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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>L'Acacia (1989)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/L-Acacia-1989.html</link>
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		<dc:date>2025-12-21T19:21:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Acacia (1989). Notice &lt;br class='autobr' /&gt;
par Nathalie BARBERGER &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Chass&#233;-crois&#233; entre deux &#233;poques, deux histoires (celle des futurs parents et de leur fils), deux g&#233;n&#233;rations (celle qui naquit vers 1880, celle qui naquit vers 1910), L'Acacia appara&#238;t comme un livre somme, ce qui ne signifie pas totalisation et cl&#244;ture. Somme car il &#171; somme &#187; le XXe si&#232;cle de compara&#238;tre : de 1880 &#224; 1982, telles sont les bornes du roman. Un si&#232;cle est parcouru, avec une insistance sur ses deux blessures majeures (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-oeuvres-.html" rel="directory"&gt;&#338;uvres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; (1989). Notice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Nathalie BARBERGER&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/acacia.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/acacia.jpg?1766341796' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chass&#233;-crois&#233; entre deux &#233;poques, deux histoires (celle des futurs parents et de leur fils), deux g&#233;n&#233;rations (celle qui naquit vers 1880, celle qui naquit vers 1910), &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; appara&#238;t comme un livre somme, ce qui ne signifie pas totalisation et cl&#244;ture. Somme car il &#171; somme &#187; le XXe si&#232;cle de compara&#238;tre : de 1880 &#224; 1982, telles sont les bornes du roman. Un si&#232;cle est parcouru, avec une insistance sur ses deux blessures majeures que sont les deux guerres, auxquelles ces deux g&#233;n&#233;rations ont &#233;t&#233; confront&#233;es. Dans son &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Discours-de-Stockholm-audio.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;discours de r&#233;ception au prix Nobel&lt;/a&gt;, quatre ans avant la parution de son roman en 1989, Claude Simon disait : &#171; Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d'habitants de notre vieille Europe, la premi&#232;re partie de ma vie a &#233;t&#233; assez mouvement&#233;e : j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin d'une r&#233;volution, j'ai fait la guerre dans des conditions particuli&#232;rement meurtri&#232;res [&#8230;], j'ai &#233;t&#233; fait prisonnier, j'ai connu la faim, le travail physique jusqu'&#224; l'&#233;puisement, je me suis &#233;vad&#233;, j'ai &#233;t&#233; gravement malade [&#8230;] enfin j'ai voyag&#233; un peu partout dans le monde... et cependant, je n'ai jamais encore, &#224; soixante-douze ans, d&#233;couvert aucun sens &#224; tout cela [&#8230;] &#187;. &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; d&#233;ploie la d&#233;ambulation m&#233;morielle, &#224; la fois rigoureuse et r&#234;veuse (la fid&#233;lit&#233; aux faits, t&#233;moignages et archives, n'emp&#234;che nullement l'&#233;chapp&#233;e imaginaire) de ce &#171; vieil homme &#187; qui appara&#238;t soudain au chapitre VII (&#171; et &#224; pr&#233;sent il &#233;tait &#224; son tour un vieil homme &#187;). Revenu dans la maison familiale, il interroge ses deux cousines, devenues vieilles elles aussi, deux veuves (cette figure du veuvage hante le livre) sur le mois d'ao&#251;t 1919. &#192; d&#233;faut de tout regard surplombant qui permettrait d'encha&#238;ner chronologiquement et causalement les &#233;v&#233;nements (toute tentative de rationalisation est impossible), c'est peut-&#234;tre cette &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Perpignan-hotel-de-la-Cloche-d-Or.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;maison familiale&lt;/a&gt; qui est le centre invisible du roman. Elle est le lieu o&#249; tout commence, finit et recommence. C'est de cette maison qu'un jeune homme aux yeux couleur de fa&#239;ence part pour la guerre un jour d'ao&#251;t 1914, c'est l&#224; que l'enfant grandit apr&#232;s &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Vernet-les-Bains-Hotel-Ibrahim-Pacha.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la mort de son p&#232;re&lt;/a&gt; ; c'est de l&#224; qu'il part lui aussi, vingt-cinq ans plus tard, lorsqu'il est mobilis&#233; en 1939. C'est aussi l&#224; qu'un anc&#234;tre s'est suicid&#233; apr&#232;s une bataille perdue, et que le fils revient apr&#232;s son &#233;vasion du &lt;i&gt;stalag&lt;/i&gt;, l&#224; qu'au printemps, telle est la derni&#232;re page du roman, il s'assied &#224; sa table un soir, tandis que fr&#233;missent &#224; sa fen&#234;tre &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/un-soir-il-s-assit-a-sa-table.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les feuilles du grand acacia&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux c&#244;t&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, en ses douze chapitres num&#233;rot&#233;s, alterne deux s&#233;ries temporelles. Chaque chapitre est une date, ou une s&#233;quence dat&#233;e : 1919, 17 mai 1940, 27 ao&#251;t 1914, 17 mai 1940, 1880-1914, 27 ao&#251;t 1939, 1982-1914, 1939-1940, 1914, 1940, 1910-1914-1940&#8230;, 1940. Deux chapitres (II et IV) sont intitul&#233;s 17 mai 1940, jour de la grande d&#233;route de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Au 27 ao&#251;t 1919 du chapitre III succ&#232;de le 27 ao&#251;t 1939 du chapitre VI. Ces s&#233;ries temporelles sont aussi deux s&#233;ries narratives, avec cet &#233;cho essentiel : &#224; la mort du p&#232;re, le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/27-aout-1914.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;27 ao&#251;t 1914&lt;/a&gt;, r&#233;pond jour pour jour, la mobilisation du fils. Leurs deux destins semblent en miroir : &#171; Et maintenant il allait mourir &#187; (chapitre VI). Pour le dire vite, les chapitres impairs sont le temps du p&#232;re ; les pairs, le temps du fils. Mieux : du c&#244;t&#233; impair, le p&#232;re (c'est sur lui, ou plut&#244;t sur son absence que s'ouvre le livre, ce p&#232;re &#224; peine connu dont le fant&#244;me domine le livre et &#224; qui le narrateur donne un visage, des yeux, une histoire, un pass&#233;), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Suzanne-Denamiel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la m&#232;re&lt;/a&gt;, leur rencontre (l'intensit&#233; vivante de leur d&#233;sir est violemment interrompue par la guerre), la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Famille-paternelle.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;branche paternelle&lt;/a&gt; et la &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Famille-maternelle.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;branche maternelle&lt;/a&gt;. D'un c&#244;t&#233;, une famille de paysans pauvres du Jura, r&#233;publicains, ath&#233;es et un anc&#234;tre d&#233;serteur des arm&#233;es napol&#233;oniennes, de l'autre, une famille perpignanaise bourgeoise et catholique, o&#249;, &#224; l'anc&#234;tre &#171; insoumis &#187; du p&#232;re, r&#233;pond par contraste le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/le-General-Lacombe-Saint-Michel.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;g&#233;n&#233;ral d'Empire&lt;/a&gt; dont la m&#232;re est l'arri&#232;re-petite-fille. Et du c&#244;t&#233; pair, le fils dispers&#233; en ses figures : l'enfant de 1919 du premier chapitre devenu le vieil homme de 1982, l'enfant d&#233;j&#224; sans p&#232;re que sa nourrice prom&#232;ne dans un landau, l'apprenti peintre cubiste, l'&#233;tudiant voyageur en URSS, le r&#233;serviste rappel&#233; &#224; son r&#233;giment, le brigadier de 1940, le prisonnier de guerre qui s'&#233;vade et rejoint ses vieilles tantes dans la maison familiale, jusqu'&#224; l'ultime figure de l'homme assis face &#224; une page blanche. Donc, c&#244;t&#233; impair (1880-1919) la biographie et la g&#233;n&#233;alogie parentale et c&#244;t&#233; pair (principalement 1939-1940) une fa&#231;on d'autobiographie. Sauf que ce n'est pas si simple. Ni biographie : pas de noms propres (&lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Antoine-Louis-Eugene-Simon.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le p&#232;re, Louis Simon&lt;/a&gt;, n'est pas nomm&#233;), ni autobiographie : nul &#171; je &#187;, mais une troisi&#232;me personne anonyme. Pas de &#171; pacte &#187; ici (ce fameux pacte autobiographique th&#233;oris&#233; autrefois par Philippe Lejeune) : libert&#233; est laiss&#233;e au lecteur d'enqu&#234;ter et d'imaginer &#224; son tour, &#224; partir des indices textuels, l'histoire, trou&#233;e, du sujet-narrateur et de ses a&#239;eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Livre du deuil, livre du seuil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'ouvre non sur le champ de bataille o&#249; mourut le p&#232;re (cette sc&#232;ne-l&#224; manquera toujours) mais sur la marche de femmes endeuill&#233;es, ce &#171; elles &#187; &#233;nigmatique de la premi&#232;re phrase : &#171; Elles allaient d'un village &#224; l'autre &#187;. On identifiera ensuite les deux s&#339;urs du p&#232;re, que pr&#233;c&#232;de la veuve parmi &#171; les champs que depuis cinq ans aucune charrue n'avait retourn&#233;s &#187;. Paysage d&#233;vast&#233; et st&#233;rile de l'apr&#232;s, et, pour le roman, apr&#232;s-coup de la m&#233;moire. La veuve tra&#238;ne derri&#232;re elle l'enfant. Le chapitre s'arr&#234;te abruptement sur la vanit&#233; de cette qu&#234;te : &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/les-trois-femmes-et-l-enfant.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la veuve fait s'agenouiller l'enfant&lt;/a&gt; devant une tombe sur laquelle en allemand et en fran&#231;ais il est &#233;crit que sont enterr&#233;s l&#224; deux officiers fran&#231;ais non identifi&#233;s. Non identifi&#233;s : ce qui s'&#233;nonce ici, de fa&#231;on poignante et t&#233;nue, c'est bien l'immense traumatisme de la disparition des corps et des noms dans les guerres du XXe si&#232;cle (cette non identification est reconduite dans tout le roman, elle vaut m&#234;me pour les personnages historiques). Nulle inscription grav&#233;e du nom du p&#232;re : ces morts, ces &#171; sacrifi&#233;s &#187;, ce deuil intime et collectif sollicite une autre m&#233;moire, une autre &#233;criture que celle de la comm&#233;moration ou du tombeau. &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; est le premier roman o&#249; Simon affronte longuement la mort du p&#232;re. Au chapitre III, celui-ci appara&#238;t statufi&#233; &#224; l'instant de sa mort au champ d'honneur. Bien plus tard, cette figure est reprise au chapitre XI o&#249; l'image h&#233;ro&#239;s&#233;e de la mort au combat est d&#233;construite (&#171; Rien d'autre que de vagues r&#233;cits &#187;). Et si le premier chapitre, dans sa beaut&#233; et sa solennit&#233;, &#233;veille le souvenir de la trag&#233;die antique et celui d'Antigone, le texte r&#233;siste cependant &#224; tout embaumement du pass&#233; (cette m&#233;moire dont la m&#232;re est la d&#233;positaire mortifi&#233;e), &#224; toute narrativisation ou po&#233;tisation cod&#233;e. Roman du fils endeuill&#233;, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; est aussi roman du seuil. L'enfant sans p&#232;re du premier chapitre est, dans le dernier, assis &#224; sa table devant une feuille blanche. &#201;critoire ? Commencement de l'&#233;criture ? Celle du &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Le-Tricheur-1945-747.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Tricheur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (publi&#233; en 1945) ? En fait &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; n'est en rien le r&#233;cit d'une vocation d'&#233;crivain (ou alors elle est encore plus invisible que chez Proust). Seulement ceci : &#224; la sc&#232;ne it&#233;rative du premier chapitre (&#171; Elles allaient &#187;) se superpose cette sc&#232;ne singulative, qui est &#224; la fois la fin du livre et un d&#233;but : &#171; Un soir il s'assit &#224; sa table devant une feuille de papier blanc &#187;. Au p&#232;re se substitue le fils, ce &#171; il &#187; saisi dans l'imminence d'un geste, et &#224; l'arbre suppos&#233; du glorieux champ d'honneur, l'acacia fr&#233;missant du jardin : &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/un-soir-il-s-assit-a-sa-table.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; C'&#233;tait le printemps maintenant &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pr&#233;sent hant&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En exergue de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; figurent les trois premiers vers de &#171; Burnt Norton &#187;, le po&#232;me inaugural du recueil &lt;i&gt;Four Quartets&lt;/i&gt; (1936-1942) de T.S. Eliot :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Time present and time past&lt;br class='autobr' /&gt;
Are both present in time further&lt;br class='autobr' /&gt;
And time further contained in time past.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le temps pr&#233;sent et le temps pass&#233; sont tous deux pr&#233;sents, &#224; la fois incorpor&#233;s et signifi&#233;s, dans le temps &#224; venir qui est lui-m&#234;me contenu dans le temps pass&#233;. R&#233;p&#233;tition, mal&#233;diction (d'une guerre l'autre, d'un train l'autre, de l'officier au brigadier). Ce que nous dit &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, c'est bien s&#251;r la folie belliciste du si&#232;cle, la force : &#171; La force qui est mani&#233;e par les hommes, la force qui soumet les hommes, la force devant quoi la chair des hommes se r&#233;tracte &#187; (tels sont les mots de Simone Weil, en 1939, dans &lt;i&gt;L'Iliade ou le po&#232;me de la force&lt;/i&gt;). Mais ce que le roman nous dit aussi, ce &#224; quoi il nous invite, c'est &#224; penser le pr&#233;sent, penser &#224; partir du pr&#233;sent, le pr&#233;sent d'un &#233;trange h&#233;ritier, un vieil orphelin qui m&#233;dite sur ce legs confus : enqu&#234;te et &#233;chapp&#233;e imaginaire, rigueur documentaire et intensit&#233; subjective sont ici indissociables. Ou encore le pr&#233;sent, contre toute r&#233;duction au pr&#233;sent de l'actuel, que l'on pourrait &#233;puiser en le racontant, est constitu&#233; de multiples strates, mouvantes, que l'&#233;criture explore, des strates qui, malgr&#233; les d&#233;sastres, sont travers&#233;es d'une intense pulsion de vie, celle-l&#224; m&#234;me qui anime les feuilles de l'acacia. Et si le roman alterne les s&#233;ries parall&#232;les, il faut noter qu'elles se rencontrent dans plusieurs chapitres : elles s'entrecroisent au chapitre VII, elles se m&#234;lent &#224; travers les fragments du chapitre XI. Encore une fois, il ne s'agit pas d'exhumer le pass&#233; pour le mus&#233;ifier et s'en d&#233;faire (on pense &#224; la comm&#233;moration &#224; Valmy) mais de le laisser advenir, de lui donner un devenir gr&#226;ce au &#171; temps &#224; venir &#187; de l'&#233;criture. Ainsi le magnifique chapitre XI, fragment par fragment, court-circuite les temps. Ce qui importe dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; n'est pas tant la r&#233;p&#233;tition que le montage, voire le t&#233;lescopage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture est sans cesse travaill&#233;e par l'&#233;motion singuli&#232;re de celui qui se souvient, pense, imagine, &#233;crit, dans un pr&#233;sent hant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-L_Acacia-1865-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Paris : Minuit, 1989. 394 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; R&#233;&#233;edition &lt;a href=&#034;https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Acacia_(L_)-1866-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paris : Minuit, 2004 (Double ; 26)&lt;/a&gt;. 400 p. Postface de Patrick Longuet&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repris dans les &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/OEuvres-tome-2-Bibliotheque-de-la-Pleiade-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, 2.&lt;/a&gt; &#201;dition &#233;tablie par Alastair B. Duncan, avec la collaboration de B&#233;r&#233;nice Bonhomme et David Zemmour. Paris : Gallimard, 2013. (Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade ; 586). p. 1009-1249. Notice et notes p. 1570-1596.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; BROWN (Llewellyn), &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_2001_num_123_3_1718&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Nom et tressage : &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt;, n&#176;123, sept. 2001, p. 35-43.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; DUNCAN (Alastair B.), &#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon : roman de deux guerres &#187;, dans Pierre Schoentjes (dir.), &lt;a href=&#034;https://classiques-garnier.com/fictions-de-la-grande-guerre-variations-litteraires-sur-14-18.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Fictions de la Grande Guerre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Paris, Classiques Garnier, &#171; &#201;tudes de litt&#233;rature des XXe et XXIe si&#232;cles &#187;, 2008, p. 277-289.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; GLEIZE (Jo&#235;lle), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-La-detaille-et-le-detail-sur-L-Acacia-1999.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La d&#233;taille et le d&#233;tail : sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, Poitiers, &lt;i&gt;La Licorne&lt;/i&gt;, 1999.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; HARTMANN (Marie), Notice sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, tome II, sous la direction de Michel BERTRAND. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, p. 521-526.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; LAURICHESSE (Jean-Yves), &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Laurichesse-Jean-Yves-Voyages-en-chemin-de-fer-et-nouveau-roman-d-apprentissage.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#8220;Tout autour d'un continent trop vieux&#8221;. Voyages en chemin de fer et nouveau roman d'apprentissage dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, dans &lt;i&gt;Bouleversants Voyages : Itin&#233;raires et Transformations&lt;/i&gt;. Textes r&#233;unis par Paul Carmignani, Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2000, p. 377-395.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ROSSUM-GUYON Van (Fran&#231;oise), &#171; Un regard d&#233;chirant. &#192; propos de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; &#187;, dans &lt;i&gt;Claude Simon. Chemins de la m&#233;moire&lt;/i&gt;, Textes, entretiens, manuscrits r&#233;unis par Mireille Calle, Grenoble, PUG, Coll. &#171; Trait d'union &#187;, 1993, p. 119-130.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; MOUGIN (Pascal), &lt;a href=&#034;https://www.pascalmougin.com/archives/telechargements/A02.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lecture de L'Acacia, l'imaginaire biographique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Minard, Archives des Lettres modernes, 1996, r&#233;&#233;dit&#233; en 2022.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-11-2016-518.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176;11, &lt;i&gt;Relire L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Sous la direction de Jo&#235;lle Gleize et David Zemmour, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, juin 2016.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Notices-sur-les-oeuvres.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;voir toutes les notices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Pascal Mesthi</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Pascal-Mesthi.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Mesthi, Pascal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Explosion du port de Beyrouth, 4 ao&#251;t 2020 L'Acacia, au risque de la sociocritique. Gen&#232;se d'un article et contextes belliqueux. Depuis mars 2020, l'humanit&#233; enti&#232;re est en guerre contre un virus &#171; capable d'enrichir en un jour l'Ach&#233;ron &#187;, pour citer &#171; Les Animaux malades de la peste &#187;. L'ami, le parent, l'autre deviennent des ennemis potentiels. Afin de ne pas se laisser (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-de-confinement-.html" rel="directory"&gt;Lectures de confinement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Mesthi-Pascal-+.html" rel="tag"&gt;Mesthi, Pascal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/Beyrouth.jpg?1623535025' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;p style=&#034;text-align:center&#034;&gt;&lt;a https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/liban/explosions-a-beyrouth/&gt;Explosion du port de Beyrouth, 4 ao&#251;t 2020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, au risque de la sociocritique. Gen&#232;se d'un article et contextes belliqueux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mars 2020, l'humanit&#233; enti&#232;re est en guerre contre un virus &#171; capable d'enrichir en un jour l'Ach&#233;ron &#187;, pour citer &#171; Les Animaux malades de la peste &#187;. L'ami, le parent, l'autre deviennent des ennemis potentiels. Afin de ne pas se laisser terrasser par eux, on s'arme de masque, de gel hydroalcoolique et de patience. On se replie dans des cellules domestiques aux allures de bunkers. Sur la ligne de front, le corps m&#233;dical livre sa plus &#226;pre bataille. Les entreprises luttent pour leur survie, livrant l'aspect &#233;conomique de cette guerre sans merci. Les plus d&#233;munis, interdits de profiter de leur seule force de travail et priv&#233;s, dans les pays en voie de d&#233;veloppement, de toute source de revenue affrontent la faim &#8211; la fin ! &#8211; en silence. Coup&#233;s de nos proches et de nos amis, notre instinct gr&#233;gaire se mue en morne et froide solitude. Le distanciel concurrence d&#233;sormais le pr&#233;sentiel au point o&#249; nous ne savons plus si nous vivons dans une r&#233;alit&#233; tragique ou dans une fiction dystopique. L'on se demande alors si nous avons tant maltrait&#233; la nature et tant jou&#233; aux apprentis sorciers que la terre a finalement trouv&#233; le moyen de nous le rendre au centuple. Aux guerres m&#233;diatiques o&#249; certains pays occidentaux accusent la Chine d'avoir fabriqu&#233; le virus afin d'asseoir sa supr&#233;matie, s'ajoutent d'autres combats qui ne font pas moins de ravage. Au Liban, mon pays d'origine et de c&#339;ur, cela co&#239;ncide avec l'&#233;croulement des secteurs bancaire et financier. Les Libanais voient s'&#233;vaporer les &#233;pargnes de toute une vie et craignent m&#234;me de n'avoir toujours pas touch&#233; le fond de la crise. Soudain, 55% de la population se retrouve sous le seuil de pauvret&#233;. La d&#233;valuation de la livre est telle que l'on appr&#233;hende le moment o&#249; l'on ne pourra plus faire bouillir la marmite. Le peuple, bravant les restrictions sanitaires, descend dans la rue pour r&#233;clamer le d&#233;part d'une classe dirigeante corrompue, amalgame absurde de princes de guerre et hommes d'affaires mafieux. L'explosion sanglante du port de Beyrouth, le 4 ao&#251;t 2020, soufflant une grande partie de la capitale, ach&#232;ve de conf&#233;rer une image apocalyptique &#224; la situation. Incapables de d&#233;tr&#244;ner une classe politique enracin&#233;e au sein du paysage communautaire apr&#232;s plusieurs mois de contestation, les Libanais d&#233;&#231;us dont je fais partie, amorcent, dans un ultime geste de d&#233;sespoir, des proc&#233;dures d'immigration vers des pays o&#249; leur dignit&#233;, leurs droits et leur vie seraient pr&#233;serv&#233;s. Cette h&#233;morragie massive laisserait le pays &#224; ceux qui applaudissent et m&#233;ritent ainsi de pareils gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de guerre sanitaire, m&#233;diatique, &#233;conomique, financi&#232;re, dans cette lutte entre assassins-voleurs accroch&#233;s au pouvoir et peuple assoiff&#233; de justice qui cherche &#224; prendre en main son destin, comme une invite &#224; &#233;chapper &#224; la r&#233;alit&#233;, je tombe sur une annonce sur le site fabula : &#171; Quatri&#232;me &#233;dition du Prix Claude et R&#233;a Simon destin&#233; aux jeunes chercheurs : La date limite d'envoi des propositions est fix&#233;e au 1er d&#233;cembre 2020. &#187; Et si la lecture de Claude Simon et la r&#233;daction d'un article venaient donner du sens &#224; un monde en d&#233;route ? Je cherche sur les rayons de ma biblioth&#232;que un roman qui semble attendre le moment propice pour m'interpeller : &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. J'esp&#232;re d'abord, en m'y plongeant, meubler des jours ayant perdu leur lien avec le temps. Je souhaite, en outre, &#224; travers la besogne &#224; laquelle je cherche &#224; m'atteler, pouvoir fuir le contexte belliqueux qui me ronge de toutes parts. Se retirer dans sa bulle par r&#233;signation mais surtout pour retrouver le sens de la beaut&#233;, pour se sentir acteur, pour agir, pour retrouver les mots cultiv&#233;s et arros&#233;s telles des plantes et des fleurs dans un jardin qui n'a jamais cess&#233; de me fasciner, celui de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le premier v&#339;u, celui de fuir la guerre, ne s'est pas vite exauc&#233;. Je tombe, d&#232;s les premi&#232;res pages du roman, dans les chemins boueux et les tranch&#233;es sinistres de la 1re Guerre Mondiale. Trois figures f&#233;minines toutes de noires v&#234;tues, sillonnent les villages d&#233;labr&#233;s &#224; la recherche de la tombe d'un capitaine - &#171; Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse &#187;, dirait notre cher Baudelaire &#224; propos de la jeune veuve. Les deux s&#339;urs et la &#171; sultane &#187; (p. 113, 137) sont accompagn&#233;es d'un enfant qui, une fois grandi, sera enr&#244;l&#233;, &#224; son tour, dans un nouveau conflit mondial. D&#233;cid&#233;ment, fuir un contexte belliqueux pour tomber dans un autre, cela ne r&#233;pond point &#224; mon attente. Mais je suis vite emport&#233; par le torrent et ce courant o&#249; j'&#233;prouve de moins en moins de r&#233;sistance me m&#232;ne vers des contr&#233;es improbables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerres coloniales engag&#233;es au Sud, conflits mondiaux et d&#233;p&#234;chement des arm&#233;es vers le Nord, soldats, chair &#224; canon, recrut&#233;s dans les classes paysannes d&#233;favoris&#233;es, g&#233;n&#233;raux &#224; l'abri, li&#233;s &#224; une bourgeoisie, elle-m&#234;me h&#233;riti&#232;re de la noblesse de l'Ancien R&#233;gime, vous propulsent d'embl&#233;e dans un monde ayant toujours brandi les armes. Les b&#226;timents de guerre traversant les mers du globe et les trains &#171; &#224; bestiaux &#187; (p. 342) regorgeant de soldats parcourant les terres, le trac&#233; reproduit la ligne du temps r&#233;p&#233;tant &#224; l'envi h&#233;catombe et d&#233;solation. L'Histoire compar&#233;e par Claude Simon &#224; un monstre anthropophage refl&#232;te &#233;galement les traits d'une &#171; charogne d&#233;j&#224; puante &#187; (p. 242). Me voici bien loin de la bouff&#233;e d'oxyg&#232;ne et du d&#233;paysement recherch&#233;s par la lecture !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La danse engag&#233;e par le p&#232;re avec la guerre comme partenaire se m&#233;tamorphose en danse macabre. Mais celle du fils, dessinant d'abord les m&#234;mes pas, offre ensuite une toute autre esquisse. Les luttes entre classes sociales, les frictions entre catholicisme et protestantisme, les animosit&#233;s entre colons et autochtones, se taisent toutes, sous le grade du capitaine. En ressort la dominance du sociolecte militariste qui tente de r&#233;concilier, par la force, des &#233;l&#233;ments antagonistes. Or, le retour de l'identique, &#224; des ann&#233;es d'intervalle, atteste de l'incapacit&#233; de pacifier un monde qui d&#233;rive vers le tragique &#224; cause, justement, de ce sociolecte militariste. Le fils-brigadier, engag&#233; dans le 2e conflit mondial mais fuyant le front &#224; quatre pattes puis passant de longues heures dans un lupanar, ne correspond plus &#224; la figure paternelle du h&#233;ros mort au champ d'honneur. Le portrait du brigadier sauv&#233; des griffes de la guerre offre un nouveau sociolecte qui destitue l'ancien. Les dessins grivois, les croquis de feuilles, de plantes, d'arbres, de fleurs, combin&#233;s &#224; l'acte de lire permettent de triompher de la guerre d&#233;gradant les hommes. S'en d&#233;gage un sociolecte esth&#233;tique o&#249; le dessin repr&#233;sente une m&#233;taphore de l'&#233;criture capable, elle aussi, de d&#233;tacher les &#234;tres &#224; leur &#171; profonde tranch&#233;e &#187; (p. 150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la charogne de l'Histoire, r&#233;pond ainsi en &#233;cho, une charogne baudelairienne que Claude Simon reprend &#224; son compte pour d&#233;limiter les contours de son esth&#233;tique scripturale. L'alchimie simonienne tend un dessin qui offre un voyage o&#249; la pulsion sexuelle &#233;voque une revanche sur la guerre. M&#234;me si l'&#233;criture reproduit des tableaux belliqueux, elle demeure &#233;galement une tentative d'y voir plus clair. Elle d&#233;peint le monde comme un &#233;norme bagne o&#249; sont s&#233;questr&#233;s, maltrait&#233;s et saign&#233;s des innocents. Elle rapporte une descente aux enfers et cherche &#224; traduire des &#233;l&#233;ments dantesques mythifi&#233;s par l'acte m&#234;me d'&#233;crire. Loin de constituer une d&#233;marche amn&#233;sique, elle grave, noir sur blanc, un v&#233;cu traumatisant et ind&#233;l&#233;bile. Elle rassemble des bribes pour &#233;viter qu'elles se dispersent. Dans cette perspective, les tirets, les parenth&#232;ses, les innombrables &#171; peut-&#234;tre &#187; (p. 325, 326 (2 fois), 333 (2 fois), 344 (3 fois)) au sein d'interminables phrases, peuvent &#234;tre per&#231;us telle une tentative non pas de reproduire simplement les barbel&#233;s qui s&#233;parent mais de relier ce qui pourrait &#234;tre s&#233;par&#233;. Le passage que je choisis de lire incarne, en une seule tr&#232;s longue phrase, ce mouvement de rapprochement et de s&#233;paration. Il lie, rassemble et fige, pour l'&#233;ternit&#233; d'un instant, deux amants que la guerre d&#233;sunit, sur le quai d'une gare. L'&#233;criture, reconstituant l'instant de fusion, &#233;rige, quoique de mani&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re, le mythe de l'androgyne. Cette esth&#233;tique, prenant ici appui sur une hypotypose fascinante, permet, &#224; elle seule, d'&#233;chapper au contexte belliqueux que nous traversons. L'&#233;criture de la guerre parvient &#224; nous rattacher &#224; la guerre mais elle r&#233;ussit &#233;galement &#224; nous en d&#233;livrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons de la place &#224; Claude Simon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je lis les pages 157-158, des &#201;ditions de Minuit, 1989, r&#233;&#233;dition de 2006 : union et s&#233;paration des amants sur le quai d'une gare :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; De sorte que pendant un moment il (le train) parut ne pas pouvoir se d&#233;gager [&#8230;] d&#233;croissant lui aussi de plus en plus vite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_1124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L282xH158/S16_pascal_mesthi-de290.jpg?1787936970' width='282' height='158' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Pascal Mesthi&lt;/strong&gt; travaille depuis 25 ans dans le milieu scolaire. Enseignant des classes primaires, puis compl&#233;mentaires puis secondaires (cursus libanais et fran&#231;ais), il est depuis treize ans membre du conseil de direction d'un &#233;tablissement libanais homologu&#233; par le Minist&#232;re fran&#231;ais de l'&#201;ducation Nationale. Il a soutenu, en d&#233;cembre 2019, &#224; l'Universit&#233; Libanaise, sa th&#232;se en langue et litt&#233;rature fran&#231;aises intitul&#233;e &#171; La qu&#234;te de la pl&#233;nitude dans quatre romans &#034;m&#233;diterran&#233;ens&#034; : &lt;i&gt;Villa Amalia&lt;/i&gt; de P. Quignard, &lt;i&gt;Malicroix&lt;/i&gt; de H. Bosco, &lt;i&gt;Partir&lt;/i&gt; de T. Ben Jelloun, &lt;i&gt;La Voyeuse interdite&lt;/i&gt; de N. Bouraoui &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ollivier, &#201;milie. La distance romanesque simonienne comme un renouvellement de la distanciation brechtienne (2020)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Ollivier-Emilie-La-distance-romanesque-simonienne-comme-un-renouvellement-de-la.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Ollivier-Emilie-La-distance-romanesque-simonienne-comme-un-renouvellement-de-la.html</guid>
		<dc:date>2021-04-04T16:32:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Le Tramway</dc:subject>
		<dc:subject>Ollivier, Emilie</dc:subject>
		<dc:subject>Brecht, Bertolt</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; &#201;milie Ollivier. &#171; La distance romanesque simonienne comme un renouvellement de la distanciation brechtienne. Lecture crois&#233;e de L'Acacia et Le Tramway &#187;. Article propos&#233; pour le Troisi&#232;me s&#233;minaire des jeunes chercheurs, annul&#233; en 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin des ann&#233;es 1940, Bertolt Brecht &#233;tablit, dans le Petit organon pour le th&#233;&#226;tre, une th&#233;orie de la pratique th&#233;&#226;trale visant &#224; sortir de formes &#233;tablies des reproductions de &#171; la vie en commun des hommes &#187; que constituent les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Ollivier-Emilie-+.html" rel="tag"&gt;Ollivier, Emilie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Brecht-Bertolt-+.html" rel="tag"&gt;Brecht, Bertolt&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;milie Ollivier. &#171; La distance romanesque simonienne comme un renouvellement de la distanciation brechtienne. Lecture crois&#233;e de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; &#187;. Article propos&#233; pour le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/3e-Seminaire-des-jeunes-chercheurs.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Troisi&#232;me s&#233;minaire des jeunes chercheurs&lt;/a&gt;, annul&#233; en 2020&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1940, Bertolt Brecht &#233;tablit, dans le &lt;i&gt;Petit organon pour le th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRECHT Bertolt, Petit organon pour le th&#233;&#226;tre, traduction : TAILLEUR Jean, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une th&#233;orie de la pratique th&#233;&#226;trale visant &#224; sortir de formes &#233;tablies des reproductions de &#171; la vie en commun des hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., fragment 7, p. 16 (les prochaines citations seront suivies des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; que constituent les repr&#233;sentations et textes de th&#233;&#226;tre. Pour cela, il propose un outil, la distanciation, qui permettra d'empreindre chaque cr&#233;ation d'une forme de &#171; relativit&#233; historique &#187; et d'un &#171; caract&#232;re transitoire &#187; (POT, 36, 36-37). Il s'agit &#233;galement pour lui, par le biais de cette distanciation dont nous d&#233;taillerons plus loin les modalit&#233;s, de faire entrer le r&#233;cepteur dans une posture de &#171; libert&#233; et de mobilit&#233; &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 40, 39). Son th&#233;&#226;tre &#171; doit amener son public &#224; s'&#233;tonner, et cela se fait &#224; l'aide d'une technique de distanciation du familier &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 44, 42-43). Or, si cette th&#233;orie th&#233;&#226;trale apparaissait, du temps de Brecht, et appara&#238;t encore, pour certains qui souhaiteraient aujourd'hui la simplifier, comme d&#233;coulant d'un mode politique et d'un mode d'action propre &#224; une id&#233;ologie marxiste et d&#233;sormais quelque peu dat&#233;e, il n'en est rien. Elle n'est ni fig&#233;e dans le temps ni dans une discipline pr&#233;cise et contient, dans son &#233;nonc&#233; m&#234;me et dans sa d&#233;finition, une invitation &#224; une relecture transhistorique et &#233;volutive de ses modes d'application. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela qu'elle permet d'op&#233;rer une relecture et une &#233;tude, &#224; travers une nouvelle perspective, des &#339;uvres de Claude Simon, qui semblent constituer une red&#233;finition et un r&#233;investissement de ces grandes lignes pour proposer des structures narratologiques, stylistiques et th&#233;oriques actualis&#233;es. Claude Simon, dans ses diff&#233;rentes reprises narratives d'&#233;l&#233;ments m&#233;moriels particuliers r&#233;pond &#224; la crise la repr&#233;sentation in&#233;dite qui r&#233;git la mani&#232;re de penser l'art depuis la fin du XXe si&#232;cle en s'inscrivant dans des processus similaires &#224; ceux r&#233;clam&#233;s par Brecht dans son &#233;tablissement de la th&#233;orie de la distanciation et du th&#233;&#226;tre dit dialectique, tout en adoptant, pour ce faire, des formes diff&#233;rentes propres &#224; son temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les romans de Simon ici mis en regard, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, L'Acacia, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, [1975] 2004.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, Le tramway, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, [2001] 2012.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'&#233;tablit une forme de narration renouvel&#233;e et agissante, tant sur le plan stylistique que th&#233;orique, adapt&#233;e &#224; des constats individuels et sociaux propres &#224; l'exp&#233;rience de l'&#233;crivain. Le choix d'&#233;tudier ces deux &#339;uvres de mani&#232;re conjointe vient de leur construction en miroir : &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; se structure en allers-retours continuels dans le temps, de la Premi&#232;re &#224; la Seconde guerre mondiale, l&#224; o&#249; &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; pr&#233;sente une circulation dans l'espace, des lieux de l'enfance &#224; Perpignan vers une chambre d''h&#244;pital, avec toujours, par le biais du tramway ou du lit de malade, cette notion de mouvement. Dans cette m&#234;me id&#233;e d'&#233;cho entre les &#339;uvres, l'unique occurrence d'une date &#171; juillet 1914&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, Le tramway, op. cit., p. 128 (les prochaines citations seront (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, suivie de la mention de l'homme &#224; la &#171; barbe carr&#233;e &#187; (T, 128), le p&#232;re du narrateur, rappelle tout un champ m&#233;moriel propre &#224; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; agenc&#233; autour de marques temporelles et de cette figure visuelle du p&#232;re. Face &#224; cela, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, dans son chapitre VII, central puisqu'il est celui de la verbalisation de la mort du p&#232;re, &#233;voque le &#171; terminus d'une ligne de tramway, un simple hangar de planches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, L'Acacia, Op. cit, p. 210 (les prochaines citations seront (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, image &#233;galement pr&#233;sente dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;. Enfin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ne sont ici pas pr&#233;sent&#233;s tous les liens entre les &#339;uvres qui m&#233;riteraient, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, si &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; explore un espace-temps consid&#233;rable l&#224; o&#249; &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; appara&#238;t initialement couvrir en peu de pages une quinzaine de kilom&#232;tres, la puissance &#233;vocatoire de ce second ouvrage n'est pas sans rappeler la dimension fleuve du premier et se d&#233;veloppent entre eux des rapports &#233;troits d'intertextualit&#233; et de ressassement d'&#233;l&#233;ments m&#233;moriels communs comme la mort du p&#232;re et de la m&#232;re, les exp&#233;riences de guerre ou les espaces de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une relecture commune de ces deux &#339;uvres permet donc d'op&#233;rer un recentrement sur leurs singularit&#233;s mais &#233;galement de mettre au jour une forme de transversalit&#233; de l'&#339;uvre de Simon. C'est en consid&#233;rant les &#339;uvres pour elles-m&#234;mes mais &#233;galement comme regroup&#233;es en une entit&#233; complexe que peut &#234;tre interrog&#233; le rapport particulier &#224; l'Histoire, &#224; la m&#233;moire et &#224; l'&#233;criture qui constituent un r&#233;investissement voire un renouvellement des dynamiques de distanciation brechtienne. Il est n&#233;cessaire dans un premier temps d'expliciter la proximit&#233; des constats des deux &#233;crivains face aux formes litt&#233;raires &#233;tablies et classiques de leur temps pour pouvoir constater la similarit&#233; de leurs approches et de leur r&#233;ponse &#224; &#171; l'identification &#187;, &#224; la &#171; suggestion hypnotique &#187; (&lt;i&gt;POT,&lt;/i&gt; 42, 41) v&#233;hicul&#233;e par ces &#339;uvres anciennes. Cependant, l'objectif de cette &#233;tude sera &#233;galement de d&#233;montrer que Simon, par son approche romanesque renouvel&#233;e explore de nouvelles utilisations de la distanciation pour parvenir &#224; un renouvellement de ses modalit&#233;s et de son champ d'action.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;fables&#034;&gt;Contre d'invraisemblables Fables. Vers un renouveau de l'&#233;criture et de la posture r&#233;ceptive&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Brecht et Simon, chacun &#224; leur mani&#232;re, cherchent &#224; sortir des &#171; fausses reproductions de la vie sociale donn&#233;es dans les th&#233;&#226;tres [ou dans les romans], y compris celles du pr&#233;tendu naturalisme &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, Pr&#233;face, 9-10). Pour les deux auteurs, les principaux probl&#232;mes des &#339;uvres contre lesquels ils s'&#233;rigent se cristallisent autour leur souhait d'imposer un message ou une morale univoque en utilisant des formes scl&#233;ros&#233;es et des liens de causalit&#233;s fig&#233;s dans leur construction. Ce fonctionnement romanesque ou th&#233;&#226;tral, qui a cours depuis Aristote, n'a, pour eux, plus de sens. Si Brecht explique que &#171; la fable est, selon Aristote &#8211; et sur ce point nous pensons de m&#234;me &#8211;, l'&#226;me du drame &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 12, 19), il s'agit bien pour lui de sortir des formes de fables du th&#233;&#226;tre ancien, notamment li&#233;es &#224; une causalit&#233; unilat&#233;rale et &#224; une forme d'identification. Car ce n'est pas n&#233;cessairement ce qui est pr&#233;sent&#233; au r&#233;cepteur qui est probl&#233;matique, mais bien la mani&#232;re dont cette pr&#233;sentation est construite et &#233;tablie. En effet, pour lui &#171; toute notre mani&#232;re de jouir [au th&#233;&#226;tre] commence &#224; devenir anachronique &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 12, 19) en cela qu'elle ne correspond plus &#224; la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons. Les &#339;uvres contemporaines qui utilisent toujours des anciens proc&#233;d&#233;s &#171; affaiblissent &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 13, 20) leurs effets et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour palier cela qu'il faut red&#233;finir ce que l'on appelle fable. Il est donc d&#233;sormais n&#233;cessaire de casser les rapports de causalit&#233; et de succession au sein des &#339;uvres. Simon, dans une m&#234;me logique, souhaite sortir d'une forme fig&#233;e d'&#171; enseignement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187;, discours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; v&#233;hicul&#233;e par les &#339;uvres dites classiques. Il d&#233;nonce notamment la tendance pratique des romans philosophiques et moralistes porteurs d'un discours. Pour lui, &#171; le roman se met &#224; exister en tant que structure, c'est-&#224;-dire que le sens ne pr&#233;c&#232;de pas l'&#233;criture, il n'est plus &#8220;exprim&#233;&#8221; (pas plus que monde n'est &#8220;reproduit&#8221;) mais, &#224; l'inverse, produit par le travail de l'&#233;crivain dans et par la langue, et naturellement, pluriel&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 6&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Le discours litt&#233;raire ne doit plus avoir vocation &#224; guider le r&#233;cepteur, mais bien &#224; pr&#233;senter un discours pluriel, et cela n&#233;cessite un changement de forme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce renouveau de la fable et de sa construction, s'&#233;tablit &#233;galement en lien &#233;troit avec une r&#233;flexion autour de la notion de vraisemblance. Alexandre Didier note ainsi que si Simon souhaite se d&#233;tacher de la &#171; n&#233;cessit&#233; aristot&#233;licienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DIDIER Alexandre, &#171; Locomotion, Transport, &#201;motion dans Le Tramway de Claude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, il en va de m&#234;me de son lien avec l'h&#233;ritage proustien qu'il semble mettre &#224; distance dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; en notant que &#171; les probl&#232;mes de vraisemblance n'embarrassent pas Marcel Proust &#187; (T, 55). Dans une m&#234;me dynamique dont d&#233;coule le souhait brechtien de la reconstruction de la fable pour sortir de modes de repr&#233;sentations affaiblissants, Simon s'attache &#224; &#233;tablir de facto dans ses &#339;uvres une nouvelle d&#233;finition de la vraisemblance, d&#233;sormais &#171; &#233;loign&#233;e, &#244; combien, de la n&#233;cessit&#233; aristot&#233;licienne fond&#233;e sur l'encha&#238;nement des causes et des effets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce travail nouveau sur le sens des &#339;uvres s'accompagne, chez les deux auteurs, d'un questionnement po&#233;tique et stylistique : la forme renouvel&#233;e doit permettre la transmission de sens pluriels. Ainsi, Simon explique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus leur ordre chronologique qui va d&#233;cider de l'encha&#238;nement ou du voisinage des &#233;v&#233;nements &#233;crits mais, comme dans tout art, comme en peinture, comme en musique, les effets d'associations ou de contrastes, d'harmonies ou de dissonances, d'oppositions ou de d&#233;rapages, de reprises, de variations, de p&#233;riodicit&#233; : au principe de causalit&#233; qui pr&#233;dominait dans le roman traditionnel se substitue le principe de qualit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187;, Op. cit., p. 6.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles constructions stylistiques et narratologiques ont pour but de casser l'id&#233;e d'une causalit&#233; inh&#233;rente &#224; l'histoire, au sens. Simon et Brecht souhaitent donner une nouvelle puissance &#233;vocatoire hors du champ des moralit&#233;s univoques mais &#233;galement une nouvelle coh&#233;rence au texte lui-m&#234;me pour que la r&#233;ception de ce dernier ne soit plus apparent&#233;e &#224; une simple absorption.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour cela donc, c'est la forme, la construction et la progression des &#339;uvres qui doivent &#234;tre profond&#233;ment modifi&#233;es : le recours &#224; une &#233;volution structurelle d&#233;coule ainsi d'un constat partag&#233; d'un changement n&#233;cessaire au niveau de la production de sens. Brecht &#233;tablit ainsi une opposition entre les types d'effets produits par le th&#233;&#226;tre en lien avec la forme des &#339;uvres elles-m&#234;mes propos&#233;es au public : &#171; il existe des r&#233;jouissance faibles (simples) et fortes (complexes) que le th&#233;&#226;tre peut procurer &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 6, 15). La simplicit&#233; ne saurait donc amener de &#171; r&#233;jouissance &#187; aussi grande que la complexit&#233;. Il n'est plus question de proposer, au th&#233;&#226;tre une diction qui soit marqu&#233;e par des &#171; ronron[s] de cur&#233; et de ces cadences qui bercent le spectateur si bien que le sens se perd &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 47, 44). Pour lui, un acteur en sc&#232;ne ne doit plus raconter une histoire lin&#233;aire et d&#233;nu&#233;e d'asp&#233;rit&#233; mais uniquement &#171; montrer son personnage &#187; (POT, 48, 45). Enfin, selon lui le geste esth&#233;tique majeur permettant de r&#233;introduire un questionnement, une forme de dialectique sur sc&#232;ne et de sortir de &#171; l'atrophie &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 49,46) qui touche le public est la cr&#233;ation de &#171; montages fictifs &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 40, 39). Dans ce sens, il propose une composition de ses textes en &#171; tableaux &#187; et non plus en &#171; sc&#232;nes &#187;, tentant ainsi de casser le lien de cause &#224; effet dans les encha&#238;nements sc&#233;niques de ces derniers. Il met donc en place une restructuration totale des formes th&#233;&#226;trales en tendant progressivement vers un acte de monstration et de cr&#233;ation d'images.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette m&#234;me logique de mise &#224; distance de la causalit&#233; au profit de l'image, l'&#233;criture de Claude Simon est souvent consid&#233;r&#233;e comme relevant d'une &#171; esth&#233;tique du fragment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ALLEMAND Roger-Michel, &#171; Claude Simon pour tout vestige &#187;, Babel, n&#176;27, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La construction en strates spatiales ou temporelles dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; que nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e, aurait donc ce m&#234;me objectif de cr&#233;ation visuelle et hors contexte de sc&#232;nes, sinon superpos&#233;es, du moins juxtapos&#233;es. Le terme fragment est par ailleurs particuli&#232;rement pertinent ici dans la mesure o&#249; il est li&#233; &#224; un imaginaire du physique et du mat&#233;riel qui rejoint les r&#233;flexions de Simon au sujet des nouvelles formes d'arts &#233;mergeant apr&#232;s la Seconde guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien que [&#8230;] des artistes comme T&#224;pies ou Dubuffet sont partis des graffitis, du mur, ou que Louise Nevelson a fait des sculptures &#224; partir de d&#233;combres. Toutes les id&#233;ologies s'&#233;taient disqualifi&#233;es. L'humanisme, c'&#233;tait fini. Sans doute &#233;tait-ce ce que je ressentais confus&#233;ment quand je faisais ces dessins tr&#232;s exacts : il n'y a plus de recours, essayons de revenir au primordial, &#224; l'&#233;l&#233;mentaire, &#224; la mati&#232;re, aux choses.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ALPHANT Marianne, &#171; &#171; Et &#224; quoi bon inventer ? &#187; suivi de &#171; Le requiem (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;merge ici, c'est un attrait pour la composition &#224; partir de mat&#233;riaux bruts et pour les formes d'arts revenant &#224; la mat&#233;rialit&#233; des choses. De l&#224;, l'id&#233;e de la composition romanesque de Simon s'en trouve elle-m&#234;me influenc&#233;e et rejoint cette volont&#233; de cr&#233;er de nouvelles formes. En &#233;voquant sa d&#233;marche, il d&#233;clare : &#171; des fragments, des images : tout est fait d'images, comme vous pouvez voir. [&#8230;] &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; &#233;crit par fragments&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est mis au jour c'est donc la volont&#233; de donner une dimension autre &#224; l'&#339;uvre. Cela passe, nous l'avons vu, par une r&#233;flexion au sujet des formes mais &#233;galement par un questionnement de la place du r&#233;cepteur de ces formes et de ces nouvelles &#339;uvres. Si les anciennes repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales ou romans dits traditionnels sont remis en cause &#224; la fois par Brecht et Simon, c'est pour leur univocit&#233; et l'&#233;tat passif dans lequel elles tendent &#224; plonger les lecteurs ou les spectateurs. L'objectif de ce d&#233;centrement narratif souhait&#233; serait donc le renouvellement du regard r&#233;cepteur et la mise en action de ce dernier. En effet, lorsqu'il d&#233;crit les repr&#233;sentations qu'il souhaite mettre en place gr&#226;ce aux diff&#233;rents &#233;l&#233;ments sc&#233;niques permettant la distanciation, Brecht pr&#233;cise que &#171; de telles reproductions exigent toutefois un mode de jeu laissant libert&#233; et mobilit&#233; &#224; l'esprit qui observe &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 40, 39).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien une nouvelle posture de cet &#171; esprit qui observe &#187; qui est d&#233;sir&#233;e par Brecht et Simon. Selon Anne-Lise Blanc, Simon va jusqu'&#224; proposer une &#171; r&#233;volution du lisible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BLANC Anne-Lise, &#171; La lecture emp&#234;ch&#233;e dans les romans de Claude Simon &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; en modifiant radicalement, par le biais de ses constructions romanesques, la posture du r&#233;cepteur : &#171; pour lui, il s'agit, non s'imposer au lecteur un &#8220;sens qui pr&#233;existe&#8221; mais de l'inviter &#224; sentir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et face aux modalit&#233;s de repr&#233;sentations nouvelles dans son &#339;uvre, &#171; cette r&#233;volution postule, en regard, une lecture qui choisit et comprend (proprement intelligente)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La recherche d'une exp&#233;rience renouvel&#233;e de la r&#233;ception vient du fait qu'ajout&#233;e au constat d'unilat&#233;ralit&#233; des &#339;uvres anciennes, s'ajoute celui de leur pr&#233;tention au surplomb et &#224; la connaissance absolue. Or, la fin du XXe si&#232;cle est proprement celle du soup&#231;on et du doute et cela correspond &#224; ce que Simon souhaite retranscrire dans son &#339;uvre marqu&#233;e notamment par des exp&#233;riences personnelles de sid&#233;ration. Mais cette restitution fragmentaire, partielle et subjective, a aussi pour but d'atteindre un r&#233;cepteur capable d' &#171; une lecture inqui&#232;te, n&#233;e d'un regard en qu&#234;te, attentif, &#224; d&#233;faut d'un sens unique, aux formes et aux aspects des signes, sensible aux &#8220;n&#339;uds de signification&#8221; qu'ils produisent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison qu'en plus de la construction en fragments de ses &#339;uvres, Simon interroge les diff&#233;rentes significations et la puissance &#233;vocatoire des mots dans ce qu'ils ont de mat&#233;riel. Il se r&#233;f&#232;re pour cela fr&#233;quemment &#224; Ponge &#8211; auteur s'il en est, qui, par le langage s'est attach&#233; &#224; questionner les choses en elle-m&#234;me et leurs expressions, leurs significations, leurs mat&#233;rialit&#233; et leurs &#233;vocations &#8211; en donnant, lors d'une conf&#233;rence, l'exemple de l'&#233;criture &#224; propos des papillons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;ponse &#224; Jean-Paul Sartre qui s'&#233;tonnait dans Qu'est-ce que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &#233;crire des papillons mais encore s'attarder &#224; examiner la morphologie m&#234;me du mot en m&#234;me temps que celle de la chose, comme l'a fait notre grand Ponge [&#8230;] n'est pas une activit&#233; [&#8230;] gratuite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187;, Op. cit., p. 8.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Construire et mettre au jour pour le lecteur des r&#233;seaux de significations, organiser une &#339;uvre en strates sans r&#233;fl&#233;chir &#224; une inflexion pr&#233;alable de sa compr&#233;hension autour d'un sens pr&#233;cis, c'est donc l'objectif vers lequel semble tendre Simon lorsqu'il &#233;voque le processus de cr&#233;ation de ses &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique n'est pas sans rappeler celle qui anime Brecht dans le &lt;i&gt;Petit organon pour le th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt; lorsqu'il d&#233;plore la faiblesse des formes anciennes et qu'il pr&#244;ne un retour &#224; la mat&#233;rialit&#233;, &#224; une esth&#233;tique non lin&#233;aire et &#224; une forme de d&#233;centrement. C'est &#224; partir de ces constats successifs que se tisse la d&#233;finition de &#171; &lt;i&gt;l'effet de distanciation&lt;/i&gt;. Une reproduction qui distancie est une reproduction qui, certes, fait reconna&#238;tre l'objet, mais qui le fait en m&#234;me temps para&#238;tre &#233;tranger &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 42, 40). Or, les termes &#171; reconna&#238;tre &#187; et &#171; para&#238;tre &#187; appellent imm&#233;diatement la pr&#233;sence d'un r&#233;cepteur. Il souhaite que le public de th&#233;&#226;tre ne soit plus une &#171; foule intimid&#233;e, cr&#233;dule, &#8220;envo&#251;t&#233;e&#8221; &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 29, 32) mais que le th&#233;&#226;tre lui propose un &#171; regard aussi difficile que productif [&#8230;] par ses reproductions de la vie en commun des hommes &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 44, 42).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; ainsi que le travail n&#233;cessaire pour regarder une &#339;uvre, pour lui faire face et pour tenter de l'appr&#233;hender semble donc &#224; nouveau constituer un point commun dans les dynamiques qui animent Simon et Brecht. Apr&#232;s avoir mis au jour des constats similaires ainsi que des souhaits de composition et de r&#233;ception analogues, il s'agit ici d'explorer plus pr&#233;cis&#233;ment et &#224; l'appui de deux textes exclusivement romanesques, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, les caract&#233;ristiques et applications de ce qui pourrait s'apparenter &#224; un effet de distanciation simonien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;distanciation&#034;&gt;Une distanciation simonienne ?&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'effet de distanciation, Brecht souhaite &#233;tablir une nouvelle mani&#232;re de percevoir les &#339;uvres et, pour ce faire, il instaure un processus nouveau de cr&#233;ation artistique en r&#233;clamant l'application de proc&#233;d&#233;s que nous avons pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;s. L'objectif est notamment qu'un texte, un personnage, une intrigue apparaissent comme charg&#233;s d'une histoire et d'une construction. Au th&#233;&#226;tre, un homme doit &#234;tre consid&#233;r&#233; &#171; non seulement tel qu'il est, mais encore tel qu'il pourrait &#234;tre. [&#8230;] Voil&#224; pourquoi, ce qu'il montre, le th&#233;&#226;tre doit le distancier &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 44, 47). En permettant une lecture d'un personnage comme agr&#233;ment&#233;e d'une histoire, d'une m&#233;moire, d'un environnement &#171; la reproduction aura quelque chose de ces esquisses qui gardent encore autour du personnage achev&#233; les traces d'autres mouvements et d'autres traits &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 39, 39). Cette id&#233;e se rapproche de ce que Brecht a ensuite nomm&#233; le &#171; non pas-mais &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 57, 53) : un com&#233;dien doit, avant d'interpr&#233;ter ce qu'est son personnage, s'interroger sur ce qu'il n'est pas, ce qu'il aurait pu &#234;tre. Cet effet et ces r&#233;flexions autour de la construction du personnage et des sc&#232;nes pr&#233;sent&#233;es peut &#234;tre pens&#233; en rapport &#233;troit avec l'&#233;criture de Simon, marqu&#233;e par des ph&#233;nom&#232;nes de corrections, de r&#233;p&#233;titions ou de variation. Ainsi, dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, on retrouve textuellement cela &#224; la page 110 lors de la description d'un personnage f&#233;minin au &#171; visage impassible, non pas souriant, mais, aurait-on dit, empreint de s&#233;r&#233;nit&#233; &#187;. La pr&#233;cision induite par la tournure &#171; non pas&#8230; mais &#187;, permet &#224; Simon d'&#233;tablir une description plus juste, plus exacte et progressive dans sa cr&#233;ation d'image. Simon pr&#233;sente dans un premier temps les images qu'il produit dans certains termes pour ensuite les rectifier, les pr&#233;senter telles qu'elles sont r&#233;ellement &#224; l'aide d'insertions parenth&#233;tiques complexes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus que &#171; non pas &#8230; mais &#187;, c'est la formule de pr&#233;cision compos&#233;e de la conjonction &#171; ou &#187; de de l'adverbe &#171; plut&#244;t &#187; qui se retrouve fr&#233;quemment dans ses &#339;uvres et joue le r&#244;le d'une &#233;panorthose complexe. Dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, il mentionne par exemple des &#171; personnages (ou plut&#244;t, semblait-il, d'exactes copies du m&#234;me personnage) &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 19) et, dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, &#171; l'instituteur d'un petit hameau de montagne (ou plut&#244;t sans doute le principal du coll&#232;ge de la ville voisine) &#187; (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 62). Si ces occurrences ne sont &#233;videmment que des exemples et que la ces corrections sont immens&#233;ment pr&#233;sentes dans les textes de Simon, elles ont la particularit&#233; de pr&#233;senter, en plus de l'usage de la parenth&#232;se et du &#171; ou plut&#244;t &#187;, d'autres ph&#233;nom&#232;nes de corrections. Ces sont ces encha&#238;nements qui permettent la constitution de strates de corrections et de pr&#233;cision, ici gr&#226;ce &#224; l'ajout du verbe &#171; sembler &#187; ou de la locution &#171; sans doute &#187;. Le texte Simonien se construit &#224; mesure qu'il s'&#233;crit et son sens &#233;merge d'une recherche constante sur le sens des mots, leur port&#233; symbolique ou s&#233;mantique. Par ces &#171; ph&#233;nom&#232;nes constants de r&#233;p&#233;tition et de variation, non seulement dans un m&#234;me roman mais d'un roman &#224; l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LAURICHESSE Jean-Yves, &#171; &#8220;Mai qui fut sans nuage...&#8221; M&#233;lancolie de La Route (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, notamment constat&#233;s par Jean-Yves Laurichesse, appara&#238;t au lecteur cette progression dans la mise en &#339;uvre narrative et descriptive. De l&#224;, chaque image propos&#233;e se charge d'un sens premier puis d'un sens nouveau, ou pr&#233;cis&#233; gr&#226;ce &#224; l'usage de deux termes successifs, mais &#233;galement d'une forme de modalisation dans la mesure o&#249; chaque terme rel&#232;ve d'un champ optique diff&#233;rent, d'un regard mouvant lui permettant d'apporter une nuance ou l'aveu d'un manque de certitude, comme en t&#233;moignent ici les usages de &#171; semblait-t-il &#187; et de &#171; sans doute &#187;. C'est un cheminement non achev&#233; vers des images qui se dessine. Cette progression se construit &#233;galement, comme le souligne Laurichesse, &#171; d'un roman &#224; l'autre &#187;, et c'est pour cette raison que la mise en regard de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; semble d'autant plus n&#233;cessaire pour bien comprendre les ph&#233;nom&#232;nes de mouvements et de cr&#233;ation d'une nouvelle forme de distance dans la construction romanesque.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En effet, c'est bien un mouvement de prises de distances ou de mises &#224; distances successives qui sont &#224; l'&#339;uvre quand ressurgissent ses souvenirs, comme celui de la mort de la m&#232;re, r&#233;&#233;crit et agr&#233;ment&#233; de corrections, de pr&#233;cisions, au sein des deux ouvrages. Ce souvenir est appr&#233;hend&#233; de loin dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; puisqu'il est tr&#232;s peu abord&#233; mais &#233;galement parce que la sc&#232;ne du chapitre XI mettant en sc&#232;ne la mort de la m&#232;re est d&#233;crite d'un point de vue externe. La narration, comme celle de tout l'ouvrage, se construit &#224; la troisi&#232;me personne mais, c'est la position physique du personnage de l'enfant qui est particuli&#232;rement int&#233;ressante : il se situe de l'autre c&#244;t&#233; d'une porte &#171; referm&#233;e &#187; et per&#231;oit la sc&#232;ne &#171; &#224; travers le panneau de la porte &#187; (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 331). Dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; au contraire, la premi&#232;re personne est au centre de la narration et la mort de la m&#232;re est sans cesse rappel&#233;e mais n'appara&#238;t qu'&#224; la page 30 &#224; travers l'image du cercueil ferm&#233; &#224; l'arriv&#233;e de l'enfant. De plus, si dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; l'image persistance est celle d'une photo du p&#232;re dans la chambre suite &#224; la mort de la m&#232;re, dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, c'est &#171; un parfum lourd et ent&#234;tant de fleurs et la fade odeur de la cire fondue &#187; (T. 130) qui marque la narration. Deux perspectives sont ainsi donn&#233;es du m&#234;me &#233;v&#233;nement, participant &#224; construire une image complexe et progressivement &#233;tablie &#224; partir de fulgurances successives du souvenir.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;C'est donc un texte mouvant qui est restitu&#233; dans les &#339;uvres simoniennes &#8211; mouvant en son sein mais constituant progressivement des &#339;uvres mouvantes en elles-m&#234;mes quand ressurgissent des passages m&#233;moriels dans diff&#233;rents textes. Ce mouvement permet notamment de questionner la mise en sc&#232;ne du regard et les diff&#233;rents regards et focalisations utilis&#233;es pour rendre compte de tel ou tel aspect de la m&#233;moire au sein du texte.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Ce renouvellement du regard, au sein de la narration, s'effectue souvent en affirmant la particularit&#233; de celui qui est nomm&#233; comme percepteur, regardant et t&#233;moignant. D&#232;s la troisi&#232;me page du &lt;i&gt;Tramway&lt;/i&gt;, c'est une forme de nuance qui est apport&#233;e aux propos par la pr&#233;cision : &#171; du moins &#224; mes yeux d'enfants &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 13). Cette focalisation et cette nuance du regard n'aura de cesse de ponctuer le r&#233;cit et elle se retrouve &#233;galement dans une parenth&#232;se de la page 96 indiquant : &#171; je n'en savais pas plus que ce qu'un jeune gar&#231;on peut d&#233;duire de propos brusquement interrompus &#224; son entr&#233;e dans une pi&#232;ce &#187;. C'est &#233;galement la figure d'un enfant qui est mise en avant dans l'incipit de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, passif, suivant le mouvement des trois femmes et dont le regard peine &#224; d&#233;chiffrer une lettre o&#249; ondulent &#224; ses yeux &#171; une de ces &#233;critures maladroites et appliqu&#233;es &#187; (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 18).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment &#224; travers l'utilisation de ce regard d'enfant que peut, dans les deux textes, se construire un traitement particulier du champ social. Ce regard d'enfant est encore &#233;tranger &#224; l'h&#233;ritage de &#171; la faillite des id&#233;ologies repr&#233;sent&#233;es dans les deux familles contrast&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DUNCAN Alastair B., &#171; L'Acacia de Claude Simon &#187;, SFLGC, Agr&#233;gation, publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qui sont les siennes et dont Alastair B. Duncan exprime ainsi la dualit&#233; : d'un c&#244;t&#233; la &#171; croyance au progr&#232;s &#187;, de l'autre, &#171; la foi chr&#233;tienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Le regard de l'enfance face &#224; sa famille et face au monde dans lequel il &#233;volue permet de constater la faillite de grands r&#233;cits qui ont construit et jalonn&#233; l'Histoire. Cela correspond au souhait de Brecht lorsqu'il explique que &#171; les conditions historiques ne doivent assur&#233;ment pas &#234;tre con&#231;ues [&#8230;] comme des puissances obscures [&#8230;], elles sont au contraire cr&#233;&#233;es et maintenues par les hommes &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 38, 38). Ce sont ces structures &#233;tablies et qui peuvent &#234;tre con&#231;ues comme in&#233;branlables que la repr&#233;sentation distanci&#233;e doit questionner. L'analyse selon laquelle les conflits mondiaux ont modifi&#233; la perception historique ainsi que le rapport au monde est certainement juste, mais cela appara&#238;t comme exacerb&#233; dans les r&#233;cits &#224; travers l'utilisation du regard mouvant, &#233;voluant, et parfois contredit d'un individu en particulier. En effet, comme l'expliquait Simon, &#171; un simple brigadier ne sait d'une bataille que ce sont il a &#233;t&#233; t&#233;moin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, &#338;uvres, vol. I, &#233;d. &#233;tablie par Alastair B. DUNCAN et Jean H. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et c'est cette partialit&#233; qui, au sein des &#339;uvres, est la marque de cette faillite de sens et de ce d&#233;tachement des r&#233;cits sociaux. Ainsi, si les yeux d'enfants d&#233;tachent petit &#224; petit Simon des constructions familiales, chaque p&#233;riode de sa vie semble lui offrir un regard renouvel&#233; sur d'autres formes de constructions sociales et de r&#233;cits politiques s'affirmant comme prometteurs. Dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, c'est le r&#233;cit communiste v&#233;hicul&#233; par l'URSS qui est disqualifi&#233;, non tant par le regard que porte le narrateur sur lui, mais par sa mise en regard, &#224; travers le mouvement d'un voyage en train, avec la mobilisation du personnage. Dans Le Tramway, au contraire, plus de notion d'espoir ou de croyance en un quelconque r&#233;cit qui serait ensuite mise &#224; mal : chaque mention de l'&#233;volution de la ville et des projets et discours sociaux associ&#233;s &#224; cette &#233;volution est empreinte d'un vaste scepticisme et d'une distance aux &#171; murs de briques m&#233;caniques jaunes et [aux] toits de tuiles, m&#233;caniques aussi, d'un brun-rouge sale &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 118) et aux &#171; fades projets d'architecte &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 118). De l'incompr&#233;hension au scepticisme lucide en passant par une rapide d&#233;sillusion, ce sont de multiples prises de distance qui sont construites par rapport aux r&#233;cits qui &#171; ne montre[nt] par la structure de la soci&#233;t&#233; [&#8230;] comme influen&#231;able par la soci&#233;t&#233; &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 33, 34). Le fait d'exposer ces r&#233;cits, tout en les structurant en images face &#224; des perceptions, des regards intimes et partiaux permet d'envisager un questionnement social et politique de leur construction.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c'est &#233;galement toute la stylistique et les mat&#233;riaux utilis&#233;s pour construire les &#339;uvres qui permettent de cr&#233;er ces effets de distance. Si nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; quelques marqueurs stylistiques &#8211; utilisation de modalisateurs, insertions parenth&#233;tiques, tournures de modulation et de nuance &#8211; et narratifs &#8211; points de vue partiel, hors des cadres des r&#233;cits sociaux, fragmentation permettant une sortie de la lin&#233;arit&#233; &#8211;, c'est l'utilisation de la m&#233;moire sous plusieurs formes comme mat&#233;riau d'&#233;criture qui ach&#232;ve des cr&#233;er ces effets de distanciation. En effet, la m&#233;moire n'est pas uniquement li&#233;e &#224; une dynamique psychologique mais bien &#224; des objets. Le chapitre V de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, la m&#233;moire des parents est notamment restitu&#233;e par des photographies permettant de mettre en sc&#232;ne les actions de la m&#232;re &#224; travers les trois occurrences de &#171; elle photographia &#187; et les deux mentions &#171; elle prit des photos &#187; et &#171; elle prit la derni&#232;re photo &#187; &#224; la page 122 mais &#233;galement, &#224; la page 124, par les &#233;changes de &#171; cartes postales &#187; envoy&#233;es par le p&#232;re &#171; dont elle faisait collection &#187;. C'est &#233;galement, dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, &#224; l'occasion de la mention d'une &#171; photographie dat&#233;e au dos (juillet 1914) d'une &#233;criture aux hauts jambages dont l'encre d'un vilain violet s'&#233;tait, dans les pleins, comme recouverte d'un l&#233;ger moisi d'un vert dor&#233; &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 128). Outre le fait de constituer, au sein du texte et par les mots, des images m&#233;morielles, Simon utilise d'autres mat&#233;riaux visuels pour restituer une m&#233;moire au moment o&#249; est fait mention de cette unique date de l'ouvrage. C'est le visuel qui permet la mise en perspective du texte et rend compte ici du passage du temps et de son influence physique, &#224; travers la mention du &#171; l&#233;ger moisi &#187;, sur la m&#233;moire elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les textes se construisent donc en regard &#224; travers les mentions d'objets et leur insertion &#224; des moments cl&#233;s de retranscription de la m&#233;moire. Pour explorer cette derni&#232;re, outre les images ext&#233;rieures permettant un jeu d'&#233;cho entre les &#339;uvres, c'est &#233;galement par la cr&#233;ation d'images internes que des effets d'&#233;cho se construisent au sein des &#339;uvres pour elles-m&#234;mes. Dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, c'est &#224; travers une construction en &#233;cho entre les chapitres consacr&#233;s au p&#232;re et les chapitres consacr&#233;s &#224; sa propre exp&#233;rience que Simon &#233;tablit cette confrontation, cette dualit&#233; et cette prise de distance r&#233;flexive articul&#233;e autour de la date cl&#233; du 27 ao&#251;t, 1914, dans le chapitre III, date de la mort du p&#232;re, et 1939, dans le chapitre VI, date de sa propre mobilisation. Ce lien est cr&#233;&#233; entre les deux figures par l'imminence de la mort De m&#234;me, dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, c'est la peur de l'imminence de la mort du narrateur induite par sa position de malade dans un h&#244;pital qui le pousse &#224; ins&#233;rer au sein de la narration, une image de double de lui-m&#234;me &#224; travers son voisin de chambre, sorte de &#171; double ricanant &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 59). Ces figures permettent un regard distanci&#233; sur les personnages mis en sc&#232;nes mais &#233;galement sur le r&#244;le de la m&#233;moire dans la construction narrative.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces deux mouvements d'insertion et de cr&#233;ation d'images d'&#233;cho rejoignent ce que Brecht souhaitait mettre en place dans son art distanci&#233;. Pour lui, le visuel a un r&#244;le &#224; jouer pour que &#171; le public ne soit surtout pas invit&#233; &#224; se jeter dans la fable comme dans un fleuve &#187; (&lt;i&gt;POT,&lt;/i&gt; 67, 62). Il &#233;tait courant qu'il utilise des coupures de journaux ou des photographies projet&#233;es lors de ses mises en sc&#232;nes pour questionner la m&#233;moire collective et r&#233;clamait de ses com&#233;diens une qualit&#233; d'observation et un mouvement de distance vis-&#224;-vis de ces projections mais &#233;galement vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes. Pour lui &#171; l'observation est une partie essentielle de l'art dramatique. Le com&#233;dien observe autrui de tous ses muscles et de tous ses nerfs par un acte d'imitation qui est en m&#234;me temps un processus de r&#233;flexion &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 54, 50). C'est donc &#233;galement sur sc&#232;ne et dans la construction m&#234;me des personnages que l'effet de distanciation doit s'exercer.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, si pour Brecht, cet effet de distanciation doit avoir pour objectif l'&#233;tablissement d'un &#171; ex&#233;g&#232;se &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 68, 64), il n'en est peut-&#234;tre pas tout &#224; fait de m&#234;me chez Simon qui ne d&#233;clare jamais ou ne met jamais en sc&#232;ne dans ses &#339;uvre une volont&#233; d'acc&#232;s &#224; une connaissance sup&#233;rieure de ces m&#233;canismes du monde mis au jour par l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;questionnement&#034;&gt;L'effet de distanciation r&#233;investi mais renouvel&#233;, de la prise de conscience au questionnement perp&#233;tuel&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si ces constats mis en &#339;uvre d'une forme de distanciation sont ici &#233;tablis et partag&#233; par les deux auteurs c'est qu'ils ont, chacun &#224; leur mani&#232;re &#233;t&#233; marqu&#233;s par les grandes ruptures politiques et structurelles du XXe si&#232;cle. Parce que Brecht s'inscrit dans une po&#233;tique dialectique inspir&#233;e du Marxise, il cherche &#224; mettre en &#339;uvre les moyens de questionner les soci&#233;t&#233;s &#233;tablies &#224; travers le prisme scientifique. Simon quant &#224; lui, appara&#238;t comme plus intimement marqu&#233; par les conflits mondiaux et l'intime le pousse &#224; interroger plus avant le rapport au social et &#224; la m&#233;moire. Les constats similaires qui ont &#233;t&#233; ici mis au jour ne d&#233;coulent pas exactement des m&#234;mes exp&#233;riences et les &#339;uvres de Simon semblent aller au-del&#224; de la volont&#233; brechtienne de &#171; transformation de la soci&#233;t&#233; &#187; (&lt;i&gt;POT&lt;/i&gt;, 56, 52), la premi&#232;re diff&#233;rence se situant au niveau du traitement de la certitude. Alors que Brecht souhaite mettre au jour une soci&#233;t&#233; pouvant &#234;tre mise en cause par le public qui aura, par la repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale, atteint un niveau de conscience sup&#233;rieur, il n'en est rien chez Simon. En t&#233;moigne notamment leurs utilisations oppos&#233;es de l'esth&#233;tique de l'ouverture. Les pi&#232;ces de Brecht, construites en tableaux successifs, ne s'inscrivant pas dans la logique progressive introduction-d&#233;veloppement-conclusion de la fable aristot&#233;licienne, n'offraient pas de conclusions ou de r&#233;elles fins. En cela les fins de ses pi&#232;ces avaient pour vocation de n'&#234;tre jamais conclusives et d'ouvrir vers la possibilit&#233;, pour le public, de s'emparer des conditions d'&#233;tablissement des structures de la soci&#233;t&#233; par une compr&#233;hension progressive pour avoir une influence sur elles. Cependant, si les &#339;uvres de Simon proposent une m&#234;me dynamique d'ouverture non conclusive, c'est pour exprimer l'impossibilit&#233; d'arriver &#224; un sens d&#233;finitif et &#224; une image structur&#233;e. &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; s'ach&#232;ve ainsi sur le commencement de l'&#233;criture &#171; devant une feuille de papier blanc &#187; et par la contemplation du mouvement naturel d'un acacia sur un &#171; fond de t&#233;n&#232;bres &#187; (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 380). Une forme de brouillard, de myst&#232;re &#233;mane de cet excipit pouvant rappeler celui du &lt;i&gt;Tramway&lt;/i&gt;, o&#249;, la mention d'un paysage v&#233;g&#233;tal est pr&#233;texte au surgissement dans le texte de &#171; l'impalpable et protecteur brouillard de la m&#233;moire &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 132). Plus question chez Simon de sens qui appara&#238;trait clairement &#224; celui que le texte a sorti de sa simple position de spectateur : c'est un brouillage m&#233;ticuleux qui se met en place &#224; la fin des &#339;uvres apr&#232;s en avoir ponctu&#233; des moments cl&#233;s pour signifier l'impossibilit&#233; de la m&#233;moire &#224; &#234;tre totalement reconstitu&#233;e mais &#233;galement l'impossibilit&#233; pour les personnages et/ou l'auteur en train de produire une &#339;uvre de t&#233;moigner d'une r&#233;alit&#233; tangible, palpable. De cette mani&#232;re, c'est la m&#233;moire et l'intime qui sont questionn&#233;s dans leur restitution. Dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, la naissance du personnage principal est elle-m&#234;me envelopp&#233;e de ce voile qui t&#233;moigne de l'impossibilit&#233; &#224; dire. En effet, la description de sa m&#232;re enceinte est ponctu&#233;e de mentions &#224; &#171; une implacable couche de poussi&#232;re, une poussi&#233;reuse et jaune &#233;paisseur de temps &#187;, une &#171; esp&#232;ce de l&#233;thargie &#187;, ou encore des &#171; protectrices &#233;paisseurs de [&#8230;] b&#233;atitude &#187; (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 144-5). &#192; travers une description visuelle utilisant les &#233;l&#233;ments de d&#233;cors tels que &#171; des jalousies &#187; (A, 144), se construit une image incompl&#232;te et inconnaissable des origines du personnage, fait d'angles morts visuels et de manques m&#233;moriels.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Ainsi, tout &#233;chappe &#224; la reconstitution m&#233;morielle et doit sans cesse &#234;tre recommenc&#233;, r&#233;&#233;crit. Ce &#171; brouillard de la m&#233;moire &#187; persiste &#224; travers les diff&#233;rents r&#233;investissements des souvenirs et malgr&#233; la constitution d'images, l'utilisation de mat&#233;riaux divers et les multiples ph&#233;nom&#232;nes de corrections, de pr&#233;cisions. Le texte op&#232;re de r&#233;guliers d&#233;centrements de la pens&#233;e, de la vision et de ce que l'on croit avoir &#233;t&#233; mis au jour. Seul persiste le doute et l'ouverture des textes pour permettre, toujours, un ajout, une correction ou une r&#233;&#233;criture.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Or, si le sens est toujours questionn&#233; et que le texte ouvert n'a plus vocation &#224; l'&#233;l&#233;vation de son r&#233;cepteur, c'est que Simon propose &#233;galement un renouvellement de ce qui a pu, dans ses textes, se rapprocher de la dialectique brechtienne. Ce dont il est question dans ses &#339;uvres, ce n'est plus la transmission d'&#233;l&#233;ments nouveaux au r&#233;cepteur &#224; travers de nouveaux moyens de dire mais la recherche m&#234;me d'une nouvelle mani&#232;re de dire qui soit au plus proche de l'image de ce qui a &#233;t&#233; per&#231;u &#224; un instant donn&#233;. Le texte simonien cherche &#224; d&#233;passer le langage pour faire image par le biais m&#234;me du langage. En t&#233;moigne cette r&#233;flexion au sujet du terme &#171; peur &#187; dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; au moment o&#249; &#171; toute logique et toute coh&#233;rence allaient &#224; l'encontre de ce qu'il &#233;tait en train de vivre (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 294). Il se d&#233;crit comme &#171; pouvant maintenant sentir en lui cette chose qui dans le vocabulaire coh&#233;rent et logique devait avoir pour nom peur [&#8230;] mais se traduisait au contraire sous le grand soleil par une innommable sensation de vie, de glacial, d'irr&#233;m&#233;diable, et si &#231;a avait une couleur, c'&#233;tait couleur de fer, gris&#226;tre &#187; (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 296). Cette dynamique rejoint celle que nous avons pr&#233;c&#233;demment mentionn&#233;e de la correction et de l'utilisation du &#171; o&#249; plut&#244;t &#187; qui semble ainsi pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me par la radicalit&#233; de l'exp&#233;rience qu'il est en train de vivre. Puisque la m&#233;moire a fait l'exp&#233;rience de l'irrationnel, la rationalit&#233; des mots ne t&#233;moigne plus de la r&#233;alit&#233; de la chose en train de se dire. Il est donc n&#233;cessaire d'avoir recours &#224; des &#233;l&#233;ments hors langage, comme la couleur ou la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette impossibilit&#233; &#224; dire ou &#224; restituer le r&#233;el se traduit &#233;galement au niveau de la narration sociale et politique que nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e. Si, tout comme Brecht, Simon pr&#233;sente un regard d&#233;centr&#233; sur des r&#233;cits politiques et des id&#233;ologies globales, il ne le fait pas dans le but de provoquer une posture active du r&#233;cepteur vis-&#224;-vis d'elle. L'effet de distance vise avant tout &#224; les questionner, sans jamais impliquer un mode d'action r&#233;sultant de ce questionnement. Ainsi Vincent Joos remarque que loin de tout renversement id&#233;ologique, dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt;, &#171; la mise en situation de personnages ne rel&#232;ve pas de l'explication causale rationnelle mais plut&#244;t d'une compr&#233;hension perceptuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JOOS Vincent, &#171; La critique sociale dans Le Tramway de Claude Simon &#187;, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est l&#224; que se situe le point de rupture avec Brecht, dans l'id&#233;e que les rapports sociaux ne doivent pas n&#233;cessairement &#234;tre &#233;tablis par des personnages portant en eux les conditions rationnelles de leur statut mais plut&#244;t que cela peut transparaitre &#224; la lecture gr&#226;ce &#224; une &#233;criture renouvel&#233;e de la perception de ces personnages, notamment &#224; travers le d&#233;centrement du regard. Pour Joos, Simon parvient au stade de l'&#171; &#233;criture elle-m&#234;me productrice de sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et on constate, plus que la mise en perspective des r&#233;cits sociaux par la cr&#233;ation de personnages ostensiblement porteurs de marques les rattachant &#224; un milieu, &#171; l'apparition de la mati&#232;re sociale au fil des d&#233;placements de la narration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 126&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et la description de ces milieux &#171; n'a donc pas de caract&#232;re d&#233;finitif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. L'&#233;criture ouvre un champ des possibles pour l'interpr&#233;tation, mais sans avoir jamais pr&#233;sent&#233; les conditions sociales comme un fait &#233;tabli et dans une description d&#233;finitive correspondant ainsi au souhait &#233;nonc&#233; par Simon dans le discours de Stockholm de &#171; non plus d&#233;montrer, donc, mais montrer, non plus reproduire mais produire, non plus exprimer mais d&#233;couvrir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMON Claude, Discours de Stockholm, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1986.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est ce dernier aspect qui nous int&#233;resse enfin ici. Si la fragmentation et le d&#233;centrement n'ont pas vocation &#224; &#233;lever le r&#233;cepteur, &#224; produire un sens, la pr&#233;sence perp&#233;tuelle d'un voile sur la m&#233;moire qui emp&#234;che une saisie totale ne correspond pas, chez Simon, au constat d'une forme de faillite du langage et cela n'emp&#234;che en aucun cas l'&#233;criture. Au contraire, il s'agit d'&#233;crire, avec distance et en cr&#233;ant de nouvelles formes pour tenter de d&#233;crire et de rendre la r&#233;alit&#233; de ce voile sur le r&#233;el. Simon d&#233;clarait &#224; ce sujet : &#171; je ne pense plus qu'on puisse &#8220;reconstituer&#8221; quoi que ce soit. Ce que l'on constitue c'est un texte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KNAPP B.L., &#171; Document. Interview avec Claude Simon &#187;, Kentucky Romance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est ce texte constitu&#233; et &#233;tabli qui importe dans la cr&#233;ation litt&#233;raire simonienne. S'il est impossible de raconter ou de reconstituer ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu, il est possible, &#224; partir du v&#233;cu et des fragments m&#233;moriels de constituer, au sein d'un texte et &#224; travers des formes nouvelles, des images signifiantes pour r&#233;pondre aux questionnements perp&#233;tuels que posent les tentatives de restitutions m&#233;morielles. Cette id&#233;e surgit dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; au moment cl&#233; de la reconstitution textuelle du champ de bataille. Simon met en regard la restitution d'&#233;l&#233;ments m&#233;moriels datant de la guerre et la restitution d'une tentative de restitution par &#233;crit de la m&#233;moire de guerre, notamment &#224; travers l'utilisation r&#233;p&#233;t&#233;e de la locution &#171; plus tard &#187;. Il explique ainsi que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
plus tard, quand il essaya de raconter ces choses, il se rendit compte qu'il avait fabriqu&#233; au lieu de l'informe, de l'invert&#233;br&#233;, une relation d'&#233;v&#233;nements telle qu'un esprit normal [&#8230;] pouvait la constituer apr&#232;s coup, &#224; froid, conform&#233;ment &#224; un usage &#233;tabli des sons et de signes convenus, c'est-&#224;-dire suscitant des images &#224; peu pr&#232;s nettes, ordonn&#233;es, distinctes les unes des autres, tandis qu'&#224; la v&#233;rit&#233; cela n'avait ni formes d&#233;finies, ni noms, ni adjectifs, ni sujets, ni compl&#233;ments, ni ponctuation (&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;, 286)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela rejoint l'id&#233;e selon laquelle le langage &#233;tait d&#233;nonc&#233;, par l'usage m&#234;me du langage, comme incapable de restituer la pr&#233;cision d'un ressenti, de la sensation de peur, et du souvenir de ce ressenti. Il en est de m&#234;me ici pour la restitution g&#233;n&#233;rale des sc&#232;nes de guerre. Ce qui semble importer, ce ne sont pas les faits en eux-m&#234;mes mais l'esprit avec lequel ils ont &#233;t&#233; v&#233;cus et appr&#233;hend&#233;s au moment qui est relat&#233;. Si l'appr&#233;hension qui a &#233;t&#233; faite de ces &#233;v&#233;nements a &#233;t&#233; brouill&#233;e ou fauss&#233;e par leur extr&#234;me violence, il est difficile &#171; apr&#232;s coup &#187; d'en constituer des &#171; images nettes &#187; gr&#226;ce &#224; des &#171; signes convenus &#187;. La radicalit&#233; de cette exp&#233;rience n&#233;cessite une restitution qui en rende compte quitte &#224; s'inscrire dans une certaine distance par rapport aux formes &#233;tablies et aux narrations classiques. Il serait hypocrite de vouloir reconstituer des images hors du ressenti et ne correspondant pas aux r&#233;alit&#233;s de la m&#233;moire. Plus que des images coh&#233;rentes de guerres, Simon propose des images sans cesse renouvel&#233;es restituant partiellement diff&#233;rentes formes de m&#233;moires des conflits mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re instable de la m&#233;moire, s'il peut relever de l'instabilit&#233; m&#234;me des images primaires constituant le souvenir, peut &#233;galement &#234;tre li&#233;e au passage du temps. En t&#233;moigne ce constat &#233;tabli dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; par le narrateur qui semble constater une prise de distance avec certaines p&#233;riodes de sa vie : &#171; le mode de vie que j'avais connu jusque-l&#224; [&#8230;] me parut sinon &#233;tranger du moins reculer dans un pass&#233; (ou un espace) lointain avec lequel je perdais lentement contact &#187; (&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;, 123). Ici, c'est non pas le souvenir mais bien ce qui le constitue qui &#171; recule &#187; dans un espace-temps autre, qui ne dispara&#238;t pas tout &#224; fait mais avec lequel le narrateur ne parvient plus &#224; communiquer. C'est &#224; nouveau l'id&#233;e d'un mouvement, en t&#233;moigne l'utilisation de l'adjectif &#171; lentement &#187;, qui est associ&#233;e &#224; la pr&#233;sence des souvenirs dans l'espace du texte. Il n'est donc pas possible ne restituer ce mode de vie ant&#233;rieur, ou de recr&#233;er un r&#233;cit signifiant et coh&#233;rent autour de quelque chose qui a disparu, mais les diff&#233;rentes modalit&#233;s de distances prises face &#224; ces souvenirs et ces images du pass&#233; permettent au texte d'exprimer et de d&#233;crire cette impossibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les constats th&#233;oriques au sujet de la litt&#233;rature classique rel&#232;vent chez Brecht et Simon d'une m&#234;me volont&#233; de sortir de formes &#233;tablies de narration pour renouveler le regard d'un r&#233;cepteur et ainsi le rendre agissant. De l&#224;, s'impose, stylistiquement, de m&#234;mes r&#233;ponses dans les cr&#233;ations litt&#233;raires permettant, gr&#226;ce &#224; un effet de distanciation, de questionner les r&#233;cits construits et &#233;tablis, qu'ils soient politiques, id&#233;ologiques ou litt&#233;raires, par le biais de la multiplicit&#233;, de la correction, de la production d'images et de la sortie de la lin&#233;arit&#233;. Cependant, Simon, s'il s'inscrit dans la m&#234;me logique que celle de Brecht pour sortir d'une vision aristot&#233;licienne de la fable, n'a pas exactement les m&#234;mes objectifs lorsqu'il souhaite rendre son lecteur actif et le faire acc&#233;der &#224; un sens nouveau des choses. Si l'intention Brechtienne est avant tout politique, l'intention simonienne quant &#224; elle est plus intime et a un rapport plus &#233;troit avec l'utilisation romanesque de la m&#233;moire comme mat&#233;riau d'origine de l'&#233;crit. La distanciation &#233;tablie par Simon dans ses ouvrages correspond non pas &#224; ce que Brecht avait imagin&#233; mais &#224; ce que Brecht pressentait comme contenu dans l'&#233;nonciation de son projet. Simon utilise un mat&#233;riau intime et m&#233;moriel &#224; la fois pour se distancier des formes &#233;tablies mais &#233;galement pour se distancier de ce qu'il produit en tant que texte. Ce recours permet un d&#233;passement de la rationalit&#233; et d'un souhait de mise en action politique pr&#244;n&#233;s par Brecht pour parvenir &#224; questionner le texte m&#234;me et son mat&#233;riau. Il s'agit donc d'envisager les th&#233;ories brechtiennes comme un &#233;lan, qui, si on laisse de c&#244;t&#233; ce qui est historiquement dat&#233;, continue d'irriguer la litt&#233;raire et artistique. Brecht a d&#233;fini une disposition de pens&#233;e, de cr&#233;ation, de repr&#233;sentation de soi, du monde et de ce qu'il nomme &#171; la vie en commun des hommes &#187;. Cependant, cela permet de consid&#233;rer cette mani&#232;re d'envisager le th&#233;&#226;tre comme s'inscrivant dans un contexte socio-historique avec des objectifs pr&#233;cis et qui doit &#233;voluer si ces conditions socio-historiques ou ces objectifs &#233;voluent. La distance simonienne se construit ainsi comme une forme de distance &#224; son propre r&#233;cit ; elle est &#224; la fois distance qui interroge et distance qui permet de continuer &#224; dire. Simon, en t&#233;moignant de mani&#232;re constante de sa difficult&#233; &#224; restituer le monde, les choses et les souvenirs parvient &#224; cette nouvelle forme de distance &#8211; par un renouvellement de l'effet de distanciation &#8211; qui lui permet d'&#234;tre plus juste dans son appr&#233;hension de l'exp&#233;rience et de la m&#233;moire puisqu'elle devient le biais par lequel elles peuvent &#234;tre &#233;crites, dans leur multiplicit&#233; tout comme dans leurs failles. Ce que l'on pourrait donc qualifier de distanciation simonienne, a pour but d'interroger sans jamais donner de forme d&#233;finitive en r&#233;ponse aux interrogations mais &#233;galement de mettre au jour l'impossibilit&#233; de la restitution unilat&#233;rale et univoque du monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;bibliographie&#034;&gt;Bibliographie&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;corpus&#034;&gt;Corpus principal&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;BRECHT Bertolt, &lt;i&gt;Petit organon pour le th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt;, traduction : TAILLEUR Jean, Paris, L'Arche, [1963] 2010.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
SIMON Claude, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, [1975] 2004.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
SIMON Claude, &lt;i&gt;Le tramway&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, [2001] 2012.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;citations&#034;&gt;&#338;uvres, articles ou &#233;tudes cite&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;ALLEMAND Roger-Michel , &#171; Claude Simon pour tout vestige &#187;, &lt;i&gt;Babel&lt;/i&gt;, n&#176;27, 2013, p. 231-246&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDIER Alexandre, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3406/litts.2002.2185&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Locomotion, Transport, &#201;motion dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, dans &lt;i&gt;Litt&#233;ratures&lt;/i&gt;, n&#176; 46, printemps 2002, p. 77-90&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
ALPHANT Marianne, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/ccs.289&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#171; Et &#224; quoi bon inventer ? &#187; suivi de &#171; Le requiem acacia de Claude Simon &#187; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176; 11, 2016&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
BLANC Anne-Lise, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.7202/1039903ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La lecture emp&#234;ch&#233;e dans les romans de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Tangence&lt;/i&gt;, num&#233;ro 112, 2016, p. 15&#8211;30&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DUNCAN Alastair B., &lt;a href=&#034;https://sflgc.org/agregation/duncan-alastair-b-lacacia-de-claude-simon/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;SFLGC, Agr&#233;gation&lt;/i&gt;, publi&#233; le 24 f&#233;vrier 2018&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
JOOS Vincent, &#034;La critique sociale dans Le Tramway de Claude Simon,&#034; dans &lt;i&gt;Roman 20-50&lt;/i&gt;, n&#176; 37, 2004, p. 125-136&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
KNAPP B.L., &#171; Document. Interview avec Claude Simon &#187;, Kentucky &lt;i&gt;Romance Quarterly&lt;/i&gt;, vol. 16, n&#176;2, 1969&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LAURICHESSE Jean-Yves, &#171; &#8220;Mai qui fut sans nuage...&#8221; M&#233;lancolie de &lt;i&gt;la Route des Flandres&lt;/i&gt; chez Claude Simon &#187; dans &lt;i&gt;Nord'&lt;/i&gt;, vol. 68, n&#176; 2, 2016, p. 13-22&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
SIMON Claude, &lt;i&gt;Discours de Stockholm&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1986&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
SIMON Claude, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, vol. I, &#233;d. &#233;tablie par Alastair B. DUNCAN et Jean H. DUFFY, Paris, Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
SIMON, Claude, &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187;, discours initialement prononc&#233; en 1989, &lt;i&gt;Francofonia&lt;/i&gt;, vol. 10, no 18, 1990.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BRECHT Bertolt, &lt;i&gt;Petit organon pour le th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt;, traduction : TAILLEUR Jean, Paris, L'Arche, [1963] 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, fragment 7, p. 16 (les prochaines citations seront suivies des indications &lt;i&gt;POT&lt;/i&gt; pour le titre et du num&#233;ro du fragment et de page).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, [1975] 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &lt;i&gt;Le tramway&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, [2001] 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &lt;i&gt;Le tramway&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 128 (les prochaines citations seront suivies des indications T pour le titre et du num&#233;ro de page).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Op. cit, p. 210 (les prochaines citations seront suivies des indications A pour le titre et du num&#233;ro de page).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ne sont ici pas pr&#233;sent&#233;s tous les liens entre les &#339;uvres qui m&#233;riteraient, &#224; eux seuls, une &#233;tude enti&#232;re. Cette derni&#232;re a pu &#234;tre esquiss&#233;e dans l'article d'Annie CL&#201;MENT-PERRIER, &#171; Un si &#171; fatidique &#187; tramway. A propos du roman de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, vol. 136, no. 4, 2003, p. 469-486. Ce dernier s'articule autour du chapitre VII de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, de l'&#233;vocation du tramway que nous avons mentionn&#233;e et de l'absence de cette sc&#232;ne cl&#233; dans l'ultime ouvrage de Simon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187;, discours initialement prononc&#233; en 1989, &lt;i&gt;Francofonia&lt;/i&gt;, vol. 10, no 18 (printemps 1990), p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 6&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DIDIER Alexandre, &#171; Locomotion, Transport, &#201;motion dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, dans &lt;i&gt;Litt&#233;ratures&lt;/i&gt;, n&#176; 46, printemps 2002, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187;, Op. cit., p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ALLEMAND Roger-Michel, &#171; Claude Simon pour tout vestige &#187;, &lt;i&gt;Babel&lt;/i&gt;, n&#176;27, 2013, p. 231.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ALPHANT Marianne, &#171; &#171; Et &#224; quoi bon inventer ? &#187; suivi de &#171; Le requiem acacia de Claude Simon &#187; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, n&#176; 11, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BLANC Anne-Lise, &#171; La lecture emp&#234;ch&#233;e dans les romans de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;Tangence&lt;/i&gt;, num&#233;ro 112, 2016, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;ponse &#224; Jean-Paul Sartre qui s'&#233;tonnait dans Qu'est-ce que la litt&#233;rature ? de la &#171; contamination &#187; de la prose par la po&#233;sie et posait la question suivante : &#171; En un mot, il s'ag&#238;t de savoir de quoi on veut &#233;crire : des papillons ou de la condition des juifs&#8230; &#187;. Simon, dans &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187; d&#233;veloppe l'id&#233;e que l'&#233;criture de l'un n'est pas tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; l'autre et que les mots dans leur mat&#233;rialit&#233; ont toute leur importance dans la signification et dans la r&#233;ception des textes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &#171; Probl&#232;mes que posent le roman et l'&#233;criture &#187;, Op. cit., p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LAURICHESSE Jean-Yves, &#171; &#8220;Mai qui fut sans nuage...&#8221; M&#233;lancolie de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; chez Claude Simon &#187; dans &lt;i&gt;Nord'&lt;/i&gt;, vol. 68, n&#176; 2, 2016, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DUNCAN Alastair B., &#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;SFLGC, Agr&#233;gation&lt;/i&gt;, publi&#233; le 24 f&#233;vrier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, vol. I, &#233;d. &#233;tablie par Alastair B. DUNCAN et Jean H. DUFFY, Paris, Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, p. 1229.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JOOS Vincent, &#171; La critique sociale dans &lt;i&gt;Le Tramway&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, dans &lt;i&gt;Roman 20-50&lt;/i&gt;, n&#176; 37, 2004, p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 126&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMON Claude, &lt;i&gt;Discours de Stockholm&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KNAPP B.L., &#171; Document. Interview avec Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;Kentucky Romance Quarterly&lt;/i&gt;, vol. 16, n&#176;2, 1969, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alastair B. Duncan. Le symbole dans l'&#339;uvre de Claude Simon</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Alastair-B-Duncan-Le-symbole-dans-l-oeuvre-de-Claude-Simon.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Alastair-B-Duncan-Le-symbole-dans-l-oeuvre-de-Claude-Simon.html</guid>
		<dc:date>2019-02-24T00:23:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Duncan, Alastair B.</dc:subject>
		<dc:subject>Analogie</dc:subject>
		<dc:subject>Symbole</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; Alastair B. Duncan. &#171; Le symbole dans l'&#339;uvre de Claude Simon &#187; Conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; Paris X Nanterre le 4 f&#233;vrier 2019 &lt;br class='autobr' /&gt;
En juillet 1971, lors d'un colloque de Cerisy sur le nouveau roman, Claude Simon a donn&#233; une conf&#233;rence intitul&#233;e &#171; La fiction mot &#224; mot &#187;. Pour illustrer la &#171; composition d'ensemble &#187; de ses romans, il cite ce qu'il appelle &#171; l'admirable formulation de Baudelaire &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme de longs &#233;chos qui de loin se confondent Dans une t&#233;n&#233;breuse et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-cours-et-conferences-.html" rel="directory"&gt;Cours et conf&#233;rences &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Duncan-Alastair-B-45-+.html" rel="tag"&gt;Duncan, Alastair B.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Analogie-+.html" rel="tag"&gt;Analogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Symbole-+.html" rel="tag"&gt;Symbole&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alastair B. Duncan. &#171; Le symbole dans l'&#339;uvre de Claude Simon &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; Paris X Nanterre le 4 f&#233;vrier 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L480xH405/img-1-small480-a55a7.jpg?1787935547' width='480' height='405' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1971, lors d'un colloque de Cerisy sur le nouveau roman, Claude Simon a donn&#233; une conf&#233;rence intitul&#233;e &#171; La fiction mot &#224; mot &#187;. Pour illustrer la &#171; composition d'ensemble &#187; de ses romans, il cite ce qu'il appelle &#171; l'admirable formulation de Baudelaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouveau roman : hier, aujourd'hui, t. 2 : Pratiques, Jean Ricardou et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comme de longs &#233;chos qui de loin se confondent&lt;br/&gt;
Dans une t&#233;n&#233;breuse et profonde unit&#233;&lt;br/&gt;
Vaste comme la nuit et comme la clart&#233;&lt;br/&gt;
Les parfums, les couleurs et les sons se r&#233;pondent.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais l'analogie avec Baudelaire n'a pas plu &#224; tous. Lors de la discussion qui a suivi la conf&#233;rence, Simon a &#233;t&#233; vivement pris &#224; partie par d'autres participants du colloque. Vous vous souvenez de la premi&#232;re strophe du po&#232;me de Baudelaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La nature est un temple o&#249; de vivants piliers&lt;br/&gt;
Laissent parfois sortir de confuses paroles.&lt;br/&gt;
L'homme y passe &#224; travers des for&#234;ts de symboles&lt;br/&gt;
Qui l'observent avec des regards familiers.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point pr&#233;cis que Georges Raillard r&#233;agit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;il me semble qu'il y avait un gommage du mot symbole que Baudelaire propose. Votre vocabulaire n'est pas celui du symbole et je m'en r&#233;jouis personnellement. Mais j'ai &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; de voir intervenir ce texte de Baudelaire dont pr&#233;cis&#233;ment tout montre la distance que vous prenez par rapport &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alain Robbe-Grillet reprend la balle au bond :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais abonder dans le sens de Raillard : effectivement dans tout ce que dit Baudelaire il y a quelque chose qui nous g&#234;ne terriblement, parce que son id&#233;e de symbole renvoie &#224; une nature, &#224; une essence divine qui serait par-derri&#232;re. Ce qui n'existe pas du tout dans votre travail, Simon. Heureusement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Puis Simon intervient pour se d&#233;fendre ou plut&#244;t pour s'expliquer : &#171; Oui, je fais subir en quelque sorte &#224; la Nature dont parle Baudelaire un d&#233;placement de sens. Je pense plut&#244;t au langage dont les vivants piliers&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 104.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma conf&#233;rence d'aujourd'hui sera dans un premier temps l'explication de ces &#233;changes. Pourquoi ce consensus pour rejeter le symbole ? Que vient faire le langage l&#224;-dedans ? Puis je verrai de plus pr&#232;s la notion de symbole. Enfin je reviendrai sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; pour voir si on y peut y trouver de v&#233;ritables symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc cette suspicion collective du symbole ? C'est une question qui n'a pas &#224; nous retenir longtemps. Robbe-Grillet nous met sur la piste. L'id&#233;e du symbole chez Baudelaire, dit-il, &#171; renvoie &#224; une Nature, &#224; une essence divine qui serait par-derri&#232;re &#187;. Dans &lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, Robbe-Grillet avait proclam&#233; sa volont&#233; d'&#233;chapper &#171; aux vieux mythes de la profondeur &#187;. &#171; Le monde n'est ni signifiant ni absurde. Il est tout simplement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un nouveau roman, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1963, p. 21.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Dans ses interviews et ses essais Simon a souvent pendant toute sa carri&#232;re signal&#233; son accord avec Robbe-Grillet sur &#171; la non-signification du monde &#187;. Par exemple dans son discours de Stockholm au moment de recevoir le Prix Nobel : &#171; Je n'ai jamais encore, &#224; soixante-douze ans, d&#233;couvert aucun sens &#224; tout cela, si ce n'est comme, comme l'a dit, je crois, Barthes apr&#232;s Shakespeare que &#8216;si le monde signifie quelque chose, c'est qu'il ne signifie rien' &#8211; sauf qu'il est&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#338;uvres, Pl&#233;iade, 2006, p, 898.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais le th&#232;me de la non-signification du monde est &#233;galement pr&#233;sent dans les romans, par exemple dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;. Parmi les mythes de la profondeur serait celui d'un au-del&#224;, d'un r&#233;el au-del&#224; des apparences. Simon l'illustre et le commente dans les descriptions successives d'un cheval : agonisant, &#171; C'&#233;tait comme s'il avait abandonn&#233;, renonc&#233; au spectacle de ce monde pour retourner son regard, le concentrer sur une vision int&#233;rieure plus reposante que l'incessante agitation de la vie, une r&#233;alit&#233; plus r&#233;elle que le r&#233;el &#187; ; mort, &#171; il nous narguait proph&#233;tique fort d'une connaissance d'une exp&#233;rience que nous ne poss&#233;dions pas, du d&#233;cevant secret qu'est la certitude de l'absence de tout secret, de tout myst&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 283 et 382. Minuit &#171; double &#187;, p. 123 et 255.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut pousser l'analyse plus loin. La nature, selon le sonnet de Baudelaire, est une for&#234;t de symboles. Il s'ensuit que le po&#232;te, en d&#233;crivant parfums, couleurs et sons ne les &#233;voque pas pour eux-m&#234;mes mais in&#233;vitablement pour parler de ce r&#233;el qui d&#233;passe les apparences. C'est-&#224;-dire que le symbole, au moins dans l'acception que les nouveaux romanciers attribuent &#224; Baudelaire, instrumentalise le langage. &#192; cet &#233;gard l'hostilit&#233; des nouveaux romanciers au symbole est le pendant de leur hostilit&#233; au roman engag&#233;. Symbole et roman engag&#233; subordonnent le langage du roman &#224; d'autres buts. Le symbole d&#233;signe une r&#233;alit&#233; transcendante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean Mor&#233;as, &#171; Le symbolisme &#187;, Le Figaro, 18 septembre 1886 : &#171; Ainsi, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le roman engag&#233; montre des h&#233;ros exemplaires pour promouvoir une action sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour pleinement comprendre l'hostilit&#233; de Simon au symbole, et la nuancer, il faut jeter un regard sur l'&#233;volution de son esth&#233;tique et de sa pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut sommairement y voir trois &#233;tapes. La premi&#232;re correspond &#224; celle que Simon esquisse dans le portrait du brigadier dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. La guerre transforme le jeune homme. Le jeune artiste dilettante d'avant-guerre rejette maintenant les enseignements de l'ing&#233;nieux &#171; professeur de l'acad&#233;mie cubiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Acacia, Minuit &#171; double &#187;, p. 171 ; &#338;uvres, t. 2, Alastair B. Duncan, avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il entreprend de &#171; dessiner, copier avec le plus d'exactitude possible, les feuille d'un rameau, un roseau, une touffe d'herbe, des cailloux &#187; (376/1246). Dans cet esprit il prend la plume pour &#233;crire. Mais d&#233;crire une feuille ne fait pas un roman. Il faut une forme, une composition d'ensemble. Simon a mis du temps, le temps de ses quatre premiers livres pour se d&#233;faire des artifices, des &#171; truquages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simon emploie ce terme dans La Corde Raide lorsqu'il d&#233;nonce des peintres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; du roman conventionnel et pour mettre en pratique sa volont&#233; de copier la nature. La forme qu'il a choisie, en partie h&#233;rit&#233;e de Faulkner, &#233;tait de reconstruire des histoires en restant fid&#232;le &#224; la nature vive mais fragmentaire de la perception et de la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; est &#224; la fois le point culminant de cette esth&#233;tique et de cette pratique, tout en annon&#231;ant la prochaine &#233;tape. Georges tente de reconstruire l'histoire de son capitaine tu&#233; devant lui. Il utilise les mots comme des instruments pour capter le r&#233;el. Mais les mots s'av&#232;rent trompeurs. Ils facilitent la cr&#233;ation de fictions. Mais peu &#224; peu trois fictions aux th&#232;mes de d&#233;faite militaire, de passion sexuelle et de suicide se confondent. &#192; la fin Georges doute m&#234;me d'avoir vu le geste iconique de son capitaine, sabre au clair face au tireur embusqu&#233;. &#192; en croire son ami Blum, toute l'entreprise de Georges se r&#233;duit &#224; un gigantesque jeu de mots. Georges a &#233;t&#233; trahi par le prodigieux pouvoir producteur du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est justement &#8211; deuxi&#232;me &#233;tape &#8211; ce prodigieux pouvoir que Simon va exploiter dans les romans qui suivent. L'esth&#233;tique r&#233;aliste c&#232;de la place &#224; une esth&#233;tique du langage. Une esth&#233;tique dont l'h&#233;ritage remonte aux romantiques allemands. Simon cite souvent le &#171; Monologue &#187; de Novalis : &#171; il en va du langage comme des formules math&#233;matiques : (membres de la nature) elles constituent un monde en soi, pour elles seules ; elles jouent entre elles exclusivement, n'expriment rien, si ce n'est leur propre nature merveilleuse, ce qui justement fait qu'elles sont si expressives, que justement en elles se refl&#232;te le jeu &#233;trange des rapports entre les choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Claude Simon dans &#171; Reflections on the Novel : Claude Simon's (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D'une part, cette esth&#233;tique consiste &#224; faire confiance aux mots. A accepter leurs propositions &#8211; les multiples associations de leur signifiants et signifi&#233;s &#8211; dans le temps m&#234;me de l'&#233;criture. Simon ne vise plus &#224; reconstruire, mais &#224; construire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; base de la conviction que &#171; la langue &#8216;parle avant nous', parle par ce que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, cette esth&#233;tique vise &#224; produire au niveau de l'ensemble un &#171; syst&#232;me structur&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, Nouveau roman : hier, aujourd'hui, p. 81 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La coh&#233;rence, l'unit&#233; sont dues &#224; la concentration des motifs et de mots, un syst&#232;me d'analogies dont aucun &#233;l&#233;ment ne dispara&#238;t jamais enti&#232;rement mais court &#171; en filigrane&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Art. cit., p. 89/p. 1196.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; dans le texte et dans le souvenir du lecteur. Les mots sont &#171; les vivants piliers &#187; de cette structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique cela menait &#224; des romans o&#249; tout se passait aux prises avec l'&#233;criture. Simon ne faisait pas de plans au pr&#233;alable. La description garde sa place pr&#233;pond&#233;rante. Simon accepte ce que les mots lui proposent. Souvent il inscrit les mots qui lui viennent &#224; l'esprit dans la grande marge qu'il laisse &#224; gauche de ses pages manuscrites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple la page manuscrite dat&#233;e du 28 novembre 1982 et titr&#233;e &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Suit un travail de rassemblement, de focalisation pour atteindre une saturation des images et de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point culminant de cette &#233;tape est &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt;, justement le roman sur lequel Simon travaillait lors du colloque de Cerisy en 1972 o&#249; il &#233;tait pris &#224; partie. Comme un peintre, Simon travaille &#224; partir de choses vues : &#171; nature morte, paysage, nu &#187;. Il exploite &#171; vocabulaire, &#8216;figures', tropes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, p. 78/p. 1188.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il manie des images acoustiques qui d&#233;passent le simple mot, par exemple le rythme ou la cadence de la phrase. Il produit enfin des fictions : une noyade, une noce qui tourne mal, une histoire de drogues. En se combinant, ces &#233;l&#233;ments vont mutuellement se nourrir et s'enrichir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#339;uvre ne s'arr&#234;te pas &#224; ce moment-l&#224;. La troisi&#232;me &#233;tape est celle d'une synth&#232;se. Sans se d&#233;partir des principes de son esth&#233;tique et de l'importance de la description, Simon revient aux personnages, aux histoires, &#224; l'Histoire. La clef de cette &#233;tape est donn&#233;e dans un entretien avec Lucien D&#228;llenbach. Simon lui dit. &#171; Tu sais comme moi que le statut de la langue est fondamentalement ambigu : elle est toujours &#224; la fois et qu'on le veuille ou non, v&#233;hicule et structure. Seul le dosage varie. Mais quelles que soient les proportions (par exemple un po&#232;me de Mallarm&#233; ou un arr&#234;t&#233; municipal), cette dualit&#233; ne dispara&#238;t jamais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Simon, dans &#171; Attaques et stimuli (entretien in&#233;dit) &#187;, avec L. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon accepte que le langage, y compris le langage du roman, n'est pas seulement intransitif ou po&#233;tique, mais &#233;galement instrumental. Il a des fonctions r&#233;f&#233;rentielles, communicatives, expressives. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet entretien a lieu en 1988 au moment o&#249; Simon travaille ou finit de travailler sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. Il est &#233;vident que dans ce roman les mots ne font pas que jouer entre eux. Ils parlent de quelque chose. De son p&#232;re, de sa m&#232;re, de leurs familles, de sa propre exp&#233;rience de la guerre. Il se la rappelle au moment o&#249; il est &#171; &#224; peu pr&#232;s redevenu [&#8230;] un homme capable d'accorder (ou d'imaginer) quelque pouvoir &#224; la parole, quelque int&#233;r&#234;t pour les autres et lui-m&#234;me &#224; un r&#233;cit, &#224; essayer avec des mots de faire exister l'indicible &#187; (348/1227).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc plus pr&#233;cis&#233;ment au symbole. Il est &#233;vident que ni la premi&#232;re &#233;tape &#8211; l'&#233;tape r&#233;aliste - ni la derni&#232;re &#233;tape de l'esth&#233;tique de Simon n'excluent a priori l'existence dans son &#339;uvre de symboles. Et de fait, on trouve le mot et le concept de symbole dans les romans du d&#233;but des ann&#233;es 60 et dans ceux des ann&#233;es 80. Le mot revient huit fois dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, sept fois dans les G&#233;orgiques, cinq fois dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. Par exemple, le personnage Corinne dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; et d&#233;crit comme &#171; non pas une femme mais l'id&#233;e m&#234;me, le symbole de toute femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Route des Flandres, &#338;uvres, p. 219 ; Minuit &#171; double &#187;, p. 39.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; l'officier qui passe &#224; cheval devant la colonne des cavaliers n'est : &#171; Pas un homme : une entit&#233;, un symbole, l'incarnation enfin visible [&#8230;] la d&#233;l&#233;gation mat&#233;rialis&#233;e de cette toute-puissance occulte et sans visage dans laquelle ils englobaient p&#234;le-m&#234;le g&#233;n&#233;raux, politiciens, &#233;ditorialistes &#187; (36/1027). Ces exemples appellent une premi&#232;re remarque. Ils confirment une caract&#233;ristique constante de l'&#339;uvre de Simon. Simon ne s'int&#233;resse pas simplement au particulier, au concret, mais aussi, &#224; travers le particulier, au g&#233;n&#233;ral. Ne pas donner des noms aux personnages de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; est certes une fa&#231;on de mettre l'autobiographique &#224; distance. Mais c'est &#233;galement une fa&#231;on de g&#233;n&#233;raliser. Le &#171; brigadier &#187; n'est pas simplement un brigadier. C'est un soldat parmi des milliers d'autres, les mobilis&#233;s qui partent dans le train avec lui, mais ce train est &#233;galement repr&#233;sentatif de &#171; tous les trains de la vieille Europe emplis de chairs juv&#233;niles &#187; (177/1117). L'exp&#233;rience du p&#232;re est explicitement pr&#233;sent&#233;e comme exemple : &#171; Parmi ceux qui tomb&#232;rent dans le combat du 27 ao&#251;t se trouvait un capitaine &#187; (61/1043).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me remarque s'impose. Cet usage du symbole pour g&#233;n&#233;raliser &#224; partir d'un exemple est inoffensif par rapport aux critiques faites par Raillard et Robbe-Grillet. Ces symboles &#8211; Corinne en symbole de toute femme, l'officier en symbole de la toute-puissance occulte &#8211; n'impliquent aucune transcendance. Les g&#233;n&#233;ralisations restent sur terre. Cela est encore plus vrai d'autres usages du mot symbole chez Simon Quand par exemple il parle de &#171; symboles de corps chimiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les G&#233;orgiques, &#338;uvres, t. 2, p. 877 ; Minuit &#171; double &#187;, p. 352.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ou de &#171; symboles num&#233;riques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Histoire, &#338;uvres, t. 2, p. 189 ; Minuit &#171; double &#187;, p.74.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ou quand il utilise le mot pour parler m&#233;taphoriquement d'un fragment : &#171; de fantomatiques silhouettes occup&#233;es &#224; chercher dans les d&#233;combres de quoi recouvrir d'un symbole de toit les pans de murs encore debout &#187; (73/1051).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre recherche ne se termine pas ici. Il y a maintes d&#233;finitions du symbole. C'est presque certainement pour cette raison que le terme est surutilis&#233; par la critique. La d&#233;finition du mot en ce qui concerne la litt&#233;rature a &#233;t&#233; la plus finement d&#233;velopp&#233;e par les romantiques allemands. Ils ont distingu&#233; utilement entre symbole et all&#233;gorie. Symbole et all&#233;gorie ont en commun de repr&#233;senter ou de d&#233;signer. On passe du concret &#224; l'id&#233;e, du particulier au g&#233;n&#233;ral ou &#224; l'universel. Mais ils le font de fa&#231;on diff&#233;rente. Dans son ouvrage &lt;i&gt;Th&#233;ories du symbole&lt;/i&gt; Todorov a &#233;lucid&#233; cette diff&#233;rence selon la pens&#233;e allemande du d&#233;but du 19e si&#232;cle : &#171; L'all&#233;gorie signifie directement, c'est-&#224;-dire que sa face sensible n'a aucune autre raison d'&#234;tre que de transmettre un sens. Le symbole ne signifie qu'indirectement, de mani&#232;re secondaire : il est l&#224; d'abord pour lui-m&#234;me, ce n'est que dans un deuxi&#232;me temps que l'on d&#233;couvre aussi ce qu'il signifie. &#187; Autrement dit, dans une all&#233;gorie, la langue est en quelque sorte transparente. Seule la signification importe. Le sens est donn&#233;, tout de suite visible. Le symbole, lui, exige un travail de lecture. Je cite encore Todorov &#224; propos du symbole : &#171; il y a comme une surprise due &#224; une illusion : on croyait que la chose &#233;tait simplement pour elle-m&#234;me ; puis on d&#233;couvre qu'elle a aussi un sens secondaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tzvetan Todorov, Th&#233;ories du symbole, Seuil, 1977, p. 237-238.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Le symbole, dans une belle formulation de Goethe, &#171; C'est la chose, sans &#234;tre la chose, et quand m&#234;me la chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 239.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Un roman de Beckett se termine par une phrase devenue c&#233;l&#232;bre : &#171; no symbols where none intended&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Watt, Calder &#171; Jupiter Book &#187;, London, 1963, p. 255, [&#233;dition originale, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On pourrait traduire : &#171; Aucun symbole o&#249; l'intention manque &#187;. Le sens premier de cette phrase est certainement de d&#233;courager la chasse aux symboles. Mais l'intention de l'auteur ne compte pas pour tout. Le symbole d&#233;pend de la perception du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retournons donc sans complexes &#224; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; &#224; la recherche de symboles. Je vais vous proposer trois passages o&#249;, suivant les &#233;l&#233;ments de d&#233;finition que je viens de donner, on pourrait parler de symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est ce petit passage &#224; la fin du premier chapitre. La veuve, accompagn&#233;e par ses deux belles-s&#339;urs et le gar&#231;on, cherche la tombe de son mari. Ils arrivent enfin &#224; un cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elle s'avan&#231;a jusqu'&#224; l'inscription, la lut, recula jusqu'&#224; l'endroit o&#249; devaient approximativement se trouver les pieds des morts, fl&#233;chit les genoux puis se releva, fouilla dans son sac, en sortit un mouchoir qu'elle &#233;tala sur le sol, s'agenouilla alors, fit s'agenouiller le gar&#231;on &#224; c&#244;t&#233; d'elle, se signa, et abaissant la t&#234;te se tint immobile, les l&#232;vres remuant faiblement sous le voile ent&#233;n&#233;br&#233;. Quelque part dans les feuillages encore mouill&#233;s &#233;tincelant dans le soleil, un oiseau lan&#231;ait son cri. Il n'y avait personne d'autre dans le cimeti&#232;re que les trois femmes et l'enfant, c'est-&#224;-dire la veuve et le gar&#231;on agenouill&#233;s et, un peu en arri&#232;re, les deux autres femmes debout, tenant &#224; la main leurs sacs et leurs parapluies referm&#233;s, immobiles, les l&#232;vres immobiles dans leurs immobiles visages ravin&#233;s, leurs yeux soulign&#233;s de poches, bord&#233;s de rose, couleur de fa&#239;ence et taris (25-26/1249).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne est d&#233;crite avec pr&#233;cision, sans commentaire. Selon le mot de Goethe : nous n'avons que &#171; la chose &#187;. Cela n'est pas tout &#224; fait vrai, car une part de la signification de cette sc&#232;ne a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; donn&#233;e. Le lecteur sait que dans ce cimeti&#232;re reposent &#171; les corps de deux officiers fran&#231;ais non identifi&#233;s &#187; (25) La veuve ne trouve pas son mari mais simplement &#171; quelque chose qu'elle pouvait consid&#233;rer [&#8230;] comme pouvant mettre fin &#187; &#224; sa recherche (24-25). Mais la sc&#232;ne devient symbolique parce que le lecteur, au moins ce lecteur, &#224; la r&#233;flexion, comprend autre chose. Une id&#233;e g&#233;n&#233;rale qui se d&#233;gage de cette sc&#232;ne est celle qui parcourt l'&#339;uvre de Simon et qui ressurgit, avec une certaine ambigu&#239;t&#233;, dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. La v&#233;rit&#233; historique est hors de port&#233;e. On ne pourra se fier aux r&#233;cits de la mort du capitaine, gauchis par la volont&#233; d'&#233;pargner la veuve ou par des images st&#233;r&#233;otyp&#233;es de mort glorieuse. Et au-del&#224; des r&#233;cits la capacit&#233; de la langue est mise en doute : le brigadier se rend compte que sa premi&#232;re tentative de raconter sa fuite apr&#232;s le massacre de l'escadron &#8211; celle, peut-on penser, de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; &#8211; a &#233;chou&#233; parce que &#171; l'informe, l'invert&#233;br&#233; &#187; de l'exp&#233;rience &#187; ont &#233;t&#233; trahis &#171; par un usage &#233;tabli de sons et de signes convenus &#187;. En v&#233;rit&#233; cela n'avait &#171; ni formes d&#233;finies, ni noms, ni adjectifs, ni sujets, ni compl&#233;ments, ni ponctuation (en tout cas pas de points) (286/1187) &#187;. Cette tentative renouvel&#233;e au dixi&#232;me chapitre de &lt;i&gt;l'Acacia&lt;/i&gt; sera &#233;crite sans points &#224; part celui de la fin, mais n'&#233;chappe pas aux noms, aux adjectifs et &#224; d'autres signes de ponctuation. Les points sont remplac&#233;s par un usage peu conventionnel des deux points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut aller plus loin. Cette sc&#232;ne est susceptible d'autres interpr&#233;tations g&#233;n&#233;rales. Elle figure les rapports de famille qui seront d&#233;velopp&#233;s dans le roman. &#192; travers sa m&#232;re, le gar&#231;on est soumis &#224; l'autorit&#233; de son p&#232;re et aux rites de la foi. Les deux s&#339;urs se tiennent &#171; un peu &#224; l'arri&#232;re &#187;, peut-&#234;tre, dira-t-on, en marque de respect pour la veuve, mais certainement, comme le lecteur va bient&#244;t le d&#233;couvrir, parce qu'elles sont tout &#224; fait hostiles &#224; la religion. Cette sc&#232;ne pr&#233;figure le parcours du gar&#231;on. Il va se lib&#233;rer de l'emprise de la m&#232;re, du p&#232;re et de la religion en s'identifiant avec l'autre branche de la famille repr&#233;sent&#233;e par les deux s&#339;urs. Et pourtant, d'un autre c&#244;t&#233;, je vois une ressemblance entre la m&#232;re et le fils. La veuve ne trouve pas le corps de son mari : la v&#233;rit&#233; historique lui &#233;chappe. Mais par un acte volontaire elle construit cette sc&#232;ne d'hommage au mort. Le fils n'a jamais connu son p&#232;re. Sa vie, sa mort lui sont totalement inconnues. Il cherche les t&#233;moignages incertains de ses vieilles cousines. Mais &#224; partir de cette ignorance, Simon construit une version fictive de son p&#232;re, une mise en sc&#232;ne aussi parfaite que celle mont&#233;e par la veuve devant la tombe d'un officier non identifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe &#224; mon deuxi&#232;me exemple, soit les derni&#232;res lignes du roman :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un soir il s'assit &#224; sa table devant une feuille de papier blanc. C'&#233;tait le printemps maintenant. La fen&#234;tre de la chambre &#233;tait ouverte sur la nuit ti&#232;de. L'une des branches du grand acacia qui poussait dans le jardin touchait presque le mur, et il pouvait voir les plus proches rameaux &#233;clair&#233;s par la lampe, avec leurs feuilles semblables &#224; des plumes palpitant faiblement sur le fond de t&#233;n&#232;bres, les folioles ovales teint&#233;es d'un vert cru par la lumi&#232;re &#233;lectrique remuant par moments comme des aigrettes, comme anim&#233;es soudain d'un mouvement propre, comme si l'arbre tout entier se r&#233;veillait, s'&#233;brouait, se secouait, apr&#232;s quoi tout s'apaisait et elles reprenaient leur immobilit&#233; (380/1249).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour le lecteur exp&#233;riment&#233; de l'&#339;uvre de Simon, ce passage est en partie familier : c'est la reprise, partielle et retravaill&#233;e, du premier paragraphe d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;. Non sans humour, Simon fait un clin d'&#339;il &#224; ses lecteurs. Oui, mes amis, le brigadier, le touriste bourgeois, le faux peintre cubiste, le rescap&#233; du stalag ne font qu'un avec l'auteur d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et, par extension, de tous les autres romans de Simon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas cette reprise, tout &#224; fait invisible aux nouveaux lecteurs, qui rend ce passage symbolique. Ni m&#234;me le rapport tr&#232;s &#233;vident entre le &#171; grand acacia &#187; et le titre du roman, titre choisi &#224; la derni&#232;re minute pour remplacer celui provisoire de &#171; &lt;i&gt;Lion Noir&lt;/i&gt; &#187;. Simon a pr&#233;f&#233;r&#233; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, &#171; &#224; la fois po&#233;tique et charg&#233; de sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la correspondance entre Simon et J&#233;r&#244;me Lindon sur le choix du titre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce passage devient symbole en ce qu'il g&#233;n&#233;ralise l'esth&#233;tique de Simon. La feuille m&#233;taphorique de la page blanche produit les feuilles litt&#233;rales de l'arbre ; par une s&#233;rie de comparaisons les feuilles de l'acacia se transforment en oiseaux. Le passage illustre ainsi le pouvoir prodigieux des mots. Allant un peu plus loin, je dirais que la lumi&#232;re &#233;lectrique, cr&#233;&#233;e par l'homme, d&#233;signe le pouvoir de l'&#233;crivain qui ma&#238;trise les mots pour nous faire voir l'arbre et les histoires qui s'y rattachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon dernier exemple concerne le passage qui d&#233;crit la remise de la L&#233;gion d'honneur au r&#233;giment du p&#232;re, description que l'on pourrait qualifier de r&#233;aliste sur fond &#233;pique. La c&#233;r&#233;monie a lieu dans le vent, sous la pluie. Cela rejoint un th&#232;me omnipr&#233;sent d&#232;s le d&#233;but du roman : la guerre se pr&#233;sente comme un d&#233;sastre naturel. Vous vous souvenez de la &#171; rivi&#232;re &#224; l'eau grise &#187; qui &#171; drainait les retomb&#233;es de quelque pluie de cendres, de quelque cataclysme d&#233;finitif et total &#187; (14-15/1013). Tr&#232;s souvent il ne s'agit pas simplement d'une catastrophe naturelle mais d'une mal&#233;diction. Cette mal&#233;diction a un nom : c'est l'Histoire, qu'elle se personnifie dans un &#171; ogre &#187;, en l'occurrence Napol&#233;on (70/1049), ou dans la femelle de l'esp&#232;ce &#171; en train de les d&#233;vorer tout vivants et p&#234;le-m&#234;le, chevaux et cavaliers [&#8230;] peu &#224; peu assimil&#233;s et rejet&#233;s &#224; la fin par son anus rid&#233; de vieille ogresse sous forme d'excr&#233;ments &#187; (242-43/1159-60). Cette id&#233;e &#8211; l'Histoire en tant que mal&#233;diction &#8211; et presque toujours att&#233;nu&#233;e par un &#171; comme si &#187; ou un &#171; comme &#187;. Mais elle reste fortement ancr&#233;e dans le souvenir du lecteur. Et elle parcourt toute cette c&#233;r&#233;monie sous la pluie. D'une part on trouve les g&#233;n&#233;raux &#171; semblables &#224; quelques seigneurs de la guerre, barbares, sortis tout droit des profondeurs de l'Histoire &#187; ; au-dessus de ce groupe la statue de bronze, figure all&#233;gorique qui incarne les valeurs guerri&#232;res de cette caste, son &#233;p&#233;e &#233;lev&#233;e vers le ciel &#171; dans une attitude d'&#233;lan, d'enthousiasme et d'immortalit&#233; &#187;. Ensuite &#171; la forme massive du g&#233;n&#233;ral commandant &#187; compl&#232;te la panoplie de ceux qui apportent le malheur (58/1041). D'autre part on trouve les victimes, autant de la guerre que des &#233;l&#233;ments, qui s'incarnent dans le porte-drapeau : &#171; sous-officier d'aspect malingre, tout petit et solitaire (58-59/1041) &#187;. J'attire surtout votre attention sur le petit arbre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le vent qui continuait &#224; faire claquer les drapeaux agitait par saccades un petit arbre isol&#233;, pouss&#233; l&#224; sans raison (ou peut-&#234;tre r&#233;cemment plant&#233; &#8212; ce qui expliquait qu'on ne l'e&#251;t pas ras&#233; pour la c&#233;r&#233;monie &#8212; par quelque comit&#233; patriotique), &#224; peine plus haut qu'un homme, comme on en voit dans les p&#233;pini&#232;res ou bordant les terrains vagues, d&#233;pouill&#233; par l'automne, termin&#233; par une maigre fourche, comme dessin&#233; d'un trait de plume tremblot&#233;, pareil &#224; une l&#233;zarde, une fissure dans le ciel pluvieux (58/1041)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de cet arbre est, si l'on veut, un petit fait vrai, un d&#233;tail banal qui ajoute au r&#233;alisme de la sc&#232;ne. &#171; Plant&#233; par quelque comit&#233; patriotique &#187;, l'arbre rappelle que nous nous trouvons par d&#233;rision sur le plateau de Valmy : il est la fr&#234;le contrepartie de la statue qui comm&#233;more la glorieuse victoire des arm&#233;es r&#233;volutionnaires. Car on ne peut que remarquer sa ressemblance avec le portrait du sous-officier : l'arbre est &#171; petit &#187;, &#171; isol&#233; &#187;, &#171; &#224; peine plus haut qu'un homme &#187;. Sa &#171; maigre fourche &#187; rappellera pour certains le roi Lear de Shakespeare qui qualifie l'homme de &#171; pauvre animal nu, fourchu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La trag&#233;die du Roi Lear, acte 3, sc&#232;ne 4.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Enfin, un dernier d&#233;tail me retient. Cet arbre est &#171; pareil &#224; une l&#233;zarde, une fissure dans le ciel pluvieux &#187;. Ouvrirait-il tant soit peu sur autre chose : cet au-del&#224;, &#171; cette r&#233;alit&#233; plus r&#233;elle que le r&#233;el &#187; aper&#231;ue par le cheval mourant ? Il y a, me semble-t-il, chez Simon la nostalgie d'un au-del&#224;. La mal&#233;diction de l'Histoire est la forme en creux de la Providence, vision positive de l'Histoire, telle que Simon, jeune, en a re&#231;u l'enseignement au Coll&#232;ge Stanislas. Le petit arbre serait le symbole de l'homme en proie &#224; cette mal&#233;diction mais aspirant &#224; une transcendance heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le symbole, selon Goethe &#171; c'est la chose, sans &#234;tre la chose, et quand m&#234;me la chose &#187;. En ce qui concerne l'arbre, nous sommes pass&#233;s de la premi&#232;re &#224; la seconde partie de cette d&#233;finition : l'arbre est d&#233;crit dans le d&#233;tail, nous l'avons reconnu comme symbole. Mais Simon n'a pas invent&#233; cet arbre. Il l'a trouv&#233; sur une photo de la c&#233;r&#233;monie de l'honneur conf&#233;r&#233; au r&#233;giment dans lequel servait son p&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Photographie tir&#233;e du fascicule Le 24e de marine 1902-1980, p. 15, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour le lecteur qui apprend sur le tard l'existence de cette photo l'arbre reste &#171; quand m&#234;me la chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alastair B. Duncan&lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; de Stirling&lt;br class='autobr' /&gt;
f&#233;vrier 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nouveau roman : hier, aujourd'hui, t. 2 : Pratiques, Jean Ricardou et Fran&#231;oise van Rossum-Guyon (dir.), U.G.E. coll. &#171; 10/18 &#187;, 1972, p. 84. Repris dans &lt;i&gt;Claude Simon, &#338;uvres&lt;/i&gt;, Alastair B. Duncan avec la collaboration de Jean H. Duffy (dir.), Bibl. de la Pl&#233;iade, 2006, p. 1193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pour un nouveau roman&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1963, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, 2006, p, 898.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 283 et 382. Minuit &#171; double &#187;, p. 123 et 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean Mor&#233;as, &#171; Le symbolisme &#187;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 18 septembre 1886 : &#171; Ainsi, dans cet art, les tableaux de la nature, les actions des humains, tous les ph&#233;nom&#232;nes concrets ne sauraient se manifester eux-m&#234;mes ; ce sont l&#224; des apparences sensibles destin&#233;es &#224; repr&#233;senter leurs affinit&#233;s &#233;sot&#233;riques avec des Id&#233;es primordiales. [&#8230;] &#187;. Cit&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.berlol.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Patrick Rebollar&lt;/a&gt;. Le symbolisme en tant que mouvement litt&#233;raire nourrit la suspicion du symbole de la part des litt&#233;raires francophones.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Minuit &#171; double &#187;, p. 171 ; &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, t. 2, Alastair B. Duncan, avec David Zemmour et B&#233;r&#233;nice Bonhomme (dir), Bibli. de la Pl&#233;iade, 2013, p. 1113. Les r&#233;f&#233;rences &#224; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; seront d&#233;sormais incorpor&#233;es dans le texte. On donnera la pagination dans Minuit &#171; double &#187; et dans la Pl&#233;iade.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simon emploie ce terme dans &lt;i&gt;La Corde Raide&lt;/i&gt; lorsqu'il d&#233;nonce des peintres qui n'expriment &#171; qu'une vision id&#233;ale du monde, volontairement limit&#233;e et arbitraire, chacune de ses visions &#233;tant bas&#233;e sur une conception, ou plut&#244;t une morale de l'univers visible, ou m&#234;me, ce qui est plus grave pour des peintres, une morale tout court &#187;, Minuit, 1947, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Claude Simon dans &#171; Reflections on the Novel : Claude Simon's address to the colloquium on the new novel &#187;, New York University, October 1982. Traduction Anthony Cheal Pugh, &lt;i&gt;The Review of Contemporary Fiction&lt;/i&gt;, t. 5, no. 1, 1985, p. 22. Citation du tapuscrit de Claude Simon, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; base de la conviction que &#171; la langue &#8216;parle avant nous', parle par ce que l'on appelle ses &#8216;figures', ses tropes (m&#233;taphores, m&#233;tonymie) et par sa dynamique propre (quelquefois de seuls effets phon&#233;tiques), suscitant elle-m&#234;me des rapprochements, des associations et des transports &#187;. &lt;i&gt;Art. cit.&lt;/i&gt; p. 20. Tapuscrit de Simon, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, &lt;i&gt;Nouveau roman : hier, aujourd'hui&lt;/i&gt;, p. 81 ; Pl&#233;iade, p. 1190.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Art. cit.&lt;/i&gt;, p. 89/p. 1196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple la page manuscrite dat&#233;e du 28 novembre 1982 et titr&#233;e &#171; Compl&#233;ment d'information &#187;, titre provisoire de ce qui sera &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;. Fonds Simon de la Biblioth&#232;que litt&#233;raire Jacques Doucet. Reproduite en ligne dans les &#171; Mat&#233;riaux d'&#233;criture &#187; des &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, no. 11, &lt;i&gt;&#171; Relire L'Acacia &#187;&lt;/i&gt;, 2016. &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/421&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/ccs/421&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La fiction mot &#224; mot &#187;, p. 78/p. 1188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Simon, dans &#171; Attaques et stimuli (entretien in&#233;dit) &#187;, avec L. D&#228;llenbach, dans &lt;i&gt;Claude Simon&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Les contemporains &#187;, 1988, p. 174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, p. 219 ; Minuit &#171; double &#187;, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques, &#338;uvres&lt;/i&gt;, t. 2, p. 877 ; Minuit &#171; double &#187;, p. 352.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Histoire, &#338;uvres&lt;/i&gt;, t. 2, p. 189 ; Minuit &#171; double &#187;, p.74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tzvetan Todorov, &lt;i&gt;Th&#233;ories du symbole&lt;/i&gt;, Seuil, 1977, p. 237-238.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Watt&lt;/i&gt;, Calder &#171; Jupiter Book &#187;, London, 1963, p. 255, [&#233;dition originale, Olympia Press, Paris, 1953].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la correspondance entre Simon et J&#233;r&#244;me Lindon sur le choix du titre, voir la notice sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t. 2, p. 1573-74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La trag&#233;die du Roi Lear&lt;/i&gt;, acte 3, sc&#232;ne 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Photographie tir&#233;e du fascicule Le 24e de marine 1902-1980, p. 15, reproduite dans les &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, no. 11, &lt;i&gt;&#171; Relire L'Acacia &#187;&lt;/i&gt;, 2016, p. 307. &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/421&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/ccs/421&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lecture de Jean-Marie Vill&#233;gier le 2 juin 2018</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Lecture-de-Jean-Marie-Villegier-le-2-juin-2018.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Lecture-de-Jean-Marie-Villegier-le-2-juin-2018.html</guid>
		<dc:date>2018-06-03T23:25:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Vill&#233;gier, Jean-Marie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le s&#233;minaire du 2 juin 2018, &#171; Claude Simon : d'une guerre l'autre &#187; a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; d'une lecture par Jean-Marie Vill&#233;gier. &lt;br class='autobr' /&gt;
La librairie Compagnie nous accueillait vendredi 1er juin &#224; 18h30. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Marie Vill&#233;gier nous a fait le plaisir de lire deux chapitres (6 et 8) de L'Acacia, devant un large public, et en pr&#233;sence notamment d'Ir&#232;ne Lindon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci &#224; Jean-Yves Laurichesse et Vincent Berne pour les photos.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-lectures-publiques-.html" rel="directory"&gt;Lectures et conf&#233;rences&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Lecture-+.html" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Villegier-Jean-Marie-+.html" rel="tag"&gt;Vill&#233;gier, Jean-Marie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_2.jpg?1528067545' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Seminaire-32-Claude-Simon-d-une-guerre-l-autre.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;minaire du 2 juin 2018, &#171; Claude Simon : d'une guerre l'autre &#187;&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; d'une lecture par Jean-Marie Vill&#233;gier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_6.jpg?1528067566' width='500' height='308' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.librairie-compagnie.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;librairie Compagnie&lt;/a&gt; nous accueillait vendredi 1er juin &#224; 18h30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie Vill&#233;gier&lt;/strong&gt; nous a fait le plaisir de lire deux chapitres (6 et 8) de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, devant un large public, et en pr&#233;sence notamment d'Ir&#232;ne Lindon.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_945 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_a1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_a1.jpg?1528193460' width='500' height='439' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier.jpg?1528067952' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_5.jpg?1528067964' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_946 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_a2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_a2.jpg?1528193495' width='500' height='430' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_3.jpg?1528067618' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_947 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_ajout3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_ajout3.jpg?1528193531' width='500' height='236' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_4.jpg?1528067643' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/IMG/jpg/lecture_villegier_1.jpg?1528067670' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Merci &#224; Jean-Yves Laurichesse et Vincent Berne pour les photos.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pugh, Anthony Cheal. Retours et r&#233;p&#233;titions dans L'Acacia (1994)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Pugh-Anthony-Cheal-Retours-et-repetitions-dans-L-Acacia-1994.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Pugh-Anthony-Cheal-Retours-et-repetitions-dans-L-Acacia-1994.html</guid>
		<dc:date>2018-04-08T21:15:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Pugh, Anthony Cheal</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;p&#233;tition</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; Anthony Cheal Pugh. &#171; Retours et R&#233;p&#233;titions dans l'Acacia de Claude Simon &#187;. p. 217-329, dans La R&#233;p&#233;tition. Textes r&#233;unis par Alain Montandon. Clermont-Ferrand : Publications de la Facult&#233; des Lettres de Clermont (Litt&#233;ratures), 1994, 333 p. L'Acacia commence - rien de plus normal, apr&#232;s tout, dans un texte plus ouvertement autobiographique qu'aucun autre sign&#233; par Claude Simon (exception faite du recueil de souvenirs de 1947, intitul&#233; La Corde raide ) - avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-articles-.html" rel="directory"&gt;Articles &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Pugh-Anthony-Cheal-+.html" rel="tag"&gt;Pugh, Anthony Cheal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Repetition-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;p&#233;tition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Anthony Cheal Pugh. &#171; Retours et R&#233;p&#233;titions dans &lt;i&gt;l'Acacia &lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;. p. 217-329, dans &lt;i&gt;La R&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;. Textes r&#233;unis par Alain Montandon. Clermont-Ferrand : Publications de la Facult&#233; des Lettres de Clermont (Litt&#233;ratures), 1994, 333 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1989.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; commence - rien de plus normal, apr&#232;s tout, dans un texte plus ouvertement autobiographique qu'aucun autre sign&#233; par Claude Simon (exception faite du recueil de souvenirs de 1947, intitul&#233; &lt;i&gt;La Corde raide&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions du Sagittaire, 1947.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) - avec un retour en arri&#232;re jusqu'en 1919, &#224; l'enfance du narrateur. Rien de moins proustien, cependant, que ce voyage dans le temps, car le gar&#231;on de six ans des premi&#232;res pages du roman, qui sert de filtre &#224; la narration, est pr&#233;sent&#233; &#224; la troisi&#232;me personne. &#192; peine pr&#233;sent &#224; lui- m&#234;me, grammaticalement parlant, il arrive avec six ans de retard sur les lieux d'un d&#233;sastre g&#233;n&#233;ral (la guerre de 1914-18), et d'un d&#233;sastre plus particulier (la mort de son p&#232;re). Observateur muet de la m&#232;re et de ses deux belles-s&#339;urs dans leur qu&#234;te de la tombe du p&#232;re, port&#233; disparu au cours de premiers combats en ao&#251;t 1914, le gar&#231;on enregistre, apparemment sans r&#233;agir. Soixante-dix ans plus tard, c'est un narrateur anonyme mais implicitement autobiographe qui se rem&#233;more cette exp&#233;rience traumatisante, les br&#232;ves notations d'impressions sensorielles issues du pass&#233;e &#233;tant compl&#233;t&#233;es par commentaires, remarques et jugements. Comme &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1981.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le roman est plus riche en renseignements contextuels (dates, noms de lieux) que ceux d'entre les romans pr&#233;d&#233;dents o&#249; avait &#233;t&#233; abord&#233;, plus ou moins directement, le sujet de la mort du p&#232;re de Claude Simon. La critique avait remarqu&#233; l'&#233;mergence, dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, d'un discours d'auteur susceptible de menacer l'effet de distanciation voulu par l'&#233;crivain. Dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; une voix plus personnelle que jamais commente le spectacle de d&#233;solation qu'offrent les paysages d&#233;vast&#233;s par la guerre des tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Si discours autoritaire il y a dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, ce n'est pourtant pas &#233;tonnant, car depuis &lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions du Sagittaire, 1945.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le roman simonien raconte un lent processus d'int&#233;gration psychique, o&#249; un moi dispers&#233; en multiples avatars fictifs, partag&#233; entre les r&#244;les de narrateur, de scripteur et d'auteur, cherche &#224; prendre corps dans une &#339;uvre &#171; authentique &#187;. Les jounalistes litt&#233;raires ont bien s&#251;r saut&#233; sur l'affaire, saluant dans L'Acacia l'apparition (combien rassurante pour les lecteurs du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ...) d'un Claude Simon autobiographe. Cependant, m&#234;me si l'&#233;crivain semble avoir voulu finalement reconna&#238;tre publiquement cette convergence entre identit&#233;s fictives et autobiographiques (qu'&#224; pr&#233;sent il ne prend plus la peine de nier), il est important de faire remarquer que convergence n'&#233;gale pas automatiquement co&#239;ncidence : dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, comme d'ailleurs dans tout ouvrag&#233; &#224; caract&#232;re autobiographique, et pour d'excellentes raisons d'ordre linguistique, narratologique et ph&#233;nom&#233;nologique, le sujet ne peut pas plus co&#239;ncider avec lui-m&#234;me que quiconque ; qu'il le veuille ou non, le sujet &#233;crivant est contraint de traiter de lui-m&#234;me comme un autre, pour employer la formule de Paul Ric&#339;ur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soi-m&#234;me comme un autre, &#201;ditions du Seuil, 1990. Voir &#233;galement notre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Retourner, en m&#233;moire, sur des lieux empreints &#224; tel point de significations personnelles, r&#233;p&#233;ter en les d&#233;veloppant des sc&#232;nes que l'on trouve en fragments dans les romans pr&#233;c&#233;dents, c'&#233;tait donc, de la part de Claude Simon, aller encore un peu plus loin vers la reconnaissance &#224; la fois de l'origine de son moi et celle du processus cr&#233;atif par lequel il a tent&#233;, depuis son enfance, de r&#233;parer les blessures psychiques qui ont fini par le faire opter, apr&#232;s maintes p&#233;rip&#233;ties, pour la carri&#232;re d'&#233;crivain. De la part de Simon, inscrire dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; un hommage &#224; la m&#232;re, veuve depuis 1914, mettant pour ainsi dire des parenth&#232;ses autour de sa propre subjectivit&#233; de viellard-&#233;crivant-redevenu-enfant, c'&#233;tait &#233;galement reconna&#238;tre l'importance de la &#171; r&#233;int&#233;gration &#187; du moi dans le texte - mais cette fois-ci en position de subordination par rapport au moi fictif, ni moi ni toi mais &#171; &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'approche esquiss&#233;e ici s'inspire des travaux du psychanalyste D. Anzieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rappelons que dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1967.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui raconte l'agonie de la m&#232;re, quelques ann&#233;es plus tard, la douleur du gar&#231;on pr&#233;dominait ; ici, c'est la m&#232;re qui occupe le devant de la sc&#232;ne. Non seulement la m&#232;re de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; diff&#232;re-t-elle consid&#233;rablement de celle d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, ou de la &#171; bigote &#187; que le romancier fut susceptible d'&#233;voquer hors texte, mais, surtout, la voix narrative en parle avec respect, filialement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; ce &#171; retour &#187; aux sources du moi, rien dans le roman ne permet d'affirmer, de fa&#231;on absolue, que c'est le gar&#231;on de 1919 que nous retrouvons dans le chapitre suivant, 21 ans plus tard, pris dans une embuscade. Le m&#234;me probl&#232;me se pose, bien s&#251;r, pour l'embuscade : s'agit-il du &#171; m&#234;me &#187; &#233;v&#233;nement, dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; ? Nous savons que l'auteur fut pris, avec les survivants de son escadron, dans une embuscade qui eut lieu le 17 mai 1940, sur une route de campagne pr&#232;s de la fronti&#232;re franco-belge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notre article &#171; Claude Simon et la route de la r&#233;f&#233;rence &#187;, Revue des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais ce qu'un lecteur &#233;prouve, en lisant le r&#233;cit d'un tel &#233;v&#233;nement dans un roman n'est qu'un &#171; effet de lecture &#187;, qui produit (ou ne produit pas) un &#171; effet de r&#233;el &#187;, selon la qualit&#233; de l'&#233;criture et l'existence, ou non, de r&#233;f&#233;rences identifiables ou croyables. Mais chaque nouvelle description d'un &#233;v&#233;nement &#171; d&#233;fait &#187;, ou remplace, en quelque sorte, les autres, dans un processus de superposition ou de s&#233;dimentation. En ce qui concerne l'identit&#233; du gar&#231;on, donc, seules les co&#239;ncidences ressenties par le lecteur entre le destin du p&#232;re et celui du fils autorisent &#224; relier les &#233;poques, &#224; rapprocher les romans, et &#224; construire le lien g&#233;n&#233;alogique avec le p&#232;re et &#171; expliquer &#187; le ph&#233;nom&#232;ne de la r&#233;p&#233;tition. Faut-il rappeler, d'ailleurs, que pendant longtemps, pour une certaine th&#233;orie litt&#233;raire formaliste, s'autoriser &#224; faire de telles liaisons, &#171; interpr&#233;ter &#187; de telles r&#233;p&#233;titions ou projeter une fiction sur un fond contextuel quelconque (historique, biographique, etc.) c'&#233;tait participer &#224; un processus de duperie &#171; id&#233;ologique &#187;, succomber &#224; un &#171; effet de r&#233;el &#187; suspect (mais que nous pourrions peut-&#234;tre appeler, ici, &#224; propos de Claude Simon, un &#171; effet d'authenticit&#233; &#187;) ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, nous sommes peut-&#234;tre un peu moins doctrinaires, acceptant l'in&#233;vitabilit&#233; de tels effets pour qui ne s'imagine pas totalement &#224; l'ext&#233;rieur des syst&#232;mes culturels et linguistiques dans lesquels fonctionnent &#339;uvres litt&#233;raires anciennes et modernes, traditionnelles et &#171; nouvelles &#187;. Mais non pas au point de nier que toute assimilation d'effets de lecture produits par un texte de fiction et de d&#233;tails biographiques rendus publics - avec ou sans l'autorisation de l'auteur - demeure la responsabilit&#233; finale du lecteur, ou de ces lecteurs et lectrices plus ou moins r&#233;els, plus ou moins id&#233;aux, auxquels s'int&#233;ressent, depuis quelques ann&#233;es, les th&#233;oriciens de la lecture litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Il faut donc d&#233;cider si &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, consid&#233;r&#233; dans le contexte g&#233;n&#233;ral de sa r&#233;ception - c'est-&#224;-dire prenant en consid&#233;ration les textes journalistiques, critiques et publicitaires qui l'entourent depuis sa publication - peut se lire &lt;i&gt;autrement que comme une autobiographie&lt;/i&gt;. Et si notre r&#233;ponse est &#171; oui, bien s&#251;r, on peut le lire autrement &#187;, ce n'est pas la cons&#233;quence d'une d&#233;cision arbitraire, parce que c'est le texte lui-m&#234;me qui nous oblige &#224; adopter cette &#171; double &#187; perspective de lecture, le recours &#224; la troisi&#232;me personne permettant de maintenir la distinction, parfaitement r&#233;versible, entre roman autobiographique et autobiographie romanc&#233;e. Du coup, le moi peut &#234;tre un autre, et l'autre le moi. D'o&#249; une &#233;vidence (importante pour la lecture des romans de Claude Simon, qui aime maintenir ce type d'ambivalence, d&#233;clarant tour &#224; tour, par exemple, &#224; propos de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, que tout &#233;tait vrai et que tout &#233;tait invent&#233;) : en r&#233;alit&#233;, nul ne saura jamais combien le brigadier de 1940 r&#233;incarn&#233; dans le roman (une repr&#233;sentation, ou, mieux, un repr&#233;sentant : une pr&#233;sence imaginaire) diff&#232;re du mod&#232;le (un repr&#233;sent&#233; : cet absent que le cr&#233;ateur t&#226;che de faire revenir en alignant des mots sur le papier)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;oir le chapitre intitul&#233; &#171; &#192; cheval sur l'histoire et la fiction : Claude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Lire et lier, relire et relier, faire la liaison : c'est pourtant ce que le lecteur habitu&#233; aux romans de Claude Simon sait d&#233;j&#224; faire, depuis longtemps. Au point, peut-&#234;tre, de ne pas remarquer quelques-uns des trous textuels qu'il enjambe si lestement dans son d&#233;sir de relier l'inconnu - le nouveau texte - au re-connu : le monde de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt; (pour ne mentionner que les romans &#171; pratiquement autobiographiques &#187; les plus c&#233;l&#232;bres). Quant au lecteur nouveau, les dates qui servent de titres aux chapitres successifs du roman le guideront en amont et en aval du temps et du texte, tandis que celui-ci juxtapose les &#233;poques et recompose les exp&#233;riences du brigadier anonyme qui, &#224; la diff&#233;rence du p&#232;re dont il se croyait condamn&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter le destin, survit &#224; la guerre, d&#233;fie l'Histoire et prend l'habitude, dans ses &#233;crits, de se moquer de ses pr&#233;tendues &#171; lois &#187;. S'en moquer, parce que l'auteur qui se profile derri&#232;re le narrateur implicite sait, apr&#232;s avoir pass&#233; 50 ans &#224; &#233;crire des romans, qu'aucune autre attitude ne permet de se garantir contre les effets d'ironie constitutifs &#224; la fois du r&#233;cit romanesque, du r&#233;cit historique, et de la vie des individus, dans la mesure o&#249; le discours des hommes en traite, le plus souvent, sous forme de r&#233;cits plus ou moins bien r&#233;p&#233;t&#233;s (c'est-&#224;-dire rejou&#233;s, comme une &#339;uvre musical ou une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre) et recompos&#233;s par un processus quasi obsessif de &lt;i&gt;r&#233;ecriture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Conscient du fait que la position d'auteur (celui qui sait ce qui va se passer et qui conna&#238;t les r&#232;gles du jeu) est essentiellement et in&#233;vitablement ironique, les narrateurs simoniens, d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'&#233;crivain, cultivent donc l'ignorance et l'oubli : c'&#233;tait d&#233;j&#224; la strat&#233;gie employ&#233;e dans &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt; (1956)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1956.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette histoire racont&#233;e par un idiot, plein de bruit et de fureur, ne signifiant rien. La m&#234;me technique est caract&#233;ristique &#233;galement de la p&#233;riode moyenne, o&#249; l'auteur questionne plus directement le lien entre Histoire et destin, rapport que son art de romancier - de fabricant de r&#233;cits et donc de destins fictifs - ne cesse de rendre &#224; la fois confus sur le plan philosophique et attractif sur le plan esth&#233;tique. La diff&#233;rence, c'est qu'avec &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Le Palace&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, il s'approche de plus en plus pr&#232;s de sa propre histoire, courant par cons&#233;quent le danger de ne plus faire la diff&#233;rence entre la tromperie n&#233;cessaire au bon fonctionnement du r&#233;cit de fiction (sanctionn&#233;e par les multiples ambigu&#239;t&#233;s inh&#233;rentes &#224; la traditionnelle esth&#233;tique r&#233;aliste) et les ruses du r&#233;cit d'histoire (que le positivisme historiographique, soucieux de v&#233;racit&#233;, rend obligatoires). Mais la priorit&#233; accord&#233;e &#224; l'originalit&#233; et &#224; l'authenticit&#233; dans la tradition autobiographique ne fait que rajouter &#224; l'ambivalence des r&#233;cits simoniens, au fur et &#224; mesure qu'ils cernent de plus en plus pr&#232;s l'histoire personnelle de leur auteur. C'est qu'&#224; l'instar de nombreux &#233;crivains de la modernit&#233; Claude Simon a toujours exploit&#233; au maximum les contradictions inh&#233;rentes &#224; la position id&#233;ale de l'artiste, &#171; peintre de la v&#233;rit&#233; &#187;, car poser constamment le probl&#232;me de la v&#233;racit&#233; du r&#233;cit, c'est permettre constamment au texte de digresser, de perdre de vue la n&#233;cessit&#233; de raconter et de faire progresser l'anecdote, et &#224; retrouver ainsi le mode descriptif o&#249; le stylo du romancier est le plus &#224; l'aise.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ainsi l'&#233;criture simonienne retrouve-t-elle, toutes les fois que l'opportunit&#233; se pr&#233;sente, un mode plut&#244;t descriptif que narratif, aux d&#233;pens de la logique du r&#233;cit, niant toute immanence, d&#233;f&#233;rant toute signification finale aux actes ou aux &#233;v&#233;nements racont&#233;s : si un ordre semble se cacher derri&#232;re le d&#233;cor ou &#224; l'int&#233;rieur de la d&#233;b&#226;cle, ou si une valeur transcendantale semble &#233;merger du chaos d'images, c'est seulement parce qu'un personnage, un narrateur, ou tout simplement &#171; l'opinion g&#233;n&#233;rale &#187; cherche &#224; r&#233;concilier deux r&#233;alit&#233;s totalement distinctes - celle des ph&#233;nom&#232;nes et celle des explications et des repr&#233;sentations des ph&#233;nom&#232;nes : la science, la philosophie, la peinture, le roman.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Depuis &lt;i&gt;Le Vent&lt;/i&gt;, l'&#233;crivain continue donc de jouer le jeu du roman et de l'anti-roman, traditionnel depuis au moins le 17e si&#232;cle, parce que, comme tout romancier sensible aux probl&#232;mes philosophiques que pose son art, il entend entretenir jusqu'au bout une antith&#232;se fiction-r&#233;alit&#233; tr&#232;s productive sur le plan esth&#233;tique. D&#233;sesp&#233;r&#233;s, d&#233;&#231;us, ses narrateurs paraissent d&#233;sireux de dissoudre cette antith&#232;se (absolue depuis Kant), multipliant ressemblances, analogies, comparaisons et rapports m&#233;taphoriques entre ph&#233;nom&#232;nes et repr&#233;sentations. Mais ce n'est qu'un pr&#233;texte : r&#233;concilier facticit&#233; et fiction, ce serait d&#233;truire le fondement m&#234;me &#224; la fois de l'art pictural et de l'art romanesque ; ce serait tout r&#233;duire au &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; et rendre incompr&#233;hensible toute&lt;i&gt; r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;. Peu importe si la description de ce qu'appr&#233;hende le sujet, dans un texte de philosophie (par exemple Merleau-Ponty, ou Sartre) diff&#232;re peu de ce qu'&#233;prouve un narrateur simonien : pr&#233;tendre repr&#233;senter fid&#232;lement le r&#233;el, ce serait admettre que l'art de la re-pr&#233;sentation et du retour sur soi n'avait plus de raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Quoique tent&#233; pendant tes ann&#233;es soixante-dix par une esth&#233;tique de la description pure (de r&#233;p&#233;tition de la nature, en somme), c'est l'art de collage d'un Rauschenberg, qui d&#233;pend en grande partie de la mise en relief des diff&#233;rences entre la texture, la forme et m&#234;me le sens des composantes, plut&#244;t que la technique du simulacre d'un Warhol, qui continuait d'attirer le romancier, toujours attentif &#224; maintenir une tension maximale entre surface et profondeur, texture et &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt;. C'est que le jeu du M&#234;me de l'Autre, principe de l'esth&#233;tique romanesque occidentale, est encore au c&#339;ur de l'entreprise romanesque moderne ; seulement, chez les modernes, il prend des formes de plus en plus baroques (Borg&#232;s, Calvino, John Barth, Robbe-Grillet), pouvant fonctionner &#224; merveille, ind&#233;finiment m&#234;me, tant que le sujet &#233;crivant ne se met pas directement en question. Cependant, mis sur la sellette par la tentation constante du proc&#232;s analogisant et par la dynamique du langage, inh&#233;rents au mot &#224; mot de la fiction, le sujet simonien finit parfois par se confondre avec ses doubles, au point de ne plus y retrouver son latin : c'est le cas du narrateur d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, qui, mauvais &#233;colier, doit demander l'aide, pour traduire C&#233;sar, du m&#234;me oncle sur qui il projette, adulte, le sentiment de culpabilit&#233; qui le travaille et qui anime d'un bout &#224; l'autre du texte, ce roman si personnel et pourtant si discret. Du neveu ou de l'oncle Charles, du &#171; je &#187; ou du &#171; il &#187;, le lecteur n'apprend jamais qui est le mari adult&#232;re responsable du suicide myst&#233;rieux de la jeune femme qui se jette du cinqui&#232;me &#233;tage d'un immeuble. Egar&#233; par la multiplicit&#233; de descriptions et de digressions, le lecteur, &#224; l'instar du narrateur malheureux, se laisse consoler par le spectacle &#224; la fois magnifique et terrifiant d'un monde vou&#233; au d&#233;sordre et destin&#233; &#224; retrouver, plus ou moins vite, son &#233;tat originel : le chaos.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La relation d'ambigu&#239;t&#233; cat&#233;gorielle et constitutive qui nourrit la machine romanesque finit cependant par faiblir, et pendant la p&#233;riode qui va des &lt;i&gt;Corps conducteurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1972&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1975.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est la notion de la fiction pure, id&#233;al formaliste aussi peu r&#233;aliste que l'id&#233;e d'un r&#233;alisme o&#249; tout serait &#171; vrai &#187;, qui reprend le dessus. Ce n'est qu'avec &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; que l'auteur retrouve sa voie/voix, et r&#233;ussit &#224; cr&#233;er, comme dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, un &#233;quilibre - souvent pr&#233;caire - entre histoire et mythe, personnages emprunt&#233;s (&#171; Georges &#187;, qui figurait d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;) et personnages invent&#233;s (&#171; Blum &#187;, &#171; Wack &#187;), sans parler de g&#233;n&#233;raux anonymes mais identifiables (Barbe, qui se suicida apr&#232;s la bataille) ou de colonels et capitaines plus ou moins d&#233;guis&#233;s (de Ray, Cuny). Plus incestueux qu'antinomique, le rapport entre histoire et fiction dans ce roman explosif se maintient en se minant, et ce n'est que par la g&#233;n&#233;ralisation de l'ironie que le romancier arrive &#224; garder son &#233;quilibre au-dessus du vide qu'il creuse &#224; force de vouloir &#233;voquer ce qui n'existe plus : le pass&#233; en g&#233;n&#233;ral, un g&#233;n&#233;ral en particulier, un r&#233;giment, une arm&#233;e. Comme je l'ai d&#233;montr&#233; dans un essai sur l'Histoire en tant que &#171; figure &#187; (visage et trope) dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Facing the matter of history : Les G&#233;orgiques, in Claude Simon, New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; sont reprises certaines sc&#232;nes capitales de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, une sorte de vertige s'ensuit : comme le roi de France, l'Histoire est d&#233;tr&#244;n&#233;e et perd la t&#234;te ; les &#233;v&#233;nements &#171; historiques &#187; sont pr&#233;sent&#233;s comme l'&#339;uvre d'un dieu fou. Le narrateur, effar&#233;, d&#233;pass&#233; par sa propre imagination, laisse faire &#224; la narration qui, prise dans la m&#234;me spirale temporelle, fascin&#233;e par le jeu des co&#239;ncidences, des ressemblances et des analogies, s'affole aussi. Le buste du G&#233;n&#233;ral, symbole du solide, point de rep&#232;re inamovible dans le chaos des transformations historiques, embl&#232;me patriarcal garantissant l'unit&#233; et la continuit&#233; de la famille, est vendu et finalement perdu. Dor&#233;navant c'est l'image d'un corps ac&#233;phale qui domine le texte, symbole de la d&#233;faite de la raison et de la folie des hommes. Et c'est l&#224; que le narrateur simonien commence &#224; comprendre comment la r&#233;p&#233;tition, jusqu'ici principe n&#233;gatif, peut se transformer en valeur oppos&#233;e, en possibilit&#233; de paix et de r&#233;conciliation : consol&#233; et berc&#233; par le rythme du retour des saisons, le vieux g&#233;n&#233;ral d'Empire, double du narrateur/scripteur vieillissant, apprend &#224; accepter la mort de sa jeune femme et la fin abrupte de sa glorieuse carri&#232;re dans l'arm&#233;e napol&#233;onienne. Arri&#232;re-arri&#232;re-petit-fils du g&#233;n&#233;ral, le romancier multiplie dans un proc&#232;s vertigineux de convergences et de substitutions les ressemblances entre le destin de son anc&#234;tre et celui de son propre p&#232;re, l'aventure espagnole de l'&#233;crivain anglais 'O', et les exp&#233;riences du brigadier de 1940. C'est l'av&#232;nement du M&#234;me et de la &#171; g&#233;n&#233;ralisation &#187;, certes, mais est-ce pour autant la capitulation d'un grand &#233;crivain devant la tentation de la recapitulation infinie ? R&#233;p&#233;tition - ou approfondissement ? Ressassement - ou enrichissement ? Ce sont les questions que la critique doit poser &#224; l'&#339;uvre simonienne de la troisi&#232;me p&#233;riode, et du troisi&#232;me &#226;ge de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Il s'agit donc de situer &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; dans la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale de la r&#233;p&#233;tition, et donc de la diff&#233;rence. Pour ce faire, il est n&#233;cessaire de revenir, maintenant, &#224; la question de l'identit&#233; - trop rapidement r&#233;solue tout &#224; l'heure - du petit gar&#231;on de 1919. Qu'est-ce qui nous permet, une fois de plus, de dire qu'il s'agit, dans le premier et dans le deuxi&#232;me chapitre du roman, de la &#171; m&#234;me &#187; personne, ou de conclure que cette personne est aussi le personnage principal du roman, &#224; la fois l'&#233;tudiant de 26 ans qui voyage en Russie en ao&#251;t 1939, le r&#233;serviste rappel&#233; &#224; son r&#233;giment peu apr&#232;s, le brigadier de 1940, le prisonnier de guerre, et finalement, l'esp&#232;ce de fant&#244;me qui, apr&#232;s son &#233;vasion, rejoint ses vieilles tantes dans la maison familiale de Perpignan ? Celui qui d&#233;couvre les cartes postales d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, celui qui scrute les papiers du g&#233;n&#233;ral Lacombe St Michel, et celui qui retrouve le chemin du bordel, apr&#232;s son &#233;vasion, sont-ils vraiment la &#171; m&#234;me &#187; personne ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;De nouveau, rien d'explicite ne permet de telles liaisons et rapprochements &#224; part une certaine exp&#233;rience de lecture o&#249; joue le ph&#233;nom&#232;ne de la &lt;i&gt;reconnaissance&lt;/i&gt;, exp&#233;rience qu'on pourrait appeler du d&#233;j&#224; vu - &#233;tant donn&#233; la primaut&#233;, chez Simon, du visuel - mais qu'il serait plus &#224; propos de d&#233;crire comme du &#171; d&#233;j&#224; lu &#187;. Autrement dit, en composant la s&#233;rie de romans qui lui ont valu en 1985 le prix Nobel de litt&#233;rature, et en y mettant, semble-t-il, le point final en 1989 avec &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Claude Simon a su effectuer, vis-&#224;-vis de ses lecteurs les plus fid&#232;les, une sorte de contre-transfert : ayant appris &#224; lire les romans des ann&#233;es 1960 et 1970, r&#233;put&#233;s &#171; difficiles &#187;, et ayant assimil&#233; ainsi une foule d'exp&#233;riences virtuelles, le lecteur, s&#233;duit &#224; l'avance, programm&#233;, poss&#233;dant une &lt;i&gt;m&#233;moire textuelle&lt;/i&gt; plus ou moins pr&#233;cise, se laisse une fois de plus aspirer dans un monde familier, o&#249; une famille bourgeoise devient petit &#224; petit une dynastie romanesque. Exp&#233;rience qui, sans doute, rebute une certaine cat&#233;gorie de lecteurs pour qui chaque roman (ou '&lt;i&gt;novel&lt;/i&gt;') doit effectivement raconter du nouveau. Et pourtant, quoi de plus classique, dans le pays de Balzac et de Zola, que le &#171; retour des personnages &#187; ? Quoi de plus moderne, &#233;galement, que la destruction et la r&#233;invention des personnages (jamais tout &#224; fait les m&#234;mes...), qu'ils s'appellent Georges ou &#8216;O', Murphy, Molloy ou Malone - sans parler de l'increvable Mortin et l'intarissable Monsieur Songe de cet autre &#233;crivain de Minuit, si inventif (mais si peu autobiographique), Robert Pinget.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Claude Simon n'a manifestement jamais cess&#233; de retravailler la &#171; m&#234;me &#187; mati&#232;re familiale - mais toujours de fa&#231;on diff&#233;rente. Malgr&#233; l'anonymat qui entoure le personnage du gar&#231;on dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, le lecteur l'assimilera donc automatiquement &#224; celui d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; - en d&#233;pit de l'absence, dans le texte, de ces signes conventionnels (des noms) qui, habituellement, nous autorisent &#224; re-conna&#238;tre les personnes que nous rencontrons dans les fictions.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans la p&#233;riode du &#171; nouveau roman &#187;, on ne posait m&#234;me pas ce type de question, d'autant plus que ni textes ni auteurs semblaient encourager les lecteurs &#224; voir, dans les personnages romanesques, autre chose que des &#171; faux portraits de personne &#187; (Lucien D&#228;llenbach). C'est le cas d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; (1967), o&#249; &#171; je &#187; et &#171; il &#187; deviennent interchangeables, et o&#249; le th&#232;me de la qu&#234;te du p&#232;re ne se profile qu'&#224; travers des repr&#233;sentations partielles qui surgissent dans le texte, appel&#233;es par associations et lapsus, ce qui indique l'existence d'une zone interdite ou indicible &#224; peine accessible &#224; la lev&#233;e des barri&#232;res entre le Moi et le Lui qu'il rec&#232;le. C'est que la r&#233;alit&#233; de la mort du p&#232;re (le p&#232;re r&#233;el, dont le corps ne fut jamais retrouv&#233;) est encore purement psychique. En plus, dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, la qu&#234;te de la tombe est manifestement li&#233;e &#224; la crise d'identit&#233;, typique de l'&#226;ge moyen, que traverse le narrateur ; tout retour &#224; ce lieu sacr&#233; (d'autant plus sacr&#233; qu'il est introuvable) est essentiellement imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En fait, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; reprend non seulement des images d'&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, mais des pages &#233;crites cinquante ans plus t&#244;t, dans &lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt;, o&#249;, sous couvert du personnage de l'orphelin d&#233;linquant Louis, le tricheur du titre, Claude Simon avait tent&#233; pour la premi&#232;re fois de d&#233;crire quelques-uns de ses premiers souvenirs. Remarquons aussi qu'un seul phon&#232;me fait la diff&#233;rence entre &#171; Louis &#187; et &#171; lui &#187;, le gar&#231;on anonyme du roman de 1989, de m&#234;me que seule une lettre (que l'on n'entend pas) s&#233;pare &#171; nom &#187; de &#171; non &#187;. Et si le sujet n'a pas de nom dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; c'est sans doute parce que le travail d'un demi-si&#232;cle a d&#233;montr&#233; que malgr&#233; le ph&#233;nom&#232;ne de la r&#233;p&#233;tition, et malgr&#233; la lev&#233;e graduelle des &#233;crans qui prot&#233;geaient le moi de l'&#233;crivain de ce que son inconscient savait depuis toujours, lui fournissant malgr&#233; lui ample mati&#232;re &#224; &#233;crire, tout retour dans le pass&#233; &#233;tait impossible pour la simple raison que cet &#171; autre &#187;, ce &#171; lui &#187;, n'existait plus.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Histoire et roman : c'est comme si, &#224; force de conjuguer les verbes au pass&#233; (historique), nous avions oubli&#233; que tout ce qui se passe se passe maintenant, que le pass&#233; en tant que tel ne peut se concevoir en dehors de son rapport au pr&#233;sent. Comme le dit si bien Gilles Deleuze, l'actuel pr&#233;sent &#171; se r&#233;fl&#233;chit en m&#234;me temps qu'il forme le souvenir de l'ancien pr&#233;sent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition, P.U.F., 1972, p. 109-110.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que reconna&#238;t l'&#233;criture simonienne, depuis au moins &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1962.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : qu'on ne peut faire &#171; comme si &#187; le gar&#231;on qui fut pouvait revenir et revivre dans l'homme qui se souvient maintenant (Deleuze : &#171; [C]e qui est repr&#233;sent&#233;, c'est toujours pr&#233;sent, comme ancien ou actuel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze, p. 112.&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .) Dans les b&#233;ances du moi qui se repr&#233;sente &#224; travers ses autres se glissent constamment des repr&#233;sentations qui paraissent venir directement du pass&#233;, mais c'est &#224; l'&#233;ternel pr&#233;sent de l'inconscient, l'&#233;ternel retour du m&#234;me, que nous avons &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Est-ce pourquoi le lecteur de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; donne l'impression que le gar&#231;on, qui semble s'&#233;veiller pour la premi&#232;re fois dans le paysage cauchemardesque des champs de bataille de la guerre de 1914-18, na&#238;t pour ainsi dire par section c&#233;sarienne, brutalement extirp&#233; de la ti&#233;deur du ventre maternel par le spectacle d'un monde que les hommes, dans leur folie, ont d'abord fait, et ensuite d&#233;fait ? Jusque-l&#224;, ses horizons ne s'&#233;tendaient pas plus loin que les jupes d'un trio de femmes quasi interchangeables (la m&#232;re et ses deux belles-s&#339;urs). Dans le roman, &#171; elles &#187; forment un groupe que l'emploi r&#233;p&#233;t&#233; du pronom et un passage o&#249; leurs visages sont compar&#233;s &#224; ceux de &#171; gisantes sculpt&#233;es dans la pierre &#187; ont tendance &#224; figer en personnage composite repr&#233;sentant la douleur, la dignit&#233; et une obstination tout aussi folle que la fureur destructice des hommes. Obstination qui les pousse &#224; retrouver l'endroit o&#249; tomba le p&#232;re du gar&#231;on, au tout d&#233;but de la guerre, cinq ans auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ici, comme tout au long des premi&#232;res pages du roman, la r&#233;p&#233;tition joue un r&#244;le essentiellement musical, pronoms, pass&#233;s simples, conjonctions et participes pr&#233;sents plaqu&#233;s sur la page les uns apr&#232;s les autres comme les accords aigus et dissonants des cuivres qui accompagnent le rythme monotone mais grandiose des tambours dans la &lt;i&gt;Symphonie fun&#232;bre et triomphale&lt;/i&gt; de Berlioz. C'est comme si le style simonien, si souvent essouffl&#233; par le besoin de courir plus vite que la musique, sentait le besoin de marcher au ralenti, tandis qu'il accompagne le cort&#232;ge de femmes dans leur longue tourn&#233;e &#224; travers les charniers de la grande guerre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elles couch&#232;rent un soir dans le dortoir d'un couvent (ou d'un coll&#232;ge de filles) o&#249; les lits &#233;taient s&#233;par&#233;s par les rideaux de toile blanche pendant &#224; des tringles. Elles couch&#232;rent une fois dans un caf&#233; (...) les deux femmes &#233;tendues sur des banquettes ou des chaises, la veuve et le gar&#231;on sur le billard, &#224; m&#234;me le drap vert, la veuve retirant seulement son chapeau, pliant le voile qu'elle posa en coussin sur son sac dont elle avait fait un oreiller au gar&#231;on qui s'endormit au contact rugueux et r&#234;che du cr&#234;pe, pouvant sentir son odeur, comme r&#234;che elle aussi, et le pesant corps de pierre &#233;tendu le long du sien. (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, p. 13)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Tout comme la magnifique description de la marche forc&#233;e dans la neige par laquelle commencent &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, le premier chapitre de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; constitu&#233; un &#171; admirable exercice de lenteur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze, p. 112.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en parfait accord avec l'extr&#234;me gravit&#233; de son sujet, o&#249; la reprise de certains motifs descriptifs et le retour de th&#232;mes anciens nous rappellent que si le texte est r&#233;p&#233;titif, c'est parce qu'il d&#233;crit d&#233;j&#224; le monde du &#171; moi dissous &#187;, ou r&#232;gne la tierce personne, dans la &#171; splendeur &#187;, tout ironique, du &#171; ON &#187; infiniment reproductible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. D&#228;llenbach, Sur Claude Simon, Editions de Minuit, 1987, Editions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le gar&#231;on n'a ni nom ni voix parce que ce qui se repr&#233;sente ici n'est pas un pass&#233; d'auteur, r&#233;v&#233;l&#233; dans un moment privil&#233;gi&#233; de type proustien, mais ce que le temps de la m&#233;moire et de l'oubli, travaill&#233; par l'&#233;criture, en a fait, m&#233;langeant une mati&#232;re premi&#232;re toute personnelle &#224; d'autres donn&#233;es. Le pass&#233; personnel de l'auteur est en effet pass&#233; dans cet &#171; ordre de la g&#233;n&#233;ralit&#233; &#187; que Roger Dragonetti d&#233;crit, &#224; propos des G&#233;orgiques, comme &#171; cette puissance signifiante qui ouvre le particulier &#224; des symbolisations multiples, tenues ensemble par un rythme dont le r&#233;el demeure hors d'atteinte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze, p. 4.&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans la troisi&#232;me p&#233;riode du roman simonien, le Temps comme cat&#233;gorie du quotidien (&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; est le r&#233;cit circulaire d'une seule journ&#233;e) n'existe plus : remplac&#233; dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; par le cycle r&#233;p&#233;t&#233; des saisons et la r&#233;p&#233;tition des destins individuels, le Temps est devenu principe de r&#233;p&#233;tition infinie. La mort des rois, l'indiff&#233;rence des dieux, le suicide des philosophes et m&#234;me, au d&#233;but de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, l'absence du soleil, tout concourt &#224; r&#233;duire Temps, Histoire et vie individuelle &#224; des manifestations de l'ironie universelle. La R&#233;volution s'est av&#233;r&#233;e processus circulaire, r&#233;p&#233;tition ironique du m&#234;me. La mort du p&#232;re, le suicide collectif des puissances industrielles qui se r&#233;v&#232;le n'&#234;tre qu'un jeu cruel, destin&#233; &#224; re-nourrir la machine &#233;conomique, et, peu apr&#232;s, la venue des syst&#232;mes totalitaires, ach&#232;vent de r&#233;duire le temps r&#233;el &#224; un st&#233;r&#233;otype, la vie &#224; une m&#233;canique qui se d&#233;fait plus ou moins vite, et 1e corps &#224; une &#171; machine &#187; qui peut s'arr&#234;ter n'importe quand. L'exp&#233;rience individuelle, condamn&#233;e par la loi du retour du refoul&#233; &#224; la r&#233;p&#233;tition des destins, se dissout dans la g&#233;n&#233;ralit&#233; ; tout devient masque, tout se r&#233;v&#232;le simulacre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Mais pour l'&#233;criture simonienne, c'est la confirmation d'une v&#233;rit&#233; : le r&#233;cit n'a jamais &#233;t&#233; &#224; la hauteur des t&#226;ches que lui ont assign&#233;es historiens, romanciers et moralistes (selon Simon, ces r&#244;les co&#239;ncident ou se superposent dans tous ces genres). Il (le r&#233;cit) n'a jamais fait que reproduire le discours par lequel les hommes ont cru ma&#238;triser le temps ; en r&#233;alit&#233;, les r&#233;cits ne peuvent repr&#233;senter que des fragments d'un pass&#233; qui fait partie du pr&#233;sent. Le reste est m&#233;lodrame et rh&#233;torique. En attente comme le chat pr&#234;t &#224; bondir de &lt;i&gt;L'Herbe&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, note 17.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou en mouvement perp&#233;tuel, comme la fl&#232;che immobile de Z&#233;non (Val&#233;ry, &#171; Le cimeti&#232;re marin &#187;, cit&#233; en &#233;pigraphe dans &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de Minuit, 1987.&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le temps ne se saisit pas. Au c&#339;ur d'une exp&#233;rience r&#233;duite &#224; la notation de ph&#233;nom&#232;nes empiriques, la conscience qui observe et d&#233;crit ses effets se trouve toujours en avance ou en retard sur l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le temps ne se raconte donc pas ; on ne peut qu'en d&#233;crire les traces : sur le sol, sur les cartes, dans les textes - et dans la m&#233;moire, individuelle et collective. Au terme d'une lente exploration de ses effets dans un pr&#233;sent o&#249; le moi n'est jamais identique &#224; soi, Simon serait ainsi d'accord pour dire, avec Deleuze, que &#171; [L]e pass&#233; n'est pas l'ancien pr&#233;sent lui-m&#234;me, mais l'&#233;l&#233;ment dans lequel on vise celui-ci &#187;, et, &#224; plus forte raison, que &#171; le fondement du temps, c'est la M&#233;moire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze, p. 108.&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, relire maintenant &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, c'est retrouver, point par point, toute la probl&#233;matique de la temporalit&#233; dans les romans de Claude Simon, une probl&#233;matique o&#249; la question de la r&#233;p&#233;tition et de la r&#233;&#233;criture se pose partout, c'est-&#224;-dire pas seulement depuis &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, o&#249;, selon certains, Simon aurait &#171; tout remis en question &#187;. En r&#233;alit&#233;, la question du temps et de notre fa&#231;on de le vivre n'avait jamais cess&#233; de le pr&#233;occuper, m&#234;me pendant la p&#233;riode du &#171; nouveau nouveau roman &#187; o&#249;, sous l'influence de Jean Ricardou, la description et la recherche de combinatoires formelles semblaient l'emporter sur son obsession majeure, le rapport entre Eros, Thanatos et Mn&#233;mosyne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; donc, en quelques lignes, pourquoi je proposerai ici, pour terminer, quelques distinctions qui nous permettront peut-&#234;tre de mieux comprendre (1) la fonction de la r&#233;p&#233;tition dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, d'abord au niveau d'une premi&#232;re lecture, et (2) la signification plus g&#233;n&#233;rale de la r&#233;p&#233;tition dans le cadre de l'interpr&#233;tation de l'&#339;uvre enti&#232;re de Simon, consid&#233;r&#233;e non comme autant d'ouvrages discrets, mais comme un texte continu o&#249; se repr&#233;sente un &#171; tissu mental &#187; peut-&#234;tre dissous et fragment&#233;, mais unique et reconnaissable quand m&#234;me. Ce faisant, je propose d'essayer d'&#233;claircir, &#224; propos des romans autobiographiques simoniens, la question rituelle, et pourtant capitale, &#224; laquelle je n'ai pu donner jusqu'ici qu'une r&#233;ponse tr&#232;s g&#233;n&#233;rale : &#171; qui parle ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Retournons donc au d&#233;but, et de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, et de notre propos : l'&#233;veil, dans les premi&#232;res pages du texte, d'un sujet romanesque. Bien que la conception et la naissance litt&#233;rales du narrateur soient retard&#233;es (description de la m&#232;re enceinte, p. 147), on assiste &#224; une naissance symbolique et violente. Un enfant, jusque-l&#224; prot&#233;g&#233; du r&#233;el, &#233;lev&#233; dans un monde de femmes, est projet&#233; directement dans l'horreur d'un paysage transform&#233; par la m&#233;canique de la guerre moderne en un tableau qui ne peut se d&#233;crire que sur le mode de la g&#233;n&#233;ralit&#233; et du r&#233;p&#233;titif :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il pleuvait sur les pans de murs des maisons &#233;ventr&#233;es dont les papiers aux couleurs pastel se d&#233;collaient peu &#224; peu, il pleuvait sur la surface unie, grise et lente de la rivi&#232;re o&#249; les gouttes faisaient &#233;clore de petits ronds argent&#233;s, il pleuvait sur le paysage gris&#226;tre, le cercle de collines sous lesquelles achevaient de pourrir les corps d&#233;chiquet&#233;s de trois cent mille soldats, sur les champs gris&#226;tres, les maisons gris&#226;tres - ou plut&#244;t ce qu'il en restait, c'est-&#224;-dire comme si tout, collines, champs, bois, villages, avait &#233;t&#233; d&#233;fonc&#233; ou plut&#244;t &#233;corch&#233; par quelque herse gigantesque et cahotante, aux dents tant&#244;t &#233;cart&#233;es, tant&#244;t rapproch&#233;es, ne laissant subsister derri&#232;re elle rien d'autre que quelques pans de mur et quelques hones d'arbres mutil&#233;s, tant&#244;t une maison ou un groupe de maisons (ou un arbre, ou un groupe d'arbres) intacts, insolites, autour (ou &#224; partir) desquels semblait sourdre au ralenti comme une sorte de vie larvaire ou plut&#244;t &#233;l&#233;mentaire, morne, comme h&#233;b&#233;t&#233;e, en de&#231;&#224; et au-del&#224; d'une zone o&#249; pas un arbre, pas une herbe, sauf des bouquets d'orties, n'avait repouss&#233;, o&#249; pas un champ n'avait &#233;t&#233; ensemenc&#233;, o&#249; la pierre n'existait qu'&#224; l'&#233;tat d'informes amoncellements et o&#249; le sol n'&#233;tait qu'une succession de cuvettes plus ou moins larges, empi&#233;tant les unes sur les autres, emplies d'une eau croupie, et dont s'&#233;levaient des nu&#233;es de moustiques. (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, p. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'enfant n'&#233;tant plus, il s'agit ici d'un retour au moins double : au pass&#233; actuel de celui qui se souvient, et &#224; une zone m&#233;morielle encore plus concr&#232;te - celle des &#233;crits pr&#233;c&#233;dents. Mais ce n'est pas tout, car d&#233;j&#224;, dans le pass&#233; de la repr&#233;sentation (le roman d&#233;bute en 1919) c'est le commencement d'un voyage en amont du temps, jusqu'au 27 ao&#251;t 1914, jour o&#249; mourut le p&#232;re du gar&#231;on. Retour aussi en de&#231;&#224; de sa conception, jusqu'aux fian&#231;ailles des parents. Et ainsi de suite : un retour sinon &#233;temel, au moins infini, qui ne cesse de se r&#233;p&#233;ter, car il s'agit de d&#233;couvrir, &#224; travers ces textes qui se chevauchait, l'origine de ce moi muet qui, dans les romans de Simon, n'a jamais pu parler qu'&#224; travers doubles et substituts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;On pourrait, bien s&#251;r, avancer une explication plus &#171; technique &#187; pour le silence du gar&#231;on ; fonction du r&#233;cit, &#234;tre de papier : ce ne serait qu'une conscience sans &#233;paisseur psychologique servant seulement d'optique grossissante &#224; travers laquelle sont focalis&#233;s les r&#233;cits concernant la veuve et ses belles-s&#339;urs. Mais ce proc&#233;d&#233; de distanciation par lequel, linguistiquement, le gar&#231;on muet est mis hors circuit sert aussi &#224; lib&#233;rer d'autres voix. M&#234;me pas celui dont on parle (il est comme invisible), il devient celui &#224; travers qui parle l'autre (ou les autres) qu'il est devenu, narrateur implicite, scripteur, autobiographe, auteur : celui qui, par le moyen de l'&#233;criture, a bricol&#233; et recoll&#233; toutes ces choses entendues, lues et rem&#233;mor&#233;es, en inventant d'autres, au besoin, pour colmater les trous dans le tissu qu'il fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;C'est donc d&#233;j&#224;, malgr&#233; l'allure apparemment conventionnelle de l'&#233;criture dans ce roman r&#233;put&#233; &#234;tre nettement plus &#171; lisible &#187; que les autres, une situation assez complexe, car quel que soit le mode de lecture que l'on adopte, le motif du retour &#224; l'enfance recouvre toute une s&#233;rie de mouvements analogues au long du roman. On ne peut donc pas dire que dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; il y a un simple &#171; retour &#187; &#224; l'autobiographie, parce que l'&#233;criture simonienne serait toujours partie de l'exp&#233;rience v&#233;cue. Simon a beaucoup de choses &#224; raconter, mais entend continuer de les raconter et, qui sait, &#224; les broder, &#224; sa mani&#232;re, sans jamais se nommer, gardant ainsi ouverte, toujours, la fameuse question &#171; qui parle ? &#187;, car avec le temps, les voix se superposent, s'interrogent, et parfois, se r&#233;pondent : le moi, le soi, l'Autre, les autres, les fant&#244;mes familiaux, les personnages historiques - ou m&#234;me les lecteurs et critiques avec qui il lui est arriv&#233; de dialoguer. Nous avons d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; pourquoi cette r&#233;ticence (ou jeu de cache-cache) qui r&#233;sulte &#224; la fois d'une discr&#233;tion toute caract&#233;ristique de l'homme mais aussi d'un sens aigu de la strat&#233;gie sur le plan technique et esth&#233;tique, est si productive au niveau de l'interpr&#233;tation. Il est de premi&#232;re &#233;vidence, en tout cas, qu'il s'agit ici d'une histoire extr&#234;mement p&#233;nible &#224; raconter (la mort du p&#232;re), que l'auteur n'a pu ou n'a su aborder ouvertement qu'&#224; l'&#226;ge de 75 ans. Il l'avait commenc&#233;e en 1939 (ou avant, dans un roman qu'il a d&#233;truit) dans &lt;i&gt;Le Tricheur&lt;/i&gt; (publi&#233; seulement en 1945), mais il fallait attendre qu'il ait appris l'art d'&#233;crire, et que le public ait appris &#224; lire sa prose, avant de se permettre de la reprendre &#224; nouveau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions du Sagittaire, 1947.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions du Sagittaire, 1945.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Soi-m&#234;me comme un autre&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, 1990. Voir &#233;galement notre article &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Pugh-Anthony-Cheal-Claude-Simon-Fiction-and-the-Question-of-Autobiography-1986.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Claude Simon and the question of autobiography &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Romance Studies&lt;/i&gt;, 8, 1976, pp 137-160.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'approche esquiss&#233;e ici s'inspire des travaux du psychanalyste D. Anzieu sur la cr&#233;ation litt&#233;raire, en particulier &lt;i&gt;Le Corps de l'&#339;uvre&lt;/i&gt;, Gallimard, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notre article &#171; Claude Simon et la route de la r&#233;f&#233;rence &#187;, &lt;i&gt;Revue des sciences humaines&lt;/i&gt;, 220, 1990, p. 23-45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;oir le chapitre intitul&#233; &#171; &#192; cheval sur l'histoire et la fiction : Claude Simon en l'an quarante &#187;, dans&lt;i&gt; France 1940 : Literary and Historical Reactions to Defeat&lt;/i&gt;, Durham French Colloquies No. 3, Durham Modern Language Series, 1991, p. 91-106, ed. A C. Pugh.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1956.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1972&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Facing the matter of history : &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Claude Simon, New Directions&lt;/i&gt;, ed. A. B. Duncan, Edinburgh, Scottish Academic Press, 1986, p. 113-130.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, P.U.F., 1972, p. 109-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze, p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze, p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. D&#228;llenbach, &lt;i&gt;Sur Claude Simon&lt;/i&gt;, Editions de Minuit, 1987, Editions de Minuit, 1957, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, note 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions de Minuit, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Articles sur L'Acacia disponibles sur ce site</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Articles-sur-L-Acacia-disponibles-sur-ce-site.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Articles-sur-L-Acacia-disponibles-sur-ce-site.html</guid>
		<dc:date>2018-02-09T00:01:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Conrad, Joseph</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Plusieurs articles sur L'Acacia sont disponibles sur ce site : &lt;br class='autobr' /&gt;
Alastair B. Duncan. &#171; L'Acacia de Claude Simon : roman &#8220;&#224; base de v&#233;cu&#8221; &#187;. Vox Poetica, 2017 &lt;br class='autobr' /&gt;
Jo&#235;lle Gleize. &#171; La d&#233;taille et le d&#233;tail : sur L'Acacia de Claude Simon &#187;. p. 205-216, dans Le D&#233;tail. Textes r&#233;unis par Liliane Louvel. Poitiers : La Licorne, 1999 (Hors s&#233;rie - Colloques ; 7), 208 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie Hartmann. &#171; L'Acacia &#187;. Dictionnaire Claude Simon. Textes r&#233;unis par Michel Bertrand. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, tome 2, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-l-acacia-agregation-2018-.html" rel="directory"&gt;Concours&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Conrad-Joseph-+.html" rel="tag"&gt;Conrad, Joseph&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L291xH474/simon_acacia-2-6f865.jpg?1787943682' width='291' height='474' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs articles sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; sont disponibles sur ce site :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alastair B. Duncan. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Duncan-Alastair-B-L-Acacia-de-Claude-Simon-roman-a-base-de-vecu-2017.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon : roman &#8220;&#224; base de v&#233;cu&#8221; &#187;&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Vox Poetica&lt;/i&gt;, 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jo&#235;lle Gleize. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Gleize-Joelle-La-detaille-et-le-detail-sur-L-Acacia-1999.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La d&#233;taille et le d&#233;tail : sur &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;. p. 205-216, dans &lt;i&gt;Le D&#233;tail&lt;/i&gt;. Textes r&#233;unis par Liliane Louvel. Poitiers : La Licorne, 1999 (Hors s&#233;rie - Colloques ; 7), 208 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Hartmann. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Hartmann-Marie-L-Acacia-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Textes r&#233;unis par Michel Bertrand. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, tome 2, p. 521-526.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Laurichesse. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Laurichesse-Jean-Yves-Voyages-en-chemin-de-fer-et-nouveau-roman-d-apprentissage.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tout autour d'un continent trop vieux : voyages en chemin de fer et nouveau roman d'apprentissage dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;. p. 377-395, dans &lt;i&gt;Bouleversants Voyages : Itin&#233;raires et Transformations&lt;/i&gt;. Textes r&#233;unis par Paul Carmignani. Perpignan : Presses Universitaires, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anthony Cheal Pugh. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Pugh-Anthony-Cheal-Retours-et-repetitions-dans-L-Acacia-1994.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Retours et R&#233;p&#233;titions dans L'Acacia de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;La R&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;. &#201;tudes r&#233;unies par S. Chaouachi &amp; A. Montandon. Association des publications de la Facult&#233; des Lettres et Sciences Humaines de Clermont-Ferrand, 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ainsi que le dossier consacr&#233; &#224; &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Claude-Simon-et-Joseph-Conrad.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Claude Simon et Conrad &#187;&lt;/a&gt; dans le premier num&#233;ro des Cahiers Claude Simon, en 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hartmann, Marie. L'Acacia (2013)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Hartmann-Marie-L-Acacia-2013.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Hartmann-Marie-L-Acacia-2013.html</guid>
		<dc:date>2018-02-08T23:49:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Hartmann, Marie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; Marie Hartmann. &#171; L'Acacia &#187;. Dictionnaire Claude Simon. Textes r&#233;unis par Michel Bertrand. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, tome 2, p. 521-526. &lt;br class='autobr' /&gt;
Paru en 1989, L'Acacia constitue un tournant dans l'&#339;uvre de Claude Simon. Plus &#233;troitement corr&#233;l&#233;e &#224; un fonds biographique, elle explore les liens entre r&#233;cit et m&#233;moire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le roman s'ouvre sur une sc&#232;ne d'un path&#233;tisme poignant : une veuve accompagn&#233;e de deux s&#339;urs et d'un enfant, parcourt les paysages d&#233;vast&#233;s par la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-articles-.html" rel="directory"&gt;Articles &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Hartmann-Marie-+.html" rel="tag"&gt;Hartmann, Marie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marie Hartmann. &#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; &#187;. &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Dictionnaire-Claude-Simon-Textes-reunis-par-Michel-Bertrand-2013.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Textes r&#233;unis par Michel Bertrand. Paris : Honor&#233; Champion, 2013, tome 2, p. 521-526.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Paru en 1989, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; constitue un tournant dans l'&#339;uvre de Claude Simon. Plus &#233;troitement corr&#233;l&#233;e &#224; un fonds biographique, elle explore les liens entre r&#233;cit et m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le roman s'ouvre sur une sc&#232;ne d'un path&#233;tisme poignant : une veuve accompagn&#233;e de deux s&#339;urs et d'un enfant, parcourt les paysages d&#233;vast&#233;s par la guerre de 1914, &#224; la recherche d'une tombe. Comme toute ouverture romanesque, ce premier chapitre pr&#233;sente les personnages centraux, annonce les th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s et condense les &#233;l&#233;ments d'une po&#233;tique sp&#233;cifique. Sobrement intitul&#233; &#171; 1919 &#187;, il est le premier d'une suite de douze dont les titres parfois identiques sont tous des dates li&#233;es aux deux guerres mondiales. Pr&#233;sent&#233;es sans ordre chronologique, elles exposent le d&#233;r&#232;glement des temps que provoquent les guerres. &#192; l'origine du roman, ce trouble a la forme d'une absence, celle de la tombe de l'&#233;poux, du fr&#232;re et du p&#232;re des diff&#233;rents protagonistes. La qu&#234;te effr&#233;n&#233;e de l'&#233;pouse poss&#232;de un aspect tragique : elle renouvelle le th&#232;me antique du mort sans s&#233;pulture et impose &#233;galement celui du deuil impossible. Elle conf&#232;re au roman son registre dominant, un path&#233;tique qui va s'att&#233;nuant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re sc&#232;ne indique encore que la filiation rel&#232;ve d'une recherche. Et, comme le donne &#224; voir la splendeur nourrie de r&#233;f&#233;rences litt&#233;raires de cette ouverture, elle appara&#238;t comme une composition. &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; se pr&#233;sente ainsi non comme une reconstitution mais telle une recr&#233;ation de la g&#233;n&#233;alogie du romancier, personnage-enfant, puis protagoniste-adulte de son histoire r&#233;invent&#233;e. Le choix de la troisi&#232;me personne du singulier pour pr&#233;senter cette fresque g&#233;n&#233;alogique souligne le processus de mise en fiction de son parcours biographique. Partant des traces laiss&#233;es par ses parents, il &#233;labore un roman qui conserve la m&#233;moire des disparus. Il prend la forme non d'un tombeau mais d'un album composite qui, de moments en moments, restitue leurs pr&#233;sences et rappelle leurs vies. En contre-point de leur histoire, le romancier compose la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; comporte une violente d&#233;nonciation des entreprises de mise &#224; mort stupide, terrifiante et r&#233;p&#233;titive qu'ont &#233;t&#233; les guerres mondiales du XXe si&#232;cle. Elles sont d&#233;crites comme des moments d'abolition de tout sens, entendu comme signification et comme direction. Le cavalier d'abord r&#233;serviste puis brigadier, qui est l'enfant du d&#233;but du roman, d&#233;crit sur le registre de l'humour noir, l'imb&#233;cillit&#233; mortif&#232;re de la seconde guerre par le biais d'une analogie avec &#171; la battue &#187;, &#224; la fois &#171; farce et hallali &#187; o&#249; il joue le r&#244;le de gibier (p. 348)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Simon, L'Acacia, Paris, Minuit, 1989, toutes les r&#233;f&#233;rences (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce monde absurde, il fait l'exp&#233;rience d'une dissolution de tous les rep&#232;res, au sens propre comme au sens figur&#233; : &#171; [&#8230;] ce constat peu &#224; peu confort&#233; au cours de ces six jours qu'il n'y avait nulle part o&#249; fuir, aucun salut &#224; esp&#233;rer o&#249; que ce soit ni de qui que ce soit [&#8230;] &#187; (p. 241). Le temps est &#171; une notion d&#233;nu&#233;e de sens &#187; (p. 240) et le personnage s'enfonce dans &#171; un monde o&#249; la nuit n'aurait jamais de fin &#187; (p. 199). Toute conscience se dilue en confusion (p. 89). Les hommes apparaissent alors comme des automates pris dans une fuite &#233;perdue (p. 88). Ils sont r&#233;duits &#224; une dimension animale ou ne sont plus que des fant&#244;mes amalgam&#233;s dans l'anonyme du &#171; on &#187; (p. 34). Ils sont&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;d&#233;faits, dans tous les sens du terme, [&#8230;] comme si l'invisible n&#339;ud qui retenait tant bien que mal assembl&#233; ce contradictoire magma de passions, de d&#233;sirs, de contraintes, de brutalit&#233;, de tendresse, de terreurs, de fiert&#233;, de convoitises et de calculs qui constitue toute cr&#233;ature humaine avait tout &#224; coup c&#233;d&#233;. (p. 45-46).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La guerre entra&#238;ne des hommes vid&#233;s dans une errance sans destination autre que la mort.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le choix des titres de chapitres, qui sont des dates au sein desquelles dominent celles de 1914 et de 1940, souligne qu'&#224; l'ordre des temps d&#233;faits par les guerres s'est substitu&#233;e une s&#233;rie sans cesse recommenc&#233;e d'an&#233;antissements. Le roman rappelle la violence destructrice de guerres qui, en moins d'un mois d'intervalle, tuent non seulement deux des trois membres de la famille qui se sont engag&#233;s (p. 142) mais encore tout le r&#233;giment du p&#232;re. Il conserve la m&#233;moire de cette d&#233;mesure, comme le montre le d&#233;compte macabre des seules deux journ&#233;es du 24 et du 27 ao&#251;t 1914 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parvenu le 22 ao&#251;t au village de Jamoigne-les-Belles, en Belgique, le r&#233;giment perdit dans la seule journ&#233;e du 24, onze officiers et cinq cent quarante-six hommes sur un effectif total de quarante-quatre officiers et trois mille hommes. Apr&#232;s s'&#234;tre repli&#233; pendant les journ&#233;es du 25 et du 26, il re&#231;ut l'ordre de se d&#233;ployer &#224; la lisi&#232;re de la for&#234;t de Jaulnay o&#249;, au cours du combat qu'il livra le 27, les pertes s'&#233;lev&#232;rent &#224; neuf officiers et cinq cent cinquante-deux hommes. (p. 56)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une phrase dont l'ampleur vise, sinon &#224; reproduire, du moins &#224; faire ressentir au lecteur l'&#233;tendue du massacre, il montre la r&#233;p&#233;tition de cette h&#233;catombe vingt-cinq ans plus tard. Elle s'&#233;tend de la page 36 &#224; la page 48, ponctu&#233;e simplement par des exclamatives et des points de suspension, et le narrateur de constater : &#171; [&#8230;] tous, les uns apr&#232;s les autres, d&#233;vers&#233;s, engloutis, disparus sans laisser de traces, ray&#233;s des tableaux d'effectifs [&#8230;] &#187; (p. 39) Comparant guerres et catastrophes naturelles, il insiste encore avec m&#233;lancolie, sur la fatalit&#233; r&#233;p&#233;titive de ces processus de destruction totale : &#171; comme si rien ne devait subsister, ni les corps [&#8230;] ni les lieux &#187; (p. 312). Et il reprend ce motif du d&#233;sastre notamment en d&#233;veloppant la m&#233;taphore de l'eau : devenues torrents, les rivi&#232;res en crue emportent tout sur leur passage. Sous une autre forme, c'est la pluie continue qui tombe sur les hommes (cf. pp : 19, 24, 60, 237, 238, 242, 247, 252.)&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le roman met &#233;galement en accusation la morgue d&#233;sinvolte avec laquelle les militaires envoient les hommes &#224; la mort : &#171; [&#8230;] tous, des chefs d'&#233;tat-major aux fonctionnaires des centres mobilisateurs cochant leurs listes, les avaient jet&#233;s l&#224; avec la d&#233;sinvolture d'un joueur &#233;parpillant sur le tapis vert une liasse de billets sans se soucier des num&#233;ros ou des bandes qu'ils recouvrent [&#8230;] &#187; (p. 37). Il fait remonter cet &#233;tat d'esprit &#224; Napol&#233;on Ier (p. 175). Mais le r&#233;cit vise particuli&#232;rement les militaires de la seconde guerre mondiale qui y associent l'incurie, l'impr&#233;paration, quand ce n'est pas de surcro&#238;t, l'erreur strat&#233;gique totale. Le colonel potentiellement fou, que suit le brigadier sur une route des Flandres repr&#233;sente ce type de personnage. Il a jet&#233; son r&#233;giment dans une embuscade (p. 289) et, comme tous les autres chefs, ne sait pas que les soldats sont en train de suivre une colonne allemande au lieu de s'en &#233;loigner. Lui, pour v&#233;rifier son &#171; invuln&#233;rabilit&#233; &#187;, se dirige vers eux dans une posture de provocation suicidaire (p. 323). De m&#234;me, le chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral Gamelin, qui a donn&#233; &#171; (l'ordre de les envoyer en rase campagne et mont&#233;s sur des chevaux &#224; la rencontre de chars d'assaut ou d'avions) [&#8230;] &#187; (p. 37) ; les a &#171; pr&#233;cipit&#233;s dans quelque chose qui ne ressemblait &#224; rien de ce &#224; quoi ils (et sans doute avec eux le chef de rayon) avaient pu s'attendre [&#8230;] &#187; (p. 38). Le constat est violent, &#224; la mesure de &#171; l'absolu d&#233;sespoir &#187; (p. 23) que provoquent ces militaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Non-sens, morts en masse, le monde en guerre est en effet un monde &#171; endeuill&#233; &#187; (p. 200). Le roman donne &#224; entendre la peine. Celle des foules assembl&#233;es sur les quais d'o&#249; partent les r&#233;servistes demeure m&#234;me dans l'oreille du brigadier longtemps apr&#232;s qu'elle s'est tue : &#171; (la verri&#232;re bleuissante et froide sous laquelle semblait flotter, suspendue dans le vide, comme une inaudible et d&#233;risoire protestation, une inaudible rumeur de sanglots et d'adieux [&#8230;]) (p. 362). Il souligne en particulier &#171; l'inapaisable d&#233;tresse &#187; (p. 24) des femmes de la famille dont, pour la plus ancienne, le visage se transforme en &#171; masque d'affliction fait [&#8230;] de larmes de cire solidifi&#233;es &#187; (p. 207). La veuve elle, demeure comme morte au monde (p. 212). Comme il l'avait d&#233;j&#224; fait dans &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, dans ce roman Claude Simon transpose l'&#339;uvre de mort qu'est la guerre. Il fait entendre et voir la d&#233;solation. Il fait ressentir le fracas et le d&#233;sordre par un travail sur la typographie et la syntaxe. La confusion de l'Histoire en impose une autre, celle de la d&#233;faite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[il s'agit des mots dans les journaux] comme si, en m&#234;me temps que les r&#232;gles de la syntaxe qui leur assignait un ordre pour ainsi dire de biens&#233;ante et rassurante immunit&#233;, les autres (les autres mots : ceux dont ils &#233;taient habituellement entour&#233;s) avaient subitement perdu toute raison d'&#234;tre, la syntaxe expuls&#233;e elle aussi (p. 161).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture figure les heurts et les fuites dans des s&#233;quences caract&#233;ris&#233;es par de longues phrases d&#233;bouchant l'une sur l'autre par le biais des deux points, dans un d&#233;valement hach&#233; de moments en moments par l'insertion de tirets ou de parenth&#232;ses elles-m&#234;mes amples, redoubl&#233;es, s'ench&#226;ssant. La fuite h&#233;b&#233;t&#233;e du brigadier apr&#232;s l'embuscade allemande est par exemple d&#233;crite sans aucun point du dernier quart de la page 98 &#224; la fin du chapitre page 105. Les nombreuses virgules rendent la lenteur de cette fuite et s&#233;parent les multiples sensations per&#231;ues par celui qui est r&#233;duit &#224; la vigilance animale. La scansion de la phrase r&#233;pond ainsi &#224; celle de la guerre qui suscite cette vision hach&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;percevant (ou&#239;e, vue) comme des fragments qui se succ&#232;dent, se remplacent, se d&#233;masquent, s'entrechoquent, tournoyants : flancs de chevaux, bottes, sabots, croupes, chutes, fragments de cris, de bruits, l'air, l'espace, comme fragment&#233;s, hach&#233;s eux-m&#234;mes en minuscules parcelles, d&#233;chiquet&#233;s [&#8230;] (p. 90).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'encha&#238;nement des deux points marque, lui, la multiplicit&#233; des hypoth&#232;ses faites par le personnage conduit &#224; multiplier les &#171; comme si &#187; pour tenter d'appr&#233;hender ce monde confus :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;comme si d'un bout &#224; l'autre de l'Europe la terre obscure &#233;tait en train de trembler sous les innombrables convois emport&#233;s dans la nuit, [&#8230;] : comme si les pleurs, les visages baign&#233;s de larmes, se d&#233;tournant, abandonnant les gares, avaient reflu&#233;, d'abord en mornes cohues, puis se s&#233;parant, se divisant, se ramifiant &#224; la fa&#231;on d'un fleuve qui remonterait vers ses sources (p. 170).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore reprise sugg&#232;re qu'&#224; l'origine de l'eau, il y a peut-&#234;tre toutes ces larmes qui refluent.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; d'autres moments, le rythme des phrases fait sentir le morcellement du monde. La fin du monde d'avant 1914 est marqu&#233;e par l'utilisation de phrases courtes et r&#233;p&#233;titives, d&#233;bouchant pour finir sur les irr&#233;pressibles larmes de la m&#232;re du brigadier :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Maintenant elle peut voir l'ombre de la chemin&#233;e et des ponts sup&#233;rieurs s'&#233;tendre sur le quai. [&#8230;] Elle peut sentir une pouss&#233;e contre son coude et elle &#233;l&#232;ve la main. Elle peut distinguer les visages us&#233;s des deux femmes en v&#234;tements sombres qui font des signes avec leurs mouchoirs. [&#8230;] Elle continue &#224; agiter la main. Elle essaie de sourire. Elle pleure. (p. 150)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; transpose le d&#233;sastre produit par les guerres. Il s'&#233;tend m&#234;me parfois jusqu'&#224; trouer, interrompre la parole : &#171; On dit en ville que le capitaine&#8230; (et dans le fracas des vagues d&#233;ferlantes, des cris discordants des mouettes, elles n'eurent pas besoin d'entendre le nom, le savaient d&#233;j&#224;, avaient d&#233;j&#224; compris la suite :)&#8230; a &#233;t&#233; tu&#233; ! &#187; (p. 212). Les parenth&#232;ses ici miment l'interruption de la parole tandis que les points de suspension figurent paradoxalement cette mort et l'impossibilit&#233; de la dire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais le texte ne se limite pas &#224; cette transposition mim&#233;tique d'un monde en larmes. Ce serait faire le jeu de ceux pour qui l'existence de l'homme est une parenth&#232;se. &#192; l'effacement de toute trace m&#233;morielle, &#224; la disparition d&#233;finitive de ceux qui ont &#233;t&#233; &#171; ray&#233;s des listes &#187; (p. 39) ou ont &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de fant&#244;mes anonymes, il oppose la puissance de l'invention. L'insertion r&#233;currente de la formule adverbiale d&#233;j&#224; mentionn&#233;e, &#171; comme si &#187;, marque l'importance de la projection fictive comme forme de r&#233;sistance &#224; l'annihilation par le temps historique. Par opposition, dans le temps de la fiction, le p&#232;re disparu devient un personnage dont le roman retrace &#171; l'aventure &#187; (p. 62). Son histoire, celle d'une lign&#233;e de paysans de montagnes cherchant &#224; &#233;chapper &#224; leur &#233;tat, fait contraste avec les r&#233;cits l&#233;gendaires de sa mort. Multipliant les &#171; sans doute &#187; et les &#171; peut-&#234;tre &#187; qui affichent la part de cr&#233;ation, le narrateur souligne la d&#233;termination de cette famille &#224; sortir de sa condition sociale pr&#233;caire (p. 63) Les descriptions de photographies et de cartes postales servent en particulier de supports r&#233;currents &#224; des rappels de la vie du p&#232;re et de la m&#232;re du brigadier dont la pr&#233;sence perdure ainsi par-del&#224; la mort. Comme le souligne Barthes, &#171; La Photographie ne dit pas (forc&#233;ment) ce qui n'est plus, mais seulement &#224; coup s&#251;r, &lt;i&gt;ce qui a &#233;t&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La reprise it&#233;rative des traits distinctifs du p&#232;re (&#171; moustache relev&#233;e en crocs &#187;, &#171; yeux couleur de fa&#239;ence &#187;) (p. 79, 124, 213), tels que les ont conserv&#233;s les images le repr&#233;sentant, est une fa&#231;on de maintenir la m&#233;moire de son existence. Si chaque image ne conserve du temps qu'un instant qui perdure gr&#226;ce &#224; elle mais dont elle signale simultan&#233;ment la disparition, la multiplication de celles-ci permet pourtant de donner au p&#232;re comme une prolongation d'existence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annie Cl&#233;ment-Perrier, &#171; L'empreinte et ses pouvoirs chez Claude Simon &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans la rem&#233;moration de ses traits et le souvenir de leur &#233;volution : &#171; [&#8230;] une docile apparence de coll&#233;gien studieux, [&#8230;] &#187; (p. 79) puis : &#171; rev&#234;tu d'un costume civil sans &#233;l&#233;gance, au pantalon rentr&#233; dans des bottes de garde-chasse &#187; (p. 131). Et, alors que l'on soigne sa m&#232;re, l'enfant regarde :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Sur le mur, &#224; la droite du lit dont les draps sont &#224; pr&#233;sent remont&#233;s, se trouve un agrandissement photographique s&#233;pia encadr&#233; d'une large moulure de bois brun. Dans un halo d&#233;grad&#233;, on peut voir le visage d'un homme &#224; la barbe carr&#233;e, aux moustaches en crocs, au regard hardi et gai, surmont&#233; d'un k&#233;pi galonn&#233; &#224; la coiffe souple (p. 331).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Li&#233;s dans la mort, les parents le sont aussi dans la vie. Le narrateur imagine leurs amours dans une &#238;le exotique, d&#233;crit leur photo de mariage : &#171; lui dans son uniforme aux lourdes &#233;paulettes &#224; franges d'or, elle dans une robe toute enti&#232;re de dentelles &#187; (p. 133). En outre, alors que les deux familles viennent de milieux sociaux tr&#232;s &#233;loign&#233;s et de lign&#233;es qui se sont oppos&#233;es dans l'Histoire (&#171; [&#8230;] d'un c&#244;t&#233; l'arri&#232;re-petit neveu de l'insoumis, du paysan qui &#233;tait rest&#233; cach&#233; quatre ans dans un grenier &#224; foin ou des huttes de for&#234;t pour &#233;chapper aux pourvoyeurs de l'ogre mangeur d'hommes, de l'autre l'arri&#232;re-petite fille du g&#233;n&#233;ral d'Empire &#187; (p. 127) ; il rend hommage &#224; leur patience : &#171; comment &#233;valuer quelle pers&#233;v&#233;rance, quelle obstination ils durent tous deux mettre en &#339;uvre &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;). Il salue leur capacit&#233; &#224; s'inventer une histoire commune dont il explore les traces et tisse les liens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces images &#233;num&#233;r&#233;es et d&#233;crites indiquent que toute filiation et toute identit&#233; est une recherche orient&#233;e par une conception du temps que pr&#233;cise l'&#233;pigraphe : &#171; &lt;i&gt;Time present and time past/ Are both perharps present in time future, / And time future contained in time past.&lt;/i&gt; &#187; (p. 7) L'id&#233;e d'un embo&#238;tement des temps et non de son chaos r&#233;p&#233;titif trou&#233; par la mort et par l'absence, ouvre la possibilit&#233; au personnage d'une recr&#233;ation de son histoire nourrie par cette m&#233;moire du pass&#233;, mais qui la d&#233;passe. D'o&#249; l'image choisie comme titre : celle d'un arbre enracin&#233; en effet dans le sol ancien mais qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus de la maison. Outre les images, cette m&#233;moire s'appuie sur des r&#233;cits rapport&#233;s par les deux s&#339;urs qui sont les tantes de l'enfant, par deux cousines ou par d'autres t&#233;moins. Mais le narrateur marque sa distance &#224; l'endroit de ces r&#233;cits, en particulier, celui h&#233;ro&#239;s&#233;, de la mort du p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Rien donc n'assure que [les combattants ennemis] le trouv&#232;rent bien ainsi, c'est-&#224;-dire comme on le raconta plus tard &#224; la veuve, toujours adoss&#233; &#224; cet arbre comme un chevalier m&#233;di&#233;val ou un colonel d'Empire (il n'est pas jusqu'&#224; l'expression st&#233;r&#233;otyp&#233;e de la balle &#8220;re&#231;ue en plein front&#8221; qui ne rende la chose incertaine), et non pas, comme il est plus probable, sous la forme impr&#233;cise qu'offre au regard ces tas informes [..] (p. 327).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette version, en tant que nouveau &#171; colonel d'Empire &#187;, le p&#232;re se trouve int&#233;gr&#233; dans la mythologie familiale de la m&#232;re et r&#233;duit &#224; une image archa&#239;que, redoubl&#233;e par le rapprochement avec &#171; un chevalier m&#233;di&#233;val &#187;, ce qui oblit&#232;re la r&#233;alit&#233; de sa pr&#233;sence. Or le texte rend compte, mais en m&#234;me temps conteste le fait que l'histoire d'un parcours dans le temps s'&#233;crive &#224; partir de st&#233;r&#233;otypes r&#233;p&#233;titifs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le roman restitue la trace d'un v&#233;cu raccord&#233; &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; par des liens sociaux et familiaux mais qui l'exc&#232;de, d'autant plus que cette &#171; r&#233;alit&#233; &#187; est constitu&#233;e pour une part comme un roman archa&#239;que. Le r&#233;cit travaille ces l&#233;gendes familiales et ces clich&#233;s anciens en mettant en place un syst&#232;me de rapprochements et de d&#233;placements gr&#226;ce auquel, en plus de l'histoire des parents, s'&#233;crit celle de l'enfant. Il met en valeur notamment l'apparent destin commun du p&#232;re et du fils : le second est mobilis&#233;, vingt-cinq ans plus tard, &#224; la date anniversaire de la mort du premier. Comme lui, il est pourvu de cette &#171; plaque en laiton &#187; (p. 229) qui servait &#224; l'identification posthume des soldats et qu'on renvoya &#224; la veuve &#171; en m&#234;me temps que les jumelles et une citation du mort &#224; l'ordre de l'arm&#233;e suivie peu apr&#232;s par l'attribution de la croix de la L&#233;gion d'honneur d&#233;cern&#233;e &#224; titre posthume. &#187; (p. 325) L'alternance des quatre premiers chapitres pr&#233;sentant la qu&#234;te de la tombe, l'embuscade dans laquelle le fils est pris, celle o&#249; meurt le p&#232;re, puis &#224; nouveau celle du fils, conforte ce parall&#233;lisme. Mais le fils ne meurt pas. &#192; cet &#233;cart primordial, s'en ajoutent d'autres. L'ogre napol&#233;onien qui domine l'histoire parentale puisque m&#234;me le p&#232;re, pourtant issu d'une famille qui lui a r&#233;sist&#233;, se trouve, par un ultime avatar, assimil&#233; &#224; un &#171; colonel de l'Empire &#187;, est pour le fils, une &#171; ogresse &#187; (p. 243) et c'est l'Histoire. Au monde du conte s'oppose le r&#233;cit du travail de destruction op&#233;r&#233; par celle qui est aussi d&#233;crite comme une &#171; herse gigantesque &#187; (p. 19).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En plus du conte, le roman familial est dot&#233; d'une trame mythologique. Tel Zeus, le p&#232;re est d&#233;crit comme celui qui a s&#233;duit &#171; une paresseuse g&#233;nisse &#187; (p. 209), m&#234;me s'il a emmen&#233; sa femme hors d'Europe. En outre, au-del&#224; de ses traits distinctifs, si r&#233;guli&#232;rement r&#233;p&#233;t&#233;s qu'on pourrait les qualifier d'&#233;pith&#232;tes hom&#233;riques, la pr&#233;sence du p&#232;re est souvent rappel&#233;e par la mention d'un objet, &#171; un n&#233;cessaire &#224; fumeurs en &#233;mail &#187; (p. 54) qui figure un magnifique et d&#233;risoire bouclier d'Achille. Les deux tantes, elles, s'inscrivent dans ce sch&#233;ma ancien par leurs pr&#233;noms occult&#233;s mais comment&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;la plus jeune (ou plut&#244;t la moins vieille quoiqu'en fait elle ne le f&#251;t pas tellement, en d&#233;pit de son visage ravin&#233; qui semblait comme un burlesque et cruel d&#233;menti &#224; son nom de d&#233;esse, comme le visage d'homme &#224; la forte m&#226;choire et aux yeux chassieux de sa s&#339;ur semblait aussi un fac&#233;tieux d&#233;menti au nom d'imp&#233;ratrice ou de fastueuse courtisane qu'elle portait) (p. 18-19).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re sc&#232;ne du roman pr&#233;sente encore cette histoire &#224; la mani&#232;re d'un drame antique, sur le mod&#232;le d'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;. Mais la trajectoire du fils ne s'inscrit pas dans cette filiation h&#233;ro&#239;que. Et, ce faisant, elle met en cause cette repr&#233;sentation de l'Histoire. Lui n'a pas v&#233;cu le fracas glorieux d'une Iliade mais l'absurdit&#233; d'un jeu de massacres. &#192; la fin de ce qui n'est pas une Odyss&#233;e, mais une fuite, il rencontre en effet une &#171; Circ&#233; &#187; (p. 367). C'est une fille dans une maison close. Et, s'il se retrouve dans un &#171; &#238;lot pr&#233;serv&#233; &#187; (p. 207), il ne rejoint pas P&#233;n&#233;lope, mais ses deux tantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;actualisant le final du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; se cl&#244;t sur l'&#233;vocation du brigadier r&#233;form&#233; assis &#171; &#224; sa table devant une feuille de papier blanc &#187;, tandis qu'au dehors bruissent les feuilles de l'arbre du m&#234;me nom (p. 380). Cette sc&#232;ne n'est pas une fin : elle constitue au contraire une invitation &#224; relire le roman, en comprenant que l'identit&#233; du sujet se d&#233;finit et se construit dans l'&#233;criture. Le r&#233;cit illustre une d&#233;finition du roman conforme &#224; celle que Claude Simon proposait d&#233;j&#224; en pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt; : &#171; [il] ne racontera pas l'histoire exemplaire de quelque h&#233;ros ou h&#233;ro&#239;ne mais cette autre histoire qu'est l'aventure singuli&#232;re du narrateur qui ne cesse de chercher, d&#233;couvrant &#224; t&#226;tons le monde dans et par l'&#233;criture. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Simon, Orion aveugle, dans &#338;uvres I, Paris, Gallimard, &#171; Pl&#233;iade &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'&#233;criture travaille le mat&#233;riel d'une m&#233;moire, objets, images et r&#233;cits conserv&#233;s, y compris ceux de Claude Simon, puisque, comme on l'a souvent not&#233;, cette sc&#232;ne finale est une variante de l'ouverture d'Histoire. L'&#233;criture relie ces traces, compose et conserve ainsi cette m&#233;moire de l'histoire familiale que l'Histoire aurait pu an&#233;antir, ce pourquoi les deux romans renvoient l'un &#224; l'autre. Elle manifeste simultan&#233;ment l'&#233;cart singulier de celui qui advient avec elle en se cr&#233;ant une histoire distincte de celle que guerres et romans familiaux auraient pu lui tracer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Hartmann&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Simon, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1989, toutes les r&#233;f&#233;rences entre-parenth&#232;ses, renvoient &#224; cette &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &lt;i&gt;La chambre claire. Note sur la photographie&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard/Seuil, &#171; Les cahiers du cin&#233;ma &#187;, 1980, repris dans &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; T. V, Seuil, 2002, p. 858.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Cl&#233;ment-Perrier, &#171; L'empreinte et ses pouvoirs chez Claude Simon &#187;, Paris, &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt;, n&#176; 147, 2007, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Simon, &lt;i&gt;Orion aveugle&lt;/i&gt;, dans&lt;i&gt; &#338;uvres I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, &#171; Pl&#233;iade &#187;, 2006, 1183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Journ&#233;e d'&#233;tudes d'agr&#233;gation. 2 f&#233;vrier 2018</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Journee-d-etudes-d-agregation-2-fevrier-2018.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Journee-d-etudes-d-agregation-2-fevrier-2018.html</guid>
		<dc:date>2018-01-20T23:08:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire </dc:subject>
		<dc:subject>Haddad, Karen</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vendredi 2 f&#233;vrier 2018 &lt;br class='autobr' /&gt;
Journ&#233;e d'&#233;tudes d'agr&#233;gation de Lettres Modernes &#171; Exp&#233;riences de l'histoire, po&#233;tiques de la m&#233;moire &#187; &#171; Autour de Claude Simon &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
organis&#233;e par Karen Haddad (Paris-Nanterre) &lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; de Paris-Nanterre UFR Phillia B&#226;timent L, salle 419 (4&#232;me &#233;tage) &lt;br class='autobr' /&gt;
Programme &lt;br class='autobr' /&gt;
9h30. Jean-Yves Laurichesse (Universit&#233; de Toulouse). &#171; Transports de la m&#233;moire dans L'Acacia de Claude Simon &#187; 10h30. Pascal Mougin (Universit&#233; de Paris III). &#171; L'Acacia : l'imaginaire contre le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-colloques-.html" rel="directory"&gt;Colloques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Memoire-+.html" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Histoire-142-+.html" rel="tag"&gt;Histoire &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Haddad-Karen-+.html" rel="tag"&gt;Haddad, Karen&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vendredi 2 f&#233;vrier 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Journ&#233;e d'&#233;tudes d'agr&#233;gation de Lettres Modernes&lt;br/&gt;
&#171; Exp&#233;riences de l'histoire, po&#233;tiques de la m&#233;moire &#187;&lt;br/&gt;
&#171; Autour de Claude Simon &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;organis&#233;e par &lt;a href=&#034;http://www.litterature-poetique.com/index.php?place=membre_details&amp;id=150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Karen Haddad&lt;/a&gt; (Paris-Nanterre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universit&#233; de Paris-Nanterre &lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://ufr-phillia.parisnanterre.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;UFR Phillia&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
B&#226;timent L, salle 419 (4&#232;me &#233;tage)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L319xH127/logo_Nanterre-6ed2d.jpg?1787935610' width='319' height='127' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Programme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9h30. &lt;strong&gt;Jean-Yves Laurichesse&lt;/strong&gt; (Universit&#233; de Toulouse). &#171; Transports de la m&#233;moire dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;br/&gt;
10h30. &lt;strong&gt;Pascal Mougin&lt;/strong&gt; (Universit&#233; de Paris III). &#171; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; : l'imaginaire contre le mythe ? &#187;&lt;br/&gt;
11h30. &lt;strong&gt;Sylvie Thorel&lt;/strong&gt; (Universit&#233; de Lille III). &#171; L'art de la reprise &#187; (sur &lt;i&gt;Au C&#339;ur des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Cul de Judas&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14h. Projection du film &lt;i&gt;Claude Simon, l'in&#233;puisable chaos du monde, d'Alain Fleischer&lt;/i&gt; (direction scientifique Dominique Viart, direction artistique Alain Fleischer, production BPI du Centre Pompidou en co-production avec Le Frenoy, Centre national des arts contemporains). Dur&#233;e : 1h24&lt;br/&gt;
Pr&#233;sentation par &lt;strong&gt;Dominique Viart&lt;/strong&gt; (Universit&#233; de Paris-Nanterre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;a href=&#034;http://www.litterature-poetique.com/index.php?place=details_manifestation&amp;id=171&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;journ&#233;e d'&#233;tudes&lt;/a&gt; est ouverte &#224; tous et sera film&#233;e &#224; l'intention des agr&#233;gatifs &#224; distance de Paris-Nanterre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zupancic, Metka. &#171; Eurydice &#224; la recherche d'Orph&#233;e : lecture orphique de L'Acacia &#187; (1994)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Zupancic-Metka-Eurydice-a-la-recherche-d-Orphee-lecture-orphique-de-L-Acacia.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Zupancic-Metka-Eurydice-a-la-recherche-d-Orphee-lecture-orphique-de-L-Acacia.html</guid>
		<dc:date>2018-01-01T23:20:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>L'Acacia</dc:subject>
		<dc:subject>Mythe</dc:subject>
		<dc:subject>Zupancic, Metka</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; Metka Zupancic &#171; Eurydice &#224; la recherche d'Orph&#233;e : lecture orphique de L'Acacia de Claude Simon &#187;, p. 200-208, dans Mythes dans la litt&#233;rature contemporaine d'expression fran&#231;aise (Colloque Ottawa, 24-26 mars 1994). Textes r&#233;unis par Metka Zupancic. Ottawa : Editions du Nordir, 1994, 231 p. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; comparer l'&#233;tat des recherches sur Claude Simon avec les approches que nous rencontrons dans le cadre de ce colloque, je dois constater qu'en g&#233;n&#233;ral, les &#233;tudes portant sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-articles-.html" rel="directory"&gt;Articles &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-L-Acacia-+.html" rel="tag"&gt;L'Acacia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Mythe-+.html" rel="tag"&gt;Mythe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Zupancic-Metka-234-+.html" rel="tag"&gt;Zupancic, Metka&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Metka Zupancic&lt;br/&gt;
&#171; Eurydice &#224; la recherche d'Orph&#233;e : lecture orphique de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, p. 200-208, dans &lt;i&gt;Mythes dans la litt&#233;rature contemporaine d'expression fran&#231;aise&lt;/i&gt; (Colloque Ottawa, 24-26 mars 1994). Textes r&#233;unis par Metka Zupancic. Ottawa : Editions du Nordir, 1994, 231 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; comparer l'&#233;tat des recherches sur Claude Simon avec les approches que nous rencontrons dans le cadre de ce colloque, je dois constater qu'en g&#233;n&#233;ral, les &#233;tudes portant sur l'&#339;uvre de ce Prix Nobel ne se placent que rarement dans le contexte de la mythocritique. Les lectures des textes simoniens continuent &#224; &#234;tre marqu&#233;es par l'id&#233;ologie dominante ayant r&#233;gi les approches du Nouveau Roman, surtout dans les ann&#233;es soixante-dix. Je pense particuli&#232;rement aux postulats de Jean Ricardou qui se situent &#224; la crois&#233;e d'au moins trois orientations critiques : structurale, s&#233;miotique et narratologique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;D'autre part, Simon lui-m&#234;me prend depuis plus d'une dizaine d'ann&#233;es ses distances par rapport au mouvement dont il est issu, de m&#234;me que par rapport &#224; la critique d'inspiration &#171; ricardolienne &#187;. N'emp&#234;che qu'il n'est pas pour autant int&#233;ress&#233; &#224; une lecture symbolique ou mythologique de ses textes, d&#233;clarant souvent que ses romans sont l&#224; pour parler &#224; sa place ; derni&#232;rement, c'&#233;tait toujours le cas lors du colloque tenu en son honneur &#224; l'Universit&#233; Queen's, &#224; Kingston, en octobre 1993.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, si les lecteurs et lectrices surtout am&#233;ricain(e)s de l'&#339;uvre de Simon semblaient attir&#233;(e)s, il y a presque une vingtaine d'ann&#233;es, par la profusion des images arch&#233;typales qu'on y d&#233;c&#232;le, comme par exemple Karen Gould, dans sa th&#232;se &lt;i&gt;Claude Simon's Mythic Muse&lt;/i&gt;, le courant critique d'inspiration surtout jungienne para&#238;t actuellement pratiquement abandonn&#233; par les simoniens. En France, deux coll&#232;gues surtout continuent &#224; travailler sur Claude Simon dans la perspective mythique : Marie Miguet Ollagnier et Jean-Claude Vareille.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Pourtant, je trouve un point de d&#233;part pour ma propre lecture de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, dernier roman publi&#233; de Claude Simon, chez celle qui a amplement particip&#233; &#224; la cons&#233;cration du Nouveau Roman, Fran&#231;oise van Rossum-Guyon, &#224; la fin de son article &#171; Un regard d&#233;chirant. &#192; propos de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; &#187;, dans un ouvrage collectif consacr&#233; &#224; Simon, &lt;i&gt;Chemins de la m&#233;moire&lt;/i&gt;. Fran&#231;oise van Rossum-Guyon affirme que &#171; ce livre nous a forc&#233;s d'explorer le royaume des morts et des mots &#187; (130). Si je la paraphrase, je dirai qu'il s'agit de l'exploration du royaume des morts &#224; l'aide des mots, de la &lt;i&gt;poiesis&lt;/i&gt;, de la litt&#233;rature. Mais voil&#224; non pas, dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, et comme on se serait peut-&#234;tre attendu, d'abord et uniquement un Orph&#233;e &#224; la recherche de cette Eurydice rel&#233;gu&#233;e dans l'autre monde. La situation est bien plus complexe : un roman racontant la recherche d'une femme, d'une Eurydice vivante, de la d&#233;pouille de son Orph&#233;e mort. Mais bien s&#251;r, c'est un roman &#233;crit par un homme : il se d&#233;l&#232;gue un porte-parole dans le livre, une instance narratrice t&#233;moin de la qu&#234;te de cette femme, en la personne de l'enfant que la veuve tra&#238;ne avec elle dans les chemins boueux de l'apr&#232;s-guerre de 1918. En outre, cet homme qui &#233;crit s'inscrit lui-m&#234;me dans le roman &#224; titre de chercheur, lui-m&#234;me en qu&#234;te du message que pourraient lui communiquer ceux de l'au-del&#224;, lui-m&#234;me &#224; la recherche du &#171; sens &#187; &#224; donner aux situations absurdes auxquelles &#171; il &#187; est expos&#233;, c'est-&#224;-dire que cette instance narratrice fait face &#224; sa &#171; propre &#187; guerre, celle de 1939-40, mais aussi &#224; toute autre guerre inscrite dans la &#171; m&#233;moire collective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; consid&#233;rer ces quelques informations au sujet de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, il appara&#238;t assez clairement qu'au-del&#224; de l'anecdote, c'est-&#224;-dire de la multitude des anecdotes qui y sont rapport&#233;es, il existe de nombreuses possibilit&#233;s d'exploration des dimensions arch&#233;typales, mythiques, symboliques. Il serait donc possible, et probablement pr&#233;f&#233;rable, de ne pas placer la globalit&#233; du texte uniquement sous l'enseigne du rapport entre la veuve et son &#233;poux tu&#233; &#224; la guerre, sous l'enseigne de la qu&#234;te qui para&#238;t, pourtant, si clairement orphique, malgr&#233; et peut-&#234;tre gr&#226;ce au renversement des r&#244;les, de la situation dans le mythe orphique traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le que l'auteur destine en particulier &#224; cette femme, m&#232;re de ce &#171; il &#187; anonyme, d'ailleurs elle aussi anonyme, peut para&#238;tre assez diff&#233;rent de la description de la figure maternelle, dans le &lt;i&gt;corpus&lt;/i&gt; de ses romans, sans que les modifications du mod&#232;le orphique traditionnel soient pour autant nouvelles dans cette &#233;criture. Je parle de la situation orphique classique, avec l'homme-po&#232;te &#224; la recherche de la femme-inspiratrice, pr&#233;matur&#233;ment aspir&#233;e par le royaume des morts - et que l'homme n'est pas capable de ramener &#224; la vie d'&#171; ici-bas &#187;, qui reste &#224; jamais condamn&#233;e &#224; sa passivit&#233; et &#224; son &#171; emprisonnement &#187; dans l'au-del&#224;. Ce m&#234;me paradigme (si on veut &#171; traditionnel &#187;) est bel et bien utilis&#233; par Simon, par exemple dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; (1981), ne serait-ce que dans le cas de ce g&#233;n&#233;ral sous l'Empire qui d&#233;plore, jusqu'&#224; sa propre mort, et malgr&#233; son remariage, la mort pr&#233;matur&#233;e de celle qui est une &#171; r&#233;incarnation &#187; d'Eurydice. Le g&#233;n&#233;ral fait la connaissance de cette Marie-Anne dans des circonstances tout &#224; fait &#171; mythiques &#187;, lors de la repr&#233;sentation, comme le sugg&#232;re Simon, d'&lt;i&gt;Orfeo&lt;/i&gt; de Gluck dans le th&#233;&#226;tre de Besan&#231;on construit par Ledoux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je signale, dans ma th&#232;se sur &#171; L'orphisme et la polyphonie dans les textes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, comme l'indique le g&#233;n&#233;ral lui-m&#234;me, dans une de ses lettres (historiques) reprises par l'&#233;crivain, Marie-Anne morte continue &#224; &#234;tre la protectrice de son mari. Il en est de m&#234;me dans une autre des trois &#171; intrigues &#187; de ce livre, o&#249; il est question de la femme du personnage signal&#233; uniquement par la lettre O. (Orph&#233;e ? - m&#234;me si nous comprenons &#224; la lecture du texte qu'il s'agit de George Orwell). Elle vient chercher son &#233;poux en Espagne, pendant la guerre civile, et r&#233;ussit &#224; le sauver des enfers, de la mort certaine, pour le ramener dans &#171; leur &#187; monde, en Grande-Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'&#339;uvre simonienne propose donc une cohabitation d'au moins deux versions du mythe orphique, avec au moins deux r&#244;les diff&#233;rents assign&#233;s aux femmes. &lt;i&gt;Absente&lt;/i&gt;, morte, r&#234;v&#233;e (d&#233;j&#224; dans La Route des Flandres), la femme est &#233;galement pr&#233;sente, aux moments cruciaux, aux c&#244;t&#233;s de l'homme. Elle n'est plus &lt;i&gt;seulement&lt;/i&gt; passive, et non plus uniquement inspiratrice. Ou encore mod&#232;le : dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, le narrateur &#8211; toujours &#224; la troisi&#232;me personne &#8211; parle de lui-m&#234;me &#224;, une &#233;poque o&#249; il voulait devenir peintre et dont la compagne &#171; se d&#233;shabillait, posait patiemment pour lui &#187; - la m&#234;me &#171; qu'il avait &#233;pous&#233;e au cours d'une permission &#187;, apr&#232;s sa mobilisation en 1939 (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 378).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Il semble donc que, tout en transformant le mod&#232;le mythique traditionnel, Simon n'op&#232;re pas une modification draconienne et unidimensionnelle. Il est vrai que dans ses romans, en l'occurrence &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, la femme sauve de l'oubli, de l'au-del&#224; ; qu'elle ram&#232;ne &#224; la vie de diff&#233;rentes fa&#231;ons. &#192; la diff&#233;rence du d&#233;vouement de la veuve tellement attach&#233;e &#224; la m&#233;moire de son d&#233;funt &#233;poux, la fa&#231;on plus brutale et bien moins &#233;l&#233;gante de ramener &#224; la vie, cette fois dans le cas du narrateur, est celle de r&#233;veiller l'homme par le biais de l'&#233;rotisme (j'y reviendrai). Pourtant, toute pr&#233;sente qu'elle soit, cette femme reste l'accompagnatrice de l'homme, parfois d&#233;lib&#233;r&#233;ment conditionn&#233;e dans tout son comportement, dans tous ses actes, par celui qu'elle aime ou qu'elle &#171; sert &#187;, d'une fa&#231;on ou d'une autre. Dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, elles, au pluriel et non seulement la veuve, continuent &#224; &#234;tre d&#233;vou&#233;es &#224; ce colonel tu&#233; d&#232;s le d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre mondiale, le 27 ao&#251;t 1914 (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 61). Il est m&#234;me difficile de savoir laquelle des trois femmes, de l'&#233;pouse ou de ses deux s&#339;urs (vierges pratiquement vestales et tr&#232;s androgynes &#224; la fois, pleureuses habill&#233;es en deuil permanent) est plus fid&#232;le &#224; la m&#233;moire de ce quadrag&#233;naire mort pr&#233;matur&#233;ment. Malgr&#233; le renversement de la situation initiale du mythe orphique, avec l'homme qui se trouve dans l' &#171; au-del&#224; &#187; et la femme (ou les femmes) qui, inconsolable(s), essaie(nt) de maintenir vivante sa m&#233;moire (si d&#233;j&#224; il ne peut pas &#234;tre ramen&#233; &#224; la vie), cette femme ne se situe pas vraiment dans l'activit&#233;, celle du &#171; faire &#187;, poiein ; la femme, pleureuse s&#233;par&#233;e de son bien-aim&#233; par la mort, ne puise pas dans son malheur, dans cette s&#233;paration, pour cr&#233;er. Le r&#244;le sugg&#233;r&#233; par Fran&#231;oise van Rossum-Guyon, celui du cr&#233;ateur qui fait sortir la vie de la mort, n'incombe pas aux femmes mais reste r&#233;serv&#233; &#224; l'homme, &#224; l'enfant de celui qui est tomb&#233; sous les balles. Il faut savoir que le projet de l'&#233;criture par l'homme, cet &#171; il &#187; anonyme, est inscrit dans le roman, &#224; la derni&#232;re page (j'y reviens ; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 380).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Il se peut que Simon, en cr&#233;ant ce genre de relations, de situations romanesques, ne fasse que transmettre une exp&#233;rience qu'il avoue &#234;tre autobiographique, m&#234;me si elle est transform&#233;e selon les r&#232;gles impos&#233;es par l'&#233;criture. D'autre part, on peut aussi supposer qu'il fait &#233;tat, dans son &#233;criture, de ce qui existe comme type de relations paradigmatiques, selon lui et &#224; une &#233;poque qui l'int&#233;resse et dont il est t&#233;moin. Bien s&#251;r, d'autres hypoth&#232;ses sont possibles, quant &#224; la volont&#233; de l'&#233;crivain de transformer &#224; fond, dans son &#233;criture, les paradigmes de comportement, les arch&#233;types dont il se nourrit. Toujours est-il que dans ses romans, et malgr&#233; la place qui est r&#233;serv&#233;e aux femmes dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, l'Eurydice r&#233;crite n'est pas une nouvelle Orph&#233;e, comme on le voit actuellement dans la litt&#233;rature contemporaine des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Toutefois, en inscrivant tr&#232;s d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'&#233;criture simonienne dans le domaine orphique, pour des raisons plus amplement d&#233;velopp&#233;es et argument&#233;es dans ma th&#232;se sur &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, je sugg&#232;re que cette paradigmatique mythique continue &#224; int&#233;resser et &#224; fa&#231;onner l'&#233;criture fran&#231;aise, occidentale et contemporaine. Par ailleurs, je me rends parfaitement compte que le mod&#232;le orphique remani&#233;, restructur&#233;, avec ce &#171; tiers &#187; comme instance narratrice et potentiellement scripturale, dans le dernier roman simonien, ouvre de nouvelles perspectives &#224; l'analyse critique. Je pense notamment au retour, par le biais de l'orphisme, &#224; ce qu'on appelle souvent le mythe &#233;gyptien le plus caract&#233;ristique, celui d'Osiris et d'Isis, avec plusieurs phases o&#249;, comme l'indique d'ailleurs Isis Khalil dans sa propre communication, l' &#171; activit&#233; &#187; d'Isis vient apr&#232;s celle d'Osiris. Nombreux sont les auteurs qui &#233;tablissent la filiation du mythe grec d' Orph&#233;e &#224; partir des donn&#233;es conceptuelles &#233;gyptiennes et donc, de toute la cosmologie herm&#233;tique (je pense &#233;videmment &#224; Herm&#232;s Trism&#233;giste, m&#234;me s'il existe des doutes quant &#224; l'origine purement &#233;gyptienne et ancienne de ce corpus). Dans le mythe &#233;gyptien, Isis est &#224; la recherche de la d&#233;pouille (d&#233;pec&#233;e, en plus) de son &#233;poux ; une fois les morceaux du corps remis ensemble, Isis peut concevoir d'Horus.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; une situation qui pourrait &#234;tre mise en hypotexte du roman simonien. Le triangle entre la m&#232;re, le p&#232;re et le fils y existe ; le fils y na&#238;t, cependant, avant la mort du p&#232;re (m&#234;me si c'est dans un &#171; autre monde &#187;, dans une des colonies fran&#231;aises o&#249; est affect&#233; le p&#232;re, colonel de la marine). &#201;videmment, dans le roman, cet enfant, devenu narrateur, est lui-m&#234;me &#224; la recherche de son p&#232;re, &#224; travers de nombreuses exp&#233;riences (douloureuses) de sa propre vie. C'est pr&#233;cis&#233;ment cet &#233;l&#233;ment qui me fait h&#233;siter &#224; abandonner le mod&#232;le orphique, puisqu'une triangulation, avec le tiers pr&#233;sent dans la qu&#234;te, est inscrite dans ce mythe aussi. Dans diff&#233;rentes repr&#233;sentations iconographiques du mythe, dont parmi les plus marquantes celle qu'on nomme le bas-relief de Naples, on voit, &#224; c&#244;t&#233; d'Eurydice et d'Orph&#233;e, le guide, Herm&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La photographie de ce bas-relief qui se trouve au Mus&#233;e national de Naples (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc, dans sa descente vers les enfers, et surtout lors de sa remont&#233;e, Orph&#233;e a besoin d'un psychopompe, m&#234;me s'il ne r&#233;ussit pas dans son entreprise de ramener Eurydice &#224; la lumi&#232;re du jour. Si j'applique cette situation &#224; &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, o&#249; plusieurs personnages peuvent partiellement participer &#224; plusieurs myth&#232;mes &#224; la fois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est d'ailleurs une pratique courante chez Simon, tant dans Les G&#233;orgiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je dirai que le r&#244;le d'Herm&#232;s, de m&#233;diateur et de communicateur, y est pr&#233;sent, m&#234;me si c'est encore l&#224; la fa&#231;on typique de Simon. La descente symbolique aux enfers y appara&#238;t comme au moins double, celle de la veuve mise c&#244;te &#224; c&#244;te avec celle du fils ; les &#233;preuves lors de cette &lt;i&gt;catabasis&lt;/i&gt; sont n&#233;anmoins diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Mais comme je l'ai d&#233;j&#224; sugg&#233;r&#233;, ce fils-narrateur est charg&#233; d'une autre fonction : &#224; titre de t&#233;moin, il valorise, justifie en quelque sorte la qu&#234;te de la veuve, en la mettant en miroir, en analogie avec les qu&#234;tes o&#249; il est impliqu&#233; lui-m&#234;me. En outre, il agit lui-m&#234;me, dans le roman, comme une instance double, acteur et observateur &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; de ses propres &#233;preuves initiatiques. C'est gr&#226;ce &#224; lui, en tant que supra-instance narratrice, d&#233;tach&#233;e des &#233;v&#233;nements advenus &#171; plus t&#244;t &#187; dans la &#171; chronologie &#187; romanesque et superpos&#233;e en t&#233;moin &#224; ces derniers, que ces mises en miroir sont possibles, c'est lui qui sert de lien entre eux. Si je dis lien, je dis Herm&#232;s, et, pour revenir &#224; mes r&#233;flexions sur les origines &#233;gyptiennes du mythe orphique, la figure d'Herm&#232;s, apparaissant de fa&#231;on semblable dans les deux civilisations, n'est-elle pas une preuve, &#224; elle toute seule, de cette triangulation in&#233;vitable, tant dans le mythe osiriaque qu'orphique ? Pour sortir du texte, et pour jouer sur les diff&#233;rentes acceptions du contexte &#171; herm&#233;tique &#187;, l'auteur n'est-il pas lui-m&#234;me en m&#234;me temps un Orph&#233;e puisant dans la m&#233;moire, dans les enfers des r&#233;seaux qu'il veut exploiter, et un. Herm&#232;s communicateur, transmetteur des connaissances ? Il serait alors &#224; cheval entre plusieurs cultures, reprenant le pass&#233; et annon&#231;ant en quelque sorte l'avenir, utilisant, faisant revivre diff&#233;rents mod&#232;les de pens&#233;e, c'est-&#224;-dire diff&#233;rents myth&#232;mes qu'il inscrit dans son roman, dans un texte qui, par rapport &#224; ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit surtout dans les ann&#233;es soixante-dix, se pr&#233;sente comme beaucoup moins &#171; herm&#233;tique &#187;, mais qui exige n&#233;anmoins un consid&#233;rable effort &#171; herm&#233;neutique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les romans simoniens de cette &#233;poque, le plus &#171; herm&#233;tique &#187;, dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est donc bien lui qui ram&#232;ne &#224; la vie, bien s&#251;r litt&#233;raire, ce qui &#171; tombe en morceaux &#187; et que &#171; nous r&#233;organisons de nouveau &#187;, pour paraphraser Simon lui-m&#234;me dans son emprunt de la citation, on ne peut plus orphique, de Rilke, telle qu'utilis&#233;e en exergue &#224; &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'indique l'exergue au complet : &#171; Cela nous submerge. Nous l'organisons. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceci nous replace &#233;videmment, d'une part, dans l'orphisme tel quel, mais encore, dans l'&#201;gypte ancienne, par le biais des symboles franc-ma&#231;ons pressentis dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; par Fran&#231;oise van Rossum-Guyon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je cite ici la fin de sa note, dans l'article d&#233;j&#224; indiqu&#233; : &#171; Sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Pour que la &#171; vie sorte de la mort &#187;, pour qu'il y ait litt&#233;rature, puisque le narrateur se met lui-m&#234;me &#224; &#233;crire, il doit donc remonter &#224; la vie, apr&#232;s l'abrutissement total dans l'arm&#233;e fran&#231;aise et ensuite, dans le camp des prisonniers de guerre. Les phases de ce retour s'inscrivent dans les derni&#232;res pages du roman, la fin ouvrant la voie de retour vers le d&#233;but du livre. Il faudrait peut-&#234;tre signaler que d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, le narrateur, identifi&#233; comme O., se trouve devant une page blanche, dans les derni&#232;res lignes du roman, et il y inscrit les mots par lesquels commence ce m&#234;me texte. Dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; (11), le premier mot du premier chapitre est un pronom personnel au f&#233;minin et au pluriel, &#171; Elles &#187; (il vient apr&#232;s l'identification, en chiffre romain, de ce chapitre et de son &#171; titre &#187;, 1919, &#224; la p. 9, qui pr&#233;cise le moment de la recherche, par les trois femmes, de la d&#233;pouille du colonel). Le narrateur de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt; indique sa progression vers l'&#233;criture, dans la p&#233;riode suivant sa d&#233;mobilisation, &#224; travers le r&#233;veil de la force vitale : il passe de thanatos &#224; &#233;ros, mais un &#233;ros tr&#232;s pulsionnel, d&#233;pourvu de tout sentiment : &#171; la fille [...] dans laquelle il s'&#233;tait vid&#233; ou plut&#244;t avait explos&#233; &#187; (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 369). Curieusement, alors que les personnages &#233;voqu&#233;s n'ont pas de nom propre, une des prostitu&#233;es est signal&#233;e par son &#171; mythonyme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte ce terme &#224; Fran&#231;ois Rigolot, Po&#233;tique et onomastique (113).&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par sa fonction de sorci&#232;re et de s&#233;ductrice (&#171; l'ensorcelante et v&#233;nale Circ&#233; &#187;, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 367 ; celle qui par magie transforme les hommes en b&#234;tes ; l'instance initiatique que le voyageur, comme dans une &#171; Odyss&#233;e &#187;, doit franchir s'il ne veut pas s'enliser dans la sensualit&#233; brutale). Le bordel est d'ailleurs situ&#233; dans un monde autre que celui, &#171; scandaleux et insupportable &#187; (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 367), dont s'&#233;chappe le narrateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Vient ensuite l'int&#233;r&#234;t pour la nature et la visite de &#171; ses vignes &#187; (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 375), avec le premier retour &#224; la cr&#233;ativit&#233; : les dessins qu'il fait et o&#249; il copie &#171; avec le plus d'exactitude possible, les feuilles d'un rameau &#187; (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 376), dans un acte de concentration sur ce que sont les faits de la nature (mais pas ceux des hommes : il refuse de lire les journaux). Son engo&#251;ment pour l'&#233;rotisme se stabilise &#224; l'arriv&#233;e de sa femme r&#233;ussissant &#224; franchir la fronti&#232;re, encore entre deux mondes, la France occup&#233;e et le Sud vichyssois. La derni&#232;re &#233;tape avant l'&#233;criture, dans ce voyage de &lt;i&gt;thanatos&lt;/i&gt; d'abord, &#224; &lt;i&gt;&#233;ros&lt;/i&gt; et finalement &#224; &lt;i&gt;poiesis&lt;/i&gt; (les trois domaines tellement significatifs dans le mythe d'Orph&#233;e), c'est la lecture de &lt;i&gt;La Com&#233;die humaine&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 379).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Quel est, &#224; partir de la derni&#232;re page qui renoue en quelque sorte avec la premi&#232;re, l'enjeu mis en sc&#232;ne, dans &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, en dehors de ce que j'ai d&#233;j&#224; avanc&#233; ? Je retourne bri&#232;vement &#224; une des manifestations de la qu&#234;te, ou encore, du paradigme orphique, qui se trouve principalement d&#233;crit dans le chapitre V, surtout consacr&#233; &#224; l'histoire amoureuse entre la jeune femme et le militaire. Il faut signaler que dans l'agencement simonien de l'anecdote, la qu&#234;te de 1919, celle de la veuve accompagn&#233;e de l'enfant et de ses deux belles-s&#339;urs, occupant tout le premier chapitre, aboutit &#224; la d&#233;couverte d'une tombe, possiblement celle de l'&#233;poux (&#171; Et &#224; la fin elle trouva &#187;, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 24). L' &#171; histoire &#187; de cette &#171; jeune fille &#187; approchant la trentaine et refusant tout soupirant, avant qu'elle ne rencontre ce lieutenant visiblement d'un monde tout &#224; fait diff&#233;rent du sien (elle est riche et oisive, il est pauvre et a toujours travaill&#233; tr&#232;s dur de ses mains), est plac&#233;e m&#234;me apr&#232;s le IIIe chapitre relatant la mort de cet homme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans ce livre dispos&#233; en douze chapitres dont les impairs traitent plus particuli&#232;rement du &#171; pass&#233; familial &#187; du narrateur, alors que les chapitres pairs sont r&#233;serv&#233;s &#224; ses propres exp&#233;riences, il est int&#233;ressant de constater qu'&#224; l'int&#233;rieur du chapitre V (entre les pages 107 et 150), certaines indications jouent encore sur ce chiffre 12 ou sur le 3 fois 4, ou encore 3 plus 4. La jeune femme a deux autres s&#339;urs, mari&#233;es, l'a&#238;n&#233;e ayant 4 enfants, la cadette &#233;tant d&#233;j&#224; morte ; la p&#233;riode la plus intens&#233;ment r&#233;serv&#233;e &#224; la &#171; relation &#187;, entre cette femme assez opulente et l'homme &#224; la barbe carr&#233;e, s'&#233;tend sur 12 ann&#233;es. Pendant les 4 ann&#233;es de fr&#233;quentation tout &#224; fait &#224; distance, le militaire doit convaincre tant la famille de sa &#171; fianc&#233;e &#187; que ses deux s&#339;urs du bien-fond&#233; de son choix ; 4 ann&#233;es de vie conjugale s'&#233;coulent dans un monde d&#233;crit comme &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; (Madagascar, m&#234;me si l'endroit n'est pas nomm&#233;, comme ne le sont pas les autres lieux &#8211; ou les personnages &#8211; cruciaux dans le roman) ; viennent finalement les 4 ann&#233;es de souffrance intense et de deuil. Ces jeux num&#233;riques, pour ne pas dire num&#233;rologiques, m&#233;riteraient certainement d'&#234;tre approfondis.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Les permutations du mod&#232;le orphique revenant dans ce chapitre sont nombreuses et riches de sens : la jeune femme plut&#244;t amorphe est &#171; r&#233;veill&#233;e &#187; par cet Orph&#233;e qui l'emm&#232;ne avec lui dans un autre monde, mais qui est celui de l'apoth&#233;ose et de la f&#233;licit&#233; ; en m&#234;me temps, celle qui se remettait &#224; sa m&#232;re pour toute chose continue &#224; se faire exprimer par son &#233;poux (dans les lettres que celui-ci envoie &#224; sa belle-m&#232;re) ; elle est donc une Pers&#233;phone bien int&#233;ressante, ne mettant en valeur sa propre volont&#233; que par rapport au d&#233;funt, lorsqu'elle s'acharne &#224; retrouver sa d&#233;pouille. &#192; ce moment, l'enfant n&#233; de cette union se voit entour&#233; de femmes, &#233;lev&#233; dans une sorte de gyn&#233;c&#233;e tr&#232;s mythique lui-m&#234;me. Cependant, avant le d&#233;part du militaire pour le front, c'est lui-m&#234;me qui ram&#232;ne sa femme &#224; ce monde, tout en &#233;tant &#171; comme d&#233;j&#224; absent, ailleurs &#187; (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 148) ; ce monde dans lequel elle &#171; rena&#238;t &#187; (la M&#233;diterran&#233;e est d&#233;crite, 147, comme une &#171; matrice &#187;) est celui des pleurs (&#171; Elle essaye de sourire. Elle pleure &#187;, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 150). Dans ce m&#234;me monde, elle est d'ailleurs comme sacrifi&#233;e, telle une Dionysos Zagr&#233;os, elle qui, dans sa jeunesse, assistait aux tauromachies : dans sa maladie, elle est d&#233;coup&#233;e &#171; savamment en morceaux &#187; par les m&#233;decins (&lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, 126), m&#234;me avant sa mort (souhait&#233;e probablement comme moyen de retrouver celui avec qui elle a connu, de son vivant, l'apoth&#233;ose).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Sans pouvoir vraiment conclure ma lecture de &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, ce roman initiatique, roman d'initiation, je voudrais insister sur le fait que de nombreuses questions int&#233;ressantes restent ouvertes, &#224; exploiter &#224; d'autres moments de lecture. Pour me r&#233;sumer, je reprends, par ailleurs, mon hypoth&#232;se au sujet des transformations r&#233;centes du paradigme orphique. Je dirais que dans son &#233;criture, Simon, visiblement int&#233;ress&#233; aux hypotextes mythiques, condense, &#224; l'aide du mod&#232;le orphique, une s&#233;rie d'images symboliques qui l'am&#232;nent &#224; restructurer les donn&#233;es traditionnelles, sans que toutefois il les bouscule de fa&#231;on tr&#232;s radicale. D'ailleurs, &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, malgr&#233; l'incroyable richesse attest&#233;e des associations, des analogies, des combinaisons de toutes sortes, formelles ou s&#233;mantiques, marque un retour &#224; une &#233;criture moins &#171; r&#233;volutionnaire &#187;, moins &#233;clat&#233;e, ce qui semble se manifester dans son utilisation des mod&#232;les mythiques. Reste &#224; savoir ce que Claude Simon nous pr&#233;pare encore...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OUVRAGES DE R&#201;F&#201;RENCE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DURAND, Gilbert, &lt;i&gt;Figures mythiques et visages de l'&#339;uvre&lt;/i&gt;, Paris, Berg International, 1979.&lt;br/&gt;
GOULD, Karen, &lt;i&gt;Claude Simon's Mythic Muse&lt;/i&gt;, Columbia, SC, French Literature Publications, 1979.&lt;br/&gt;
RICARDOU, Jean, &lt;i&gt;Nouveaux Probl&#232;mes du roman&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1978. RIGOLOT, Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Po&#233;tique et onomastique&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Librairie Droz, 1977. &lt;br/&gt;
SEGAL, Charles, &lt;i&gt;Orpheus : The myth of the Poet&lt;/i&gt;, Baltimore, Johns Hopkins UP, 1989.&lt;br/&gt;
SIMON, Claude. &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1960. &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1969. &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1973. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1981. &lt;i&gt;L'Acacia&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1989.&lt;br/&gt;
VAN ROSSUM-GUYON, Fran&#231;oise, &#171; Un regard d&#233;chirant. &#192; propos de L'Acacia &#187;, &lt;i&gt;Claude Simon. Chemins de la m&#233;moir&lt;/i&gt;e, dir. Mireille Calle-Gruber, Sainte-Foy, Le Griffon d'argile, 1993, p. 119-130.&lt;br/&gt;
ZUPANCIC, Metka. &lt;i&gt;L'orphisme et polyphonie dans les textes de Claude Simon&lt;/i&gt;. Th&#232;se de philologie romane, Universit&#233; de Zagreb, Croatie, 1988. (Texte int&#233;gr&#233; au manuscrit du livre &lt;i&gt;Lectures de Claude Simon. La polyphonie de la structure et du mythe&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre aux &#201;ditions Balzac.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je signale, dans ma th&#232;se sur &#171; L'orphisme et la polyphonie dans les textes de Claude Simon &#187;, que cette conjoncture est tout &#224; fait fictive et qu'elle sert justement, je dirais m&#234;me uniquement, &#224; mettre en relation ces trois &#171; instances &#187; repr&#233;sentatives de la fin du XVIIIe si&#232;cle, un g&#233;n&#233;ral napol&#233;onien, artilleur et franc-ma&#231;on, le compositeur et l'architecte tous deux &#171; orphiques &#187;, connus pour leur affiliation avec les franc-ma&#231;ons. Il n'est donc pas surprenant que j'accorde une telle importance &#224; la remarque de Fran&#231;oise van Rossum-Guyon au sujet du symbolisme de cet arbre qu'est l'acacia (&#171; Un regard... &#187;, 130) : &#171; Dans la tradition ma&#231;onnique, l'acacia, symbole de r&#233;g&#233;n&#233;ration spirituelle, c'est-&#224;-dire immortalit&#233; et r&#233;surrection. Sur les monuments de l'&#201;gypte ancienne figure un sarcophage d'o&#249; sort un acacia et la devise : Osiris s'&#233;lance, signifiant &#034;la vie sort de la mort&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La photographie de ce bas-relief qui se trouve au Mus&#233;e national de Naples est d'ailleurs reproduite sur la couverture du livre &lt;i&gt;Orpheus : The Myth of the Poet&lt;/i&gt;, de Charles Segal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est d'ailleurs une pratique courante chez Simon, tant dans &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt; que dans ses autres romans avant les ann&#233;es quatre-vingt. Le terme &#171; myth&#232;me &#187; est emprunt&#233; surtout &#224; Gilbert Durand, comme il en parle &#224; plusieurs reprises dans &lt;i&gt;Figures mythiques et visages de l'ouvre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les romans simoniens de cette &#233;poque, le plus &#171; herm&#233;tique &#187;, dans le sens de la difficult&#233; qu'il repr&#233;sente pour la lecture, est probablement &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt; (1973) que Ricardou a lui-m&#234;me analys&#233;, surtout au niveau de sa structure, dans le contexte du Dispositif osiriaque &#187; (&lt;i&gt;Nouveaux Probl&#232;mes du roman&lt;/i&gt;, 179 et sq.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'indique l'exergue au complet : &#171; Cela nous submerge. Nous l'organisons. Cela tombe en morceaux. Nous l'organisons de nouveau et tombons nous-m&#234;mes en morceaux. &#187; (&lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt; 7)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je cite ici la fin de sa note, dans l'article d&#233;j&#224; indiqu&#233; : &#171; Sur les monuments de l'&#201;gypte ancienne figure un sarcophage d'o&#249; sort un acacia et la devise : Osiris s'&#233;lance, signifiant &#034;la vie sort de la mort&#034;. &#187; (&lt;i&gt;Chemins&lt;/i&gt;, 130)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'emprunte ce terme &#224; Fran&#231;ois Rigolot, &lt;i&gt;Po&#233;tique et onomastique&lt;/i&gt; (113).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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