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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Pi&#233;gay-Gros, Nathalie. &#171; Une vulgaire histoire de cul entre une putain et deux imb&#233;ciles &#187; (2013)</title>
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		<dc:date>2016-12-25T23:38:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>La Route des Flandres</dc:subject>
		<dc:subject>Femme</dc:subject>
		<dc:subject>Pi&#233;gay-Gros, Nathalie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; Nathalie Pi&#233;gay-Gros. &#171; Une vulgaire histoire de cul entre une putain et deux imb&#233;ciles &#187;. Cahiers Claude Simon, 8, 2013, p. 53-63 Pour citer cette version num&#233;rique : Nathalie Pi&#233;gay-Gros. &#171; Une vulgaire histoire de cul entre une putain et deux imb&#233;ciles &#187;. 2013. Association des Lecteurs de Claude Simon. URL : http://associationclaudesimon.org/r... &lt;br class='autobr' /&gt;
Par cette remarque d&#233;sabus&#233;e, Blum d&#233;grade la tentation du romanesque : Georges peut bien continuer &#224; &#171; broder, &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-La-Route-des-Flandres-+.html" rel="tag"&gt;La Route des Flandres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Femme-+.html" rel="tag"&gt;Femme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Piegay-Gros-Nathalie-+.html" rel="tag"&gt;Pi&#233;gay-Gros, Nathalie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Nathalie Pi&#233;gay-Gros. &#171; Une vulgaire histoire de cul entre une putain et deux imb&#233;ciles &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-8-2013-327.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, 8, 2013&lt;/a&gt;, p. 53-63&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Pour citer cette version num&#233;rique :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Nathalie Pi&#233;gay-Gros. &#171; Une vulgaire histoire de cul entre une putain et deux imb&#233;ciles &#187;. 2013. Association des Lecteurs de Claude Simon. URL : &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Piegay-Gros-Nathalie-Une-vulgaire-histoire-de-cul-entre-une-putain-et-deux.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;http://associationclaudesimon.org/ressources-critiques/articles/article/piegay-gros-nathalie-une-vulgaire&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par cette remarque d&#233;sabus&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Route des Flandres, &#233;d. Minuit, &#171; double &#187;, 1960, p. 174 ; Minuit &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Blum d&#233;grade la tentation du romanesque : Georges peut bien continuer &#224; &#171; broder, &#224; inventer des histoires, des contes de f&#233;es &#187;, il butera toujours sur cette &#233;vidence : entre Corinne, de Reixach et Iglesia, ce n'&#233;tait qu'une &#171; vulgaire histoire de cul &#187; et les beaux discours de Georges n'y peuvent rien. Georges l'entend bien, qui sait qu'ils ne sont eux-m&#234;mes que des macchab&#233;es, encore, mais pour combien de temps, en vie. Pour autant, la machine &#224; raconter, la dynamique du fantasme ne s'arr&#234;tent pas. Georges veut comprendre comment de Reixach est mort, et avec lui, ce qu'est la force de destruction, la puissance de la mort &#224; l'&#339;uvre dans l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la force avec laquelle le romanesque que contiennent les visions, les sc&#233;narios et les personnages (la femme du Conventionnel, Corinne, la fille vue dans la grange&#8230;) est rejet&#233;, &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; ne met pas la puissance du fantasme au service d'une &#233;criture &#233;rotique qui se suffirait &#224; elle-m&#234;me. Le d&#233;sir d'histoires, et le d&#233;sir de comprendre, de savoir, de restituer, est toujours pr&#233;sent. Mais le fantasme &#8211; d&#233;sir de voir, d'avoir les femmes dont les soldats sont priv&#233;s pendant la guerre et la captivit&#233;, mais aussi d&#233;sir de savoir &#8211; d&#233;stabilise la repr&#233;sentation et le cours du temps sans pour autant d&#233;livrer la connaissance attendue. C'est que l'&#233;criture de la sexualit&#233;, dans ce roman, en compromettant toute stabilit&#233; de la repr&#233;sentation, contrevient aussi &#224; quelque forme que ce soit de figuration individualisante et psychologisante des personnages. Comme la guerre, l'acte sexuel bouleverse le rapport au temps &#8211; et donc le d&#233;veloppement de l'intrigue romanesque. Le d&#233;sir met en crise le r&#233;cit et impose une nouvelle syntaxe narrative. Nous ferons l'hypoth&#232;se que c'est en dehors de ces cadres romanesques pourtant pos&#233;s &#8211; le d&#233;sir d'histoire, l'invention, l'affabulation &#8211; que Simon donne &#224; penser le lien de la sexualit&#233; et de la guerre et celui du fantasme et de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;guerre&#034;&gt;Guerre et sexualit&#233;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas plus que le roman n'oppose la violence destructrice de la guerre &#224; la vitalit&#233; positive de la sexualit&#233;, il ne gratifie la r&#233;alit&#233; d'une sup&#233;riorit&#233; par rapport au fantasme : lorsque le fantasme devient r&#233;alit&#233; &#8211; lorsque Georges peut voir et avoir Corinne pour de vrai &#8211; il ne peut pas pour autant savoir. Dans la chambre d'h&#244;tel o&#249; il fait l'amour avec Corinne, d&#233;sormais veuve et remari&#233;e, Corinne &#224; qui il a follement r&#234;v&#233; pendant cinq ans de guerre, Georges se rem&#233;more sa vie dans le camp de prisonniers et d'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, la destruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e qu'a &#233;t&#233; la guerre. Il serait alors tentant de voir dans l'acte sexuel une sorte de r&#233;solution des conflits, un point d'aimantation des lignes centrifuges du roman, l'&#233;treinte &#233;rotique faisant converger la dynamique de la m&#233;moire et celle du fantasme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'&#233;tait le point de vue de Dominique Lancereaux, &#171; Modalit&#233;s de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conception &#171; harmonieuse &#187; nous para&#238;t contredite par le fait que Georges, s'il cherche &#171; &#224; travers Corinne &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 278) &#224; comprendre ce que peut &#234;tre la destruction, la mort, la disparition, n'y parvient nullement. L'acte sexuel ne d&#233;livre aucun savoir : il mobilise l'&#233;nergie n&#233;cessaire pour savoir, pour se rappeler, pour r&#234;ver et continuer &#224; d&#233;sirer comprendre ; mais il ne figure ni ne repr&#233;sente de fa&#231;on stable ce qui a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; n'oppose d'ailleurs pas la sexualit&#233; et la guerre, comme on opposerait la vie et la mort, la construction et la d&#233;construction, la forme et l'informe. Tout l'imaginaire et l'esth&#233;tique de Claude Simon consistent au contraire &#224; rapprocher les exp&#233;riences de la guerre et de la sexualit&#233;. Comme on vient de le voir, d'abord parce qu'&#224; travers Corinne quelque chose de la mort de Reixach, paradigme peut-&#234;tre de la mort et la destruction en tant que telles, est recherch&#233;. Mais aussi parce que l'exp&#233;rience sexuelle est fondamentalement archa&#239;que, primitive, violente ; qu'elle ne donne prise &#224; aucune forme stable, durable ; qu'elle est le contraire d'un ordre du temps et de la nature auquel on pourrait se fier. De m&#234;me, elle n'est pas ce qui assure une identit&#233; que le temps, la mort, la guerre, la violence ont compromise, mais elle appara&#238;t plut&#244;t comme une pure &#233;nergie. Le montage &#224; l'&#339;uvre dans le roman multiplie les sc&#232;nes o&#249; l'on passe sans transition de la violence de la guerre &#224; l'exp&#233;rience sexuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en particulier p. 242.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car l'une et l'autre manipulent le temps, le pr&#233;cipitent ou le ralentissent, confondant les &#233;poques. On passe ainsi sans transition de la sc&#232;ne d'amour avec Corinne &#224; la sc&#232;ne du fou que Georges entendait crier dans la grange&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir p. 249.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme l'&#233;pigraphe de Malcolm de Chazal le laisse entendre, l'acte sexuel est ce qui devrait faire boire &#171; le lait de l'oubli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. 247. Voir l'&#233;pigraphe p. 239.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, ce qui devrait permettre d'abolir le temps. Mais c'est plut&#244;t &#224; une sorte de perturbation massive du cours du temps qu'il aboutit : temps qui peut, dans l'amour comme dans la guerre, refluer, comme le mascaret, ou s'immobiliser, ou encore se dilater de mani&#232;re &#233;trange&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il reste que, comme souvent chez Simon, un correctif intervient pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette perception du temps est rendue plus aigu&#235; encore par le montage, qui d&#233;stabilise la lin&#233;arit&#233; : par le biais de calembours plus ou moins &#171; vulgaires &#187;, pour reprendre le mot de Blum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'emploi du mot &#171; con &#187;, p. 258.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou de syllepses jouant sur diff&#233;rentes significations des mots (&#171; monter &#187;, &#171; chevaucher &#187;, &#171; moule &#187;, &#171; gland &#187;), les sc&#232;nes sexuelles et guerri&#232;res se t&#233;lescopent, se chevauchent, ce qui est racont&#233; et ce qui est rem&#233;mor&#233; se confondant comme se confondent la m&#233;moire et le fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;b&#234;te&#034;&gt;La b&#234;te apocalyptique&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette proximit&#233; entre les exp&#233;riences de la sexualit&#233; et celles de la guerre appara&#238;t clairement th&#233;matis&#233;e lorsque l'acte sexuel est pr&#233;sent&#233; comme un &#171; combat &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 90). L'image du &#171; b&#233;lier &#187; est &#224; cet &#233;gard particuli&#232;rement int&#233;ressante, associant la violence du registre pol&#233;mique et l'animalit&#233; : &#171; sourds, tous les deux tomb&#233;s inanim&#233;s sur le c&#244;t&#233; mes bras l'enserrant toujours se croisant sur son ventre sentant contre moi ses reins couverts de sueurs les m&#234;mes coups sourds, le m&#234;me b&#233;lier nous &#233;branlant tous les deux &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 276). Et quelques lignes plus loin : &#171; nous &#233;tions comme une seule b&#234;te apocalyptique &#224; plusieurs t&#234;tes plusieurs membres gisant dans le noir &#187;. On passe alors imm&#233;diatement &#224; l'&#233;vocation de corps de Blum et Georges dans la nuit du camp. Les &#171; corps emm&#234;l&#233;s &#187; des amants sont ainsi associ&#233;s aux cadavres ou aux corps des prisonniers : &#171; c'est le fou, toujours maussade et morose il se recroquevilla essayant d'enfouir sa t&#234;te sous son manteau, [&#8230;] hurlant sans fin sans but dans les t&#233;n&#232;bres, hurlant puis brusquement elle cessa d&#233;nou&#233;s nous gisions comme deux morts essayant sans y parvenir de reprendre notre souffle comme si avec l'air le c&#339;ur essayait de nous sortir par la bouche, morts elle et moi assourdis par le vacarme de notre sang &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 249-250).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La sexualit&#233; est une exp&#233;rience clairement associ&#233;e &#224; la mort ; c'est pourquoi, &#224; travers Corinne, fantasm&#233;e pendant cinq ans et enfin poss&#233;d&#233;e, Georges cherche &#224; comprendre ce qu'ont pu &#234;tre la destruction et la mort de son mari, de Reixach. On peut voir dans l'armoire de la chambre d'h&#244;tel o&#249; ils se retrouvent le symbole de cette vanit&#233; et peut-&#234;tre de cette morbidit&#233; de l'acte sexuel. Elle est destin&#233;e &#171; &#224; ne jamais rien renfermer sinon leur vide poussi&#233;reux, poussi&#233;reux cercueil des fant&#244;mes refl&#233;t&#233;s de milliers d'amants, de milliers de corps nus, furieux et moites, de milliers d'&#233;treintes emmagasin&#233;es, confondues dans les glauques profondeurs de la glace inalt&#233;rable, virginale et froide &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 40).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;animal&#034;&gt;L'accointance imm&#233;moriale de l'homme et de l'animal&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rapproch&#233;e de la folie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme en t&#233;moigne la confusion des sensations sonores : &#171; Roulant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;treinte sexuelle est aussi associ&#233;e &#224; l'animalit&#233;. C'est une constante de l'imaginaire &#233;rotique dans l'&#339;uvre de Simon, comme le rappelle cet extrait de L'Acacia : &#171; rejetant alors les draps, son corps m&#251; &#224; pr&#233;sent par quelque chose d'aussi furieux, d'aussi &#233;l&#233;mentaire et d'aussi imp&#233;rieux que la faim ou la soif, retrouvant cette imp&#233;tuosit&#233; (ou plut&#244;t cette animalit&#233;) qui lui avait permis de ou plut&#244;t l'avait forc&#233;, en plein jour, d&#232;s que la sentinelle avait tourn&#233; le dos, &#224; se jeter &#224; quatre pattes dans le bois comme un chien, les mains d&#233;chir&#233;es, insensible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Acacia, &#233;d. Minuit, 1989, p. 349.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, la repr&#233;sentation du sexe f&#233;minin est tr&#232;s fortement marqu&#233;e par l'archa&#239;que et l'animalit&#233;, l'&#339;il auquel il est assimil&#233; rappelant aussi la permanence dans l'imaginaire de Simon de la pulsion scopique : &#171; un ovale partag&#233; en deux et des rayons tout autour comme un soleil ou un &#339;il vertical ferm&#233; entour&#233; de cils et m&#234;me pas de figure &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 260). Est ainsi sugg&#233;r&#233;e la continuit&#233; entre le d&#233;sir de voir, le d&#233;sir d'avoir et la volont&#233; de savoir. Le sexe masculin, assimil&#233; lui aussi &#224; un &#339;il ou &#224; une bouche muette, est tout aussi archa&#239;que : &#171; &#224; la fois bouche muette et &#339;il furieux et mort aux bords rosis comme ceux de ces animaux poissons qui vivent dans les rivi&#232;res souterraines les cavernes, devenus aveugles &#224; force d'habiter les t&#233;n&#232;bres bouche et &#339;il suppliants et furibonds de carpe &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 274). Les effets de gros plans pourraient rapprocher l'&#233;criture de la pornographie, n'&#233;tait la signification bien pr&#233;cis&#233;e qu'il faut porter &#224; la description anatomique crue, sur laquelle insiste le texte : &#171; les l&#232;vres de la fente d'un bistre plus prononc&#233; avant l'endroit o&#249; commence la muqueuse comme s'il persistait l&#224; mal effac&#233; quelque chose de nos anc&#234;tres sauvages primitifs sombres s'&#233;treignant s'accouplant roulant nus violents et brefs dans la poussi&#232;re les fourr&#233;s &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 260). Le d&#233;tail cru ne se suffit pas &#224; lui-m&#234;me et ne vise pas &#224; satisfaire le voyeurisme du lecteur : il est au service d'une interpr&#233;tation, d'une vision de la sexualit&#233;. Elle est pr&#233;sent&#233;e comme une forme privil&#233;gi&#233;e non pas de rem&#233;diation ou de consolation &#8211; vision romantique que conteste tout le roman &#8211; mais de r&#233;sistance &#224; l'Histoire, de tentative de sortie hors du temps, hors de l'Histoire. C'est en quoi la contestation du romanesque &#8211; ni aventure, ni histoire d'amour &#8211; et la remise en cause de l'ordre et du cours du r&#233;cit ont partie li&#233;e. L'association du sexe f&#233;minin &#224; la/le &#171; moule &#187; est elle aussi r&#233;v&#233;latrice de ce frayage que risque Simon avec le discours le plus cru, pour &#233;voquer une association du sexe f&#233;minin et du mal, dans un brassage de textes et de r&#233;f&#233;rences mythologiques qui non seulement associe encore la guerre et le sexe, mais contrevient &#224; toute forme d'individualisation et a fortiori de &#171; psychologisation &#187; de la femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie sur ce point aux analyses de Ren&#233;e Ventresque, &#171; Le trou et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;cette bouche herbue cette chose au nom de b&#234;te, de terme d'histoire naturelle &#8211; moule poulpe pulpe vulve &#8211; faisant penser &#224; ces organismes marins ou carnivores aveugles mais pourvus de l&#232;vres, de cils : l'orifice de cette matrice le creuset originel qu'il lui semblait voir dans les entrailles du monde, semblable aux moules dans lesquels enfant il avait appris &#224; estampiller soldats et cavaliers (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 39-40).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas seulement le revers de la rationalit&#233; que sexualit&#233; et guerre donnent &#224; penser : ce sont aussi, et plus radicalement, les limites de l'humain. Dans tout le roman, le bestiaire tisse un r&#233;seau qui rapproche exp&#233;riences sexuelles et sc&#232;nes de guerre. Les corps des amants rel&#232;ve du &#171; devenir-animal &#187; dont a parl&#233; Deleuze. Ce &#171; devenir-animal &#187; dit la dimension r&#233;gressive de l'acte sexuel : &#171; J'&#233;tais un chien la langue pendante galopant haletant tous deux comme des chiens &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 275). Les emprunts &#224; la mythologie accusent cette dimension &#171; bestiale &#187; de l'amour. Dans un premier temps, ils paraissent contribuer &#224; d&#233;gager la relation amoureuse de toute approche individualisante et psychologique et renvoyer &#224; un imaginaire collectif. Mais la sp&#233;cificit&#233; de ces allusions &#8211; l'&#226;ne avec Apul&#233;e, dont on sait aussi l'insistance dans La Bataille de Pharsale, L&#233;da et le cygne, Diane et son chien, Dana&#233; ou encore Junon et le paon &#8211; est la mani&#232;re dont l'antique est tordu vers l'archa&#239;que : il s'agit moins de figurer, donc de donner une image ma&#238;tris&#233;e de la pulsion, que d'&#233;voquer la sexualit&#233; comme force essentiellement primitive. La r&#233;f&#233;rence mythologique n'est d'ailleurs pas plus exploit&#233;e pour son potentiel narratif &#8211; d&#233;veloppements, m&#233;tamorphoses d'un sujet et d'une histoire. Elle indique seulement l'accointance imm&#233;moriale de l'homme et de l'animal dans la guerre ou la sexualit&#233;. Une telle vision de la sexualit&#233; explique en partie le recours &#224; des repr&#233;sentations elles-m&#234;mes arch&#233;typiques, voire archa&#239;ques, de la femme. Dans la sc&#232;ne de la grange o&#249; les potentialit&#233;s fantasmatiques sont si grandes, deux figures de femmes antinomiques sont d&#233;crites, l'une laiteuse et virginale, et l'autre, femme au profil de ch&#232;vre, qui est &#171; comme la corruption, le ch&#226;timent m&#234;me de l'id&#233;e de femme &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 252). La femme vierge et impolluable d'un c&#244;t&#233;, de l'autre, celle que &#171; chevauchent &#187; les hommes et les soldats, une &#171; salope &#187; (le mot est employ&#233; par Igl&#233;sia, &lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 139). On pourrait discuter les valeurs morales, id&#233;ologiques, de tels st&#233;r&#233;otypes. Mais c'est leur valeur de st&#233;r&#233;otype en tant que tel qui nous semble ici importer : le fantasme a un pouvoir archa&#239;sant, il renvoie &#224; la production d'histoires et d'images, de sc&#233;narios qui pourraient &#234;tre romanesques ou &#171; anti-romanesques &#187; (les &#171; vulgaires histoires de cul &#187;). Mais, dans le contexte de la guerre, il n'a pas le luxe de la nuance et du raffinement : il est la forme brutale, imm&#233;moriale de la pulsion, sans qu'il soit possible de nuancer, de sp&#233;cifier. Corinne n'est-elle pas d'ailleurs, plus qu'elle-m&#234;me, et si ce n'est une &#171; fille &#224; soldats &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 260), la Femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir p. 139.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? C'est &#224; ce pouvoir archa&#239;sant (et g&#233;n&#233;ralisant) du fantasme que nous renvoient aussi ces images et ces mots sans nuance : loin de toute individualisation, de toute assignation &#224; une identit&#233; d&#233;termin&#233;e, la mise en sc&#232;ne de la sexualit&#233; nous ram&#232;ne &#224; une vision archa&#239;que de l'humain et de ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet usage du st&#233;r&#233;otype et du mythe confirme que l'exp&#233;rience sexuelle n'est ni un objet de repr&#233;sentation ni un mat&#233;riau narratif &#8211; la Femme comme ce qui a lieu entre un homme et une femme sont r&#233;duits &#224; des st&#233;r&#233;otypes et la r&#233;f&#233;rence aux mythes n'autorise aucun d&#233;veloppement narratif ni ne rehausse ce qu'il pourrait y avoir de trop cru, de trop vulgaire dans cette &#233;vocation : au contraire, le mythologique est lui-m&#234;me d&#233;grad&#233; vers l'archa&#239;que, le romancier &#233;vitant soigneusement tout ce qui pourrait relever d'un imaginaire de l'antique &#233;rotico-solennel. Et pourtant, cette figuration de l'acte sexuel joue un r&#244;le essentiel dans la constitution du roman et dans son d&#233;veloppement : aliment principal de l'activit&#233; fantasmatique, elle produit des images, des sc&#232;nes, des personnages ; plus, elle d&#233;livre une &#233;nergie &#8211; celle de la pulsion qui maintient en vie et pousse &#224; savoir, puis &#224; se rappeler &#8211; sans laquelle aucune enqu&#234;te, aucune qu&#234;te narrative ne serait possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Corinne, par exemple, ne r&#233;v&#232;le finalement rien d'autre qu'elle-m&#234;me, que le plaisir qu'elle peut donner : &#171; pensant apr&#232;s tout elle avait peut-&#234;tre raison et que ce ne serait pas de cette fa&#231;on c'est&#224;-dire avec elle ou plut&#244;t &#224; travers elle que j'y arriverais &#8211; mais comment savoir ?) peut-&#234;tre &#233;tait-ce aussi vain, aussi d&#233;pourvu de sens de r&#233;alit&#233; que d'aligner des pattes de mouche sur des feuilles de papier et de le chercher dans des mots, peut-&#234;tre avaient-ils raison tous deux, lui qui disait que j'inventais brodais sur rien &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 278-279). L'analogie ici est tr&#232;s frappante, que le narrateur met en &#233;vidence, entre faire l'amour avec Corinne pour &#171; savoir &#187; et &#233;crire pour &#171; savoir &#187;. L'un et l'autre peuvent &#234;tre vains, c'est-&#224;-dire ne d&#233;livrer aucune exp&#233;rience fiable. &#201;crire ou &#171; conna&#238;tre &#187; Corinne, ce n'est pas r&#233;ussir &#224; conna&#238;tre et &#224; ma&#238;triser ce qui a &#233;t&#233;, mais c'est continuer d'entretenir une relation fantasmatique avec la r&#233;alit&#233; &#8211; et donc &#224; chercher comment savoir, &#224; broder, &#224; inventer, &#224; &#233;crire un roman, f&#251;t-ce contre le romanesque. Pas plus Corinne que l'&#233;criture ne peuvent aider &#224; comprendre ce qu'a &#233;t&#233; la mort de Reixach. Et r&#233;ciproquement, lorsque Georges voit Corinne pour de vrai (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 219), il ne parvient pas &#224; lui raconter son exp&#233;rience, pas plus que le narrateur de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; ne parle aux prostitu&#233;es du bordel de Perpignan o&#249; il se rend un soir sur deux. La disjonction entre le fantasme et la r&#233;alit&#233; demeure intacte, mais le fantasme, d&#233;sir d'&#233;crire, de savoir, d&#233;sir de voir, d&#233;sir sexuels confondus, n'en est pas pour autant d&#233;valoris&#233; : c'est avec lui, &#224; partir de lui que l'on &#233;crit. Corinne, au demeurant, est certaine qu'elle n'est pour lui qu'une fille &#224; soldats. Elle sait, ou croit, qu'elle ne co&#239;ncide pas avec celle que Georges dit aimer et avoir aim&#233;e pendant cinq ans. Par cette remarque, et la violence qu'elle traduit, Corinne insiste sur la discordance qui lui semble irr&#233;ductible entre le pouvoir de l'imaginaire &#8211; o&#249; se conjoignent sans doute le r&#233;cit, &#233;crit ou oral, l'&#233;criture et le fantasme sexuel &#8211; et l'ancrage dans la r&#233;alit&#233;. C'est en quoi la relation entre Georges et Corinne, et plus particuli&#232;rement la sc&#232;ne &#224; l'h&#244;tel, se distinguent si fortement d'un chapitre qui serait extrait d'une histoire romanesque entre deux personnages. Mais si la communication &#233;choue, le besoin de raconter demeure.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons au premier point de notre analyse : la vanit&#233; comparable de l'&#233;criture et de la sexualit&#233;, si on cherche par leur &#171; canal &#187; une connaissance de la guerre, de l'amour, de la mort, qui soit plus efficace que ce que la puissance du fantasme autorise. La d&#233;ception de Georges est embl&#233;matique de la faillite de la connaissance : quelque chose est vou&#233; &#224; r&#233;sister, &#224; &#233;chapper. De m&#234;me, le d&#233;sir sexuel est vou&#233; &#224; s'&#233;teindre et &#224; s'apaiser. C'est en quoi Simon se distingue fortement de Bataille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233;e Ventresque l'avait justement not&#233; dans son article, voir p. 112.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et passer du fantasme de Corinne au corps r&#233;el de Corinne n'y peut rien changer. Elle va lib&#233;rer la m&#233;moire de Georges qui, couch&#233; &#224; ses c&#244;t&#233;s dans la nuit, va se rappeler la guerre et le camp. Mais pour autant, il ne prendra pas la place de Reixach, ne pourra faire co&#239;ncider fantasmes, corps et mots.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture s'alimente n&#233;anmoins &#224; l'&#233;nergie de la sexualit&#233; ; plus, les moments o&#249; le texte met en sc&#232;ne les fantasmes des personnages masculins b&#233;n&#233;ficient d'une sorte d'acc&#233;l&#233;ration des principes moteurs de la narration : la syntaxe en est acc&#233;l&#233;r&#233;e, syncop&#233;e, le texte bifurque encore plus rapidement et brutalement que d'habitude (de la nuit avec Corinne &#224; la nuit du camp par exemple) et les mots encha&#238;nent en les catapultant les sc&#232;nes, faisant fi de toute continuit&#233;, la chevauch&#233;e des cavaliers et celle des amants se succ&#233;dant sans transition aucune, par exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en particulier p. 273 et suivantes, ou p. 244 : &#171; je boufferais les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;p style=&#034;text-align:center&#034;&gt;***&lt;/p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; n'est donc pas seulement objet de repr&#233;sentation mais d'abord et surtout impulsion, flux qui aimante la langue ; il d&#233;fait la forme, l'arrache &#224; une s&#233;dimentation, comme il d&#233;fait l'identit&#233;. Le fantasme sexuel &#339;uvre donc &#224; la d&#233;stabilisation de la repr&#233;sentation et impulse &#224; l'&#233;criture une &#233;nergie mise au service du montage de fragments h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui sont rapproch&#233;s comme les images psychiques se t&#233;lescopent dans la m&#233;moire de Georges faisant l'amour avec Corinne et revivant la guerre et la d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience sexuelle n'est donc pas le contrepoint positif de la morbidit&#233; propre &#224; la guerre : on a vu qu'elle jouxte elle aussi la mort, la violence, le retour &#224; l'archa&#239;que. Elle n'est pas non plus ce qui propose une nouvelle forme qui r&#233;sisterait &#224; la destruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e, au d&#233;sastre qui gagne. Elle est le mouvement de cette forme, mouvement fait d'&#233;nergie, de force vitale, et de destruction de celle-ci, le d&#233;sir &#233;tant vou&#233; &#224; son extinction. La dimension pulsionnelle de l'&#233;criture est force de liaison et de fragmentation mais aussi puissance de rupture. Elle aimante et fracture, fait surgir des formes, des corps, des sc&#232;nes et les t&#233;lescope avec d'autres, relie entre elles des fractions de temps s&#233;par&#233;s et discontinus. Elle n'est pas le contrepoint d'une &#233;criture de l'Histoire, dont elle ne r&#233;mun&#232;re ni la violence, ni l'obscurit&#233;, ni la cruaut&#233; ; elle est une forme de r&#233;sistance &#224; l'Histoire, un de ces rares moments o&#249; le sujet peut croire qu'il amorce une sortie hors de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les G&#233;orgiques, &#233;d. Minuit, p. 119 et Dominique Viart, La Route des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; ce titre, elle d&#233;joue tous les codes et les attentes du romanesque. Mais ne pourrait-on &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; risquer l'hypoth&#232;se suivante : &#224; un romanesque du sentiment, de l'histoire d'amour et de la stabilit&#233; de la repr&#233;sentation et des identit&#233;s, fait place une &#233;criture pulsionnelle, syst&#233;matisant les ruptures et mettant en crise la narration. Du romanesque, elle conserve peut-&#234;tre un &#171; art d'assouvissement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le mot de Gracq dans En lisant en &#233;crivant, Corti, 1980, p. 113.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, sans cesse d&#233;&#231;u, mais suffisamment puissant pour qu'il relance sans cesse le d&#233;sir d'&#233;crire, de raconter, de savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nathalie Pi&#233;gay-Gros&lt;/strong&gt;&lt;/BR&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; Paris Diderot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, &#233;d. Minuit, &#171; double &#187;, 1960, p. 174 ; Minuit &#171; double &#187;, &#233;dition de r&#233;f&#233;rence : le titre du roman sera d&#233;sormais abr&#233;g&#233; en RF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'&#233;tait le point de vue de Dominique Lancereaux, &#171; Modalit&#233;s de la description dans &lt;i&gt;La Route de Flandres&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, 1973, 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en particulier p. 242.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir p. 249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. 247. Voir l'&#233;pigraphe p. 239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il reste que, comme souvent chez Simon, un correctif intervient pour souligner la nature illusoire de l'impression : &#171; un instant seulement, ivres croyant que c'&#233;tait toujours, mais un instant seulement en r&#233;alit&#233; comme quand on r&#234;ve que l'on croit qu'il se passe des tas de choses et quand on rouvre les yeux l'aiguille a &#224; peine chang&#233; de place &#187; (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 250).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'emploi du mot &#171; con &#187;, p. 258.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme en t&#233;moigne la confusion des sensations sonores : &#171; Roulant furieusement &#224; droite et &#224; gauche sur l'oreiller parmi la tache sombre de ses cheveux faisant Non Non Non Non ils avaient enferm&#233; un fou dans la porcherie de la ferme en haut du pr&#233; qui leur servait de corps de garde, devenu fou dans un bombardement parfois ils se mettait &#224; crier sans fin sans but semblait-il, paisiblement non pas temp&#234;tant et tambourinant ou frappant contre la porte simplement il criait et quelque fois dans la nuit je me r&#233;veillais l'&#233;coutant je dis Qu'est-ce que c'est, et lui c'est le fou &#187;. (&lt;i&gt;RF&lt;/i&gt;, p. 249).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, &#233;d. Minuit, 1989, p. 349.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie sur ce point aux analyses de Ren&#233;e Ventresque, &#171; Le trou et la trame : le sexe &#224; l'&#339;uvre &#187;, &lt;i&gt;La Route des Flandres, Claude Simon&lt;/i&gt;, Ellipses, &#171; Capes/agr&#233;gation &#187;, 1997, p. 107 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir p. 139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233;e Ventresque l'avait justement not&#233; dans son article, voir p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en particulier p. 273 et suivantes, ou p. 244 : &#171; je boufferais les pissenlits par la racine bouffant l&#224; o&#249; elle pisse suant nos corps emperl&#233;s exhalant cette &#226;cre et forte odeur de racine, de mandragore, j'avais lu que les naufrag&#233;s les ermites se nourrissaient de glands et &#224; un moment elle le prit entre ses l&#232;vres puis tout entier dans sa bouche comme un enfant goulu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, &#233;d. Minuit, p. 119 et Dominique Viart, &lt;i&gt;La Route des Flandres de Claude Simon, Une m&#233;moire inqui&#232;te&lt;/i&gt;, Puf &#171; &#233;crivains &#187;, 1997, p. 223.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le mot de Gracq dans &lt;i&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/i&gt;, Corti, 1980, p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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