage ressass&#233; de certaines philosophies de l'histoire), je ne la poss&#233;dais pas &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; comme s'il s'&#233;tait agi d'en d&#233;duire ensuite une illustration par le r&#233;cit. Ce sont mes propres phrases qui me l'ont d&#233;couverte, enseign&#233;e &#224; mesure que je les concevais. Prenant une ampleur que je ne pr&#233;voyais pas afin d'envelopper ces grands blocs de temps tomb&#233;s de nulle part et entre lesquels n'existe aucune forme de continuit&#233; visible, se compliquant d'incises et de parenth&#232;ses pour que chaque affirmation puisse se trouver pr&#233;cis&#233;e, nuanc&#233;e voire contredite au sein d'un m&#234;me paragraphe, permettant ainsi au r&#233;cit d'explorer successivement &#8211; et m&#234;me simultan&#233;ment &#8211; toutes les pistes divergentes selon lesquelles se d&#233;ploie ce que Joyce, dans &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt;, appelle &#171; l'infinie possibilit&#233; des possibles &#187;. Recourant aux formes verbales qu'il faut afin que le texte parvienne &#224; glisser sans cesse du pass&#233; au pr&#233;sent ou du pr&#233;sent au pass&#233; et laisse le lecteur un peu dans l'incertitude, ne sachant plus tr&#232;s bien ni quand l'action se situe ni qui en est le h&#233;ros et faisant ainsi se d&#233;rouler sous ses yeux le drame d'une intrigue assez intemporelle et assez impersonnelle pour qu'elle puisse susciter sur la page le simulacre d'une sc&#232;ne suffisamment vaste pour recevoir en elle toutes les histoires du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les phrases interminables du &lt;i&gt;Si&#232;cle des Nuages&lt;/i&gt; dispos&#233;es en paragraphes &#224; l'apparence de pav&#233;s disjoints o&#249; le r&#233;cit se relance continuellement par l'usage insistant du participe pr&#233;sent. Comme une mani&#232;re de retrouver, avec les moyens du bord et dans la langue du roman d'aujourd'hui, quelque chose, sans doute, d'une &#233;criture &#233;pique se d&#233;veloppant en longues laisses rythm&#233;es d'une lancinante rime en &#171; -ant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. J'avais un vague projet et, pour avouer toute la v&#233;rit&#233;, une sorte de mod&#232;le aussi dont j'ai pris conscience d&#232;s les premi&#232;res pages et qui a certainement orient&#233; toute la suite du livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faulkner : pour la mani&#232;re non pas inimitable mais in&#233;gal&#233;e dont il fait progressivement appara&#238;tre toute la mati&#232;re du temps dans son irr&#233;ductible opacit&#233; sous les yeux du lecteur, ne distillant &#224; ce dernier que tr&#232;s parcimonieusement les informations qui lui seraient pourtant indispensables &#224; la compr&#233;hension de l'intrigue et, en g&#233;n&#233;ral, bien longtemps apr&#232;s le moment o&#249; il aurait &#233;t&#233; logique de les lui fournir, faisant ainsi r&#233;sonner en tumulte &#224; ses oreilles le bruit et la fureur de ce conte d'idiot qu'est la vie. D&#233;montrant alors que l'histoire des hommes n'existe jamais que sous l'apparence des r&#233;cits confus, contradictoires, incomplets que lui donnent ceux-ci et dont le roman peut seulement, dans sa formidable emphase, rendre la rumeur retentissant pour rien dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faulkner, et plus pr&#233;cis&#233;ment ce livre de lui qui s'intitule &lt;i&gt;Requiem pour une nonne&lt;/i&gt; et dont la sp&#233;cificit&#233; tient &#224; ce qu'il noue une intime affaire de deuil (celle de Temple Drake &#224; l'enfant assassin&#233;e) avec la chronique r&#233;capitul&#233;e du Yoknapawtapha (celle-ci s'&#233;largissant au point de contenir toute l'histoire de l'humanit&#233;, depuis son surgissement sur une terre vierge jusqu'au vertige de la modernit&#233; projetant la civilisation dans le pr&#233;cipice d'un perp&#233;tuel lendemain). Et plus particuli&#232;rement encore le dernier acte du roman pour le prodige po&#233;tique auquel l'auteur y parvient, Faulkner tendant sa phrase de sorte qu'une ligne vienne relier les &#233;poques les plus &#233;loign&#233;es, corde vibrant &#224; une fr&#233;quence inou&#239;e, exprimant cette extraordinaire acc&#233;l&#233;ration des choses au sein de laquelle toutes elles d&#233;filent, semblent s'engendrer les unes les autres, et que la prose ne peut rendre qu'&#224; la condition de renoncer aux structures ordinaires de sa syntaxe et, recourant &#224; des formes bien plus recevables en anglais que ne l'est le participe pr&#233;sent du fran&#231;ais, le texte se trouvant scand&#233; en des paragraphes qui sonnent comme des strophes, traduire la pr&#233;cipitation m&#234;me de la vie vers le vide qui l'appelle et au sein duquel elle laisse cependant la d&#233;risoire et splendide inscription de son t&#233;moignage : &#171; &lt;i&gt;Going fast now... That fast, now... That fast, that rapid... Then gone... Moving faster and faster...&lt;/i&gt; &#187; La page du &lt;i&gt;Si&#232;cle des Nuages&lt;/i&gt; (la mani&#232;re dont elle est compos&#233;e), sa phrase (ses m&#233;andres, son rythme) avec ses participes pr&#233;sents viennent de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#192; Claude Simon, je n'ai pens&#233; qu'ensuite. Une fois le livre termin&#233;, un soup&#231;on m'est venu. L'id&#233;e qu'existait en fran&#231;ais et chez un auteur que j'avais lu autrefois quelque chose d'assez comparable &#224; ce dont j'avais cru trouver la formule chez Faulkner. J'y ai song&#233; quand j'ai &#233;t&#233; tent&#233; de recomposer une derni&#232;re fois le roman, d'abandonner la lin&#233;arit&#233; apparente selon laquelle s'organisaient tous ses chapitres, de m&#233;langer la chronologie de mani&#232;re &#224; donner au lecteur ce vrai sentiment de tournis que procure le mouvement de toupie d'un avion qui part en vrille et dont la chute devient l'axe autour duquel s'accomplit la r&#233;volution vertigineuse de l'espace et du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai renonc&#233; &#224; cette id&#233;e. Peut-&#234;tre par paresse ou par l&#226;chet&#233;. Ou bien : par r&#233;alisme. Il ne faut pas trop en demander au lecteur d'aujourd'hui. C'est ce que je me dis quand je constate quelles violentes r&#233;actions de rejet suscite d&#233;sormais tout texte un tout petit peu &#233;crit : si une phrase d&#233;passe les deux ou trois lignes avec une structure un peu plus &#233;toff&#233;e que le simple &#171; sujet-verbe-compl&#233;ment &#187;, si un roman ne s'exprime pas selon les normes st&#233;r&#233;otyp&#233;es de la langue journalistique la plus pauvre, il a toutes les chances de passer pour &#171; illisible &#187;. Et donc pour &#171; mal &#233;crit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par paresse ou par l&#226;chet&#233;, par calcul ou bien par manque de talent, ce que j'ai fait avec &lt;i&gt;Le Si&#232;cle des Nuages&lt;/i&gt; est pourtant d'une simplicit&#233; assez enfantine par rapport &#224; ce que Claude Simon a tir&#233; de ses plus grands romans. C'est lui, bien s&#251;r, qui a eu raison. A l'heure o&#249; Michel Houellebecq et Am&#233;lie Nothomb passent pour les &#233;crivains majeurs de la litt&#233;rature fran&#231;aise, je me demande parfois combien de personnes peuvent encore lire &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;. Je me souviens tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment d'avoir entendu, &#224; l'occasion d'une des &#233;missions les plus populaires de la radio nationale, c'&#233;tait il y a dix ans, un chroniqueur litt&#233;raire d&#233;j&#224; tr&#232;s en vue et dont les avis font d&#233;sormais autorit&#233; sur la toile, d&#233;clarer &#224; propos du dernier roman de Claude Simon, &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, qu'il ne s'agissait certainement pas d'un livre que l'on songerait &#224; offrir &#224; l'un de ses amis. Chacun a les amis qu'il m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. J'ai lu &#224; peu pr&#232;s tous les romans de Claude Simon quand j'avais vingt ans. C'&#233;tait donc il y a longtemps maintenant. Je ne les avais pratiquement jamais r&#233;ouverts depuis et jusqu'&#224; ce que me vienne le soup&#231;on tardif que je leur devais sans doute davantage que je ne l'imaginais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois bien admettre &#8211; je n'ai aucune difficult&#233; &#224; le faire &#8211; que cette langue dans laquelle s'exprime &lt;i&gt;Le Si&#232;cle des Nuages&lt;/i&gt; et dont j'avais eu le sentiment qu'elle s'inventait d'elle-m&#234;me, appel&#233;e par le vague projet que je m'&#233;tais fix&#233;, peut l&#233;gitimement appara&#238;tre comme la forme att&#233;nu&#233;e, de mani&#232;re &#224; souscrire un peu aux pauvres exigences de lisibilit&#233; qui s'imposent au romancier d'aujourd'hui, de celle, plus audacieuse et magnifique, que parle, dans sa prodigieuse po&#233;sie, l'&#339;uvre de Claude Simon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du &lt;i&gt;Vent&lt;/i&gt;, l'id&#233;e exprim&#233;e que raconter, &#171; c'est un peu comme si on essayait de recoller les d&#233;bris dispers&#233;s, incomplets, d'un miroir, s'effor&#231;ant maladroitement de les r&#233;ajuster, n'obtenant qu'un r&#233;sultat incoh&#233;rent, d&#233;risoire, idiot. &#187; L'ent&#234;tement, malgr&#233; tout, &#224; progresser au sein d'un tel chaos de mani&#232;re &#224; produire de celui-ci une repr&#233;sentation impossible par laquelle, comme on le lit dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, on touche peut-&#234;tre &#224; une &#171; r&#233;alit&#233; plus r&#233;elle que le r&#233;el &#187;. Dans ce m&#234;me roman, les longues phrases qui donnent au lecteur le sentiment que l'on avance &#224; t&#226;tons dans le temps, se frayant un chemin vers nulle part dans l'immense nuit de la vie, tournant en rond, rebroussant sa route, se heurtant toujours aux m&#234;mes spectacles de sid&#233;ration d&#233;sol&#233;e. Avec &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt; et un peu partout ailleurs, ces participes pr&#233;sents qui d&#233;crochent la phrase de toute temporalit&#233;, &#233;tirant la dur&#233;e d'un r&#233;cit qui se suspend, &#171; Achille immobile &#224; grands pas &#187;, et dont personne ne peut plus dire vraiment &#224; qui, &#224; quoi elle se rapporte. &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, surtout, de tous les livres de Claude Simon celui auquel va ma pr&#233;f&#233;rence, sa formidable chute, le dernier mot du &#171; moi &#187; avec son point d'interrogation comme si celui qui &#233;crit n'existait enfin qu'&#224; la fa&#231;on de l'effet tr&#232;s tardif et toujours incertain de cela qu'il a &#233;crit. Ou encore cette mani&#232;re si caract&#233;ristique de toujours montrer que ce qui est ne se situe nulle part sinon dans le r&#233;cit qu'on en fait et qui culmine splendidement dans ce miroitement de la r&#233;alit&#233; et de la fiction se convertissant perp&#233;tuellement l'une en l'autre qu'organisent &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; ou bien dans le jeu plus ouvertement autobiographique des grands livres de la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Je croyais imiter Faulkner. Sans le savoir, je faisais peut-&#234;tre du Claude Simon. Je le veux bien. Ce sont des choses qui arrivent. Et elles se passent toujours de fa&#231;on plus complexe que ne le veut le d&#233;pistage un peu policier de ce que la vieille critique appelait &#171; les influences &#187; et que l'on baptise aujourd'hui du nom plus savant d'&#171; intertextualit&#233; &#187;. Le temps de la litt&#233;rature n'est pas davantage lin&#233;aire que celui de l'histoire. Il se parcourt dans tous les sens &#224; la fois, se ramifie en chemins parall&#232;les qui se croisent enfin, il se disperse, s'&#233;parpille. On peut en remonter aussi bien qu'en descendre le cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman de Simon, c'est l'&#233;vidence, suppose celui de Faulkner dont il constitue souvent le pur d&#233;marcage (&lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt; ou, exemplairement, &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;) &#224; tel point que de nombreuses pages, surtout dans les premiers livres, y sonnent comme si elles &#233;taient le r&#233;sultat d'une sorte d'adaptation d'une langue &#224; l'autre. Simon importe en fran&#231;ais la phrase de Faulkner : la fa&#231;on dont elle se d&#233;veloppe, se d&#233;ploie au point de s'&#233;garer, se surcharge, digresse ou se r&#233;p&#232;te (avec ses parenth&#232;ses) puis se reprend pour repartir dans une direction un peu nouvelle de sorte que le texte avance par spirales successives, par approximations progressives. D'o&#249;, je crois, aussi, mais je laisse les sp&#233;cialistes en d&#233;cider, le recours au participe pr&#233;sent qui transpose la forme en &lt;i&gt;-ing&lt;/i&gt; et constitue, au fond, comme une sorte d'anglicisme &#224; l'aide duquel le fran&#231;ais se change en une langue vaguement &#233;trang&#232;re, susceptible de produire po&#233;tiquement des effets de sens qui autrement lui seraient rest&#233;s interdits. Les m&#234;mes causes produisant les m&#234;mes effets, il n'est pas inconcevable qu'un romancier d'aujourd'hui, important &#224; son tour Faulkner dans sa phrase, parvienne &#224; un r&#233;sultat plus ou moins comparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en m&#234;me temps, c'est l'&#233;vidence aussi, le roman de Simon exp&#233;rimente une forme qui lui est propre et qui, tout en frappant par son extr&#234;me singularit&#233;, ne cesse de faire appara&#238;tre comment le grand roman moderne (tout grand roman authentiquement moderne) vise n&#233;cessairement &#224; la restitution impossible d'une r&#233;alit&#233; qui ne se donne et ne se d&#233;robe que sous la forme de fictions prolif&#233;rantes, lacunaires, celles-ci se d&#233;veloppant, ainsi que le dit &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt;, autour de &#171; quelque chose d'infime, de minuscule, insignifiant : rien du tout &#187;, de mani&#232;re &#224; rendre visible ce grand mouvement qui agite le monde et lui conf&#232;re comme le tremblement terrible et magnifique de la vie : &#171; l'infatigable, permanente temp&#234;te se ruant sans tr&#234;ve sous le ciel diaphane, s'exasp&#233;rant, s'enivrant de sa propre col&#232;re, de son inutile puissance, d&#233;pourvue de sens &#187; &#8211; tout cela, on le note, s'exprimant imp&#233;rativement au participe pr&#233;sent. Une sorte d'effet en retour s'exerce alors par lequel tous les livres, et notamment ceux de Faulkner, se reconfigurent, se recomposent pour acqu&#233;rir l'apparence que leur conf&#232;re la vision po&#233;tique souverainement initi&#233;e par un nouvel &#233;crivain, en l'occurrence Simon, et par laquelle c'est toute l'histoire de la litt&#233;rature pass&#233;e qui se trouve d&#232;s lors reconsid&#233;r&#233;e et transform&#233;e selon la clart&#233; que jette sur elle une &#339;uvre d'apr&#232;s elle. Si bien qu'il n'y a rien d'&#233;tonnant, en somme, &#224; ce qu'un romancier d'aujourd'hui n'acc&#232;de aux &#233;crivains d'avant-hier qu'&#224; travers la r&#233;&#233;criture &#224; laquelle les ont soumis ceux d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure &#233;minemment variable de ses moyens &#8211; je veux dire : de sa puissance po&#233;tique propre &#8211;, chaque auteur se trouve mis en demeure d'inventer toute la litt&#233;rature &#224; son tour. Au double sens qu'a ce verbe en fran&#231;ais qui peut signifier aussi bien &#171; d&#233;couvrir &#187; &#8211; comme le fait l'arch&#233;ologue ou l'explorateur &#8211; que &#171; cr&#233;er &#187; &#8211; ainsi que s'y emploie l'ing&#233;nieur ou l'artiste. Et l'on sait que dans ce genre d'exp&#233;riences, le r&#233;sultat obtenu est souvent tr&#232;s diff&#233;rent de celui en qu&#234;te duquel on s'&#233;tait mis. Il arrive qu'un voyageur parte pour les Indes et qu'il se retrouve en Am&#233;rique. Plus modestement, il peut se produire qu'un romancier r&#233;&#233;crive un autre &#339;uvre que celle qu'il croyait s'&#234;tre donn&#233;e pour mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Philippe-Forest&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philippe Forest&lt;/a&gt; est n&#233; le 18 juin 1962 &#224; Paris. Il est dipl&#244;m&#233; de l'Institut Politiques de Paris (1983) et docteur es lettres (1991). Il a v&#233;cu sept ans en Grande-Bretagne o&#249; il a enseign&#233; la litt&#233;rature fran&#231;aise dans diverses universit&#233;s (Edimbourg, Saint-Andrews, Cambridge, Londres). Actuellement professeur de litt&#233;rature fran&#231;aise &#224; l'Universit&#233; de Nantes, il est l'auteur de nombreux essais consacr&#233;s &#224; la litt&#233;rature et &#224; l'histoire des courants d'avant-garde (notamment &#224; l'histoire de &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;) et il vient de faire para&#238;tre l'ouvrage, &lt;i&gt;Beaucoup de jours&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;D'apr&#232;s Ulysse de James Joyce&lt;/i&gt;, aux &#233;ditions C&#233;cile Defaut, (d&#233;cembre 2011). Il a &#233;galement s&#233;journ&#233; au Japon et est laur&#233;at de la Villa Kujoyama. Ses romans sont publi&#233;s chez Gallimard, &lt;i&gt;L'Enfant &#233;ternel&lt;/i&gt;, 1997 (prix Femina du premier roman), &lt;i&gt;Toute la nuit&lt;/i&gt;, 1999, &lt;i&gt;Sarinagara&lt;/i&gt;, 2004 (prix D&#233;cembre), &lt;i&gt;Le Nouvel Amour&lt;/i&gt;, 2007, &lt;i&gt;Le Si&#232;cle des nuages&lt;/i&gt;, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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