Accueil > Lectures et études > Ouvrages collectifs > Série Claude Simon. La Revue des Lettres Modernes
Série Claude Simon. La Revue des Lettres Modernes
dimanche 15 février 2026, par
Série Claude Simon
de La Revue des Lettres Modernes
Dirigée par Ralph Sarkonak de 1993 à 2012, puis Jean-Yves Laurichesse depuis 2012.
Publiée à Caen par les Lettres Modernes Minard à partir de 1994,
puis à Paris par les Classiques Garnier depuis 2017.
Réimpression d’anciens volumes et volumes inédits.
Liste des numéros
– À la recherche du référent perdu. Textes réunis par Ralph Sarkonak. Paris ; Caen : Lettres Modernes Minard, mars 1994, 152 p. (La Revue des lettres modernes. Série Claude Simon ; 1)
– L’Écriture du féminin/masculin. Textes réunis par Ralph Sarkonak. Paris ; Caen : Lettres Modernes Minard, 1997, 236 p. (La Revue des Lettres modernes. Série Claude Simon ; 2)
– Lectures de Histoire. Textes réunis par Ralph Sarkonak. Paris ; Caen : Lettres Modernes Minard, 2000, 255 p. (La Revue des Lettres modernes. Série Claude Simon ; 3)
– Claude Simon, 4 : Le (de)goût de l’archive. Textes réunis par Ralph Sarkonak. Paris ; Caen : Lettres Modernes Minard, 2005, 270 p. (La Revue des Lettres modernes. Série Claude Simon ; 4). Réédition Classiques Garnier, 2021. Réimpression par les Classiques Garnier en 2021.
– Claude Simon, 5 : Les Géorgiques : une forme, un monde. Textes réunis et présentés par Jean-Yves Laurichesse. Caen, Lettres modernes Minard, 2008. 259 p. (La Revue des lettres modernes. Série Claude Simon ; 5). Réimpression par les Classiques Garnier en mai 2023.
– La Réception critique. Textes réunis par Ralph Sarkonak. Caen : Lettres Modernes Minard, 2012. 302 p. (La Revue des lettres modernes. Série Claude Simon ; 6)
– Les Premiers Livres de Claude Simon (1945-1954). Textes réunis par Jean-Yves Laurichesse. Paris : Classiques Garnier, 2017, 255 p. (La Revue des Lettres modernes. Série Claude Simon ; 7)
– Claude Simon, les âges de la vie. Textes réunis par Jean-Yves Laurichesse. Paris : Classiques Garnier, décembre 2021. 222 p. (La Revue des lettres modernes. Série Claude Simon ; 8)
– Le Rire de Claude Simon. Études réunies par Jean-Yves Laurichesse. Paris : Classiques Garnier, juillet 2024. 248 p. (La Revue des lettres modernes. Série Claude Simon, 9)
Présentation de Ralph Sarkonak en juillet 1993
Publiée sur le site des Lettres modernes Minard.
« En France aussi bien qu’à l’étranger, on reproche beaucoup de choses à Claude Simon : la prétendue difficulté de lecture que présentent ses œuvres, le côté artisanal de son travail, aspect qu’il ne cache pas — au contraire — et le fait que ses textes ressemblent trop ou trop peu au “Nouveau Roman” de naguère, selon l’idée toute faite que l’on aimait à s’en faire. Des journalistes et des intellectuels lui tinrent même rigueur d’un Nobel qui, toujours selon eux, revenait sans doute à bien d’autres écrivains plus méritants d’un prix dont il est de bon ton de se méfier en principe. La surprise et l’hostilité que suscita ce Nobel en disent long sur une œuvre qui ne cesse de troubler certains (non)lecteurs. Mais en même temps et en marge de l’ignorance certaine qu’elle a d’abord rencontrée, on assiste, depuis maintenant plus d’une bonne vingtaine d’années — c’est-à-dire depuis la parution du numéro spécial d’Entretiens consacré à Simon en 1972 —, à l’accroissement d’un intérêt réel pour cette œuvre chez un public érudit formé surtout, mais pas seulement, d’étudiants et de chercheurs universitaires. Il faut dire les choses comme elles sont : Simon continue de fasciner critiques et théoriciens justement parce que ses écrits restent largement rebelles à toute théorisation satisfaisante, parce qu’ils sont à la fois anachroniques et actuels, c’est-à-dire « primitifs ». Que ce soit pour les problèmes de la référentialité littéraire, des assises historiques du texte, voire de la thématisation de la femme chez Simon, l’œuvre se trouve fatalement au cœur des débats qui sont à l’ordre du jour sur la scène intellectuelle de part et d’autre de la Manche et de l’Atlantique. Car un des aspects de sa réception critique est que cette œuvre a surtout été mieux accueillie hors des frontières de l’Hexagone et même de la francophonie. À preuve le fait qu’après être resté très longtemps un « illustre inconnu » dans son propre pays, Simon est maintenant traduit dans une vingtaine de langues.
Un des rôles de cette nouvelle Série, qui trouve sa place naturelle dans la collection « La Revue des lettres modernes », à côté de tant d’autres consacrées à des écrivains de ce siècle finissant, sera justement d’étudier cette bipolarité critique. Certes, il existe maintenant plusieurs livres sur l’œuvre de Simon, de même qu’ont paru des Actes de colloques (par exemple, celui de Cerisy-la-Salle tenu en 1974 et celui de Baltimore tenu en 1987) et des numéros spéciaux de revues qui l’étudient (par exemple, le récent numéro de la Revue des sciences humaines), sans parler des nombreux articles publiés en revue chaque année. Cependant, ce qui manquait jusqu’à présent, c’était une publication entièrement consacrée à cette œuvre, lacune qu’on cherchera à combler en visant un public de lecteurs et de chercheurs qui veulent suivre l’évolution des études simoniennes au cours des années à venir et cela quelles que soient les fluctuations de la cote de l’auteur à la “Bourse” des valeurs littéraires.
De plus, la maturité des études simoniennes témoigne, si besoin est, de l’opportunité de l’entreprise. Situées aux carrefours, d’une part, d’une œuvre qui continue de s’écrire, de se faire pour employer un mot cher à l’écrivain, et, d’autre part, des avancées intellectuelles, c’est-à-dire critiques, méthodologiques et théoriques qui caractérisent notre épistémè en général et plus particulièrement la discipline qui s’est donné pour but de mieux connaître la chose littéraire, les études simoniennes se trouvent donc aux confins des connaissances actuelles, et qui mieux est, du connaissable en ce qui concerne le texte et les différentes pratiques dont il est susceptible chez des scripteurs et des lecteurs de tout horizon. Car malgré tout ce qui a déjà été dit et écrit à ce sujet, on se trouve dans la présente situation comme devant un immense site archéologique dont des fouilles partielles ne permettent que d’entrevoir les immenses richesses à peine entamées. Beaucoup reste encore à faire : la création de listes de vocabulaire informatisées voire de concordances pour des œuvres spécifiques, sans parler des œuvres “complètes”, l’établissement d’éditions critiques fondées sur l’étude des manuscrits (quand ou s’ils deviennent jamais disponibles), enfin la préparation et la mise à jour continue d’une bibliographie critique. Si de semblables projets ainsi que d’autres travaux de longue haleine pouvaient être encouragés, accueillis et commentés par de futurs collaborateurs de cette Série, ne pourrait-on pas estimer qu’ils auraient bien servi les études simoniennes ?
Un des phénomènes — et il est loin d’être le moins intéressant — qui a caractérisé la conjoncture de cette œuvre particulière et des études qui l’ont accueillie et suivie, a été le rapport symbiotique entretenu par ces deux sortes d’écriture, c’est-à-dire la pratique littéraire et la réflexion critique. Quant à l’orientation critique de ces volumes, aucune école ou tendance n’aura le monopole de la publication. C’est dire que toutes les approches et méthodologies seront les bienvenues ; cette Série n’a pas et n’aura pas d’allégeance particulière ni de dettes intellectuelles à payer. Elle sera, en outre, franchement internationale et un accueil égal sera fait à ceux qui travaillent au-delà et à ceux qui œuvrent en deçà des frontières françaises voire européennes. Peut-être incombait-il à un simonien du Canada non pas d’ouvrir mais de faire progresser un débat dont les enjeux dépassent largement les frontières des pays, des langues, des cultures et des traditions intellectuelles et académiques dont nous restons les héritiers. Nous sommes fermement convaincu que si les études simoniennes doivent aller de l’avant, il faut convenir une fois pour toutes que le temps des maîtres à penser, sinon des maîtres d’écoles, est révolu. Le premier et le seul critère déterminant quant au choix des études sera la pertinence et la nouveauté du sujet étudié et de l’approche adoptée ; une place importante sera donnée à des travaux présentant la mise à jour de l’état des recherches (passées, présentes ou à venir) dans le domaine. Normalement ne seront publiés que des inédits, sauf dans le cas de traductions d’articles importants déjà parus à l’étranger et difficilement accessibles.
En termes pratiques, chaque livraison de la Série Claude Simon regroupera un ensemble d’articles portant sur un aspect de l’œuvre ou sur un seul ouvrage. Cependant, des études hors cadre, qui ne portent pas sur le sujet retenu, pourront prendre place dans la livraison afin de pallier les inconvénients que présente un “format” ou trop rigide ou trop flou. Des notes sur des travaux en cours, y compris des thèses, des comptes rendus et des états présents des recherches sur Simon compléteront éventuellement les livraisons. Nous souhaitons que cette Série ait longue vie et qu’elle devienne un véritable forum, une sorte de marché intellectuel où les chercheurs de divers pays et de toutes les orientations critiques et théoriques s’intéressant à l’œuvre de Simon pourront se rencontrer et échanger leurs opinions, idées et découvertes dans un cadre aussi souple et aussi ouvert qu’il sera rigoureux du point de vue des différentes méthodologies suivies. Le succès d’une telle entreprise ne saurait être que collectif et il dépendra du soutien et de l’aide de tous ceux qui travaillent sur les œuvres de Claude Simon. »
Jean-Yves Laurichesse. « La Série Claude Simon continue ».
Publié dans Claude Simon, 7 : Les Premiers Livres de Claude Simon (1945-1954). Paris : Classiques Garnier, 2017 (Revue des Lettres modernes. Série Claude Simon ; 7), p. 9
Éditée de main de maître par Ralph Sarkonak de 1994 à 2012, la Série Claude Simon de « La Revue des Lettres Modernes » a vu paraître six volumes importants pour les études simoniennes. C’est ainsi qu’après avoir repris sur de nouvelles bases la question longtemps polémique du « référent » (Claude Simon 1. À la recherche du référent perdu, 1994), la Série devait ouvrir des pistes de recherche stimulantes sur la question du genre (Claude Simon 2. L’écriture du féminin/masculin, 1997), de l’archive (Claude Simon 4. Le (dé)goût de l’archive, 2005), ou encore proposer des approches nouvelles d’œuvres particulièrement marquantes (Claude Simon 3. Lectures de « Histoire », 2000 ; Claude Simon 5. « Les Géorgiques » : une forme, un monde, 2008), avant de conclure provisoirement sur le riche bilan de plus d’un demi-siècle de critique simonienne (Claude Simon 6. La réception critique, 2012).
En 2011, Ralph Sarkonak me faisait l’honneur de me transmettre la responsabilité éditoriale de la Série Claude Simon, dont il m’avait déjà confié un volume, consacré aux Géorgiques. Dans l’esprit de liberté critique qu’il avait voulu d’emblée insuffler à la Série, je décidais de consacrer mon premier volume comme directeur à ces tout premiers livres que Simon a voulu écarter de son œuvre parce qu’il n’en était pas satisfait, mais qui n’en présentent pas moins un intérêt indéniable pour les lecteurs comme pour les chercheurs, en tant qu’ils témoignent de la naissance d’un grand écrivain.
Le 15 mai 2013, le décès de Michel Minard privait les éditions Lettres Modernes-Minard de leur infatigable et exigeant fondateur-directeur. La période délicate qui s’ouvrait alors, et qui aurait pu être fatale à cette entreprise éditoriale exceptionnelle, s’est heureusement conclue, comme on le sait, par l’entrée de Lettres Modernes-Minard dans les éditions Classiques Garnier. Mais les incertitudes de cette transition ont retardé la publication de ce Claude Simon 7 qui paraît enfin aujourd’hui. J’espère que pour avoir été longtemps attendu, il sera accueilli avec d’autant plus d’intérêt. Je remercie contributeurs et lecteurs de leur patience et souhaite longue vie à la Série Claude Simon.