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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
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	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
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		<title>Michel Deguy. &#171; Claude Simon aujourd'hui &#187; (2006)</title>
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		<dc:date>2016-03-21T10:06:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Claude Simon aujourd'hui &#187; par Michel Deguy &lt;br class='autobr' /&gt;
Titre &#224; la fois banal et bizarre. Puisque Claude Simon c'est aujourd'hui, comme ce l'&#233;tait. D'autant plus insolite (insolent ?), mon titre, que je lui donne l'inflexion restrictive (outrecuidante ?) d'un &#171; pour moi &#187;. Ces notes de lecture sont celles d'une relecture&#8230; de l'article que je publiai en 1962 dans Critique (n&#176; 187) sous le titre &#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187;. L'excusatio que je devrais fourbir en liminaire pour ce p&#233;ch&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/-hommages-et-temoignages-.html" rel="directory"&gt;Hommages et t&#233;moignages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Deguy-Michel-+.html" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Claude Simon aujourd'hui &#187;&lt;br/&gt;
par Michel Deguy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_756 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.associationclaudesimon.org/local/cache-vignettes/L303xH166/deguy-ae80a.jpg?1787935142' width='303' height='166' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Titre &#224; la fois banal et bizarre. Puisque Claude Simon c'est aujourd'hui, comme ce l'&#233;tait. D'autant plus insolite (insolent ?), mon titre, que je lui donne l'inflexion restrictive (outrecuidante ?) d'un &#171; pour moi &#187;. Ces notes de lecture sont celles d'une relecture&#8230; de l'article que je publiai en 1962 dans &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; (n&#176; 187) sous le titre &#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187;. L'&lt;i&gt;excusatio&lt;/i&gt; que je devrais fourbir en liminaire pour ce p&#233;ch&#233; de vieillesse serait trop laborieuse : que son omission soit port&#233;e &#224; mon d&#233;bit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si je r&#233;pondais &#224; la question : &#171; Et toi, qui as salu&#233; le g&#233;nie de Claude Simon il y a quarante-cinq ans, comment habite-t-il ta m&#233;moire ? &#187;. Comment avez-vous vieilli ensemble ? (dirait M. Teste). Que te reste-t-il, &#224; toi non lecteur de roman qui s'enivrait rarement, glouton &#233;pisodique, au vase romanesque dana&#239;dien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je me souviens&lt;/i&gt;, donc, de la fa&#231;on dont il me semble que Claude Simon &lt;i&gt;repr&#233;sentait&lt;/i&gt; les choses. Il me sembla qu'il lui semblait qu'&#171; il-lui-semblait &#187; &#233;tait un bon op&#233;rateur de la phrase romanci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses semblent. Ce semble. La page 3451 du &lt;i&gt;Robert&lt;/i&gt; &#171; historique de la langue fran&#231;aise &#187; (r&#233;impression, 2000) offre un tableau des valences de &lt;i&gt;semblable&lt;/i&gt; qui recueille les ingr&#233;dients suivants : le &lt;i&gt;simile&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;semblance&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;simul&lt;/i&gt; de l'ensemble, le &lt;i&gt;une-fois-pour-toutes&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;semper&lt;/i&gt;, le pur de &lt;i&gt;sincerus&lt;/i&gt;, l'isolement du singulier. Fabuleux m&#233;lange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses apparaissent. Et tout en paraissant, se r&#233;servent. Apparition dans l'apparence. Simulation, simulacre, &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la r&#233;alit&#233;. Dans l'&#233;toffe m&#234;me de leur visibilit&#233; &#224; d'autres, l'inqui&#233;tante alt&#233;rit&#233; de leur &#234;tre-soustraites se rec&#232;le. N'y e&#251;t-il aucun regard, aucun coadjuteur, aucune relation, elles seraient apparentes comme &#231;a : aspect. Les choses sont aspectuelles, pour tous et pour personne. Leur individualit&#233;, ou discernabilit&#233;, &#224; ne pas confondre (semble-t-il) avec l'&lt;i&gt;unicit&#233;&lt;/i&gt; ou monadicit&#233; (en leibnizien), est dissoute dans l'aspectualit&#233;, la soupe primitive d'une m&#234;l&#233;e emp&#233;docl&#233;enne de &lt;i&gt;philia&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;echtra&lt;/i&gt;, comme une masse gazeuse infinie peu apr&#232;s (?) le bigbang ; et peu &#224; peu (!) isol&#233;e en singularit&#233;s. Le regardeur (le donataire du &#171; il lui semblait &#187;) assiste &#224; la gen&#232;se r&#233;trospective de telle quasi singularit&#233;. Chez Claude Simon, c'est toujours l'apr&#232;s bigbang, une brumeuse explosion primordiale qui se dissipe.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle fait &#171; retour aux choses m&#234;mes &#187;. Claude Simon, qu'il l'ait lue ou non, est contemporain de ces efforts hercul&#233;ens de la ph&#233;nom&#233;nologie (oui, les travaux de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#234;&lt;/i&gt; pour suspendre la th&#232;se du monde m&#233;ritent cette &#233;pith&#232;te) pour ne plus m&#233;dire de la perception, d&#233;m&#234;ler sa nativit&#233; des entraves de pr&#233;suppos&#233;s m&#233;taphysiques, dogmatiques. Merleau-Ponty en fit commentaire. On relira le cours d'&#233;t&#233; de 1925 de Martin Heidegger, dont Alain Boutot vient de nous procurer la traduction (&lt;i&gt;Prol&#233;gom&#232;nes &#224; l'histoire du concept de temps&lt;/i&gt;, Gallimard, 2006), &#224; commencer par la &#171; partie pr&#233;liminaire &#187; (&#171; Sens et t&#226;che de la ph&#233;nom&#233;nologie &#187;, p. 33 &#224; 136), son admirable et acharn&#233;e restitution du &#171; per&#231;u de la perception &#187;. J'imagine Claude Simon &#233;pris de ces pages.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
La litt&#233;rature &#8211; dont j'utilise ici le nom comme un libraire &#8211; fut h&#233;ro&#239;que. &lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Roland furieux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Pharsale&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L&#233;gende des si&#232;cles&lt;/i&gt;, Hommes illustres, romans de chevalerie, et leur parodie, &#233;cr&#234;taient les faits par le haut. Rien n'aura eu lieu que l'extraordinaire bande dessin&#233;e des prodiges. &lt;i&gt;What about&lt;/i&gt; ? L'exhaustivit&#233; des titres de gloire condensait le narrable. Et Bogart encore hier au cin&#233;ma, c'est Ulysse, vaillant, rus&#233;, seul, sachant faire, magnanime et violent. Et Bacall, Ang&#233;lique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfantines ont pris le relais de ces contes. Cependant le roman quitta &#171; les temps h&#233;ro&#239;ques &#187; ; se tournant vers les choses et leur pr&#233;pos&#233;, le sujet et sa vie, changea de temps et d'&#233;chelle de repr&#233;sentation ; changea les temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Les histoires de l'human&lt;i&gt;it&#233;&lt;/i&gt; n'en font pas qu'une &#8211; il y en a deux. Si je souligne la d&#233;sinence, c'est pour rappeler que tant&#244;t l'humanit&#233; est prise en &lt;i&gt;multitude&lt;/i&gt;, &#171; grand nombre &#187; et masse de masses, distinction et confusion des gr&#233;garit&#233;s : r&#233;alit&#233; sui generis, dont la sociologie, la d&#233;mographie, le comparatisme des religions et autres, cherchent les lois ; tant&#244;t en caract&#232;re d'essence, ou du &#171; propre de l'homme &#187; (que la presse ces jours-ci fouillait parmi les grands singes, ce que n'e&#251;t pas fait l'&#233;crit jusqu'au XIXe si&#232;cle, sauf en &#233;pigramme), r&#233;alit&#233; du un-par-un, dirait Pierre Pachet : &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; humanit&#233;, qu'est-ce ? Il y a l'Histoire et mes histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre de ces deux histoires fait un choc. Stendhal en essayait une version. Fracas chez Simon, d&#233;bris &#233;pars. Apr&#232;s l'explosion, les &#233;clats retombent. Il repasse &lt;i&gt;au ralenti&lt;/i&gt; dans les d&#233;combres fumants.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Que raconte le roman ? Une &#171; vie &#187;, une histoire. Ce-qui-arrive-&#224;-quelques-uns selon l'ordre du temps, qui est un devenir heureux puis malheureux. Voil&#224; ce qui s'est pass&#233;. &#171; Telle est la vie des hommes. Quelques joies vite effac&#233;es par d'incroyables chagrins &#187; (Pagnol). Dans le meilleur des cas : le passage de quelques ann&#233;es &#224; quelques-uns qui s'aiment, se ha&#239;ssent (famille, coin de monde, amis, foule de vivants ombreux &#171; alentour &#187;) ; fosse d'Ulysse, mais avec vivants ; &#171; &#233;vocation &#187; des &#233;ph&#233;m&#232;res. R&#233;sultat : le roman. &#171; H&#233;lo&#239;se &#187;, une &#171; &#238;le &#187; de bienheureux, &#171; &#238;le myst&#233;rieuse &#187;, avant son engloutissement quelque part dans le monde, entour&#233;e de milliers de telles &#238;les s'ignorant.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Le roman fait du sens par la chronologie des alliances, le jugement port&#233; sur les hommes, la pronostication des destins. Les noms, les caract&#232;res, la fatalit&#233;. Les amours, les m&#233;disances, les d&#233;sastres. Comme dans les conversations et les chroniques (mariages, diffamations, d&#233;faites). Le tout revers&#233; au non-sens shakespearien : &lt;i&gt;full of sound&lt;/i&gt;&#8230; Dans le sens de la mort. Et transversalement le &#171; g&#233;nie de la narration &#187; (Thomas Mann) relie, empi&#232;ce l'idiotique avec le gr&#233;gaire ; le radotage de Thyeste avec la synopsis impossible ou mensong&#232;re &#8211; journaux, bulletins de victoires, fausses perspectives politiques, bilans erron&#233;s, &#171; wishful thinking et selfullfilling prophecies &#187;, r&#233;sultantes truqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la v&#233;rit&#233; se d&#233;pose en gisements dans le rapport du langage au v&#233;cu. &#171; Fid&#232;le &#187;, microscopisant, c'est le ton harassant de la voix narrative qui nous en assure. On la croit sur paroles, parce que &#231;a a l'air vrai. Au reste &#171; &#231;a &#233;claire tout &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mineur de fond descend dans le film de la m&#233;moire avec son stylo-piqueur, et en remonte noirci avec des gros morceaux de graphite. Stakhanoviste du pass&#233;, il va recevoir un prix de rendement. &#192; sa mani&#232;re, il avance, il nous le relate, comment il creuse, abat, extrait. Il descend lui aussi dans l'enfer. &#171; C'est dantesque. &#187; Comment donc ai-je pu survivre, &#171; sortir de l&#224; &#187;&#8230; (g&#233;n&#233;alogie et aventures ; et d&#233;j&#224; Ulysse s'&#233;tonnait de son r&#233;cit). Le proc&#233;der est multiple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se rappelle que Bruno Cl&#233;ment, lisant Beckett&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bruno Cl&#233;ment, L'&#338;uvre sans qualit&#233;s : rh&#233;torique de Beckett, Seuil, 1994.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , avait bien rep&#233;r&#233; l'&#233;panorthose. Un de ses modes fr&#233;quents chez Simon : le &#171; ou plut&#244;t &#187;&#8230; ; qui redresse, corrige, r&#233;oriente. Cap au pire, oui ; &#224; longues bord&#233;es plut&#244;t qu'&#224; petits coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;approximation&lt;/i&gt; op&#232;re ; elle invente la cible ; elle fait voir &#8211; c'est l'usage du &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; ; c'est comme-si-c'&#233;tait-comme-&#231;a. Connaissance rapproch&#233;e, astreinte &#224; la figuration, irrempla&#231;able, elle jouit d'endurer la m&#233;taphoricit&#233;, elle en remet : la foison des comparants abonde le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'augmentation&lt;/i&gt;. Et je dirais &#171; &#224; la P&#233;guy &#187;, m&#234;me si les deux proses ne se ressemblent pas. Scissiparit&#233;s de la phrase, multiplication, d&#233;bo&#238;tements, pr&#233;cision croissante, entassement ressassement, petites variations, ajouts comme s'il manquait encore un mot plus juste. Arrosage de traits discernant la cible, la construisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie beckettienne r&#233;duit, enl&#232;ve, universalise par soustraction / abstraction / r&#233;tractation / anonymat. Chez Simon la p&#226;te idiosyncrasique encrasse l'optique.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
La repr&#233;sentation triviale du temps, qui est d'un point sur un axe, lui donne un avant et un apr&#232;s, mais pas d'alentour, de c&#244;t&#233;s, ni de dessus ni de dessous. Que serait l'&#224;-c&#244;t&#233;, une lat&#233;ralit&#233; du temps, la contemporan&#233;it&#233; ? La r&#233;tension simonienne &#233;largit la temporalit&#233; synchrone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps se trouve &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le r&#233;el et son double&lt;/i&gt;, titrait un des premiers essais brillants de Cl&#233;ment Rosset. Rosset traque impitoyablement les doubles. Le r&#233;el n'a pas de doublure. Mais Claude Simon me donne &#224; go&#251;ter une autre version de l'&lt;i&gt;il y a&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque chose &#8211; et c'est une chose de choses, un amas &#8211; &lt;i&gt;ph&#233;nom&#233;nale&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire ce qui s'est montr&#233;, &#224; chacun de ces instants que la rem&#233;moration d&#233;coupe dans le continuum de mon &#171; v&#233;cu &#187;, est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; envelopp&#233;e, gouss&#233;e, finement, impalpablement, dans cette housse, sa peau de visibilit&#233;, son aspect, ombre de sa m&#234;met&#233;, que le souvenir, soit ma relation de narrateur, d&#233;coupe et d&#233;tache, qu'on peut appeler son &#171; image &#187;. Ce que la &lt;i&gt;photographie&lt;/i&gt; surprend, prend, qu'elle enl&#232;ve, apparition de l'(ap)parence, &#171; surprise &#187;, que la narration euph&#233;mise, emphase, et ainsi reconna&#238;t : &#171; c'&#233;tait Venise &#187; &#8211; temps retrouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de quoi, elle (la photo) ne nous int&#233;resserait pas. Elle d&#233;shabille finement le monde ; et le met en &#171; fioles &#187; (Proust), album du &#171; souvenir &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot &#171; contenance &#187; vise la conformation d'une chose, de l'esp&#232;ce &lt;i&gt;vase&lt;/i&gt; par exemple, dans son aptitude &#224; recevoir, &#224; capter. Il s'agit de la disposition d'un artefact. Le perfectionnement technique modifie sans cesse les instruments gr&#226;ce auxquels le g&#233;nie humain s'accroche ici-bas au cours des mill&#233;naires et peu &#224; peu anthropomorphise, c'est-&#224;-dire avale tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on fait entrer po&#232;me et roman sous la rubrique des artefacts au Mus&#233;e des arts et traditions populaires, c&#244;t&#233; chasse et p&#234;che, on dira que l'humain jette son filet, c'est de mots, dans le vide (Baudelaire dit &#171; l'inconnu &#187;) pour ramener &#171; du nouveau &#187;. Aujourd'hui on cr&#233;dite volontiers le roman d'&#234;tre en prise &#171; sur le r&#233;el &#187; plus habilement, plus compl&#232;tement, avec plus d'efficacit&#233; et de rendement que le po&#232;me, ce petit filet du genre &#233;puisette, qui s'&#233;puise assez vite. La contenance du roman serait meilleure ; r&#233;ussite technique d'un artefact plus prenant (plus enrichissant aussi pour le propri&#233;taire). La posture est celle du chasseur-p&#234;cheur qui sort jeter au &#171; dehors &#233;ternel &#187; (Blanchot) son filet, pr&#233;dateur qui ram&#232;ne &#224; soi. Les mailles du po&#232;me seraient trop larges ; les trous trop nombreux : la prise est maigre. Je mentionne cette question de la contenance respective avec l'arri&#232;re-motivation de tirer plus au clair un jour ma disposition lectrice, qui se lasse au roman et se pla&#238;t au po&#232;me &#8211; disposition instable qui se renverse souvent en ennui au d&#233;chiquetis de po&#232;mes contemporains et en pr&#233;f&#233;rence pour la prose, philosophique, savante, ou th&#233;&#226;trale ; pour la teneur et t&#233;nacit&#233; de la prose non narrative&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelle ce film &lt;i&gt;The Sea of Grass&lt;/i&gt;, o&#249; le protagoniste s'avance dans un champ de bl&#233; m&#251;r ondoy&#233; par le vent. Dans l'indistinct le vent l&#232;ve des vagues moir&#233;es qui, grandes formes, labiles, serpentent et s'&#233;vanouissent, nuages de la terre emport&#233;s, apparitions r&#233;currentes dissip&#233;es que le nageur du bl&#233; voudrait saisir. Plongeur dans la tourmente ondul&#233;e que sa course ranime, un lecteur de Simon &#171; jouit de toutes ses facult&#233;s &#187;. Imagination, identification, &#233;valuation&#8230; Sa psych&#233; court apr&#232;s le narrateur, le curseur phrase, les op&#233;rateurs d'imaginaire, les identificateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bonheur est ce qui fut ; voire : &#233;tait. &#171; Ils eurent de nombreux enfants. &#187; D'o&#249; le roman (Giono). Comment mettre le bonheur fou au futur ; et pas ant&#233;rieur. Comment arracher le bonheur au seul roman, ce serait la t&#226;che &#171; optimiste &#187;, sans espoir de r&#233;alisation de la Promesse, ou paradis imminent. Autrement dit un futur non &#224; venir dans le temps de notre temporalit&#233; psychique. Un bonheur qui n'aura pas lieu sur ce mode. Qu'est-ce ? Le futur verbal de l'ordinaire (&#171; demain il &lt;i&gt;fera&lt;/i&gt; beau &#187;) est le leurre, la lettre-pi&#232;ge o&#249; ne peut pas ne pas se prendre une tension vers autre chose qui n'a que ce mode et ce &#171; temps &#187; pour se dire. L'autre du temps dans le temps, les philosophes l'appellent volontiers l'intemporel ; un &lt;i&gt;ae&#239; on&lt;/i&gt; en grec socratique. Un bonheur &#171; tout le temps &#187;, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mon existence qui fait exister le temps, qui n'existe pas : le roman lutte pour faire exister le temps. L'instrument est notre corps, le vieillir p&#233;rir. Ainsi ai-je tant&#244;t le sablier hors de moi, sous les yeux : je m'ennuie, regardant &#171; passer le temps &#187;, qui ne passe pas. Tant&#244;t je &lt;i&gt;suis&lt;/i&gt; le sablier ; je fais passer le temps en moi ; je ne &#171; m'ennuie &#187; pas ; &#231;a passe, en train, au jeu, en lecture&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que le changement qui chronom&#233;trise &#8211; qui invente le temps. Mais y a-t-il un autre changement que local, &lt;i&gt;spatial&lt;/i&gt; ? Mati&#232;re&#8230; ou m&#233;moire, disait presque Bergson. Pour qu'il y ait changement temporel, il faut qu'il soit rapport&#233; &#224; de l'invariant ; &#224; quelque chose qui ne p&#233;rit pas, dont ma pens&#233;e serait le ph&#233;nom&#232;ne : &#171; Je &#187; me sens &#233;ternel ? Il y a quelque chose qui ne vieillit pas, imp&#233;rissable ? De l'&lt;i&gt;ae&#239; on&lt;/i&gt;, non pas au-del&#224;, trans-cendant, mais ici en l'homme, et pas seulement parce qu'il se croirait immortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;surrection &#187; envoie non au futur, mais hors du temps. Cependant le hors-temps est impensable m&#234;me si paraphrasable, parce que la pens&#233;e est imagination et qu'elle imagine l'avenir r&#233;el ; ce qui arriverait. L'achronie ou uchronie est fantaisie, ou laborieuse n&#233;gation du temps : apophasie soustrayante, jusqu'&#224; ce qu'il ne reste rien &#8211; de pens&#233;. La pens&#233;e de l'&lt;i&gt;Ereignis&lt;/i&gt; est aussi difficile que celle de la r&#233;surrection : un &#171; &#233;v&#233;nement &#187; hors &#233;v&#233;nementialit&#233;, hors temporalit&#233;. Dont il ne reste que &#171; l'attente &#187; &#8211; et l'oubli, ajouterait Blanchot.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &lt;i&gt;invention&lt;/i&gt; &#8230; &#171; Trouver une invention &#187; ; c'est cela que l'humanit&#233; attend, reconna&#238;t, honore. L'Humanit&#233; est la r&#233;sultante d'inventions. Guido d'Arezzo, Linn&#233;, Picasso, Jacquard&#8230; qui que vous citiez, milliers de noms, &#171; d&#233;cimales &#187; du nombre d'or au Panth&#233;on virtuel, ce sont les &lt;i&gt;inventeurs&lt;/i&gt;, inventeurs d'humanit&#233;, qui ont remplac&#233; les dieux. On y trouve l'homme d'Assise aussi bien que Cantor, les ing&#233;nieurs et les &#171; g&#233;nies &#187;&#8230; C'est l'ant&#233;purgatoire, c'est-&#224;-dire le paradis, sur terre. Ceux qui n'ont pas attendu un audel&#224; pour s'entretenir parmi les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc qu'inventer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inventer n'est pas imaginer. Ou, disons, il faut &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; distinguer les deux. Imaginer, si c'est associer les id&#233;es &#171; selon la suite des affections du corps &#187; (Spinoza) ; si c'est l'&#233;bullition permanente de ma bouilloire idiosyncrasique &#171; freudienne &#187; (ICS + PCS + CS) dont les bulles expressives requi&#232;rent le soin du psychanalyste ou de l'avocat, et la reconnaissance de l'institutrice, du voisinage, de l'animateur culturel et du producteur, nous sommes&#8230; encombr&#233;s, avant d'&#234;tre perdus. Mes phantasmes branch&#233;s sur la technique, &#231;a donne la productivit&#233; infinie, dans la psychiatrie g&#233;n&#233;rale, o&#249; finalement c'est la chance et l'argent qui font la s&#233;lection. Ce n'est pas inventer ; inventer, c'est objectiver ; c'est frayer/ouvrir une transformation qui &#171; aura &#233;t&#233; &#187; un &#171; bienfait pour l'humanit&#233; &#187;. Invention et reconnaissance, possible puis effective, font cercle vertueux. Qu'est-ce qu'un bienfait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une invention &#171; scientifique &#187; doit int&#233;resser &#171; la litt&#233;rature &#187; (par le biais de la philosophie) &#8211; pour l'&#234;tre. Une invention &#171; litt&#233;raire &#187; doit int&#233;resser la science &#8211; pour l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire = inventer ; ou rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un &#171; po&#232;me &#187; peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le mini-(nano-, micro-) brevet d'une petite invention ? Et quand le roman ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix Nobel r&#233;compense-t-il une invention ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invention d'une notation musicale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; en 2006 dans le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/Cahiers-Claude-Simon-2-2006-62.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;num&#233;ro 2, &lt;i&gt;Claude Simon, maintenant&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, p. 71-78. Nous remercions vivement Michel Deguy de nous autoriser &#224; le reprendre aujourd'hui en ligne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bruno Cl&#233;ment, &lt;i&gt;L'&#338;uvre sans qualit&#233;s : rh&#233;torique de Beckett&lt;/i&gt;, Seuil, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Deguy, Michel. &#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187; (1962)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Deguy-Michel-Claude-Simon-et-la-representation-1962.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.associationclaudesimon.org/Deguy-Michel-Claude-Simon-et-la-representation-1962.html</guid>
		<dc:date>2012-04-21T13:40:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>Le Palace</dc:subject>
		<dc:subject>Image</dc:subject>
		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Repr&#233;sentation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Michel DEGUY, &#034;Claude Simon et la repr&#233;sentation&#034; (1962).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Image-+.html" rel="tag"&gt;Image&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Deguy-Michel-+.html" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Representation-+.html" rel="tag"&gt;Repr&#233;sentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Michel Deguy. &#171; Claude Simon et la repr&#233;sentation &#187; (Sur &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt;). &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, 187, d&#233;cembre 1962, p. 1009-1032
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les critiques parlent volontiers d'un auteur contemporain comme s'il avait invent&#233; quelque &#171; truc &#187; qui plairait ou non ; comme s'il &#233;tait &#171; libre &#187; &#224; l'&#233;gard de son temps et de son art, et que ses &#171; proc&#233;d&#233;s &#187;, plus ou moins habiles, indiquassent le degr&#233; de richesse de cette libert&#233;. Pourtant, malgr&#233; la saison des prix, on aurait tort d'assimiler la litt&#233;rature au concours L&#233;pine : il ne s'y agit pas principalement d'une comp&#233;tition d' &#171; astuces &#187; de description. Car un auteur n'&#233;tant pas &#171; libre &#187; au sens o&#249; on l'entend d'ordinaire, ne peut parler qu'&#224; partir de l'&#233;motion fondamentale qui &#233;branle en lui la parole. Cette premi&#232;re parole est &#171; intuition &#187;, si l'on veut ; le monde s'annonce en elle tel qu'il est, et l'acte d'&#233;crire cherche &#224; ressaisir et &#224; d&#233;ployer cette premi&#232;re parole.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant le critique compte les adjectifs et reproche &#224; Claude Simon de les faire avancer trop souvent trois de front ; il s'&#233;tonne que le jeu de la conjugaison soit d&#233;s&#233;quilibr&#233; au profit du participe pr&#233;sent ; ou bien il proteste que le talent de Joyce, de Proust ou de Faulkner &#233;tait bien sup&#233;rieur, comme l'instituteur d&#233;plore les ann&#233;es d'autrefois quand les copies &#233;taient meilleures !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un &lt;i&gt;&#233;crivain&lt;/i&gt; n'use pas de &lt;i&gt;proc&#233;d&#233;s&lt;/i&gt;, si par l&#224; on entend qu'il aurait pu &#171; dire les choses autrement &#187;. Le monde inspire, c'est-&#224;-dire aspire en l'&#233;crivain ce d&#233;sir de le dire &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; il est - de d&#233;crire ; l'&#233;crivain n'est pas &#171; libre &#187;, il est pythie de son temps. La critique aime &#224; parler du style du romancier comme de &#171; performance &#187; dans la description. Pourtant le roman ne cherche &#224; dire rien d'autre qu'une mani&#232;re de dire les choses comme elles sont, c'est-&#224;-dire comme elles apparaissent. Pour l'&#233;crivain, l'homme est celui qui est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; celui qu'il est. Si une bo&#238;te de cigares occupe tout &#224; coup le roman pendant cinq pages (page 163 &#224; 168), ce n'est peut-&#234;tre pas parce que l'auteur tente de battre le record de la description, comme un danseur celui de la danse, mais parce que cette chose occupe la vision comme un gouffre o&#249; la vue s'engouffre, vertigineuse distance, ab&#238;me o&#249; s'enfonce le regard versatile vers aucun fond des choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est pas la seule fois que nous aurons l'occasion de remarquer le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme si l'&#339;il &#233;tait devenu ce t&#233;lescope invers&#233; qui par son &#171; petit bout &#187; maintient &#224; distance irr&#233;parable les moindres choses qu'il d&#233;sire approcher - tandis que le temps est devenu d&#233;cr&#233;ation continu&#233;e, cette interminable discontinuit&#233;, interminable insomnie, seconde par seconde comme si tout se passait dans la nuit o&#249; le regard cherche en vain son correspondant... Mais le regard a lui-m&#234;me perdu sa mesure, le sens de sa propre mesure, et jamais le &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt; ne peut venir le combler ; il est regard insatiable qui a perdu le monde et veut s'y &#233;craser sans pouvoir s'y fixer, priv&#233; de l'invisible o&#249; il pourrait s'ancrer, regard sans pause parce que sans pose, car tout est &#233;tal&#233; dans l'insondable multiplicit&#233; juxtapos&#233;e de l'apparence. Il est pareil &#224; un avion r&#244;deur qui cherche l'atterrissage, tant&#244;t rasant de trop pr&#232;s le chaos du champ inabordable, tant&#244;t remont&#233; trop haut, perdant le terrain de vue ; ainsi le regard qui ne peut plus, ne sait plus &lt;i&gt;accommoder&lt;/i&gt; ...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or le roman de Claude Simon ne se tait pas sur ses principes ; bien plut&#244;t expose-t-il th&#233;matiquement dans son discours tout ce qui le fonde et lui donne ce style ; il dit ce qui le justifie, le fait comprendre ; document de sa propre m&#233;thodologie, de son propre art po&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quant au sentiment du temps, par exemple, ci-dessus esquiss&#233;, il s'expose (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , il ne cesse, en m&#234;me temps que court son propos narratif, d'&#234;tre persuasif, p&#233;dagogique, toujours en train d'&#233;duquer chez le lecteur un regard identique &#224; celui pour qui le monde se montre tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi il semble possible d'en proposer une premi&#232;re analyse sans faire appel &#224; d'autres rep&#232;res que ceux qui balisent et articulent le livre en lui-m&#234;me. Il ne s'agit presque que d'organiser quelques citations.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;grossissement&#034;&gt;Le grossissement et le recul&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Proche, trop proche, &#233;loign&#233;, trop &#233;loign&#233;, le regard va et vient, le regard est l'incessant va-et-vient de l'impossible accommodation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (un pigeon) vint s'abattre sur l'appui de la pierre, &#233;norme (sans doute parce qu'on les voit toujours de loin), &#233;trangement lourd ( ... ) &#187; (p. 9). L'&#339;il est rapproch&#233;, le regard est charg&#233; d'une &#233;tale curiosit&#233;. Mais tout de suite : &#171; (...) il s'envola &#187; (p. 10) ; c'est le regard qui s'envole ; il quitte le ici-maintenant, le fascinant d&#233;tail, pour le terrible recul o&#249; se d&#233;couvre la multiplicit&#233; qui s'ab&#238;me dans la morne r&#233;p&#233;tition. &#171; Et ceci : la pi&#232;ce ( ... ) la pi&#232;ce, donc (... ) comme si &lt;i&gt;les&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rien n'est soulign&#233; dans le texte.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; grands h&#244;tels (... ) &#187; (p. 11). D'un coup d'aile l'esprit qui voit a pris recul, et ce recul est synopsis plan&#233;taire : le pluriel appara&#238;t, c'est-&#224;-dire la r&#233;p&#233;tition, la morne identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le passage du d&#233;tail &#224; l'ensemble est identiquement passage du vide instant, du pr&#233;sent ponctuel, &#224; la r&#233;trospection qui n'&#233;treint rien de trop embrasser, rem&#233;moration vide. Le recul est m&#233;moire. Dans la m&#234;me phrase, la seconde du livre en somme, c'est-&#224;-dire d&#232;s la page 12, nous lisons : &#171; (&#8230;) la mati&#232;re attendant &lt;i&gt;depuis la nuit des temps&lt;/i&gt;, dans le sein t&#233;n&#233;breux de la terre ( ... ). &#187; Ou, &#224; la fin du livre : &#171; Puis ceci : lui (l'&#233;tudiant, l'homoncule, le jeune &#233;tourneau, &lt;i&gt;le double microscopique et lointain&lt;/i&gt; (...) &#187; ; l'&#233;crasement de l'&#339;il sur l'infime est r&#233;tr&#233;cissement du champ du regard, et ainsi mani&#232;re d'isoler une chose de l'entourage, des relations qui pourraient la rendre signifiante ; c'est mani&#232;re de perdre le sens. Mais le regard arri&#232;re vertigineux est aussi r&#233;tr&#233;cissant pour les choses qui, soudain, &#224; altitude d&#233;mesur&#233;e. s'&#233;galisent, se confondent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; le petit bout de la lorgnette &#187;, p. 20, p. 221, etc.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Est-ce perte de sens ? A moins que, peut-&#234;tre (nous le verrons), &#224; la faveur de ce recul, de nouvelles relations apparaissent dans l'enchev&#234;trement, et que se lib&#232;re une sorte de discours po&#233;tique qui, au lieu des relations habituelles de cause &#224; effet, r&#233;v&#232;le des communications d&#233;concertantes, une &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; d&#233;sesp&#233;r&#233;e : des chemins plus courts d'un point &#224; un autre &#233;closent au discours, manifestant une v&#233;rit&#233; plus vraie que celle qui ronronne sur les rails de la discursivit&#233; d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ces longs inventaires du regard circonspect ou &#233;gar&#233;, attentif ou d&#233;sempar&#233;, avide ou d&#233;tach&#233; &#8211; &#171; (&#8230;) devinant les formes floues de gar&#231;ons, de ma&#238;tres d'h&#244;tel, de femmes aux &#233;paules nues, et tout autour de lui, dans le froid brutal, le monde clinquant et brutal de la ville, les queues de neuf heures du soir devant les fa&#231;ades de cin&#233;ma o&#249; des princesses hindoues, des tigres, des soldats de carton macul&#233;s de boue peinte ou des beaut&#233;s aux visages de deux m&#232;tres de haut, sauvagement colori&#233;es et passionn&#233;es, annon&#231;aient des aventures ou des conflits psychologiques pour cr&#233;tins, les violentes lueurs d'&#233;talages de chaussures (... etc.) &#187; (p. 54 et &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;) -, ne les trouve-t-on pas chez les romanciers classiques ? Assur&#233;ment ; il suffit d'ouvrir Flaubert, Huysmans, Thomas Mann, etc. Mais ils sont ici aggrav&#233;s parce que les choses se sont aggrav&#233;es. Ils ressemblent &#224; ces lendemains de d&#233;sastre o&#249; l'&#339;il sinistr&#233; cherche ce qui lui reste encore, et rel&#232;ve, dans la juxtaposition non signifiante o&#249; elles se trouvent dispers&#233;es, les choses r&#233;chapp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;oeil&#034;&gt;Le d&#233;tachement de l'&#339;il exorbit&#233;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le recul, le lien avec la terre, et d'abord ce premier lien avec elle qui est l'union de l'&#226;me et du corps, est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; coup&#233;. Quelque chose se passe qui est pareil &#224; une s&#233;paration, &#224; une d&#233;connection. Le r&#233;sultat du sinistre qui vient d'avoir lieu, mais comme depuis toujours, et auquel le ton h&#233;b&#233;t&#233; fait &#233;cho dans son froid constat des alentours &#233;tranges, appara&#238;t comme une perte de la libert&#233; : non par enlisement, mais au contraire par arrachement &#224; la pesanteur, bizarre sublimation, stupeur a&#233;rienne. Un divorce a eu lieu ; la catastrophe ne cesse de se reproduire dans une subite rupture subie, correspondant au moment o&#249; le regard trop &#233;tir&#233; de son point d'attache dans son recul, quitte son corps, et o&#249; le monde lui arrive alors soudain comme une hallucination. La libert&#233; n'est plus &lt;i&gt;en prise&lt;/i&gt; ; il n'y a plus de libert&#233;. Et n&#233;anmoins comme tout &#171; fonctionne &#187; &#224; la mani&#232;re habituelle, les sph&#232;res divorc&#233;es continuent de se correspondre comme en r&#233;gime d'harmonie pr&#233;&#233;tablie, dont la conscience voyante ne cesse de s'aviser avec un l&#233;ger retard : &#171; (&#8230;) de sorte que tandis que (l'esprit) en &#233;tait encore &#224; se demander comment il allait s'y prendre, il &#233;tait d&#233;j&#224; en train de se regarder franchir le seuil, passer devant le type en manches de chemise et s'avancer dans la pi&#232;ce d'un pas nonchalant, en m&#234;me temps qu'il pouvait entendre sa propre voix, nonchalante, d&#233;sinvolte elle aussi, parlant pour dire &#224; l'ext&#233;rieur de lui, autonome, impossible &#224; arr&#234;ter ( ... etc.) &#187; (p. 201). L'esprit inocul&#233;, le regard, se surprend &#224; &#234;tre coup&#233; de l'action qui se d&#233;roule, s&#233;par&#233; de son corps ; il se surprend &#224; &#234;tre devenu cet &#339;il &#233;norme, monstre martien sur la terre, ce regard d'anticipation, d&#233;mesur&#233;, port&#233; sur un corps &#233;tranger dans un monde qu'il ne reconna&#238;t plus, et pourtant reconna&#238;t, mais comme le fant&#244;me solide de son ancien monde, Pompe&#239; impalpablement incin&#233;r&#233;e : Barcelone &#224; la seconde qui a suivi la violence r&#233;volutionnaire, et le Palace en son centre, ruin&#233;, charbonneux, inchang&#233;, squelette. &#171; ( ... ) et quoiqu'il - c'est-&#224;-dire son corps - se t&#238;nt toujours immobile devant la crois&#233;e ouverte, ce quelque chose en lui qui n'avait pas besoin d'un corps, de membres pour se mouvoir, retraversant la chambre, sortant (&#8230; etc.). &#187; Regard, oiseau captif du monde &#224; se cogner contre perceptions et souvenirs, identiques comme &lt;i&gt;repr&#233;sentations&lt;/i&gt;, plus v&#233;loce que le corps lourd qui continue automatiquement sur sa lanc&#233;e, depuis sa naissance en somme, mais astreint &#224; cet unique espace morne du visible. Les deux se superposent, se fr&#244;lent : corps qui per&#231;oit le moment, et regard d&#233;j&#224; m&#233;moire, pour qui tout est d&#233;j&#224; pass&#233;, c'est-&#224;-dire m&#233;morable et perdu ; libert&#233; relative du regard surmontant le corps et voyant d&#233;j&#224; comme perdu le pass&#233; imm&#233;diat qui est le pr&#233;sent, et de proche en proche tout le pass&#233; ; regard &#224; qui ne cesse de revenir, d'appartenir de plein droit tout le pass&#233; contin&#251;ment, c'est-&#224;-dire son propre pass&#233; jusqu'&#224; la &#171; nuit des temps &#187; ; regard cependant astreint &#224; l'espace des corps, en contrainte par corps - un corps de vieillard (&#171; tout son corps douloureux et perclus, craquant aurait-on dit comme ceux de ces vieillards que l'on voit se concentrer longuement avant d'entreprendre le moindre mouvement, puis, lorsqu'ils s'y r&#233;solvent, le d&#233;composer pour ainsi dire ( ... etc.) &#187;, (p. 184) ; de sorte que le l&#233;ger exhaussement qui fait le privil&#232;ge du regard, sa relative libert&#233; d'inspection, le voue &#224; retomber au sol, comme s'il ne s'&#233;tait lib&#233;r&#233; que juste assez pour apercevoir, en avant, des &lt;i&gt;issues bouch&#233;es&lt;/i&gt;, des choses non ductibles, mais r&#233;p&#233;t&#233;es, fig&#233;es - un cimeti&#232;re (Il faut lire ici tout le chapitre du meurtre, figuratif du destin de &#171; somnambule au labyrinthe &#187; qui est celui du regard.) - un monde qui est le contraire de celui que pouvait d&#233;couvrir le regard surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bergson comparait la conscience &#224; un jet d'eau dont le faisceau se scinderait par le haut en un flux &lt;i&gt;protensif&lt;/i&gt;, qui s'incline vers l'imminent futur, et un flux &lt;i&gt;r&#233;tensif&lt;/i&gt; qui retombe sur le pass&#233; ; que celui-l&#224; vienne &#224; tarir et voici la conscience port&#233;e par la seule courbe r&#233;tensive, autrement dit n'atteignant le pr&#233;sent que &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; le pass&#233;, c'est-&#224;-dire comme pass&#233;, &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;d&#233;j&#224;-v&#233;cu&lt;/i&gt; ; ainsi expliquait-il la &#171; fausse reconnaissance &#187;. Tel le romancier ici, ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, le narrateur qui parle dans &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; : un perp&#233;tuel &lt;i&gt;paramn&#233;sique&lt;/i&gt;. On dirait que le site d'o&#249; il parle en voyant est ce point de s&#233;paration dont parlait Bergson : tout est d&#233;j&#224; au pass&#233;, tout est comme d&#233;j&#224; vu. &#171; (&#8230;) comme s'il se produisait une sorte de partage (de m&#234;me qu'au commencement du monde entre la terre et l'eau) ( ... ) &#187; (p. 206).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;cinema&#034;&gt;La repr&#233;sentation et le cin&#233;ma, ou l'homme spectateur&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;placements du regard composent un &#233;difice de lignes dont les phrases sont comme les traces &#233;crites, l'ombre projet&#233;e sur le papier, lignes de force du discours, architecture &#224; plat. &lt;i&gt;Le Palace&lt;/i&gt; est &lt;i&gt;weltanschaung&lt;/i&gt; au sens litt&#233;ral. Il n'y a pas plus dans la &lt;i&gt;weltanschaung&lt;/i&gt; du romancier-&#233;tudiant que dans le sens propre de cette fameuse expression allemande ; l'inspection du monde est identiquement discours, r&#233;flexion, syst&#232;me, id&#233;ologie et art po&#233;tique romanesque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mouvements du regard, indiqu&#233;s ou implicites, conscients pour le narrateur ou sugg&#233;r&#233;s au lecteur, sont d'une perception qui atteint le r&#233;el &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; illustration ou dessin ; et parfois ceux-l&#224; m&#234;mes de la cam&#233;ra telle que la manie un cin&#233;aste aujourd'hui. Au regard qui parle ici s'appliquerait litt&#233;ralement la formule de &#171; cam&#233;ra-stylo &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) et le serveur qui, pensa-t-il, ( ... ) aurait l'air, &lt;i&gt;en n&#233;gatif&lt;/i&gt;, d'&#234;tre ( ... ) en v&#234;tements de deuil ( ... etc.) &#187; (p. 27). &#171; (&#8230;) de sorte que plus tard il devait se rappeler le tout (images et paroles) courant en quelque sorte parall&#232;lement, comme dans les films o&#249; une voix invisible dit un texte sans rapport avec la suite des images qui d&#233;filent &#187; (p. 84).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;recul&lt;/i&gt; est &#171; travelling-arri&#232;re &#187; ; ailleurs &#171; panoramique &#187;. Ici le ton est celui du sc&#233;nario, comme pour indication de mise en sc&#232;ne. Partout des &#171; gros plans &#187; ; l&#224; un ralenti de perceptions comme un long travelling : ou bien la posture est identifi&#233;e &#224; celle d'un tableau (p. 126) ; page 174, un &lt;i&gt;nu&lt;/i&gt; est compos&#233; ... etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce ton romanesque nous donne &#224; m&#233;diter ceci : l'homme est devenu spectateur. Le pouvoir de voir de &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; mani&#232;re que le cin&#233;ma favorise, exerce, exploite, accro&#238;t, confirme, cultive exclusivement et &#224; son tour fait voir, c'est-&#224;-dire donne &#224; r&#233;fl&#233;chir comme tel, constitue son essence d'homme-au-spectacle et qui se comprend lui-m&#234;me comme au spectacle. L'homme ici est devenu tel que tout ce qu'il est maintenant semble homog&#232;ne &#224; l'art de montrer et montr&#233; par cet art. Tout est transparence &#224; cet art ; il a r&#233;duit l'&#234;tre de ce qui est et de ce qu'il est &#224; cette transparence &#224; la repr&#233;sentation, &#224; cette &#171; repr&#233;sentabilit&#233; &#187; ; on dirait que rien n'&#233;chappe plus &#224; un art du voir apte &#224; faire voir en lui cette nature du regard : &#339;il savant qui ne serait que cela, qui n'aurait plus affaire qu'&#224; des repr&#233;sentations, tandis que du m&#234;me coup l'&#234;tre vid&#233; en &#171; repr&#233;sentable &#187; a perdu sa r&#233;alit&#233;, sa substance, et se d&#233;couvre au regard comme image, fant&#244;me ; &#339;il vivant qui soudain se d&#233;couvre identiquement &#339;il mort dans une transparence bient&#244;t &#233;gale &#224; l'opacit&#233;, et qui se fait renvoyer &#224; lui-m&#234;me par une &lt;i&gt;indiff&#233;renciation &lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;e aussi insondable, dans son &#233;talement, que le myst&#232;re de l'int&#233;riorit&#233; ; &#339;il se faisant annoncer par l'&#234;tre devenu d&#233;cor le vide de son regard ... Ce qu'est devenu l'homme ici est tel que cela &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; se r&#233;v&#233;ler dans un art, qui se conforme &#224;, se mod&#232;le sur, l'art cin&#233;matographique ; lequel consiste dans l'exhibition de ce qui est. comme image. La nature de l'instrument photographique se procure, attire &#224; soi peu &#224; peu, un homme au monde comme pur regard fascin&#233; par images.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le roman emprunte au style du film, c'est parce que nous existons &#224; ce r&#233;gime : notre voir est devenu &lt;i&gt;esth&#233;tique&lt;/i&gt; de part en part ; ce que nous voyons, le ci-devant visible de la perception, l'&lt;i&gt;ex-chose&lt;/i&gt;, nous le voyons par &lt;i&gt;image&lt;/i&gt; de cette chose interpos&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette marche banale en campagne, par exemple, telle qu'&#224; la vivre en fait je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . L'invivable, l'insupportable au sens moderne de l'&lt;i&gt;ennuyeux&lt;/i&gt;, c'est cela m&#234;me qui peut par la technique de la repr&#233;sentation (gros plan, encha&#238;n&#233;s, zooms... etc) fournir le sujet moderne par excellence, le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; le plus &#171; int&#233;ressant &#187;. Au reste il est remarquable que ce soit par la repr&#233;sentation au sens de l'image que s'indiff&#233;rencient l'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;, au point que le langage parle indiff&#233;remment d'objet ou de sujet du film. Tout l'&#233;cart entre le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; se rabat dans le gouffre irr&#233;el de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le roman expose comment la vie est v&#233;cue &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; au cin&#233;ma, o&#249; l'ordinaire est isol&#233;, cadr&#233;, et ainsi repr&#233;sent&#233;. Le quotidien, transmut&#233; en image, est ainsi assimilable et an&#233;anti. Atteint seulement dans le moment o&#249; il est re-donn&#233; &#224; voir (repr&#233;sent&#233;), le r&#233;el quotidien est alors &#224; la fois visible et irr&#233;alis&#233;. Ici encore nous remarquons que nous sommes dans le domaine prospect&#233; par la &lt;i&gt;ph&#233;nom&#233;nologie&lt;/i&gt;, et en particulier, au plus pr&#232;s des analyses de Sartre sur l'&lt;i&gt;Imaginaire&lt;/i&gt;. Si la philosophie s'est mise &#224; investiguer le statut de la conscience et de l'Imaginaire, c'est que la mont&#233;e de quelque chose d'&#233;norme avec l'imaginaire se pr&#233;parait, et alertait ses antennes plus fines. Ce que la ph&#233;nom&#233;nologie prospectait avec froideur, comme c'&#233;tait sa t&#226;che, allait &#234;tre, &#233;tait en train, d'&#234;tre v&#233;cu comme destin par l'homme contemporain ; il &#233;tait en proie &#224; ce regard, &#224; cette n&#233;antisation ; il &#233;tait existentiellement, tragiquement, cette conscience imageant, irr&#233;alisant et ainsi repr&#233;sentant. Le roman est de la ph&#233;nom&#233;nologie br&#251;lante, lyrique, &#171; embarqu&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce regard, cette conscience qui se re-pr&#233;sente pour voir et ainsi frappe d'abord d'irr&#233;alit&#233; ce qu'elle verra mieux, fascin&#233;e donc et frustr&#233;e &#224; la fois, et de telle sorte que la fascination et la frustration s'exasp&#232;rent r&#233;ciproquement, ce regard, tout le favorise aujourd'hui : le cin&#233;ma, le train, l'avion, la &lt;i&gt;vitrine&lt;/i&gt; en g&#233;n&#233;ral, la mince glace, effective ou figur&#233;e, mais toujours l&#224; qui, sectionnant le rapport de l'&#339;il au visible, restitue le r&#233;el comme image &lt;i&gt;expos&#233;e&lt;/i&gt;, r&#233;el devenu essentiellement imaginaire pour un regard qui ne peut plus percevoir que par transparence ; l'&lt;i&gt;&#233;cran&lt;/i&gt; n'est plus ce qui masque, mais le temple o&#249; se re-pr&#233;sente, irr&#233;alis&#233;, le r&#233;el comme image. Toute posture que l'homme peut prendre aujourd'hui &#224; partir des objets techniques de son s&#233;jour industriel ne cesse de l'installer comme spectateur au spectacle ; la civilisation industrielle est le metteur-en-sc&#232;ne du r&#233;el, organisant toute situation dans la forme du spectacle ; autrement dit elle &lt;i&gt;an&#233;antit&lt;/i&gt; tout au sens d&#233;velopp&#233; par Sartre, de l'interposition de l'imaginaire. Chacun se trouve ainsi dans sa propre vie m&#233;diatis&#233;-ali&#233;n&#233; par la repr&#233;sentation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple dans le rassemblement et l'entretien des contemporains entre eux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ne cesse de se muer pour soi-m&#234;me en metteur en sc&#232;ne de sa propre vie de spectateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De cette m&#233;diation de l'image cin&#233;matographique dans ma propre vie comme ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et peut-&#234;tre ici les &#171; &lt;i&gt;il se voyait&lt;/i&gt; &#171; , &#171; &lt;i&gt;il se revoyait regardant&lt;/i&gt; (... etc.) &#187; de Claude Simon r&#233;pondent-ils, en en d&#233;pla&#231;ant le sens apr&#232;s un demi-si&#232;cle d'&#233;volution, au fameux : &#171; il se voyait se voir &#187; du &lt;i&gt;Teste&lt;/i&gt; de Val&#233;ry.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue d'o&#249; le romancier pr&#234;te sa voix &#224; l'&#233;tudiant, ne cesse d'&#234;tre indiqu&#233; dans les membres de phrases qui commencent par &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;. La situation de l'homme-spectateur qui parle ici dans le roman comme celui qui se souvient, est celle de l'assis au cin&#233;ma ; position de la fixit&#233; dans la vitesse. La voici indiqu&#233;e : &#171; (... ) le crissement des roues &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; tr&#232;s fort, &#224; peu pr&#232;s, semblait-il, &lt;i&gt;dans l'effroyable silence comme un roulement de tonnerre&lt;/i&gt; ( ... ) &#187; (p. 116). Ou ici &#171; ( ... ) les deux files de palmiers et de lampadaires altern&#233;s &lt;i&gt;se ruant en s'&#233;cartant de chaque c&#244;t&#233; de la voiture&lt;/i&gt; puis (l'&#233;tudiant se retournant, regardant par la vitre arri&#232;re) s'enfuyant, verticaux, fig&#233;s et vertigineux, &lt;i&gt;rapetissant &#224; toute vitesse&lt;/i&gt; ( ... etc.) &#187; (p. 80). Le point de l'observation est, d'une certaine mani&#232;re, fixe, ou plut&#244;t sur l'axe de la maturation insensible de ma propre mort ; fixe comme le si&#232;ge du spectateur de film, ou comme la place du voyageur dans un &lt;i&gt;rapide&lt;/i&gt;, qui ne cesse de vieillir lentement. D'une part, l'axe interne, &#171; vertical &#187;, si on veut, de la futurition de sa mort ; et d'autre part l'axe horizontal qui le perce comme une fl&#232;che, axe de r&#233;f&#233;rence du mouvement acc&#233;l&#233;r&#233; autour. La posture principale de la voyance est donc elle-m&#234;me figur&#233;e par la situation de l'amateur de film ou du passager de train ; les choses se ruent en fuyant, dans la seule alternative de leur fr&#244;lement inoffensif quoique terrifiant ou du choc mortel ; &lt;i&gt;ou bien&lt;/i&gt; il ne se passe &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; dans le vacarme acc&#233;l&#233;r&#233; &lt;i&gt;ou bien&lt;/i&gt; il se passe l'explosion de ma &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;. Le spectateur est ce mort en sursis emport&#233; dans la folle voiture (cf. p. 80-81 sq.). Le monde laisse transpara&#238;tre son essence dans l'exp&#233;rience de la course en voiture ou en train ; il est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; on le d&#233;couvre dans la vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou bien encore, la vie ressemble &#224; la couverture de &lt;i&gt;Radar&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hebdomadaire disparu, mais multipli&#233;, dont la premi&#232;re page consistait en un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Et alors cela fut l&#224;, se mat&#233;rialisa violemment sous forme d'une de ces images grossi&#232;rement dessin&#233;es et colori&#233;es qui illustrent les couvertures &#224; sensation des magazines bon march&#233; ( ... ), la sc&#232;ne camp&#233;e par un de ces dessinateurs sp&#233;cialis&#233;s dans les faits divers, &lt;i&gt;l'immobilisation&lt;/i&gt;, la perp&#233;tuation du tumulte, les faci&#232;s tordus d'effroi ( ... etc.) &#187; (p. 93)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le trait foncier qui transit toute situation est ainsi identiquement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je (= l'&#233;tudiant) ne peux vivre ma propre vie qu'en la voyant et par l'interm&#233;diaire du&#183; dessinateur, de la repr&#233;sentation-Radar. La vie est ce r&#234;ve ; et le &#171; il semblait &#187; incessant dit aussi bien la m&#233;moire que le pr&#233;sent repr&#233;sent&#233; qui est d&#233;j&#224; travers&#233; du n&#233;ant, &lt;i&gt;imaginaire&lt;/i&gt; ; la diff&#233;rence entre perception au pr&#233;sent et image souvenir est estomp&#233;e dans la vie-r&#234;v&#233;e ; les &#171; pouvant s'imaginer &#187;, les &#171; pouvant voir &#187; et les &#171; pouvant revoir &#187; sont sur le m&#234;me plan. Dans le d&#233;ploiement de l'imaginaire transissant tout r&#233;el, la diff&#233;rence entre le pr&#233;sent et le pass&#233; est secondaire ; la rem&#233;moration et la perception sont homog&#232;nes sous le r&#232;gne du caract&#232;re de &lt;i&gt;repr&#233;sentabilit&#233; &lt;/i&gt; du r&#233;el. Et c'est pourquoi &lt;i&gt;le Palace&lt;/i&gt; est fait &#233;quivalemment, je veux dire dans leur indiff&#233;renciation &#171; fondue encha&#238;n&#233;e &#187;, des perceptions, des souvenirs de perceptions et des souvenirs de souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pr&#233;sent que per&#231;u ; per&#231;u que comme spectacle au sens de la repr&#233;sentation ; il n'y a spectacle que dans et par l'&#233;vocation, la rem&#233;moration-discours ; la voix est devenue voix hors-champ, voix qui fait lever notre histoire en spectacle, lever le para&#238;tre sur le mode de l'image, tout per&#231;u se donnant &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; reproduction de l'image typique de la sc&#232;ne &#224; quoi il ressemble. Y a-t-il un roman qui soit davantage &#171; de son temps &#187;, et, en ce sens, plus &#171; naturel &#187;, comme on dit ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;moment&#034;&gt;Le moment - le n&#233;ant - le multiple et l'un - la r&#233;p&#233;tition&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puis il se vit (...) &#187; (p. 20 et &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;). &#171; ( ... ) il lui semblait le voir &#187; ou &#171; se voir &#187; (etc. &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;). Cela renvoie &#224; ce moment-l&#224; : le moment o&#249; &#231;&#224; s'arr&#234;te, s'&#233;ternise, le pr&#233;lude &#224; l'orage, quand tout s'agrandit, mena&#231;ant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;rythme&lt;/i&gt; du r&#233;cit repose dans l'alternance des &#171; gros plans &#187; et des &#171; reculs &#187; pareils au moment o&#249; l'&#233;cran s'&#233;largit pour mieux montrer une bataille, un exode, un camp, un tumulte ; mouvement de remonter l&#224; d'o&#249; les choses se d&#233;couvrent au sens o&#249; on dit &#171; il d&#233;couvrit la plaine &#224; ses pieds &#187;. Le rythme repose dans le passage de la visibilit&#233; (mais on dirait aussi bien : l'invisibilit&#233;) par &#233;troitesse d'ouverture, &#224; la visibilit&#233; (invisibilit&#233;) par l'exc&#232;s du recul ; passage du trop vaste au trop proche combin&#233; avec le passage du calme &#224; la tornade soudaine, et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le moment de visibilit&#233; capt&#233; par le regard et rem&#233;mor&#233; par la voix est celui o&#249; l'&#233;tant surgit du n&#233;ant, d&#233;j&#224; menac&#233; de retour au n&#233;ant dans l'oubli ; peut-&#234;tre, plus pr&#233;cis&#233;ment encore, surgissement du n&#233;ant au quasi-n&#233;ant de l'image, du non-&#234;tre au moins-&#234;tre. La voix ressaisit l'&#234;tre au moment o&#249; il surgit de ce n&#233;ant, et lui conf&#232;re l&#224;, un moment, le demi-&#234;tre de l'image. La qu&#234;te d'&#234;tre par la voix ne cesse donc de demander &#171; comment &lt;i&gt;&#233;tait-ce&lt;/i&gt; ? &#187; L'&#234;tre est au pass&#233;, &#224; l&lt;i&gt;'imparfait&lt;/i&gt;, comme image insaisissable &#224; la poursuite de qui &lt;i&gt;s'&#233;ternise&lt;/i&gt; le discours.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et eux (les quatre hommes - ce qui, avec lui, faisait cinq) se tenant l&#224;, surgis de ce n&#233;ant o&#249; ils devaient retourner presque aussit&#244;t apr&#232;s une br&#232;ve, violente et m&#233;t&#233;orique existence ( ... ) se tenant donc l&#224;, insolites, et m&#234;me l&#233;g&#232;rement incroyables, l&#233;g&#232;rement irr&#233;els, l&#233;g&#232;rement d&#233;suets ( ... etc.) &#187; &#171; (&#8230;) Cette odeur de nuit, de chair entr'ouverte, path&#233;tique, entrevue, elle aussi sortie du n&#233;ant, et retourn&#233;e &#224; jamais l'instant d'apr&#232;s au n&#233;ant, tandis qu'il enregistrait maintenant passivement la suite d'images simples ( ... etc.) &#187; (p. 175).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sent per&#231;u est en perspective, c'est-&#224;-dire que les choses se montrent en se cachant chacune elle-m&#234;me et les unes les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. MERLEAU-PONTY, Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception (p. 88 sq.).&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais tout se passe maintenant comme si la disparition momentan&#233;e dont s'affectent les choses entre elles dans la perception, se changeait en an&#233;antissement, et le monde des images est un d&#233;cor o&#249; l'on &lt;i&gt;sait&lt;/i&gt; que derri&#232;re la face que me tourne l'objet de carton aucun &lt;i&gt;plein&lt;/i&gt; ne vient me garantir la possibilit&#233; de d&#233;couvrir l'objet sous une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; face. L'esprit cart&#233;sien dont &#171; l'inspection &#187; maintenait l'&lt;i&gt;identit&#233; &lt;/i&gt; de la cire avec elle-m&#234;me sous les changements, mais aussi la conscience ph&#233;nom&#233;nologique aupr&#232;s d'un monde &lt;i&gt;plein&lt;/i&gt; d&#233;couvert par &lt;i&gt;profils&lt;/i&gt;, sont quasi d&#233;funts.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instant, saisi dans l'instantan&#233; du regard-souvenir que le discours ressaisit, est explosion de &lt;i&gt;l'un&lt;/i&gt;, d&#233;sint&#233;gration. Surgie du n&#233;ant, la fragile crispation de visibilit&#233; y retourne ; ce retour est retour &#224; la multiplicit&#233;, d&#233;composition, dissipation, &#233;parpillement. La description en forme d'inventaire &#233;quivaut d&#232;s lors au geste d&#233;sesp&#233;r&#233; de retenir encore ce qui fuit, d'enrayer, ou plut&#244;t d'escorter le plus loin possible la d&#233;faite de l'unit&#233;, le retour au chaos ; &lt;i&gt;l'unit&#233;&lt;/i&gt; est ressaisie pr&#233;cairement dans la re-vision, perception ou rem&#233;moration. Le mouvement de r&#233;pertorier est celui d'accompagner un moment la multiplicit&#233;, fugitivement conjur&#233;e, dans la description ; photographie de l'explosion qui est image fixe &#224; jamais mais en pellicule, en moins-&#234;tre, &lt;i&gt;priv&#233;e&lt;/i&gt; de r&#233;alit&#233;, comme ce qui &lt;i&gt;&#233;tait&lt;/i&gt;. Les br&#232;ves concentrations d'unit&#233; pour la repr&#233;sentation qui les ruine par sa propre mobilit&#233;, sont &#224; la fois sauv&#233;es (fix&#233;es) et an&#233;anties (irr&#233;alis&#233;es). La n&#233;cessit&#233; de la &lt;i&gt;description&lt;/i&gt; proc&#232;de de cette existence en r&#233;gime de repr&#233;sentation. L'&#233;clair de la vision est l'&#233;clair m&#234;me de la d&#233;flagration ; la pr&#233;sence est perdue dans la curiosit&#233; de la repr&#233;sentation assoiff&#233;e de la sauver. De grandes fresques immobiles consignent le monde dans sa perte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;p&#233;tition est aussi peu arbitraire que possible : le spectateur est en effet &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; un homme condamn&#233; &#224; assister &#224; la &#171; r&#233;p&#233;tition &#187; de sa propre fin : &#171; Mais peut-&#234;tre &#233;tait-ce des ann&#233;es plus tard : c'&#233;taient pourtant les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; enfants, les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; vieillards, le &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; mouvant tapis de pigeons se d&#233;pla&#231;ant par saccades, le &lt;i&gt;m&#234;me &lt;/i&gt; carrousel de tramways ( &#8230; etc.) &#187; (p. 120). Le spectacle comme &lt;i&gt;imaginaire&lt;/i&gt; est aussi bien &lt;i&gt;anticip&#233;&lt;/i&gt; que rem&#233;mor&#233; ; spectacle d'une fin qui ne cesse d'arriver, sans &#234;tre jamais la fin, puisque la seule vraie fin, r&#233;elle et non imaginaire, diff&#233;rente du n&#233;ant de la repr&#233;sentation et pourtant an&#233;antissement proprement dit, sera la &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;, qui coupera la parole, et qui, en attendant, doue de parole cet &#234;tre pour la mort, cet homme qui ne fait qu'assister &#224; ces pr&#233;mices de mort, &#224; la r&#233;p&#233;tition de sa mort, &#224; l'image de la mort qui se monnaie par avance en toute image.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;comparaisons&#034;&gt;Les comparaisons&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; ( ... ) exactement comme une bo&#238;te &#224; cigares ( ... ) &#187; (p. 170). &#171; Comme le pot &#224; confitures sur lequel commence &#224; se tisser une petite couche (... etc.) &#187; (p. 139), etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le membre de phrase introduit par le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;, l'&#233;l&#233;ment comparant, est l'un de ces d&#233;risoires et incessants &#233;v&#233;nements ou choses de la quotidiennet&#233;, auxquels inlassablement toute &lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt;, en d&#233;finitive, en tant que &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; (cf. la d&#233;finition du Larousse mise en exergue au livre : &lt;i&gt;R&#233;volution, mouvement d'un mobile qui, parcourant une courbe ferm&#233;e, repasse successivement par les m&#234;mes points&lt;/i&gt;) se trouve ramen&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; introduit la comparaison avec les exp&#233;riences quotidiennes bien connues, fondatrices du sens, mais jamais assez dites et maintenant dites, &#224; usage de r&#233;f&#233;rences, ramenant la nouveaut&#233; &#224; l'&#233;chelle du grouillement &#224; ras de terre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou bien le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; inaugure une vaste correspondance, une grande ressemblance : les choses grossies ou rapetiss&#233;es s'alt&#232;rent en se confondant, &#224; la mani&#232;re dont on ne &#171; reconna&#238;t plus &#187; une portion d'objet grossie mille fois : ainsi toute chose se trouve ramen&#233;e &#224; un m&#234;me &#171; grain &#187; sous le regard alternativement, grossissant et rapetissant ; les visages se d&#233;composent ; tout s'apparente dans le &#171; toutes choses &#233;gales &#187; obtenues par le survol ou la stupeur, et la nature du &lt;i&gt;grain&lt;/i&gt; qui para&#238;t alors comme esp&#232;ce de d&#233;nominateur commun, d'&#233;toffe commune de la r&#233;alit&#233;, c'est le pullulement de la vie &#233;l&#233;mentaire, procr&#233;ation, corruption, excr&#233;ment - le lieu commun o&#249; s'ab&#238;ment les diff&#233;rences est le niveau de la putr&#233;faction et de la sexualit&#233;. La r&#233;alit&#233; pue (&lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;dialogue&#034;&gt;Le dialogue&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux personnages parlent dans ce livre, ou plut&#244;t &#233;bauchent un &#233;change, qui ne parvient jamais au dialogue. Dans un livre de Claude Simon il y a deux types de discoureurs : d'un c&#244;t&#233; le discours (l'&#233;bauche de discours) de l'intellectuel - et dans le &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; il s'agit du discours de l'Am&#233;ricain, ou de l'&#233;tudiant : le point de vue d'o&#249; parle l'intellectuel est d'une l&#233;g&#232;re d&#233;nivellation dans l'&#234;tre, d'un l&#233;ger surhaussement, d'o&#249; la parole, emport&#233;e, intarissable, lyrique, ne cesse de couler. Ce l&#233;ger mais d&#233;cisif &lt;i&gt;recul&lt;/i&gt; qui doue l'intellectuel de logorrh&#233;e, le situe presque par rapport &#224; l'humanit&#233; ordinaire comme l'homme par rapport &#224; l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me type de discours est celui de l'homme emport&#233; silencieusement dans le fleuve du temps. D'un c&#244;t&#233; le pensant, de l'autre le silencieux, tous deux : &#233;galement emport&#233;s et impuissants. Du l&#233;ger surhaussement d'o&#249; sa vue s'&#233;tend un peu plus loin, l'intellectuel, &#171; passion inutile &#187;, conscience comme &lt;i&gt;&#233;c&#339;ur&#233;e&lt;/i&gt; par sa position, bavarde cyniquement ; il d&#233;bride la plaie, il dit tout ; de l'autre, antitype compl&#233;mentaire, le silencieux homme du peuple, &#171; sans col&#232;re &#187;, &#171; sans impatience &#187; (&lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;) cherche &#224; l'interrompre de temps &#224; autre par un &#171; ferme &#231;&#224; &#187; (&lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;). Calme accord&#233; au non sens, ou &#233;loquence cynique, de toute mani&#232;re nul dialogue, mais silence bruissant de paroles vaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Route des Flandres donnait beaucoup plus que le Palace directement parole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) c'est &#231;&#224; qui pue tellement : pas les choux-fleurs ou les poireaux dans les escaliers des taudis, ni les chiottes bouch&#233;es : rien qu'une charogne, un f&#339;tus &#224; grosse t&#234;te lang&#233; dans du papier imprim&#233;, rien qu'un petit macroc&#233;phale d&#233;c&#233;d&#233; avant terme parce que les docteurs n'&#233;taient pas du m&#234;me avis et jet&#233; aux &#233;gouts dans un linceul de mots... &#171; oh, arr&#234;te &#187; ... une puante momie envelopp&#233;e et &#233;trangl&#233;e par le cordon ombilical de kilom&#232;tres de phrases enthousiastes tap&#233;es sur ruban &#224; machines par l'enthousiaste arm&#233;e des correspondants &#233;trangers de la presse lib&#233;rale. Victime de la maladie pr&#233;-infantile de la r&#233;volution... &#171; oh, ferme &#231;&#224; &#187; (... ) &#187; (p.16 et 17).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pr&#234;tons un moment attention au discours de l'intellectuel (ici l'Am&#233;ricain). Que s'y passe-t-il ? Une sorte de brouillage des cons&#233;cutions logiques habituelles, une agression par contaminations, amplifications, coqs &#224; l'&#226;ne, calembours, raccourcis, etc., contre le discours causal ; un parasitage des d&#233;ductions r&#233;guli&#232;res le long desquelles l'explication ordinaire chemine rationnellement ; une sorte de t&#226;tonnement f&#233;brile pour d&#233;busquer une nouvelle v&#233;rit&#233; dans les &#224;-peu-pr&#232;s de rapprochements impr&#233;vus, d&#233;concertants, pour amener au jour du langage une v&#233;rit&#233; plus vraie, un meilleur compte de ce qui est en fait &#224; chaque instant l'aspect de notre destin et que la p&#233;nible ratiocination s'&#233;puisait &#224; ramener vainement apr&#232;s coup &#224; la normalit&#233; de l'ordre d&#233;terministe ; une agression d&#233;lib&#233;r&#233;e et d&#233;sesp&#233;r&#233;e contre le principe de raison, parce qu'on dirait que la raison n'est plus le principe de ce qui arrive en ce monde. Les &#233;tincelles de cette brillante plaidoirie contre le sens usuel cherchent &#224; provoquer une lumi&#232;re plus vive gr&#226;ce &#224; laquelle on verrait mieux, mais dans la bri&#232;vet&#233; de l'&#233;clair, ce qui se passe, c'est-&#224;-dire ce qu'un philosophe appelle &#171; le mouvement en profondeur de l'&#233;branlement mondial que nous vivons heure par heure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heidegger.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'obscurcit plut&#244;t le rassurant et inoffensif discours de la raison analytique et dialectique. Ici un nouveau discours cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment le sens par d&#233;rivations, courts-circuits, branchements impr&#233;vus, parce que la discursivit&#233; d&#233;ductive-inductive, trop in&#233;gale au non-sens manifeste, est devenue le langage de l'imposture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tels apparaissent au cours du livre les fragments de journaux entrelus ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le discours de l'intellectuel est cette parole qui cherche &#224; orienter malgr&#233; tout dans l'action assur&#233;e de son &#233;chec son &#233;c&#339;urement de somnambule d&#233;sabus&#233; de l'illusion rationaliste - comme si cette esp&#232;ce de d&#233;lire inspir&#233; de suggestions d&#233;sordonn&#233;es esp&#233;rait, avec col&#232;re et g&#233;n&#233;rosit&#233;, rendre plus manifeste l'essence de ce qui se passe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'analyse, dans la description qui s'&#233;tire en phrases interminables, correspond &#224; cette vision &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt;, pour qui &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; sens possible est circonscrit aux limites de l'instant, pour qui tout ce qu'on peut trouver en fait de sens est contenu dans cet instant qui n'est rien. &#171; Tout &#187; par exemple est dans le geste d'un type sale qui allume son cigare (p. 140-141) tandis qu'un enterrement passe sous son balcon. L'instant est &#224; la fois nul et infini ; le sens ne s'&#233;tire pas dans une suite telle que l'encha&#238;nement sens&#233; qui le retracerait parviendrait &#224; le saisir ; mais plut&#244;t dans cette monade explosive de l'instant, irr&#233;el mais seul r&#233;el, tout le sens passe, bref rayonnement, br&#232;ve centrifugation jusqu'&#224; la limite o&#249; il s'an&#233;antit et o&#249; rena&#238;t un autre moment. Pour &#233;puiser la signification insens&#233;e de cette monade qui &#171; contient tout &#187;, qui symbolise avec la totalit&#233;, imm&#233;diatement d&#233;truite et renaissante, il ne faut pas moins que &lt;i&gt;l'analyse infinie&lt;/i&gt; de la rem&#233;moration qui s'y perd : en droit les pages, &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; phrase de Claude Simon ne sont &lt;i&gt;jamais assez&lt;/i&gt; minutieusement longues, ne devraient jamais s'arr&#234;ter. Le discours est &lt;i&gt;sans fin&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire interminable parce que le v&#233;cu est sans finalit&#233; ; le sans fin au sens de &lt;i&gt;l'interminable&lt;/i&gt; provient du sans fin comme &lt;i&gt;absence de sens&lt;/i&gt;, de but. Le discours est sans fin comme le r&#233;el est sans fin. &#171; (.. ) peut-&#234;tre tournaient-ils en rond dans la ville &#224; la recherche de l'introuvable ennemi, de cette chose qui n'avait pas de nom, pas de visage, pas d'apparence, condamn&#233;s &#224; errer sans fin comme ce Juif de la l&#233;gende qui ne pouvait trouver le repos, semblables &#224; ces bandes d'oiseaux inquiets, plaintifs et sauvages qu'on voit voleter interminablement en g&#233;missant au-dessus de quelque chose d'invisible, quelque charogne (... etc.) &#187; (p. 225).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;morale&#034;&gt;La morale de l'histoire ou l'&#339;il agrandi d'horreur&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un livre de Claude Simon est une &#233;pop&#233;e ; dans la &lt;i&gt;Route&lt;/i&gt; comme dans le &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; il s'agit de l'Histoire ; la litanie d&#233;sabus&#233;e correspond &#224; l'histoire des hommes comme fleuve de pus, oc&#233;an charnier, putr&#233;faction sans commencement ni fin, que contemple un instant de son balcon l'Am&#233;ricain triste. On dirait une anti-L&#233;gende des si&#232;cles, une apocalypse qui d&#233;voile la d&#233;b&#226;cle essentielle par un style. &#171; (&#8230;) un lugubre inventaire, la lugubre litanie d'une impitoyable religion, de l'impitoyable, arrogante et myst&#233;rieuse Histoire couverte de pus, d'infects et ingu&#233;rissables stigmates (&#8230;) des g&#233;n&#233;rations de reines idiotes couronn&#233;es de diad&#232;mes et de rois aux moustaches en crocs, aux mentons d&#233;mesur&#233;s, et derri&#232;re eux un grouillement de gouverneurs, de vice-rois et de g&#233;n&#233;raux &#224; casques &#224; pointe et &#224; t&#234;tes de bandit (etc ...) &#187; (p. 19).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue d'o&#249; le regard d&#233;couvre l'Histoire comme ce fleuve monstrueux est, identiquement, invincible pr&#233;-jug&#233; moral : un traumatisme &lt;i&gt;moral&lt;/i&gt; a cristallis&#233; une fois pour toutes cet &#339;il noir et bleu qui regarde, lui donnant le pouvoir de voir les choses de cette mani&#232;re, le dotant de l'acuit&#233; d&#233;termin&#233;e qui est la sienne pour toujours ; ce traumatisme, cette secousse qui &#233;branle l'&#234;tre en formant en lui cette vision morale est dite par exemple ici : &#171; ( ... ) mais d&#233;sormais et pour toujours, l'air lui-m&#234;me &#233;pouvant&#233;, chang&#233; en plomb par &lt;i&gt;l'imm&#233;moriale horreur, l'imm&#233;moriale mal&#233;diction qui p&#233;trifia le monde &#224; l'instant du premier meurtre&lt;/i&gt; (... etc.) &#187; (p. 97). L'&#339;il qui regarde est un &#339;il agrandi d'horreur depuis l'origine, l'origine criminelle d'o&#249; ne cesse de couler le fleuve sanglant de l'Histoire ; &#339;il vid&#233; par et pour l'horreur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement provoquant le recul originel au sens o&#249; l'expression commune dit : &#171; Il recula d'horreur &#187; a projet&#233; le regard en arri&#232;re une fois pour toutes &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt; d'o&#249; l'&#234;tre va se d&#233;couvrir &#224; lui &lt;i&gt;tel&lt;/i&gt; qu'il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;. Cet &#233;v&#233;nement inaugural est dit ici &#171; Peut-&#234;tre parce qu'il &#233;tait au del&#224; du scandale et de la col&#232;re, que le scandale l'avait saisi, agress&#233; une fois pour toutes des ann&#233;es auparavant (si longtemps auparavant m&#234;me que cela avait cess&#233; d'&#234;tre du scandale ou de la col&#232;re), &#224; partir de quoi tout avait &#233;t&#233; r&#233;solu - comme d'autres r&#233;solvent tout &#224; partir de l'id&#233;e de r&#233;demption, de salut &#233;ternel ou de lois organiques -, peut-&#234;tre aussi parce qu'il poss&#233;dait sans doute cette facult&#233; de ceux pour qui le monde est partout et toujours le m&#234;me (c'est-&#224;-dire une fois pour toutes aussi, f&#233;roce, inhospitalier), et qui est comme le contraire de la facult&#233; d'&#233;tonnement (&#8230;etc.) &#187; le contraire peut-&#234;tre, mais dans une profonde parent&#233; : &#224; la profondeur o&#249; l'&lt;i&gt;h&#233;b&#233;tude&lt;/i&gt;, poste m&#233;taphysique comme l'&#233;tonnement, est cette fausse-position dans l'&#234;tre d'o&#249; l'&#234;tre est vu &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'o&#249; la parole sur l'&#234;tre tire sa possibilit&#233; et son &#233;lan.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Exorbit&#233; &#171; une fois pour toutes &#187; de l'orbite de l'Histoire, mais comme un satellite arrach&#233; et attach&#233; in&#233;luctablement &#224; sa plan&#232;te, ce regard de d&#233;racin&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l'instituteur de P&#233;guy, mais d&#233;boussol&#233;, avec des racines mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; essentiellement moral d&#233;couvre au del&#224; de toute col&#232;re le cancer de l'injustice : &#171; Il parlait avec une sorte d'indignation paisible, comme si, arriv&#233;s &#224; ce stade, le scandale, l'injustice, n'&#233;taient plus que des sortes d'entit&#233;s abstraites, &#233;chappant &#224; toute notion de bien ou de mal, comme le cancer ou la tuberculose, et comme eux seulement justifiables d'op&#233;rations de d&#233;sinfection (&#8230; etc.) &#187; (p. 48).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons sur l'expression &#171; entit&#233;s abstraites &#187; (p. 48) ; elle est importante. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; une certaine esth&#233;tique romanesque qui aurait le go&#251;t des &#171; instantan&#233;s &#187;, et de l'autre une certaine &#233;thique qui aurait le penchant pour des all&#233;gories, les deux co&#239;ncidant par un heureux hasard ; quant &#224; l'esth&#233;tique, nous croyons d'abord, contrairement &#224; certains critiques, que &lt;i&gt;l'optique&lt;/i&gt; de Claude Simon entra&#238;nant la mise en sc&#232;ne romanesque des repr&#233;sentations de la mani&#232;re d&#233;termin&#233;e que nous avons vue, ne change pas d'un roman &#224; l'autre, de la &lt;i&gt;Route&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; par exemple, et que l'interm&#233;diaire suppl&#233;mentaire de l'&#233;tudiant cherchant &#224; &#233;voquer le pass&#233; ne modifie pas essentiellement la nature de la repr&#233;sentation, et par cons&#233;quent, pas davantage l'esth&#233;tique romanesque ; et nous croyons ensuite que cette mani&#232;re de voir qui commande cette mani&#232;re de faire voir, est command&#233;e tr&#232;s profond&#233;ment par l'intuition &#233;thique, qui vient elle-m&#234;me de l'exp&#233;rience ; ou plut&#244;t les deux ici ne font qu'un : &lt;i&gt;weltanschaung&lt;/i&gt; et description de l'apparence ne font qu'un, comme le dit dans son ambigu&#239;t&#233; la commune expression &#171; mani&#232;re de voir les choses &#187;. Les &#171; clich&#233;s &#187; du regard sont des &#171; clich&#233;s &#187; moraux. Ce qui s'offre &#224; nos yeux (aux yeux du personnage, du romancier, du lecteur) ce sont des sc&#232;nes fugitives, un instant suspendues sur l'ab&#238;me, qui est ab&#238;me de l'oubli et ab&#238;me de non-sens, &#233;ph&#233;m&#232;rement stables comme des apparitions fantomatiques, &#171; tableaux-vivants &#187; muets, &#171; entit&#233;s &#187;, &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; l'Histoire et ses acteurs-spectateurs-patients &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; grand guignol, grande charade anim&#233;e, op&#233;ra et op&#233;rette ...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;( ... ) le sombre, bref et pestilentiel nuage de fum&#233;e qui dissimule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Ce qui est vu, c'est &#171; la morale de l'Histoire &#187;, &#233;pop&#233;e de &#171; fugitives apparitions &#187; (p. 98). L'&#233;vanouissement de la libert&#233;, &#224; la fois par l'incessante exp&#233;rience de la non-responsabilit&#233; dans la forme o&#249; les enfants disent quand ils cassent un vase : &#171; C'est pas moi, c'est mon coude &#187;, et par le retour incessant de la n&#233;cessit&#233; semblable &#224; une &#233;pave que le flux ram&#232;ne au pied de la falaise (&#171; pas une croyance, une foi, ni m&#234;me une conviction, encore moins la certitude d'avoir raison : sachant simplement que, bien ou mal, les choses ne pouvaient &#234;tre autrement &#187;) (p. 227) ; le traumatisme qui affecte depuis toujours la conscience morale frappant l'&#339;il de la fixit&#233; des grandes douleurs muettes, fixit&#233; accord&#233;e &#224; la nature profonde du r&#233;el resaisissable seulement comme r&#233;el-irr&#233;el par la repr&#233;sentation imageante, comme image hallucin&#233;e hallucinante pour le regard essentiellement r&#233;trospectif ; enfin la nature fondamentalement r&#233;p&#233;titive de l'Histoire, tous ces &#233;l&#233;ments, homog&#232;nes et qui se commandent les uns les autres sans que l'un ait le pas comme cause, ont pour r&#233;sultante dans le roman les &#171; entit&#233;s abstraites &#187;, les images du sempiternel, tel, par exemple, le portrait, entre dix, du porte-glaive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. aussi, par exemple, p. 114 sq. (nous ne pouvons tout citer) la Fable de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; (&#8230;) l'Italien s'agitant encore, changeant son fusil de c&#244;t&#233; (ou plut&#244;t changeant de position par rapport &#224; son fusil, comme s'il avait fini par n'&#234;tre plus qu'une arme, et m&#234;me l'accompagnement d'une arme, comme ces comment appelait-on autrefois donc (est-ce que ce n'&#233;tait pas porte-glaive ?) dont l'unique fonction consistait &#224; &#234;tre les serviteurs, ou en quelque sorte les porteurs de la violence, de la mort) (... etc.) &#187; (p. 155). L'Image du sempiternel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. encore la Fable du Drapeau.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est pas le &lt;i&gt;type&lt;/i&gt; atteint par la r&#233;flexion, mais le concret dans sa pauvret&#233;, sa morne ressemblance, l'homme &#224; tout instant dans toutes ses postures saisi comme esp&#232;ce, frapp&#233; de sp&#233;cificit&#233; anonyme. De sorte que le moment de la compr&#233;hension, de la r&#233;v&#233;lation, du &#171; c'&#233;tait-donc-&#231;&#224; &#187;, pour l'&#233;tudiant-romancier, c'est le moment o&#249; appara&#238;t le mouvement de masse, o&#249; le particulier se voit remis &#224; sa place dans la multiplication inutile : &#171; (... ) bulletins, notes de service, direction (... ) comme se croient absolument oblig&#233;s d'en secr&#233;ter et d'en faire afficher toute collectivit&#233; humaine (... ), secou&#233; maintenant par quelque chose qui n'&#233;tait pas exactement du rire ( ... ) tandis qu'il pensait &#171; c'&#233;tait donc pour &#231;&#224; qu'ils en avaient besoin ( ... etc.) &#187; (p. 196).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;clairage&lt;/i&gt; projet&#233; sur l'Histoire, ou plut&#244;t dans lequel l'Histoire surgit, visible &#8211; &#171; ( ... ) fugitive apparition : extrait pour de brefs instants des t&#233;n&#232;bres par le passage des lumi&#232;res qui le sculptaient, livide mal foutu (... etc.) &#187; (p. 99) -, est de type hugolesque, l&#233;gende des si&#232;cles, mais entropique, non-progressiste, horde de chevaux fous s'enlisant dans un gouffre de bitume. Les rapports entre choses et &#234;tres sont mis en lumi&#232;re et prennent sens comme d&#233;pourvus de tout autre sens que celui d'&#234;tre r&#233;gis par une n&#233;cessit&#233; qui &#233;chappe aux &lt;i&gt;acteurs&lt;/i&gt;, dans la forme de &lt;i&gt;visions&lt;/i&gt; violentes, heurt&#233;es ; le sens du non-sens surgit comme vision, et la vision m&#234;me est une parabole figurative du non-sens. Le pessimisme foncier, si l'on veut, pulv&#233;rise le r&#233;alisme traditionnel, le r&#233;alisme romanesque qui, traquant une action psychologique, reposait sur des sch&#232;mes causals. Le roman, avec un Flaubert, sans doute, commen&#231;ait &#224; fissurer le r&#233;el, et, par les fissures, voyait secr&#233;ter, et secr&#233;tait, l'ennui ; mais la banalit&#233; &#233;tait encore confi&#233;e &#224; la causalit&#233;, aux cons&#233;cutions dont la navette romanesque filait la trame. Ici l'insupportable, plut&#244;t que l'ennui, est manifest&#233; par de nouvelles relations, po&#233;tiques, &#233;piphanies du stup&#233;fiant. Plus d'action, plus de r&#233;alisme. Le regard surplombe les causalit&#233;s, les traverse lat&#233;ralement ; le monde appara&#238;t non comme grand jeu des causes, mais comme grande chose monstrueuse, a-signifiante plut&#244;t qu'insignifiante : grand-guignol non ind&#233;chiffrable comme tel mais ind&#233;cryptable. L'&#339;il agrandi d'horreur d&#233;couvre un monde &#224; la fois pulv&#233;ris&#233; et r&#233;p&#233;t&#233;, multipli&#233; et mornement identique, &#233;clat&#233; en mondes prodigieusement &#233;trangers o&#249; des sujets diff&#233;rents vivent parmi une &lt;i&gt;objectivit&#233;&lt;/i&gt; d&#233;serte, c'est-&#224;-dire quelque chose de conquis et de d&#233;sol&#233;, comme un palace mais o&#249; l'on campe, comme un grand h&#244;tel &#224; la fois d&#233;sert&#233; et habit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;politique&#034;&gt;Politique&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On comprend que la position politique de Claude Simon, position &lt;i&gt;paralys&#233;e&lt;/i&gt; plus r&#233;pandue qu'on pourrait croire, a des chances d'&#234;tre inconfortable, et qu'il compte assur&#233;ment des ennemis de tous les bords : n'&#233;tant ni &#171; &#224; droite &#187; par la d&#233;mystification, comme on dit, et le cynisme ; ni &#171; &#224; gauche &#187; par l'absence de tout progressisme. Ici nous lisons que la r&#233;volution est vaine : &#171; Comme s'ils cherchaient quelque chose, pensait-il. Quelque chose dont ils auraient peur, qui serait cach&#233; dans la ville et dont ils ignoreraient la nature et m&#234;me le nom ( ... ) sauf que c'est l&#224;, que &#231;&#224; continuera &#224; &#234;tre l&#224;, m&#234;me s'ils arrivaient &#224; tuer tous les g&#233;n&#233;raux et tous les bedeaux, et que c'est effroyablement dangereux et qu'ils ne le trouveront jamais &#8230; &#187; p. 129). A chaque instant, de tous les prestiges auxquels la droite est attach&#233;e comme &#224; l'ordre, il ne reste pour la vision que des pantins d&#233;sarticul&#233;s. Bref, plus persuad&#233; qu'un autre de la n&#233;cessit&#233; historique, mais irr&#233;v&#233;rencieux &#224; l'&#233;gard du &#171; sens de la marche &#187; jusqu'&#224; la comparer &#224; un compartiment de premi&#232;re classe. &#171; Mais comment &#233;tait-ce, comment &#233;tait-ce ? &#187; (question ambigu&#235; qui dit et l'effort de la rem&#233;moration et l'effort de la compr&#233;hension) &#171; sans doute y avait-il quelque chose qu'il n'avait su voir ( ... ) et peut-&#234;tre alors pourrait-il s'introduire ( ... ) dans cette d&#233;riv&#233;e tangentielle, comestible et optimiste de la m&#233;taphysique baptis&#233;e carpe ou Histoire (&#8230;). Il devait bien y avoir un truc. A condition de savoir choisir le bon moment et de faire vite, en montant bien entendu dans le sens de la marche ( ... etc.) &#187; (p. 135).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre n'y a-t-il pas de pire ennemi de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire, m&#234;me si les intellectuels de Claude Simon continuent &#224; voter &#224; gauche par haussement d'&#233;paules devant la n&#233;cessit&#233;, que cette pens&#233;e &#171; revenue de tout &#187;, d&#233;sabus&#233;e m&#234;me du sens de l'Histoire et de cette &#171; d&#233;riv&#233;e excr&#233;mentielle de la raison baptis&#233;e rh&#233;torique &#187; (p. 155). La saisie de la totalit&#233; n'appara&#238;t pas ici comme t&#226;che s&#233;rieuse, effort en cours d'accomplissement dans la dialectique ... etc., mais plut&#244;t comme imm&#233;diate et vaine. Le livre ne collabore pas &#224; la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, n'est pas moment actif de saisie de la &#171; totalit&#233; &#187; en voie d'av&#232;nement et de r&#233;alisation &#8211; comme la pens&#233;e marxiste estime qu'un livre peut et doit l'&#234;tre. Le &#171; tout &#187; se donne comme l'&#233;quivalence de toute chose, et le mouvement (la r&#233;volution) comme r&#233;p&#233;tition ; la totalit&#233; qui fulgure comme vision, c'est-&#224;-dire comme r&#233;alit&#233; qui en devenant &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt; - et pour le devenir - s'est an&#233;antie sur le mode de l'image, cette totalit&#233;, &#233;chappante, d&#233;j&#224; perdue, est un bref mirage pour le Tantale d&#233;tromp&#233; qu'est le romancier, dont la soif de r&#233;alit&#233; ne s'est pas &#233;teinte mais qui sait que tout geste pour la saisir la dissipe en fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le style de Claude Simon n'est pas arbitraire, mais en correspondance avec ce point de vue sur le monde. Seule la vue r&#233;trospective peut &#234;tre englobante ; la rem&#233;moration est par essence d&#233;tach&#233;e ; la &lt;i&gt;d&#233;ception&lt;/i&gt; ne peut parler que romanesquement ; le roman ici, qui parle au pass&#233; par nature, s'offre comme la langue m&#234;me, l'organe m&#234;me de cette vue qui est toujours d&#233;j&#224; en train de se retourner sur ce qui s'offre en disparaissant. Le romancier ne &#171; choisit &#187; pas de &#171; nous offrir cette fois &#187; une succession de tableautins statiques, par artifice d&#233;lib&#233;r&#233; ; mais. nous l'avons vu, l'instantan&#233;it&#233; est un trait essentiel de l'apparence en r&#233;gime d'apocalypse, en relation d'une part avec la capacit&#233; propre de l'&lt;i&gt;imagination&lt;/i&gt;, au sens g&#233;n&#233;ral qui enveloppe celui de &#171; m&#233;moire &#187; et de &#171; mise en image &#187; d'autre part avec le saisissement initial de la conscience morale frapp&#233;e de lucidit&#233; (&#224; la mani&#232;re des &#171; soudain je compris tout &#187;) dans le temps m&#234;me qu'elle est d&#233;poss&#233;d&#233;e pour toujours, qu'elle renonce pour toujours, qu'elle d&#233;sesp&#232;re pour toujours d'une histoire o&#249; la n&#233;cessit&#233; n'aurait pas toute la part. L'&#234;tre est au pass&#233; comme image rem&#233;morable et &#233;vanescente (&#171; comment &#233;tait-ce &#187;). L'&#234;tre est l'interminable s&#233;quence des images fugitives sur le mode desquelles se donne ce qui est. De sorte que l'encha&#238;nement des &lt;i&gt;participes pr&#233;sents&lt;/i&gt; chez Claude Simon n'est pas une plaisanterie douteuse de romancier en mal d'innovation, mais plut&#244;t, si l'expression &#171; s'an&#233;antissant &#187; constitue bien la formule ontologique de la r&#233;alit&#233; repr&#233;sent&#233;e et &#224; repr&#233;senter telle quelle, on dirait que ce participe pr&#233;sent, comme une cl&#233; musicale, donne le ton fondamental, se communique &#224; tous les autres, tous les verbes s'alignant sur lui. Pas davantage l'ordre paratactique en g&#233;n&#233;ral n'est-il arbitraire ; il correspond &#224; la r&#233;p&#233;tition fig&#233;e qui se d&#233;couvre dans le jour qui suit l'aube de la &#171; r&#233;volution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je songe &#224; ces fameux negro-spirituals qui sont eux aussi, dans leur rythme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; parle le personnage qui passe la parole au romancier (ex. p., 128 et &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;) ou inversement ? D'un lieu qui n'est aucunement &lt;i&gt;humble&lt;/i&gt;, car il n'est pas pr&#232;s du sol, mais plut&#244;t pour lequel tout est apparence. Le romancier a comme depuis toujours quitt&#233; le sol terrestre, la &#171; nature &#187;, et le point d'o&#249; il d&#233;couvre le monde est hors du monde, qui d&#232;s lors lui appara&#238;t comme une sc&#232;ne, jeu des ombres dans la caverne pour un encha&#238;n&#233; qui tout &#224; coup se serait avis&#233; qu'il ne pouvait s'agir que d'ombres (ou comme si Descartes n'avait pas triomph&#233; du Malin G&#233;nie) ; et m&#234;me s'il est sans cha&#238;nes, il ne peut s'orienter vers aucune issue solaire. Le romancier parle du lieu d'o&#249; tout &#233;gale rien, &#171; n&#233;antis&#233; &#187; comme repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre le moment est-il venu de prendre quelque distance par rapport &#224; Claude Simon, de marquer, &#224; notre tour, un l&#233;ger recul devant son roman, comme un peintre s'&#233;loigne de la toile pour en saisir l'ensemble et la saisir dans l'ensemble. Dire en effet que ce roman refl&#232;te bien son &#233;poque ne veut en aucun cas dire qu'il n'y a rien d'autre dans l'&#233;poque et qu'il ne peut y avoir d'autre roman ! Bien plut&#244;t l'intuition romanesque propre &#224; Claude Simon op&#232;re-t-elle une &lt;i&gt;r&#233;duction&lt;/i&gt;, qui isole un visage caract&#233;ristique de ce temps pour nous en donner &#224; d&#233;couvrir l'essence. Mais il nous est loisible &#224; notre tour et pour un instant d'isoler cette vision, en marquant par exemple ce qui la s&#233;pare d'une certaine po&#233;sie contemporaine ; diff&#233;rence qui va m&#234;me jusqu'&#224; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans maints po&#232;mes aujourd'hui - et nous songerions volontiers &#224; Yves Bonnefoy dans la mesure o&#249;, au moins pour nous, il est le po&#232;te d'une sto&#239;cienne endurance du cr&#233;puscule -, &lt;i&gt;l'image&lt;/i&gt;, prise maintenant dans l'acception de la rh&#233;torique habituelle, est &lt;i&gt;rare&lt;/i&gt;, mais au sens o&#249; la moindre nourriture est richesse dans le d&#233;nuement, au sens o&#249; la pierre est pr&#233;cieuse, l'&#233;clat rare dans le soir ; et le symbole &lt;i&gt;pauvre&lt;/i&gt;, au sens o&#249; le gris est pr&#233;cieux dans le noir, o&#249; dans le monde d&#233;sol&#233; de la banlieue un oiseau rarement est audible ; on dirait un je&#251;ne fraternel de lumi&#232;re, une pauvret&#233; partag&#233;e ; laborieux, pareil &#224; un enfant maigre qui capture un papillon, &#224; l'affam&#233; qui d&#233;couvre un pain inesp&#233;r&#233;, tel po&#232;me &lt;i&gt;gagne&lt;/i&gt; une image faible, qui n&#233;anmoins par sa propre lumi&#232;re illumine un instant tout l'alentour : l'&lt;i&gt;image&lt;/i&gt; po&#233;tique est ce qui &lt;i&gt;rend visible&lt;/i&gt; pr&#233;cairement notre s&#233;jour, qui r&#233;pand une lumi&#232;re, &#224; la lueur de laquelle notre vie terrestre d'aujourd'hui peut &#234;tre vue dans sa v&#233;rit&#233; ; po&#232;me m&#233;lancolique o&#249; l'image est luciole sertie ; po&#232;me qui entretient la br&#232;ve lumi&#232;re o&#249; nous allons pouvoir d&#233;chiffrer faiblement le site et l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez Claude Simon il nous semble que le mouvement et la port&#233;e de l'image, le r&#233;gime d'&#233;clairement r&#233;ciproque ou &#171; rapprochement &#187; sont tr&#232;s diff&#233;rents. L'image &#171; &lt;i&gt;&#233;claire&lt;/i&gt; &#187; d'une toute autre mani&#232;re, voire d'inverse mani&#232;re. La lumi&#232;re est la riche phosphorescence de la d&#233;composition ; lumi&#232;re de la catastrophe ; grouillement, aussi oppos&#233; que possible &#224; celui d'un sacre du printemps o&#249; toute chose incendi&#233;e se pr&#233;cipite avec toute autre dans le feu que leur commune destruction entretient les unes pour les autres, et le flamboiement de leur combustion se multiplie des reflets que chacune projette sur toute autre ...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La gen&#232;se et l'agonie y sont le plus rapproch&#233;es possible ; le circuit du n&#233;ant au n&#233;ant le plus court.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est pas la seule fois que nous aurons l'occasion de remarquer le parall&#233;lisme du discours romanesque ici avec le discours ph&#233;nom&#233;nologique de Merleau-Ponty &#8211; lequel, on le sait, par le n&#176;7 de &lt;i&gt;M&#233;diations&lt;/i&gt;, qui publie des fragments de ses carnets, s'est vivement int&#233;ress&#233; &#224; l'art de Claude Simon. Ici on &#233;voquera les pages sur la perspective de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception &lt;/i&gt; : &#171; &#8230; J'appuie mon regard sur un &#233;l&#233;ment du paysage, &lt;i&gt;il s'anime et se d&#233;ploie&lt;/i&gt;, les autres objets reculent en marge et entrent en sommeil, mais ils ne cessent pas d'&#234;tre l&#224; &#187; (p. 82). Peut-on parler, &#224; propos du discours romanesque, d'une ph&#233;nom&#233;nologie de la perception spontan&#233;e, sauvage et tragique ? Car nous verrons qu'elle ne travaille pas sur le filet de la raison, et le sens ne cesse de retomber au non-sens qui l'investit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quant au sentiment du &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt;, par exemple, ci-dessus esquiss&#233;, il s'expose lui-m&#234;me, entre autres, en ce passage (*) &#171; ( ... ) prenant conscience du temps qui s'&#233;tait &#233;coul&#233; depuis qu'il &#233;tait l&#224;, c'est-&#224;-dire de cette progression bizarre et saccad&#233;e, discontinue, du temps fait apparemment d'une succession de (comment les appeler ?) fragments solidifi&#233;s (&#8230;) &#187; (p. 53).&lt;br class='autobr' /&gt;
(*) Une citation de Claude Simon est in&#233;vitablement tronqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rien n'est soulign&#233; dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#171; le &lt;i&gt;petit bout de la lorgnette&lt;/i&gt; &#187;, p. 20, p. 221, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette marche banale en campagne, par exemple, telle qu'&#224; la vivre en fait je m'ennuie, qu'on me la montre, qu'on montre cette simple &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu'on en fasse une sc&#232;ne par les moyens requis, qu'on la mette-en-sc&#232;ne au cin&#233;ma, ou, analogiquement, dans ce roman, et voici la foule des &lt;i&gt;spectateurs&lt;/i&gt;, et moi-m&#234;me, fascin&#233;e. Autre exemple : le moderne r&#233;pugne &#224; la c&#233;r&#233;monie religieuse, et l'enfant d'aujourd'hui trouve une messe toujours trop &lt;i&gt;longue&lt;/i&gt;. Mais qu'on la montre &#224; la &lt;i&gt;t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, et les m&#234;mes fid&#232;les impatients assisteront paisiblement &#224; son d&#233;roulement de spectacle &lt;i&gt;d&#233;coup&#233; par la technique du cin&#233;ma&lt;/i&gt;. Avec un cin&#233;aste comme Antonioni, il est clair que plus le plomb du repr&#233;sentable est vil (i.e. &lt;i&gt;banal&lt;/i&gt;), plus il peut fournir l'or pr&#233;cieux &#224; la repr&#233;sentation qui transmute. Qu'est-ce que nous perdons en cette &#232;re de repr&#233;sentation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, c'est ce que nous ne savons peut-&#234;tre pas encore. Nous sommes aux prises avec l'image : la sociologie, par exemple, le sait bien (cf. les travaux de Barthes et de Morin) : il est significatif que le livre attendu de R. Munier porte le titre de &#171; Contre l'image &#187; (cf. extraits dans &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, n&#176; 11).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple dans le rassemblement et l'entretien des contemporains entre eux en &lt;i&gt;congr&#232;s&lt;/i&gt;, o&#249; toute relation est m&#233;diatis&#233;e par la technique audio-visuelle (&#233;couteurs, projections lumineuses ..., etc,).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De cette m&#233;diation de l'image cin&#233;matographique dans ma propre vie comme ce qui l'informe en donnant un sens &#224; l'instant, nous trouvons une br&#232;ve illustration par exemple &#224; la page 66 du &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; : &#171; ( .. .) et de nouveau la locomotive fit entendre son sifflet, plaintif, lugubre dans la nuit - comme si elle essayait de disperser (de s'ouvrir un chemin dans) un t&#233;n&#233;breux troupeau de buffles sauvages, et le train d&#233;marra ( ... etc.) &#187;. Ici le souvenir d'une s&#233;quence de &lt;i&gt;western&lt;/i&gt;, int&#233;gr&#233; &#224; ma m&#233;moire &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; qu'un souvenir de ma vie active, confondu avec tous mes souvenirs, me sert de comparant pour vivre mon pr&#233;sent de moderne dans un train.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hebdomadaire disparu, mais multipli&#233;, dont la premi&#232;re page consistait en un dessin r&#233;aliste en perspective exag&#233;r&#233;e, &lt;i&gt;instantan&#233;&lt;/i&gt; d'une situation &lt;i&gt;explosive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le trait foncier qui transit toute situation est ainsi identiquement &lt;i&gt;violence&lt;/i&gt; : le &lt;i&gt;moment&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233; est &lt;i&gt;l'instantan&#233;&lt;/i&gt; de l'explosion saisie-fig&#233;e en image (&#171; immobilisation &#187;) ; et le temps ( &#171; perp&#233;tuation &#187;) est la suite discontinue, heurt&#233;e, de tels moments de d&#233;sint&#233;gration imm&#233;diatement p&#233;trifi&#233;e-repr&#233;sent&#233;e, Tel est le &#171; fait-divers &#187;, et tout fait est devenu &#171; fait divers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. MERLEAU-PONTY, &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt; (p. 88 sq.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; donnait beaucoup plus que le &lt;i&gt;Palace&lt;/i&gt; directement parole aux personnages, et les deux discours s'encha&#238;naient sur de longues pages, contrepoint de lucidit&#233; et de r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tels apparaissent au cours du livre les fragments de journaux entrelus ; messagers vains, signifiants vides, lettre morte, aur&#233;ol&#233;s vaguement d'un sens tremblotant, incertaine fum&#233;e vite dissip&#233;e, comme quand on ne parvient plus &#224; &#171; accommoder &#187; sur une page, ou quand on ne s'est pas encore reconnu, une demi-seconde, dans un miroir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est l'instituteur de P&#233;guy, mais d&#233;boussol&#233;, avec des racines mais d&#233;racin&#233;es, moins fort que la machine r&#233;volutionnaire qu'il esp&#233;rait conduire ; et il continue &#224; tenir ses propos et ses gestes d'instituteur en vain : d'o&#249; quelque chose par moment dans le style de Claude Simon, l'obstination, la r&#233;p&#233;tition, c'est-&#224;-dire la progression par corrections (&#171; plut&#244;t... ou plut&#244;t &#187;), qui rappelle P&#233;guy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;( ... ) le sombre, bref et pestilentiel nuage de fum&#233;e qui dissimule traditionnellement sur les poussi&#233;reuses sc&#232;nes d'&lt;i&gt;Op&#233;ra&lt;/i&gt; l'escamotage de &lt;i&gt;M&#233;phisto&lt;/i&gt; et qui aurait emport&#233; avec lui l'esp&#232;ce tout enti&#232;re des diacres, des chanoines ( .... etc.) &#187; (p. 91). &#171; ( ... ) imaginant en m&#234;me temps les banquiers &#224; favoris sortis d'une &lt;i&gt;op&#233;rette d'Offenbach&lt;/i&gt; qui aurait eu l'id&#233;e de ce chemin de fer ( ... etc.) &#187; (p. 68).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. aussi, par exemple, p. 114 sq. (nous ne pouvons tout citer) la Fable de l'humanit&#233; aveugle, de la Peste : &#171; une &#233;pid&#233;mie, une de ces terrifiantes, meurtri&#232;res et r&#233;pugnantes maladies ( ... etc) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. encore la Fable du Drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je songe &#224; ces fameux &lt;i&gt;negro-spirituals&lt;/i&gt; qui sont eux aussi, dans leur rythme et leurs paroles, lancinante r&#233;p&#233;tition. Le temps y est chant&#233; comme temps d'esclavage ; le chant endure le temps, quand la vie a pris la forme pure de l'exil, la forme pure de l'esclavage, la pleine unit&#233; du malheur. Quand le &lt;i&gt;destin&lt;/i&gt; rassemble un peuple, comme le peut un destin de malheur sans injustice commise, alors le chant s'&#233;l&#232;ve, figure de la longue marche du peuple accabl&#233;, figure du chemin o&#249; passe le temps. L'unit&#233; de style correspond &#224; la pleine unit&#233; de malheur innocent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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