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	<title>Association des Lecteurs de Claude Simon</title>
	<link>https://associationclaudesimon.org/</link>
	<description>Site de l'association des lecteurs de Claude Simon. Prix Nobel de Litt&#233;rature 1985. Bibliographie. Cahiers Claude Simon. Critiques. Ressources. &#338;uvre et actualit&#233; de l'&#339;uvre de Claude Simon.</description>
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		<title>&#201;tienne, Yann. La liaison dangereuse et son envers romanesque (2020)</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Etienne-Yann-La-liaison-dangereuse-et-son-envers-romanesque-2020.html</link>
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		<dc:date>2021-04-04T16:32:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Genin</dc:creator>


		<dc:subject>Le&#231;on de choses</dc:subject>
		<dc:subject>Flaubert, Gustave</dc:subject>
		<dc:subject>Etienne, Yann</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&lt;:alcs_references :&gt; Yann &#201;tienne. &#171; La liaison dangereuse et son envers romanesque : &#171; La Charge de Reichshoffen &#187;, un court-circuit narratif de la Le&#231;on de Choses &#187;. Article propos&#233; pour le troisi&#232;me s&#233;minaire des jeunes chercheurs, annul&#233; en 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Le&#231;on de Choses, treizi&#232;me roman de Claude Simon, n'a pas la place qu'il m&#233;rite dans sa bibliographie. Il se situe &#224; un moment charni&#232;re de son &#339;uvre : entre les romans o&#249; s'affirme la po&#233;tique simonienne et ceux qui la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Lecon-de-choses-+.html" rel="tag"&gt;Le&#231;on de choses&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Flaubert-Gustave-+.html" rel="tag"&gt;Flaubert, Gustave&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.associationclaudesimon.org/+-Etienne-Yann-+.html" rel="tag"&gt;Etienne, Yann&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Yann &#201;tienne. &#171; La &lt;i&gt;liaison dangereuse&lt;/i&gt; et son envers romanesque : &#171; La Charge de Reichshoffen &#187;, un court-circuit narratif de la &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt; &#187;. Article propos&#233; pour le &lt;a href='https://www.associationclaudesimon.org/3e-Seminaire-des-jeunes-chercheurs.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;troisi&#232;me s&#233;minaire des jeunes chercheurs&lt;/a&gt;, annul&#233; en 2020&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;introduction&#034;&gt;Introduction&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;, treizi&#232;me roman de Claude Simon, n'a pas la place qu'il m&#233;rite dans sa bibliographie. Il se situe &#224; un moment charni&#232;re de son &#339;uvre : entre les romans o&#249; s'affirme la po&#233;tique simonienne et ceux qui la renouvellent, prend place une p&#233;riode dite formaliste, &#233;minemment probl&#233;matique dans son appellation, qui recouperait &lt;i&gt;La Bataille de Pharsale&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les Corps Conducteurs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Triptyque&lt;/i&gt; et enfin &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;. L'appellation &#171; formaliste &#187; peut se justifier &#8211; par l'attention accentu&#233;e sur la construction narrative et scripturale de ces livres &#8211; tout en pr&#233;sentant rapidement ses limites &#8211; &lt;i&gt;l'Herbe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;la Route des Flandres&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;le Jardin des Plantes&lt;/i&gt; n'affichent-ils pas des constructions narratives tout aussi complexes ? Que serait ce formalisme sur un sujet non biographique et non romanesque, sinon un exercice de style, dont l'appellation douteuse est d&#233;j&#224; un acte de r&#233;ception biais&#233; en soi ? Simon d&#233;fend d'ailleurs son livre aupr&#232;s de J&#233;r&#244;me Lindon, qui, semble-t-il, ne l'avait pas accueilli comme il faut : &#171; je ne consid&#232;re pas du tout ce livre comme une &#339;uvre marginale (ainsi que vous me le disiez au cours de notre conversation t&#233;l&#233;phonique apr&#232;s votre premi&#232;re lecture) mais tout au contraire comme l'aboutissement d'une longue recherche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Calle-Gruber, Mireille. Claude Simon. Une vie &#224; &#233;crire, Paris, Le Seuil, 2011&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Cette longue recherche t&#233;moigne d'abord d'un processus d'&#233;criture qui n'a cess&#233; de se transformer, un peu &#224; la mani&#232;re des &lt;i&gt;Corps Conducteurs&lt;/i&gt; : le livre commence d'abord comme un &#171; placard &#187; po&#233;tique &#224; la demande de Jacques Dupin, et qu'illustrera Alechinsky. Le texte sera repris par Simon et finalis&#233; en f&#233;vrier 1975 sous le titre de &lt;i&gt;Chutes&lt;/i&gt;, et ce en m&#234;me temps que s'&#233;labore &lt;i&gt;les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, n&#233;anmoins rest&#233; &#171; en panne &#187; pendant l'&#233;criture de &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;. Cette p&#233;riode est surtout caract&#233;ris&#233;e par la mise en &#339;uvre de l'auto-engendrement du texte, qui pr&#233;side aussi la construction des &lt;i&gt;Corps Conducteurs&lt;/i&gt;. Pourtant, si le texte est refa&#231;onn&#233; par Simon, le temps d'&#233;criture semble relativement bref, surtout lorsqu'on le compare au livre qui le suivra, ces m&#234;mes G&#233;orgiques qui ont occup&#233;es Simon pendant huit ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Pourquoi, alors, qualifier ce livre d'aboutissement d'une longue recherche, et non d'&#339;uvre &#224; la marge ? Peut-&#234;tre parce qu'il est un point d'acm&#233; d'un travail de construction narrative que Simon entreprend depuis longtemps. L'on verra ainsi que &#171; La Charge de Reichshoffen &#187; apparait &#224; bien des &#233;gards comme l'envers du roman r&#233;aliste, instaurant par un syst&#232;me de correspondance un &lt;i&gt;fascinus&lt;/i&gt; graphique, o&#249; les courts-circuits narratifs d&#233;ploient une &#233;rotique de la lecture qui vient justifier le sujet du r&#233;cit. L'on d&#233;ploiera d'abord l'architecture structurelle et intertextuelle de &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;, dont l'inscription litt&#233;raire est d&#233;j&#224; un programme po&#233;tique. L'&#233;tude des man&#339;uvres sc&#233;niques permettra de d&#233;composer la construction narrative du r&#233;cit en m&#234;me temps que la figure d&#233;grad&#233;e du couple bourgeois. Cette saisie ironique des relations sera ensuite augment&#233;e et transform&#233;e par les correspondances analogiques n&#233;es du montage, qui dessine la r&#233;currence des images sexuelles. &#171; La Charge de Reichshoffen &#187; apparaitra alors comme un envers romanesque pluriel : le court-circuit po&#233;tique fait dialoguer le roman r&#233;aliste, le roman populaire et le roman exp&#233;rimental par une technique de composition unique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;intertexte&#034;&gt;I. Architecture intertextuelle de la &lt;i&gt;Le&#231;on&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;macrostructure&#034;&gt;A. Description macrostructurelle du livre&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le principe formel qui organise &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt; s'attache &#224; un seul lieu, cadre des trois intrigues diff&#233;rentes, situ&#233;es sur un plan temporel diff&#233;rent. Trois situations narratives principales sont m&#234;l&#233;es. La premi&#232;re est la sc&#232;ne-Estelle : une jeune femme, dont le nom n'est connu qu'&#224; la fin, marche avec deux autres femmes, une petite fille, et un homme, qui la s&#233;duira et aura avec elle une relation sexuelle lors d'un rendez-vous nocturne. La seconde est la sc&#232;ne-Ma&#231;ons : des ma&#231;ons entreprennent des travaux dans cette m&#234;me pi&#232;ce. La troisi&#232;me est la sc&#232;ne-Soldats : des soldats, retranch&#233;s dans la maison, guettent et affrontent des soldats ennemis. Les trois &#233;pisodes sont juxtapos&#233;s et m&#233;lang&#233;s dans le corps des trois parties narratives, sans qu'aucun signe typographique ne vienne indiquer &#224; quel moment l'on passe d'une situation &#224; une autre. La composition semble se faire selon une discontinuit&#233; revendiqu&#233;e, alternant sans ordre r&#233;p&#233;t&#233;e les trois sc&#232;nes, certainement pour &#233;viter la mise en place d'un syst&#232;me d'agencement qui serait r&#233;p&#233;titif (et donc attendu), et ainsi privil&#233;gier le passage d'une sc&#232;ne &#224; une autre par associations d'id&#233;es ou correspondances. Cet effet de tripartition du texte avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; utilis&#233; auparavant dans Triptyque, construit selon le m&#234;me proc&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Si l'on exclut le prologue et l'&#233;pilogue, le livre s'ouvre et se ferme sur la sc&#232;ne-Estelle, qui est le seul &#233;pisode qui pr&#233;sente une v&#233;ritable trame narrative que l'on peut borner : promenade, isolation, s&#233;duction, d&#233;but de l'acte sexuel, fin de l'acte sexuel, d&#233;part d'Estelle. Le contenu des deux interm&#232;des est &#224; ce sujet significatif : les &#171; Divertissements &#187; prennent pour sujet la sc&#232;ne-Soldats (I) et la sc&#232;ne-Ma&#231;ons (II) &#8211; laissant donc entendre, m&#234;me si les divers titres de Le&#231;on de choses semblent ironiques, que la sc&#232;ne-Soldats et la sc&#232;ne-Ma&#231;ons sont un divertissement par rapport au r&#233;cit principal qui serait donc la sc&#232;ne-Estelle. Il semble donc que la sc&#232;ne-Estelle soit narrativement au centre de &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;, et que les deux autres sc&#232;nes viennent ensuite s'y ajouter les deux autres sc&#232;nes par compl&#233;mentation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;bovary&#034;&gt;B. &lt;i&gt;Bovary travestie&lt;/i&gt; : un nouvel art du montage&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le principe de composition de &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt; renvoie &#224; un intertexte qui explicite la finalit&#233; de cette composition : &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, matrice protocolaire de &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Kaempfer a fait le rapprochement dans &#171; Les romans de l'&#226;me, m&#233;taphore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;pisode amoureux de la sc&#232;ne-Estelle semble rejouer le livre de Flaubert, et plus particuli&#232;rement la liaison entre Emma Bovary et Rodolphe. Un certain nombre de r&#233;f&#233;rences implicites le montre : les noms d'Emma et de Charles (le nom du compagnon l&#233;gitime d'Estelle) apparaissent via les &#233;ph&#233;m&#233;rides du calendrier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Saint Anselme, Saint Charles. [&#8230;] Sainte Sophie, Sainte Emma [&#8230;] &#187; Claude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la longue &#233;num&#233;ration qui cl&#244;t &#171; la Charge de Reichshoffen &#187; (Il crie Estelle &#233;coutez-moi ! Estelle, &#201;lodie, &#201;milie, &#201;lisabeth, H&#233;l&#232;ne, Sylvie, Gilberte, Edith, Odette. &#187;, p. 642) montre l'interchangeabilit&#233; du pr&#233;nom pour un personnage g&#233;n&#233;rique. Le personnage de la vache, crucial dans la &#171; Charge de Reichshoffen &#187;, recomposera l'animalit&#233; symbolique de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Depuis samedi j'ai travaill&#233; de grand c&#339;ur [...]. Cela sent un peu mieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; la race bovine effraie notamment Emma lorsqu'elle se rend &#224; pied jusqu'&#224; la Huchette, la demeure de son amant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Elle avait peur des b&#339;ufs, elle se mettait &#224; courir &#187; Gustave Flaubert, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais c'est surtout dans sa composition technique, narrative et th&#233;matique, que &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt; est intimement li&#233; &#224; &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; deux &#233;pisodes pr&#233;cis : le chapitre VIII (les comices agricoles) et le chapitre IX (l'adult&#232;re consomm&#233;, avec Rodolphe) de la seconde partie. L'un inspire le dispositif de montage de &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;, l'autre le sujet de la sc&#232;ne-Estelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre VIII de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; est analys&#233; par Mario Vargas Llosa dans ses &lt;i&gt;Lettres &#224; un jeune romancier&lt;/i&gt; comme l'un des exemples de compositions narratives possibles que le romancier p&#233;ruvien appelle les &#171; vases communicants &#187;. Le chapitre VIII est ainsi &#171; une sc&#232;ne o&#249; [&#8230;] il se produit deux (voire trois) &#233;v&#232;nements diff&#233;rents qui, racont&#233;s d'une fa&#231;on m&#234;l&#233;e, se contaminent r&#233;ciproquement et d'une certaine fa&#231;on se modifient. En raison de cette organisation, les diff&#233;rents &#233;v&#233;nements, articul&#233;s en un syst&#232;me de vases communicants, &#233;changent des faits v&#233;cus et il s'&#233;tablit entre eux une interaction qui am&#232;ne les &#233;pisodes &#224; se fondre en une unit&#233;, avec un r&#233;sultat bien diff&#233;rent de celui de pures anecdotes juxtapos&#233;es. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres &#224; un jeune romancier, Paris, Arcades, Gallimard, p.132&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les trois &#233;v&#233;nements m&#234;l&#233;s sont la description de la foire rurale et ce qu'il s'y passe, la s&#233;duction d'Emma par Rodolphe, et le discours du conseiller Lieuvain. La compl&#233;mentation entre les trois &#233;pisodes, entrem&#234;l&#233;s au sein d'un m&#234;me flux narratif, court-circuite l'ensemble des trois s&#233;quences selon un principe ironique qui &#233;rode tout, mais dont la victime la plus certaine est la tentative de s&#233;duction d'Emma par Rodolphe, op&#233;rante au niveau de la fiction (Emma succombe) mais pas pour le lecteur qui ne peut souscrire &#224; la sc&#232;ne amoureuse tenue au milieu de la chaotique foire agricole. Les vases communicants sont ainsi une technique de composition narrative macrostructurelle, qui se d&#233;finit par la narration simultan&#233;e de sc&#232;nes diff&#233;rentes (spatialement, chronologiquement), avec pour effet une compl&#233;mentation entre celles-ci. Le&#231;on de choses est r&#233;solument construit sous la logique des vases communicants, parce que les trois segments narratifs sont profond&#233;ment crois&#233;s, &#224; la fois narrativement et th&#233;matiquement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'autre ombre intertextuelle de &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt; est le chapitre IX, concr&#233;tisation charnelle de l'adult&#232;re naissant entre Emma et Rodolphe. Celui-ci fournit le pr&#233;-texte dictant le comportement masculin et f&#233;minin : on y lit l'h&#233;sitation trembl&#233;e de la femme (&#171; Elle t&#226;chait de se d&#233;gager mollement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustave Flaubert, Madame Bovary, Paris, Livre de poche, 1999, p. 263&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), la cour m&#233;thodique et implacable de l'homme (&#171; Il fut calme, s&#233;rieux, m&#233;lancolique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 262&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; il redevint aussit&#244;t respectueux, caressant, timide. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 263,&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et le m&#234;me abandon f&#233;minin final au milieu des pleurs (&#171; Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d'un soupir ; et, d&#233;faillante, tout en pleurs, avec un long fr&#233;missement et se cachant la figure, elle s'abandonna. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 264&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Mais Flaubert &#8211; ce qui ne lui &#233;vitera pas un proc&#232;s &#8211; ne va pas d&#233;tailler la relation sexuelle, simplement sugg&#233;r&#233;e par le terme d'abandon. Ce qui n'est pas dit directement &#8211; ce qui constitue donc une ellipse de la fiction &#8211; va &#234;tre remplac&#233; et figur&#233; par un moment de suspens qui vient remplacer la suite logique des choses et dire de mani&#232;re m&#233;taphorique les effets de la gymnastique charnelle : &#171; Les ombres du soir descendaient ; le soleil horizontal, passant entre les branches, lui &#233;blouissait les yeux. &#199;&#224; et l&#224;, tout autour d'elle, dans les feuilles ou par terre, des taches lumineuses tremblaient, comme si des colibris, en volant, eussent &#233;parpill&#233; leurs plumes. Le silence &#233;tait partout ; quelque chose de doux semblait sortir des arbres ; elle sentait son c&#339;ur, dont les battements recommen&#231;aient, et le sang circuler dans sa chair comme un fleuve de lait. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce chaste drap&#233; m&#233;taphorique que le roman de Simon va recomposer ; s'il garde l'id&#233;e des correspondances analogiques, il sera beaucoup plus direct et pr&#233;cis que Flaubert.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;debacle&#034;&gt;II. De la charge &#224; la d&#233;b&#226;cle : la man&#339;uvre &#224; l'&#339;uvre&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le troisi&#232;me chapitre de &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;, &#171; La Charge de Reichshoffen &#187;, affiche d&#232;s son titre l'id&#233;e de la m&#233;taphore militaire. Or, de la charge &#224; la d&#233;b&#226;cle, tout n'est question que de &lt;i&gt;man&#339;uvres&lt;/i&gt;. La sc&#232;ne-Estelle est la description d'une man&#339;uvre &#233;rotique, qui s'accompagne d'une man&#339;uvre &lt;i&gt;narrative&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le texte va mimer cette progression de l'intrigue-Estelle : alors que la sc&#232;ne d' &#171; Expansion &#187; s'ouvre sur cinq personnages (les deux femmes, l'enfant, Estelle, l'homme), c'est pourtant vers une r&#233;duction de ce contingent que se dirige le r&#233;cit. L'homme cherche en effet &#224; fixer un rendez-vous nocturne, et le r&#233;cit le d&#233;peint comme un chasseur cherchant &#224; isoler une proie : &#171; Elle r&#233;p&#232;te je vous en prie je vous en supplie elles vont se demander ce que nous. Profitant d'un &#233;largissement du sentier, l'homme la devance prestement et s'immobilise, lui barrant le passage. &#187; (p. 590). La m&#233;taphore cyn&#233;g&#233;tique est tout aussi op&#233;rante que celle de la guerre : ce n'est qu'une fois la proie accul&#233;e (le rendez-vous nocturne) que la charge pourra &#234;tre lanc&#233;e. &#171; La Charge de Reichshoffen &#187; isole en effet le couple de protagoniste : &#224; l'exception d'un bref interlude qui prend pour sujet un p&#233;cheur, une femme et l'enfant, Estelle et son compagnon seront les seuls personnages de l'action. Or, si ce r&#233;tr&#233;cissement s'op&#232;re, c'est bien &#233;videmment sous la man&#339;uvre de l'homme, dont la charge, si elle va lui permettre d'obtenir ce qu'il a voulu (l'orgasme &#233;tant ici le pauvre ersatz du combat h&#233;ro&#239;que), deviendra litt&#233;ralement une d&#233;bandade, bien loin de l'image d'Epinal du rendez-vous nocturne. Sans munition (&#171; Elle dit [&#8230;] vous avez tout l&#226;ch&#233; &#187;, (p. 640), il ne sera plus qu'impuissant, acteur passif de la suite de la sc&#232;ne : assistant d'abord aux ablutions de la femme (&#171; Elle essuie son con avec un pan du tissu d&#233;chir&#233;. &#187; (p. 638), sa d&#233;tresse inqui&#232;te (&#171; Les sanglots l'&#233;touffent. Il lui tapote gauchement l'&#233;paule &#187; (p. 640), sa fureur et sa fuite (&#171; Elle crie esp&#232;ce de esp&#232;ce de esp&#232;ce de. Elle tourne brusquement le dos et part en courant. &#187;, p. 642). La charge animale c&#232;de sa place &#224; une d&#233;b&#226;cle en r&#232;gle de l'adult&#232;re id&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La charge annonc&#233;e est trait&#233;e apparemment selon un mode clinique. Le texte se construit par des phrases froides d&#233;crivant anatomiquement ce qu'il s'y passe : &#171; Il cherche &#224; la renverser sur le c&#244;t&#233;. Les tr&#233;teaux de l'&#233;chafaudage grincent &#224; chacun de leurs mouvements. Elle s'appuie en se cramponnant d'une main &#224; l'une des planches rugueuses parsem&#233;es de menus &#233;clats de pl&#226;tre. La tranche de la planche est h&#233;riss&#233;e d'&#233;chardes. &#187; (p. 622). La phrase ne traduit aucun affect et se contente de d&#233;crire une situation avec pr&#233;cision : l'utilisation du pr&#233;sent, donnant l'impression d'une simultan&#233;it&#233; entre l'action et l'&#233;criture de l'action, participe &#224; cette logique anatomiste qui prendra encore plus de sens quand le sujet deviendra biologique et corporel. La juxtaposition des trois sc&#232;nes est li&#233;e &#224; une juxtaposition des phrases entre elles, sans connecteurs, circonstants, liants entre les propositions : la phrase va &#224; l'essentiel, et op&#232;re en soustraction d'elle-m&#234;me pour &#234;tre clinique. Cette logique anatomiste se raffermit dans la description de l'acte sexuel. Dans Madame Bovary, la relation sexuelle &#233;tait sugg&#233;r&#233;e. Mais chez Simon la liaison dangereuse va &#234;tre le pr&#233;texte d'une histoire naturelle, le&#231;on biologique mais aussi sexuelle : &#171; Tenant toujours de la main la base de son membre, l'homme tire en arri&#232;re la peau du fourreau qui s'accumule et forme une collerette de replis apr&#232;s le bourrelet du gland. Peu &#224; peu la longue verge noire dispara&#238;t dans l'&#233;paisse broussaille de poils. Ses nodosit&#233;s froissent la chair humide qui se resserre sur elles, puis, brusquement, elle s'enfonce toute enti&#232;re. &#187; (p. 625). L'anatomie profond&#233;ment animale du couple bourgeois s'en trouve expos&#233;e ; le grotesque du type social se d&#233;couvre ainsi par son envers repr&#233;sent&#233;. La d&#233;b&#226;cle se poursuit dans le discours frapp&#233; d'anacoluthe : &#171; il il y a plein de ros de ros&#233;e &#187; &#171; oui oui moi aussi mais pas ici oui moi aussi mon ch&#233;ri mais l'her l'herbe. &#187; (p. 620). La rupture de formulation du langage est l&#224; pour exprimer l'h&#233;sitation et l'appr&#233;hension de la femme face aux assauts empress&#233;s de l'homme, ce que montre le lexique utilis&#233; pour qualifier ses actions et mouvements : &#171; Il cherche &#224; la faire se coucher. &#187;, &#171; Il cherche &#224; la renverser sur le c&#244;t&#233;. &#187; (p. 622), &#171; Tout &#224; coup l'homme dit Alors comme &#231;a ! et la retournant brutalement la penche en avant sur la barri&#232;re. &#187; (p. 624). La parodie de la man&#339;uvre militaire se dessine dans les verbes de mouvement. La narration man&#339;uvre la construction de la sc&#232;ne, mimant la charge sexuelle, caract&#233;risant par des proc&#233;d&#233;s langagiers et sc&#233;niques la nature de ses personnages. La correspondance permise par le montage narratif va poursuivre cette entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;correspondance&#034;&gt;III. La correspondance : l'image sexuelle comme fascinus&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La man&#339;uvre &#233;rotique est permise par une man&#339;uvre sc&#233;nique qui exacerbe la sc&#232;ne-Estelle, appuyant, par effet de correspondance et de contraste, l'action qui s'y d&#233;roule. On peut parler, en reprenant la formule c&#233;l&#232;bre de Baudelaire, d'un art de la correspondance &#224; l'&#339;uvre dans &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas ici de synesth&#233;sie, mais d'une porosit&#233; entre les sc&#232;nes, qui se construit sous le r&#233;gime de l'analogie et de la m&#233;taphore.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;corps&#034;&gt;A. &lt;i&gt;Les corps conducteurs&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La vache, spectateur assidu de la sc&#232;ne, va faire office de juge mutique mais &#233;loquent de la sc&#232;ne. Le r&#233;gime analogique qui la justifie est soigneusement construit : le rapport sexuel s'amorce quand la femme tend sa &#171; croupe &#187; puis &#224; la phrase d'apr&#232;s la vache &#171; se met en marche &#187;, mimant ainsi, alors, l'acte charnel lui-m&#234;me qui d&#233;bute. La juxtaposition d'une phrase-Estelle avec une phrase-vache (&#171; Les fesses nerveuses ont des faibles soubresauts. [...] La vache continue &#224; progresser [&#8230;] &#187;) produit ce parall&#232;le contigu entre les deux situations, dont les produits sonores sont semblables : la vache produit des &#171; bruits de succion &#187; alors que la femme faisait pr&#233;c&#233;demment &#171; entendre un long chuintement &#187; (p. 625). Puis, de figuration analogique, la vache devient spectateur indiff&#233;rent : &#171; La vache s'est arr&#234;t&#233;e et se tient immobile, sa masse noire et formidable, montagne, au-dessus d'eux (si pr&#232;s qu'il pourrait presque la toucher en &#233;tendant le bras), avec son &#233;chine infl&#233;chie &#187; (p. 632). Elle n'est pourtant pas si mutique, puisque sa posture &#171; immobile, formidable, infl&#233;chie &#187; (p. 632) tranche avec les contorsions grotesques auxquelles se livrent l'homme et la femme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Une ombrelle, tenue par une jeune femme, sera le sujet d'une exp&#233;rience p&#233;ri-&#233;rotique mimant et rejouant le geste masturbatoire qui a lieu dans la partie &#171; Le&#231;on de choses &#187; : &#171; Sa main d&#233;licate joue &#224; faire pivoter sur elle-m&#234;me la poign&#233;e sculpt&#233;e, tournoyant dans un sens puis dans l'autre. Le corps &#233;cailleux du dragon d'ivoire, [&#8230;] la langue apparaissent et disparaissent tour &#224; tour entre les doigts de porcelaine teint&#233;s de rose. &#187; (p. 626). Puis ce sera le poulpe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un rapprochement semblable se retrouve dans la Route des Flandres &#171; cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui reproduira la brusquerie masculine et l'abandon f&#233;minin : &#171; L'&#233;norme main rougeaude d'un p&#234;cheur saisit brusquement le petit poulpe dont les tentacules se collent aussit&#244;t autour de son poignet. D'un geste preste il retourne la poche &#224; encre. Les tentacules se d&#233;tachent et pendent inertes, comme une chevelure mouill&#233;e. &#187; (p. 630).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;C'est &#233;galement au niveau olfactif que s'op&#232;re une correspondance des sensations : &#171; Quand [les p&#233;cheurs] passent pr&#232;s d'elle [la femme &#224; l'ombrelle] elle sent leur forte odeur m&#234;l&#233;e &#224; celle de la mar&#233;e. Une forte odeur &#224; la fois de coquillage et d'humus monte de l'&#233;paisse toison noire [d'Estelle] sous les fesses polies o&#249; le membre va et vient avec des acc&#233;l&#233;rations et des ralentissements. &#187; (p. 632). L'olfactif reviendra, cette fois dans une porosit&#233; avec la sc&#232;ne-Ma&#231;ons : &#171; En d&#233;pit de la fen&#234;tre rest&#233;e ouverte, il s'exhale des v&#234;tements de travail entass&#233;s contre le mur ou suspendus au tr&#233;teau une tenace odeur de sueur refroidie qui se m&#234;le &#224; celle des pl&#226;tras et du papier moisi pendant des murs en longues d&#233;chirures. L'odeur forte de la jeune femme se r&#233;pand dans la pi&#232;ce. &#187; (p. 635). Le passage d'une sc&#232;ne &#224; une autre s'op&#232;re via l'analogie sensuelle entre les deux parfums. C'est donc bien selon la logique de la correspondance et de la compl&#233;mentation que s'op&#232;re la technique des vases communicants.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Les correspondances avec la sc&#232;ne-Ma&#231;ons et la sc&#232;ne-Soldats vont ensuite appuyer la sc&#232;ne-Estelle de r&#233;sonances inattendues. Le tir d'une fus&#233;e va &#233;galement permettre des analogies avec la relation sexuelle : &#171; &lt;i&gt;brusquement&lt;/i&gt;, [&#8230;] le &lt;i&gt;chuintement&lt;/i&gt; rapide d'une fus&#233;e [&#8230;] d&#233;chire le silence. Le bruit soyeux de l'air froiss&#233; s'intensifie et d&#233;croit rapidement [&#8230;] dans le ciel &lt;i&gt;noir&lt;/i&gt;. [&#8230;] Arriv&#233;e tr&#232;s haut, en bout de course, la t&#234;te de la fus&#233;e &lt;i&gt;&#233;clate&lt;/i&gt; [&#8230;]. Le tireur et le chargeur ont &lt;i&gt;sursaut&#233;&lt;/i&gt; [&#8230;]. &#187; (p. 640) . La sc&#232;ne reproduit le m&#234;me sch&#233;ma : brusquerie (&#171; l'homme [&#8230;] la retournant &lt;i&gt;brutalement&lt;/i&gt; &#187;, p. 624), bruit caract&#233;ristique de la charge (&#171; l'homme tient la base de son membre dont il pousse la t&#234;te entre les poils boucl&#233;s et mouill&#233;s. [&#8230;] La femme fait entendre un long &lt;i&gt;chuintement&lt;/i&gt;. &#187;), m&#234;me texture du r&#233;ceptacle (&#171; Il sent la chair &lt;i&gt;soyeuse&lt;/i&gt; et br&#251;lante coiffer son gland &#187;, p. 625 ), m&#234;me r&#233;solution en acm&#233; (&#171; &#224; l'int&#233;rieur de la &lt;i&gt;chair&lt;/i&gt; obscure le long membre raidi se tend encore, l&#226;chant de longues &lt;i&gt;gicl&#233;es&lt;/i&gt; de sperme &lt;i&gt;noir&lt;/i&gt; &#187;, p. 637) qui am&#232;ne aux m&#234;mes soubresauts (&#171; les &#233;paules de la femme continuent &#224; &#234;tre secou&#233;es de tressaillement nerveux &#187; ). Un &#339;uf, mang&#233; par l'un des ma&#231;ons, sera compar&#233; &#224; une &#171; sorte de microcosme ovulaire dont le centre condenserait l'univers tout entier. &#187; (p. 640). Le lien lexical entre l'&#339;uf et l'ovaire appelle &#224; consid&#233;rer le sexe f&#233;minin &#8211; et derri&#232;re lui, le d&#233;sir sexuel - comme centre du r&#233;cit, &#171; comme si la totalit&#233; des images attir&#233;es et p&#233;n&#233;trant par la surface luisante venait pour ainsi dire se pr&#233;cipiter, se concasser dans un noyau serr&#233; &#187; . Un r&#233;seau analogique de correspondances tisse ainsi des liens profonds entre les trois sc&#232;nes intrigu&#233;es, selon un double axe principal : sexe-allumette-fus&#233;e, vache-femme-poulpe, que viennent appuyer de nombreuses images subliminales. On retrouve l&#224; les effets propres au collage, que Simon explicite ainsi : &#171; [si] on r&#233;ussit &#224; &#233;tablir entre deux signifiants un rapport formel &#171; parlant &#187;, il se produit alors un ph&#233;nom&#232;ne qui semble tenir du prodige : &#224; savoir que va appara&#238;tre de surcro&#238;t [&#8230;] une ouverture signifiante, un sens ambigu, incertain, &#171; trembl&#233; &#187; comme dirait Barthes, non explicit&#233;, mais souvent [&#8230;] riche et g&#233;n&#233;rateur (ou charg&#233;) de vibrations &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ludovic Janvier et Claude Simon, &#171; R&#233;ponses de Claude Simon &#224; quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;subliminale&#034;&gt;B.	L'image subliminale : une persistance r&#233;tinienne du fascinus&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;dominance des images sexuelles dans les autres sc&#232;nes s'explique par la correspondance analogique et la logique picturale qui r&#233;gissent l'ensemble de Le&#231;on de Choses. La logique picturale, omnipr&#233;sente dans le livre, instaure donc le regard comme moyen de perception premier du r&#233;cit &#8211; avec une pr&#233;dominance sur les autres sens, n&#233;anmoins pr&#233;sents. Le regard prime, dirige la sc&#232;ne, dicte le champ de la cam&#233;ra narrative.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Doit-on parler de pornographie pour qualifier la repr&#233;sentation de cette relation sexuelle explicite ? L'&#233;tymologie nous renseigne : la pornographie est d'abord &#171; la peinture des prostitu&#233;es &#187;, comme le montre Pascal Quignard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Sexe et l'Effroi, Paris, Gallimard, 1996, 355 p., p. 14.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais le sens d&#233;rive de son acception restreinte pour d&#233;signer ensuite de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale la &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cnrtl.fr/lexicographie/pornographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;peinture obsc&#232;ne&lt;/a&gt; &#187;. Qu'est-ce que l'obsc&#232;ne, sinon ce qui est habituellement au-devant de la sc&#232;ne (le &lt;i&gt;ob&lt;/i&gt; latin signifiant ce mouvement de mise en avant), ce qui capte la lumi&#232;re et le regard ? La repr&#233;sentation de la relation sexuelle prend effectivement le pas sur les autres sc&#232;nes de &#171; la Charge de Reichshoffen &#187; par sa monstruosit&#233; sc&#233;nique. Il n'y a pourtant pas d'appr&#234;t particulier dans cette repr&#233;sentation, sinon une simple description refusant la pudeur et le voile chaste. Claude Simon lui-m&#234;me parle de la pornographie comme transgression : &#171; Quant au porno [&#8230;], il transgresse &#224; la fois les interdits sexuels, ceux du bon go&#251;t, de la beaut&#233;, de l'&#233;l&#233;gance, de l'intelligence&#8230; [C'est] une sorte de &#171; non-art &#187; absolu qui, &#224; ce titre, est peut-&#234;tre, dans la mesure o&#249; il semble attirer le public, remueur de quelque chose. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#233;r&#233;nice Bonhomme, Claude Simon, la passion cin&#233;ma, Presses Universitaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette transgression passe justement par la repr&#233;sentation sexuelle dans &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Comme le montre Pascal Quignard dans &lt;i&gt;Le Sexe et l'effroi&lt;/i&gt;, la conception sexuelle est li&#233;e intimement &#224; la question de la fascination. Dans la langue latine, le phallos grec devient le fascinus, terme qui donnera la fascination, originellement le sentiment de p&#233;trification qui s'empare de l'homme ou de l'animal face &#224; une angoisse insoutenable : &#171; fasciner contrait celui qui voit &#224; ne plus d&#233;tacher son regard &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pri&#232;re d'ins&#233;rer du Sexe et l'effroi, Folio, Gallimard&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;, et plus particuli&#232;rement dans &#171; la Charge de Reichshoffen &#187;, tout se passe comme si le fascinus (la relation sexuelle) laissait une empreinte r&#233;siduelle sur le regard locuteur du r&#233;cit. Les surimpressions entre les trois sc&#232;nes, dues au montage en court-circuit, laissent sur la r&#233;tine du texte un souvenir m&#233;moriel, qui vient dicter la porosit&#233; entre les sc&#232;nes et la correspondance entre les images. Ce ne sont pas seulement, ainsi, les mots-carrefours qui agissent comme seuils entre les mondes, mais l'image sexuelle qui pr&#233;domine sur les autres. Le fascinus est une affaire de r&#233;tine. Cette porosit&#233; est presque une contamination textuelle, selon la c&#233;l&#232;bre formule de Fran&#231;ois Jost qui parlait de &#171; mauvaises fr&#233;quentations contextuelles. &#187; pour expliquer &#171; l'aventure de la femme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans la notice Pl&#233;iade de Le&#231;on de choses. Claude Simon, op. cit., p. 1478.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;ros fr&#233;n&#233;tique qui alimente la sc&#232;ne-Estelle devient ainsi v&#233;ritablement graphique : non seulement il est d&#233;peint dans toute son anatomie par l'&#233;criture, mais il passe au statut d'image mobile, contaminant ses plus proches voisins selon une logique du court-circuit.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;circuits&#034;&gt;IV. Un envers romanesque : le&#231;on de courts-circuits&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;periode&#034;&gt;A. P&#233;riode classique, s&#233;quence narrative, r&#233;ponse sexuelle &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Si le r&#233;cit n'est qu'une longue phrase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le r&#233;cit est une grande phrase, comme toute phrase constative est, d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour reprendre la phrase de Barthes, on peut penser en parall&#232;le phrase et r&#233;cit, pour analyser la &lt;i&gt;p&#233;riode narrative&lt;/i&gt;. La p&#233;riode classique des grands orateurs antiques peut &#234;tre d&#233;compos&#233;e entre trois moments distincts : la protase (litt&#233;ralement la &#171; tension en avant &#187;), mont&#233;e ascendante de la phrase ou du segment ; vient ensuite l'&lt;i&gt;acm&#233;&lt;/i&gt; (le &#171; sommet, l'apog&#233;e &#187;), le point le plus haut de la phase ascendante, &#224; partir duquel elle ne fera que redescendre ; puis, dernier moment de la s&#233;quence, l'&lt;i&gt;apodose&lt;/i&gt;, phase descendante.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; La Charge de Reichshoffen &#187; peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme acm&#233; et apodose de la sc&#232;ne-Estelle &#8211; tout ce qui pr&#233;c&#232;de &#233;tant une mont&#233;e en tension narrative ; mais l'on peut aussi d&#233;composer la sc&#232;ne-Estelle de &#171; la Charge de Reichshoffen &#187; selon ce triple sch&#233;ma graduel. La progression de la p&#233;riode narrative est proche de la progression &#233;rotique de l'acte sexuel, comme le montre le sch&#233;ma de la r&#233;ponse sexuelle humaine qui se con&#231;oit selon la m&#234;me logique : &lt;i&gt;excitation&lt;/i&gt; (protase) &lt;i&gt;plateau&lt;/i&gt; (o&#249; le niveau d'excitation est constant), &lt;i&gt;orgasme&lt;/i&gt; (acm&#233; restreinte), &lt;i&gt;r&#233;solution&lt;/i&gt; (phase descendante). Il y a donc une concordance &#233;vidente entre le sujet et sa narration, correspondance narrative et th&#233;matique qui fonde la nature singuli&#232;re de cette sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;circuit&#034;&gt;B. Un court-circuit g&#233;n&#233;ral et m&#233;thodique&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Tant du point de vue de l'&#233;rotisme que de la narration, la progression classique du sch&#233;ma narratif est emp&#234;ch&#233;e, complexifi&#233;e, &#224; cause du montage qui entrecoupe l'intrigue de la sc&#232;ne-Estelle. Mais la tension narrative de la sc&#232;ne emprunte &#224; une autre logique &#233;rotique, li&#233;e &#224; la nature du d&#233;sir. Le d&#233;sir est en effet le vecteur initial de la r&#233;ponse sexuelle. Or, quand il se concr&#233;tise, et que la phase d'excitation devient phase de plateau puis orgasme, ce n'est plus un d&#233;sir, mais un plaisir. Le d&#233;sir se con&#231;oit en effet comme un manque, une insatisfaction &#224; combler : plus un d&#233;sir est rapidement assouvi, moins est grand le plaisir &#8211; et plus longue est l'attente, plus ch&#232;re est la r&#233;compense. Cette logique du d&#233;sir &#233;rotique est tr&#232;s proche de la tension narrative, et plus pr&#233;cis&#233;ment d'un de ses composantes, le suspense. Le suspense n'appartient m&#234;me pas &#224; la litt&#233;rature r&#233;aliste, mod&#232;le (certes chim&#233;rique) contre lequel se d&#233;veloppe le Nouveau Roman, mais &#224; la litt&#233;rature populaire. C'est l'un des outils narratifs macrostructurels du roman-feuilleton mais c'est surtout au sein du r&#233;cit policier (que d&#233;velopperont notamment Conan Doyle et Leblanc) qu'il trouvera sa pleine inscription dans la force romanesque de la narration. Le suspense peut se d&#233;finir comme un outil narratif et romanesque dont le but premier est de susciter l'adh&#233;sion narrative (le plaisir de la lecture, et sa poursuite jusqu'&#224; la fin du livre) par la r&#233;tention volontaire d'informations qui &#233;venteraient et d&#233;voileraient les dessous et composantes de l'intrigue. Le suspense est un voile qui cache l'envers du d&#233;cor, la savante machinerie mise en place par l'auteur. Le genre du &lt;i&gt;whodunit&lt;/i&gt;, tel que l'a popularis&#233; Agatha Christie, symbolise cette po&#233;tique narrative qui cherche &#224; prendre le lecteur dans une d&#233;marche d'investigation allant vers une r&#233;solution impliquant diagnostic et pronostic, pour reprendre les termes de Raphael Baroni. Ce suspense, profond&#233;ment li&#233; au genre populaire, n'est donc pas, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, ce que l'on peut attendre d'un &#233;crivain qui est plus souvent plac&#233; parmi les romanciers formalistes et exp&#233;rimentaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;C'est pourtant ce suspense si romanesque que Simon va provoquer par ce montage si sp&#233;cifique. Simon construit en effet la conduite et la r&#233;solution de la sc&#232;ne-Estelle selon une &lt;i&gt;progression retard&#233;e&lt;/i&gt;, emp&#234;ch&#233;e &#224; chaque fois d'avancer comme le ferait une intrigue classique par le syst&#232;me de court-circuit qu'op&#232;rent les vases communicants. En effet, les analogies provoqu&#233;es par les correspondances emp&#234;chent de lire la sc&#232;ne-Estelle sous le seul signe du d&#233;sir : la continuit&#233; chronologique de la sc&#232;ne est constamment coup&#233;e par les interm&#232;des des autres sc&#232;nes, qui, s'ils filent parfois la sc&#232;ne-Estelle selon un parall&#232;le m&#233;taphorique, ont aussi leurs autonomies propres. L'effet est alors double : il provoque, par la r&#233;tention de la suite de l'intrigue qui n'interviendra qu'apr&#232;s une s&#233;quence de texte qui ne l'entretient pas directement (sc&#232;ne-Ma&#231;ons, sc&#232;ne-Soldats), une recrudescence du d&#233;sir &#233;rotique de la lecture (devenu plus grand, plus vif, car non-satisfait) ; mais en m&#234;me temps, ce d&#233;sir de connaitre la suite de l'intrigue n'est pas seulement emp&#234;ch&#233;, il est aussi savamment entretenu par un art de la correspondance analogique et m&#233;taphorique, qui vient rejouer, recomposer des images subliminales qui rappellent la situation premi&#232;re &#8211; la seule pr&#233;sentant une intrigue sch&#233;matis&#233;e selon le principe progression-apog&#233;e-redescente.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le choix d'une intrigue amoureuse et sexuelle n'est donc pas anodin : celle-ci postule une &#233;rotique, qui est &#224; la fois la mati&#232;re de l'intrigue (la relation charnelle entre Estelle et son amant adult&#232;re) et la mati&#232;re du r&#233;cit (un montage narratif qui joue avec le lecteur). La sc&#232;ne-Estelle, et sa r&#233;solution au sein de &#171; la Charge de Reichshoffen &#187;, est donc la clef de voute de &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;, proposant ainsi une r&#233;ponse &#224; ce syst&#232;me de montage. Les vases communicants de ce r&#233;cit, devenus courts-circuits narratifs, n'ont donc rien d'un pur exercice de style, mais s'inscrivent effectivement au sein d'un tr&#232;s long travail de d&#233;construction des topoi romanesques. Non seulement Simon se place dans un creux du roman r&#233;aliste (la non-repr&#233;sentation du sexe) mais il se place aussi dans un creux du Nouveau Roman (l'absence de mise en intrigue classique) : il donne &#224; voir et &#224; lire la relation sexuelle absente de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; et des grands romans r&#233;alistes du XIX&#232;me si&#232;cle, mais il pervertit aussi une technique des grands raconteurs d'histoire selon une alchimie narrative unique qui prend place dans une pratique du montage devenue po&#233;tique oeuvrale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;conclusion&#034;&gt;Conclusion&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les mots poss&#232;dent [&#8230;] ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait &#233;pars &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Simon, &#338;uvres, I, Paris, Gallimard, 2006, p. 1182.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simon rappelait, dans sa Pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Orion Aveugle&lt;/i&gt;, l'une des caract&#233;ristiques premi&#232;res de sa technique narrative : la rencontre, au sein du r&#233;cit, d'&#233;l&#233;ments et de situations (temporelles, fictionnelles) normalement h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Comme on le voit avec &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt;, cette alchimie particuli&#232;re r&#233;sulte souvent d'une pratique du montage, qui est &#224; la fois graphique, sc&#233;nique, mais surtout po&#233;tique. C'est l'intrication entre la composition formelle et le sujet fictionnel qui justifie d&#232;s lors la r&#233;f&#233;rence &#224; &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;. Cette pr&#233;sence intertextuelle n'est pas anodine, elle est l&#224; pour montrer o&#249; le roman simonien s'incarne : dans l'envers du roman flaubertien et du roman r&#233;aliste. Mais Simon ne se contente pas d'explorer les non-dits intertextuels du roman r&#233;aliste, il ajoute &#224; cela une technique narrative qui souligne encore plus cruellement que Flaubert la double b&#234;tise bourgeoise. Le feuillet&#233; sc&#233;nique r&#233;v&#232;le un art de la composition amen&#233; &#224; un point tel qu'il justifie la fiction mise en place : l'exercice de style n'en est pas un, par l'ad&#233;quation parfaite entre la mati&#232;re d&#233;ploy&#233;e et la mani&#232;re de l'&#233;crire. La relation sexuelle construite selon une progression retard&#233;e d&#233;ploie ainsi une &#233;rotique de la lecture et de l'&#233;criture. Il ne faudrait pas donc voir dans &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt; une simple entreprise de d&#233;construction, puisque c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir des &#171; Chutes &#187; (narratives, fictionnelles, picturales) que naissent trois sc&#232;nes distinctes, mais intriqu&#233;es et augment&#233;es par l'art du court-circuit qui est r&#233;solument &#171; l'aboutissement d'une longue recherche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;bibliographie&#034;&gt;Bibliographie&lt;/div&gt;	&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;corpus&#034;&gt;Corpus principal&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;SIMON, Claude, &lt;i&gt;&#338;uvres I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, 2006, 1664 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
SIMON Claude, &lt;i&gt;&#338;uvres II&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, 2013, 1712 p.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;secondaire&#034;&gt;Corpus secondaire&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;BARONI Raphael, &lt;i&gt;La Tension narrative. Suspense, curiosit&#233; et surprise&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 2007, 448 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
ROLAND BARTHES, &lt;i&gt;L'Analyse structurale du r&#233;cit&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1981, 178 p. (&#171; Points &#187;).&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
FLAUBERT, Gustave, &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, Paris, Livre de Poche, 1999&lt;br class='autobr' /&gt;
LLOSA, Mario Vargas, &lt;i&gt;Lettres &#224; un jeune romancier&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2000, 154 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
QUIGNARD Pascal, &lt;i&gt;Le Sexe et l'Effroi&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1996, 355 p.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;niveau titre2&#034; data-niveau-titre=&#034;2&#034; id=&#034;lecon&#034;&gt;Sur Claude Simon et &lt;i&gt;Le&#231;on de Choses&lt;/i&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;ALBERS, Irene, &lt;i&gt;Lectures allemandes de Claude Simon&lt;/i&gt;, Presses Universitaires du Septentrion, 2018, 238 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
BERCHTOLD Jacques, &lt;a href=&#034;https://flaubert.univ-rouen.fr/revue/article.php?id=64&amp;fbclid=IwAR0fuoFeHJvhcBzrZOvHLQCvfnzbv2CZKFwv3Fw-1kjS7e9cNGa4Dm-ZuAM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Figures de l'auteur en b&#234;tes : autor&#233;flexivit&#233; dans &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Revue Flaubert&lt;/i&gt;, n&#176;10. &lt;i&gt;Animal et animalit&#233; chez Flaubert&lt;/i&gt;, 2010&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
BONHOMME, B&#233;r&#233;nice, &lt;i&gt;Claude Simon, la passion cin&#233;ma&lt;/i&gt;, Presses Universitaires du Septentrion, 2018, 448 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
BUTLIN, Nina Hopkins, &#171; Sens et textualit&#233; dans &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;Initial(e)s&lt;/i&gt;, vol. 8, 1988, p. 45&#8211;51.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
CALLE-GRUBER, Mireille, &lt;i&gt;Claude Simon. Une vie &#224; &#233;crire&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 2011, 464 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DIRKX, Paul, &#171; Corps de l'&#233;crivain et &#233;rotisme litt&#233;raire chez Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes ; Association des lecteurs de Claude Simon, d&#233;cembre 2017, p. 145-160.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DUNCAN, Alastair B., &#171; La description dans Le&#231;on de choses de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt;, vol. 38 / 2, 1980, p. 95-105.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
EVANS, M., &lt;i&gt;Claude Simon and the Transgressions of Modern Art&lt;/i&gt;, Springer, 1988, 335 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
EVANS, Michael, &#171; Two Uses of Intersexuality : References to Impressionist Painting and &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; in Claude Simon's &lt;i&gt;Lecon De Choses&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Nottingham French Studies&lt;/i&gt;, vol. 19 / 1, Edinburgh University Press, mai 1980, p. 33-45.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
GAUDIN, Colette, &#171; Niveaux de lisibilit&#233; dans &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;, &lt;i&gt;Romanic Review&lt;/i&gt;, vol. 68 / 3, Columbia University, Dept. Of French and Romance Philology, etc., 1977, p. 175.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
HAMAN-DHERSIN, Catherine, &lt;i&gt;Paysages de Claude Simon&lt;/i&gt;, Presses Universitaires du Septentrion, 2018, 262 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
HAMON, Philippe, &#171; &#192; propos du &#8220;G&#233;n&#233;rique&#8221; de &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;L'Esprit cr&#233;ateur&lt;/i&gt;, vol. 27 / 4, JSTOR, 1987, p. 89&#8211;102.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
JANSSENS, Peter, &lt;i&gt;Claude Simon : Faire l'histoire&lt;/i&gt;, Presses Univ. Septentrion, 1998, 216 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
JANVIER, Ludovic et SIMON, Claude, &#171; R&#233;ponses de Claude Simon &#224; quelques questions &#233;crites de Ludovic Janvier &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes ; Association des lecteurs de Claude Simon, mai 2014, p. 9-20.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
O'DONNELL, Thomas D., &#171; Claude Simon's &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; : Myth and Ritual Displaced &#187;, &lt;i&gt;International Fiction Review&lt;/i&gt;, vol. 5 / 2, 1978.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
RAITT, Alan William, &lt;i&gt;Gustavus Flaubertus Bourgeoisophobus : Flaubert and the Bourgeois Mentality&lt;/i&gt;, Peter Lang, 2005, 216 p.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
ROUAUD, Jean, &#171; Le dernier cavalier &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes ; Association des lecteurs de Claude Simon, d&#233;cembre 2009, p. 147-153.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
VINKEN, Barbara, &lt;a href=&#034;http://books.openedition.org/septentrion/19450&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Maculature ou De la difficult&#233; de lire. &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt; de Claude Simon &#187;&lt;/a&gt;, in Irene Albers, Wolfram Nitsch, (&#233;ds.). &lt;i&gt;Lectures allemandes de Claude Simon&lt;/i&gt;, textes r&#233;unis par Irene Albers et Wolfram Nitsch, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018, (&#171; Claude Simon &#187;), p. 149-170.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Calle-Gruber, Mireille. &lt;i&gt;Claude Simon. Une vie &#224; &#233;crire&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Kaempfer a fait le rapprochement dans &#171; Les romans de l'&#226;me, m&#233;taphore du primordial &#187;, in &lt;i&gt;Transports les m&#233;taphores de Claude Simon&lt;/i&gt;, Albers I. et Nitsch, W. (dirs), Peter Lang, 2006, p. 136-149&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Saint Anselme, Saint Charles. [&#8230;] Sainte Sophie, Sainte Emma [&#8230;] &#187; Claude Simon, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, II, Paris, Gallimard, 2013, p. 642.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Depuis samedi j'ai travaill&#233; de grand c&#339;ur [...]. Cela sent un peu mieux la campagne, le fumier [...]. Tous les Parisiens voient la nature d'une fa&#231;on &#233;l&#233;giaque et proprette, sans baug&#233;e de vaches et sans orties (&#224; Louise Colet, 16 d&#233;cembre 1852) cit&#233; par Jacques Bershtold, &#171; Figures de l'auteur en b&#234;tes : autor&#233;flexivit&#233; dans &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue Flaubert&lt;/i&gt;, n&#176;10, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Elle avait peur des b&#339;ufs, elle se mettait &#224; courir &#187; Gustave Flaubert, &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, Paris, Livre de Poche, 1999, p. 268&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lettres &#224; un jeune romancier&lt;/i&gt;, Paris, Arcades, Gallimard, p.132&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustave Flaubert, &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, Paris, Livre de poche, 1999, p. 263&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 262&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., p. 263&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., p. 264&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un rapprochement semblable se retrouve dans la Route des Flandres &#171; cette chose au nom de b&#234;te, de terme d'histoire naturelle &#8211; moule poulpe pulpe vulve &#8211; [&#8230;] &#187; Claude Simon, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, I, Paris, Gallimard, 2006, 1664 p., p. 220.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ludovic Janvier et Claude Simon, &#171; R&#233;ponses de Claude Simon &#224; quelques questions &#233;crites de Ludovic Janvier &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Claude Simon&lt;/i&gt;, mai 2014, p. 920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Sexe et l'Effroi&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1996, 355 p., p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B&#233;r&#233;nice Bonhomme, &lt;i&gt;Claude Simon, la passion cin&#233;ma&lt;/i&gt;, Presses Universitaires du Septentrion, 2018, 448 p., p. 207.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pri&#232;re d'ins&#233;rer du &lt;i&gt;Sexe et l'effroi&lt;/i&gt;, Folio, Gallimard&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans la notice Pl&#233;iade de &lt;i&gt;Le&#231;on de choses&lt;/i&gt;. Claude Simon, op. cit., p. 1478.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le r&#233;cit est une grande phrase, comme toute phrase constative est, d'une certaine mani&#232;re, l'&#233;bauche d'un petit r&#233;cit &#187; Roland Barthes, &lt;i&gt;L'Analyse structurale du r&#233;cit&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1981, 178 p., (&#171; Points &#187;), p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Simon, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, I, Paris, Gallimard, 2006, p. 1182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pierre Schoentjes. Variations sur le th&#232;me d'une course de chevaux : Flaubert, Tolsto&#239;, Zola, Simon, Faulkner. Claude Simon en perspective</title>
		<link>https://www.associationclaudesimon.org/Schoentjes-Pierre-Variations-sur-le-theme-d-une-course-de-chevaux-Flaubert.html</link>
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		<dc:date>2014-02-17T15:16:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Gleize</dc:creator>


		<dc:subject>La Route des Flandres</dc:subject>
		<dc:subject>Cheval</dc:subject>
		<dc:subject>Flaubert, Gustave</dc:subject>
		<dc:subject>Faulkner, William</dc:subject>
		<dc:subject>Tolsto&#239;, L&#233;on</dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Schoentjes, Pierre, Variations sur le th&#232;me d'une course de chevaux : &#034;Flaubert, Tolsto&#239;, Zola, Simon, Faulkner. Claude Simon en perspective&#034;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Variations sur le th&#232;me d'une course de chevaux : Flaubert, Tolsto&#239;, Zola, Simon, Faulkner. Claude Simon en perspective.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;references&#034; id=&#034;references&#034;&gt;
&lt;h2&gt;R&#233;f&#233;rence(s)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Schoentjes, &#171; Variations sur le th&#232;me d'une course de chevaux : Flaubert, Tolsto&#239;, Zola, Simon, Faulkner &#187;. Conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'universit&#233; Paris Diderot-Paris 7, le 8 janvier 2011.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;morceaux&#034;&gt;&lt;strong&gt;Morceaux de bravoure &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est des livres que tout le monde a lus. Au bout de quelques ann&#233;es, et quels que soient ses go&#251;ts particuliers, chaque lecteur en vient n&#233;cessairement &#224; partager un ensemble de textes avec des lecteurs parfois tr&#232;s diff&#233;rents de lui. La valorisation de certaines &#339;uvres par la tradition culturelle, renforc&#233;e au besoin par l'&#201;cole, contribue, et depuis longtemps, &#224; cr&#233;er dans nos soci&#233;t&#233;s l'existence d'un fond commun de lectures partag&#233;es. On pourrait parler &#224; ce sujet de l'&#233;quivalent litt&#233;raire du r&#233;pertoire classique en musique, cet ensemble stable d'&#339;uvres ex&#233;cut&#233;es r&#233;guli&#232;rement en concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence toutefois de ce qui se passe dans l'univers musical, l'ex&#233;cution, et d&#232;s lors l'&#233;coute, n'est habituellement pas r&#233;p&#233;t&#233;e avec la m&#234;me fr&#233;quence : il se trouve moins d'amateurs pour relire une fois par an &lt;i&gt;La Chartreuse de Parme&lt;/i&gt; qu'il n'y en a qui assistent avec la m&#234;me fr&#233;quence &#224; &lt;i&gt;La Passion selon Saint-Matthieu&lt;/i&gt;, pour ne pas m&#234;me prendre en consid&#233;ration l'&#233;coute du disque compact. Au-del&#224; des particularit&#233;s propres &#224; la nature m&#234;me du genre musical ou litt&#233;raire, cette diff&#233;rence dans la pratique, dans la fr&#233;quentation, du r&#233;pertoire entra&#238;ne un certain nombre de cons&#233;quences dont je veux ici en retenir une seule : le lecteur compare moins ponctuellement que le m&#233;lomane. La m&#233;moire ayant ses limites, il lui est bien souvent impossible en cours de lecture de se souvenir avec exactitude de passages aux r&#233;sonances proches, lus quelques mois ou plusieurs ann&#233;es auparavant. Pourtant, un sens peut na&#238;tre de ces similitudes &#224; premi&#232;re vue fortuites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette perspective que je voudrais rapprocher ici cinq morceaux que tout le monde a lus mais que personne ne lit jamais d'affil&#233;e. Le titre de ces passages serait &#224; chaque fois identique : &#171; Course de chevaux &#187;, mais l'ex&#233;cution se fait par cinq virtuoses diff&#233;rents : Flaubert, Tolsto&#239;, Zola, Simon et Faulkner. Les pages choisies seront pr&#233;sent&#233;es ici dans l'ordre chronologique de leur publication en langue d'origine. Il va de soi que pour le lecteur de romans l'ordre de lecture est indiff&#233;rent, mais la pr&#233;sentation chronologique permettra ici de montrer les limites de l'influence directe qu'un auteur a pu subir. Dans le cas de Simon en particulier il s'agit d'une donn&#233;e int&#233;ressante puisque &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; est ant&#233;rieure de deux ans au &lt;i&gt;Larrons&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de cette contribution, qui est de rendre sensible le lecteur aux &#233;chos qui s'&#233;tablissent entre des fragments bien d&#233;limit&#233;s d'&#339;uvres c&#233;l&#232;bres, oblige &#224; citer longuement les textes. Personne ne peut en effet garder en m&#233;moire le d&#233;tail de telle ou telle page, lue souvent &#224; des ann&#233;es d'intervalle. La simple juxtaposition des extraits, dont on verra que les accents viennent s'enrichir mutuellement, aurait d'ailleurs pu suffire. J'ai cependant pr&#233;f&#233;r&#233; faire accompagner ces petites pi&#232;ces d'un bref commentaire permettant de mieux les cadrer. En ouverture figure le rappel sommaire de la place que le fragment occupe dans l'ensemble de l'&#339;uvre ; en cl&#244;ture sont rappel&#233;s quelques traits marquants, ceux en particulier qui invitent au rapprochement avec les autres extraits. L'attention portera &#224; chaque fois sur la structure, le rendu du mouvement et le champ m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu du th&#232;me de la course de chevaux, on aura d&#233;j&#224; compris que chacun des extraits constitue un authentique morceau de bravoure. La fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; du champ de course, caract&#233;ris&#233;e par la vitesse et la simultan&#233;it&#233; des diff&#233;rentes actions, rend en effet extr&#234;mement complexe le travail d'&#233;criture, prisonni&#232;re de sa lenteur et de sa lin&#233;arit&#233;. Sans trop forcer la m&#233;taphore musicale, on peut consid&#233;rer que les cinq extraits apparaissent comme des sortes de cadences dans lesquelles l'ex&#233;cutant, respectueux des contraintes formelles et th&#233;matiques, illustre son g&#233;nie &#224; la fois par sa ma&#238;trise des moyens techniques et par son originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;flaubert&#034;&gt;&lt;strong&gt;Flaubert &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'&#201;ducation sentimentale&lt;/i&gt; (1869) Gustave Flaubert consacre quelques pages aux courses de chevaux : l'hippodrome sert de d&#233;cor aux man&#339;uvres de s&#233;duction que Fr&#233;d&#233;ric d&#233;ploie pour conqu&#233;rir Rosanette ; Mme Arnoux n'est cependant pas absente de la sc&#232;ne, que sa &#171; pr&#233;sence &#187; vient perturber. Si les premi&#232;res courses servent simplement de toile de fond, la derni&#232;re d'entre-elles prendra une dimension plus importante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[1] Les jockeys, en casaque de soie, t&#226;chaient d'aligner leurs chevaux et les retenaient &#224; deux mains. Quelqu'un abaissa un drapeau rouge. Alors, tous les cinq, se penchant sur les crini&#232;res, partirent. Ils rest&#232;rent d'abord serr&#233;s en une seule masse, bient&#244;t elle s'allongea, se coupa ; celui qui portait la casaque jaune, au milieu du premier tour, faillit tomber ; longtemps il y eut de l'incertitude entre Filly et Tibi puis Tom Pouce parut en t&#234;te ; mais Culbstick, en arri&#232;re depuis le d&#233;part, les rejoignit et arriva premier, battant Sir Charles de deux longueurs ; ce fut une surprise ; on criait ; les baraques de planches vibraient sous les tr&#233;pignements. &lt;br&gt;
[2] &#8212; &#171; Nous nous amusons ! &#187; dit la Mar&#233;chale. &#171; Je t'aime, mon ch&#233;ri ! &#187; &lt;br&gt;
Fr&#233;d&#233;ric ne douta plus de son bonheur ; ce dernier mot de Rosanette le confirmait. &lt;br&gt;
A cent pas de lui, dans un cabriolet milord, une dame parut. Elle se penchait en dehors de la porti&#232;re, puis se renfon&#231;ait vivement ; cela recommen&#231;a plusieurs fois ; Fr&#233;d&#233;ric ne pouvait distinguer sa figure. Un soup&#231;on le saisit, il lui sembla que c'&#233;tait Mme Arnoux. Impossible, cependant ! Pourquoi serait-elle venue ? &lt;br&gt;
Il descendit de voiture, sous pr&#233;texte de fl&#226;ner au pesage.&lt;br&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &#171; Vous n'&#234;tes gu&#232;re galant ! &#187; dit Rosanette. &lt;br&gt;
Il n'&#233;couta rien et s'avan&#231;a. Le milord, tournant bride, se mit au trot. [&#8230;] &lt;br&gt;
[3] La seconde &#233;preuve n'eut rien de particulier, la troisi&#232;me non plus, sauf un homme qu'on emporta sur un brancard. La quatri&#232;me, o&#249; huit chevaux disput&#232;rent le prix de la ville, fut plus int&#233;ressante. &lt;br&gt;
Les spectateurs des tribunes avaient grimp&#233; sur les bancs. Les autres, debout dans les voitures, suivaient avec des lorgnettes &#224; la main l'&#233;volution des jockeys ; on les voyait filer comme des taches rouges, jaunes, blanches et bleues sur toute la longueur de la foule, qui bordait le tour de l'Hippodrome. De loin, leur vitesse n'avait pas l'air excessive ; &#224; l'autre bout du Champ de Mars, ils semblaient m&#234;me se ralentir, et ne plus avancer que par une sorte de glissement, o&#249; les ventres des chevaux touchaient la terre sans que leurs jambes &#233;tendues pliassent. Mais, revenant bien vite, ils grandissaient ; leur passage coupait le vent, le sol tremblait, les cailloux volaient ; l'air, s'engouffrant dans les casaques des jockeys, les faisait palpiter comme des voiles ; &#224; grands coups de cravache ils fouaillaient leurs b&#234;tes pour atteindre le poteau, c'&#233;tait le but. On enlevait les chiffres, un autre &#233;tait hiss&#233; ; et, au milieu des applaudissements, le cheval victorieux se tra&#238;nait jusqu'au pesage, tout couvert de sueur, les genoux raidis, l'encolure basse, tandis que son cavalier, comme agonisant sur sa selle, se tenait les c&#244;tes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustave Flaubert, &#338;uvres II, R. Dumesnil &#233;d., Paris, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si le narrateur insiste sur l'int&#233;r&#234;t de la quatri&#232;me course (3), Flaubert n'exploite cependant pas du tout le suspens inh&#233;rent aux courses et qui tient &#224; ce que dans l'attente de la victoire tous les espoirs sont permis. Les chevaux ne sont en effet pas nomm&#233;s et, plus &#233;tonnant encore, la victoire donne m&#234;me lieu &#224; des observations peu enthousiastes. Les expressions &#171; se tra&#238;nait &#187;, &#171; agonisant &#187; (3) donnent aux vainqueurs, cavalier et monture, des allures de vaincus. Rien de triomphateur n'est perceptible, au contraire, la victoire laisse sans force. Si l'on peut voir dans ce paragraphe l'annonce du destin d'un Fr&#233;d&#233;ric dont la vie est un &#233;chec malgr&#233; les succ&#232;s remport&#233;s, l' &#171; int&#233;r&#234;t &#187; est aussi ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;side &#233;galement dans l'observation des mouvements des chevaux. Le narrateur de Flaubert, qui s'attache alternativement &#224; Fr&#233;d&#233;ric et &#224; l'activit&#233; sur le champ de course, appara&#238;t extr&#234;mement sensible &#224; la d&#233;formation de la perception due &#224; &#233;loignement : &#171; De loin, leur vitesse n'avait pas l'air excessive &#187; (3), &#171; ils semblaient m&#234;me se ralentir &#187; (3). Ces h&#233;sitations r&#233;p&#232;tent celle qui accompagnait la vue d'une dame &#224; la porti&#232;re du cabriolet et qui avait provoqu&#233; la remarque &#171; il lui sembla que c'&#233;tait Mme Arnoux &#187; (2). A la diff&#233;rence toutefois de ce qui se passe lors de la course, o&#249; l'impression sera corrig&#233;e par la suite de l'observation, il ne sera pas possible &#224; Fr&#233;d&#233;ric de d&#233;cider s'il a &#233;t&#233; ou pas victime d'une illusion. Lors de la lecture de Simon, il faut se souvenir de la co&#239;ncidence entre le mouvement et l'immobilit&#233; que souligne encore chez Flaubert cette &#171; sorte de glissement, o&#249; les ventres des chevaux touchaient la terre sans que leurs jambes &#233;tendues pliassent &#187; (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers m&#233;taphorique du passage est sobre : une seule comparaison appara&#238;t dans le r&#233;cit de la course, elle rapproche l'univers de l'hippodrome de celui de la mer, la vitesse faisant &#171; palpiter comme des voiles &#187; (3) les casaques des concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;tolstoi&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tolsto&#239; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une course plus d&#233;velopp&#233;e appara&#238;t dans &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; (1869) de L&#233;on Tolsto&#239; : le passage figure dans la deuxi&#232;me partie du roman et il met en sc&#232;ne un des protagonistes, Vronski, mont&#233; sur Froufrou :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[i] Trois fois les concurrents, groupe bariol&#233; vers qui &#233;taient dirig&#233;s tous les yeux, toutes les lorgnettes, s'align&#232;rent pour le signal et trois fois il y eut faux d&#233;part, au grand m&#233;contentement du colonel Sestrine, starter exp&#233;riment&#233;. Enfin le quatri&#232;me starting r&#233;ussit. Aussit&#244;t mille voix rompirent le silence de l'attente : &#171; Enfin, &#231;a y est, les voil&#224; partis ! &#187; Et tous les spectateurs se pr&#233;cipit&#232;rent de ci de l&#224; pour mieux voir les p&#233;rip&#233;ties de la course. De loin les cavaliers semblaient avancer en peloton compact. En r&#233;alit&#233;, ils s'&#233;taient d&#233;j&#224; d&#233;tach&#233;s et approch&#232;rent de la rivi&#232;re en groupes de deux ou trois ou m&#234;me isol&#233;s. Et les fractions de longueur qui les s&#233;paraient avaient pour eux une grave importance. &lt;br&gt; [ii] Froufrou, agit&#233;e et trop nerveuse, perdit d'abord du terrain, mais d&#232;s avant la rivi&#232;re, Vronski retenant de toutes ses forces la b&#234;te qui gagnait &#224; la main prit facilement le devant sur trois chevaux et ne fut plus d&#233;pass&#233; que par l'alezan de Makhotine, Gladiator, jouant de la croupe r&#233;guli&#232;rement et l&#233;g&#232;rement juste devant lui, et la belle Diane en t&#234;te de tous, portant le malheureux Kouzovlev, plus mort que vif. Pendant ces premi&#232;res minutes Vronski ne fut pas plus ma&#238;tre de lui-m&#234;me que de sa monture. &lt;br&gt; [iii] Gladiator et Diane franchirent la rivi&#232;re presque d'un m&#234;me bond. Froufrou s'&#233;lan&#231;a derri&#232;re eux comme port&#233;e par des ailes ; au moment o&#249; Vronski se sentait dans les airs il aper&#231;ut, presque sous les pieds de son cheval, Kouzovlev se d&#233;battant avec Diane de l'autre c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re. Apr&#232;s avoir saut&#233;, le maladroit avait l&#226;ch&#233; les r&#234;nes et culbut&#233; avec son cheval ; mais Vronski n'apprit ces d&#233;tails que plus tard ; pour le moment il ne vit qu'une chose, c'est que Froufrou allait reprendre pied sur le corps de Diane. Mais, pareille &#224; une chatte qui tombe, Froufrou fit en sautant un effort du dos et des jambes et retomba &#224; terre par dessus le cheval abattu. &lt;br&gt; &#171; Oh, la brave b&#234;te ! &#187; se dit Vronski. &lt;br&gt;
[iv] Apr&#232;s la rivi&#232;re, il reprit pleine possession de son cheval et le retint m&#234;me un peu, dans le dessein de sauter la grande barri&#232;re derri&#232;re Makhotine ; alors, sur les quatre cents m&#232;tres libres d'obstacles, il verrait &#224; le distancer. &lt;br&gt;
Cette barri&#232;re &#171; le diable &#187;, comme on l'appelait, s'&#233;levait juste en face du pavillon imp&#233;rial. L'Empereur, toute la cour, une foule immense les regardait venir, &#224; une longueur l'un de l'autre. Vronski sentait tous ces yeux braqu&#233;s sur lui, mais il ne voyait que les oreilles et le cou de son cheval, la terre qui fuyait derri&#232;re la croupe de Gladiator et ses pieds blancs battant le sol en cadence toujours &#224; la m&#234;me distance de Froufrou. Gladiator s'&#233;lan&#231;a &#224; la barri&#232;re, agita sa queue &#233;court&#233;e et disparut aux yeux de Vronski sans avoir heurt&#233; l'obstacle. &lt;br&gt; &#8212; Bravo ! cria une voix. &lt;br&gt;
[v] Au m&#234;me moment pass&#232;rent comme un &#233;clair sous les yeux de Vronski les planches de la barri&#232;re que son cheval franchit sans changer d'allure ; mais un craquement retentit derri&#232;re lui. &#201;chauff&#233;e par la vue de Gladiator, Froufrou avait saut&#233; trop t&#244;t et frapp&#233; l'obstacle de son sabot de derri&#232;re. Cependant, son allure ne varia point et Vronski, ayant re&#231;u au visage un paquet de boue, comprit que la distance qui le s&#233;parait de Gladiator n'avait pas augment&#233; en apercevant la croupe de l'alezan, sa courte queue coup&#233;e et ses rapides pieds blancs.&lt;br&gt;
[vi] Vronski jugea le moment venu de d&#233;passer Makhotine ; Froufrou sembla se faire la m&#234;me r&#233;flexion car, sans y &#234;tre excit&#233;e, elle augmenta sensiblement de vitesse et se rapprocha de Gladiator du c&#244;t&#233; le plus avantageux, celui de la corde. Makhotine la conservait cependant, mais on pouvait le d&#233;passer de l'ext&#233;rieur ; &#224; peine Vronski s'en fut il avis&#233; que Froufrou, changeant de pied, prit elle m&#234;me cette direction : son &#233;paule, brunie par la sueur, joignit bient&#244;t la croupe de Gladiator. Ils coururent un moment c&#244;te &#224; c&#244;te ; mais Vronski, d&#233;sireux de se rapprocher de la corde avant l'obstacle, excita sa monture et d&#233;passa sur le talus m&#234;me Makhotine dont il entrevit le visage souill&#233; de boue et souriant, &#224; ce qu'il lui sembla. Bien que d&#233;pass&#233;, Gladiator &#233;tait toujours l&#224; sur les talons de Froufrou et Vronski entendait toujours le m&#234;me galop r&#233;gulier et la respiration pr&#233;cipit&#233;e, encore fra&#238;che de l'alezan.&lt;br&gt;
[vii] Les deux obstacles suivants, un foss&#233; et une barri&#232;re furent ais&#233;ment franchis, mais le souffle et le galop de Gladiator se rapprochaient. Vronski for&#231;a le train de Froufrou et sentit avec joie qu'elle augmentait ais&#233;ment sa vitesse : la distance fut vite r&#233;tablie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait lui maintenant qui menait la course suivant son d&#233;sir et la recommandation de Cord ; il &#233;tait s&#251;r du succ&#232;s. Son &#233;motion, sa joie, sa tendresse pour Froufrou allaient toujours croissant. Quelque d&#233;sir qu'il en e&#251;t, il n'osait pas se retourner et cherchait &#224; se calmer, &#224; m&#233;nager sa monture, &#224; lui garder la m&#234;me r&#233;serve de forces qu'il devinait en Gladiator. Il n'avait plus devant lui qu'un seul obstacle s&#233;rieux, la banquette irlandaise ; s'il le franchissait avant les autres, son triomphe ne faisait plus de doute. Froufrou et lui aper&#231;urent la banquette de loin, et tous deux, le cheval et le cavalier, &#233;prouv&#232;rent un moment d'h&#233;sitation. Vronski remarqua cette ind&#233;cision aux oreilles de la jument ; d&#233;j&#224; il levait la cravache, mais il s'aper&#231;ut &#224; temps qu'elle avait compris ce qu'elle devait faire. Elle prit sa battue, et comme il le pr&#233;voyait, s'abandonna &#224; la vitesse acquise qui la transporta bien au del&#224; du foss&#233; ; aussit&#244;t elle reprit sa course &#224; la m&#234;me cadence, tout naturellement et sans changement de pied.&lt;br class='autobr' /&gt; [viii] &#8212; Bravo, Vronski, cri&#232;rent des voix, celles de ses camarades de r&#233;giment qui s'&#233;taient post&#233;s pr&#232;s de la banquette. Si Vronski n'aper&#231;ut point Iachvine, force lui fut de reconna&#238;tre sa voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Oh, la brave b&#234;te ! &#187; pensait-il de Froufrou, tout en pr&#234;tant l'oreille &#224; ce qui se passait derri&#232;re lui. &#171; Il a pass&#233; ! &#187; se dit-il en percevant le galop tout proche de Gladiator. Il restait encore un foss&#233; rempli d'eau large d'un m&#232;tre cinquante, mais Vronski ne s'en pr&#233;occupait gu&#232;re ; d&#233;sireux d'arriver au poteau bien avant les autres, il se mit &#224; &#171; rouler &#187; Froufrou qu'il devinait &#233;puis&#233;e, car son cou et ses &#233;paules &#233;taient tremp&#233;es, la sueur perlait sur son garot, sa t&#234;te et ses oreilles, sa respiration devenait courte et haletante. Il savait cependant qu'elle serait de force &#224; fournir &#8211; et au del&#224; &#8211; les quatre cents m&#232;tres qui la s&#233;paraient du but. Seules la douceur parfaite de l'allure et la proximit&#233; plus grande du sol r&#233;v&#233;laient &#224; Vronski l'acc&#233;l&#233;ration de la vitesse. Froufrou franchit, ou plut&#244;t survola le foss&#233; sans y prendre garde ; mais au m&#234;me moment Vronski sentit avec horreur qu'au lieu de suivre l'allure du cheval, le poids de son corps avait par suite d'un mouvement aussi incompr&#233;hensible qu'impardonnable, port&#233; &#224; faux en retombant en selle. Il comprit que sa position avait chang&#233; et qu'une chose terrible lui arrivait &#8211; quoi au juste il ne s'en rendait pas encore bien compte quand il vit passer devant lui comme un &#233;clair l'alezan de Makhotine.&lt;br&gt;
[ix] Vronski touchait la terre d'une jambe, sur laquelle la jument s'&#233;tait affaiss&#233;e ; il eut &#224; peine le temps de se d&#233;gager qu'elle tomba tout &#224; fait, soufflant p&#233;niblement, et faisant de son cou d&#233;licat et couvert de sueur d'inutiles efforts pour se relever. Elle se d&#233;battait comme un oiseau bless&#233; : le faux mouvement de Vronski lui avait bris&#233; les reins. Du reste celui-ci ne comprit sa faute que beaucoup plus tard ; pour le moment il ne voyait qu'une chose : Gladiator s'&#233;loignait rapidement tandis que lui demeurait l&#224;, chancelant sur la terre d&#233;tremp&#233;e, devant Froufrou haletante qui tendait vers lui la t&#234;te et le regardait de ses beaux yeux. Toujours sans comprendre, il tira sur la bride. Elle sursauta comme un poisson et parvint &#224; d&#233;gager ses jambes de devant ; mais impuissante &#224; relever celles de derri&#232;re, elle retomba tremblante sur le c&#244;t&#233;. P&#226;le, le menton tremblant, le visage d&#233;figur&#233; par la col&#232;re, Vronski lui donna un coup de talon dans le ventre et tira de nouveau sur la bride ; cette fois-ci elle ne bougea m&#234;me pas et se contenta de jeter &#224; son ma&#238;tre un de ses regards parlants en enfon&#231;ant son museau dans le sol.&lt;br&gt; &#8212; Ah, mon Dieu, qu'ai-je fait ? g&#233;mit Vronski en se prenant la t&#234;te &#224; deux mains. Voil&#224; la course perdue, et par ma faute... Une faute humiliante, impardonnable... Et ce pauvre cher animal que j'ai tu&#233;... Ah, mon Dieu, qu'ai-je fait ? &lt;br&gt;
[x] On accourait vers lui : ses camarades, le major, l'infirmier, tout le monde. A son grand chagrin il se sentait sain et sauf. La jument s'&#233;tait rompu l'&#233;pine dorsale ; on d&#233;cida de l'abattre. Incapable de r&#233;pondre aux questions, de prof&#233;rer une seule parole, Vronski, sans m&#234;me relever sa casquette, quitta le champ de courses, marchant au hasard sans trop savoir o&#249; il allait. Pour la premi&#232;re fois de sa vie, il se sentait malheureux, malheureux sans espoir et malheureux par sa faute. Il fut bient&#244;t rejoint par Iachvine qui lui remit sa casquette et le ramena &#224; son logis ; au bout d'une demi-heure, il reprit possession de lui m&#234;me ; mais cette course resta longtemps un des souvenirs les plus p&#233;nibles, les plus douloureux de son existence .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tolsto&#239;, Anna Kar&#233;nine, traduit du russe par &#201;douard Beaux, Sylvie Luneau, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par noter que l'&#233;pisode repose sur une construction en climax, le narrateur de Tolsto&#239;, qui s'attache alternativement &#224; un point de vue g&#233;n&#233;ral et &#224; celui de Vronski, s'efforce de rendre le suspens propre &#224; la course en train de se d&#233;rouler. L'effet dramatique est encore renforc&#233; par le fait que c'est au moment o&#249; la victoire semble acquise que se produit l'accident fatal, v&#233;cu comme une d&#233;faite honteuse.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La distance d&#233;forme la vision, mais cette vision trompeuse sera corrig&#233;e par la suite de l'observation : &#171; De loin les cavaliers &lt;i&gt;semblaient&lt;/i&gt; avancer en peloton compact. &lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, ils&#8230; &#187; (i). La vision restreinte que Vronski a de la course pendant son d&#233;roulement est compl&#233;t&#233;e par ce qu'il apprendra plus tard : &#171; il &lt;i&gt;aper&#231;ut&lt;/i&gt; (&#8230;) mais Vronski n'apprit ces d&#233;tails que &lt;i&gt;plus tard&lt;/i&gt; &#187; (iii), &#171; celui-ci ne comprit sa faute que beaucoup &lt;i&gt;plus tard&lt;/i&gt; &#187; (ix). La perception restreinte et les h&#233;sitations qu'elle fait na&#238;tre sont not&#233;es par des expressions comme &#171; il &lt;i&gt;ne voyait que&lt;/i&gt; &#187; (vi), &#171; &#224; ce qu'il &lt;i&gt;sembla&lt;/i&gt; &#187; (vi), &#171; &lt;i&gt;n'aper&#231;ut point &lt;/i&gt; &#187; (viii), &#171; il ne s'en &lt;i&gt;rendait pas&lt;/i&gt; encore bien &lt;i&gt;compte&lt;/i&gt; &#187; (viii). Les sens ne fournissent pas &#224; l'intelligence tous les &#233;l&#233;ments qui permettraient de d&#233;cider en connaissance de cause de l'action &#224; tenir. Entre le &#171; maintenant &#187; (vii) et le &#171; plus tard &#187; s'instaure un mouvement de va-et-vient permanent qui enrichit la connaissance de l'&#233;v&#233;nement jusqu'&#224; en donner un compte-rendu complet. Lors de la lecture de Simon, il conviendra de se souvenir de cette mani&#232;re de compl&#233;ter le v&#233;cu par des informations obtenues ult&#233;rieurement. Moins confiant que Tolsto&#239; dans la possibilit&#233; d'interpr&#233;ter d&#233;finitivement le monde, la perception chez Simon restera toujours hypoth&#233;qu&#233;e par l'ignorance ou l'incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;numpar&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le champ m&#233;taphorique est domin&#233; par celui de l'air : il a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par une allusion aux purs-sangs &#171; semblables &#224; de grands oiseaux &#233;tranges &#187; (p. 278, non repris) en raison de leur camail et de leur capara&#231;on. Les images soulignent d'abord la vitesse &#171; ailes &#187; (iii) &#187;, &#171; &#233;clair &#187; (v), &#171; survola &#187; (viii), &#171; oiseau bless&#233; &#187; (ix). Plus &#233;tonnantes encore que les &#171; oiseaux &#233;tranges &#187;, et moins conformes encore &#224; la r&#233;putation de r&#233;alisme qui s'attache &#224; Tolsto&#239;, sont des images qui surgissent dans les moments extr&#234;mes : Froufrou appara&#238;t comme &#171; une chatte &#187; (iii) lorsqu'elle &#233;vite un cheval tomb&#233; et comme un &#171; poisson &#187; (ix) lorsque, bless&#233;e, elle ne parvient plus &#224; se relever. Il existe ici une tendance &#224; faire subir au cheval diff&#233;rentes m&#233;tamorphoses, un proc&#233;d&#233; de m&#233;tamorphose par la m&#233;taphore que Simon exploitera bien plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;zola&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zola &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode du champ de course dans &lt;i&gt;Nana&lt;/i&gt; (1880) d'&#201;mile Zola, visualise le sommet de la gloire de l'ancienne actrice nue devenue courtisane de luxe qui donne son nom au roman. L'hippodrome, comme le th&#233;&#226;tre, est un de ces lieux o&#249; se c&#244;toient le monde et le demi-monde : dans cet univers de viveurs, aristocratie et grandes fortunes fr&#233;quentent cocottes et protecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[A] Tous les cous se tendaient. Mais le premier d&#233;part ne fut pas bon, le starter, qu'on apercevait au loin comme un mince trait noir, n'avait pas abaiss&#233; son drapeau rouge. Les chevaux revinrent, apr&#232;s un temps de galop. Il y eut encore deux faux d&#233;parts. Enfin, le starter, rassemblant les chevaux, les lan&#231;a avec une adresse qui arracha des cris.&lt;br&gt;
[B] &#8212; Superbe !... Non, c'est le hasard !... N'importe, &#231;a y est !&lt;br class='autobr' /&gt;
La clameur s'&#233;touffa dans l'anxi&#233;t&#233; qui serrait les poitrines. Maintenant, les paris s'arr&#234;taient, le coup se jouait sur l'immense piste. Un silence r&#233;gna d'abord, comme si les haleines &#233;taient suspendues. Des faces se haussaient, blanches, avec des tressaillements. Au d&#233;part, Hasard et Cosinus avaient fait le jeu, prenant la t&#234;te ; Valerio II suivait de pr&#232;s, les autres venaient en peloton confus. Quand ils pass&#232;rent devant les tribunes, dans un &#233;branlement du sol, avec le brusque vent d'orage de leur course, le peloton s'allongeait d&#233;j&#224; sur une quarantaine de longueurs. Frangipane &#233;tait dernier, Nana se trouvait un peu en arri&#232;re de Lusignan et de Spirit.&lt;br&gt; &#8212; Fichtre ! murmura Labordette, comme l'Anglais se d&#233;barbouille l&#224;-dedans !&lt;br&gt;
[C] Tout le landau retrouvait des mots, des exclamations. On se grandissait, on suivait des yeux les taches &#233;clatantes des jockeys qui filaient dans le soleil. A la mont&#233;e, Valerio II prit la t&#234;te, Cosinus et Hasard perdaient du terrain, tandis que Lusignan et Spirit, nez contre nez, avaient toujours Nana derri&#232;re eux.&lt;br&gt; &#8212; Parbleu, l'Anglais a gagn&#233;, c'est visible, dit Bordenave. Lusignan se fatigue et Valerio Il ne peut tenir.&lt;br&gt; &#8212; Eh bien, c'est du propre, si l'Anglais gagne ! s'&#233;cria Philippe, dans un &#233;lan de douleur patriotique.&lt;br&gt;
[D] C'&#233;tait un sentiment d'angoisse qui commen&#231;ait &#224; &#233;trangler tout ce monde entass&#233;. Encore une d&#233;faite ! Et une ardeur de v&#339;u extraordinaire, presque religieuse, montait pour Lusignan ; pendant qu'on injuriait Spirit avec son jockey d'une gaiet&#233; de croque-mort. Parmi la foule &#233;parse dans l'herbe, un souffle enlevait des bandes, les semelles en l'air. Des cavaliers coupaient la pelouse d'un galop furieux. Et Nana, qui tournait lentement sur elle-m&#234;me, voyait &#224; ses pieds cette houle de b&#234;tes et de gens, cette mer de t&#234;tes battue et comme emport&#233;e autour de la piste par le tourbillon de la course, rayant l'horizon du vif &#233;clair des jockeys. Elle les avait suivis de dos, dans la fuite des croupes, dans la vitesse allong&#233;e des jambes, qui se perdaient et prenaient des finesses de cheveux. Maintenant, au fond, ils filaient de profil, tout petits, d&#233;licats, sur les lointains verd&#226;tres du Bois. Puis, brusquement, ils disparurent, derri&#232;re un grand bouquet d'arbres, plant&#233;s au milieu de l'Hippodrome.&lt;br&gt; &#8212; Laissez donc ! cria Georges, toujours plein d'espoir. Ce n'est pas fini... L'Anglais est touch&#233;.&lt;br&gt;
[E] Mais la Faloise, repris de son d&#233;dain national, devenait scandaleux, en acclamant Spirit. Bravo ! c'&#233;tait bien fait ! la France avait besoin de &#231;a ! Spirit premier, et Frangipane second ! &#231;a emb&#234;terait sa patrie ! Labordette, qu'il exasp&#233;rait, le mena&#231;a s&#233;rieusement de le jeter en bas de la voiture.&lt;br&gt; &#8212; Voyons combien ils mettront de minutes, dit paisiblement Bordenave, qui, tout en soutenant Louiset, avait tir&#233; sa montre.&lt;br class='autobr' /&gt;
[F] Un &#224; un, derri&#232;re le bouquet d'arbres, les chevaux reparaissaient. Ce fut une stupeur, la foule eut un long murmure. Valerio II tenait encore la t&#234;te ; mais Spirit le gagnait, et derri&#232;re lui Lusignan avait l&#226;ch&#233;, tandis qu'un autre cheval prenait la place. On ne comprit pas tout de suite, on confondait les casaques. Des exclamations partaient.&lt;br&gt; &#8212; Mais c'est Nana !... Allons donc, Nana ! je vous dis que Lusignan n'a pas boug&#233;... Eh ! oui, c'est Nana. On la reconna&#238;t bien, &#224; sa couleur d'or... La voyez vous maintenant ! Elle est en feu... Bravo, Nana ! en voil&#224; une m&#226;tine !... Bah ! &#231;a ne signifie rien. Elle fait le jeu de Lusignan.&lt;br class='autobr' /&gt;
[G] Pendant quelques secondes, ce fut l'opinion de tous. Mais, lentement, la pouliche gagnait toujours, dans un effort continu. Alors, une &#233;motion immense se d&#233;clara. La queue des chevaux, en arri&#232;re, n'int&#233;ressait plus. Une lutte supr&#234;me s'engageait entre Spirit, Nana, Lusignan et Valerio II. On les nommait, on constatait leur progr&#232;s ou leur d&#233;faillance, dans des phrases sans suite, balbuti&#233;es. Et Nana, qui venait de monter sur le si&#232;ge de son cocher, comme soulev&#233;e, restait toute blanche, prise d'un tremblement, si empoign&#233;e, qu'elle se taisait. Pr&#232;s d'elle, Labordette avait retrouv&#233; son sourire.&lt;br&gt; &#8212; Hein ? l'Anglais a du mal, dit joyeusement Philippe. Il ne va pas bien.&lt;br&gt; &#8212; En tout cas, Lusignan est fini, cria la Faloise. C'est Valerio Il qui vient... Tenez ! voil&#224; les quatre en peloton.&lt;br&gt;
Un m&#234;me mot sortait de toutes les bouches.&lt;br&gt; &#8212; Quel train ! mes enfants !... Un rude train, sacristi !&lt;br&gt;
[H] A pr&#233;sent, le peloton arrivait de face, dans un coup de foudre. On en sentait l'approche et comme l'haleine, un ronflement lointain, grandi de seconde en seconde. Toute la foule, imp&#233;tueusement, s'&#233;tait jet&#233;e aux barri&#232;res ; et, pr&#233;c&#233;dant les chevaux, une clameur profonde s'&#233;chappait des poitrines, gagnait de proche en proche, avec un bruit de mer qui d&#233;ferle. C'&#233;tait la brutalit&#233; derni&#232;re d'une colossale partie, cent mille spectateurs tourn&#233;s &#224; l'id&#233;e fixe, br&#251;lant du m&#234;me besoin de hasard, derri&#232;re ces b&#234;tes dont le galop emportait des millions. On se poussait, on s'&#233;crasait, les poings ferm&#233;s, la bouche ouverte, chacun pour soi, chacun fouettant son cheval de la voix et du geste. Et le cri de tout ce peuple, un cri de fauve reparu sous les redingotes, roulait de plus en plus distinct :&lt;br&gt; &#8212; Les voil&#224; ! les voil&#224; !... Les voil&#224; !&lt;br&gt;
[I] Mais Nana gagnait encore du terrain ; maintenant, Valerio Il &#233;tait distanc&#233;, elle tenait la t&#234;te avec Spirit, &#224; deux ou trois encolures. Le roulement de tonnerre avait grandi. Ils arrivaient, une temp&#234;te de jurons les accueillaient dans le landau.&lt;br&gt; &#8212; Hue donc, Lusignan, grand l&#226;che, sale rosse !... Tr&#232;s chic, l'Anglais ! Encore, encore, mon vieux !... Et ce Valerio, c'est d&#233;go&#251;tant !... Ah ! la charogne ! Fichus mes dix louis !... Il n'y a plus que Nana ! Bravo, Nana ! Bravo, bougresse !&lt;br&gt;
Et, sur le si&#232;ge, Nana, sans le savoir, avait pris un balancement des cuisses et des reins, comme si elle-m&#234;me e&#251;t couru. Elle donnait des coups de ventre, il lui semblait que &#231;a aidait la pouliche. A chaque coup, elle l&#226;chait un soupir de fatigue, elle disait d'une voix p&#233;nible et basse :&lt;br&gt; &#8212; Va donc... va donc... va donc...&lt;br&gt;
[J] On vit alors une chose superbe. Price, debout sur les &#233;triers, la cravache haute, fouaillait Nana d'un bras de fer. Ce vieil enfant dess&#233;ch&#233;, cette longue figure, dure et morte, jetait des flammes. Et, dans un &#233;lan de furieuse audace, de volont&#233; triomphante, il donnait de son c&#339;ur, &#224; la pouliche, il la soutenait, il la portait, tremp&#233;e d'&#233;cume, les yeux sanglants. Tout le train passa avec un roulement de foudre, coupant les respirations, balayant l'air ; tandis que le juge, tr&#232;s froid, l'&#339;il &#224; la mire, attendait. Puis, une immense acclamation retentit. D'un effort supr&#234;me, Price venait de jeter Nana au poteau, battant Spirit d'une longueur de t&#234;te.&lt;br&gt;
[K] Ce fut comme la clameur montant d'une mar&#233;e. Nana ! Nana ! Nana ! Le cri roulait, grandissait, avec une violence de temp&#234;te, emplissant peu &#224; peu l'horizon, des profondeurs du Bois au mont Val&#233;rien, des prairies de Longchamp &#224; la plaine de Boulogne. Sur la pelouse, un enthousiasme fou s'&#233;tait d&#233;clar&#233;. Vive Nana ! Vive la France, &#224; bas l'Angleterre ! Les femmes brandissaient leurs ombrelles ; des hommes sautaient, tournaient, en vocif&#233;rant. D'autres, avec des rires nerveux, lan&#231;aient des chapeaux. Et, de l'autre c&#244;t&#233; de la piste, l'enceinte du pesage r&#233;pondait, une agitation remuait les tribunes, sans qu'on v&#238;t distinctement autre chose qu'un tremblement de l'air, comme la flamme invisible d'un brasier, au dessus de ce tas vivant de petites figures d&#233;traqu&#233;es, les bras tordus, avec les points noirs des yeux et de la bouche ouverte. Cela ne cessait plus, s'enflait, recommen&#231;ait au fond des all&#233;es lointaines, parmi le peuple campant sous les arbres, pour s'&#233;pandre et s'&#233;largir dans l'&#233;motion de la tribune imp&#233;riale, o&#249; l'imp&#233;ratrice avait applaudi. Nana ! Nana ! Nana ! Le cri montait dans la gloire du soleil, dont la pluie d'or battait le vertige de la foule.&lt;br&gt;
[L] Alors, Nana, debout sur le si&#232;ge de son landau, grandie, crut que c'&#233;tait elle qu'on acclamait. Elle &#233;tait rest&#233;e un instant immobile, dans la stupeur de son triomphe, regardant la piste envahie par un flot si &#233;pais, qu'on ne voyait plus l'herbe, couverte d'une mer de chapeaux noirs .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;mile Zola, Les Rougon-Macquart II, H. Mitterand &#233;d., Paris, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme Tolsto&#239;, Zola cherche &#224; rendre le suspens propre &#224; une course et construit son texte vers un climax. L'attention porte cependant au moins autant, sinon davantage, sur les attitudes et les r&#233;actions des spectateurs, qu'ils soient individualis&#233;s ou non. Le d&#233;roulement de la course se suit d'abord &#224; travers les remarques du public. C'est ainsi que le &#171; maintenant &#187; (D, I) ou le &#171; A pr&#233;sent &#187; (H), qui visualise l'instant, sera occasionnellement plac&#233; dans la bouche d'un spectateur (F).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attentif aux d&#233;formations que l'&#233;loignement fait subir, le narrateur nous montre les jambes des chevaux allong&#233;es, qui se &#171; perdaient et prenaient des finesses de cheveux &#187; (D). L'h&#233;sitation a cependant sa part dans la mesure o&#249; la vision des choses n'est pas toujours nette : &#171; &#171; On ne comprit pas tout de suite, on confondait les casaques &#187; (F), &#171; sans qu'on vit distinctement &#187; (K). Cependant, il n'y a pas d'invitation &#224; interpr&#233;ter un monde sur lequel les sens ne renseignent que de mani&#232;re imparfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le champ m&#233;taphorique le plus d&#233;velopp&#233; est celui de la mer et d'un orage sur les flots (D, H, K, M), les comparaisons s'inspirent volontiers aussi d'un univers plus abstrait. La distance fait appara&#238;tre le starter comme un &#171; mince trait noir &#187; (A), tandis que les bouches et les yeux se r&#233;sument &#224; des &#171; points noirs &#187; (K).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de ce passage est cependant dans une m&#233;tamorphose. Nana, dite &#171; la mouche d'or &#187;, et qui &#224; l'occasion peut appara&#238;tre comme un rapace ou un fauve, s'incarne ici dans un corps de pouliche. Dans un paragraphe d'une obsc&#233;nit&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment recherch&#233;e (I), Zola expose Nana juch&#233;e sur le si&#232;ge du landau comme une image de la d&#233;bauche, acclam&#233;e de surcro&#238;t par toute la soci&#233;t&#233;. Il nous la montre aussi, par le jeu des connotations (Spirit, l'esprit, est un adversaire), comme une all&#233;gorie d'une France livr&#233;e aux passions et qui remporte ici sa derni&#232;re victoire. C'est clairement d'abord une fable morale que Zola d&#233;veloppe &#224; travers sa description de la course de chevaux. Nana y tient le premier r&#244;le sans &#233;videmment briller par son esprit : elle donne des coups de reins parce qu'&#171; il lui semblait que &#231;a aidait la pouliche &#187; (I) et lors de l'ovation du gagnant de la course elle &#171; crut que c'&#233;tait elle qu'on acclamait &#187; (L).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;simon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Simon &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode de la course dans &lt;i&gt;La route des Flandres &lt;/i&gt; (1960) doit se lire dans le contexte de l'enqu&#234;te men&#233;e par Georges autour des affaires d'adult&#232;res et de suicides qui se sont d&#233;roul&#233;es dans la famille Reixach. La d&#233;cision du capitaine Reixach de monter lui-m&#234;me son cheval lors d'une course dangereuse appara&#238;t au narrateur comme un d&#233;sir de revanche sur le jockey Igl&#233;sia, soup&#231;onn&#233; d'avoir eu une br&#232;ve liaison avec Corinne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[a] [&#8230;] Igl&#233;sia (maintenant il &#233;tait lanc&#233;, parlait sans s'arr&#234;ter, lentement, mais d'une fa&#231;on continue, patiente, et, semblait-il, comme pour lui-m&#234;me, non pour eux, ses gros yeux fix&#233;s sur le vide, droit devant lui, emplis de cette m&#234;me expression, &#224; la fois &#233;tonn&#233;e, grave et admirative) disant entre deux bouch&#233;es : &#171; Et avec les deux ou trois macaques qui montaient dans cette course et qui l'avaient rep&#233;r&#233; &#231;a n'avait pas d&#251; &#234;tre facile, je te le dis, parce qu'un type qui monte en gentleman dans une course avec des jockeys il peut s'attendre &#224; ce qu'ils lui fassent pas de cadeau. Seulement il s'&#233;tait dr&#244;lement bien d&#233;merd&#233; : il &#233;tait maintenant en quatri&#232;me position, et tout ce qu'il avait &#224; faire pour le moment c'&#233;tait de la tenir l&#224;, et il devait en avoir plein les bras, je te le dis, parce que cette b&#234;te l&#224;, qu'est ce qu'elle pouvait tirer, la garce... &#187;&lt;br&gt;
[b] Ils apparurent enfin apr&#232;s le dernier arbre, toujours dans le m&#234;me ordre, la tache, la pastille rose toujours en m&#234;me position tandis qu'ils entamaient la derni&#232;re partie du tournant, le peloton se muant peu &#224; peu en une masse confuse (les derniers semblant rattraper les premiers) qui, tout au fond de la ligne droite, ne fut plus qu'une houle, un moutonnement de t&#234;tes montant et descendant sur place, les chevaux agglom&#233;r&#233;s en paquet paraissant un moment ne plus avancer (simplement les toques des jockeys montant et descendant) jusqu'&#224; ce que soudain le premier cheval non pas franch&#238;t mais crev&#226;t la haie, [c] c'est-&#224;-dire que brusquement il fut l&#224;, les deux pattes de devant projet&#233;es devant lui, raides, jointes ou plut&#244;t l'une d'elles l&#233;g&#232;rement en avant de l'autre, les deux sabots pas tout &#224; fait &#224; la m&#234;me hauteur, le cheval engag&#233; jusqu'&#224; mi-corps entre les fagots bruns qui surmontaient la barri&#232;re, reposant apparemment sur le ventre comme en &#233;quilibre, une fraction de seconde immobile, aurait-on dit, jusqu'&#224; ce qu'il bascul&#226;t en avant tandis qu'un second, puis un troisi&#232;me, puis plusieurs ensemble, tous fig&#233;s successivement en &#233;quilibre, dans cette position de cheval &#224; bascule, apparaissent, s'immobilisent, s'inclinent en avant, retrouvant le mouvement en m&#234;me temps que le contact avec la terre, le peloton galopant maintenant, de nouveau soud&#233;, vers les tribunes, grossissant, franchissant l'obstacle suivant, puis ce fut l&#224; : [d] l'esp&#232;ce de tonnerre silencieux, la sourde tr&#233;pidation du sol sous les sabots, les mottes de gazon volant loin derri&#232;re, les soyeuses casaques froiss&#233;es claquant dans le vent de la course et les bustes des jockeys pench&#233;s sur l'encolure, non pas immobiles comme ils paraissaient dans la ligne oppos&#233;e, mais oscillant l&#233;g&#232;rement d'avant en arri&#232;re au rythme des foul&#233;es, avec leurs identiques bouches ouvertes cherchant l'air, leur identique aspect de poissons hors de l'eau, &#224; demi asphyxi&#233;s, passant devant les tribunes entour&#233;s ou plut&#244;t envelopp&#233;s par cette attentive chappe de vertigineux silence qui semblait les isoler (les quelques cris fusant de la foule paraissant &#8212; et non pas aux oreilles des jockeys mais &#224; celles des spectateurs eux-m&#234;mes &#8212; parvenir de tr&#232;s loin, futiles, vains, incongrus et aussi faibles que des b&#233;gaiements inarticul&#233;s de petits enfants), les accompagner, [e] laissant derri&#232;re eux, bien apr&#232;s leur passage, comme un persistant sillage de silence &#224; l'int&#233;rieur duquel le mart&#232;lement des sabots allait diminuant, s'amenuisant, seulement crev&#233;, sporadiquement, par le claquement sec (comme le bruit d'une branche cass&#233;e) d'un coup de cravache, de minuscules d&#233;tonations s'&#233;loignant elles aussi, d&#233;croissant, le dernier cheval franchissant la haie vive couronnant la l&#233;g&#232;re mont&#233;e, exactement comme un lapin, l'image de son arri&#232;re-train en position de ruade restant un moment sur la r&#233;tine, immobilis&#233;e, et disparaissant enfin, jockeys et b&#234;tes maintenant invisibles, redescendant la pente de l'autre c&#244;t&#233; de la haie, comme si tout cela n'avait pas exist&#233;, comme si la fulgurante apparition de la douzaine de b&#234;tes et de leurs cavaliers s'&#233;tait brusquement escamot&#233;e, laissant seulement derri&#232;re elle, &#224; la fa&#231;on de ces nuages de fum&#233;e dans lesquels s'&#233;vanouissent lutins et enchanteurs, une sorte de banc de brume rouss&#226;tre, de poussi&#232;re en suspension stagnant imm&#233;diatement devant la haie, &#224; l'endroit o&#249; les chevaux avaient pris leur battue, s'&#233;claircissant, se diluant, s'affalant lentement dans la lumi&#232;re de l'apr&#232;s-midi d&#233;clinant, [f] et Igl&#233;sia tournant vers Corinne ce masque de carnaval, &#224; la fois terrible et pitoyable, mais, pour le moment empreint d'une sorte de pu&#233;rile excitation, d'enfantin ravissement, disant : &#171; Vous avez vu ? Il... J'avais bien dit qu'elle... que &#231;a irait tout seul, qu'il n'y avait qu'&#224;... &#187;, Corinne le regardant sans r&#233;pondre avec toujours cette esp&#232;ce de fureur, de rage silencieuse, glac&#233;e, Igl&#233;sia b&#233;gayant, s'embrouillant, disant : &#171; Il va, elle va... Vous... &#187;, puis finissant par se taire, Corinne continuant un moment encore &#224; le d&#233;visager, toujours sans rien dire, avec ce m&#234;me implacable m&#233;pris, et &#224; la fin haussant brusquement les &#233;paules, ses deux seins bougeants, fr&#233;missants, sous le l&#233;ger tissu de la robe, toute sa jeune, dure et insolente chair exhalant quelque chose d'impitoyable, de violent et aussi d'enfantin, c'est-&#224;-dire cette totale absence de sens moral ou de charit&#233; dont sont seulement capables les enfants, cette candide cruaut&#233; inh&#233;rente &#224; la nature m&#234;me de l'enfance (l'orgueilleux, l'imp&#233;tueux et irr&#233;pressible bouillonnement de la vie), [g] disant froidement : &#171; S'il est aussi capable de la faire gagner que vous, je me demande pourquoi on vous paie ? &#187;, tous les deux se d&#233;visageant (elle dans ce symbole de robe qui la laissait aux trois quarts nue, lui dans cette vieille veste macul&#233;e qui s'accordait &#224; peu pr&#232;s aussi bien &#224; l'&#233;tincelante casaque de soie qu'elle laissait voir que le visage souffreteux et tavel&#233; de petite v&#233;role qui la surmontait, l'air (interdit, ahuri) &#224; peu pr&#232;s comme si elle lui avait envoy&#233; son poing, ou son sac, ou les jumelles dans l'estomac) pendant un temps peut-&#234;tre de l'ordre de la fraction de seconde, et non pas interminable comme il le crut, le raconta plus tard, racontant que ce qui les r&#233;veilla, les arracha tous deux &#224; leur mutuelle fascination, ce furieux et muet affrontement, ce ne fut pas un cri &#8212; ou mille cris &#8212; , ou une exclamation &#8212; ou mille &#8212; , mais comme une rumeur, un soupir, un bruissement, quelque chose d'insolite courant, s'&#233;levant pour ainsi dire de la surface de la foule, [h] et quand ils regard&#232;rent, ils virent la tache rose non plus en troisi&#232;me mais en septi&#232;me position &#224; peu pr&#232;s, le peloton qui venait de franchir la butte non plus soud&#233; mais s'&#233;tirant maintenant sur une vingtaine de m&#232;tres s'engageant sur la diagonale de la piste, Corinne disant : &#171; Je l'avais dit. J'en &#233;tais s&#251;re. L'idiot. L'esp&#232;ce de cr&#233;tin d'idiot. Et vous... &#187;, mais Igl&#233;sia n'&#233;coutant plus, en train de regarder dans ses jumelles l'impassible visage ruisselant de de Reixach seulement agit&#233; de brefs soubresauts chaque fois que le bras qui tenait la cravache se d&#233;tendait, la pouliche allongeant sa foul&#233;e, remontant un &#224; un, &#224; longs coups de reins, les chevaux qui l'avaient d&#233;pass&#233;e, si bien qu'elle se trouva de nouveau &#224; peu pr&#232;s en troisi&#232;me position lorsqu'ils abord&#232;rent la rivi&#232;re, l'alezane, la longue et claire coul&#233;e de bronze, semblant alors s'allonger encore, s'&#233;tirer, a&#233;rienne, s'arrachant, aurait-on dit, non du sol mais &#224; la pesanteur elle-m&#234;me car elle ne parut pas retomber mais simplement continuer, l&#233;g&#232;rement au-dessus de terre, en deuxi&#232;me position maintenant, tandis qu'ils traversaient le croisement, sa tache claire ondoyant horizontalement, de Reixach cessant de cravacher, [i] Corinne r&#233;p&#233;tant : &#171; L'idiot, l'idiot, l'idiot... &#187;, jusqu'&#224; ce que sans quitter ses jumelles Igl&#233;sia dise brutalement : &#171; Mais taisez-vous donc, bon sang ! Est-ce que vous allez vous taire, oui ? &#187;, Corinne restant la bouche ouverte, stupide, tandis que sur leur gauche le peloton s'&#233;loignait maintenant dans le poudroiement dor&#233; du contre-jour sous l'immuable archipel des nuages suspendus, ou peut &#234;tre tout simplement peints, dans le ciel, les chevaux &#224; pr&#233;sent nettement scind&#233;s en deux groupes : d'abord quatre, puis un espace d'une quinzaine de m&#232;tres, puis le second groupe compos&#233; d'une masse assez compacte tirant derri&#232;re elle comme une tra&#238;ne, les attard&#233;s s'&#233;grenant, de plus en plus espac&#233;s jusqu'au dernier, tr&#232;s loin, que son jockey cravachait &#224; chaque foul&#233;e, [j] le groupe de t&#234;te obliquant &#224; droite, disparaissant de nouveau derri&#232;re le petit bois, les casaques multicolores apparaissant et disparaissant entre les arbres comme un moment plus t&#244;t, mais en sens inverse, c'est-&#224;-dire de gauche &#224; droite, en m&#234;me temps que sur la pelouse la foule se d&#233;tachait (d'abord un point noir, puis deux, puis trois, puis dix, puis par grappes enti&#232;res) de la barri&#232;re le long de laquelle le peloton venait de passer, courant [les taches semblables &#224; des mouches, &#224; une poign&#233;e de billes) dans le m&#234;me sens que les chevaux, pour aller s'agglutiner le long de la piste transversale, la casaque rose r&#233;apparaissant cette fois la premi&#232;re, mais &#224; peu pr&#232;s coll&#233;e &#224; celle du jockey suivant, de Reixach faisant l'ext&#233;rieur, d&#233;bordant, d&#233;port&#233; sur sa gauche au moment o&#249; les deux chevaux, presque de front, se rabattaient, abordaient la ligne droite, de sorte qu'il se trouva &#224; peu pr&#232;s au milieu de la piste et seul, devan&#231;ant l&#233;g&#232;rement le second cheval, les deux autres &#224; environ cinq m&#232;tres derri&#232;re, tous les quatre se dirigeant vers le bull-finch d'un galop maintenant moins coul&#233;, plus saccad&#233;, [k] si bien que tout d'abord il sembla que l'alezane c&#233;dait seulement &#224; la fatigue, raccourcissant seulement un peu sa foul&#233;e, Igl&#233;sia ne s'y trompant pas, serrant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment les &#233;normes jumelles coll&#233;es sur ses yeux, tandis qu'elle continuait &#224; galoper non plus droit sur l'obstacle, mais en diagonale, de Reixach accroch&#233; de toutes ses forces &#224; la r&#234;ne oppos&#233;e et cravachant, r&#233;ussissant &#224; la ramener sur la gauche, la pouliche ralentissant encore, semblant, pour ainsi dire, se recroqueviller sous lui et sautant l'&#233;norme obstacle (car il y parvint, r&#233;ussit &#224; lui imposer sa volont&#233;), non pas comme elle avait franchi la rivi&#232;re, mais pratiquement arr&#234;t&#233;e, s'enlevant des quatre membres &#224; la fois, en chandelle, et retombant si durement que de Reixach s'affaissa presque sur l'encolure en m&#234;me temps qu'il la cinglait d'un terrible coup de cravache et qu'elle bondissait de nouveau, &#224; deux m&#232;tres maintenant derri&#232;re les deux chevaux qui la suivaient avant d'aborder le bull-finch, [l] Corinne et Igl&#233;sia pouvant voir le bras arm&#233; de la cravache s'abattre inlassablement, leurs oreilles bourdonnantes, emplies par la clameur d&#233;&#231;ue, sauvage, de la foule, et encore une fois les quatre chevaux saut&#232;rent, franchirent la derni&#232;re haie, de Reixach talonnant maintenant le troisi&#232;me cheval, puis il n'y eut plus rien devant eux que l'immense et luxuriant tapis vert sur lequel ils semblaient (jockeys et chevaux) minuscules et d&#233;risoires, comme disloqu&#233;s, s'agitant fr&#233;n&#233;tiquement, d&#233;sunis, oscillant au ralenti d'avant en arri&#232;re d'une fa&#231;on saccad&#233;e, path&#233;tiques, risibles, les quatre chevaux ext&#233;nu&#233;s, creusant les reins, les quatre cavaliers aux visages de poissons noy&#233;s, la bouche ouverte cherchant l'air, aux trois quarts asphyxi&#233;s maintenant, les cris de la foule les entourant comme d'une mati&#232;re solide, &#233;paisse, &#224; travers laquelle ils auraient en vain essay&#233; de progresser (l'impression de sur-place qu'ils donnaient encore accentu&#233;e par l'effet des jumelles &#233;crasant la perspective) comme &#224; travers une invisible et hostile nappe de passion aussi dense que de l'eau &#8212; ou du vide &#8212; , puis le cri cessa, mourut, [m] et, laissant retomber ses jumelles, Igl&#233;sia se rendit compte qu'elle n'&#233;tait plus l&#224;, d&#233;couvrant l'agressive robe rouge bien au-dessous de lui d&#233;j&#224; en bas des gradins, d&#233;gringolant alors quatre &#224; quatre les marches, courant, la rattrapant, elle tournant alors la t&#234;te sans cesser de marcher (Igl&#233;sia pensant tr&#232;s vite : &#171; Mais o&#249; va-t-elle, qu'est-ce qu'elle veut ? &#187;), le regardant, &#224; peu pr&#232;s comme s'il e&#251;t &#233;t&#233; une mouche, ou m&#234;me rien du tout, puis cessant de le regarder, et lui : &#171; Il a tout de m&#234;me fait second, il a tout de m&#234;me trouv&#233; moyen de remonter les deux... &#187;, et elle ne r&#233;pondant pas, ne paraissant m&#234;me pas l'entendre, et lui trottinant toujours &#224; c&#244;t&#233; d'elle sur ses courtes pattes, [n] disant : &#171; Elle a fini tr&#232;s fort, vous avez vu, elle... &#187;, et elle marchant toujours : &#171; Second ! Tr&#232;s bien. Bravo. Second ! Quand il aurait d&#251; gagner de dix longueurs. Vous trouvez que c'est... &#187;, puis s'arr&#234;tant brusquement, se retournant vers lui d'un mouvement si soudain, si impr&#233;visible qu'il faillit se cogner &#224; elle, criant maintenant (quoiqu'elle n'&#233;lev&#226;t pas la voix, mais, dit-il, c'&#233;tait bien pire que si elle avait hurl&#233; &#224; tue-t&#234;te) : &#171; Est-ce que vous l'avez jou&#233;e plac&#233;e ou gagnante, dites-le moi ? Mais est-ce que vous l'avez seulement jou&#233;e ? &#187;, puis, avant m&#234;me qu'il ait eu le temps d'ouvrir la bouche, criant encore, sur ce registre &#224; peine audible qui &#233;tait pire que les pires &#233;clats de voix : &#171; Non, je ne vous demande pas &#224; les voir ! Je vous ai dit que je ne vous demanderais m&#234;me pas de me les montrer, que si vous pr&#233;f&#233;riez vous pouviez garder l'argent pour vous... Comme pourboire, comme... &#187;, [o] et &#224; ce moment, dit-il, il s'aper&#231;ut avec une esp&#232;ce de stupeur qu'elle pleurait, &#171; Peut-&#234;tre tout simplement de rage, raconta-t-il plus tard, peut-&#234;tre seulement de rogne, peut-&#234;tre d'autre chose. Est-ce qu'on peut jamais savoir avec les gonzesses ? Mais en tout cas elle pleurait, elle ne pouvait m&#234;me pas s'en emp&#234;cher. Au milieu de tous ces gens... &#187;, et il raconta qu'ils se tenaient l&#224; tous les deux l'un en face de l'autre, immobiles, parmi la foule refluant lentement, elle r&#233;p&#233;tant Non je vous dis que non vous entendez non je ne veux pas je ne veux pas les voir je veux seulement que vous me le disiez rien que pour vous l'entendre dire je... (&lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, p. 173-181)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur fait le r&#233;cit de la course, mais il c&#232;de la place &#224; d'autres voix qui en font le r&#233;cit, celle d'Igl&#233;sia en d&#233;but (a) et en fin d'extrait (o) ; il laisse aussi entendre directement les conversations qui se d&#233;roulent sur le champ de course. Le texte est construit vers un climax, mais les glissements qui s'op&#232;rent finissent par prendre davantage d'importance que la question de la victoire ou de la d&#233;faite du capitaine Reixach. Si les digressions constituent autant de lenteurs qui viennent ralentir la course et son r&#233;cit, elles r&#233;v&#232;lent en m&#234;me temps un des principes d'&#233;criture qui sous-tendent ces pages : l'oxymore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur cherche &#224; rendre visible l'instant de la course et il a recours pour cela &#224; la technique &#233;prouv&#233;e qui consiste &#224; figer la sc&#232;ne dans le pr&#233;sent, en particulier &#224; travers l'utilisation &#8212; syst&#233;matique ici &#8212; du &#171; maintenant &#187; (a, c, e, h, i, k, l, n) et du participe pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description du mouvement se fait en soulignant l'immobilit&#233;, selon le paradigme du c&#233;l&#232;bre &#171; Achille immobile &#224; grands pas &#187; : &#171; immobile aurait-on dit &#187; (c), &#171; fig&#233;s successivement &#187; (c), &#171; immobilis&#233;e &#187; (e), &#171; impression de sur-place &#187; (l). Les bruits constituent une &#233;paisseur (d, l), apparaissent comme simultan&#233;ment violents et imperceptibles : &#171; tonnerre silencieux &#187; (d), &#171; criant encore, sur ce registre &#224; peine audible &#187; (n). L'alliance des contraires est sensible encore dans la juxtaposition des personnages : &#171; l'insolente chair &#187; (f), d'une Corinne &#224; la &#171; candide cruaut&#233; &#187; (f) jure avec le grotesque d'Igl&#233;sia, homme-insecte au visage lui-m&#234;me oxymorique de &#171; masque de carnaval, &#224; la fois terrible et pitoyable &#187; (f).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage syst&#233;matique de l'oxymore contribue &#224; cr&#233;er une atmosph&#232;re irr&#233;elle, qui est encore accentu&#233;e par les jeux d'apparition et de disparition brutales des chevaux et des personnages : &#171; brusquement il fut l&#224; &#187; (c) &#171; fulgurante apparition &#187; (e), &#171; brusquement escamot&#233; &#187; (e), &#171; apparaissant et disparaissant &#187; (j), &#171; elle n'&#233;tait plus l&#224; &#187; (m). Ces divers &#233;l&#233;ments prennent tout leur sens lorsque l'image du &#171; lapin &#187; (e), complice pr&#233;f&#233;r&#233; des prestidigitateurs, permet au texte d'embrayer sur l'id&#233;e d'escamotage et d'aboutir &#224; l'exhibition d'un monde qui n'est plus celui de la r&#233;alit&#233; quotidienne, ni m&#234;me celui du r&#233;alisme litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les &#171; nuages de fum&#233;e dans lesquels s'&#233;vanouissent lutins et enchanteurs &#187; (e) le champ de course s'est transform&#233; en une sc&#232;ne sur laquelle op&#232;re un magicien qui fait surgir et dispara&#238;tre hommes et chevaux et se m&#233;tamorphoser les &#234;tres et les choses. Le prestidigitateur use d'artifice : son alezane pourrait &#234;tre une statue, &#171; claire coul&#233;e de bronze &#187; (h), et les nuages qu'il fait appara&#238;tre sont &#171; peut-&#234;tre tout simplement peints &#187; (i). Dans l'esprit d'un homme qui imagine un univers, l'absence de donn&#233;es sensibles, les erreurs de perceptions ne sont pas des obstacles. L'illusion n'est plus trompeuse comme chez les auteurs abord&#233;s pr&#233;c&#233;demment, Simon la consid&#232;re comme cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ m&#233;taphorique est domin&#233; par celui de l'animalit&#233; : &#171; macaques &#187; (a), &#171; lapin &#187; (e), &#171; mouche &#187; (j, m), &#171; poissons &#187; (d, l) ; il avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par la r&#233;f&#233;rence au &#171; nez d'aigle (ou de Polichinelle) &#187; (RF, 151) d'Igl&#233;sia. Le visage de ce personnage, avec ses jumelles riv&#233;es aux yeux, &#233;voquait une &#171; t&#234;te de mouche ou de certains insectes sur les micro-photographies &#187; (RF, 151, non repris, cf. k). L'image de la mer, &#224; laquelle r&#233;f&#232;rent les &#171; poissons &#187; d&#233;j&#224; mentionn&#233;s est pr&#233;sente aussi lorsqu'il s'agit de caract&#233;riser le mouvement &#171; une houle, un moutonnement &#187; (b), &#171; sillage &#187; (e), &#171; archipel &#187; (i).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins lourdement explicite que chez Zola, le sexuel pr&#233;sent dans le symbolisme des couleurs : &#171; cette casaque rose vif, tirant sur le mauve, qu'elle leur avait en quelque sorte impos&#233;e &#224; tous les deux (Igl&#233;sia et Reixach) comme une sorte de voluptueux et lascif symbole &#187; (RF, 154, non repris). Il l'est encore dans l'exploitation des ambigu&#239;t&#233;s du vocabulaire &#233;questre : &#171; il n'avait qu'&#224; me la laisser monter &#187; (RF, 154, non repris). Les &#171; coups de rein &#187; (h) doivent s'interpr&#233;ter dans un contexte &#233;rotique dans lequel le rose &#8211;&#171; la pastille rose &#187; (b), &#171; tache rose &#187; (h), &#171; casaque rose &#187; (j)- r&#233;f&#232;re &#224; la volupt&#233; et le rouge -&#171; symbole de robe &#187; (g), de &#171; l'agressive robe rouge &#187;- &#224; la violence d'une sexualit&#233;s marqu&#233;e par &#171; l'absence de sens moral ou de charit&#233; &#187; (f).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fable de Claude Simon n'est toutefois pas all&#233;gorique, comme chez Zola, elle est au contraire ironique, et n'h&#233;site pas &#224; verser dans le grotesque. Si elle a valeur d'exemple, c'est comme fable de la cr&#233;ation et certainement pas comme fable morale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;faulkner&#034;&gt;&lt;strong&gt;Faulkner &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La course de chevaux dans les &lt;i&gt;Larrons&lt;/i&gt; (1962) de William Faulkner est racont&#233;e par un jeune h&#233;ritier de 11 ans, Lucius Priest, celui-l&#224; m&#234;me qui montait le cheval vainqueur. Cette course, Lucius et ses camarades durent la gagner afin de r&#233;cup&#233;rer une voiture qu'ils avaient subtilis&#233;e au grand-p&#232;re, le &#171; patron &#187;, mais dont au fil d'aventures picaresques dans le sud-am&#233;ricain du d&#233;but du XXe si&#232;cle, ils s'&#233;taient eux-m&#234;mes vu d&#233;poss&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[I] &#171; Ils ont mis la course dans ce qu'ils appellent un compte provisoire. &#199;a veut dire que celui qui perdra la prochaine aura tout perdu. Pr&#233;pare-toi. &#187; Mais Lycurgus avait d&#233;j&#224; &#244;t&#233; la couverture. Il ne nous fallut pas longtemps. Alors, je me suis lev&#233;. Ned, debout &#224; la t&#234;te de Lightning, tenant la bride d'une main, de l'autre fouillant, cherchant quelque chose dans sa poche. &#171; Celle-l&#224; va &#234;tre facile pour vous. Hier on l'a asticot&#233; un peu, et puis aujourd'hui vous l'avez salement tromp&#233;. Alors, faut plus que vous lui jouiez de tour. Mais, &#231;a ne fait rien. Pas besoin de lui en jouer cette fois. J'y veillerai moi-m&#234;me. Vous, vous avez qu'une chose &#224; faire. Rester sur son dos jusqu'&#224; la fin. Vous foutez pas par terre. C'est tout ce que j'vous demande. Maintenez-le bien entre les deux barri&#232;res, et tombez pas. Rappelez-vous ce qu'il vous a appris lundi. Quand vous serez au premier tour, et juste avant qu'il arrive &#224; l'endroit o&#249; je me trouvais lundi, cravachez-le. Le laissez pas ralentir. Vous inqui&#233;tez pas de l'aut' cheval, o&#249; qu'il soit et quoi qu'il fasse. Occupez-vous du v&#244;tre simplement. Compris ?&lt;br&gt; [II] &#8212; Oui, dis je.&lt;br&gt; &#8212; Bon, et maintenant, y a encore une chose qu'il faut que vous fassiez. Quand vous serez au dernier tour, apr&#232;s le virage, et que vous entrerez dans la ligne droite avant le but, vous contentez pas de croire, soyez s&#251;r que Lightning est plac&#233; de fa&#231;on &#224; voir toute la piste devant lui. Quand vous serez arriv&#233; l&#224;, vous saurez pourquoi. Mais, avant &#231;a, vous bornez pas &#224; croire qu'il pourrait, peut-&#234;tre, ou qu'il devrait certainement, mais soyez s&#251;r qu'il peut voir toute la piste jusqu'&#224; la ligne d'arriv&#233;e, et m&#234;me au-del&#224;. Si l'aut' cheval est devant vous, tirez Lightning &#224; travers la piste jusqu'&#224; la barri&#232;re ext&#233;rieure, si c'est n&#233;cessaire, l&#224; o&#249; rien ne pourra l'emp&#234;cher de voir la ligne d'arriv&#233;e, et m&#234;me au del&#224;. Vous en faites pas si vous perdez du terrain, contentez-vous de placer Lightning l&#224; o&#249; il pourra voir tout ce qu'il y a en face de lui. &#187; Son autre main &#233;tait sortie maintenant. Lightning y fourrait encore ses naseaux et moi, je pouvais sentir cette vague odeur que j'avais sentie d&#233;j&#224; dans le pr&#233; d'Uncle Parsham lundi, que j'aurais d&#251;, comme n'importe qui, reconna&#238;tre aussit&#244;t, et que j'aurais reconnue si j'en avais eu le temps. &#171; Vous pourrez vous rappeler tout &#231;a ?&lt;br&gt;
[III] &#8212; Oui, dis-je.&lt;br&gt; &#8212; Alors, allez. Conduis le, Lycurgus.&lt;br&gt; &#8212; Tu viens pas ? &#187; dis je. Lycurgus tira sur la bride. Il dut forcer Lightning &#224; sortir son nez de la main de Ned. Finalement, Ned fut oblig&#233; de remettre la main dans sa poche.&lt;br&gt;
&#171; Allez, dit il, vous savez ce qu'il vous reste &#224; faire. &#187; Lycurgus se mit en marche, conduisant le cheval. Il dut nous accompagner quelque temps ; Lightning alla m&#234;me jusqu'&#224; essayer de faire demi-tour, mais Lycurgus le tira violemment.&lt;br&gt; &#8212; Cravachez-le un peu, dit Lycurgus, &#231;a le fera repenser &#224; ce qu'il a &#224; faire. &#187; C'est ce que j'ai fait, et nous avons continu&#233; et, pour la troisi&#232;me fois, McWillie et moi, on &#233;tait l&#224;, courb&#233;s sur nos coursiers &#233;clairs, immobiles derri&#232;re la corde du d&#233;part. Le lad de McWillie, ayant refus&#233; d'&#234;tre jet&#233; &#224; terre pour la troisi&#232;me fois, et personne ne s'&#233;tant pr&#233;sent&#233;, n'ayant m&#234;me accept&#233; de remplir cet emploi, on eut recours &#224; une de ces cordes de jute destin&#233;es &#224; attacher les balles de coton. Deux d&#233;mocrates, face &#224; face des deux c&#244;t&#233;s de la piste, la tenaient d'une barri&#232;re &#224; l'autre. [IV] Ce fut probablement le meilleur d&#233;part que nous ayons jamais eu. Acheron, qui n'avait pas h&#233;sit&#233; &#224; foncer dans une planche de six pouces d'&#233;paisseur, prit bien soin, naturellement, de rester &#224; six pieds de distance. Quant &#224; Lightning, bien que son nez touch&#226;t presque la corde, il &#233;tait l&#224;, aussi immobile qu'une vache, cherchant sans doute Ned parmi la foule quand le starter cria : Partez ! La corde tomba et, &#224; la m&#234;me seconde, Acheron et McWillie fil&#232;rent sous mon nez comme une fl&#232;che, McWillie me hurlant presque dans l'oreille : &#171; J'vais t'apprendre, cette fois-ci, mon petit blanc ! &#187; Il &#233;tait d&#233;j&#224; devant nous &#8212; une longueur &#224; peine &#8212; quand Lightning vint docilement se placer &#224; la hauteur du genou de McWillie &#8212; puissance, rythme, tout &#233;tait l&#224;, sauf que personne encore ne lui avait mis en t&#234;te qu'il s'agissait d'une course. Et, en fait, c'&#233;tait la premi&#232;re fois, depuis que je participais, que j'&#233;tais un &#233;l&#233;ment actif, que nous avions vraiment l'air de courir en course. [V] Les deux chevaux, comme riv&#233;s l'un &#224; l'autre, s'&#233;lan&#231;aient dans la seconde ligne droite du premier tour, nos positions relatives, en rapport avec notre progression, changeant, se transformant dans une atmosph&#232;re d'indolence qui tenait presque du r&#234;ve. Acheron prenant une avance, pr&#233;sage, semblait-il, qu'il allait se s&#233;parer de nous, jusqu'&#224; la minute o&#249; Lightning, prenant sans doute conscience de l'intervalle, se h&#226;tait de le supprimer. On aurait dit un d&#233;fi. Je les entendais, de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re, tous ceux qui ne connaissaient pas encore tr&#232;s bien Lightning : il ne voulait pas rester seul si loin derri&#232;re, tout simplement. Puis, ce fut le second virage, les derniers cent m&#232;tres du premier tour, et je t'en donne ma parole d'honneur, Lightning, &#224; ce moment l&#224;, cherchait d&#233;j&#224; &#224; apercevoir Ned. Je te jure qu'il hennissait ; tout en courant &#224; fond de train, il hennissait. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que j'entendais un cheval hennir en courant. Je ne savais m&#234;me pas que c'&#233;tait possible.&lt;br&gt;
[VI] Je le cravachai de toutes mes forces. Il se troubla, h&#233;sita, reprit son &#233;lan ; nous avions d&#233;j&#224; fait cadeau de deux longueurs &#224; McWillie, et je le cravachai encore. Au d&#233;but du second tour, deux longueurs nous s&#233;paraient et, sous l'effet de la cravache, l'intervalle qui le s&#233;parait d'Acheron rempla&#231;a Ned dans ce que Lightning appelait son cerveau ; il reprit du terrain et, une fois de plus, sa t&#234;te se trouva au niveau du genou de McWillie ; parfaite ob&#233;issance, mais pas un pouce de plus &#8212; cet organisme merveilleusement &#233;quip&#233;, r&#233;gl&#233;, dont les muscles n'avaient jamais &#233;t&#233; inform&#233;s par le cerveau, et dont le cerveau n'avait jamais &#233;t&#233; inform&#233; par ses avant-postes d'observation et d'exp&#233;rience que le seul but, le seul propos de tout ce formidable effort &#233;tait d'arriver quelque part le premier. [VII] McWillie cravachait maintenant ; je n'avais donc pas &#224; le faire. Il lui aurait &#233;t&#233; aussi difficile de se d&#233;tacher de Lightning que de se laisser d&#233;passer par lui. Et ce fut de nouveau la ligne droite, puis le virage, moi toujours sur Lightning, et Lightning toujours entre les deux barri&#232;res, si bien que seules comptaient dor&#233;navant les derni&#232;res instructions de Ned : le retenir, le d&#233;gager, offrir &#224; McWillie presque une longueur de plus pour que rien ne vienne obstruer la vue de la piste, de la corde et m&#234;me au-del&#224;. Ce fut m&#234;me lui, Lightning, qui vit Ned le premier. J'en fus averti par la brusque tension du cou, par le bond, comme s'il &#8212; Lightning &#8212; venait de faire claquer une bride ou un joug. Puis, &#224; mon tour, je vis Ned &#224; quarante m&#232;tres peut-&#234;tre de la corde, tout petit, fr&#234;le et seul sur la piste vide pendant qu'Acheron et le bras cravachant de McWillie passaient rapidement derri&#232;re nous. Puis, pendant un instant, le visage crisp&#233; de McWillie et sa disparition. La corde brilla comme un &#233;clair au dessus de nous : &#171; Viens vite, petit, dit Ned. je l'ai. &#187;&lt;br&gt;
[VIII] Il Lightning me d&#233;sar&#231;onna presque en s'arr&#234;tant, traversant la piste (Acheron &#233;tait quelque part, tout pr&#232;s derri&#232;re nous, s'effor&#231;ant &#8212; je l'esp&#233;rais &#8212; de s'arr&#234;ter aussi) et, du m&#234;me train fou (malgr&#233; mors, bride et tout), fon&#231;a sur Ned et stoppa brusquement, le nez d&#233;j&#224; enfoui dans la main de Ned. Quant &#224; moi, presque sur ses oreilles, je me cramponnais &#224; tout ce que je pouvais atteindre, m&#234;me avec ma main bless&#233;e. &#171; &#199;a y est, dis je, criai-je, &#231;a y est ! On l'a battu !&lt;br&gt;
[IX] &#8212; Cette partie l&#224; est gagn&#233;e, dit Ned. Priez vot' bonne &#233;toile que &#231;a soit suffisant. &#187; Parce que, tu comprends, je venais de gagner ma premi&#232;re course. Je veux dire une course d'hommes, avec des gens, des grandes personnes, la plus grande foule que j'avais jamais vue, et ils me regardaient la gagner et (quelques-uns tout au moins) avaient pari&#233; de l'argent avec l'espoir que je gagnerais. Et puis, je n'ai pas eu le temps de remarquer, de noter rien sur la figure de Ned ni dans sa voix, d'entendre ce qu'il disait, parce que les spectateurs enjambaient d&#233;j&#224; la barri&#232;re, envahissaient la piste, se dirigeaient vers nous : toute la cohue, les remous de chapeaux baign&#233;s de sueur, de chemises sans cravates, de visages, la bouche encore ouverte pour crier. &#171; Maintenant, attention &#187;, dit Ned. Mais, pour moi, toujours rien : rien que les visages, les cris, comme une mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
[X] &#171; &#199;a, mon gars, c'est monter &#224; cheval ! &#199;a, c'est mener au but ! &#187; Mais nous, on ne s'arr&#234;tait pas, on continuait, Ned, conduisant Lightning et disant :&lt;br&gt;
&#171; Laissez-nous passer, messieurs les blancs ; laissez-nous passer, messieurs les blancs &#187;, jusqu'au moment o&#249; la foule s'&#233;carta suffisamment pour nous permettre d'avancer, mais sans, pour cela, cesser de nous accompagner, toujours comme une vague, jusqu'&#224; l'entr&#233;e qui menait &#224; l'enceinte o&#249; attendaient les juges. Et Ned r&#233;p&#233;ta : &#171; Et maintenant, attention. &#187; Apr&#232;s cela, je ne sais plus tr&#232;s bien. Je me rappelle seulement le cheval arr&#234;t&#233;, et Ned tenant le mors, comme dans un tableau, et moi apercevant, derri&#232;re les oreilles de Lightning, grand-p&#232;re, l&#233;g&#232;rement appuy&#233; sur sa canne (celle &#224; pomme d'or) et, juste derri&#232;re lui, deux autres personnes que j'avais vues quelque part, il y avait longtemps.&lt;br&gt;
[XI] &#171; Patron, dis-je.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Tu t'es fait mal &#224; la main ? dit il.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, dis je. Patron.&lt;br&gt;
Tu as beaucoup &#224; faire maintenant, dit il. Moi aussi. &#187; C'&#233;tait dit avec gentillesse, avec un peu de froideur. Non &#8212; avec rien. &#171; On verra &#231;a quand on sera rentr&#233;s &#187;, dit il. Puis il s'&#233;loigna. Or, les deux personnes &#233;taient Sam et Minnie qui, levant vers moi son visage calme, sombre, inconsolable, me regarda longtemps, me sembla-t-il, tandis que Ned continuait &#224; me tripoter la jambe :&lt;br&gt;
&#171; O&#249; qu'elle est cette blague &#224; tabac que j'vous ai donn&#233;e &#224; garder hier ? dit il. Vous l'avez pas perdue, j'esp&#232;re ?&lt;br&gt; Oh non &#187;, dis-je, en la tirant de ma poche.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Faulkner, Les Larrons, traduit de l'anglais par Maurice-Edgar (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avant cet &#233;pisode particulier, plusieurs courses avaient d&#233;j&#224; fait monter la tension dans les pages pr&#233;c&#233;dentes. L'enjeu de la course est ici capital et le passage est clairement construit vers un climax, qui sera constitu&#233; par la victoire de Lightning. Cependant, la na&#239;vet&#233; de Lucius, dont la course constitue l'initiation au monde adulte, am&#232;ne une d&#233;familiarisation, marqu&#233;e en particulier par sa perception imparfaite de la tricherie &#224; laquelle se livre Ned. C'est d'ailleurs pour cette raison que le registre ludique pourra dominer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une observation presque behaviouriste, la physiologie du cheval tient lieu de psychologie (V) : l'accent est mis sur la d&#233;composition machinale d'un &#171; organisme &#187; fait de &#171; muscles &#187; et &#171; de ce Lightning appelait son cerveau &#187; (VI). Le but &#233;chappe au cheval, incapable de comprendre que &#171; le seul propos de tout ce formidable effort &#233;tait d'arriver quelque part le premier &#187; (VI). Mais il &#233;chappe aussi longtemps &#224; l'enfant qui vit la course dans l'instant : les &#171; maintenant &#187; et les participes pr&#233;sents viennent le souligner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finalit&#233; du jeu, son enjeu, &#233;chappe au cheval et &#224; son cavalier : les impressions sensorielles auxquelles Lucius est soumis lui font appara&#238;tre un monde qui &#171; tenait presque du r&#234;ve &#187; (V). C'est la gratuit&#233; du jeu qu'il souligne, le &#171; d&#233;fi &#187; (V) sans souci pour le s&#233;rieux qui est celui des parieurs adultes. &#192; l'issue de la course Lucius n'a qu'une perception indistincte du monde, &#171; je n'ai pas eu le temps de remarquer &#187; (IX) &#171; toujours rien &#187; (IX). Cette situation ne prendra fin qu'avec la vision du grand-p&#232;re, encadr&#233; par les oreilles de Lightning &#171; comme dans un tableau &#187; (X). Un tableau qu'il cherchera &#224; interpr&#233;ter, mais qui r&#233;sistera : la physiologie ne r&#233;v&#232;le pas tout, comme le souligne le &#171; me sembla-t-il &#187; (XI)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ m&#233;taphorique est domin&#233; par des images traditionnelles qui renvoient &#224; la vitesse quand elles portent sur les chevaux : &#171; coursier-&#233;clairs &#187; (III), &#171; fl&#232;che &#187; (III), &#171; &#233;clair &#187; (VII), et &#224; la mer quand c'est la foule des spectateurs qui est &#233;voqu&#233;e (IX). Une image humoristique, qui emprunte &#224; une animalit&#233; moins noble que celle du cheval, surgit ponctuellement lorsque Lightning est compar&#233; &#224; une &#171; vache &#187; (IV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe dans cette page publi&#233;e deux ans apr&#232;s &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, ce sont moins les ressemblances entre Faulkner et Simon, sur lesquelles il a &#233;t&#233; longtemps pol&#233;miqu&#233;, mais bien davantage leur diff&#233;rence fondamentale. D&#233;j&#224;, l'&#233;criture analogique de Simon, caract&#233;ris&#233;e par les glissements progressifs, contraste de mani&#232;re forte avec le travail de Faulkner qui structure son texte &#224; partir de sc&#232;nes nettement d&#233;coup&#233;es. Le rapprochement des courses de chevaux permet en outre d'observer combien Simon accorde de l'importance aux questions d'interpr&#233;tation, alors que dans son dernier roman tout au moins, Faulkner semble s'en &#234;tre totalement &#233;loign&#233;, pour privil&#233;gier le rendu de l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;niveau titre1&#034; data-niveau-titre=&#034;1&#034; id=&#034;coincidences&#034;&gt;&lt;strong&gt;Co&#239;ncidences &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; lire d'affil&#233;e ces cinq extraits dont l'&#233;criture s'&#233;chelonne sur presque un si&#232;cle, on est d'abord frapp&#233; par les similitudes qui surgissent. Similitudes de choix d'abord : cinq auteurs parmi les plus importants de la litt&#233;rature occidentale ont choisi de faire une place privil&#233;gi&#233;e aux courses de chevaux dans une de leurs &#339;uvres majeures. Mais la parent&#233; entre les textes ne d&#233;coule pas uniquement d'un sujet identique. Le traitement des courses pr&#233;sente lui-aussi une parent&#233; surprenante. C'est d'ailleurs en premier lieu gr&#226;ce au travail de l'&#233;criture que les diff&#233;rents textes donnent l'impression de dialoguer &#224; distance. Avant de conclure, on rappellera bri&#232;vement et en faisant une place centrale au texte de Simon les &#233;chos dominants qui se r&#233;pondent d'une &#339;uvre &#224; l'autre. Afin de faire ressortir harmonies et contrepoints, on relira les phrases qui marquent la fin des courses, qu'il s'agisse de victoire, de d&#233;faite ou d'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas &#234;tre frapp&#233; par le fait que chez Flaubert d&#233;j&#224;, qui est l'auteur qui consacre le moins de pages au sujet, la course soit aussi intimement li&#233;e &#224; l'intrigue amoureuse. Etait-ce Mme Arnoux que Fr&#233;d&#233;ric a aper&#231;ue&#8230; ? Lorsque les sens renseignent imparfaitement, les sentiments n'ont gu&#232;re de base solide sur laquelle prendre appui : c'est l&#224; un principe que Simon interrogera plus encore. La fin de la course chez Flaubert montre en outre un auteur clairement pr&#233;occup&#233; par la tromperie des sens : &#171; De loin, leur vitesse n'avait pas l'air excessive ; &#224; l'autre bout du Champ de Mars, ils semblaient m&#234;me se ralentir, et ne plus avancer que par une sorte de glissement, o&#249; les ventres des chevaux touchaient la terre sans que leurs jambes &#233;tendues pliassent. Mais, revenant bien vite, ils grandissaient ; leur passage coupait le vent, le sol tremblait, les cailloux volaient ; l'air, s'engouffrant dans les casaques des jockeys, les faisait palpiter comme des voiles ; &#224; grands coups de cravache ils fouaillaient leurs b&#234;tes pour atteindre le poteau, c'&#233;tait le but &#187; (3). Dans le domaine de la perception toujours, le changement d'univers sugg&#233;r&#233; par le biais de la comparaison marine est un autre proc&#233;d&#233; dont Simon explorera plus loin les possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images de Tolsto&#239;, moins r&#233;aliste qu'on ne le pr&#233;sente habituellement, m&#233;tamorphosent les chevaux en une s&#233;rie d'animaux emprunt&#233;s aux diff&#233;rents environnements : l'air, la terre ou dans la mer. Ses comparaisons annoncent les tours du prestidigitateur Simon mais le Russe se distingue du Fran&#231;ais par la volont&#233; de pr&#233;senter une vision compl&#232;te des &#233;v&#233;nements : &#171; Froufrou franchit, ou plut&#244;t survola le foss&#233; sans y prendre garde ; mais au m&#234;me moment Vronski sentit avec horreur qu'au lieu de suivre l'allure du cheval, le poids de son corps avait par suite d'un mouvement aussi incompr&#233;hensible qu'impardonnable, port&#233; &#224; faux en retombant en selle. Il comprit que sa position avait chang&#233; et qu'une chose terrible lui arrivait &#8212; quoi au juste il ne s'en rendait pas encore bien compte quand il vit passer devant lui comme un &#233;clair l'alezan de Makhotine. &#187; (viii) La course met sc&#232;ne un individu qui recherche la victoire, et qui &#233;chouera au moment m&#234;me o&#249; celle-ci semble acquise : le d&#233;tail de l'accident sera r&#233;v&#233;l&#233; par l'auteur qui ne tait l'information que pour donner plus de force au moment d&#233;crit. Le contexte amoureux ou &#233;rotique semble absent chez Tolsto&#239;, mais la valeur symbolique du passage dans l'&#339;uvre l'y rattache, ainsi que certaines allusions, comme le nom de la monture de Vronski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le symbolisme sexuel sera exploit&#233; ouvertement par Zola qui va jusqu'&#224; donner le nom de son h&#233;ro&#239;ne au cheval et &#224; multiplier les double-sens : &#171; Et, dans un &#233;lan de furieuse audace, de volont&#233; triomphante, il donnait de son c&#339;ur, &#224; la pouliche, il la soutenait, il la portait, tremp&#233;e d'&#233;cume, les yeux sanglants. Tout le train passa avec un roulement de foudre, coupant les respirations, balayant l'air ; tandis que le juge, tr&#232;s froid, l'&#339;il &#224; la mire, attendait. Puis, une immense acclamation retentit. D'un effort supr&#234;me, Price venait de jeter Nana au poteau, battant Spirit d'une longueur de t&#234;te &#187; (J). L'all&#233;gorie montre la d&#233;faite de l'Esprit -Spirit- battu par la Luxure -Nana &#8211; que monte l'Argent &#8211;Price.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines techniques ponctuelles de Zola, les double sens &#233;rotiques en particulier, servent &#224; Simon dans l'organisation de son texte. La course du capitaine de Reixach se d&#233;roule sur fond rose et rouge, mais parmi les texte pr&#233;sent&#233;s ici, Zola occupe &#224; ne pas en douter la position la plus &#233;loign&#233;e de celle de l'auteur de &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;. Simon, dont l'ambition est de rendre l'instant, rejette en effet toute explication totalisante, et en premier lieu le type d'all&#233;gorie morale que &lt;i&gt;Nana&lt;/i&gt; met en place. Si l'enjeu de la course est bien pr&#233;sent dans des pages qui mat&#233;rialisent la tension, la victoire elle-m&#234;me reste hors champ : &#171; de Reixach talonnant maintenant le troisi&#232;me cheval, puis il n'y eut plus rien devant eux que l'immense et luxuriant tapis vert sur lequel ils semblaient (jockeys et chevaux) minuscules et d&#233;risoires, comme disloqu&#233;s, s'agitant fr&#233;n&#233;tiquement, d&#233;sunis, oscillant au ralenti d'avant en arri&#232;re d'une fa&#231;on saccad&#233;e, path&#233;tiques, risibles, les quatre chevaux ext&#233;nu&#233;s, creusant les reins, les quatre cavaliers aux visages de poissons noy&#233;s, la bouche ouverte cherchant l'air, aux trois quarts asphyxi&#233;s maintenant, les cris de la foule les entourant comme d'une mati&#232;re solide, &#233;paisse, &#224; travers laquelle ils auraient en vain essay&#233; de progresser &#187; (l). La course prend fin sans que le lecteur ne sache d'abord quelle position exacte occupe le capitaine de Reixach ; priv&#233; de l'information qu'il croit porteuse du plus grand sens, il est renvoy&#233; &#224; un imm&#233;diat incertain : la vision fig&#233;e et grotesque de cavaliers-poissons mat&#233;rialis&#233;s par un auteur illusionniste. Dans des pages toutes construites autour de l'oxymore le sens de cette d&#233;faite restera sujet &#224; interpr&#233;tation, pour les protagonistes comme pour les lecteurs. C'est aux mots et au travail sur les mots que Simon renvoie son lecteur, pas &#224; la r&#233;alit&#233; de la course.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233;, rappelons-le, deux ans apr&#232;s &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les larrons&lt;/i&gt; apparaissent tr&#232;s &#233;loign&#233;s des pr&#233;occupations de mise en forme de l'&#233;criture qui caract&#233;risent Simon. Faulkner fait de la course le moment embl&#233;matique de l'initiation &#224; la vie adulte. La na&#239;vet&#233; du narrateur Lucius, qui explique le caract&#232;re fragmentaire des observations dont dispose le lecteur, prendra fin avec le soup&#231;on de la tricherie : &#171; Ce fut m&#234;me lui, Lightning, qui vit Ned le premier. J'en fus averti par la brusque tension du cou, par le bond, comme s'il &#8212; Lightning &#8212; venait de faire claquer une bride ou un joug. Puis, &#224; mon tour, je vis Ned &#224; quarante m&#232;tres peut &#234;tre de la corde, tout petit, fr&#234;le et seul sur la piste vide pendant qu'Acheron et le bras cravachant de McWillie passaient rapidement derri&#232;re nous. Puis, pendant un instant, le visage crisp&#233; de McWillie et sa disparition. La corde brilla comme un &#233;clair au dessus de nous : &#171; Viens vite, petit, dit Ned. Je l'ai. &#187; &#187; (VII) Contrairement &#224; ce qui se passe chez Simon, il s'agit pour Faulkner de rendre son lecteur sensible &#224; une v&#233;rit&#233; psychologique li&#233;e au passage &#224; l'&#226;ge adulte. Le rapprochement des deux passages montre combien les deux auteurs appartiennent &#224; des g&#233;n&#233;rations dont les pr&#233;occupations sont diff&#233;rentes et qu'il est aussi ridicule d'accuser Simon d'&#234;tre un &#233;pigone de Faulkner qu'il serait grotesque de taxer l'Am&#233;ricain de plagiat sous pr&#233;texte que &lt;i&gt;Les larrons&lt;/i&gt; datent de 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des similitudes et des diff&#233;rences ponctuelles qui surgissent de la juxtaposition, quel sens le public peut-il esp&#233;rer d&#233;gager &#224; la fin de ce concert d&#233;di&#233; aux courses de chevaux ? Il semble bien qu'une donn&#233;e r&#233;currente reste &#171; &#224; m&#233;diter par les gentlemen-riders &#187;, pour reprendre le titre d'un bref texte de Franz Kafka. Les cinq extraits n'insistent-ils en effet pas tous &#224; leur mani&#232;re sur la vanit&#233; du triomphe ? C'est manifeste chez Flaubert, Simon et Faulkner, mais &#231;a l'est aussi chez Tolsto&#239;, o&#249; l'accident occultera le succ&#232;s de Gladiator, et chez Zola, o&#249; la victoire est toute illusoire. Kafka &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand on y r&#233;fl&#233;chit, rien ne peut donner envie de vouloir &#234;tre le premier dans une course de chevaux.&lt;br&gt;
La gloire d'&#234;tre reconnu comme le meilleur cavalier d'un pays r&#233;jouit trop, quand l'orchestre se d&#233;cha&#238;ne, pour que le lendemain on puisse &#233;chapper au remords.&lt;br&gt;
Les adversaires envieux, gens rus&#233;s, assez influents, ne peuvent que nous faire souffrir quand nous passons &#224; cheval entre les deux haies rapproch&#233;es de spectateurs, apr&#232;s le champ de course qui tout &#224; l'heure &#233;tait d&#233;sert devant nous, hormis quelques cavaliers tout arrondis, petites silhouettes chevauchant contre l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup de nos amis vont en h&#226;te toucher leur gain et ils se contentent de nous crier leur bravo par-dessus l'&#233;paule, depuis les lointains guichets ; pourtant nos meilleurs amis n'ont rien pari&#233; sur notre cheval, car ils craignaient, en cas de d&#233;faite, de ne pouvoir s'emp&#234;cher de nous en vouloir ; mais &#224; pr&#233;sent que notre cheval est arriv&#233; le premier et qu'ils n'ont rien gagn&#233;, ils se d&#233;tournent quand nous passons et pr&#233;f&#232;rent parcourir des yeux les tribunes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les concurrents derri&#232;re, bien en selle, essaient d'&#233;valuer le malheur qui les a frapp&#233;s et l'injustice qui, d'une certaine fa&#231;on, leur est inflig&#233;e ; ils prennent un air fringant, comme si une nouvelle course devait commencer, et une s&#233;rieuse, apr&#232;s ce jeu d'enfants.&lt;br&gt;
Beaucoup de dames trouvent ridicule le vainqueur, parce qu'il se rengorge, sans savoir pourtant comment faire face &#224; toutes ces mains &#224; serrer sans cesse, &#224; ces salutations, ces r&#233;v&#233;rences et ces saluts &#224; envoyer de loin, tandis que les vaincus, l&#232;vres serr&#233;es, tapotent l&#233;g&#232;rement les encolures de leurs chevaux qui, pour la plupart, hennissent.&lt;br&gt;
&#192; la fin, du haut du ciel qui s'est assombri, il commence m&#234;me &#224; pleuvoir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franz Kafka, R&#233;cits, romans, journaux, Traduction de l'extrait cit&#233; : Br. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rien ne peut donner envie de vouloir &#234;tre le premier dans une course de chevaux &#187;&#8230; ? La question reste bien s&#251;r ouverte pour le jockey ou le gentleman-rider, mais le rapprochement des cinq courses a montr&#233; combien la vanit&#233; du triomphe &#233;tait soulign&#233;e par les &#233;crivains. C'est que l'enjeu de la litt&#233;rature est ailleurs, et en premier lieu dans le travail sur les arrangements, combinaisons et permutations, pour reprendre le vocabulaire que Claude Simon emprunte aux math&#233;matiques mais qu'il sait proche aussi de la musique. Parier sur les chevaux pour donner corps &#224; l'&#233;criture c'est souligner, comme le rappelle encore Simon, que l'art est d'abord composition. Une composition o&#249;, comme au concert, le sens na&#238;t de la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas interdit de d&#233;passer ces premi&#232;res conclusions. Pour le lecteur en effet, la signification ne s'arr&#234;te pas n&#233;cessairement au texte isol&#233; : une v&#233;ritable composition appara&#238;t quelquefois encore au hasard des rapprochements. C'est Andr&#233; Breton qui a le mieux saisi comment un sens pouvait effectivement surgir dans les similitudes. Observant dans la pr&#233;face de l'&lt;i&gt;Anthologie de l'humour noir&lt;/i&gt; le retour de m&#234;mes mots associ&#233;s chez Baudelaire et Rimbaud, &#224; la mani&#232;re dont se trouvent li&#233;es des s&#233;quences chez Flaubert, Zola, Tolsto&#239;, Simon et Faulkner, Breton s'interrogeait : &#171; Rencontre, r&#233;miniscence involontaire, citation ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Breton, Anthologie de l'humour noir, Paris, Le livre de poche, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Cette question se pose &#233;videmment pour qui s'interroge sur l'auteur. Rimbaud a-t-il lu Baudelaire, Simon a-t-il lu Flaubert ? Ou, avec plus de malice : l'auteur des &lt;i&gt;Larrons&lt;/i&gt; a-t-il lu &lt;i&gt;La Route des Flandres&lt;/i&gt; ? Breton sugg&#232;re n&#233;anmoins que la r&#233;ponse &#224; ce genre d'interrogation n'est peut-&#234;tre pas celle qui compte le plus, l'essentiel r&#233;sidant en ceci : &#171; Une telle co&#239;ncidence verbale n'en est pas moins d&#233;j&#224; significative &#187; (ibid., p. 10) ! Au-del&#224; des enjeux de l'ex&#233;g&#232;se ponctuelle, c'est souligner que les co&#239;ncidences entre les textes offrent le spectacle du surgissement du sens, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la mat&#233;rialit&#233; des mots.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustave Flaubert, &lt;i&gt;&#338;uvres &lt;/i&gt; II, R. Dumesnil &#233;d., Paris, Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, 1952, p. 234-237.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tolsto&#239;,&lt;i&gt; Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;, traduit du russe par &#201;douard Beaux, Sylvie Luneau, Henri Mongault, P. Pascal &#233;d., Paris, Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, 1951, p. 281-284.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;mile Zola, &lt;i&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/i&gt; II, H. Mitterand &#233;d., Paris, Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, 1961, p. 1401-1404.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Faulkner, &lt;i&gt;Les Larrons&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Maurice-Edgar Coindreau et Raymond Girard, Paris, Gallimard, Premi&#232;re &#233;d. am&#233;ricaine 1962, Folio, p. 364-370.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franz Kafka, &lt;i&gt;R&#233;cits, romans, journaux&lt;/i&gt;, Traduction de l'extrait cit&#233; : Br. Vergne-Cain et G. Ruden, Paris, La Pochoth&#232;que, 2000, p. 271-272. Je tiens &#224; remercier mon coll&#232;gue et ami W. Smekens qui, en me faisant d&#233;couvrir ce texte de Kafka, m'a mis sur la piste d'Andr&#233; Breton.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Breton, &lt;i&gt;Anthologie de l'humour noir&lt;/i&gt;, Paris, Le livre de poche, premi&#232;re &#233;d. 1940, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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